Jalouse

réalisé par Stéphane et David Foenkinos

avec Karin Viard, Dara Tombroff, Anne Dorval, Thibault de Montalembert, Anaïs Demoustier, Bruno Todeschini, Marie-Julie Baup, Corentin Fila…

Comédie française. 1h46. 2017.

sortie française : 8 novembre 2017

Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage… Entre comédie grinçante et suspense psychologique, la bascule inattendue d’une femme.

Jalouse : Photo Karin Viard

Le premier long-métrage des frères Foenkinos, La Délicatesse, ne m’avait pas déplu mais ne m’a pas réellement marquée, presque m’avait laissée indifférente (tandis que le roman d’origine, écrit par David Foenkinos, est une jolie surprise). Je n’attendais évidemment pas leur nouvelle collaboration mais la bande-annonce a su attirer mon attention. Jalouse fait donc du bien dans le paysage actuel de la comédie française. Enfin, le terme « comédie » est à prendre avec des pincettes. Certes, le film est souvent drôle par les situations assez grinçantes et des répliques vachardes bien envoyées. Tout le monde se fait envoyer péter par Nathalie Pêcheux, femme « en transition » avant la ménopause : sa fille (une jolie danseuse), le petit ami de sa fille (un gentil garçon), sa meilleure amie (et sa fille), son ex-mari et sa jeune compagne ou encore son dernier crush. Pourtant, le long-métrage ne se contente pas d’aligner des gags qui fonctionnent souvent la plupart du temps. Il s’intitule Jalouse mais il aurait très bien pu être remplacé par Dépressive. Parce que finalement, il s’agit concrètement de l’histoire d’une femme dépressive qui souffre de sa situation parce que justement elle fait souffrir toutes les personnes auxquelles elle tient. Elle a conscience qu’elle fait du mal autour d’elle et pourtant c’est plus fort qu’elle : elle agit et parle mal. Nathalie Pêcheux n’aurait pu qu’être une garce de service capable de faire rire le spectateur. Les Foenkinos ne se limitent alors pas au genre comique : la partie davantage dramatique est bien plus intéressante que prévue. Ils ont compris tous les enjeux de la dépression et leur scénario a un schéma très structuré. Au départ, le film débute sur des faits assez « grossiers » dans le sens où ils donnent lieu aux situations comiques, le personnage principal a des réactions excessives. Petit à petit, en creusant sur les problèmes bien plus profonds et intérieurs de cette femme, le scénario parvient à cerner toutes les subtilités de ce personnage souffrant de dépression. En fait, il exploite au fur et à mesure des scènes ce qu’il y a derrière cette apparence de femme, on a accès de plus en plus à ses fissures. Je ne suis donc pas d’accord avec les critiques reprochant une fin convenue car pour moi ce n’est pas le cas, c’est plus un exemple même de réalisme (je vais tenter de rester « discrète » mais si on lit bien entre les lignes : oui je spoile un peu). La dépression n’est pas quelque chose qui se soigne du jour au lendemain. On peut en guérir mais ce processus prend du temps à aboutir. Et encore, peut-elle totalement disparaître ? La dépression est souvent une maladie qui peut revenir quand on en a déjà fait une. Pour moi, cette fin suggère plutôt cette piste. Oui, les choses peuvent s’arranger mais il va falloir du temps pour tout remettre en ordre (et les rapports entre les personnages sont aussi en cours de reconstruction).

Jalouse : Photo Karin Viard

La mise en scène n’est certes pas très « impressionnante » (mais rien de problématique non plus, surtout certainement par rapport à ce qu’on attend) mais cette écriture si forte, prenant en compte l’évolution (toujours crédible) du personnage principal tout comme ses relations avec son entourage sans caricaturer les personnes « jalousées », parvient à gommer cet éventuel défaut. De plus, si le film possède d’indéniables qualités concernant l’écriture, sans forcément affirmer qu’il s’agit de là d’un pur objet artistique cinématographique (on est d’accord de ce côté-là qu’il y a forcément mieux), il ne tombe pas non plus dans quelque chose de trop littéraire ni dans un résultat qui aurait pu être plat. Il s’agit bien d’un scénario original, Foenkinos ont bien su faire la différence entre scénario et littérature (c’était justement mon problème en regardant l’adaptation de La Délicatesse, la distinction entre les deux était pour moi trop floue). Karin Viard a toujours été une excellente actrice mais là je crois qu’elle livre une de ses meilleures interprétations de sa carrière. J’espère qu’on la verra parmi les nommés aux César ! Elle est à la fois terriblement attachante, énervante, hilarante et touchante, on a autant envie de la gifler que de la rassurer. Toutes les nuances de son personnage prennent également vie grâce à son interprétation. Dara Tombroff (véritable danseuse issue du Ballet de l’Opéra National de Bordeaux et désormais orientée vers le dessin d’après ce que j’ai compris : quel parcours !) s’en tire également bien, surtout pour un tout premier rôle au cinéma. Tous les seconds rôles sont également très bons, notamment Anne Dorval (impressionnant comme on n’entend pas son accent québécois !) et Marie-Julie Baup, toutes les deux des incarnations de la bonté (surtout la seconde, vraiment épatante) et surtout de l’envie de ne pas juger (le personnage de Demoustier – également remarquable – est également bienveillant même s’il est un peu plus dans une certaine « confrontation »). Et c’est peut-être pour ça que Jalouse est aussi un formidable film drôle et émouvant qui parvient à aller au-delà de la fine analyse sur une femme qui vacille : il ne juge pas son personnage principal et ne s’en moque pas non plus.

Jalouse : Photo Anne Dorval, Karin Viard

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J’ai tué ma mère

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Anne Dorval, Suzanne Clément, Niels Schneider, Manuel Tadros…

Drame canadien. 1h40. 2009.

sortie française : 15 juillet 2009

Movie Challenge 2016 : Un film tourné par un réalisateur de moins de 30 ans

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Hubert Minel n’aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour-haine qui l’obsède de plus en plus, Hubert vague dans les arcanes d’une adolescence à la fois marginale et typique -découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l’amitié, sexe et ostracisme- rongé par la hargne qu’il éprouve à l’égard d’une femme qu’il aimait pourtant jadis.

J'ai tué ma mère : photo Anne Dorval, Xavier Dolan

J’ai tué ma mère, projeté à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes en 2009, est le premier long-métrage du réalisateur québécois Xavier Dolan qu’on ne présente plus. Il écrit le scénario (parfois autobiographique) alors qu’il n’a que seize ans et le réalise à dix-neuf ans ! Certains spectateurs / critiques sont admiratifs, d’autres jaloux ou tout simplement agacés (il faut dire que le bonhomme a une certaine assurance / n’est pas modeste – au choix). Une chose est certaine : en général, Xavier Dolan ne laisse pas indifférent. J’ai adoré certains de ses films (Mommy, Laurence Anyways), j’en ai détesté certains (Les Amours Imaginaires). Mais étonnamment, je situe J’ai tué ma mère dans aucune de ces catégories situées à l’extrémité l’une de l’autre. Par rapport à ce que j’ai vu dans Les Amours Imaginaires ou même par rapport au personnage public et parfois ses déclarations « choc », je n’ai pas trouvé qu’il frimait contrairement à ce que je m’attendais. Bien sûr, il y a un peu de maniérisme par moments, une envie de démontrer ce qu’il sait faire, il y a des scènes mettant en avant l’esthétique qui fonctionnent (je pense notamment à la scène de sexe faisant référence au travail de Pollock ou à la dernière assez automnale), d’autres moins (le face-à-face caméra en noir et blanc… même si les scènes en elles-mêmes trouvent leur utilité). Mais dans l’ensemble, quand on connaît les autres films de Xavier Dolan, on pourra presque (pas trop non plus) le trouver sobre. Ca étonne pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que finalement sans certains artifices Dolan est capable de faire des choses intéressantes (même si encore une fois j’aime aussi ses films très esthétiques). Mais en même temps, peut-être influencée justement par cette sobriété, j’ai trouvé ce film fragile, pas assez abouti pour me convaincre. Après j’ai conscience qu’il s’agit justement de son premier film. Et il fait aussi des choses formidables pour un débutant ! Mais ce n’est pas le chef-d’oeuvre annoncé par certains, pas pour moi (pour moi j’aime des films imparfaits). On sent de l’ambition dans la mise en scène, une envie de proposer des choses artistiquement. Mais j’ai trouvé l’histoire en elle-même bancale. Oui ça parle de la relation compliquée entre une mère et un fils. Oui ça peut faire partie de la vie de certains individus. Mais en dehors de la dernière partie du film, l’histoire manque selon moi d’enjeux. L’ensemble n’est pourtant pas déplaisant à découvrir, je ne me suis pas ennuyée. Mais ça reste un enchaînement de disputes, de crise et de scènes montrant l’ado rebelle.

J'ai tué ma mère : photo Xavier Dolan

Malgré une part de narcissisme (encore une fois pas si énorme contrairement à ce que je m’attendais), ce film à consonance autobiographique reste sincère. Xavier Dolan manque de maturité en tant que réalisateur (enfin maintenant il a « grandi »). Cela dit, en tant que jeune homme, malgré son jeune âge, même si certains passages peuvent paraître un peu superficiels ou un peu faciles (j’ai même envie de dire un peu « adolescents » dans un sens), on sent qu’il comprend des choses adulte, qu’il a déjà un recul sur un sujet aussi fort et compliqué que les liens familiaux, en l’occurrence ici entre une mère et un fils. Certes, il y a parfois des répliques un peu faciles (on revient toujours à ces fameuses scènes face caméra en noir et blanc) mais son regard sur les relations entre haine et amour débordant m’a tout de même semblé très pertinent. On sent que ce n’est pas quelque chose balancé comme ça, on sent tout simplement le vécu mais aussi un recul assez étonnant. Pourtant, ce thème en question a été traitée et re-traitée de nombreuses fois, que ce soit au cinéma, en littérature ou dans d’autres domaines. Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’au fond (même s’il y a quelques petits indices donnés mais c’est pas non plus réellement expliqué) il n’y a pas de vraie cause dans cette sorte de rupture entre cette mère et son fils, il y a plus une idée d’un tout (notamment l’adolescence) qui conduit à cet éloignement. En tout cas, Xavier Dolan apporte bien sa pierre à l’édifice. En parlant de Dolan, comme vous pouvez le voir (et même le savoir vu que ça fait partie de sa réputation), il n’est pas uniquement le réalisateur de ce long-métrage. Il fait un peu tout (la parodie du Palmashow était à peine exagérée) comme on le sent. Il tient logiquement le premier rôle. Dans Les Amours Imaginaires, je l’avais trouvé vraiment mauvais. Ici, il s’en sort mieux. Certes (est-ce que je dois rappeler les fameuses scènes qui m’ont dérangée ?), je ne trouve pas que ce soit un grand acteur, son interprétation n’est pas parfaite mais il s’en sort tout de même pas si mal. En tout cas, je l’ai senti plus à l’aise, plus sincère tout simplement parce qu’il y a une part de lui dans son personnage. Anne Dorval est vraiment excellente dans le rôle de la mère. Sa performance aurait pu être limitée à une sorte d’hystérie mais heureusement ce n’est pas le cas. Il y a quelque chose dans son interprétation qui est criant de vérité. Enfin, même si on ne la voit pas tant que ça (et pourtant on a l’impression qu’elle est tout le temps présente), j’ai également beaucoup apprécié l’interprétation de Suzanne Clément, également actrice fétiche de Dolan.

J'ai tué ma mère : photo Xavier Dolan

Les Amours Imaginaires

réalisé par Xavier Dolan

avec Monia Chokri, Niels Schneider, Xavier Dolan, Anne Dorval…

Comédie dramatique canadienne. 1h35. 2010.

sortie française : 29 septembre 2010

Les Amours Imaginaires

Francis et Marie, deux amis, tombent amoureux de la même personne. Leur trio va rapidement se transformer en relation malsaine où chacun va tenter d’interpréter à sa manière les mots et gestes de celui qu’il aime…

Les Amours Imaginaires : Photo Xavier Dolan

Les Amours Imaginaires est le second film de Xavier Dolan et a été, en ce qui me concerne, le film qui a permis de découvrir l’univers du jeune réalisateur canadien. Depuis que j’ai vu Mommy, je me suis réconciliée avec Dolan. Il m’a permis d’oublier ce très sale et douloureux souvenir des Amours Imaginaires. Si le bonhomme semble s’être calmé (peut-être a-t-il compris que cela ne servait à rien de se la péter pour se faire aimer), sa prétention d’autrefois ressort dans toutes les scènes et finalement le film est à son image. On sent que le réalisateur se la pète derrière la caméra, il semble crier au monde entier « Je suis un putain de génie » mais au final il signe un film détestable et vide. Avoir des ambitions artistiques, c’est une chose, avoir le melon, c’en est une autre. D’un point de vue esthétique, le film est effectivement réussi, mais il y a plusieurs choses qui me gênent. Certes, il y a certains effets, comme les ralentis, qui soulignent le désir émanent des personnages. Mais j’ai parfois eu l’impression qu’il y avait un côté « joli » juste pour faire « joli ». Dolan semble également se prendre pour un sous-Wong Kar Wai. Je n’ai rien contre les inspirations, au contraire, cela peut être nécessaire pour construire son propre univers, mais là Dolan en abuse. Du coup, son film est effectivement beau esthétiquement, c’est indéniable, mais ça reste superficiel et sans charme.

Les Amours Imaginaires : Photo Xavier Dolan

Ce qui est également regrettable, c’est que les thèmes abordés (le désir, le fantasme, l’impossibilité de la relation amoureuse) sont intéressants et pourraient parler à tous (notamment le fait de mettre en scène une femme hétérosexuelle et un homme homosexuel) mais Dolan gâche le potentiel de son propre film à cause de scènes ridicules ou chiantes, ou à cause de ses personnages. Par exemple, alors que le reste du film est soigné et qu’on commençait un peu à rentrer enfin dans l’histoire, en plein milieu, BOUM, il y a des gens qui parlent de leur vie (tu ne sais pas ce que ça fout là, mais bon tu subis), en s’exprimant avec le pire accent et en utilisant les expressions les plus redoutables du Québec et la caméra fait des zooms improbables. On a aussi droit à cette pitoyable scène de masturbation (Dolan – parce qu’il joue aussi – fait ça en sentant les vêtements du gars qu’il aime), qui réussit à mettre mal à l’aise non pas à cause de l’acte en lui-même mais parce que la scène en elle-même est ridicule et très mal jouée. Le film ne dure qu’une heure et demi mais on a l’impression qu’il en fait le double car en réalité on se fout de l’histoire qu’on nous raconte. Si on s’en fout à ce point, c’est principalement à cause des personnages. L’histoire en elle-même est universelle mais encore une fois Dolan passe à côté en proposant des personnages antipathiques, sorte de « hipsters », de bobos. On ne peut pas s’identifier à cette bande de petits cons à eux. Pour ne rien arranger, c’est en plus très mal interprété (la Palme revient à Monia Chokri).

Les Amours Imaginaires : Photo Xavier Dolan

Mommy

réalisé par Xavier Dolan

avec Anne Dorval, Antoine Olivier Pilon, Suzanne Clément, Patrick Huard…

Drame canadien. 2h20. 2014.

sortie française : 8 octobre 2014

Mommy

Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Mommy : Photo Anne Dorval

Avant de voir Mommy, je n’avais pas forcément une bonne image de Xavier Dolan. Pourtant, avant de m’attaquer à sa filmo, j’avais beaucoup aimé le clip polémique qu’il avait signé pour le groupe Indochine, College Boy (avec le héros de Mommy, Antoine Olivier Pilon). Puis, j’ai découvert Les amours imaginaires (je publierai ma critique en novembre) sur Arte, et là catastrophe : malgré un talent esthétique, je n’aime pratiquement rien dans ce film mal joué, prétentieux et d’un ennui à mourir. Ensuite, j’ai suivi le festival de Cannes cette année et j’ai pratiquement regardé toutes les conférences sur presse. Alors que je m’attendais de nouveau à revoir le petit con qui avait tendance à m’énerve, je vois un jeune homme plus calme, beaucoup moins prétentieux, qui défend avec conviction son dernier bébé. Puis, sa réaction lorsqu’il a reçu le prix du jury – peut-être un peu exubérante – m’a beaucoup touchée, j’ai enfin vu sa sincérité. Je dois également avouer que j’étais curieuse de découvrir Anne Dorval, que je connais surtout pour la série Le coeur a ses raisons, dans un registre dramatique. Malgré l’emballement de la presse, j’avais toujours en tête ma très mauvaise expérience des Amours imaginaires en tête et puis je suis toujours un peu méfiante quand un film est à ce point aimé par tous. Je ne suis pas allée voir le film tout de suite mais finalement je me suis dis que je devais le voir histoire de me faire ma petite idée.

Mommy : Photo Antoine-Olivier Pilon

Finalement, j’ai bien fait d’avoir donné une seconde chance à Dolan. Je n’ai pas seulement aimé Mommy, j’ai adoré. Dolan a réussi à me plonger dans un tourbillon d’émotions. Le film m’a bien confirmé que le bonhomme était devenu plus mature. Il est soigné esthétiquement, mais cette fois-ci le but n’est pas pour Dolan d’étendre toutes ses connaissances techniques. Le format carré 1:1 (déjà utilisé pour le clip d’Indochine) met en valeur les personnages et en même temps les emprisonne : l’atmosphère est étouffante, on sait que le jeune Steve risque de péter un câble d’un moment à l’autre et surtout la séparation, causée par une loi imaginaire dans le Canada de 2015, semble inévitable. Les seuls moments où ce format disparaît sont ceux où les personnages respirent durant un instant le bonheur. Le film dure 2h20 mais il passe vraiment vite car il est rythmé et le scénario bien construit. Malgré sa longue durée, honnêtement, je ne vois pas ce que Dolan aurait pu couper. Chaque scène, même chaque plan, semble nécessaire et signifie quelque chose, par rapport à la construction de l’histoire ou à l’approche des personnages. La mise en scène est soignée, très maîtrisée pour un jeune réalisateur et surtout, par rapport aux Amours Imaginaires (oui, j’en fais une obsession), ne paraît pas superficielle et ceci pour une simple raison : le film respire la sincérité. Mommy est un film ambitieux mais je n’ai pas senti que Dolan avait fait ce film pour se la péter. A l’image des personnages, cette histoire sort de ses tripes. On sait tous que sa relation avec sa mère joue un rôle important dans son travail et il a dit lui-même Steve lui ressemble. Malgré cette influence autobiographique, Dolan a signé un film très universel.

Mommy : Photo Anne Dorval

Dolan a signé un film fort émotionnellement et plusieurs scènes resteront gravées. La bande-originale (Céline Dion, Lana Del Rey, Dido, Counting Crows, Oasis, Eiffel ’65, Andrea Bocelli…) est également sympa. Je craignais que Dolan ait de nouveau mis sa playlist idéale et qu’elle soit trop envahissante, surtout les premières minutes du film, mais en réalité, elle trouve sa place dans le film : la scène avec les trois personnages qui chantent du Céline Dion ou encore celle dans le karaoké sont assez significatives. Enfin, les acteurs sont impeccables. Anne Dorval est fabuleuse dans le rôle de cette mère qui semble se comporter comme une adolescente avec son look très 90s mais qui fait vraiment tout pour que son fils sorte de cette spirale infernale. Dans le rôle du fils en question, Antoine Olivier Pilon est également excellent. Il a beau être violent, insultant envers sa mère, le personnage qu’il incarne est très attachant (peut-être l’est-il parce qu’il n’a pas toujours été ainsi ?). Dans cette relation mère-fils, Suzanne Clément, qui incarne la voisine bègue, parvient à trouver sa place. Même si elle s’ouvre dans quelques scènes, ce personnage est plus dans la retenue. Ce qui est émouvant, c’est que le spectateur comprend pourquoi elle est devenue bègue et pourquoi elle s’attache autant à cette famille, mais jamais son personnage Kyla n’en parlera. La maturité de Dolan, que j’évoquais un peu plus haut, apparaît aussi dans le traitement des personnages, surtout les féminins. Pour conclure, Mommy est un magnifique film, à la fois d’une immense tendresse et d’une insolence étonnante. Je vais rejoindre la critique de Positif : on peut très bien détester les autres films de Dolan et adorer Mommy.

Mommy : Photo Suzanne Clément