Ma Vie de Courgette

réalisé par Claude Barras

avec les voix de Gaspard Schlatter, Sixtine Murat, Michel Vuillermoz, Paulin Jaccoud…

Animation, drame suisse, français. 1h06. 2015.

sortie française : 19 octobre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film d’animation

Courgette n’a rien d’un légume, c’est un vaillant petit garçon. Il croit qu’il est seul au monde quand il perd sa mère. Mais c’est sans compter sur les rencontres qu’il va faire dans sa nouvelle vie au foyer pour enfants. Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice : ils ont tous leurs histoires et elles sont aussi dures qu’ils sont tendres. Et puis il y a cette fille, Camille. Quand on a 10 ans, avoir une bande de copains, tomber amoureux, il y en a des choses à découvrir et à apprendre. Et pourquoi pas même, être heureux.

Ma Vie De Courgette : Photo

Le roman Autobiographie d’une courgette de Gilles Paris avait connu une première adaptation pour la télévision (merci papi Wiki parce que je n’étais pas du tout au courant de son existence), C’est mieux la vie quand on est grand (réalisé par Luc Béraud). Avec la scénariste Céline Sciamma (surtout connue pour être la réalisatrice  de Naissance des pieuvres, Tomboy et Bande de filles), c’est le réalisateur suisse Claude Barras qui s’est chargé de son adaptation pour le grand écran, nommée aux Oscars dans la catégorie « meilleur film d’animation ». Il n’a pas choisi n’importe quel moyen : l’animation et plus précisément le stop-motion. Autobiographie d’une courgette est à l’origine un roman bouleversant raconté à la première personne par un enfant (comme l’indique en partie son titre) : un roman à la fois lumineux et dur avec son langage d’enfant reconstitué. Claude Barras et Céline Sciamma, dont le travail a été salué aux César par le prix de la meilleure adaptation, ont merveilleusement repris l’essence du roman sans chercher à tout prix faire du copier-coller (même si, dans les grandes lignes, on peut parler de fidélité mais il y a tout de même des changements pertinents). Certes, Courgette n’est plus le narrateur dans le film, c’est pour ça qu’on passe de « autobiographie » à « ma vie ». Les scénaristes ont également préféré aller à l’essentiel en supprimant plusieurs intrigues (et l’intrigue restante et principale est plutôt simple, il n’y a pas dix milles péripéties). Plus globalement, le film atténue les différentes violences, qu’elle soit verbale (le langage des enfants est moins grossier que dans le roman) ou physiques (la mort de la mère de Courgette a une dimension plus « tragique » dans le texte d’origine) voire même sexuelles (le passé des personnages est davantage détaillé dans l’oeuvre de Paris). Cela ne signifie pas pour autant de la légèreté dans les sujets évoqués, loin de là : les douleurs d’origine des personnages existent bel et bien. Bref, on est finalement face à deux oeuvres complémentaires, une forme de fidélité n’empêche pas de transformer le matériau d’origine pour toucher le public autrement. Ma vie de Courgette aurait pu décevoir à force de tout simplifier : il est certainement un peu plus accessible aux enfants via l’animation alors que le roman semble exclusivement destiné à un public adulte. Pour la petite anecdote, je refusais de voir le film à cause de sa petite heure (traitez-moi de radine !). Mais en allant à l’essentiel, en faisant court, Ma vie de Courgette trouve un nouvel élan qui permet de faire éclore une émotion sincère. Ce film, d’une belle sincérité, ne cherche jamais à en faire trop ou à être larmoyant.

Ma Vie De Courgette : Photo

L’animation en stop-motion est réussie, pas uniquement d’un point de vue esthétique : elle parvient à être cohérente avec les différents ressentis et significations : la photographie est claire et lumineuse, les enfants, tous très attachants, ont des cheveux très colorés (cela renforce aussi le propos « universel » sur l’enfance : n’importe quel enfant peut être concerné par l’abandon et les violences et n’importe quel enfant a juste le droit d’être heureux) et surtout les yeux ronds des gosses transmettent aux spectateurs d’incroyables émotions, ils ont l’air plus vivants que jamais. Si la « voix » faussement autobiographique a disparu dans la narration contrairement au roman, en revanche les dessins qui ont l’air d’être faits par des enfants permettent d’une certaine façon de continuer à faire entendre une et même des voix enfantines. Ma vie de Courgette fait partie de ces films d’animation capables de réunir tous les publics, aussi bien les adultes que les enfants. Il aborde des sujets difficiles voire même tabous, ce qui prouve de nouveau qu’un film d’animation n’est pas qu’un truc de gosses. Mais les enfants en tant que spectateurs ne sont justement jamais mis de côté, comme le clament les réalisateurs : ce film est fait pour eux même s’il n’édulcore pas ce que certains peuvent vivre. Ma vie de Courgette a beau évoquer des thèmes sombres, il s’agit pourtant d’un film éblouissant. Les traumatismes et les blessures sont bien perceptibles dans le scénario mais les enfants ont le droit aussi d’avancer et d’avoir la vie qu’ils méritent de vivre. Le foyer est souvent perçu, que ce soit en littérature ou au cinéma (ou autre), comme un lieu austère et dangereux. Or, l’auteur du roman ainsi que le réalisateur ont cassé les codes habituels en nous exposant le foyer comme un lieu bienveillant permettant aux enfants de se reconstruire. Justement, c’est l’extérieur qui représente éventuellement un danger. Le choix d’utiliser des marionnettes prend alors encore plus de sens : la marionnette est une figure qui peut se casser et par conséquent se réparer. C’est finalement ce qui arrive aux enfants : la vie les a cassés mais le foyer peut les réparer. Encore une fois, à l’image des couleurs vives et des yeux ronds (les yeux sont le miroir de l’âme), le foyer est un lieu optimiste ouvrant à la liberté. Le casting vocal, mêlant aussi bien côté adultes des professionnels que côté enfants des débutants, est également très réussi, sachant transmettre l’émotion mais aussi la vivacité de leurs personnages. Ma Vie de Courgette est alors une ode à la vie bouleversante, poétique, tendre et sensible sur des gamins qui apprennent à se reconstruire par des valeurs aussi nobles que l’amitié : finalement, les liens les plus précieux ne sont pas ceux du sang, mais ceux qui nous valorisent dans ce monde.

Ma Vie De Courgette : Photo

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Les Indestructibles

réalisé par Brad Bird

avec les voix originales de Craig T. Nelson, Holly Hunter, Samuel L. Jackson, Jason Lee, Elizabeth Pena…

avec les voix françaises de Marc Alfos, Deborah Perret, Lorie, Amanda Lear, Bruno Salomone, Patrick Poivre d’Arvor…

titre original : The Incredibles

Film d’animation, action, comédie familiale américaine. 2h. 2004.

sortie française : 24 novembre 2004

Movie Challenge 2016 : Un film d’animation

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Bob Paar était jadis l’un des plus grands super-héros de la planète. Tout le monde connaissait « Mr. Indestructible », le héros qui, chaque jour, sauvait des centaines de vies et combattait le mal. Mais aujourd’hui, Mr. Indestructible est un petit expert en assurances qui n’affronte plus que l’ennui et un tour de taille en constante augmentation.
Contraint de raccrocher son super costume quinze ans plus tôt à la suite d’une série de
lois ineptes, Bob et sa femme, Hélène, ex-Elastigirl, sont rentrés dans le rang et s’efforcent de mener une vie normale avec leurs trois enfants.
Rongeant son frein, rêvant de repasser à l’action, Bob bondit sur l’occasion lorsqu’une mystérieuse convocation l’appelle sur une île lointaine pour une mission top-secret. Il va découvrir que derrière cette alléchante proposition, se cache un génie malfaisant avide de
vengeance et de destruction.

Les Indestructibles : Photo

J’ai beau aimé les films de Pixar (en général), Les Indestructibles était l’un des seuls films des studios que je n’avais pas encore vu pour différentes raisons. La première était son sujet qui ne m’attirait pas plus que ça. Encore une fois, je n’ai rien contre les super-héros mais je n’irai pas à regarder un film parce qu’il y a des super-héros. Entre-temps, j’ai enfin découvert l’univers de Brad Bird avec Tomorrowland  (A la poursuite de demain) et si vous avez un peu suivi, ça ne m’a pas vraiment enchantée. Mais histoire d’être moins inculte, je me suis enfin décidée à le regarder. Je ne dirais pas que j’ai été déçue vu que le résultat ne m’a pas réellement surprise, comme si je m’attendais plus ou moins à ça depuis longtemps. Mais il est certain que ce film ne va pas me réconcilier avec Brad Bird. Certes, je ne dis pas que c’est mauvais. On peut être déçus par des films Pixar pour les raisons qui nous appartiennent mais on ne peut pas les accuser de faire du mauvais travail, il y a forcément à chaque fois des qualités évidentes à ne pas négliger. Même si ce n’est pas mon coup de coeur en terme d’animation (peut-être qu’il faudrait que je me remette dans le contexte de l’époque ?), je trouve évidemment ce travail en question indéniablement réussi. J’ai également vu le film en VF donc je ne pourrais juger que sur ce que j’ai vu. J’ai trouvé le doublage français plutôt bon (même si la présence de la chanteuse has-been Lorie / Laure Pester n’est pas ce qui me réjouit le plus). Enfin, alors que j’avais rejeté son travail dans Tomorrowland (mais aussi dans Jupiter Ascending des désormais soeurs Wachowski – je crois qu’ici vous étiez en train de vous dire que j’avais une dent contre lui alors que ce n’est pas le cas), la musique de Michael Giacchino (un habitué des films de Pixar : Ratatouille, Là-Haut, Cars 2, Vice-Versa…) est excellente. Je ne dis pas que je l’écouterais en boucle sur mon Spotify comme cela m’arrive quand j’ai des coups de coeur avec certaines bandes-originales. D’ailleurs, je n’irai pas à parler de coup de coeur ici mais je dirais pourtant que cette musique en question est essentielle au déroulement même de l’histoire. La musique a souvent un rôle important dans les films mais là c’est encore plus vrai. Je le dis en toute honnêteté : pour moi, sans ce travail de composition musicale, j’aurais eu un avis sur ce film encore plus négatif.

Les Indestructibles : Photo

Cela dit, j’avoue donc ne pas comprendre le succès de ce film et je ne pense pas que je me précipiterai pour aller voir sa suite qui devrait sortir en 2018. Pour moi, Pixar représente grosso modo le compromis entre une animation de qualité, le bon divertissement et une réelle réflexion. Bref, on retrouve souvent une double-lecture dans les films de ce studio. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas ici. C’est possible qu’il y en ait une. Je ne sais pas depuis quand le film a été préparé mais vu sa sortie en 2004, on peut y voir des liens avec tout ce qui est lié au 11 septembre 2001. Peut-être que c’est moi qui en voit trop ou qui envie d’en voir trop. Après il est certain que le film parle de tous types de héros, ceux qui doivent sauver le monde (notamment les politiciens, les leaders mais plus généralement les postes à responsabilité), ceux qui sont parents et surtout ceux qui doivent gérer ces deux responsabilités au point de devoir vivre une double vie. Cela dit, je reste tout de même sceptique. Je ne nie donc pas le travail de réflexion mise en place par le réalisateur et par les scénaristes, cela ne m’a pas paru vide mais je dirais que ça ne m’a pas semblé valorisé. J’ai l’impression que l’équipe Pixar a avant tout voulu mettre en avant tout ce qui touche au divertissement : une famille sympathique, de l’action, un méchant fou, de l’hommage (sur un ton parfois parodique) aux films de super-héros voire même aux films d’espionnage et on peut continuer la liste encore longtemps. Peut-être que mon problème justement avec ce film c’est qu’au fond je n’ai pas été satisfaite d’un point de vue divertissement et que je n’arrive même pas à me raccrocher totalement au « fond » du film vu que je ne trouve pas que ce soit hyper poussé non plus (j’ai vraiment connu Pixar plus inspiré de ce côté-là). Certes, Les Indestructibles se laisse regarder. Mais je ne suis pas éclatée, loin de là. J’ai trouvé l’histoire assez longue à se mettre en place (et le film est d’ailleurs pour moi trop long tout simplement), les gags pas très drôles, la parodie ne m’a pas plus convaincue que ça, les personnages (en dehors d’Edna Mode, sorte de sosie de Chantal Thomass, même si les créateurs de Pixar se sont inspirés de la costumière Edith Head) sympathiques (en dehors du méchant car c’est un méchant justement) mais finalement très caricaturaux (et ne parviennent pas pour moi à dépasser la caricature – ce critère n’étant pas toujours quelque chose de négatif). Finalement j’ai trouvé ce film assez banal par rapport à tout ce que j’ai pu entendre. Le film a beau essayé de se montrer ambitieux, d’être certainement plus profond qu’il en a l’air, pour moi on assiste encore à une éternelle opposition (que j’ai vu sans réel plaisir – avec du plaisir, mon avis aurait sûrement été différent) entre des gentils et des méchants qui se battent.

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Harvie Krumpet

réalisé par Adam Elliot

avec les voix de Geoffrey Rush, John Flaus, Julie Forsyth et Kamahl

Film d’animation, comédie dramatique australien. 24 mn. 2003.

Movie Challenge 2016 : un court-métrage

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Le récit de la vie triste et étrange de Harvie Krumpet, qui décide de quitter son existence misérable en Europe et de tenter sa chance à travers le monde.

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 Adam Elliot est peut-être un nom qui ne vous est totalement inconnu. Il a remporté un certain succès en 2009 avec l’excellent film d’animation Mary & Max. Avant ce long-métrage, il était passé par la case « court-métrage » notamment avec Harvie Krumpet qui avait remporté l’Oscar du meilleur court-métrage. Comme pour Mary & Max (et les autres films par Elliot), ce film a été crée à partir de pâte à modeler. Ce genre de technique m’épate toujours autant et le résultat est effectivement à la hauteur. Esthétiquement, le travail est donc indiscutable. Il n’y a d’ailleurs pas que l’animation autour de la pâte à modeler qui est remarquable. Le travail autour des couleurs et de la luminosité n’est pas à négliger, que ce soit esthétiquement ou autour de ses différentes significations au fil de l’histoire. Je trouve aussi le choix d’établir son animation avec de la pâte à modeler cohérent par rapport aux personnages et à l’ambiance même du film : ça rend étrangement les personnages humains et paradoxalement en même temps à part, uniques. Pour moi, surtout avec le travail de photographie, ça fait ressortir chez les personnages à la fois de la poésie et une forme de mélancolie. On remarque un autre type de cohérence dans la filmographie d’Adam Elliot : comme dans Mary & Max, Adam Elliot met en scène un personnage malade (en l’occurrence ici le Harvie Krumpet) souffrant d’une maladie neurologie, le syndrome de Gilles de la Tourrette. Pour couronner le tout, frappé par la foudre, il va perdre une de ses testicules ! Il ne s’agit pas du seul personnage à être différent, sa propre fille adoptive n’ayant pas de mains suite aux effets de la thalidomide. Même sans la maladie, il est un être différent, en étant un immigré (Harvie Krumpet – le nom du titre n’étant jamais anodin – étant son nom australien, à l’origine il se nomme Harvek Milos Krumpetzki). Tous ces choix ne sont certainement pas un hasard, le réalisateur australien souffrant de tremblements physiologiques, une maladie héréditaire (source ici). La différence (quelle que soit sa nature) est évidemment au coeur de cette oeuvre et elle est très bien traitée. Le message est simple et clair mais d’une grande efficacité : même si on ne fait partie de la norme, on doit continuer à profiter de la vie. Mieux : notre différence peut devenir une force. C’est très bateau dit comme ça mais pourtant c’est la vérité et j’ai envie de dire que ça fait du bien. La différence ne réside donc pas uniquement par rapport à ce qu’on est physiquement ou psychologiquement mais aussi par rapport aux choix qu’on décide de faire pour vivre sa vie.

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En clair, en croisant la statue du poète Horace, Harvie Krumpet décide de mettre en application la fameuse locution « Carpe Diem » dans son existence (notamment par le choix « marginal » du naturisme). Non seulement on n’est pas obligés de subir certains désagréments de la vie mais en plus on est libre de choisir sa propre différence. Notre normalité, voire même parfois les malheurs qui nous touchent, transforment notre vision de notre existence et surtout font de nous des êtres uniques. « Normalement » (en tout cas il s’agit de ma normalité), quand on le peut évidemment, il faut privilégier la version originale. Mais ici, c’est encore plus vrai ! La voix de l’excellent acteur australien Geoffrey Rush (qui « incarne » ici le narrateur) correspond complètement à l’univers instauré par Adam Elliot. A priori, elle a quelque chose de neutre, comme si le spectateur était en train de regarder une sorte de biopic. Pourtant, par petites touches, elle incarne à seule la complexité de notre monde, à la fois absurde, tragique par le comportement parfois incompréhensif de l’homme, drôle pour tous les petits moments que nous pouvons vivre et constater autour de nous. Il est le conteur mais par sa voix, on parvient à mieux cerner le comportement de Harvie ainsi que ses émotions. A travers ces beaux messages, Adam Elliot nous livre un petit bijou vacillant avec justesse entre la tragédie et la comédie. Tragique parce que même si on retient quelque chose de positif, la vie menée par Harvie reste difficile et que ses souffrances face aux événements (deuil à plusieurs reprises, éloignement avec ses proches, donc solitude, tentative de suicide etc…) sont réelles et si proches de ce qu’on pourraient / peuvent connaître les spectateurs. Drôle, pas uniquement à cause du message positif qu’on peut en tirer. Adam Elliot reprend merveilleusement bien les codes de l’humour absurde voire même du burlesque, notamment avec les fameux jeux de mots (notamment en VO les « fakts » qui ont l’air très anodins, parfois délirants, en tout cas ils font souvent rire ou sourire). Enfin, le format court de ce film est évidemment un avantage (il faut vraiment le faire pour s’emmerder devant un court-métrage même si c’est – hélas – possible) on a l’impression qu’Adam Elliot a su trouver la durée idéale pour raconter son histoire. Je vous conseille en tout cas de découvrir Harvie Krumpet (que vous trouverez assez facilement sur Internet, notamment sur Youtube), une vraie bonne surprise drôle, émouvante, intelligente et vraiment bien foutue.

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La Reine des Neiges (2013)

réalisé par Chris Buck et Jennifer Lee

avec les voix originales de Kristen Bell, Idina Menzel, Jonathan Groff, Josh Gad, Alan Tudyk, Santino Fontana, Eva Bella, Livvy Stubenrauch…

avec les voix françaises de Emmylou Homs, Anaïs Delva, Donald Reignoux, Dany Boon, Bernard Alane…

titre original : Frozen

Film d’animation américain. 1h42. 2013.

sortie française : 4 décembre 2013

La Reine des neiges

Anna, une jeune fille aussi audacieuse qu’optimiste, se lance dans un incroyable voyage en compagnie de Kristoff, un montagnard expérimenté, et de son fidèle renne, Sven à la recherche de sa sœur, Elsa, la Reine des Neiges qui a plongé le royaume d’Arendelle dans un hiver éternel…  En chemin, ils vont rencontrer de mystérieux trolls et un drôle de bonhomme de neige nommé Olaf, braver les conditions extrêmes des sommets escarpés et glacés, et affronter la magie qui les guette à chaque pas.

La Reine des neiges : Photo

La Reine des Neiges version Disney a remporté un succès monstre. Qui ne connaît pas actuellement la chanson Let it go / Libérée, Délivrée jusqu’à en avoir été gavé ? Le film d’animation a remporté plus d’un milliard de dollars de recettes, ainsi que, pour ne citer que ces prix-là), les Oscars du meilleur film d’animation et de la meilleure chanson pour un film. J’avais regardé une première fois ce film quelques mois après sa sortie, histoire de ne pas me sentir totalement à l’écart de la société (si si !). Je l’avais bien aimé mais je n’avais pas totalement accroché, comme si tout ce buzz avait participé à une forme de déception. Mais durant ce mois de décembre (qui dit mois de décembre dit regarder des dessins animés dit aussi envie de glander et de manger du chocolat jusqu’en à crever), j’avais envie d’un film de Noël. Bon, La Reine des Neiges n’est pas forcément LE film de Noël (par rapport à un grand nombre que j’aurais pu voir ou revoir) mais il s’agissait d’un film d’animation (et j’avais vraiment envie d’en voir un ces derniers jours et de retrouver mon âme d’enfant !) et surtout la neige (que je ne verrai visiblement pas pour les fêtes) est en accord avec notre période hivernale ! Finalement, j’ai bien fait de le revoir car j’ai vraiment pu l’aimer à sa juste valeur selon moi ! Pour moi, cette adaptation du conte d’Andersen s’inscrit dans la lignée des meilleurs films que Disney a pu faire et qui ont marqué mon enfance tout en étant moderne. Le film met pourtant en place des intrigues qui rappellent tout ce qu’on a pu voir dans les autres Disney, je pense notamment au rôle du prince charmant. Mais on est loin de ces idées qui peuvent sembler actuellement totalement vieillottes et dépassées (bien que j’adore toujours les vieux Disney, ce qui peut sembler paradoxal), place maintenant à des messages plus contemporains (et toujours aussi universels), c’est-à-dire l’amour « fraternel » (je sais qu’il y a un autre terme pour désigner l’amour entre soeurs, mais il n’y a rien à faire, je ne m’habitue pas à utiliser ce mot en question) ainsi que l’émancipation féminine. Au-delà des « messages » assez sains, qui toucheront tous les publics, je suis évidemment raide dingue de l’animation. Le travail fourni par toute l’équipe est bluffant. On retrouve encore une fois tout ce qui m’a fait rêver enfant, c’est-à-dire une animation fluide, qui ressemble encore à ce qu’on pourrait dessiner sur du papier, et en même temps, la technologie actuelle permet de rendre les expressions et les mouvements des personnages plus précis et plus réalistes ou encore d’avoir l’impression d’assister à des scènes dignes des plus grandes musicales de Broadway (en plus de bénéficier d’une bande-originale vraiment géniale).

La Reine des neiges : Photo

Au-delà d’une animation époustouflante, évidemment tout un jeu technique bluffant ainsi qu’un joli travail autour des couleurs froides ou encore la présentation de magnifiques décors qui rendent ce film encore plus magique et merveilleux, j’ai énormément aimé les personnages (et maintenant on a trois tonnes de gamines qui s’appellent ou vont se prénommer Elsa et Anna) tous très attachants et avec leurs complexités. Il est évidemment plus facile de s’attacher à la vive, courageuse, aventurière mais néanmoins naïve rouquine Anna mais avec le temps j’aime beaucoup Elsa, certes froide au premier abord mais en réalité sincère dans ses différentes démarches, lucide selon les situations et surtout comment ne pas être sensible à sa transformation sur de nombreux points ? Au-delà de sa profondeur psychologique, vraiment bien travaillée (je dirais plus que celle d’Anna, si je devais faire un mini reproche à ce film), le travail d’animation (on parlera donc par conséquent de l’évolution visuelle du personnage) aide aussi quelque part à rendre ce personnage encore plus attachant. Le fait de voir Elsa plus libre dans ses mouvements avec ses cheveux détachés et les épaules dégagées peut être un petit détail mais pourtant rien que ça joue vraiment en sa faveur. Les seconds rôles sont également très réussis, que ce soit la brute (mais pas si brute que ça) Kristoff et son sympathique renne Sven, le délirant bonhomme de neige Olaf qui rêve de soleil et de chaleur ou encore le « prince charmant » Hans. Le film bénéficie également d’un très bon doublage que ce soit dans sa version originale ou la française (pour une fois qu’on fait quelque chose de bien…). J’écoute régulièrement la bande-originale dans les deux versions, ce qui est rare chez moi (même pour les anciens Disney, j’ai pris l’habitude d’écouter les chansons en anglais, c’est limite difficile de réécouter des chansons parfois cultes en français). Pour conclure, La Reine des Neiges est un film d’animation très réussi et qui mérite entièrement son succès même s’il a pu nous gaver au bout d’un moment. Mêlant brillamment comédie musicale, humour et émotion, il s’agit d’un long-métrage à la fois rythmé, divertissant, magique et ambitieux sur de nombreux points, éloigné d’une certaine niaiserie qu’on trouverait autrefois dans les bons vieux Disney d’autrefois. Les studios Disney ont su se renouveler pour notre plus grand bonheur (et plus récemment, même s’il n’a rien à voir avec La Reine des Neiges, Big Hero 6 / Les Nouveaux Héros confirme ce renouveau qui fait vraiment plaisir à voir).

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Vice Versa

réalisé par Pete Docter et Ronaldo Del Carmen

avec les voix originales de Amy Poehler, Phyllis Smith, Bill Hader, Mindy Kaling, Lewis Black, Kaitlyn Dias, Diane Lane, Kyle MacLachlan, Richard Kind, Sherry Lynn, Frank Oz…

avec les voix françaises de Charlotte Le Bon, Marilou Berry, Pierre Niney, Gilles Lellouche, Mélanie Laurent, Clara Poincaré, Didier Gustin…

titre original : Inside Out

Film d’animation américain. 1h34. 2015.

sortie française : 17 juin 2015

Vice Versa

Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité,  Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie…

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Chaque nouveau Pixar est pour moi un véritable événement : depuis de nombreuses années, le studio a prouvé à quel point il pouvait être créatif et réunir un public très large. C’est pour cela que j’étais très curieuse de découvrir leur dernier film, Vice Versa, présenté au festival de Cannes en mai dernier. Il faut dire que le sujet, très original, avait de quoi m’attirer : que se passe-t-il à l’intérieur de notre cerveau ? Ainsi, les personnages principaux sont des émotions, ce qui est très différent de ce qu’on nous propose d’habitude. J’étais également impatiente de découvrir le court-métrage Lava (de James Ford Murphy), projeté avant Vice Versa (une tradition chez Pixar). D’habitude, j’aime beaucoup les courts-métrages de Pixar mais sans en faire une critique détaillée (je veux surtout parler de Vice Versa), j’ai été très déçue par Lava et j’aurais limite préféré ne pas le voir. Personnellement, j’ai trouvé ce court film très saoulant, niais voire même ridicule. Déjà ma séance a mal commencé, cela ne m’a pas aidée à apprécier pleinement Vice Versa. Dans l’ensemble j’ai bien aimé ce très attendu long-métrage, toujours aussi ambitieux et original. Il y a quelques longueurs vers la fin, mais dans l’ensemble le film est plutôt bien rythmé. En ce qui concerne le travail d’animation, j’ai évidemment été convaincue. La représentation même des émotions a quelque chose de très ludique, à l’image du propos du film. La « reproduction » du monde qui serait à l’intérieur de notre cerveau (et qui ressemble à un énorme parc d’attraction) m’a également pas mal séduite, je trouve qu’on voit bien comment notre système cérébral est paradoxalement « bordélique », avec des idées qui se bousculent sans cesse, et en même temps un lieu cohérent, dans lequel ces idées parviennent aussi à être classées. J’ai également aimé les quelques séquences consacrées aux émotions des autres personnages, elles sont vraiment hilarantes ! Le vrai « plus » de ce Vice Versa est pour moi le personnage de Tristesse. Grâce à elle, le film n’est pas manichéen, les émotions peuvent au contraire se compléter, et cela montre tout simplement la complexité de l’humain. Il n’y a pas forcément une hiérarchie dans les émotions, chacune a sa place au sein de l’individu. C’est aussi cette complémentarité entre les émotions qui fait naître chez l’individu ses plus beaux souvenirs. De plus, contrairement à son nom, Tristesse est vraiment un personnage drôle ! Les personnages sont d’ailleurs très attachants (même si je trouve Peur, Dégoût et Colère un peu trop délaissés) alors que cela pourrait paraître déconcertant d’avoir de l’empathie pour des idées abstraites.

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Je n’ai pas vu le film en VO mais j’ai beaucoup aimé la VF, le doublage français donne vraiment de la vie à ces drôles de personnages. Je reconnais que la voix de Charlotte Le Bon est parfois un peu saoulante mais je ne critique pas totalement ce choix car je trouve qu’elle correspond bien au personnage. Sinon j’ai vraiment aimé les autres doublages, surtout celui de Marilou Berry (Tristesse). Voilà, j’ai bien aimé mais je nuance justement. Bien aimé, pas adoré, contrairement à mes confrères blogueurs et à la presse. Le film est certes assez touchant, notamment à travers cette métaphore de la fin de l’enfance (via le personnage de Bing Bong) ou encore les difficultés que l’enfant voire même l’adolescent s’apprête à passer. Mais je dois vous avouer que je n’ai pas été bouleversée, contrairement à d’autres Pixar (comme Là-Haut ou Toy Story 3, là j’avais versé toutes les larmes de mon corps !) ou par exemple comme le dernier Disney Les Nouveaux Héros, je m’attendais à quelque chose de plus renversant. Puis, d’habitude, ce que j’aime dans les films de Pixar, c’est la double-lecture, c’est d’ailleurs pour cette raison que ce studio est autant populaire puisque leurs oeuvres s’adressent en général autant aux adultes qu’aux enfants. Or, j’avoue que je ne savais pas trop où me situer. Je ne peux évidemment pas retourner dans le passé, on ne pourra jamais connaître mon avis en tant qu’enfant mais j’ai tout de même trouvé le film pas toujours accessible pour des enfants. Peut-être que je dis ça parce que j’étais une gamine un peu simplette et que je captais rien. Cependant, en tant que jeune adulte (un poil ado attardée, mais passons), je ne me suis pas non plus totalement retrouvée. En fait, malgré ce que je viens de dire, j’ai trouvé les théories sur le fonctionnement du cerveau parfois très simplistes. Evidemment, en ce qui concerne certains points, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, le film est évidemment bien foutu, ludique, simplifié. Ceci dit, d’autres points m’ont rendu sceptique. J’ai conscience qu’il ne s’agit pas d’une thèse en psychologie et je ne suis d’ailleurs pas psychologue (je n’ai pas la prétention de l’être), même si ce domaine m’intéresse.

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En fait, ce qui m’a principalement gênée, c’est qu’on a quand même l’impression que les émotions remplacent la raison et que Riley est comme un pantin uniquement guidée par ses émotions. J’imagine qu’il y a une part de métaphore mais quand je lis les critiques qui louent le travail de recherche de Pixar et que ce même studio se vante dans ses interviews « ouiii, on a lu des tas de bouquins sur le fonctionnement du cerveau », j’avoue que je suis restée un peu bête en regardant le film, et je ne dis pas ça pour chipoter. De plus, même si métaphoriquement elles sont quand même très réussies, les scènes autour des souvenirs restent un peu trop approximatives en ce qui concerne le rôle du souvenir et je ne pense pas qu’il faut être un spécialiste dans ce domaine. De plus, même si je n’ai rien contre elle en particulier, qu’on arrive à être touché par ce personnage, je n’ai pas trouvé Riley très attachant et pas uniquement parce qu’elle est en train de devenir une adolescente. Je trouve qu’elle se fait trop manger par les personnages des émotions et qu’elle a du mal à trouver sa place au coeur du scénario. Or, par exemple, un personnage secondaire comme Boo dans Monstres et Cie arrivait quand même à être extrêmement attachant. En parlant de Riley, quelques petits reproches également. Certes, je comprends que le scénario a voulu travailler sur la transition entre deux périodes de l’individu, plus généralement ce qu’on appelle de manière très bateau le passage à l’âge adulte (même si Riley est très loin d’en être une). Or, j’ai quand même eu l’impression que Pixar n’a pas voulu trop prendre de risques (alors qu’il en prend un énorme rien qu’à travers son sujet) en ne prenant pas comme personnage une adolescente mais plutôt en réalité une pré-adolescente, ce qui n’est quand même pas exactement la même chose. Du coup, malgré la violence démontrée à travers les nombreux changements que Riley doit subir, il y a malgré tout quelque chose de lisse, ce qui peut de nouveau étonner de la part de Pixar. Surtout, même si je peux de nouveau comprendre la démarche (c’est-à-dire marquer le changement brutal au sein de la vie de Riley), même s’il y a quelques moments de tristesse (comme nous le montre la fin, lorsqu’on comprend la combinaison indispensable entre les différentes émotions), l’enfance de Riley paraît quand même très lisse ! Pour conclure, j’ai parfaitement conscience que ma critique pourra paraître très sévère. Je dis juste que l’ensemble reste plaisant, frais, ludique, original, drôle, touchant et tout ce qu’on veut, Pixar propose effectivement un bon film, en tout cas j’ai quand même bien aimé mais qui est pour moi loin d’être parfait et surtout pas aussi émouvant que je l’espérais (car je pense que j’aurais pu faire oublier certains points si le film m’avait davantage émue, j’en suis persuadée).

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Shaun le mouton – le film

réalisé par Mark Burton et Richard Starzak

avec les voix de Justin Fletcher, John B. Sparkes, Omid Djalili, Andy Nyman…

titre original : Shaun the Sheep Movie

Film d’animation britannique, français. 1h25. 2015.

sortie française : 1 avril 2015

Shaun le mouton

Lorsque qu’une blague de Shaun entraîne accidentellement le fermier jusqu’à la Grande Ville, Shaun, Bitzer et le reste du troupeau se retrouvent embarqués dans une aventure complêêêêtement inattendue en plein grande ville… Shaun arrivera-t-il à retrouver le Fermier dans cette ville étrangère et inconnue avant de s’y perdre pour toujours ?

Shaun le mouton : Photo

Shaun le mouton est un personnage apparu pour la première fois dans Wallace et Gromit : Rasé de près de Nick Park en 1995. Après cette apparition, Shaun (en anglais, « Shaun » sonne comme « shorn » qui signifie « tondu ») est devenu populaire, notamment en apparaissant sur divers objets (pubs, cartes de voeux, livres etc…). Puis, il a même été la vedette de sa propre série en 2007 intitulée tout simplement Shaun le mouton (et toujours créée par Nick Park et actuellement à sa 4e saison). La logique des choses a donc voulu que Shaun le mouton ait carrément son propre long-métrage. Le film a donc été réalisé en pâte à modeler et en stop-motion sans aucun dialogue (il y a par contre des sons qui sortent de la bouche des personnages en guise de voix). L’humour repose alors principalement sur des gags visuels. En tout cas, face à ces nombreux défis, le nouveau film des studios Aardman est une véritable réussite, pour l’instant dans mon top de l’année. Tout d’abord, sans entrer dans des détails techniques, je dois avouer que l’animation m’a bluffée. D’ailleurs, à l’image du reste du film, j’apprécie toujours l’authenticité et la créativité des techniques d’animation utilisées. Puis, c’est un film qui m’a énormément fait rire, du début jusqu’à la fin. Il est vraiment destiné à tous les publics, que ce soit les enfants et les adultes. Rendant à la fois hommage au cinéma muet et burlesque, le film joue donc sur des gags visuels, mais aussi sonores (la musique, les onomatopées, les bruitages etc…), le film est donc truffé de références très plaisantes sans que ces dernières envahissent l’inventivité même du scénario, plutôt simple sur le papier mais en réalité vraiment efficace.

Shaun le mouton : Photo

Effectivement, Shaun le mouton aurait pu se contenter de réunir une succession de sketchs (ce qui aurait été très pénible), heureusement ce n’est pas le cas, il n’y a pas du gag pour avoir du gag, l’humour va évidemment de pair avec l’histoire, il la nourrit même. Surtout, la réflexion derrière, le « message » pour caricaturer (l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs) passe très bien sans que ce soit dégoulinant de bons sentiments. Si la comparaison entre la campagne et la ville n’a rien d’original en soi, elle reste tout de même ici pertinente. Les gags fonctionnent aussi parce que le film est rythmé, sans aucun temps mort mais sans qu’on en ressorte non plus épuisé dans le mauvais sens du terme. De plus, vu qu’il s’agit d’un film familial, j’ai apprécié de voir un film plutôt court, avoisinant les 1h20. Au-delà d’avoir passé un excellent moment devant ce divertissement hilarant, j’ai également apprécié la tendresse et l’humanité dégagées dans ce film et je trouve qu’il y a même quelques scènes émouvantes à la fin du film. Comme quoi, on peut définitivement faire des films pour enfants sans tomber dans la niaiserie. Je dois également ajouter que je ne suis pas une fan des films (que ce soit des films d’animation ou « live ») mettant en scène des animaux (je suis parfois très terre-à-terre). Or, dès le début, ce qui serait pour moi un obstacle ne m’a pas du tout gênée ! J’ai tout de suite aimé ces animaux attachants, malins et expressifs. Enfin, j’ai également apprécié la bande-originale composée par Ilan Eshkeri et comportant quelques chansons pop-rock très sympa comme « Feels like summer » de Tim Wheeler.

Shaun le mouton : Photo

Le conte de la princesse Kaguya

réalisé par Isao Takahata

avec les voix V.O. de Aki Asakura, Kengo Kora, Takeo Chii, Yûji Miyake…

titre original : Kaguya-hime no monogatari

Film d’animation japonais. 2h17. 2012.

sortie française : 25 juin 2014

Le Conte de la princesse Kaguya

Adapté d’un conte populaire japonais Le couper de bambou, un des textes fondateurs de la littérature japonaise, Kaguya, « la princesse lumineuse », est découverte dans la tige d’un bambou par des paysans. Elle devient très vite une magnifique jeune femme que les plus grands princes convoitent : ceux-ci vont devoir relever d’impossibles défis dans l’espoir d’obtenir sa main.

Le Conte de la princesse Kaguya : Photo

Le Conte de la Princesse Kaguya, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au dernier festival de Cannes, marque le retour du réalisateur Isao Takahata. En effet, son dernier long-métrage, Mes Voisins Les Yamada, date de 1999. Comme Hayao Miyazaki avec Le Vent se lève,Takahata fait ses adieux au cinéma. Il adapte ici Le Conte du coupeur de bambou, un conte japonais datant du Xe siècle. Il s’agit du plus ancien texte narratif japonais, écrit par une dame de cour, Murasaki Shikibu. Le conte a déjà été adapté sous plusieurs formes mais il s’agit de sa première adaptation animée longue. Takahata finit sa carrière en beauté en signant un pur chef-d’oeuvre. Certains pourront reprocher à ce film ses longueurs : en effet, le film dure 2h17 et il s’agit actuellement du plus long film produit par les studios Ghibli depuis Princesse Mononoke de Miyazaki, qui durait 2h14. Personnellement, même si je les ai un peu senties vers la fin, les longueurs ne m’ont pas gênée car l’histoire est tellement puissante et captivante qu’on les oublie. Puis, ce n’est pas non plus le premier film des studios Ghibli qui est très long. C’est sûr que le film pourra ennuyer les enfants, mais en même temps, il n’est pas non plus destiné à un jeune public. Les sujets abordés sont traités avec beaucoup de subtilité et d’intelligence. Ils sont parfois très actuels, comme ce père qui vit son rêve à travers sa fille, ou plus universels, comme par exemple les questions éternelles sur l’amour, le bonheur, la liberté et même la mort. Le film semble également avoir un penchant féministe.

Le Conte de la princesse Kaguya : Photo

Tout d’abord, j’ai vraiment adoré les dessins aux allures d’aquarelle qui sont d’une beauté exceptionnelle. Ils ont à la fois un aspect simple et fluide. Takahata n’a pas cherché la perfection, il a préféré aller à l’essentiel et grâce à cela, le film est encore plus émouvant, poétique et onirique. L’histoire en elle-même est magnifique. La première partie, lorsque notre héroïne grandit dans un univers champêtre sous les yeux ébahis de ses parents adoptifs, est très touchante et jamais niaise. La seconde partie est en revanche plus sombre, très dure à voir : en effet, la jeune fille ne supporte pas le manque d’humanité des protocoles de la cour et d’être convoitée par des hommes qui n’ont aucun sentiment pour elle. Pour ne rien arranger, elle est toujours amoureuse de Sutemaru et son père adoptif, qui était pourtant si aimant lorsqu’il l’a élevée, est devenu un gros égoïste, ne pensant qu’à accéder au plus gros statut social possible. Cependant, le film n’est jamais manichéen : le père développe effectivement cet énorme défaut qui va conduire Kaguya au plus bas moralement, mais il est pourtant évident qu’il aime profondément sa fille. Enfin, dans la dernière partie du film, on en sait un peu plus sur les origines de la princesse et la fin sera particulièrement déchirante. Le film est très émouvant, cependant on trouve quelques scènes drôles (je pense surtout à celles avec les prétendants humiliés par Kuguya). On peut également noter la très belle musique de Joe Hisaishi qui accompagne ces dessins et histoire magnifiques. Pour conclure, Le Conte de la Princesse Kaguya est un magnifique film et un très beau portrait d’une jeune femme, d’une grande beauté et d’une rare sensibilité.

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Le vent se lève (2014)

réalisé par Hayao Miyazaki

avec les voix V.O. de Hideaki Anno, Miori Takimoto, Hidetoshi Nishijima…

titre original : Kaze Tachinu

Film d’animation japonais. 2h06. 2013.

sortie française : 22 janvier 2014

Le Vent se lève

Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde.
Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence, dont le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

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Le Vent se lève, qui a été récemment nommé aux Oscars dans la catégorie « meilleur film d’animation », est l’ultime film de Hayao Miyazaki, le roi de l’animation, qui décide de prendre enfin sa retraite. Pour signer ses adieux, le réalisateur finit sa carrière en beauté. Cependant, comme d’ailleurs certains de ses autres films, Le vent se lève n’est pas destiné à un jeune public, qui ne pourra pas saisir ses réels enjeux. Le titre français est inspiré d’un vers du poème « Le cimetière marin » de Paul Valéry, que prononcent les deux personnages principaux lors de leur première rencontre : « Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! ». Pour son intrigue amoureuse, Miyazaki s’est inspiré du roman du même nom en français, écrit par Tatsuo Hori. A travers un des seuls éléments fictifs de l’histoire, Miyazaki rend aussi hommage à sa mère. Comme Nahoko, sa mère a souffert de tuberculose. Contrairement à ses autres films, Miyazaki s’éloigne du fantastique, s’attachant ainsi à réaliser un film plus réaliste et à aborder plusieurs points historiques. Tout d’abord, le film évoque le tremblement de terre de Kanto qui a eu lieu en 1923. Puis, le récit passe par la préparation de la Seconde Guerre Mondiale. Enfin, le personnage principal, Jiro, est inspiré de l’ingénieur en aéronautique Jiro Horikoshi, et également de Hori, qu’on a déjà évoqué.

Le Vent se lève : Photo

Cependant, Miyazaki a tout de même ajouté des scènes oniriques, rendant son film très poétique. Miyazaki semble alors créer un mélange explosif, entre la douceur et la violence, tout en restant cohérent et en signant un film parfaitement équilibré. D’un côté, l’histoire d’amour est vraiment émouvante et sans être niaise. Le couple est vraiment touchant car il est attachant. De l’autre, le constat sur l’humanité est particulièrement est effrayante, sombrant au fil du temps. Même si le film reste accessible pour les fans (adultes, je le reprécise) du maître, il est tout de même complexe et aborde le thème de l’aviation (j’aime beaucoup Miyazaki mais avant de voir ce film, j’avoue que ce point m’effrayait un peu car j’avais peur que ça ne m’intéresse pas) pourtant il reste plutôt accessible. Ce thème est notamment à travers les rencontres imaginaires entre Jiro et Giovanni Caproni, deux personnes qui aiment les avions, aussitôt détruits à la guerre. Pour conclure, Miyazaki réalise un film vraiment brillant, d’une grande beauté, qu’elle soit émotionnelle ou visuelle (je ne vais pas passer des heures à commenter les dessins, qui sont toujours aussi magnifiques), réaliste et poétique à la fois. N’ayons pas peur des mots : il a de nouveau signé un chef-d’oeuvre. En sortant par la grande porte, Miyazaki prouve qu’il restera à jamais un maître inégalable et qui manquera au cinéma.

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