American Horror Story : Roanoke

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

Avec Kathy Bates, Lily Rabe, Sarah Paulson, Cuba Gooding Jr., André Holland, Angela Bassett, Adina Porter, Denis O’Hare, Wes Bentley, Evan Peters, Cheyenne Jackson, Lady Gaga, Frances Conroy, Finn Wittrock, Taissa Farmiga, Leslie Jordan, Chaz Bono…

Anthologie horrifique américaine. 6e saison. 2016.

ahs

Présentée sous la forme d’un documentaire intitulé « My Roanoke Nightmare« , l’histoire suit un couple, Shelby et Matt Miller, vivant à Los Angeles. Après l’agression de Matt ayant failli causer sa mort et l’annonce de la fausse couche de Shelby, le couple décide de déménager pour la Caroline du Nord, la région natale de Matt. Ils y achètent une ancienne ferme construite en 1790, sans savoir que des événements bien plus sombres les y attendent.

lady

J’ai découvert American Horror Story relativement tard mais elle fait désormais partie pour moi des séries les plus remarquables excitantes de la télévision américaine. J’attendais donc de pied ferme cette sixième saison, « Roanoke ». Le titre fait directement référence donc à la « Colonie Perdue » (il n’y a jamais eu d’explication ou de trace de la disparition des 115 pionniers venus d’Angleterre) du même nom qui a marqué l’histoire américaine. Cette année, la série de Ryan Murphy et Brad Falchuk avait l’ambition de mêler à la fois inspiration historique (le nom de cette saison n’est donc pas anodin), found-footage, reconstitution de faits divers (sans Pierre Bellemare et avec des trucs flippants et surnaturels), télé-réalité et évidemment la base de la série : horreur (notamment avec cette fois-ci du cannibalisme au fin fond de l’Amérique). Bref, sur le papier, ça devait envoyer du pâté surtout avec un tel casting (qui réunit un paquet d’acteurs de toutes les saisons) ! Cette saison semble être organisée en trois parties distinctes : la première partie concerne l’émission « My Roanoke Nightmare » sous forme de documentaire reconstituant des faits qui se seraient déroulés dans la réalité (avec des acteurs qui interprètent les personnages clés des événements relatés dans l’émission. La seconde partie est une émission de télé-réalité qui réunit les personnages et leurs interprètes de la première saison donc de « My Roanoke Nightmare » : ils doivent revivre les événements (durant les trois jours de la Lune Rouge) reconstitués en live devant des caméras planquées partout dans la maison de l’horreur. Enfin, la troisième partie se déroule plusieurs mois après cette deuxième saison. Comme on nous l’avait annoncé dans l’un des épisodes, il ne restera qu’un seul survivant. Ce survivant est davantage mis en avant durant la fin de cette saison doit alors rendre quelques compte. Bref, sur le papier, ça donne vraiment envie et je sais qu’il y a des grands fans de cette nouvelle saison (mais de toute façon chacun a sa saison préférée, je n’ai jamais eu l’impression qu’il y avait réellement LA saison qui mettait tout le monde d’accord). Pour ma part, cette dernière saison m’a énormément déçue et c’est vraiment la première fois que American Horror Story livre selon moi une oeuvre mauvaise. Je sais qu’une saison 7 est prévue (un cross-over entre la première saison « Murder House » et la troisième « Coven ») mais je croise les doigts pour que ce « Roanoke » soit juste une erreur de parcours et non le début du déclin (ce qui ne serait pas étonnant au bout de six saisons).

am

Les précédentes saisons étaient toutes constituées de douze ou treize épisodes, les épisodes durant à chaque fois facilement 45 voire même 50 bonnes minutes. On reprochait à ces saisons en question de vouloir développer trop de sujets, qu’il n’y avait parfois pas suffisamment d’épisodes ! Or, dans « Roanoke », il n’y a que dix épisodes qui dépassent à peine 30 minutes (sans exagérer on atteignait parfois 35 minutes). Certains diront que cette nouvelle saison a préféré synthétiser les idées, ce qui peut être une bonne chose. Pour ma part, j’ai surtout senti une vraie panne d’inspiration de la part des scénaristes qui n’ont jamais réellement su développer toutes leurs idées alors que d’habitude ils en ont trop ! Sur le papier, comme je l’ai décrit juste avant, il y a pas mal de thèmes abordés et aussi une certaine multitude d’acteurs au casting. Mais justement, il ne s’agit que de thèmes abordés ! Rien n’est approfondi dans cette saison, ni les sujets traités et encore moins les personnages vraiment trop nombreux ! On a l’impression qu’il y en a un max juste pour faire plaisir à tout le monde (que ce soit les fans ou les acteurs). Les précédentes saisons avaient un réel avantage : un vrai personnage principal pour tenir le reste de la distribution et même du récit (tenu pendant les quatre premières saisons par Jessica Lange et dans la cinquième par Lady Gaga). Or, il n’y a pas réellement de personnage principal central (un coup c’est le couple Shelby et Matt, parfois La Bouchère, puis peut-être la frangine de Matt, bref, quel bordel) et c’est plus perturbant qu’autre chose dans le sens où il n’y a pas de cohérence dans le traitement choral. Surtout, la multitude de personnages empêche une quelconque profondeur de leur part. D’habitude, je trouve les personnages complexes et attachants même s’ils font des choses parfois peu recommandables. Pire, pour la première fois du lancement de la série, dans l’ensemble, je n’ai pas été très convaincue par le casting. Honnêtement, pour moi, il n’y a que Kathy Bates (qu’on ne présente plus) dans le rôle de la Bouchère (et son remarquable vieil accent et langage britannique) et Sarah Paulson dans trois rôles différents (dont un personnage qu’elle avait déjà incarné dans une des précédentes saisons le temps d’un épisode). Certes, Paulson se trahit parfois lorsqu’elle incarne un personnage britannique (aussi) en perdant de temps en temps l’accent mais elle prouve qu’elle est de nouveau capable d’interpréter des personnages variés dans des genres différents. Et j’ai envie de dire au passage que les rôles plus comiques lui vont très bien !

butcher

On peut retenir les plutôt bonnes interprétations d’Adina Porter, d’Angela Bassett (même si elle joue toujours plus ou moins le même rôle) et de Frances Conroy (même si on voit très peu cette dernière à mon grand regret) même si je déplore de nouveau des problèmes d’écriture en ce qui concerne leurs personnages, ne les aidant pas à faire mieux. En revanche, je ne ferai pas autant de compliments sur à peu près le reste du casting. Certains sont complètement éteints (Wes Bentley – qui s’en sortait un peu mieux dans la précédente saison, Hotel), d’autres sont énervants (Lily Rabe par exemple alors que je l’adore dans les autres saisons, surtout la deuxième : là on a juste envie de la gifler). Il y a aussi ceux qui sont totalement à côté de la plaquette (Cheyenne Jackson joue tellement mal dans le peu d’épisodes dans lesquels on le voit – dans son genre, il s’agit d’un exploit) ou complètement sous-exploités (Lady Gaga, Evans Peters ou encore Denis O’Hare – pourtant d’habitude si bons en ce qui concerne les deux derniers). Je ne vous parle même pas des pauvres Finn Wittrock (pourtant absolument formidable dans la saison Freak Show) et Taissa Farmiga qui sont inexistants ! Les acteurs sont finalement autant désorientés que ce scénario partant dans tous les sens. Finalement, qu’est-ce qu’on est censé retenir de cette histoire ? A priori, il s’agirait d’une critique des médias aux Etats-Unis et d’une mise en parallèle avec la réalité. Déjà, ce n’est pas le traitement le plus subtil qu’ait fait cette série depuis son lancement (et je reste tendre). American Horror Story a toujours traité du thème des apparences (il ne faut pas nécessairement croire tous les personnages ni se fier nécessairement à tout ce qu’on voit) et il y a de temps en temps des vagues tentatives, notamment avec le personnage de Lee mais là encore j’ai été déçue car je trouve que les scénaristes ne vont pas du tout au bout de leur démarche. Même le fait de ne plus voir de générique d’ouverture à chaque épisode (alors que c’est un peu LA marque de la série, juste comme ça) est pour moi un vrai signe de faiblesse (même si on pourra dire « ouais mais en fait c’est pour que ça fasse plus réaliste : sérieusement, en dehors des éléments fantastiques, en quoi cette histoire est-elle crédible une seule foutue seconde ?). Enfin, au-delà de vouloir à tout prix exploiter (hyper mal) un concept au détriment d’une histoire solide et de personnages marquants, la série prouve encore une fois qu’elle veut absolument plaire aux jeunes. Avant l’horreur était plus dans la suggestion, maintenant on veut absolument en montrer, tomber dans le « gore ». Mais finalement, ce n’est pas nécessairement une bonne chose…

ll

Publicités

American Horror Story : Hotel

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

Avec Lady Gaga, Kathy Bates, Evan Peters, Sarah Paulson, Denis O’Hare, Wes Bentley, Matt Bomer, Cheyenne Jackson, Chloë Sevigny, Angela Bassett, Mare Winningham, Finn Wittrock, Max Greenfield, John Carroll Lynch, Lili Rabe, Gabourey Sidibe, Anthony Ruivivar, Richard T. Jones, Naomi Campbell, Darren Criss, Mädchen Amick, Alexandra Daddario, Christine Estabrook…

Anthologie horrifique américaine. 5e saison. 2015-2016.

020614.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

A Los Angeles, la Comtesse Elizabeth dirige l’hôtel Cortez, un lieu dans lequel se déroulent des événements étranges. Rob Lowe, qui enquête sur une série de meurtres, atterrit à l’hôtel, rempli de personnages ambigus et de secrets terrifiants…

Photo Lady Gaga

La cinquième saison de la série d’anthologie American Horror Story s’intitule Hotel. Elle a été marquée par le départ (espérons provisoire !) de Jessica Lange et remplacée par la chanteuse Lady Gaga (qu’on voit décidément partout : aux Golden Globes en touchant Leonardo DiCaprio, au Superbowl avec sa reprise de l’hymne national américain, en David Bowie aux Grammy et bientôt aux Oscars : depuis le bide de son dernier album très étrange, pour ne pas dire inécoutable, on ne la jamais autant vue !). Certes, cette dernière est déjà apparue dans quelques films mais n’avait jamais tenu un tel rôle ! Nous reviendrons sur sa performance plus tard. En tout cas, comme pour les précédentes saisons, nous pouvons suivre sans souci les épisodes de Hotel même s’il y a plusieurs connexions avec les précédentes saisons (la première Murder House et la troisième Coven) à travers des flashbacks ou en faisant intervenir (ou plutôt revenir) certains personnages comme par exemple le docteur Charles Montgomery (Matt Ross), l’agent immobilier Marcy (Christine Estabrook) et la médium Billie Dean Howard (Sarah Paulson) de la première saison ou encore Queenie (Gabourey Sidibe) de la troisième saison. Si j’ai depuis rattrapé mon retard et ai enfin vu la première saison, au moment où j’ai vu Hotel, je n’avais pas encore regardé Murder House. Pourtant, je vous confirme qu’on peut suivre Hotel sans connaître ce qui s’est passé dans les précédentes saisons (même si ça doit être un petit plus quand on connait déjà certains personnages). Parlons alors de Hotel : je dois avouer que j’étais au début un peu sceptique. Pourtant, les épisodes dès le début sont plaisants et rythmés, en terme de divertissement je n’ai pas été déçue de ce côté-là. Cette saison est bourrée de références que ce soit à la première saison (l’hôtel semble avoir les mêmes fonctions que la maison de l’horreur) ou plus généralement à de grandes oeuvres littéraires et/ou cinématographiques. La référence la plus évidente est celle de Shining (notamment dans l’esthétique même de l’hôtel ou le parallèle entre Jack Torrance et John Lowe) ou encore à Gatsby le Magnifique. Cela dit, on n’a pas non plus l’impression de voir un copier-coller de ce qu’on a déjà vu. Cette saison trouve vite ses marques et plus généralement sa personnalité.

Photo Evan Peters

Pourtant je me suis demandée au début où ça voulait en venir. Je ne comprenais pas la direction prise par le scénario (il faut dire qu’il y a pas mal d’intrigues et de personnages en parallèle) ni le propos derrière. Je n’ai pas non plus tout de suite compris l’intérêt de certains personnages pour être honnête, notamment celui de Sally (Sarah Paulson). Après, de tête, vers la mi-saison, le scénario prend en quelque sorte une tournure qui relance le récit et qui a balayé tous les doutes que j’avais. Certes, je reste persuadée que certains rôles secondaires, notamment Will Drake (Cheyenne Jackson), Donovan (Matt Domer) ou encore Alex (Chloë Sevigny), ne sont pas totalement exploités. Cela dit, les scénaristes ont pour moi le don de rendre cette série toujours aussi addictive et inventive (déjà rien que l’épisode avec tous les tueurs à Halloween est juste… wow !). Pourtant, sur le papier, on a vu des tonnes de fois des histoires avec des vampires, des fantômes et des tueurs mais j’ai pourtant pris un réel plaisir à redécouvrir ici ces variations sur ces thèmes et personnages. Ce que j’avais peur au début de cette saison, c’est le lot conséquent d’intrigues et de personnages en peu d’épisodes (on en compte douze). Or, finalement, toutes les histoires se rejoignent de manière cohérente au bout d’un moment. De plus, la mise en scène est toujours aussi soignée, les décors très réussis, mêlant à la fois le glamour et le glauque, à l’image des personnages. En ayant conscience que cette saison a ses quelques défauts, et paradoxalement, même si certains personnages auraient mérité un meilleur traitement, pourtant l’écriture des personnages est un atout selon moi. Les scénaristes n’ont pas eu peur d’exploiter leur folie, leurs côtés les plus sombres mais aussi paradoxalement leur humanité. Je trouve que leur complexité ressort véritablement dans la deuxième partie de la saison, en particulier dans l’épisode final, pour moi une grande réussite émotionnelle permettant de boucler tout ce qui a été mis en place. Les personnages un peu trop délaissés finissent même par trouver leur place. De ce que j’ai vu (j’ai donc vu trois saisons sur cinq de la série, en sachant que j’ai aussi vu sans le vouloir le final de Coven), je trouve qu’il s’agit du final le plus réussi d’une saison de American Horror Story.

Photo Sarah Paulson

On attendait forcément au tournant Lady Gaga et même si Jessica Lange nous manque, la chanteuse, qui a remporté un Golden Globe pour son interprétation, s’en sort remarquablement bien (même si, pour être honnête, son prix me semble un peu exagéré, mais après il n’a pour moi rien de honteux). Certes, on pourra toujours dire que le rôle était vraiment fait pour elle ou même qu’elle fait du Lady Gaga dans un sens. Mais elle n’interprète pourtant pas un rôle un si facile que ça et ne se contente pas de jouer la femme glamour qui défile avec de somptueux et extravagants costumes. Après, peut-être que son interprétation est aidée par l’écriture même de son personnage. Ce que je peux dire, c’est qu’elle n’est pas la plus épatante du casting. Comme beaucoup d’internautes, j’ai été bluffée par la performance de Denis O’Hare alias l’attachante Liz Taylor. On aurait pu vite tomber dans la caricature mais au fil des épisodes, ce personnage prend de plus en plus d’épaisseur et au final on est content de le revoir à chaque épisode. C’est finalement un personnage positif (ce qui fait du bien vu la noirceur des personnages, que ce soit dans cette saison ou même les autres) qui va apporter une véritable émotion à cette série très sombre. Dans l’ensemble, le reste du casting est à la hauteur. Sarah Paulson incarne certes un personnage difficile à cerner au début de cette saison pourtant son interprétation est de nouveau très juste et elle aussi évite une caricature qui était pourtant possible. Là encore, même si son personnage aurait pu être plus développé, j’ai bien aimé l’interprétation de Chloë Sevigny. Je connais finalement mal cette actrice mais je ne l’aurais pas imaginée dans un rôle plus posé. On ne peut évidemment pas passer à côté de Evan Peters, loin de ses rôles d’ado (certes perturbé mais un ado ou jeune homme). Il incarne ici l’inquiétant serial killer James Patrick March. Il y a quelque chose de plus adulte dans ce rôle. Je sais que certains spectateurs ont eu du mal à voir l’acteur avec le costume d’époque, cette voix assez forcée, mais je trouve que son interprétation reste crédible. Angela Bassett joue encore les femmes fatales mais encore une fois, elle fait des merveilles. J’ai également pris beaucoup de plaisir à revoir Finn Wittrock (alias Dandy de Freak Show) dans un double-rôle (un mannequin écervelé et un acteur de l’époque) ainsi que Mare Winningham fantastique en maniaque du ménage : officiellement, ils font partie des rôles récurrents et non principaux. Pourtant, je pense qu’ils méritaient bien d’apparaître dans le générique d’ouverture avec tous leurs autres camarades ! Enfin, même s’il ne s’agit que d’un petit rôle, Lili Rabe en Aileen Wuornos est fantastique !

Photo Denis O'Hare

American Horror Story : Freak Show

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

avec Jessica Lange, Sarah Paulson, Evan Peters, Finn Wittrock, Kathy Bates, Michael Chiklis, Angela Bassett, Frances Conroy, Denis O’Hare, Emma Roberts, John Carroll Lynch, Grace Gummer, Wes Bentley, Danny Huston, Neil Patrick Harris, Skyler Samuels, Naomi Grossman, Patti LaBelle, Jyoti Amge, Erika Ervin, Mat Fraser, Ben Woolf, Gabourey Sidibe, Lee Tergesen, Matt Bomer, Lily Rabe,  Celia Weston, Mare Winningham, Jamie Brewer…

Anthologie horrifique américaine. 4e saison. 2014-2015.

ahs

En 1952, dans la ville de Jupiter, en Floride, s’est installée une foire aux monstres, dirigée par Elsa Mars. Parallèlement, un serial killer clown menace la ville.

Photo Evan Peters, Kathy Bates

American Horror Story s’est intéressé à différents univers : la maison hantée (saison 1), l’hôpital psychiatrique (saison 2), les sorcières (saison 3) et plus récemment l’hôtel (saison 5). Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler de la quatrième, Freak Show, qui se déroule dans un cirque (avec des freaks donc) dans les années 1920. N’est-ce pas un peu étrange de commencer directement par la saison 4 de cette série ? Si ça l’est. Peut-être que j’ai pris le risque de passer à côté de certaines choses (heureusement qu’il y a cette chose magique nommé Internet) mais j’en suis arrivée directement là suite à certaines circonstances. En gros, sans trop le vouloir, en squattant chez ma frangine et son keum, j’ai découvert la fin de la saison 3 (retenez cette magnifique leçon de vie : ne vous la jouez pas à la Franck Dubosc). Bon, comme une conne, je connais du coup la fin de Coven, mais je me suis promis de la regarder en entier un de ces quatre. Du coup, voyant que j’étais mine de rien en train de kiffer la fin de la saison 3, on m’a proposé d’enchaîner directement avec cette fameuse saison 4 intitulée Freak Show. Même s’il y a quelques liens avec certaines saisons (je pense ici au personnage de Pepper dont on suivra le reste de ses aventures dans la deuxième saison), cela n’a pas été un handicap de n’avoir jamais vu les saisons précédentes étant donné qu’il s’agit d’une anthologie. L’avantage que j’ai peut-être par rapport à des fans de la première heure est que je ne peux pas comparer par rapport aux autres saisons, j’ai une sorte de regard neuf. Je ne sais pas du tout ce qu’ont pensé les fans de ce Freak Show, mais pour ma part, même si on pourrait effectivement faire quelques remarques, j’ai vraiment adoré cette saison ! La saison est composée de treize épisodes hyper riches dans lesquels les scénaristes ne perdent pas de temps : chaque épisode a son lot de rebondissement, on ne s’ennuie pas une seconde, il y a au début plusieurs intrigues (l’histoire des siamoises dont la mère vient d’être assassinée, celle avec le clown serial killer, celle avec Dandy et sa mère qui veulent acheter le cirque) qui finissent par se rejoindre avec celle du cirque, dirigée par la mystérieuse Elsa Mars.

Photo Erika Ervin, Mat Fraser

Le risque était évidemment qu’on se perde dans ces fameuses intrigues mais les scénaristes s’en sortent vraiment bien. Ainsi, on comprend bien tous les enjeux sans se mélanger. De plus, tous les personnages sont mis en avant même les plus secondaires. Le seul petit reproche que je pourrais faire est la sorte de projection faussement laborieuse sur les siamoises (on s’attend à une certaine fin par rapport à ces images et finalement je trouve ces séquences inutiles). En tout cas, je trouve que cette saison tient ses promesses en ce qui concerne l’horreur. Certes, les gens habitués à des images vraiment violentes, gores ou dans cette veine-là ne seront pas nécessairement choqués (en tout cas pas plus que ça) mais je trouve le résultat tout de même audacieux pour un objet télévisuel. Le dernier épisode essaie évidemment de donner à certains personnages une fin digne mais il est difficile de parler de happy end car les scénaristes n’ont pas fait de concession en ce qui concerne le sort des personnages. Puis, si l’opposition entre les « monstres » physiques et les monstres qui ont l’air « normaux » et « propres » n’est pas nécessairement originale, le discours sur la monstruosité fonctionne très bien. Cette saison défend bien toutes les minorités et les opprimés en mettant en scène des personnages « différents » (on pourra notamment remercier les producteurs d’avoir engagé certains acteurs qui sont comme leurs personnages). Certes, les personnages ne sont pas des saints, tous finalement deviennent des meurtriers pour des raisons différentes. C’est justement leurs pulsions meurtrières qui rendent ces freaks humains et qu’ils sont au même rang que les gens appartenant à ce qu’on pourrait appeler la « norme ». Je trouve même ce parti assez courageux. Au-delà du propos, la mise en scène est très soignée tout comme l’esthétique en général qui parvient à reconstituer l’ambiance dérangeante que peuvent avoir les cirques dans un certain imaginaire (cauchemardesque) collectif. Il y a même de chouettes séquences rendant hommage à l’expressionnisme allemand notamment.

Photo Sarah Paulson

Enfin, cette quatrième saison d’American Horror Story bénéficie d’un excellent casting. Jessica Lange, pilier de cette série depuis la première saison (hélas, elle n’est pas dans la cinquième et j’ai beau avoir pris la série en cours de route, elle nous manque beaucoup !), est époustouflante dans ce rôle de femme qui ne cherche que la gloire pour se faire aimer et mieux accepter ce qu’elle est vraiment. Elle arrive très bien à montrer son côté manipulateur, son égocentrisme et son envie de starification tout en restant fragile, ce qui rend son personnage plus attachant. De plus, il est intéressant de la présenter comme une sorte de personnage avant-gardiste (tout en restant mal aimé) à travers les références à David Bowie. J’ai également beaucoup aimé l’interprétation du petit nouveau de la bande, Finn Wittrock. Son rôle était pourtant casse-gueule quand on y pense, c’est-à-dire qu’il aurait pu très vite tomber dans la caricature. Or, il trouve pour moi le ton parfait, c’est-à-dire qu’il parvient à incarner littéralement le monstrueux fils à maman en restant charismatique. Ce personnage est très intéressant dans le sens où on voit sa monstruosité prendre de plus en plus de place et l’interprétation suit cette intéressante évolution. Sarah Paulson m’a également épatée dans le rôle des siamoises, parvenant à donner une personnalité à chacune (même s’il y a évidemment des petits accessoires qui contribuent aussi à cet aspect mais l’actrice fait un formidable travail qui méritait d’être soulignée). Je ne vais pas non plus trop m’attarder sur les acteurs (que ce soit les principaux ou les guests) car ils sont tous bons pour être honnête (même si je trouve Emma Roberts un peu en dessous même si elle s’en sort tout de même pas trop mal non plus) mais je tenais vraiment à souligner mes petits coups de coeur. En tout cas, sachez que cette saison m’a tellement plu que je suis déjà en train de découvrir Hotel, la dernière saison !

Photo Finn Wittrock

White Bird

réalisé par Gregg Araki

avec Shailene Woodley, Eva Green, Christopher Meloni, Shiloh Fernandez, Gabourey Sidibe, Thomas Jane, Dale Dickey, Angela Bassett, Mark Indelicato, Sheryl Lee, Brenda Koo, Jacob Artist, Ava Acres, Michael Patrick McGill…

titre original : White Bird in a Blizzard

Drame américain. 1h30. 2014.

sortie française : 15 octobre 2014

sortie dvd : 17 mars 2015

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic et à Bac Films.

Page Facebook de Bac Films + Boutique.

Liste des films sur l’adolescence dont ceux sortis en 2014.

White Bird

Kat Connors a 17 ans lorsque sa mère disparaît sans laisser de trace. Alors qu’elle découvre au même moment sa sexualité,  Kat semble  à peine troublée par cette absence et ne paraît pas en vouloir à son père, un homme effacé. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de la disparition de sa mère…

White Bird : Photo Shailene Woodley, Shiloh Fernandez

Je connais mal la filmographie de Gregg Araki. J’avais vu il y a maintenant quelques années un de ses films les plus connus, Mysterious Skin. Même si je me sens incapable de le revoir (je crois que vous pouvez comprendre pourquoi), ce film est une claque. Hélas, étrangement, il ne m’a pas donné envie de découvrir les autres films de Gregg Araki. Je dois avouer que son univers me faisait même un peu peur, peur de voir trop de jeunes drogués couchant avec tout et n’importe quoi (oui, je déshumanise les gens, je sais). Bref, White Bird ne faisait pas partie de mon programme. Sauf que je participe à l’opération Dvdtrafic du site Cinétrafic et que j’ai mis ce film un peu par hasard dans la liste des films que je voudrais voir parmi ceux qui étaient proposés. Et évidemment, on m’envoie le dvd, je dois donc le regarder. Je vous raconte alors cette petite histoire, si passionnante et émouvante, pour vous dire que White Bird est finalement pour moi une bonne surprise, qui me donne envie de découvrir pour de bon la filmographie de Gregg Araki (oui, tout ça pour ça). White Bird est donc une adaptation d’un roman de Laura Kasischke. Le nom de cette romancière ne vous est peut-être pas totalement inconnu : elle est également l’auteur de La Vie devant ses yeux, adapté en 2007 par Vadim Perelman avec Uma Thurman et Rachel Evan Wood. Ce film n’était pas terrible, principalement à cause d’une mise en scène médiocre, mais l’histoire était tout de même intéressante. Mine de rien, quand j’ai appris cette information avant d’introduire le dvd dans le lecteur, j’étais tout de même curieuse de découvrir l’histoire.

White Bird : Photo

White Bird est découpé en deux parties. La première se situe à la fin des années 1980. Eve Connors vient de disparaître. Son mari et sa fille Kat signalent sa disparition, certes inquiétante mais probablement prévisible (on comprend par des flashbacks que madame, devenue cinglée, ne supporte plus son existence). Malgré ce drame, Kat continue sa vie le plus normalement possible, notamment en explorant sa sexualité et sa féminité. La jeune fille tente de se détacher de cet événement, comme si elle le vivait bien. En réalité, Kat est une ado qui manque de repères. De plus, avant sa disparition, Eve et Kat étaient devenues rivales : la mère, commençant à vieillir, commence à voir développer le corps et le pouvoir sexuel de sa fille. Malgré des petites touches soulignant la souffrance psychologique de la jeune fille, la première partie ressemble à un classique teen-movie. Ce n’est pas désagréable mais rien de totalement transcendant, même si on reste curieux : après tout, on espère en savoir plus sur la disparition d’Eve et en général sur sa personnalité. Intervient alors la seconde partie (début années 1990), qui se déroule quelques années après : Kat n’est plus une lycéenne mais elle est étudiante dans une autre ville et revient chez elle le temps de quelques jours de vacances. Gregg Araki va alors donner un sacré tour de force à ce qui aurait pu être un banal teen-movie : White Bird prend alors des allures de thriller même si nous ne pouvons pas non plus affirmer qu’il appartienne à ce genre cinématographique. Je dois avouer que je suis restée scotchée et sur le cul jusqu’à la dernière seconde. Certes, le film donne clairement des indices, peut-être que certains spectateurs ont compris le dénouement et quelque part, tant mieux pour eux. Personnellement, captivée par le film, je n’avais rien vu venir et j’ai adoré être surprise par les dernières secondes du film. Le mélange des genres (teen-movie / drame / thriller) fonctionne alors bien car on n’a pas cette sensation de déséquilibre, au contraire, on voit où Gregg Araki veut en venir et mener son film.

White Bird : Photo

Avoir un scénario surprenant, riche en rebondissements, est évidemment un atout mais connaître la raison de la disparition d’Eve n’est pas le but principal de ce long-métrage, il ne s’agit que d’un prétexte pour montrer à la fois l’échec du rêve américain et la difficulté de devenir une femme. Evidemment, rien de bien nouveau dans le sujet sur le papier, sauf que la mise en scène et le scénario sont redoutablement efficaces, le film devenant plus complexe qu’il en a l’air. Le charme de ce film vient probablement de sa dimension onirique, qui lie subtilement les différents genres que j’ai pu énumérer entre eux. Ainsi, les rêves de Kat vont évidemment lui permettre de trouver la vérité. Mais il ne s’agit pas uniquement d’un moyen pour résoudre une énigme. Les rêves ont une utilité pour connaître la vérité étant donné que la réalité est faussée (tout le monde a ses secrets, Kat refuse de voir une vérité si évidente quand on y réfléchit bien), notamment par toutes ces couleurs criardes, parfois pénibles mais qui traduisent bien la superficialité des habitants de cette banlieue. La dualité, qui rend définitivement ce film enrichissant, fonctionne alors sur plusieurs plans : entre le rêve et la réalité, entre la mère et la fille, entre ce que les personnages veulent faire croire et ce qu’ils sont réellement, entre les époques, entre l’adolescence et l’âge adulte. Quelque part, il y a quelque chose de schizophrène dans cette oeuvre (on pense beaucoup à l’univers de David Lynch), sans que ce soit bizarre juste pour faire bizarre, au contraire cette sensation permet de tirer réellement quelque chose sur les personnages, pas aussi lisses qu’ils en ont l’air, et sur la critique sociale. White Bird a vraiment beaucoup de qualités et comme vous pouvez le deviner, je vous encourage vraiment à le découvrir si vous n’en avez pas eu la possibilité. Au-delà d’un travail d’écriture remarquable, d’une mise en scène réussie, de qualités techniques et d’une bande-originale sympa, permettant de situer l’action dans une époque précise (renforçant à la fois les dimensions sociale et onirique), j’ai également beaucoup aimé le casting, interprétant des personnages réellement complexes et intéressants.

White Bird : Photo Eva Green

Kat n’est pas nécessairement un personnage sympathique et attachant, dans le sens où il s’agit d’une ado méprisante qui semble vouloir grandir trop vite. On aurait pu s’attendre à un personnage actif, en réalité, seuls ses rêves lui permettent d’essayer d’agir. Et même quand elle veut agir, elle refuse de voir la vérité. Cela aurait pu être énervant puisque c’est toujours désagréable de voir des personnages principaux passifs et antipathiques, sauf qu’encore une fois, les caractéristiques distribués à ce personnage servent réellement le propos du film. Quelque part, il ne s’agit pas simplement de la disparition concrète d’Eve, mais encore une fois (je reviens encore à la dualité omniprésente), il s’agit quelque part des disparitions métaphoriques de certaines parties de Kat : perte de sa virginité, disparition de son adolescence pour devenir une femme et déni d’un amour évident de cette jeune fille envers sa mère (principalement à cause de l’adolescence), qui va devoir se construire avec ce manque maternel. De plus, cette disparition de Kat est également concrétisée par son départ dans une autre ville. Son interprète, la toujours formidable Shailene Woodley, parvient à rendre ce personnage attachant, pourtant la tâche n’était pas évidente. D’habitude, je ne suis pas très fan d’Eva Green. Ce n’est pas qu’elle joue mal, mais j’ai l’impression qu’elle joue toujours la même chose depuis un certain temps (les femmes ténébreuuuses avec une voix grave et sexyyyy). Certes, au début, avec son look classe et sexy, je n’étais pas très rassurée. Puis, petit à petit, même si elle n’apparaît pas tant que ça à l’écran, j’ai enfin vu la Eva Green que j’espérais tant voir depuis des lustres : naturelle et fragile. De plus, j’avais un peu peur puisque techniquement, Green (née en 1980) ne pourrait pas interpréter la mère de Woodley (née en 1991). Or, ce problème est vite résolu car Green a quelque chose de mature, et ce n’est pas juste une question d’apparence physique. Les seconds rôles sont également excellents et surprenants, notamment Christopher Meloni et Shiloh Fernandez.

White Bird : Photo Shailene Woodley, Shiloh Fernandez