American Honey / Monsieur et Madame Adelman

American Honey

réalisé par Andrea Arnold

avec Sasha Lane, Shia LaBeouf, Riley Keough…

Drame américain, britannique. 2h43. 2016.

sortie française : 8 février 2017

Star, 17 ans, croise le chemin de Jake et sa bande. Sillonant le midwest à bord d’un van, ils vivent de vente en porte à porte. En rupture totale avec sa famille, elle s’embarque dans l’aventure. Ce roadtrip, ponctué de rencontres, fêtes et arnaques lui apporte ce qu’elle cherche depuis toujours: la liberté ! Jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de Jake, aussi charismatique que dangereux…

American Honey : Photo Sasha Lane, Shia LaBeouf

American Honey, récompensé par le prix du jury au festival de Cannes (le troisième même prix de la carrière de la réalisatrice britannique Andrea Arnold après Red Road et Fish Tank), est un film sur une jeunesse paumée qui m’a laissée perplexe. Je lui reconnais des qualités mais qui sont aussi des choses qui m’ont aussi gênée. Par exemple, la durée, c’est-à-dire pratiquement 2h45. D’un côté, je ne me suis pas ennuyée alors que je m’y attendais (et c’est principalement pour cette raison que je n’ai pas voulu me déplacer dans les salles) et je comprends la démarche de la réalisatrice : la longueur permet certainement de mieux représenter littéralement l’errance juvénile (déjà représentée par la forme même du film : le road movie). Les répétitions, cette lassitude de cette vie de nomade (les jeunes vivent d’hôtels en hôtels en se faisant passer pour des vendeurs de magazines) semblent être volontaires. Cela dit, au bout d’un moment, ces choix finissent par ne plus être aussi pertinents que prévu. Je suis certaine qu’on aurait pu garder cette idée d’errance notamment par la longueur sans étirer à tout prix la durée excessive et selon moi pas très justifiée par rapport à ce que la réalisatrice nous narre. Concernant le scénario, là encore je suis partagée. L’histoire en elle-même est crédible, la réalisatrice s’est bien renseignée et documentée sur son sujet et j’ai tendance à aimer les films au style réaliste : on est d’ailleurs parfois proche du « documentaire », la caméra étant très proche des acteurs et la lumière naturelle prenant souvent place dans le cadre. Mais finalement, et encore une fois, mon reproche est certainement lié à la durée. rien ne m’a réellement surprise dans le déroulement de l’histoire. Evidemment, Andrea Arnold expose des enchaînements narratifs logiques, on ne peut pas lui faire tous les reproches du monde, mais j’ai trouvé tous les événements très attendus. Reste tout de même des décors magnifiquement bien filmés, le tout sur une bande-originale bien choisie et qui a du sens par rapport aux différentes scènes. De plus le casting est parfait. La débutante Sasha Lane est fascinante de spontanéité, Shia Labeouf prouve également qu’il peut être excellent quand il est bien dirigé dans des films intéressants ou encore Riley Keough (même si j’ai du mal à comprendre comment un personnage aussi jeune qu’elle puisse avoir autant de pouvoir sur des jeunes de son âge) est remarquable. A noter aussi de très bonnes interprétations de la part du reste de la troupe, pratiquement tous des non-professionnels.

American Honey : Photo Riley Keough, Shia LaBeouf


Monsieur et Madame Adelman

réalisé par Nicolas Bedos

avec Doria Tillier, Nicolas Bedos, Antoine Gouy, Denis Podalydès, Christiane Millet, Pierre Arditi, Zabou Breitman, Julien Boisselier…

Comédie dramatique française. 2h. 2016.

sortie française : 8 mars 2017

Comment Sarah et Victor ont-ils fait pour se supporter pendant plus de 45 ans ? Qui était vraiment cette femme énigmatique vivant dans l’ombre de son mari ?
Amour et ambition, trahisons et secrets nourrissent cette odyssée d’un couple hors du commun, traversant avec nous petite et grande histoire du dernier siècle.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

On connait davantage Nicolas Bedos le personnage public télé imbuvable que l’artiste (chroniqueur aussi dans la presse, dramaturge, écrivain, scénariste et acteur). Bedos passe désormais derrière la caméra avec Monsieur et Madame Adelman. Il a co-écrit le scénario avec Doria Tillier, connue pour avoir été une des Miss Météo dans l’émission de Canal + Le Grand Journal. Les deux, apparemment toujours en couple (information certes people mais qui peut être intéressante si on la lie au contenu du film), se sont également attribués les rôles principaux (les fameux Adelman du titre). Ainsi, Bedos et Tillier nous présentent l’histoire d’amour avec ses hauts et ses bas (surtout ses bas) d’un couple sur 45 ans. Victor, qui a emprunté le nom de sa femme dans le cadre de sa profession (« plus juif » parce que ça fait « plus Philip Roth » selon lui), est un écrivain qui galère quand il rencontre Sarah. Mais Sarah a fait des études de lettres à la Sorbonne : c’est elle qui va l’aider à mieux écrire ses romans, à lui donner des suggestions pertinentes notamment pour ses tournures de phrases etc… Au-delà d’un regard assez sombre et touchant sur les relations amoureuses face au temps à partir d’une fresque parfois parodiée avec un humour noir décapant et surprenant (les relations sexuelles sont complètement nulles, la fille des Adelman est insupportable, le fils est un handicapé mental rejeté par le couple Adelman pour son handicap justement !), Monsieur et Madame Adelman interroge intelligemment également sur les rapports entre l’écrivain et sa muse, et sur la femme de l’ombre laissant place au mari artiste. Le film, qui propose un twist plutôt saisissant, est également convaincant dans ses scènes mélancoliques. Cela dit, en dehors de ses moments justement assez cyniques qui prouvent justement que Bedos et Tillier sont capables de jouer avec les codes, on n’échappe pas totalement quelques clichés habituels hystériques. J’avoue avoir eu peur de revoir Mon Roi. Pour sa première réalisation, Bedos s’en sort en tout cas remarquablement bien. Mais c’est surtout l’écriture qui surprend davantage. Les interprétations sont également solides. Bedos et Tillier, qui se fondent merveilleusement dans les différents costumes (on sent que le déguisement les éclate : justement, le projet de ce film est né suite à leur amour pour se déguiser et l’improvisation), le tout dans des décors soignés, sont excellents même si Tillier a tendance à piquer la vedette à son partenaire. Ils ont également su communiquer leur évidente complicité à l’écran. Monsieur et Madame Adelman n’est peut-être pas le grand film qu’il aurait pu être, il lui manque ce quelque chose pour qu’on y adhère totalement mais il reste plutôt pertinent et on a bien envie de voir d’autres projets cinématographiques de Tillier et Bedos.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

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L’Attaque des Donuts Tueurs / Alibi.com

réalisé par Scott Wheeler

avec Justin Ray, Kayla Compton, Michael Swan…

titre original : Attack of the Killer Donuts

sortie française (VOD) : 9 avril 2017

Un incident scientifique transforme d’innocents Donuts en tueurs assoiffés de sang. Le sort de leur paisible petite ville dépend à présent de Johnny, Michelle et Howard.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo Justin Ray, Kayla Compton

Il est toujours difficile de « noter » un nanar : peut-on les mettre au même niveau que des films « normaux » et traditionnels ? Peut-on moralement attribuer une meilleure note à des nanars qu’à des films qui devraient être bons sur le papier ? Il faut donc prendre ma note avec certaines pincettes, en se mettant en tête que ce genre de films reste à part. Je ne connais pas nécessairement tous les nanars possibles mais je sais faire la différence entre le nanar volontaire et assumé (le délirant Zombeavers) et l’involontaire (le magique The Room de Tommy Wiseau). L’Attaque des Donuts Tueurs entre dans la première catégorie : le spectateur sait parfaitement à quoi s’attendre (rien que le titre est un bon indicateur ou alors le spectateur en question est juste à côté de la plaque). Oui, on sait très bien que le scénario ne va pas voler très haut, les effets spéciaux vont être cheap, les personnages auront des réactions débiles et ça ne va même pas faire peur. Les choix exagérés, décalés ou même carrément stupides sont donc totalement assumés par le réalisateur. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le film a été présenté au festival de l’Alpe d’Huez : il s’agit avant tout d’une comédie potache parodiant grossièrement le cinéma d’horreur. On retrouve alors volontairement beaucoup de clichés ou images : la blonde aux gros seins bête et méchante, les trois mecs pseudo rappeurs également stupides, le patron à moumoute (ai-je encore besoin de préciser que cet homme est également complètement con ?), le scientifique qui fait n’importe quoi ou le méchant concurrent de la boutique de luxe de donuts, vegan, bio et compagnie. Evidemment le long-métrage n’est pas toujours à une contradiction près et a certainement des défauts qui ne sont pas toujours volontaires ou liés au grand délire général (et il faut avouer que c’est parfois difficile de distinguer le bon et le mauvais à cause de son statut de nanar assumé). En effet, certains dialogues semblent interminables, les acteurs surjouent ou encore les donuts sont déjà garnis, colorés et décorés en sortant directement de la friteuse (et je ne commente évidemment les effets spéciaux, ça va de soi qu’ils sont pourris) ! Comme dans Zombeavers, L’attaque des tueurs donuts est un bon plaisir coupable, qui assume sa crétinerie et qui est drôle dans son genre même si son humour ne plaira certainement pas à tout le monde. J’ai même envie de dire qu’il est étonnamment créatif en dépit de son manque de moyens. Mais justement, dans un sens, j’aurais voulu que ce délire aille encore plus loin, que le réalisateur exploite encore plus le potentiel que ce film.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo


réalisé par Philippe Lacheau

avec Philippe Lacheau, Elodie Fontan, Julien Arruti, Tarek Boudali, Nathalie Baye, Didier Bourdon, Medi Sadoun, Vincent Desagnat, Nawell Madani, Philippe Duquesne, Alice Dufour, JoeyStarr, Kad Merad, Norman Thavaud, Chantal Ladesou, Michèle Laroque, Laouni Mouhid…

Comédie française. 1h30. 2017.

sortie française : 15 février 2017

Greg a fondé une entreprise nommée Alibi.com qui crée tout type d’alibi. Avec Augustin son associé, et Medhi son nouvel employé, ils élaborent des stratagèmes et mises en scène imparables pour couvrir leurs clients. Mais la rencontre de Flo, une jolie blonde qui déteste les hommes qui mentent, va compliquer la vie de Greg, qui commence par lui cacher la vraie nature de son activité. Lors de la présentation aux parents, Greg comprend que Gérard, le père de Flo, est aussi un de leurs clients…

Alibi.com : Photo Julien Arruti, Philippe Lacheau, Tarek Boudali

Si je ne suis pas une grande adepte de nos comédies françaises actuelles, sans crier au génie révolutionnaire, j’adhère plutôt aux films de (et avec) Philippe Lacheau (qui se retrouve cette fois-ci seul derrière la caméra sans son compère Nicolas Benamou). Alibi.com est finalement dans la même veine que Babysitting 1 et 2. Si vous n’avez pas aimé le diptyque à succès (peut-être un jour une trilogie ?), je serais étonnée que vous puissiez aimer ce Alibi.com. Lacheau est toujours très inspiré par la comédie américaine actuelle, c’est-à-dire un peu « trash » tout comme il n’hésite pas à rendre hommage au cinéma des années 80 (le personnage principal voue clairement un culte à cette période, en particulier à Street Fighter). A travers ces inspirations en question, on sent une envie de la part de Lacheau d’apporter du sang neuf à la comédie française, d’être moins ringarde. Bon, je n’irai pas à dire que la comédie française va mieux grâce à l’ex-membre de la Bande à Fifi, il ne faut pas déconner non plus. Alibi.com a le mérite d’être une comédie fraîche et sans prétention, plutôt bien interprétée, la jeune génération s’en sort étonnamment plus que les acteurs davantage confirmés (Baye et Bourdon peinent parfois même s’ils ne sont pas catastrophiques, loin de là) : Elodie Fontan manque parfois de justesse mais sa fraîcheur et son honnêteté d’interprétation me séduisent à chaque fois, Lacheau plutôt crédible en sorte de geek et gars toujours fourré dans des situations improbable, Nawell Madani est la bonne surprise du casting en chanteuse bimbo (oui je kiffe son entêtant Marre des michtos ), Julien Arruti et Tarek Boudali (également anciens membres de la Bande à Fifi)  sont également plutôt drôles. A noter au début quelques guests sympathiques (presque dommage qu’on n’ait pas plus exploités certains d’entre eux). Bref, ce n’est déjà pas si mal (je n’en demandais pas plus – peut-être que je dit ça parce que je suis vraiment blasée par l’état de la comédie française actuelle). L’histoire est plutôt séduisante, une sorte de vaudeville moderne bien rythmée et jamais ennuyeuse, même si son potentiel comique n’est pas assez exploité. Je suis toujours partagée sur l’utilisation d’un humour gras et parfois en dessous de la ceinture : il y a des fois où ça m’a fait marrer, et d’autres non (le gag avec le caniche est de mauvais goût par exemple). Bref, faire de l’humour à la Apatow, pourquoi pas (c’est visiblement la nouvelle lubie en France) mais il faut encore savoir le maîtriser, ce qui n’est pas totalement le cas.

Alibi.com : Photo Élodie Fontan, Nathalie Baye, Philippe Lacheau

L’Ascension

réalisé par Ludovic Bernard

avec Ahmed Sylla, Alice Belaïdi, Kevin Razy, Nicolas Wanczycki, Waly Dia…

Comédie française. 1h43. 2016.

sortie française : 25 janvier 2017

« Pour toi, je pourrais gravir l’Everest !» Samy aurait mieux fait de se taire ce jour-là… D’autant que Nadia ne croit pas beaucoup à ses belles paroles. Et pourtant… Par amour pour elle, Samy quitte sa cité HLM et part gravir les mythiques 8848 mètres qui font de l’Everest le Toit du monde. Un départ qui fait vibrer ses copains, puis tout le 9-3 et c’est bientôt la France entière qui suit avec émotion les exploits de ce jeune mec ordinaire mais amoureux. A la clé, un message d’espoir : à chacun d’inventer son avenir, puisque tout est possible.

L'Ascension : Photo Ahmed Sylla, Nicolas Wanczycki

L’Ascension (lauréat du Grand Prix au festival de l’Alpe d’Huez) est l’adaptation de l’ouvrage autobiographique de Nadir Dendoune (qui a participé à l’écriture du scénario), Un tocard sur le toit du monde. Ce dernier racontait donc son expérience et même son exploit : il devient en 2008 le premier franco-algérien à atteindre le sommet de l’Everest. Dans son adaptation, le personnage principal a subi quelques modifications. Nadir est devenu pour le cinéma Samy (qui est d’origine sénégalaise) qui ne gravit pas à l’origine l’Everest pour prouver qu’il est capable de faire quelque chose d’extraordinaire (même si cet élément va tout de même entrer en compte dans le récit : une des dernières scènes finales reprend la célèbre photo de Dendoune avec son carton en forme en coeur sur lequel était inscrit « 93 »). Pour la petite anecdote, L’Ascension est le premier film de fiction tourné au camp de base de l’Everest (qui se trouve à 5 364 mètres d’altitude). Avant de polémiquer sur le changement d’origine du personnage principal, une petite explication : Ahmed Sylla, révélé dans l’émission de Laurent Ruquier, On n’demande qu’à en rire (et il me faisait déjà marrer à cette époque), s’est démarqué durant le casting (ce qui ne m’étonne pas). Ainsi, Sylla obtient ici son premier vrai rôle au cinéma. Depuis quelques années, nous voyons passer sur nos écrans un certain nombre de films traitant du sujet des banlieues. Certes, nous ne pouvons pas dire que L’Ascension entre totalement dans cette catégorie (je veux dire, nous ne sommes pas dans Bande de filles ou Divines par exemple) mais il est certain que ce point-là ne peut pas être négligé, surtout que le film alterne scènes de montagne de montagne et scènes dans la cité. L’Ascension évite étonnement certains gros clichés, notamment sur le langage employé. Ce n’est pas pour détourner sur une réalité (et l’adoucir) : le but est de se concentrer sur une histoire qui dépasse le simple postulat d’un jeune garçon des cités qui réussit à se dépasser. L’histoire est finalement plus universelle : ce n’est pas parce qu’on est parfois mal parti dans la vie pour diverses raisons (sociales, culturelles, physiques etc…) qu’on ne peut pas atteindre ses objectifs. J’ai donc aimé cette double accessibilité possible (le film n’étant jamais le cul entre deux chaises de ce côté-là) et c’est certainement ce point qui a séduit la presse et les spectateurs (le film ayant réuni un bon million de personnes dans les salles obscures françaises : un succès bien mérité au passage).

L'Ascension : Photo Ahmed Sylla, Alice Belaïdi

Il s’agit du premier long-métrage de Ludovic Bernard (son prochain film, Mission Pays Basque, sort bientôt : j’avoue que je le sens moyen celui-là…), ancien assistant-réalisateur (notamment sur Lucy de Luc Besson ou Ne le dis à personne de Guillaume Canet). Certes, on ne va pas dire qu’on est bluffé par la mise en scène (en même temps je n’ai pas regardé ce film spécialement pour ça) mais quand je vois l’état de la comédie française actuelle, il s’en sort plus que bien. Côté scénario (co-signé par Bernard), le film tient également la route et j’ai même envie de dire un truc très bateau mais qui me semble vrai : l’histoire est très bien racontée. Le film a beau être officiellement une comédie (je dis ça parce que finalement on est plus dans le fameux feel good movie qu’une vraie franche comédie comme on pourrait s’y attendre), voire même une comédie romantique, il ne cherche pas à être à tout prix dans la vanne facile, il n’est jamais lourd, que ce soit en terme d’humour ou même lorsqu’il aborde la romance entre Samy et Nadia. Même la partie qui se déroule dans la cité (notamment avec les animateurs de la radio qui sont toujours d’humeur à balancer des blagues pas toujours fines) évite des lourdeurs qui auraient pourtant pu apparaître. Son ton est léger mais le scénario ne l’est pas, ni les personnages, surtout Samy. Le film fonctionne parce qu’il est sincère (bon, ok, la sincérité n’a jamais fait un film, nous sommes bien d’accord) à l’image de Samy. On sent qu’il se concentre sur les valeurs inculquées : la fin est alors réellement émouvante. Le charismatique (et toujours souriant) Ahmed Sylla est remarquable dans le rôle principal et prouve deux choses : premièrement, il est capable de tenir un premier rôle sur ses épaules (pas forcément évident surtout quand on débute dans le cinéma); deuxièmement il surprend quand il sort aussi de son cadre habituel, c’est-à-dire la comédie. Les seconds rôles sont également bons, que ce soit Kevin Razy et Waly Dia (également sortis de l’émission de Ruquier), Umesh Tamang (le touchant « Johnny »), Nicolas Wanczycki (dans le rôle du guide rustre) ou encore Alice Belaïdi. L’Ascension est donc une agréable bonne surprise sans prétention qui fait du bien : on peut encore faire de bonnes comédies en France en mettant en avant des minorités, sans tomber dans un discours moralisateur ni pessimiste.

L'Ascension : Photo Ahmed Sylla

Girls

Créée par Lena Dunham et Jenni Konner

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Andrew Rannells, Alex Karpovsky, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Christopher Abbott, Ebon Moss-Bachrach, Corey Stoll, Riz Ahmed, Gaby Hoffmann, Rita Wilson, Patrick Wilson, Matthew Rhys, Jon Glaser, Jake Lacy, Jenny Slate, Amy Schumer, Shiri Appleby…

Comédie dramatique. 6 saisons. 2012-2017. 

L’entrée dans la vie active de quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, de leurs humiliations à leurs rares triomphes. Hannah, l’éternelle stagiaire, rêve de devenir écrivain ; Marnie, la jeune fille intelligente et rangée au premier abord ; Jessa qui vivote telle une hippie et sa cousine Shoshanna, une ambitieuse étudiante qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Je vous préviens, je ne vais pas hésiter à spoiler et même dès les premières lignes. J’avais déjà rédigé un billet sur la toute première saison de Girls, dans l’espoir de livrer une critique de chaque saison. J’ai abandonné l’idée pour deux raisons. Dans un premier temps, cette entreprise est évidemment trop longue et j’ai encore trop de critiques de séries à rédiger. Puis, surtout, cela ne serait pas forcément pertinent dans le cadre de Girls, série créée par Lena Dunham (décidément, elle multiplie les casquettes) et Jenni Konner et produite par le roi de la comédie américaine actuelle, Judd Apatow : qu’on aime ou pas cette série (ce qui est compréhensible), elle a au moins le mérite de présenter les six saisons avec une véritable cohérence. Pour certains éléments de l’intrigue (notamment concernant la grossesse d’Hannah à la saison 6), Lena Dunham a révélé qu’elle les avait en tête depuis les débuts de la série. En effet, beaucoup d’éléments qui peuvent sembler anodins reviennent et prennent leur importance dans les saisons suivantes. Ainsi, la série est pour moi si cohérente que je l’ai revue volontiers et à trois bonnes reprises. Et ce fut nécessaire de la revoir à chaque entier, comme si je remarquais de nouvelles choses. En effet, j’ai un drôle de rapport : j’aimais bien Girls à ses débuts mais sans plus. Je voyais aussi pas mal ses défauts et surtout j’avais tendance à avoir un mauvais jugement sur les quatre personnages principaux. Je suis cette série depuis pas mal d’années, j’ai grandi avec les personnages et j’ai moi-même « grandi » entre-temps. Finalement, à force de revoir la série, je commençais à comprendre son succès et surtout à l’apprécier à sa juste valeur (même si j’ai parfaitement conscience qu’on puisse rejeter en bloc la création de Dunham). Je pourrais certainement écrire un billet entier sur les personnages : oui, elles sont bourrées de défauts. Oui, on a même parfois envie de les secouer, de les gifler. Non, je ne suis pourtant « trash » ou quoi que ce soit (la série étant souvent associée à ce mot). Pourtant, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna me représentent, tout comme elles représentent mes amies et même d’autres filles de ma génération. Comme le disait Hannah au tout début de la saison 1 (certes sans aucune modestie, mais ça c’est Hannah), elle est la voix de sa génération.

Photo Andrew Rannells, Lena Dunham

Girls m’agaçait au début pour son côté très cru, voire même vulgaire, et pour son scénario qui commençait à faire du surplace. En effet, dans une série, on a tendance à attendre une évolution des personnages. Or, pour attendre un réel déclic de la part des personnages, on doit attendre un certain nombre de temps. Et encore, je ne parle pas de tous les personnages : certains seront incapables de changer, ils resteront dans la destruction alors que la possibilité de vivre une vie meilleure et paisible n’était pas si lointaine. Pour le surplace, Hannah pense qu’elle va enfin réussir, juste après tout s’effondre pour elle, que ce soit par sa faute (quand elle retourne à la fac loin de chez elle) ou par un concours de circonstances. On a donc la sensation que ce personnage n’avance pas et du coup que le scénario non plus. Or, Dunham fait justement un choix judicieux en présentant des personnages qui se cassent la gueule, qui ne parviennent pas à réaliser leurs rêves, qui vont même devoir faire des compromis en attendant de pouvoir arriver à leurs buts. La seule qui semble sortir de ce schéma est l’ambitieuse et lucide Shoshanna. Au début étudiante, vierge et innocente, elle n’hésitera pas à dire plusieurs fois ses quatre vérités au reste de la bande (et à prendre la douloureuse – mais meilleure – décision finale à la fin de l’épisode 9 de la saison 6) et surtout à prendre son destin en main quitte à passer pour une connasse ingrate (alors qu’elle était certainement le personnage le plus pétillant de la série). La série s’appelle Girls mais Hannah reste le personnage pilier. On a envie de lui donner des claques, de la secouer face à son égoïsme, défaut qui disparaîtra à la naissance du petit Grover. Je n’ai jamais aimé les films ou les séries qui mettaient en avant la naissance d’un enfant pour sauver le ou les parent(s) parce que cela ne correspond pas du tout à mes convictions personnelles. Cela dit, ce choix reste tout de même intéressant par rapport à tout ce que Dunham a mis en place depuis les débuts de Girls : avec un enfant, Hannah sera obligée de devenir responsable et de s’occuper de quelqu’un d’autre que d’elle-même.

Photo Lena Dunham

J’avoue que cette grossesse finale m’a surprise de la part de Lena Dunham. Certaines féministes (certaines, car je refuse de mettre tout le monde dans le même sac – et je me sens moi-même féministe : chacun(e) sa définition) n’auraient pas nécessairement ressenti l’envie de transformer l’héroïne en jeune mère de famille. Certaines (je fais référence à des « articles » que j’ai hélas lus sur des sites revendiqués féministes) rejettent même la grossesse en bloc. On a beau insulter Dunham pour ses positions féministes (non, le féminisme n’a rien d’un gros mot), elle n’est pas tombée dans certaines idées qui pourraient sembler extrémistes. Beaucoup ont pointé du doigt le tout dernier épisode qui se concentre sur l’après-naissance du petit Grover. Hannah cohabite désormais avec sa mère (qui apprend à vivre seule – son mari ayant enfin accepté son homosexualité après l’avoir tant renié) et sa véritable meilleure amie Marnie, toujours là (sa présence dans la vie d’Hannah sera grosso modo sa seule victoire vu ses échecs amoureux et professionnels). Effectivement, l’épisode 9 de la saison 6 qui réunissait pour la dernière fois les quatre filles vedettes de la série aurait pu être une véritable fin. On devinera (ou supposera) les vies que mèneront Adam et Jessa (des artistes qui réussiront peut-être professionnellement mais qui ne connaîtront que la destruction), Shoshanna (désormais une bobo méprisante à la vie rangée), Elijah (on veut un spin-off sur ses aventures d’artiste !) ou encore Ray qui rencontre l’amour (et pour une fois, il n’y a pas de discours ou d’intrigue autour du fait que sa dulcinée est obèse) va enfin s’investir dans un projet professionnel qui devrait le sortir de l’ennui. Mais justement, la force de Girls est de ne pas tomber dans ce qui était attendu. L’histoire entre Adam et Hannah, certes belle mais trop sombre, est belle et bien terminée, l’amitié entre les quatre jeunes femmes ne peut pas tenir et n’a peut-être d’ailleurs jamais existé. Beaucoup de séries auraient décidé de satisfaire les fans avec un véritable happy end. Ici, il ne s’agit pas d’un bad end ou quelque chose de ce style. On nous présente juste la vie ordinaire avec ses bons et ses mauvais côtés, ses rêves réalisés ou non (ou peut-être en attente).

Photo Adam Driver, Alex Karpovsky

New York est également au coeur de Girls. Cette ville est souvent glamourisée ou valorisée. On a d’ailleurs dit que la série de Dunham était une sorte d’anti-Sex and the City (les deux séries ayant été diffusées sur HBO). Quatre filles à New York donc à part que dans Girls ce même New York ne fait pas rêver : il n’y a pratiquement pas de boulot (et quand il y en a, ils craignent), les appartements sont sombres et délabrés, les gens sont teubés. Hannah (et les autres au passage) semble être la pure New-Yorkaise de son époque : à l’aise dans les fêtes, elle-même un peu fêlée et prête à toutes les expériences, artiste un peu torturée sur les bords, Hannah va pourtant se rendre à l’évidence : New York ne lui a apporté que des merdes. Elle pourrait avoir une vie tranquille (elle se confronte d’ailleurs à cette possibilité, qu’elle rejettera, lors de sa rencontre avec un beau et riche médecin en la personne de Patrick Wilson) mais pas à New York. Girls, c’est pour moi une série extrêmement lucide et sombre (mais pas nécessairement pessimiste, juste réaliste) sur la vie des ces jeunes gens (je dis « gens » parce que contrairement à ce qu’annonce le titre, les mecs ne sont pas du tout délaissés dans l’histoire) qui sont encore entre deux phases, l’adolescence et le monde des adultes. Je trouve qu’il n’y a pas tant que ça de séries et/ou de films qui traduisent vraiment ce sentiment, et avec justesse, à cette période de cette existence (on a plutôt davantage à voir le fameux passage à l’âge adulte sur des teen movies par exemple). Dunham sait alors parler de jeunes gens pas toujours prêts à affronter le monde et au fil des saisons a su aussi aborder de sujets de société, notamment sur la culture du viol. Un des derniers épisodes, « American Bitch« , qui nous présente une sorte de match-interview entre Hannah et un auteur accusé de viol style Woody Allen/Roman Polanski était tout simplement d’une très grande pertinence (je vous conseille de découvrir l’épisode en question – c’est limite le seul épisode qu’on peut regarder sans connaître la série). Alors on pourra évidemment rejeter cette série à cause de sa dimension trash (qui me dérangeait mais selon moi les scènes ne sont pas si gratuites qu’on pourrait le croire) mais Dunham est une formidable auteure et observatrice de son temps, pleine d’audace. J’espère qu’elle continuera à nous proposer du contenu de qualités que ce soit à la télé ou ailleurs.

Photo Allison Williams, Lena Dunham

Marie-Francine

réalisé par Valérie Lemercier

avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent, Philippe Laudenbach, Denis Podalydès, Nadège Beausson-Diagne, Marie Petiot, Anna Lemarchand, Nanou Garcia, Danièle Lebrun…

Comédie, comédie romantique française. 1h35. 2016.

sortie française : 31 mai 2017

Trop vieille pour son mari, de trop dans son boulot, Marie-Francine doit retourner vivre chez ses parents… … à 50 ans ! Infantilisée par eux, c’est pourtant dans la petite boutique de cigarettes électroniques qu’ils vont lui faire tenir, qu’elle va enfin rencontrer Miguel. Miguel, sans oser le lui avouer, est exactement dans la même situation qu’elle. Comment vont faire ces deux-là pour abriter leur nouvel amour sans maison, là est la question…

Marie-Francine : Photo Valérie Lemercier

J’ai toujours eu de la sympathie à l’égard de l’ovni Valérie Lemercier, qui multiplie les casquettes depuis des années : actrice, réalisatrice, humoriste et chanteuse pour ne citer que ces exemples. Mais vu l’état actuel de la comédie française et certains des ratés de Lemercier (son 100% Cachemire s’était fait démolir et Le Derrière est un film qui m’a toujours agacée : je ne retiens que Palais Royal ! qui reste à mes yeux imparfait), je redoutais fortement ce Marie-Francine (le titre n’étant pas très folichon), au point d’avoir refusé d’aller à l’avant-première présente dans ma ville (avec la présence de Lemercier et Timsit tout de même). C’est ma mère, ma reine pour découvrir toutes les daubes françaises, qui m’a incitée à aller le voir avec elle. Finalement, elle a bien fait : Marie-Francine est une très bonne surprise. Certes, le sujet n’a rien de nouveau : comment ne pas penser à un Tanguy (inversé) d’Etienne Chatiliez ou plus récemment à Retour chez ma mère d’Eric Lavaine ? Bref, Marie-Francine, c’est l’histoire simple (enfin plutôt compliquée pour notre héroïne) d’une cinquantenaire qui perd tout… pour mieux rebondir. Il faut d’ailleurs savoir que Valérie Lemercier voulait intituler Le Bol de Marie-Francine (d’où aussi l’affiche et plus globalement le jeu avec les bols tout le long du film) : si son personnage principal enchaîne les merdes au début du long-métrage, elle va finalement être chanceuse dans différents domaines. Marie-Francine fait donc un bien fou. Non, il ne révolutionne rien et pourtant, ce film dégage un véritable charme et même dans un sens de la magie. On pourrait peut-être même dire qu’il s’agit d’un feel-good movie (même si j’ai conscience qu’on utilise parfois ce mot à tort et à travers et à toutes les sauces possibles). Oui, ce film fait du bien par sa positivité : la vie est loin d’être finie pour une femme banale quinqua, au contraire on assiste même à une sorte de « renaissance ». Marie-Francine m’a vraiment fait rire (ça nous change des comédies lourdingues habituelles !) et surtout il m’a étonnamment touchée. Je m’attendais à des lourdeurs mais finalement, ce long-métrage est plus fin qu’il en a l’air. Certes, il joue avec des images, même certains clichés (le mari qui part pour une plus jeune, les parents bourgeois qui infantilisent leur fille, la soeur qui est une de sorte de comeback de Lemercier des Visiteurs) et surtout avec les quiproquos. Mais étrangement (et tant mieux), la réalisatrice trouve un juste milieu entre ces images toutes faites en question et une finesse bienvenue. Marie-Francine surprend en quelque sorte parce que le spectateur pense être sur un terrain connu (et nous n’allons pas nous mentir : nous savons tous comment le film va se terminer) et finit par être déstabilisé dans le bon sens du terme.

Marie-Francine : Photo Patrick Timsit

Mais justement, Valérie Lemercier joue avec merveilleusement bien avec les codes de la comédie romantique tels qu’on les connait pour les appliquer sur des personnages qui n’ont justement pas l’air de sortir de ce genre cinématographique en question. Les personnages ont la cinquantaine et doivent malgré eux se comporter comme des ados, pas uniquement à cause du comportement pénible des parents mais aussi parce qu’ils n’assument pas totalement leur mode de vie. Ils ont beau être ordinaires, leur mode de vie (malgré eux) a transformé ces personnages en sorte de « bannis » de la société. Par ailleurs, les décors des appartements de Marie-Francine et de son nouveau compagnon sortent littéralement du décor à l’image des personnages décalés (le choix des prénoms n’est certainement pas anodin) qui doivent y vivre le temps de se retourner. L’histoire d’amour entre Marie-Francine et Miguel touche car les deux personnages se ressemblent énormément malgré leur différence sociale. Elle touche aussi parce que justement ils ne parviennent pas à se voir autant qu’ils le voudraient (et à concrétiser un amour sincère), soit à cause d’eux-mêmes soit à cause d’un certain nombre de quiproquos. J’ai aussi aimé de voir l’évolution du personnage principal qui s’épanouit au fur et à mesure du film (notamment à travers une bande-son joyeusement rétro). Elle s’embellit doucement, sans non plus devenir une bombasse comme on le voit parfois dans d’autres films. Le casting est également excellent. Valérie Lemercier est excellente dans un double-rôle, surtout dans celui du personnage éponyme. Elle est drôle, touchante, ne tombe jamais dans des excès alors que cela aurait pu être le cas. J’ai également été surprise par l’interprétation de Patrick Timsit qui fait preuve d’une douceur et d’un sex-appeal que je n’avais pas soupçonnés jusqu’à présent en ce qui me concerne (et je ne dois pas être la seule à être dans ce cas). Hélène Vincent, qui avait refusé au début le rôle de la mère de Marie-Francine jugeant ce personnage trop proche de celui qu’elle incarnait dans le génial film d’Etienne Chatiliez, La Vie est un long fleuve tranquille, excelle tout comme son partenaire Philippe Laudenbach. Denis Podalydès est également génial dans le rôle de l’ex-mari lâche et volage. Marie-Francine est donc la bonne surprise à découvrir en salles (même si elle a certainement ses imperfections) en ce moment, à la fois attachant et hybride (pour ma part ce mélange de comédie grinçante sociale et de comédie romantique m’a plu), à l’image de sa réalisatrice-actrice.

Marie-Francine : Photo Hélène Vincent, Philippe Laudenbach

Faut pas lui dire / The Boyfriend

FAUT PAS LUI DIRE

réalisé par Solange Cicurel

avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour, Tania Garbaski, Brigitte Fossey, Arié Elmaleh, Fabrizio Rongione, Benjamin Bellecour, Laurent Capelluto, Stéphane Debac,  Charlie Dupont…

Comédie française, belge. 1h36. 2017.

sortie française : 4 janvier 2017

Laura, Eve, Anouch et Yaël sont quatre cousines, très différentes et très attachantes, qui ont un point commun : elles mentent, mais toujours par amour ! Quand les trois premières découvrent quelques semaines avant le mariage de leur petite cousine que son fiancé parfait la trompe, elles votent à l’unisson « Faut pas lui dire » !

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Tania Garbarski

Faut pas lui dire est le premier long-métrage de Solange Cicurel, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles spécialisée dans le droit des étrangers. Elle avait signé auparavant un court-métrage intitulé Einstein était un Réfugié. Pour ce film, la réalisatrice s’est donc inspirée de son ancien métier pour son intrigue : en effet, le personnage incarné par la chanteuse Jenifer est une avocate redoutable spécialisée dans les divorces. Plus généralement le film tourne autour de mensonges et de secrets. La réalisatrice est donc partie du principe (en reprenant donc ses propos) qu’un mensonge n’était pas quelque chose de malfaisant à l’origine, qu’on mentait majoritairement pour protéger les gens qu’on aime. Bref, rien de bien révolutionnaire à l’horizon, certains ont même dit que ça ressemblait à Comme t’y es belle (toujours pas vu, ouais je suis encore à la ramasse). Effectivement, des films et des séries avec une bande de quatre femmes ayant des problèmes qu’avec les mecs (par contre, pas de soucis financiers : elles sont forcément avocates ou toubibs et on se demande même quand elles bossent par moments !), on en trouve à la pelle ! Bref, ça ne respire pas l’originalité, la mise en scène n’est pas dingue, le scénario non plus d’ailleurs (mais le travail n’est pas non plus mauvais), mais honnêtement en tant que petit divertissement ce film passe tout à fait : dans son genre, j’ai en tout cas vu bien pire et je ne me suis pas ennuyée, c’est déjà pas si mal. Je m’attendais à un résultat bien plus dégueulasse. L’ensemble reste plutôt bien rythmé, les personnages plutôt sympathiques et attachants. Le film a le mérite d’être nuancé avec les personnages en question : chacun fait ses erreurs et a ses torts, que ce soit les femmes ou les hommes. Evidemment, il n’y a pas de grandes surprises narratives mais la fin m’a tout de même plu. J’attendais évidemment au tournant la chanteuse Jenifer, ici dans un vrai premier rôle au cinéma (elle avait déjà fait son incursion mais dans des rôles plus secondaires) et qui est la réelle « star » de ce film (même s’il y a de bons acteurs et des confirmés dans la distribution). J’ai essayé d’être la plus honnête possible en ne prenant pas en compte mon avis sur la chanteuse (qui m’insupporte). En réalité, je suis partagée sur son interprétation : il y a des scènes où elle est étonnamment à l’aise (notamment dans une scène de procès plutôt drôle – même si je ne sais pas si la scène en question est crédible) et d’autres où elle est complètement à côté de la plaque. Cette irrégularité dans son jeu m’a parfois dérangée. En revanche, le reste du casting (franco-belge à l’image de la production) assure plutôt bien.

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Stéphanie Crayencour, Tania Garbarski


THE BOYFRIEND – POURQUOI LUI ?

réalisé par John Hamburg

avec Bryan Cranston, James Franco, Megan Mullaly, Zoey Deutch, Keegan-Michael Key, Cedric The Entertainer, Griffin Gluck, Adam Devine, Andrew Rannells, Kaley Cuoco…

titre original : Why Him ?

sortie française : 25 janvier 2017

Un père de famille emmène sa famille visiter sa fille à Noël et se retrouve en compétition avec le petit-ami de celle-ci, un jeune devenu milliardaire grâce à internet.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo James Franco, Zoey Deutch

The Boyfriend – Pourquoi lui ? (et oui, nous avons encore traduit un titre anglais par une sorte de titre anglais, quelle intelligence !) fait partie de cette vague de comédies américaines actuelles qui a du mal à se renouveler : des films à l’humour en dessous de la ceinture. La présence de la caricature de l’artiste arty et paradoxal James Franco devant la caméra (il m’agace mais je le trouve tout de même talentueux : ma contradiction m’achèvera un de ces quatre) ou encore voir au générique « sur une idée de Jonah Hill » ne me rassuraient pas des masses. On ne va pas se mentir : The Boyfriend est une comédie lourde. Les blagues sont assez potaches, ça tourne pas mal autour de la bite, du caca et tout ça (la scène d’ouverture donne la couleur !). Certaines m’ont fait rire, d’autres moins. Bref, j’ai connu bien pire et bien mieux : ça se laisse regarder même si ça ne casse pas des briques. Après si on n’est vraiment pas fan de cet humour assez grossier (ce que je peux comprendre, il y a des fois où ça peut déranger très fortement : là ça allait en l’occurence), on ne va pas se mentir : vous allez détester de A à Z. De toute façon, les scénaristes assument totalement cet humour vulgaire. Le duo formé par James Franco (parfait en gars très cool et paradoxalement d’un angélisme déconcertant) et Bryan Cranston (toujours très bien dans le rôle du père protecteur coincé) fonctionne très bien – on va dire que le film est principalement sauvé par la complicité et l’énergie de ces deux derniers. Megan Mullaly, qui faisait déjà des merveilles dans quelques épisodes de Parks & Recreation, est également très drôle dans le rôle classique de la mère coincée qui finit par se lâcher. En revanche, je suis un peu moins convaincue par la jeune Zoey Deutch, qui manque de charisme. Le scénario n’est évidemment pas fou mais l’ensemble se laisse regarder volontiers et c’est plutôt rythmé (le film durant deux bonnes heures, cela étant nécessaire). L’apparition de certains membres du groupe Kiss est également amusante. En tout cas, je ne me suis pas ennuyée et je n’en attendais pas plus : je savais où je mettais les pieds. Cela dit, juste une chose me « dérange » tout de même dans The Boyfriend (même s’il ne s’agit pas du seul film concerné par ce problème – mais là ça m’a fortement frappée) : ce film est une énorme glorification du capitalisme (ne croyez pas non plus que je suis en rouge à manifester pour le moindre truc mais voir que le pognon était roi à ce point m’a bien gênée) même s’il critique paradoxalement les hipsters et les nouveaux riches.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo Bryan Cranston, Griffin Gluck, James Franco, Megan Mullally, Zoey Deutch

Alabama Monroe

réalisé par Felix Van Groeningen

avec Johan Heldenbergh, Veerle Baetens, Nell Cattrysse…

titre original : The Broken Circle Breakdown

Drame belge. 1h50. 2012.

sortie française : 28 août 2013

Didier et Élise vivent une histoire d’amour passionnée et rythmée par la musique. Lui, joue du banjo dans un groupe de Bluegrass Country et vénère l’Amérique. Elle, tient un salon de tatouage et chante dans le groupe de Didier. De leur union fusionnelle naît une fille, Maybelle qui tombe un jour malade…

Alabama Monroe : Photo Johan Heldenbergh, Veerle Baetens

Alabama Monroe est adapté de la pièce de théâtre The Broken Circle Breakdown Featuring the Cover-Ups of Alabama, écrite par Johan Heldenbergh et Mieke Dobbels. Nommé aux Oscars dans la catégorie « meilleur film en langue étrangère » (battu cette année-là par La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino), il a remporté en France le César du meilleur film étranger. Le titre original fait référence au groupe dans lequel jouent et chantent Didier et Elise. Elise est tatoueuse et se tatoue donc le corps à chaque nouvelle histoire d’amour. Didier, qui refuse d’avoir des tatouages, est passionné par le bluegrass, une sorte de variante de la country. Que signifie alors le titre français, Alabama Monroe ? Je précise que je ne spoile pas étant donné qu’on connait rapidement cette information dans le film (j’ai même envie de dire que c’est dans le synopsis) : le couple atypique formé par Elise et Didier perd leur fille Maybelle d’une leucémie. Elise, dans un délire spirituel après le décès de sa fille, change son nom en Alabama (en référence à l’état américain) et, dans un élan ironique, Monroe désigne la nouvelle identité de Didier (ici un clin d’œil à Bill Monroe, à l’origine du développement du bluegrass). Les deux titres sont donc intéressants (pour une fois, on ne jettera pas la pierre aux traducteurs) : la version originale met en avant l’importance de la musique pour les deux protagonistes principaux dans les différentes étapes de leur existence (la scène finale, très émouvante, est particulièrement parlante en ce qui concerne ce point en question). Le titre français privilégie plutôt l’union éternelle du couple d’une autre manière malgré une destruction inévitable. Alabama Monroe est en tout cas une belle réussite même s’il a selon moi ses défauts. Le montage est ce qui nous frappe le plus : par ce moyen, sa narration est volontairement déstructurée. J’y vois presque une sorte de connexion littérale avec le titre original de l’œuvre : il y a en tout cas une idée de circularité qui se brise, les choses ne se déroulant pas comme on le souhaiterait. Cela dit, si on comprend la démarche du réalisateur, ce montage ne fait pas toujours son petit effet (même si dans l’ensemble ce n’est pas non plus la catastrophe – encore une fois, j’ai aimé ce film). Je l’ai juste parfois trouvé confus, un peu en mode « n’importe quoi » par moments. Je me méfie toujours un peu de ces montages déstructurés qui peuvent être un moyen de cacher un scénario parfois faible. Cela dit, heureusement, le scénario est tout de même plutôt bon, le montage avec ses défauts n’apparaît pas comme un cache-misère.

Alabama Monroe : Photo Veerle Baetens

Certes, on nous présente une histoire assez classique (un couple qui traverse une insurmontable épreuve), proche par exemple de La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli (un couple qui s’aime au début sur fond de pop, un gamin qu tombe gravement malade, le couple qui en ressort détruit). Nous prenons tout de même un certain « plaisir » (je ne sais pas si c’est le mot le plus approprié) à la découvrir. Les personnages sont également attachants ayant une réelle épaisseur psychologique. De plus, leurs interprètes, Veerle Baetens (récompensée par un European Film Award) et Johan Heldenbergh (ce dernier étant le leader du véritable groupe The Broken Circle Bluegrass), sont remarquables. Ils sont évidemment très bons individuellement mais on croit aussi complètement à leur couple. Alabama Monroe bénéficie également d’une très belle mise en scène, qui a su prendre en compte les différentes émotions présentes dans le long-métrage (la douleur et le lyrisme). Le parallèle avec les Etats-Unis (qui permettent à ce couple de s’unir via la musique) est plutôt pertinent : ce pays représente aussi bien une forme de liberté et d’utopie que la désillusion (notamment avec des images à la télévision des tours du World Trade Centre s’écroulant comme le couple Elise-Didier). Il y a aussi tout le long du film (d’où aussi certainement ce montage en question) une idée de mort qui plane en permanence, comme si cette épreuve traversée par le couple était inévitable. On pense notamment à la présence de cet oiseau qui se heurte à la « terranda » (un mix entre la véranda et la terrasse) : il y a même une rencontre entre cette représentation de la mort et la petite Maybelle qui ne pourra pas échapper à son propre décès, comme s’il s’agissait d’une prédiction, d’un coup fatal du destin. Le film a beau avoir ses moments « joyeux » avec ses scènes musicales, ne pas être tire-larmes, il est pourtant tragique et ce point en question est très bien exploité. Malgré ses imperfections, Felix Van Groeningen (La Merditude des Choses, Belgica) signe un film bouleversant voire même par moments éprouvant. Alabama Monroe fait fusionner (à l’image du couple) avec une virtuosité parfois fragilisée l’amour et la mort sans jamais tomber dans le larmoyant ou too much (les séquences musicales alors qu’il aurait pu facilement tomber dans des pièges grossiers. Je ne sais pas du tout ce que donnait la pièce sur scène mais on n’a jamais l’impression d’assister à du théâtre filmé (ce qui n’est pas toujours évident) alors que le thème du spectacle est pourtant bien repris dans le long-métrage, donnant corps à l’intense histoire d’amour et histoire tout court d’Elise et Didier.

Alabama Monroe : Photo Veerle Baetens

Célibataire, mode d’emploi

réalisé par Christian Ditter

avec Dakota Johnson, Rebel Wilson, Alison Brie, Leslie Mann, Damon Wayans Jr., Anders Holm, Nicholas Braun, Jake Lacy…

titre original : How To Be Single

Comédie américaine. 1h50. 2016.

sortie française : 2 mars 2016

Movie Challenge 2017 : Un feel-good movie

Il y a toutes sortes de manières de vivre en célibataire. Il y a ceux qui s’y prennent bien, ceux qui s’y prennent mal… Et puis, il y a Alice. Robin. Lucy. Meg. Tom. David… À New York, on ne compte plus les âmes en peine à la recherche du partenaire idéal, que ce soit pour une histoire d’amour, un plan drague… ou un mélange des deux ! Entre les flirts par SMS et les aventures d’une nuit, ces réfractaires au mariage ont tous un point commun : le besoin de redécouvrir le sens du mot célibataire dans un monde où l’amour est en constante mutation. Un vent de libertinage souffle de nouveau sur la ville qui ne dort jamais !

Célibataire, mode d'emploi : Photo Dakota Johnson, Rebel Wilson

Christian Ditter n’est pas pour moi un nom inconnu : c’était lui qui avait réalisé la sympathique comédie romantique Love, Rosie (avec Lily Collins et Sam Claflin), une adaptation d’un roman de Cecilia Ahern directement sorti en dvd chez nous. C’est principalement pour cette raison que j’ai voulu regarder Célibataire, mode d’emploi, adapté du premier roman de Liz Tuccillo. Tuccillo est connue pour avoir travaillé sur la série de HBO Sex & the City en tant que scénariste ou pour avoir co-écrit avec Greg Behrendt Laisse tomber, il te mérite pas ! / He’s Just Not that Into You (adapté au cinéma sous le titre français Ce que pensent les hommes). Honnêtement, en dehors de ce petit argument, Célibataire, mode d’emploi me faisait plus fuir qu’autre chose : le film avait l’air d’être un mélange d’ambiance et de vulgarité pour montrer ce qu’est la femme actuelle (je m’étouffe), tout ce dont je me méfie. Les premières minutes ne m’ont pas du tout rassurée avec Rebel Wilson… qui fait du Rebel Wilson show comme un peu trop souvent. Elle emmène notre héroïne Alice, interprétée par Dakota Johnson (jusqu’à présent, je n’avais pas encore vu son « talent » ou quelque chose dans ce genre-là), se déchaîner dans des clubs ou bars, se bourrer la gueule et coucher avec n’importe qui. Le film suit également parallèlement deux autres histoires secondaires. D’un côté, Lucy (Alison Brie) croise constamment la route de Tom, ce dernier finissant par tomber amoureux d’elle. De l’autre, on s’intéresse à la grande soeur d’Alice, Meg (Leslie Mann), un médecin qui pense avant tout à sa carrière à sa vie personnelle. Jusqu’au jour où devenir mère devient une obsession. Célibataire, mode d’emploi n’est finalement pas la grosse daube prévue. Certes, on ne va pas se mentir : c’est pas la comédie du siècle, loin de là. En même temps, je ne pense pas que le film prétend révolutionner quoi que ce soit. Cela dit, il tente de proposer un propos différent à travers le portrait plus ou moins croisé de quatre femmes. Et ce propos en question est plutôt positif pour la représentation de la femme d’aujourd’hui. Comment une femme peut-elle être heureuse tout en préservant son indépendance ? Etre en couple est-il alors compatible avec cette indépendance ? En partant sur quatre portraits de femmes de 25 à 40 ans environ (même si encore une fois le film privilégie davantage l’histoire d’Alice), Célibataire, mode d’emploi montre les différentes possibilités d’un épanouissement de la femme moderne sans être prisonnière de sa vie amoureuse.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Alison Brie

Alice enchaîne les histoires amoureuses mais comprend qu’elle peut être heureuse sans hommes (la demoiselle devenant dépendante affective), les relations amoureuses n’étant pas toujours source de bonheur. Robin, elle, privilégie clairement le travail et les amitiés à l’amour : c’est ça qui la rend heureuse. L’amitié est aussi une belle valeur qu’on ne doit pas négliger. Meg pense que le bonheur réside dans le célibat et finit par confondre indépendance et solitude. Elle a fini par nier ses propres désirs, s’enfermant dans ses convictions.  Bref, on peut être une femme indépendante, en étant épanouie dans un travail passionnant tout en ayant envie de maternité. Grâce au personnage de Meg, sans tomber dans la contradiction, le film a le mérite de ne pas être culpabilisant envers certaines femmes et ne tombe pas dans de l’extrémisme. Le casting est plutôt bon. On ne va pas dire que les acteurs vont remporter un Oscar, les personnages ne sont pas non plus d’une grande profondeur mais ils sont tous bons pour ce genre de film assez léger. Leurs personnages sont plutôt attachants. Dakota Johnson m’avait agacée voire même inquiétée dans la saga Cinquante Nuances. Finalement, elle ne sort pas si mal. Elle est plutôt fraîche et attachante dans le rôle de cette jeune femme qui cherche finalement le bonheur et la liberté. Comme je le disais au début, Rebel Wilson fait du Rebel Wilson. Je l’aime bien mais il faut avouer qu’elle se répète au fil des films. Cela dit, alors que ça partait plutôt mal, son personnage devient plus intéressant. Elle n’est pas uniquement une fêtarde déjantée qui aime bien coucher à droite et à gauche. La fin, qui permet d’en savoir définitivement plus ce personnage, m’a par ailleurs surprise. Alison Brie est toujours aussi pétillante et confirme bien ici son potentiel. Son duo avec Anders Holm fonctionne avec elle et là encore son personnage surprend, le film montre de nouveau qu’il n’est pas aussi prévisible qu’il en a l’air. Enfin, Leslie Mann est certainement celle qui se détache pour moi du lot (même si encore une fois le reste du casting est plutôt bon). Certes, Célibataire, mode d’emploi ne frappe pas nécessairement pour ses qualités cinématographiques – même si globalement le travail (par rapport à ce qu’on attend de ce type de production) reste très correct. Il est certain qu’il vise au premier abord un public féminin. Il s’agit d’un sympathique film, bien rythmé, plutôt divertissant, qui n’est pas aussi tarte qu’il en a l’air même s’il n’est pas non plus révolutionnaire. J’aimerais bien connaître l’avis des mecs mais je n’ai pas eu l’impression que le public masculin était si négligé que ça.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Leslie Mann

Bridget Jones’s Baby

réalisé par Sharon Maguire

avec Renée Zellweger, Colin Firth, Patrick Dempsey, Emma Thompson, Jim Broadbent, Shirley Henderson, Gemma Jones, James Callis, Celia Imrie, Sarah Solemani…

Comédie romantique britannique, américain. 2h. 2016.

sortie française : 5 octobre 2016

Movie Challenge 2017 : Une suite de film

Après avoir rompu avec Mark Darcy, Bridget se retrouve de nouveau célibataire, 40 ans passés, plus concentrée sur sa carrière et ses amis que sur sa vie amoureuse. Pour une fois, tout est sous contrôle ! Jusqu’à ce que Bridget fasse la rencontre de Jack… Puis retrouve Darcy… Puis découvre qu’elle est enceinte… Mais de qui ???

Bridget Jones Baby : Photo Colin Firth, Patrick Dempsey, Renée Zellweger

J’assume : je suis une grande fan de Bridget Jones. Je me reconnais toujours dans cette héroïne qui ressemble finalement à beaucoup de femme. J’ai adoré la trilogie écrite par Helen Fielding. Concernant les adaptations sur grand écran, j’aime surtout le premier film (la suite me paraît ratée, ce qui est dommage – le bouquin L’âge de raison était bien plus drôle). Pour ce troisième volet au cinéma, Sharon Maguire (réalisatrice du premier film) n’adapte cette fois-ci pas un des romans. Pourtant, il existe bien un troisième roman, Bridget Jones : Folle de lui (Bridget Jones : Mad about the Boy) sorti en 2013. Dans cette suite, Bridget a bien évolué : elle est veuve (ce qui a crée du remous chez les fans – pour ma part, ce choix était pour moi judicieux même s’il fait mal au cœur), a deux gosses, a vieilli et doit faire face à son époque : Twitter, les toy-boys, les lunettes de vue, les rides etc… Les scénaristes ont décidé d’imaginer la vie de Bridget (également vieillie mais un peu plus jeune) avant le troisième roman. Effectivement, c’était alléchant d’imaginer Bridget enceinte (surtout après ses aventures dans le 2e tome avec notamment le test de grossesse). J’étais contente même de retrouver ma bonne copine face au temps et tout ce qui suit derrière. Avoir peur de ce projet était totalement légitime : une suite des années après, avec une histoire « originale », ça restait assez casse-gueule. Bridget Jones’s Baby – oui je mets volontairement en avant le titre original et non cette pseudo « traduction » franco-anglaise déplorable – n’est vraiment pas la catastrophe annoncée, loin de là. Sans être révolutionnaire et très prévisible, ce film remplit ses charges de sympathique comédie romantique. J’ai beau aimé Bridget au cinéma, le visage de Renée Zellweger qui a beaucoup changé à cause de la chirurgie esthétique : je me fous de ce peut faire l’actrice avec son corps, c’est son choix. Mais j’avais tout simplement peur de ne plus retrouver Bridget. Heureusement, j’ai été très vite rassurée : l’actrice a gardé son jeu et surtout j’ai tout de même retrouvé ses charmantes expressions. Le reste du casting est également très bon. Colin Firth est toujours aussi à l’aise dans le rôle de Mark Darcy et Patrick Dempsey s’en sort également très bien dans le rôle de cet amant américain attendrissant, un peu envahissant aussi et très porté sur les méthodes très à la mode concernant le bien-être. Certes, l’ancien docteur Mamour ne nous fait pas oublier Hugh Grant, le personnage de  ce dernier étant décédé (la scène de l’enterrement au début du film est au passage très drôle) mais il s’en sort tout de même bien et s’intègre très bien dans un univers que nous connaissons très bien.

Bridget Jones Baby : Photo Emma Thompson, Renée Zellweger

De plus, le duel entre Darcy et Jack Qwant m’a semblé intéressant. Dans les précédents volets, la guéguerre entre Darcy et Daniel Cleaver était volontairement puérile et surtout Cleaver incarne une figure de connard goujat. Qwant est au contraire un personnage plus respectueux et mature. Certes il fait quelques erreurs mais on le voit plus comme un humain. Jim Broadbent et Gemma Jones sont toujours aussi plaisants dans le rôle des parents de Bridget même si on les voit peu. Sarah Solemani (Lizzie de la série The Wrong Mans) est également un bon second rôle. Enfin, impossible de passer à côté d’Emma Thompson (également co-scénariste) en gynécologue qui doit faire face à Bridget, une patiente pas comme les autres ! Au passage, les quelques petites apparitions d’Ed Sheeran sont également plutôt amusantes. Le film est donc agréable à regarder, parfois drôle et même assez touchant. Pourtant, je ne suis pas sortie totalement emballée ni satisfaite. Déjà, même si encore une fois j’ai passé un bon moment, j’ai trouvé ce film un peu trop long, on sent bien passer les deux bonnes heures. Il faut dire que l’intrigue met mine de rien pas mal de temps à se mettre en place… pour finalement un résultat très prévisible. Mais ce qui m’a le plus énervée, c’est la sensation de retourner en arrière. En effet, après le deuxième volet, qui mettait déjà le couple Bridget-Darcy à l’épreuve, on devait penser que c’était réglé une bonne fois pour toutes (et le troisième bouquin nous confirmait bien cela). Or, finalement on est obligé de se retaper leurs problèmes, comme si les deux premiers films n’avaient vraiment servis à rien. Pourquoi ce choix de triangle amoureux ? Dans le même genre (et suite en plus), le film de Marylou Berry, Joséphine s’arrondit, pourtant pas non plus une comédie romantique révolutionnaire, fonctionnait mieux sans « trahir » les spectateurs (oui, « trahir », je n’ai pas peur d’utiliser certains mots). Cela n’empêche pas au film de Berry d’avancer avec son lot de péripéties ! Surtout, vu l’âge de Bridget, je ne comprends pas pourquoi les scénaristes ont tenu de ne pas avoir attendu pour adapter le troisième tome. Le seul argument que je vois était le suivant : il fallait Colin Firth. Enfin, dans le troisième roman, les questions de l’âge, de la séduction, de la technologie et autres dérives de notre époque étaient bien mieux traitées que dans le film qui esquisse certains points sans y aller non plus franchement – en dehors de quelques scènes notamment dans le journal dans lequel bosse Bridget.

Bridget Jones Baby : Photo Colin Firth, Renée Zellweger

Cinquante Nuances plus sombres

réalisé par James Foley

avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Marcia Gay Harden, Kim Basinger, Bella Heathcote, Eric Johnson, Eloise Mumford, Luke Grimes, Victor Rasuk…

titre original : Fifty Shades Darker

Comédie dramatique romantique érotique américaine. 1h58. 2017.

sortie française : 8 février 2017

interdit aux moins de 12 ans

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C’est un Christian blessé qui tente de reconquérir Anastasia. Cette dernière exige un nouveau contrat avant de lui laisser une seconde chance. Mais une ombre surgit du passé de Christian et plane sur les deux amants, déterminée à détruire un quelconque espoir de vie commune.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

Suis-je maso ? Ne pouvais-je pas attendre la sortie en téléchargement pour le regarder tranquillement chez moi et éviter de payer pour voir quelque chose de mauvais ? Je ne devais d’ailleurs pas aller voir en salles Cinquante Nuances plus sombres, suite du médiocre Cinquante Nuances de Grey. D’autres films m’attendaient (et m’attendent encore) dans les salles obscures. Finalement, sans vous révéler le comment du pourquoi (1/ parce que ça ne vous regarde pas bande de coquins, 2/ parce qu’en plus on s’en balance de ma vie), je suis donc allée voir ce film, toujours adapté du nullissime « roman » éponyme de E. L. James (oui, en plus de ça, j’ai osé lire ce machin… là vous devez vous dire qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez moi). Pour ce deuxième volet, bye bye Sam Taylor-Johnson (ce qui n’est pas une mauvaise chose pour elle…) pour faire place derrière la caméra à un certain (en ce qui me concerne, un inconnu) James Foley. Ce changement a-t-il été bénéfique ? Pas du tout ! Cinquante Nuances plus sombres est pour moi clairement pire que le premier volet (c’était déjà le cas du bouquin) en sachant que ce premier film atteignait déjà des sommets de conneries. Le début est problématique (enfin tout est problématique dans ce film, juste pour vous dire qu’on est dans le bain de la médiocrité dès le générique) : en effet, si vous vous souvenez de la fin du premier film (allez, oui, je prends le risque de vous spoiler, je suis vilaine), Ana quitte donc Christian, comprenant ENFIN qu’il était frappé et violent au pieu (et qu’il y prenait son pied). Chrissounet va-t-il reconquérir Ana ? Fin de suspense… Oui, au bout de dix minutes, ce problème est vite réglé. Vous le constatez en peu de temps : Ana est une jeune femme résistante. Grey achète tous les portraits d’Ana (affichés dans la galerie de José, l’ami photographe violeur mais pas trop – ce dernier ne lui ayant même pas demandé l’autorisation), s’incruste évidemment à cette expo très chic et demande à Ana de dîner ensemble. Juste un dîner (mais bien sûr). Et Ana accepte la proposition « parce qu’elle a faim ». Ca ne s’invente pas.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Jamie Dornan, Kim Basinger

Bref, tout ça pour dire qu’on en revient rapidement au même point, à part que ce psychopathe de Grey débarque avec sa barbe de trois jours et un pull tout moche. On commence aussi à connaître son passé, ce qui pourrait expliquer vaguement pourquoi Grey est très porté sur le sado-masochisme (vive la psychologie de comptoir). On commence alors à observer quelques grosses incohérences (là tu te dis que tout le monde s’en bat les ovaires sur ce tournage). En effet, dans les flashbacks, on nous montre un homme (certainement un mec de sa mère, une « pute camée ») brûler le corps du petit Christian avec des cigarettes. Dans le premier volet, normalement, si je n’ai pas raté un épisode, le torse de Christian était lisse comme un cul de bébé. Et vu que lui et Ana ne jouent pas au Scrabble, Ana aurait dû voir dès le premier opus les traces de brûlures sur le corps de son chéri. Or, elle ne découvre ça que dans ce deuxième opus ce qui semble TOTALEMENT illogique ! Autre exemple : Ana, se préparant à aller au bal masqué (nous y reviendrons), enfile un porte-jarretelles puis met sa robe argentée. Mais en sortant du bal, elle retire sa robe et paaaaf le porte-jarretelles a disparu ! Ou encore, pour vous citer un dernier exemple parmi tant d’autres, Christian revient comme s’il n’avait rien eu après un accident d’hélicoptère, il était même porté disparu mais tout va bien, il PETE LA FORME ! C’est aussi le monde des Bisounours dans lequel on gagne de l’argent facilement (et on l’étale également) grâce à un travail trop facilement obtenu. Je vous parlais un peu plus haut du jeune ami potentiellement violeur d’Ana, qui a le privilège d’exposer ses photographies dans une belle galerie d’art à son jeune âge alors que nous savons très bien que ce genre de cas reste extrêmement rare. Ana, elle, obtient par le hasard un important poste alors qu’elle débute son travail dans une maison d’édition (rachetée par… oh gros suspense de malade… CHRISTIAN GREY BORDEL !). Evidemment, niveau scène de sexe (parce qu’il faut en parler vu le sujet), comme dans le premier volet, c’est aussi cru qu’un épisode de Joséphine, Ange Gardien.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson

Je comprends la nécessité de limiter le contenu : il s’agit bien entendu d’un film commercial, le but étant de réunir un max de monde dans les salles et d’éviter une censure trop sévère. Mais on ne trouve que six pauvres courtes scènes de jambes qui n’ont rien d’excitantes. Plus on avance dans cette saga, plus on se demande vraiment où sont les fameuses scènes de SM. Encore une fois, une claque aux fesses et être vite fait attaché ne fait pas de vous des amateurs de cette sexualité dite hors-normes. Je ne vous raconte pas non plus la présence insupportable de musique pop du moment qui gâche ces scènes en question. Ce qui est encore plus navrant, c’est de constater par moments (je dis peut-être ça car je suis de nature optimiste, si si) qu’il y avait des possibilités de rendre le film un chouïa moins pire dans le sens où certaines scènes auraient pu être intéressantes si elles avaient été mieux exploitées. Je pense notamment à cette scène avec avec une ancienne soumise de Grey venue faire du mal à notre couple préféré (ou pas). Pour la calmer, Grey lui ordonne de se mettre à genoux, comme il avait certainement eu l’habitude de faire ce type de demande au pieu. C’est peut-être d’ailleurs la vraie seule scène avec un semblant de tension sexuelle (je dis bien un semblant). Au passage, cette ex-soumise en question (prénommée Leila) est la seule qui se détache un peu de ce carnage et qui a aussi un peu de potentiel même s il n’y a rien non plus de fabuleux, loin de là. Le scénario est une catastrophe, un grand vide inédit pour ma part (et pourtant j’en ai vu des films complètement vides). En clair, une fois les dix minutes passées (c’est-à-dire une fois le couple reformé), il ne se passe rien. Mais rien. Qu’est-ce qu’on s’emmerde ! On a vite fait deux histoires d’ex : d’un côté, on a une sorte de « fantôme » qui débarque et qui repart comme si elle sortait de Poudlard, de l’autre on trouve une vieille pédophile qui… fait peur (plus sa tronche que ses actes). Puis, là il y a aussi (toujours vite fait, bien entendu, ne creusons rien) une sombre histoire avec le patron pseudo sexy (un certain Jack) qui veut se taper / violer Ana (on parle toujours de la mauvaise image des femmes dans ce film, mais les hommes prennent aussi cher, ce sont forcément des tarés incapables de se tenir correctement, enfin surtout leur machin entre leurs jambes) et qui visiblement en veut aussi à Grey.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Bella Heathcote

Il n’y a concrètement pas d’intrigue dans ce film ! N’oublions pas que je suis allée voir Cinquante nuances plus sombres pour me marrer et de ce côté-là, j’ai eu ma dose de scènes et répliques involontairement hilarantes, ridicules et même inutiles Je pense notamment à la fameuse scène de bal masqué. On ne sait pas pourquoi tous ces gens sont déguisés juste pour une soirée organisée par les Grey, ça n’apporte rien. La mise en scène est totalement inexistante et on tente de cacher ce travail de cochon par des effets totalement superficiels. En effet, ce qui saute aux yeux (comme dans le premier volet) est cette lumière qui tente de nous en mettre plein la vue et cette photographie qui rend le film visuellement très lisse. Les acteurs ne peuvent pas bien jouer avec des personnages aussi insignifiants. Cela dit, suite aux carrières menées par Robert Pattinson et Kristen Stewart après Twilight, je n’ai pas envie de dire tant de saloperies que ça sur Jamie Dornan et Dakota Johnson. On ne va pas dire qu’ils jouent bien, non, ils jouent bien comme des patates, c’est un fait. Il n’y a toujours pas d’alchimie entre eux. Mais comment peuvent-ils de toute façon bien jouer avec des personnages aussi creux (même si Ana semble avoir un peu plus de personnalité par rapport au précédent volet – information à prendre tout de même avec des pincettes, surtout par rapport aux premières scènes du film) et une direction d’acteurs totalement à la ramasse ? Même une bonne actrice comme Marcia Gay Harden (décidément de plus en plus méconnaissable – et je ne vais pas m’attarder sur Kim Basinger, qui ressemble à Bogdanov) joue comme un pied. Cinquante Nuances plus sombres est sans surprise un très mauvais film mais paradoxalement il surprend par sa médiocrité qui dépasse tout ce dont on pouvait imaginer. Même pas divertissant, ce film défend en plus de ça des idées assez douteuses, voire même sexistes. Christian Grey est un psychopathe en puissance, qui est finalement plus flippant par son mode de vie au quotidien plutôt qu’au pieu. Et l’auteure du roman / le réalisateur / les scénaristes ne condamnent pas tant que ça le bonhomme puisqu’on lui donne raison de se méfier de tout le monde et de coller Anastasia. Allez, la saga est bientôt terminée…

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

La La Land

réalisé par Damien Chazelle

avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, J.K. Simmons, Rosemarie DeWitt, Finn Wittrock, Callie Hernandez, Sonoya Mizuno…

Comédie musicale, romance américaine. 2h08. 2016.

sortie française : 25 janvier 2017

lalaland

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions.
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance.
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Le deuxième long-métrage de Damien Chazelle, Whiplash, qui avait permis à J.K. Simmons (présent dans La La Land le temps de quelques scènes) de remporter l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, m’avait énormément plu, on pouvait même parler de coup de coeur. Je suis donc allée voir La La Land non pas principalement à cause du buzz (qui finit par écoeurer) et toutes les nombreuses récompenses qu’il récolte à son passage mais avant tout parce que je sais à quel point Chazelle est un jeune réalisateur ambitieux et talentueux âgé seulement de 32 ans. La La Land donne littéralement le « la » avec cette impressionnante scène d’ouverture sur une autoroute (avec Another Day of Sun). Hélas, mon enthousiasme n’a pas tenu la distance au fur et à mesure de l’histoire, construite sur un schéma saisonnier. La La Land ne manque pourtant pas de qualités. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas ce film, on doit reconnaître à Damien Chazelle et toute son équipe un travail colossal et très réfléchi. Esthétiquement et techniquement, le film est absolument époustouflant et d’une grande précision, dans lequel tout (et je n’exagère pas quand je dis « tout ») semble avoir une signification. Le jeu avec les couleurs est notamment très pertinent par rapport à l’évolution et aux pensées des personnages (je ne peux que vous inviter à regarder la vidéo pertinente du Fossoyeur de Films). Le long-métrage traite aussi de sujets universels qui pourront toucher divers spectateurs : comment réaliser ses rêves qui peuvent paraître démesurés (à l’image de l’esthétique) lorsqu’on rencontre des désillusions et des obstacles ? Un rêve professionnel est-il toujours compatible avec sa vie privée ? En fonction des choix que l’on fait à un moment de sa vie, ne finit-on pas par rêver de sa vie ? Finalement, on retrouve des thèmes communs avec le précédent long-métrage de Chazelle. Comme dans Whiplash, il y a bien cette question du sacrifice qui revient dans l’esprit des personnages. Le titre est par ailleurs assez intéressant à analyser par rapport aux thèmes mis en avant par Chazelle. Il fait référence à Los Angeles (on pourrait presque lire le titre L.A. L.A. Land) et plus généralement, il s’agit aussi d’un clin d’oeil à une expression qui désigne une situation déconnectée de la réalité.

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

La ville américaine, celle de tous les rêves qu’on peut réaliser, est donc très bien valorisée, dans le sens où elle a l’air hors du commun avec ses couleurs très pétantes et plus généralement tout semble démesuré. Mais je ne vais pas tourner du pot pendant une plombe : La La Land m’a fortement déçue (et le buzz autour a certainement accentué ma déception même si je l’aurais certainement eue). Et je suis déçue d’être déçue quand je vois de telles qualités en face de moi. Croyez-moi, je n’ai pas envie de balancer des saloperies sur ce film (même si en sortant de la salle, j’ai clairement dit que je n’avais pas du tout aimé ce film, depuis mon avis a peu évolué) parce qu’il a la cote partout (parce qu’on a l’impression que chaque année je m’amuse à être la vieille bique solo face contre tout le monde qui vénère LE film de l’année, mais non je ne suis pas comme ça). Plusieurs éléments m’ont réellement posé problème durant ma séance au point de gâcher les qualités pourtant bien présentes. Dans un premier temps, et c’est particulièrement problématique dans le cadre d’une comédie musicale, je reste assez sceptique en ce qui concerne la musique justement. Certes, j’aime vraiment certains titres (je les écoute même actuellement chez moi) : Another Day of Sun, Someone in the Crowd ou encore City of Stars (et je n’ai retenu que ceux-là, ce qui n’est pas bon signe). Mais dans le contexte du film, la musique ne m’a pas plus emballée que ça, surtout lorsque certains morceaux reviennent plus fois sans réelle variation. Ce qui m’a également déçue est la banalité de l’histoire par rapport à la forme du film. On va me dire que le 3/4 des films ont des histoires très classiques et je suis entièrement d’accord avec vous. Ce que je veux dire, c’est que selon moi la forme a priori assez spectaculaire, le choix justement de réaliser une comédie musicale, devrait nous faire « oublier » cet aspect assez classique. Or, je me suis vraiment dit en sortant de la salle « tout ça pour ça ». Après j’ai aussi conscience du projet même de Chazelle : une comédie musicale plus « réaliste » (les personnages ne dansent pas comme des balles, une grande partie du film qui ne contient pas nécessairement de scènes musicales etc…).

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Cela peut donc paraître paradoxal vu que je disais juste avant que le film avait un côté hors du commun (en tout cas visuellement). Peut-être que j’exprime mal mon idée, peut-être que je dois aussi admettre qu’il ne m’a tout simplement pas touchée. Du coup, peut-être que je me suis focalisée sur cette idée parce que le film ne parvenait tout simplement à m’emballer autant que je le souhaitais. Il faut dire que je me suis pas mal ennuyée durant ma séance. J’ai dû vérifier plusieurs fois la durée en sortant de la salle. Sincèrement, et sans exagérer, je pensais que ce long-métrage durait au moins 2h30. Or, il ne dure que deux grosses heures. Et je les ai bien senties ! En plus, pour ne rien arranger, j’ai eu l’impression que l’histoire mettait un certain temps à se mettre en place. Là encore, je respecte la démarche de Chazelle d’instaurer une démarche malgré tout à peu près réaliste (même si le film ne donne de nouveau pas cette impression via cette esthétique) dans le sens où un couple met du temps à se trouver et passe par différentes étapes (au passage, je ne suis pas d’accord avec les critiques évoquant un coup de foudre). Je pensais que le schéma saisonnier donnerait de l’élan au scénario, or je n’ai pas trouvé que c’était spécialement le cas. Le couple formé par Mia et Sebastien est mignon et même très attachant (la scène finale, qui a pu bouleverser certains spectateurs, est assez significative). Mais le film est même parfois trop concentré sur tous les deux. Ainsi, les personnages secondaires ne parviennent pas à exister alors que j’ai l’impression qu’ils avaient bien un intérêt pour appuyer certains propos (je pense notamment au rôle de la soeur, elle-même en couple). Il n’y a d’ailleurs pas que les personnages qui sont noyés par certains éléments. Je n’ai pas spécialement une grande culture en comédie musicale  mais on sent qu’il y a une voire même plusieurs références à chaque scène. J’imagine que cela a du sens pour Chazelle, toujours dans ce jeu et même cette frontière entre illusion et réalité, le cinéma et particulièrement Hollywood étant une machine à rêves. Mais au bout d’un moment, j’ai trouvé que ça envahissait l’écran, comme si Chazelle nous étalait à tout prix son savoir.

La La Land : Photo Callie Hernandez, Emma Stone, Sonoya Mizuno

Face à ce lot de reproches que je fais au film (même si encore une fois, à côté je complimente aussi d’autres éléments), je dois par contre admettre les très bonnes interprétations de Ryan Gosling et Emma Stone. Je ne m’en suis jamais cachée, j’ai toujours aimé Gosling (non, je ne suis pas une midinette, heiiiiin) et il s’en sort ici à merveille dans ce rôle de jazzman (avec son éternel air Droopy qui lui va si bien) qui semble un peu hautain mais qui a un amour profond pour la musique qu’il défend et qu’il a dans la peau. Emma Stone, c’est une histoire plus compliquée entre elle et moi. Je l’ai toujours trouvée très rafraîchissante, avec un vrai potentiel mais dans certains films, je ne vois parfois que des tics et mimiques en tout genre. Pourtant, Stone m’a ici bluffée. Elle n’a pas l’air de livrer une interprétation extraordinaire dans le sens où elle n’est finalement pas dans de la sur-performance comme on a l’habitude de le voir. Par ailleurs, elle n’a pas non plus une voix époustouflante et ne fait pas des pas impressionnants (et on peut d’ailleurs dire la même chose concernant Gosling). Pourtant, Emma Stone est juste parfaite dans le rôle de Mia. J’ai envie de dire : elle est Mia. Là encore, cela s’applique aussi à Gosling mais Emma Stone a quelque chose en elle (que ce soit physiquement ou vocalement par exemple) un mélange assez intriguant entre la modernité et une image classique de la femme des années 50, voire même 60. Surtout, pour conclure ce billet sur une note positive, il y a une vraie bonne alchimie entre Gosling et Stone, déjà présente dans leur première collaboration, la bonne surprise Crazy, Stupid, Love de John Requa et Glenn Ficarra (bon, par contre, je mets à la poubelle Gangster Squad de Ruben Fleischer qui marquait leur seconde collab’). Pour conclure, en toute honnêteté, je n’ai pas spécialement aimé La La Land et j’imagine que la masse d’excellentes critiques ne m’a certainement aidée à l’apprécier. J’aurais réellement aimé partager l’enthousiasme des fans, être touchée par cette histoire d’amour certes classique (mais pour moi, durant ma séance, juste banale) mais qui a quelque chose d’universel mais ce ne fut pas le cas malgré un magnifique couple de cinéma qui crève l’écran. Mais je ne peux que m’incliner face à cette masse de boulot qui apparaît à chaque plan.

La La Land : Photo Emma Stone

Mon Roi

réalisé par Maïwenn

avec Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel, Louis Garrel, Isild Le Besco, Patrick Raynal, Paul Hamy, Yann Goven, Chrystèle Saint-Louis Augustin, Norman Thavaud…

Drame, romance français. 2h. 2015.

sortie française : 21 octobre 2015

Movie Challenge 2017 : Un film réalisé par une femme

monroi

Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel

J’avais adoré Polisse, qui avait rencontré un joli succès en salles ainsi que le prix du jury à Cannes. Certes, il avait certainement ses défauts selon moi (faut savoir être honnête) mais il fonctionnait réellement dans le sens où il provoque diverses émotions et réflexions. En revanche, les critiques n’avaient pas été tendres avec Mon Roi, qui avait pourtant permis à son actrice principale, Emmanuelle Bercot (principalement connue pour son travail de scénariste et maintenant de réalisatrice notamment avec La Tête Haute et La Fille de Brest) de remporter le prix d’interprétation féminin (ex-aequo avec Rooney Mara pour Carol de Todd Haynes). J’avais juste remarqué que les sites / blogs / magazines féminins (voire même féministes) avaient plutôt défendu ce film. J’ai tout de même voulu voir ce que donnait ce long-métrage par pure curiosité. Hélas, les critiques cannoises avaient vu juste. Ce film n’avait rien à faire à Cannes et encore moins en compétition. Je le dis direct : il faut arrêter de voir du sexisme et de la misogynie partout (même s’il y a certainement des bouffons dans le lot, comme partout), parce qu’on ose dire que ce film n’est pas terrible. On ne dit pas qu’il est hystérique parce que c’est Maïwenn (et par extension, une réalisatrice) qui est derrière la caméra. Ni parce que le personnage principal est une femme (parce que Giorgio est dans son genre également très hystérique). Non, c’est juste une impression globale qui apparaît dès les premières minutes du film. En gros, pour Maïwenn, la passion, c’est baiser et se hurler dessus. Tout est noir ou blanc avec elle. Il n’y a aucune analyse ou réflexion pertinente. Le scénario se limite alors au schéma suivant : rencontre, baise, dispute, réconciliation (au pieu ou ailleurs d’ailleurs), dispute (avec hurlement comme toujours), grossesse, séparation, accouchement, réconciliation, dispute, divorce, baise, dispute. Et le film dure deux bonnes heures, bon sang ! Je vous assure qu’il m’a paru très long et répétitif. En plus, je déteste ces films qui enchaînent les scènes se déroulant sur plusieurs années (ici dix ans) comme on zapperait de chaîne à la télé.

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel

Je comprends que Maïwenn ne pouvait pas tout montrer de la vie de ce couple en deux heures, il fallait bien sélectionner certains événements qui sembleraient importants dans la construction et déconstruction de leur amour mais la sélection faite par la réalisatrice semble extrêmement réductrice. On observe aussi quelques indices pour montrer l’évolution (notamment physique) des personnages mais les ellipses sont pour moi mal gérées : t’as vraiment l’impression qu’on te balance les différentes scènes un peu n’importe comment, une sorte de best of (enfin, best, pas toujours) de leur vie épuisante. Le montage qui se concentre alors sur certains événements de la vie de Tony et Giorgio (qui n’est pas pour moi, contrairement à ce que j’ai lu, un pervers narcissique, juste un bouffon ou un connard pour moi, n’utilisons pas des termes scientifiques pour si peu) prouve encore plus à quel point Maïwenn ne maîtrise pas bien son sujet, qu’elle se laisse déborder, un peu comme ses personnages par leurs émotions. Enfin, la réalisatrice va nous sortir que son film est sur l’addiction (ici amoureuse / affective). Cela ne justifie pas tout au bout d’un moment, même si je ne nie pas que certaines relations puissent être destructrices. Tout est absolument grossier et creux. Même les significations plus psychologiques manquent cruellement de subtilités et de réelle recherche. Certes, dans Polisse, il y en avait déjà qui n’était pas d’une grande finesse (je dois l’admettre, même en ayant aimé le film). Mais ça restait tout de même un minimum pertinent. Là, dès les premières minutes du film, lorsqu’on découvre l’héroïne dans un centre de rétablissement suite à son accident de ski, on comprend à quel point ce qu’on va voir sera lourdingue. Par exemple, pour bien expliquer la démarche aux spectateurs, visiblement des demeurés, la psy demande pourquoi Tony s’est blessée au genou et par ailleurs : parce que genou, ça fait aussi « je-nous ». Elle et son couple. Boudi, ça part mal. L’accident de ski, là aussi, grosse métaphore de malade : il faut que Tony se relève littéralement après son histoire d’amour passionnelle et compliquée. Tony traîne aussi avec une bande de jeunes kékés alors qu’elle a quarante balais. Là encore quelle subtilité !

Mon Roi : Photo Isild Le Besco, Louis Garrel, Vincent Cassel

Allez, dernier exemple, juste pour qu’on s’éclate un peu : Tony (prénom / surnom cliché, à l’image de Giorgio, t’as l’impression d’être dans Confessions intimes) s’appelle en réalité Marie-Antoinette. Vous comprenez, à cause de Giorgio, son « roi » (des connards), elle en perdrait la tête ! Niveau prénom, Maïwenn n’a épargné personne, le môme de ce couple de hurleurs se prénommant Sinbad, vous avez bien lu, Sinbad (je m’excuse si des Sinbad me lisent). Que reste-t-il alors (un minimum) de ce que j’ai vu ? La mise en scène reste malgré tout assez correcte même si elle tombe parfois dans l’hystérie, à l’image de tout ce qu’il y a de présent à l’écran. Mais je dois avouer que ce n’est pas le pire, par rapport à tout ce qu’il y a d’horribles dans ce film. De plus, même si cela ne sauve pas en rien le film, les interprétations restent assez bonnes alors que les acteurs ne sont certainement pas aidés par le scénario et le peu de consistance des personnages. Certes, Emmanuelle Bercot ne mérite pas pour moi son prix d’interprétation cannois, assez excessif (j’ai envie de dire, comme le film). Elle passe beaucoup de temps à hurler, pleurer et tout ça : c’est un fait. Cela dit, je m’attendais tout de même à pire. On sent qu’elle est concernée par son personnage, elle livre étrangement une interprétation assez sincère et convaincante. Encore une fois, vu le contexte, je ne peux pas lui jeter des pierres. Avec un scénario mieux écrit, je suis certaine qu’elle aurait encore mieux jouer même si c’est déjà le cas. Vincent Cassel s’en sort également bien même s’il cabotine et qu’il joue ce genre de rôles depuis une plombe (il y a des fois où ça m’exaspère). Bref, il n’y a pas de subtilités dans le jeu de Bercot ni dans celui de Cassel, on est forcément dans quelque chose d’excessif mais les acteurs sont au moins dans ce qu’on leur demande et on peut tout de même se dire qu’ils sont crédibles. Même le couple qu’il forme à l’écran reste malgré tout crédible. Dans les seconds rôles, on notera la très bonne performance de Louis Garrel, qui fait preuve d’un naturel et d’un humour (oui, il est drôle, quel scoop !) qui fait du bien à cet ensemble pas toujours très digeste.

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot

Allez pour le plaisir, des extraits de mon live-tweet (cliquez sur les vignettes pour agrandir).

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Nocturnal Animals

réalisé par Tom Ford

avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson, Isla Fisher, Ellie Bamber, Armie Hammer, Karl Glusman, Laura Linney, Andrea Riseborough, Michael Sheen, Jena Malone…

Drame, thriller américain. 1h57. 2016.

sortie française : 4 janvier 2017

Movie Challenge 2017 : Un film sorti cette année

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Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’oeuvre qui lui est dédicacée…

Nocturnal Animals : Photo Amy Adams

Sept ans après le formidable A Single Man (qui était déjà une adaptation de roman), le styliste Tom Ford adapte le roman d’Austin Wright, Tony and Susan, paru en 1993. Tony et Susan sont effectivement les personnages principaux de Nocturnal Animals. Enfin, oui et non. Ils sont bien les personnages du film de Ford qui a remporté le Lion d’argent – Grand prix du jury à la Mostra de Venise en 2016. Mais Tony est surtout le personnage du roman d’un des personnages du fillm (Edward) qui s’intitule donc aussi Nocturnal Animals. Le long-métrage de Tom Ford est donc une fiction dans la fiction : Edward envoie le manuscrit en question à son ex-femme, Susan, une artiste cynique qui subit les infidélités de son mari actuel. En découvrant le texte d’Edward, Susan se sent nostalgique et se rend compte à quel point elle n’a pas fait le bon choix en laissant son premier mari tomber de la pire des manières. Elle veut même le revoir suite à la lecture de ce roman. Tom Ford joue alors sur trois temporalités : le présent avec Susan qui lit le roman, le passé montrant comment Susan s’est mise en couple avec Edward puis comment elle la détruit et enfin il y a évidemment la temporalité même du roman. Sur le papier, cela peut paraître compliqué mais à l’écran on comprend a priori facilement et rapidement. Beaucoup de réalisateurs auraient pu rendre le long-métrage inaccessible, ce n’est pas le cas chez Tom Ford. J’avais beau connaître (et aimer) son travail sur A Single Man (on y pense d’ailleurs par moments en regardant ce deuxième long), je redoutais le manque de compréhension. Or, c’est étonnamment compréhensible au premier abord. Si on isole le roman, ce dernier est très simple par rapport à ce qu’on attend d’un polar traditionnel : une histoire de vengeance comme on a l’habitude de voir, au Texas (l’endroit typique pour avoir des embrouilles dans un roman policier), avec un flic et des méchants stéréotypés. Surtout, en avançant dans le film, on comprend aussi aisément les liens entre le roman et la vie vécue par l’ancien couple formé par Edward et Susan. La mise en scène et plus généralement l’esthétique du film sont très visuelles, pourtant étonnamment rien n’est jamais lourd. Et c’est par ces procédés que Tom Ford parvient à donner une sorte de subtilité à la complexité de son oeuvre.

Nocturnal Animals : Photo Jake Gyllenhaal

Son apparente facilité d’accès prouve déjà selon moi une des grandes qualités de Nocturnal Animals (on pouvait s’attendre à un film hautain, ce n’est pas le cas). On comprend a priori ce qu’on voit à l’écran dans les grandes lignes mais en même temps le spectateur est face à des interrogations ou plutôt à son sens de l’interprétation. Chaque oeuvre, que ce soit un film (l’oeuvre de Ford), un roman (celui d’Edward), une peinture ou une oeuvre étrange (le travail de Susan) dans une exposition artistique (je reviendrai sur la scène d’ouverture) mérite d’être décortiquée ou interprétée en fonction de sa propre expérience et de son propre ressenti. L’art est alors évidemment un des thèmes les plus importants de ce deuxième long-métrage de Tom Ford. L’art est quelque chose qui se vit littéralement : la scène où elle entend les battements de coeur de Tony est particulièrement frappante. Surtout, plus globalement, étant donné qu’on est face à une fiction dans la fiction, l’art peut aussi avoir pour mission de revivre certains événements ou en tout cas de la modifier, de la remodeler et d’imaginer la personne qu’on a envie d’être ou que l’Autre imagine que vous soyez. Cela vaut aussi bien pour l’auteur (Edward) que pour le lecteur concerné (Susan). Le film de Tom Ford se démarque aussi par son sens de l’esthétique, devenant ainsi lui-même une ode à l’art. Il parvient par cet esthétique à servir le scénario et les tourments des personnages. La première scène, qui a visiblement « choqué » ou perturbé certains spectateurs, présente des femmes obèses pratiquement nues et très à l’aise avec leur corps. On s’aperçoit alors juste après que ces femmes en question, également allongées sur des tables, font partie de l’exposition artistique de Susan. Possiblement une référence à des oeuvres artistiques appartenant au mouvement hyperréaliste, ce générique a le mérite de créer un malaise en mettant en avant littéralement l’opulence surtout par rapport à l’existence vide de Susan.

Nocturnal Animals : Photo Amy Adams

Un dernier thème phare de Nocturnal Animals est la vengeance. Il y a donc d’un côté la vengeance de Tony dans le roman qui est davantage plus concrète et terre-à-terre, et surtout plus compréhensible pour le spectateur qui compatira avec le personnage. De l’autre, sans révéler la fin, il y a bien la vengeance d’Edward qui fait finalement plus mal mais qui peut aussi partager le spectateur (la réaction du personnage étant plus lâche). Finalement, et c’est d’ailleurs là où le film devient encore plus complexe que prévu (même s’il l’est déjà tout court), c’est que nous ne sommes plus sûrs en avançant qu’Edward parle uniquement de lui et de son ressenti sur sa relation avec Susan à travers le personnage de Tony : on peut aussi penser que Tony est aussi en quelque sorte Susan. Les différents processus mis en place permettent de rendre ce film très troublant. Même le choix des acteurs n’est pas anodin. Jake Gyllenhaal interprète deux personnages (donc les fameux Edward et Tony) tandis qu’Isla Fisher interprète l’épouse de Tony : on comprend aisément qu’elle représente Susan (Amy Adams). Il faut aussi prendre en compte les plans où, de dos, on ne sait plus s’il s’agit de Laura, India ou Susan. Enfin, le dernier grand thème à dégager est certainement celui des apparences. Evidemment, c’est un thème qu’on peut vite percevoir à travers l’existence de Susan. Elles ont été à l’origine de la destruction du couple Susan-Edward ainsi que celle de la famille de Tony. On se pose même la question suivante : Ray était-il de base un monstre ou l’est-il devenu parce que les Hastings l’ont jugé ainsi à son apparence ? Nocturnal Animals est pour moi un véritable bijou, extrêmement envoûtant, brillant et bien pensé de A à Z. Pour couronner le tout, le film bénéficie d’une très belle distribution. Amy Adams est certes peu présente techniquement parlant et pourtant tout est fait pour qu’on pense sans cesse à elle tout le long. Jake Gyllenhaal (décidément, il choisit de mieux en mieux ses rôles) est également remarquable, surtout en tenant deux rôles. Michael Shannon, en flic certes volontairement stéréotypé mais attachant, est comme d’habitude formidable. Enfin, la bonne surprise de ce casting (même si encore une fois tout le casting est excellent) est certainement Aaron Taylor-Johnson, très justement récompensé par le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle.

aaron

Bègue

réalisé par Benjamin Cleary

avec Matthew Needham, Chloe Pirrie, Eric Richard, Richard Mason…

titre original : Stutterer

Drame britannique, irlandais. 12 mn. 2015.

Disponible légalement et gratuitement sur le replay d’Arte jusqu’au 14 mars 2017

⇒ICI⇐

stutterer

Typographe solitaire, Greenwood est victime d’importants troubles d’élocutions. Quand Elie, avec qui il échange sur internet depuis plusieurs mois lui propose de le rencontrer, il se retrouve face à sa plus grande angoisse.

Bègue : Photo

Je vous propose une petite chronique improvisée pour un film qui en vaut la peine et que vous pouvez regarder gratuitement jusqu’en mars prochain sur le site d’Arte replay comme je l’explique sous le descriptif. Bref, c’est en quelque sorte mon petit cadeau de fin d’année.

J’en profite pour vous souhaitez une excellente année et vous remercie tous pour votre fidélité qui me touche et me booste chaque jour. Le 1er janvier, je vous remercierai encore et je vous proposerai le top et flop 10 de 2016. Et n’oubliez pas, le 2 janvier, la nouvelle liste du Movie Challenge sera publiée sur le blog ! Petite précision aussi pour le mois de janvier pour ceux qui auraient raté quelques infos : je me focaliserai sur les quatre dernières critiques du Movie Challenge 2016 (La Déchirure, Avanti, Hard Day et Kill your darlings) et tenterai d’écrire quelques chroniques de films sortis cette année (avant de commencer la nouvelle) : The Nice Guys et Les Animaux Fantastiques en priorité). Bref, j’ai pas mal de boulot en janvier !

Stutterer ou Bègue dans sa version française a remporté l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction en 2016 (vous savez, cette fameuse catégorie dont on ne préoccupe pas réellement durant cette soirée). Comme beaucoup de gens voire même de cinéphiles, je ne prends pas toujours le temps de découvrir des courts-métrages, ce qui est un tort, je dois bien l’admettre (parce que le court-métrage n’est pas un sous-film). Le court-métrage est toujours un bon moyen pour un réalisateur de se lancer, de bâtir sa filmographie et surtout de se faire connaître. Je croise alors les doigts pour le jeune réalisateur irlandais Benjamin Cleary qui prouve ici qu’il possède un réel talent. J’espère qu’il continuera sa carrière et qu’il réalisera un de ces jours un long-métrage, je suis persuadée qu’il en est capable même s’il s’agit d’un exercice différent. Stutterer est donc un court-métrage de douze minutes suivant Greenwood, un jeune bègue (jusque-là, aucune surprise, puisque le titre nous l’indique) qui rencontre des difficultés au quotidien à cause de son handicap. Il discute en ligne depuis six mois avec une charmante jeune fille, cette dernière lui proposant alors de se voir physiquement pour de bon. En douze minutes, la question se pose : Greenwood va-t-il avoir le courage de se rendre à ce rendez-vous et de pouvoir sortir de sa solitude ? Ou au contraire, est-ce que son handicap va-t-il le bloquer et l’empêcher d’établir une belle relation possible ? En peu de temps, grâce à une mise en scène particulièrement efficace et de tout un lot d’arguments solides, Benjamin Cleary parvient à saisir toutes les difficultés vécues par un bègue au quotidien. Le réalisateur dit qu’il s’est d’ailleurs inspiré d’un ami bègue, lui racontant tout un lot d’anecdotes. Ainsi, cette manifestation est autant extérieure qu’intérieure. Extérieure parce qu’on est face à un jeune homme incapable de s’exprimer clairement dans la vie de tous les jours, même pour demander un simple renseignement concernant une de ses factures. Intérieure, parce que s’il ne peut pas s’exprimer en public, Greenwood entend dans son esprit sa voix, celle qu’il aimerait faire entendre aux autres s’il avait la possibilité de s’exprimer comme il le souhaiterait. Il ne s’agit pas uniquement de paroles qu’il aimerait prononcer. Ce désir de paroles se mélange aussi aux pensées du personnage principal. On retrouve alors un montage particulièrement astucieux entre la voix-off, les dialogues dans la réalité du personnage et les images. La photographie et le jeu de lumière sont également remarquables. Au-delà d’un formidable travail technique, le film parvient aussi à combiner en peu de temps tout une gamme d’émotions. On ressent la solitude de Greenwood, sa mélancolie, mais aussi ses quelques moments d’espoir. Le film aurait pu être déprimant. Tout en prenant en compte cette mélancolie, Stutterer est pourtant un court-métrage d’une réelle fraîche, avec quelques touches d’humour très efficaces. Enfin, je dois vraiment souligner les excellentes interprétations des deux acteurs principaux. Matthew Needham (je ne sais pas pourquoi mais il m’a fait penser à Ben Whishaw !), apparu dans la série Casualty ou dans Sherlock et surtout au théâtre, est formidable dans le rôle de ce garçon très attachant qui mériterait de sortir de sa coquille. J’espère vraiment revoir cet acteur dans des films et séries plus exposées, on sent qu’il a du talent ! Sa partenaire Chloe Pirrie, une jeune actrice écossaise vue dans Youth de Paolo Sorrentino ou encore dans la série Brief Enconters, fait preuve d’une grande fraîcheur (on peut comprendre que Greenwood puisse être sous son charme).

Bègue : Photo

Equals

réalisé par Drake Doremus

avec Nicholas Hoult, Kristen Stewart, Guy Pearce, Jacki Weaver, Kate Lyn Sheil, Aurora Perrineau, Toby Huss, Scott Lawrence…

Film de science-fiction, romance américain. 1h40. 2015.

sortie française : 20 décembre 2016

equals

Dans un monde où les sentiments sont considérés comme une maladie à éradiquer, Nia et Silas tombent éperdument amoureux. Pour survivre, ils devront cacher leur amour et résister ensemble.

Equals : Photo Kristen Stewart, Nicholas Hoult

Encore un film sorti directement en e-cinema (c’est décidément la nouvelle tendance…), ça commence à m’énerver et à me faire peur concernant l’avenir du cinéma. Surtout que ce Equals ne méritait vraiment pas un tel sort. Décidément, les films de Drake Doremus, réalisateur de Like Crazy (avec le regretté Anton Yelchin) et Breathe In (pas encore vu), ne parviennent pas à trouver leur place dans les salles françaises ce qui est regrettable. Je n’attendais pourtant rien de ce film – je ne sais pas pourquoi mais je faisais une sorte de rapprochement avec Perfect Sense de David MacKenzie (et qui m’a fortement déplu). La science-fiction est pour moi un genre casse-gueule (même si j’aime un certain nombre d’oeuvres de SF) dans le sens où, personnellement, j’ai toujours besoin d’un minimum de précision et d’information (pourtant je ne prétends pas être une experte scientifique) même lorsque ce genre en question ne sert que de prétexte au récit. On est plus ou moins dans ce même cas dans Equals : la science-fiction est un moyen de rendre le scénario de Nathan Parker (scénariste de l’excellent Moon de Duncan Jones) plus crédible tout en créant une ambiance glaçante. Certes, j’ai tout de même trouvé que le scénario, par rapport à son contexte de science-fiction, aurait pu être un peu plus dessiné, plus précis me semble-t-il (après encore une fois, c’est peut-être moi qui me complique la vie). Cela dit, l’histoire en elle-même m’a emportée. Certes, elle est plutôt simple et est même assez universelle : elle présente une histoire d’amour impossible et interdite dans un monde où les sentiments et l’amour sont bannis. On pourra évidemment faire des rapprochements avec certains événements historiques. Bref, le monde présenté n’a rien de nouveau lorsqu’on connait plus ou moins les codes de la science-fiction : il s’agit d’un monde froid, tout en blanc, où tout semble figé. On a beau connaître ce motif typique de la SF, là encore il ne s’agit pas d’une barrière puisque l’histoire fonctionne et qu’on s’attache rapidement aux personnages (pourtant on ne connait pas grand chose sur eux) qui veulent vivre leurs vies avec son lot d’émotions, avec ses hauts et ses bas. Le pari était tout de même risqué : étant donné qu’on est dans un univers froid, aseptisé et sans émotion (en dépit d’un petit groupe de personnages résistant contre ces règles), le film aurait pu être sans émotion (c’est comme filmer un film sur l’ennui sans être chiant : c’est pas évident). Heureusement, à l’image des personnages principaux, on ressent beaucoup d’émotions : je suis clairement sortie de ce film assez émue.

Equals : Photo Kristen Stewart

Les rebondissements ne sont également pas « dingues » (dans le sens où le schéma narratif reste assez classique) mais encore une fois, et c’est le principal : ils fonctionnent. Son classicisme et son apparente froideur n’empêchent alors pas de créer une ambiance et de l’émotion. Ainsi, le film est également assez sensuel. Les scènes d’amour ne sont jamais gratuites, il y a même une certaine beauté dans ces scènes en question et même – quitte à me répéter – encore une fois quelque chose de bouleversant. Il n’y a également jamais de mièvrerie. Au-delà de choix pertinents concernant les décors et la photographie, la mise en scène est plutôt bonne et d’une grande efficacité tout en gardant une certaine sensibilité (de ce que je connais de Drake Doremus, il y a eu de sacrés progrès de ce côté-là et une ambition davantage affichée). Le travail de mise en scène est d’autant plus intéressant dans le cadre d’un huis clos. J’ai également beaucoup aimé la bande-originale signée par Dustin O’Halloran (à l’origine des BO des précédents films de Drake Doremus) et Sascha Ring (compositeur des films Les Chevaliers Blancs de Joachim Lafosse et Leopardi : Il Giovane Favoloso de Mario Martone). Certes, on entend surtout le même thème (ou encore des thèmes similaires) mais cette musique est très envoûtante et met bien en relief l’ambiance générale du film et les sentiments des personnages. Le rythme n’est pas nécessairement rapide, pourtant je ne me suis pas ennuyée. Il faut dire que le film dépasse à peine les 1h30 et que les différents rebondissements sont bien répartis. Surtout les acteurs sont vraiment impeccables. Même les gens qui n’aiment pas plus que ça Kristen Stewart d’habitude (j’en fais partie – même si je reconnais qu’elle choisit de mieux en mieux ses films et qu’on voit de plus en plus ce dont elle est réellement capable) pourraient être surpris par sa performance ! Le couple qu’elle forme avec Nicholas Hoult (un acteur dont j’ai toujours apprécié) est très touchant, on sent réellement l’alchimie entre les deux personnages. Enfin, les seconds rôles (notamment aux australiens Guy Pearce – déjà dans Breathe In – et Jacki Weaver), sont également plutôt bons. Equals est donc la bonne surprise de cette fin d’année qui parvient merveilleusement à mêler une forme froide aux tons glaciaux (avec une dominance pour le blanc et le bleu) et des personnages dans une relation intense et chaleureuse. Il est d’une grande humanité, dans lequel les émotions sont indispensables pour se sentir vivant.

Equals : Photo Kristen Stewart