Equals

réalisé par Drake Doremus

avec Nicholas Hoult, Kristen Stewart, Guy Pearce, Jacki Weaver, Kate Lyn Sheil, Aurora Perrineau, Toby Huss, Scott Lawrence…

Film de science-fiction, romance américain. 1h40. 2015.

sortie française : 20 décembre 2016

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Dans un monde où les sentiments sont considérés comme une maladie à éradiquer, Nia et Silas tombent éperdument amoureux. Pour survivre, ils devront cacher leur amour et résister ensemble.

Equals : Photo Kristen Stewart, Nicholas Hoult

Encore un film sorti directement en e-cinema (c’est décidément la nouvelle tendance…), ça commence à m’énerver et à me faire peur concernant l’avenir du cinéma. Surtout que ce Equals ne méritait vraiment pas un tel sort. Décidément, les films de Drake Doremus, réalisateur de Like Crazy (avec le regretté Anton Yelchin) et Breathe In (pas encore vu), ne parviennent pas à trouver leur place dans les salles françaises ce qui est regrettable. Je n’attendais pourtant rien de ce film – je ne sais pas pourquoi mais je faisais une sorte de rapprochement avec Perfect Sense de David MacKenzie (et qui m’a fortement déplu). La science-fiction est pour moi un genre casse-gueule (même si j’aime un certain nombre d’oeuvres de SF) dans le sens où, personnellement, j’ai toujours besoin d’un minimum de précision et d’information (pourtant je ne prétends pas être une experte scientifique) même lorsque ce genre en question ne sert que de prétexte au récit. On est plus ou moins dans ce même cas dans Equals : la science-fiction est un moyen de rendre le scénario de Nathan Parker (scénariste de l’excellent Moon de Duncan Jones) plus crédible tout en créant une ambiance glaçante. Certes, j’ai tout de même trouvé que le scénario, par rapport à son contexte de science-fiction, aurait pu être un peu plus dessiné, plus précis me semble-t-il (après encore une fois, c’est peut-être moi qui me complique la vie). Cela dit, l’histoire en elle-même m’a emportée. Certes, elle est plutôt simple et est même assez universelle : elle présente une histoire d’amour impossible et interdite dans un monde où les sentiments et l’amour sont bannis. On pourra évidemment faire des rapprochements avec certains événements historiques. Bref, le monde présenté n’a rien de nouveau lorsqu’on connait plus ou moins les codes de la science-fiction : il s’agit d’un monde froid, tout en blanc, où tout semble figé. On a beau connaître ce motif typique de la SF, là encore il ne s’agit pas d’une barrière puisque l’histoire fonctionne et qu’on s’attache rapidement aux personnages (pourtant on ne connait pas grand chose sur eux) qui veulent vivre leurs vies avec son lot d’émotions, avec ses hauts et ses bas. Le pari était tout de même risqué : étant donné qu’on est dans un univers froid, aseptisé et sans émotion (en dépit d’un petit groupe de personnages résistant contre ces règles), le film aurait pu être sans émotion (c’est comme filmer un film sur l’ennui sans être chiant : c’est pas évident). Heureusement, à l’image des personnages principaux, on ressent beaucoup d’émotions : je suis clairement sortie de ce film assez émue.

Equals : Photo Kristen Stewart

Les rebondissements ne sont également pas « dingues » (dans le sens où le schéma narratif reste assez classique) mais encore une fois, et c’est le principal : ils fonctionnent. Son classicisme et son apparente froideur n’empêchent alors pas de créer une ambiance et de l’émotion. Ainsi, le film est également assez sensuel. Les scènes d’amour ne sont jamais gratuites, il y a même une certaine beauté dans ces scènes en question et même – quitte à me répéter – encore une fois quelque chose de bouleversant. Il n’y a également jamais de mièvrerie. Au-delà de choix pertinents concernant les décors et la photographie, la mise en scène est plutôt bonne et d’une grande efficacité tout en gardant une certaine sensibilité (de ce que je connais de Drake Doremus, il y a eu de sacrés progrès de ce côté-là et une ambition davantage affichée). Le travail de mise en scène est d’autant plus intéressant dans le cadre d’un huis clos. J’ai également beaucoup aimé la bande-originale signée par Dustin O’Halloran (à l’origine des BO des précédents films de Drake Doremus) et Sascha Ring (compositeur des films Les Chevaliers Blancs de Joachim Lafosse et Leopardi : Il Giovane Favoloso de Mario Martone). Certes, on entend surtout le même thème (ou encore des thèmes similaires) mais cette musique est très envoûtante et met bien en relief l’ambiance générale du film et les sentiments des personnages. Le rythme n’est pas nécessairement rapide, pourtant je ne me suis pas ennuyée. Il faut dire que le film dépasse à peine les 1h30 et que les différents rebondissements sont bien répartis. Surtout les acteurs sont vraiment impeccables. Même les gens qui n’aiment pas plus que ça Kristen Stewart d’habitude (j’en fais partie – même si je reconnais qu’elle choisit de mieux en mieux ses films et qu’on voit de plus en plus ce dont elle est réellement capable) pourraient être surpris par sa performance ! Le couple qu’elle forme avec Nicholas Hoult (un acteur dont j’ai toujours apprécié) est très touchant, on sent réellement l’alchimie entre les deux personnages. Enfin, les seconds rôles (notamment aux australiens Guy Pearce – déjà dans Breathe In – et Jacki Weaver), sont également plutôt bons. Equals est donc la bonne surprise de cette fin d’année qui parvient merveilleusement à mêler une forme froide aux tons glaciaux (avec une dominance pour le blanc et le bleu) et des personnages dans une relation intense et chaleureuse. Il est d’une grande humanité, dans lequel les émotions sont indispensables pour se sentir vivant.

Equals : Photo Kristen Stewart

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Avant toi / Un homme à la hauteur

Avant toi

réalisé par Thea Sharrock

avec Emilia Clarke, Sam Claflin, Janet McTeer, Charles Dance, Matthew Lewis, Brendan Coyle, Jenna Coleman, Vanessa Kirby, Joanna Lumley…

titre original : Me Before You

Comédie dramatique, romance britannique, américain. 1h50. 2016.

sortie française : 22 juin 2016

avantoi

Une charmante petite ville de l’Angleterre rurale. Si elle est originale et artiste dans l’âme, Louisa « Lou » Clark, 26 ans, n’a aucune ambition particulière. Elle se contente d’enchaîner les boulots pour permettre à ses proches de joindre les deux bouts.
Jeune et riche banquier, Will Traynor était un garçon plein d’audace et d’optimisme jusqu’à ce qu’il se retrouve paralysé, suite à un accident survenu deux ans plus tôt. Devenu cynique, il a renoncé à tout et n’est plus que l’ombre de lui-même.
Autant dire que ces deux-là auraient pu ne jamais se rencontrer. Mais lorsque Lou accepte de travailler comme aide-soignante auprès de Will, elle est bien décidée à lui redonner goût à la vie. Et peu à peu, les deux jeunes gens s’éprennent passionnément l’un de l’autre. La force de leur amour pourra-t-elle survivre à leur destin qui semble inexorable ?

Avant toi : Photo Emilia Clarke

Avant toi est l’adaptation du roman à succès du même nom, écrit par Jojo Moyes, ici scénariste. La sortie du film (je ne crois pas que le livre ait soulevé un quelconque problème) a suscité une petite polémique de la part de certaines associations défendant la cause des handicapés : Will Traynor, le personnage très lourdement handicapé suite à un accident, souhaite mourir. Certains y auraient donc vu un message négatif à l’égard des handicapés, qui ne pourraient donc pas vivre à cause de leur maladie. Je comprends tout à fait la colère de ces handicapés qui se battent tous les jours pour avancer et faire des choses certainement inimaginables pour nous qui n’avons pas de problèmes physiques. Cela dit, sans vouloir défendre bêtement ce film, ce point ne m’a pas plus traversé que l’esprit en le regardant. J’y ai plus vu un moyen de parler de l’euthanasie (dans le film, le garçon en question n’est pas un simple handicapé, on voit clairement sa souffrance et les médecins précisent aussi que sa santé est en jeu). Certes, je dis pas que le film est d’une immense profondeur mais il veut déjà ouvrir un certain débat, donner un message positif (oui, oui !) sur un sujet assez lourd avec un ton plutôt léger. On ne va pas se mentir, on est dans la même veine qu’une autre adaptation de roman à succès, Nos étoiles contraires de Josh Boone. Cela dit, même s’il est tire-larmes (non, je n’ai pas pleuré, non je ne suis pas un monstre), Avant toi m’a tout de même davantage parlé – peut-être parce que l’héroïne a grosso modo mon âge, que je m’habille aussi bizarrement qu’elle et que je me suis aussi posée les même questions. Il n’y a pas un travail fou côté mise en scène mais pour ce qu’on demande et ce qu’on attend, ça passe à peu près. Le scénario est évidemment assez prévisible mais l’histoire m’a tout de même plutôt plu, on ne s’ennuie pas malgré tout. Les personnages sont assez attachants et plutôt bien incarnés, en plus par deux stars de saga. La première, Emilia Clarke, interprète la pétillante Lou. Ca fait du bien de la voir dans un rôle plus frais que celui qu’elle tient dans Game of Thrones. Cela dit, la madame a un sérieux problème avec ses sourcils qui bougent dans tous les sens ! Son partenaire de Hunger Games, Sam Claflin, s’en sort également très mieux en évitant notamment de tomber dans la surenchère. Les seconds rôles (on retrouvera notamment un certain Matthew Lewis – coucou Neville Londubat !) complètement plutôt bien la distribution. La question qu’on peut désormais se poser est la suivante : la suite, Après toi, verra-t-elle le jour ? Sans dire que je me battrais pour aller le voir, je ne suis pas du tout contre cette idée.

Avant toi : Photo Emilia Clarke, Sam Claflin


Un homme à la hauteur

réalisé par Laurent Tirard

avec Jean Dujardin, Virginie Efira, Cédric Kahn, César Domboy, Stéphanie Papanian, François-Dominique Blin, Manöelle Gaillard, Bruno Gomila, Eric Berger…

Comédie romantique française. 1h40. 2016.

sortie française : 4 mai 2016

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Diane est une belle femme. Une très belle femme. Brillante avocate, elle a de l’humour et une forte personnalité. Et comme elle vient de mettre un terme à un mariage qui ne la rendait pas heureuse, la voilà enfin libre de rencontrer l’homme de sa vie. Le hasard n’existant pas, Diane reçoit le coup de fil d’un certain Alexandre, qui a retrouvé le portable qu’elle avait égaré. Très vite, quelque chose se passe lors de cette conversation téléphonique. Alexandre est courtois, drôle, visiblement cultivé… Diane est sous le charme. Un rendez-vous est rapidement fixé. Mais la rencontre ne se passe pas du tout comme prévu…

Un homme à la hauteur : Photo Jean Dujardin, Virginie Efira

Laurent Tirard aime décidément les petits ! Réalisateur du Petit Nicolas et de sa suite, il s’attaque au remake du film argentin Corazón de León réalisé par Marcos Carnevale en 2014, avec Guillermo Fracella (vu dans El Clan de Pablo Trapero et Dans ses yeux de Juan José Campanella). Ce long-métrage n’est jamais sorti en France mais je serais curieuse de voir ce qu’il vaut ! Jean Dujardin reprend alors le rôle tenu par Fracella. Oui, il joue bien le rôle d’un homme de petite taille. Pour créer cette illusion, plusieurs techniques ont été déployées, c’est-à-dire qu’on se retrouve face à un mélange numérique et « artisanal ». Je suis vraiment partagée sur le résultat. Sur certaines scènes, j’étais vraiment impressionnée par le résultat. En revanche, sur d’autres, j’étais trop focalisée sur le trucage. On pourra toujours débattre sur la question suivante : aurait-on pu mettre à la place un véritable petit acteur au lieu de procéder à tout ce trucage ? Nous savons bien que d’un point de vue strictement commercial, c’est compliqué ! L’histoire en elle-même est sympathique même si elle n’échappe pas au schéma éternel et pas toujours folichon de la comédie romantique (on n’échappe également pas à quelques moments de niaiserie durant la seconde partie). De plus, il faut avouer qu’on se pose quelques questions par rapport au statut social d’Alexandre. Alexandre a beau être quelqu’un de très charmant (dans tous les sens du terme), on peut comprendre que Diane soit séduite par cet homme. Cela dit, Alexandre réussit à séduire sa dulcinée en réalisant des actions qui coûtent de l’argent et qui ne sont pas donc à la portée de tous. Diane aurait-elle pu être séduite par un homme de cette même taille et les autres critères physiques qui vont avec (parce qu’Alexandre a quand même des atouts « malgré » sa petite taille : plutôt belle gueule, pas gros ni gringalet : c’est d’ailleurs presque le souci des effets spéciaux dans le sens où on voit qu’il s’agit d’un corps ne souffrant pas de problème de taille) mais qui n’aurait pas eu le même compte en banque ? Je ne sais pas. Du coup, je ne sais pas si ce choix est volontaire – et pourrait donc avoir une signification par rapport à ce que voulait dire le réalisateur – ou s’il s’agit d’une réelle maladresse. En tout cas, le couple formé par Jean Dujardin et Virginie Efira (cette dernière étant désormais une habituée des comédies romantiques) fait des étincelles. Pour conclure, Un homme à la hauteur est une sympathie comédie romantique certes pas révolutionnaire, notamment dans son traitement sur la différence et le regard des autres, mais qui fonctionne plutôt bien.

Un homme à la hauteur : Photo Jean Dujardin, Virginie Efira

Les Enfants du Paradis / Les Hauts de Hurlevent (1939)

Les Enfants du Paradis

réalisé par Marcel Carné

avec Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Maria Casares…

Drame, romance français. 3h. 1945.

sortie française : 15 mars 1945

Movie Challenge 2016 : Un film français

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Paris, 1828. Sur le boulevard du Crime, au milieu de la foule, des acteurs et des bateleurs, le mime Baptiste Deburau, par son témoignage muet, sauve Garance d’une erreur judiciaire. C’est ici que commencent les amours contrariées de Garance, femme libre et audacieuse, et de Baptiste qu’elle intimide et qui n’ose lui déclarer sa flamme. Mais aussi ceux de Nathalie, la fille du directeur du théâtre, qui aime Baptiste, et Frédérick Lemaître, un jeune acteur prometteur, qui entame une liaison avec Garance, tandis que cette dernière aime aussi Baptiste en secret.

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Les Enfants du Paradis, considéré par un grand nombre de cinéphiles et de critiques comme un des chefs-d’oeuvre indispensables à regarder, est une des rares grandes productions françaises qui a pu être tournée durant la Seconde Guerre Mondiale, pendant l’occupation allemande. Il dure également trois heures étant donné qu’il est découpé en deux actes : « Le Boulevard du Crime » et « L’Homme Blanc ». Ainsi, six années séparent ces deux axes de narration. Ce film a été scénarisé par Jacques Prévert qui s’est basé sur des personnages ayant réellement existé (le mime Baptiste Deburau, Frédérick Lemaître, Lacenaire…) même s’il y a aussi des personnages totalement inventés pour l’oeuvre. La patte du poète se ressent par la qualité des dialogues (chaque mot a son importance et a une musicalité, notamment aidée par la voix identifiable des interprètes) et le déroulement même du scénario (nommé à l’Oscar du meilleur scénario original) : l’histoire est a priori simple (au début, on se demande même pourquoi elle s’étale sur une certaine durée) et pourtant la complexité et l’humanité des personnages sont bien présentes. Après, pour être totalement honnête (c’est pour cela que je n’arrive pas à adorer ce film, même si j’ai tout de même beaucoup aimé et qu’il faut évidemment le voir pour sa culture), j’ai senti une sorte de « déséquilibre » entre la première et seconde partie : la première m’a plus emportée que la seconde. Quitte à passer pour une chieuse, je l’admets : j’ai senti quelques longueurs. La mise en scène est maîtrisée, les mouvements de caméra virtuoses, les décors et costumes époustouflants de beauté, la photographie splendide ou encore la musique sublime : tous ces ingrédients mis ensemble permettent aux spectateurs d’être en immersion dans le monde du spectacle. La vie et les sentiments des personnages sont mouvementés d’où certainement l’un des parallèles avec le spectacle (même s’il n’y a certainement pas que ce parallèle en question). Par ailleurs, le film a beau mettre en scène du théâtre parlé et le mime (un mélange efficace), il reprend logiquement certains de ses codes, il reste avant tout cinématographique et évite par conséquent les éventuels pièges tendus. Enfin, Les Enfants du Paradis, film à la fois poétique et émouvant sur une histoire d’amour impossible, est porté par une très bonne distribution même si (on ne me tape pas) j’ai eu un peu de mal avec l’interprétation d’Arletty (après je ne dis pas qu’elle joue comme une patate, loin de là !), qui a pourtant une voix et un accent mythiques, qui contribuent certainement à la magie du film

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Les Hauts de Hurlevent

réalisé par William Wyler

avec Merle Oberon, Laurence Olivier, David Niven…

titre original : Wuthering Heights

Drame américain. 1h43. 1939.

sortie française : 3 mai 1939

Movie Challenge 2016 : Un film en noir et blanc

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Mr. Earnshaw a deux enfants : le fils aîné, Hindley, et une fille, Catherine. Un jour, il ramène d’un voyage un enfant abandonné de six ans, Heathcliff, dont l’origine est inconnue, et qu’il traite comme son second fils. Hindley entre rapidement en conflit avec Heathcliff et, lorsqu’à la mort de ses parents il devient le maître de la maison, il traite Heathcliff comme un vulgaire domestique.

Catherine devient ravissante ; elle est courtisée par un riche héritier, qu’elle épousera au grand dam d’Heathcliff, qui a toujours été amoureux d’elle. Pourtant, Catherine aussi l’aime passionnément depuis toujours… (résumé : Wikipédia)

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William Wyler est le premier réalisateur à avoir adapté, en version parlante, l’unique roman d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent, un sommet de la littérature britannique. Nommé huit fois aux Oscars (dont dans les catégories « meilleur film » et « meilleur réalisateur »), il remporte celui de la meilleure photographie noir et blanc. Ce long-métrage marque aussi le premier rôle de Laurence Olivier (nommé ici pour la première fois de sa carrière aux Oscars) au cinéma. Je n’ai pas lu le roman d’origine ni vu d’autres adaptations cinématographiques. Les puristes semblent contester cette version, lui reprochant d’être trop édulcorée et d’avoir trop coupé beaucoup de passages (la version de Wyler ne traite que 16 chapitres sur 34, donc délaisse la seconde génération des personnages). Je ne peux pas comparer avec ce que je ne connais pas mais en tout cas cette version m’a donné envie de lire (enfin) le roman de Brontë. Je ne crierai pas au chef-d’oeuvre (et j’avoue ne pas savoir concrètement si ce film est classé dans les chefs-d’oeuvre). Le film est un peu court (il ne dure « que » 1h40) par rapport à son ambition de grand film tragique et romantique. Même quand on n’a pas lu le bouquin, on sent qu’il manque des éléments narratifs. Vous allez me dire que je chipote vu que j’ai plutôt tendance à reprocher à des films d’être trop longs ! En tout cas, j’ai senti que c’était un bon film mais j’en attendais un chouïa plus. Plus long, je suis certaine qu’il aurait gagné en puissance (même s’il en a déjà). Le film m’a en tout cas beaucoup plu. De base, même si je n’ai pas tout vu (loin de là), j’aime bien en général le Hollywood classique des années 1930 (les films avaient tellement de charme !) et ici je n’ai pas été déçue. Le long-métrage enchaîne les qualités : la mise en scène est maîtrisée et élégante, l’histoire (racontée sous forme de flashbacks) est très captivante, les personnages forts en richesse, les décors absolument fantastiques, la photographie splendide, les costumes magnifiques et la musique (on a sorti pour l’occasion les violons) correspond aux émotions véhiculées. On retrouve bien une atmosphère gothique et les thèmes abordés (notamment le racisme, les conventions et différences sociales ou encore la fraternité) sont également bien traités. Enfin, Les Hauts de Hurlevent est un film poignant bénéficiant d’un beau casting. Merle Oberon (j’avoue tout : je la découvre dans ce film) et Laurence Olivier forment un couple évident de complicité et de passion (même si, en toute honnêteté, l’interprétation d’Olivier prend parfois le dessus) et David Niven complète également bien le casting.

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Moulin Rouge !

réalisé par Baz Luhrmann

avec Nicole Kidman, Ewan McGregor, John Leguizamo, Jim Broadbent, Richard Roxurgh, Matthew Whittet, Kylie Minogue, David Wenham…

Comédie musicale, romance australienne, américaine. 2h06. 2001.

sortie française : 3 octobre 2001

Movie Challenge 2016 : Une comédie musicale

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A la fin du XIXe siècle, dans le Paris de la Belle Epoque, Christian, un jeune poète désargenté, s’installe dans le quartier de Montmartre et découvre un univers où se mêlent sexe, drogue et french cancan, mais se rebelle contre ce milieu décadent en menant une vie de bohème. Il rêve d’écrire une grande pièce, et le peintre Henri de Toulouse-Lautrec est prêt à lui donner sa chance. Celui-ci a besoin d’un spectacle grandiose pour le Moulin Rouge et le poète est embauché pour rédiger le livret de la revue. C’est là qu’il tombe amoureux de la courtisane Satine, la star du prodigieux cabaret…

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Tout le monde dit du bien de Moulin Rouge !, tellement que ça a fini par me dégoûter. Toutes les filles (oui j’insiste, des filles) qui me le conseillaient avaient des goûts cinématographiques très différents des miens. Enfin, j’avais jusqu’à présent une drôle de relation avec ce cher Baz Luhrmann. Je lui ai toujours reconnu un certain talent mais j’avais aussi un peu de mépris à son égard. Je le prenais un peu pour une sorte d’escroc signant des films assez superficiels. Paradoxalement, j’ai pourtant apprécié (sans avoir adoré) Romeo + Juliette et j’ai même bien aimé sa nouvelle version de Gatsby le Magnifique (même s’il a ses défauts). Mais je restais tout de même sceptique. Premières minutes de ce Moulin Rouge ! : je n’étais pas du tout rassurée. C’est pourtant magnifique esthétiquement mais j’ai peur de tomber de nouveau sur une oeuvre superficielle. Est-ce que je trouve l’esthétique surchargée, gratuite ou too much (quelque chose de ce genre) ? Est-ce que je trouve les chansons (que des reprises de chansons contemporaines) étranges voire même nazes ? Est-ce que je trouve l’histoire niaise ? Voici ce genre de questions que je me suis posées durant ces premières minutes (oui, mon cerveau a du mal à se reposer dans ce genre de moment – ma vie est dure). Là, normalement, vous devriez vous dire que je n’ai pas aimé. Mes questions étaient, me semble-t-il, légitimes. Pourtant, par miracle ou je ne sais pas trop par quoi, au bout de dix minutes, ces fameuses questions que j’avais en tête avaient disparu ! Je ne renie pas mes interrogations, je ne pourrais que comprendre les spectateurs qui n’ont pas aimé ce film ou qui relèvent ce qui seraient selon eux des défauts. Mais je me suis laissée embarquer par ce film qui est, selon moi, une des meilleures comédies musicales – pour ne pas dire la meilleure comédie musicale de ces quinze dernières années. Je n’étais plus du tout dans le calcul de quoi que ce soit. Honnêtement, je ne faisais même plus attention si les chansons étaient bien reprises ou non. On se dit presque qu’elles ont été écrites pour le film ! Je pense que je n’ai plus cherché les défauts parce que le spectacle en lui-même est époustouflant. On aime ou on n’aime pas ce que fait Luhrmann, mais on doit reconnaître la qualité de son travail technique (à lui et évidemment et surtout son équipe technique !). C’est pas uniquement beau, j’ai trouvé le travail bien foutu. Luhrmann ne nous balance pas uniquement de belles images. Il sait provoquer de l’émotion avec ce qu’il met en place esthétiquement, il y a du sens dans ce qu’on voit.

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Baz Luhrmann sait gérer les différents espaces (contrairement à d’autres comédies musicales paradoxalement limitées en ce qui concerne ce domaine) et donner du mouvement là où il le faut, en donnant de la lisibilité. Il faut une vraie énergie et une dose de folie pour mener aussi bien un projet aussi ambitieux ! De plus, grâce à ce film, j’ai vraiment compris la démarche artistique de ce réalisateur que j’avais sous-estimé. Pour moi, ça va au-delà d’un travail systématiquement associé à un univers musical ou à une idée de modernité qui pourrait paraître superficiel dit comme ça. Il parvient carrément à réinventer toutes ces appropriations. Il n’y a pas des tonnes de réalisateurs qui parviennent à rendre l’univers musical aussi cinématographique, à créer même une sorte de fusion entre ces deux arts. Il y a aussi une réelle cohérence dans ce qu’il propose, surtout par rapport à l’histoire. On parle de poésie, de rêve, l’oeuvre en elle-même reprend parfois les codes du conte (notamment en ce qui concerne les différentes figures des personnages). Je n’ai alors pas été énervée par les quelques extravagances visuelles puisqu’elles entrent dans un sens « naturellement » dans l’oeuvre. Surtout, je crois que le film a quelque chose d’universel même de « classique » (je parle au sens « neutre »). Côté, je n’ai pas été déçue, bien au contraire. J’ai toujours bien aimé Nicole Kidman mais j’ai eu l’impression, en regardant Moulin Rouge !, de redécouvrir son talent. En fait, on est comme Christian : on tombe amoureux de Satine ! L’actrice australienne montre une large palette de son talent dans ce film. J’y ai trouvé dans son jeu de la sensualité, de la malice mais aussi de la malice. Elle rend son personnage encore plus intéressant qu’elle ne l’est déjà et surtout plus attachant. Et elle n’a jamais été aussi belle ! Elle méritait selon moi l’Oscar pour cette performance (mais pas de chance : la pathétique Halle Berry lui a volé dans un des films les plus nazes que j’ai pu voir : A l’ombre de la haineMonster’s Ball de Marc Forster). Ewan McGregor est également très bon (et très charismatique), j’ai également eu la sensation de redécouvrir son talent qu’il ne met pas suffisamment en avant surtout ces dernières années. Il arrive à mettre en avant sa partenaire mais sans se faire écraser par cette dernière. Enfin, les seconds rôles (notamment Jim Broadbent – méconnaissable, Richard Roxurgh ou encore John Leguizamo) sont également à la hauteur et à leur place par rapport à leur statut de personnages qui correspondent à des figures stéréotypées (ce terme n’étant ici pas négatif – mais plus de l’ordre du constat par rapport au schéma narratif mis en place).

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Café Society

réalisé par Woody Allen

avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell, Blake Lively, Parker Posey, Corey Stoll, Ken Stott, Anna Camp, Jeannie Berlin, Stephen Kunken, Paul Schneider…

Comédie dramatique américaine. 1h36. 2016.

sortie française : 11 mai 2016

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New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié.
Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

Tout d’abord, je souhaitais remercier Baz’art et Mars Distribution qui m’ont permis de remporter des places gratuites pour voir le dernier Woody Allen, Café Society, présenté en ouverture (hors compétition) au dernier Festival de Cannes. Les précédents films de Woody Allen, L’Homme Irrationnel, Magic in the Moonlight et Blue Jasmine m’avaient beaucoup plu, j’espérais voir ce Café Society dans la même lignée. Hélas, malgré les espoirs que j’avais à son égard face aux bonnes critiques que j’avais lues et entendues, ce nouveau Woody Allen m’a déçue. Ce qui m’avait plu dans ses précédents longs-métrages, c’est ce mélange entre une réflexion profonde et une histoire plaisante et rafraîchissante. Or, ce Café Society tente de nouveau d’allier ces deux éléments mais sans réellement parvenir à atteindre pleinement son but. Je ne me suis pas retrouvée comme un rat mort dans la salle, il y a des films qui m’ont bien plus désintéressée que celui-ci. Mais je n’ai clairement pas pris de plaisir devant. Le film a beau durer 1h30 (comme souvent chez Allen), j’avais hâte qu’il se termine. Pourquoi ? Parce qu’il présente une histoire d’amour impossible terriblement banale et pas plus intéressante en ce qui me concerne. C’est pour moi un peu trop anecdotique, ça manque de puissance. Pourtant, on retrouve les ingrédients typiques à la bonne recette habituelle de Woody Allen. Mais ça manque de charme, en tout cas il n’apparaît que superficiellement dans l’environnement et la reconstitution de l’époque (j’admets de très beaux décors et un excellent travail en ce qui concerne la photographie). Je ne dis pas que l’histoire ne permet éventuellement pas à une réflexion. On retrouve notamment l’éternelle question autour du choix que nous devons faire entre la passion et la raison. Il y a aussi une réflexion pourtant intéressante sur le papier autour de l’élévation sociale qui peut aussi jouer un rôle dans les décisions prises par les personnages. Mais ces réflexions ne sont pas parvenues à m’intéresser davantage au film en tant que narration à part entière. Quand on voit le niveau de réflexion des précédents films d’Allen, à côté, sans vouloir déconsidérer ce qu’il a voulu exprimer dans Café Society et en ayant conscience qu’on ne peut pas nécessairement comparer tous ses films même si la tentation est évidemment forte, je n’ai pas pu m’empêcher d’être déçue, d’attendre quelque chose de plus intense. Il y a du potentiel mais ce n’est pas pour moi plus creusé que ça. Ca m’a paru trop anecdotique pour que je puisse vraiment ressentir quelque chose de fort et intéressant.

Café Society : Photo Blake Lively, Jesse Eisenberg

Café Society manque pour de moi de punch et de fraîcheur, j’ai fini par me désintéresser de l’histoire principale (le triangle amoureux) car elle tourne en rond. Pour tout vous dire, j’ai même préféré l’histoire secondaire autour de la famille de Bobby (entre un frangin gangster qui bute absolument tout le monde, une mère juive dans tous ses clichés, un beau-frère intello etc…) qui au moins a le mérite d’offrir quelque chose de plus pimpant (avec, comme souvent chez Allen, quelques répliques bien senties) et surtout j’avais enfin l’impression que ça racontait quelque chose de plus croustillant ! Maintenant, passons au casting. Jesse Eisenberg s’en sort plutôt bien en sorte de double de Woody Allen (ce choix paraissait même évident). Il a le charisme, toujours un incroyable débit de paroles, son interprétation reste juste en suivant l’évolution de son personnage. Parmi les seconds rôles, j’ai également bien aimé l’interprétation du charismatique Steve Carell (de plus en plus à l’aise dans des rôles dramatiques), qui lui aussi est un grand bavard qui manie bien la parole (point évidemment très important dans un Woody Allen, ça fait toujours son petit effet). Il réussit très bien à montrer les deux facettes de son personnages, c’est-à-dire qu’il est sensible et torturé en privé, ne sachant pas quoi choisir entre la raison et la passion, mais confiant et autoritaire en public. Corey Stoll (qu’on voit décidément de plus en plus, que ce soit dans des films ou séries) dans le rôle du frangin gangster est également une des bonnes surprises de ce casting. En revanche, je reste un peu plus sceptique en ce qui concerne les actrices dont on a tant entendu parler. Je n’ai pas trouvé Kristen Stewart mauvaise dans le sens où elle parvient aussi, grâce à son interprétation, de montrer comment son personnage évolue. Cela dit, je trouve cette actrice, que ce soit physiquement ou aussi dans son interprétation, très anachronique. Déjà que les décors, bien qu’ils sont pourtant très beaux, et même certains costumes, ne me font pas toujours penser aux années 1930 à certains moments, (ce n’est que mon ressenti), on va dire que sa présence ne m’a pas particulièrement aidée à contrebalancer cette idée que j’avais déjà en tête. Enfin, en ce qui concerne Blake Lively, on sent son potentiel mais hélas son personnage est trop secondaire pour qu’on s’y intéresse plus que ça et je trouve cela dommage.

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

The Danish Girl

réalisé par Tom Hooper

avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Matthias Schoenaerts, Amber Heard, Ben Whishaw, Sebastian Koch…

Drame, biopic britannique, américain, allemand. 2h. 2015.

sortie française : 20 janvier 2016

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The Danish Girl retrace la remarquable histoire d’amour de Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, l’artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Le mariage et le travail de Lili et Gerda évoluent alors qu’ils s’embarquent sur les territoires encore inconnus du transgenre.

The Danish Girl : Photo Alicia Vikander, Eddie Redmayne

The Danish Girl est tiré du roman éponyme de David Ebershoff, publié en 2000, lui-même étant inspiré de la véritable histoire de Einar Weneger, un artiste peintre danoise qui deviendra plus tard Lili Elbe. En effet, elle rentra dans l’histoire pour être devenue la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Depuis, certains spécialistes pensent que Lili Elbe était plutôt une personne intersexuée. Je viens de lire sur quelques sites la biographie de Lili Elbe qui a eu une vie très riche et son changement de sexe a apporté quelque chose d’important à la fois pour la science et la communauté transgenre. Il faut d’ailleurs savoir qu’à l’époque (et ça, cette information qui semble pourtant importante, en tout cas intéressante par rapport à la réflexion qui aurait dû se mettre en place), le roi du Danemark Charles X avait annulé le mariage de Einar Weneger et Gerda Gottllieb, ce qui a permis à Weneger de devenir Lili Elbe officiellement, au point de recevoir un passeport à son nouveau nom. Bref, une vie passionnante mais hélas pas elle n’a pas droit à un film passionnant. Déjà quand on romance à ce point certains passages qui auraient pu pourtant avoir leur place (parce que je n’ai rien contre la modification des faits si ça peut apporter quelque chose de mieux d’un point de vue artistique ou dans le propos par exemple), on ne peut que s’inquiéter. Je n’ai rien contre Tom Hooper dont j’aime parfois son travail (Le Discours d’un Roi, The Damned United) même s’il a fait aussi des films parfois pas terribles (Les Misérables, Red Dust). Beaucoup lui reprochent son académisme. Personnellement, son académisme n’est pas ce qui me dérange en réalité même si je préfère évidemment les réalisateurs audacieux. Disons que son académisme peut avoir sa place dans certains types de film. En tout cas, même pour The Danish Girl, ce n’est pas forcément ça qui m’a gênée, même si je dois avouer que la mise en scène en question n’arrange rien. Mais bon, le travail reste pas trop mal fait, je ne m’attendais pas de toute façon à autre chose, surtout face à un biopic très hollywoodien.

The Danish Girl : Photo Eddie Redmayne

Après, il serait temps que Tom Hooper comprenne que sa mise en scène académique (qui n’a vraiment pas changé d’un poil depuis Le Discours d’un Roi) ne peut pas s’adapter à tous les films. Bref, c’est académique mais encore ce n’est pas ce qu’il y a de plus dérangeant, même si ça manque clairement d’ambition de ce côté et que le résultat en prend sérieusement un coup. Peut-être que le film a été très mal vendu. Personnellement, je voulais voir un film sur la transsexualité, ce que ça fait de changer biologiquement pour pouvoir retrouver sa véritable identité, ce que ça fait même de ne pas être né dans le bon corps et également ce que ça fait de rentrer dans l’Histoire suite à une demande intime. Evidemment qu’un tel changement implique forcément des choses auprès de son entourage, évoqué ici avec l’épouse Gerda. Cela dit, on peut évoquer les relations autour tout en se concentrant sur son sujet principal. Or, The Danish Girl est en réalité une sorte de sous-Laurence Anyways. On aime ou on n’aime pas ce film mais Dolan avait au moins le mérite de traiter la question de l’impossibilité amoureuse (et de mettre en avant Fred, la compagne du Laurence du titre) tout en prenant réellement en compte la métamorphose de son personnage principal : je n’ai pas eu l’impression que Fred « bouffait » Laurence. Or, en reprenant ce type de schéma, la scénariste Lucinda Coxon a fini par oublier le personnage principal ce qui plombe totalement le film. En effet, ça devient pratiquement une sorte de Gerda show et c’est pour moi hyper gênant. Le scénario est complètement obsédé par cette femme au point qu’on se demande si ce n’est pas Gerda la Danish Girl du titre ! On a l’impression que la scénariste ainsi que le réalisateur, peu à l’aise pour s’attaquer à un tel sujet, se foutent totalement de Lili, de son sort, de ses sentiments. Le scénario tourne un peu trop autour des tourments égoïstes de Gerda (oui, parce que, contrairement à ce que j’ai pu lire, je n’ai pas trouvé qu’elle soutenait réellement Lili ni qu’il y avait un amour fort entre les deux). En tout cas, il ne faut pas s’étonner de lire certaines critiques qui vantent plus l’interprétation d’Alicia Vikander que celle d’Eddie Redmayne.

The Danish Girl : Photo Alicia Vikander

Pour ma part, je ne pense pas que l’interprétation de Vikander soit si géniale que ça. L’actrice n’est pourtant pas mauvaise même si son interprétation ne m’a pas bouleversée plus que ça. Quant à Eddie Redmayne, beaucoup ont dit qu’ils minaudaient (attention, je ne juge pas, chacun a le droit d’avoir son avis !). Certes, son interprétation n’est pas aussi forte que celle qu’il nous a livrée l’année dernière dans Une merveilleuse histoire du temps (et qui lui avait permis de remporter son Oscar), mais je trouve que Redmayne essaie tout de même de donner une humanité à son personnage qui en manque hélas encore une fois faute à un scénario qui n’a pas l’air de se préoccuper plus que ça de cette personne. Dans l’histoire, le spectateur devra attendre un trop long moment pour voir le film aborder le sujet de l’opération (et on y passe trèèès rapidement). Alors, certes, je ne voulais pas voir un film sur la chirurgie, on est bien d’accord, mais survoler ce fait m’a tout de même gênée dans le sens où je pense que ça aurait pu réellement apporter un plus par rapport au sujet et à toute la réflexion qui aurait pu se mettre en place. La mise en scène, bien qu’elle ne soit pas très inspirée, reste à peu près correcte, l’esthétique est également soignée et Alexandre Desplat fait également du bon boulot même si on ne retiendra pas nécessairement la musique en sortant de la salle. Hélas, malgré ces quelques qualités, l’ensemble parait tout de même vraiment froid, voire même carrément figé (est-ce lié à la peinture ?). Ce n’est même plus de la pudeur à ce stade-là. Ca manque cruellement d’émotion alors que les personnages subissent un réel bouleversement. On les voit pleurer toute la sainte journée mais on ne ressent rien pour eux. Pire, malgré quelques répliques calées à droite et à gauche, on ne comprend pas les réactions des personnages. On a l’impression que tout est souffrance, même quand Lili va enfin pouvoir devenir celle qu’elle a toujours voulu être. Bref, l’émotion a quelque chose de superficiel et il m’est même arrivé de m’ennuyer (le début est d’ailleurs trop long à démarrer). Bref, en dehors de ses qualités techniques et d’un bon sujet à l’origine mais hélas gâché par un scénario maladroit qui ne prend pas un bon angle selon moi, The Danish Girl passe à côté de ses objectifs et est hélas trop insipide pour convaincre.

The Danish Girl : Photo Eddie Redmayne

The Lobster

réalisé par Yorgos Lanthimos

avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Jessica Barden, Olivia Colman, Ashley Jensen, Ariane Labed, Angeliki Papoulia, John C. Reilly, Léa Seydoux, Ben Whishaw, Michael Smiley…

Science-fiction, comédie dramatique grec, britannique, irlandais, français, néerlandais. 2h. 2014.

sortie française : 28 octobre 2015

The Lobster

Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

The Lobster : Photo Colin Farrell, Rachel Weisz

The Lobster, reparti avec le Prix du jury au dernier festival de Cannes (présidé par les frères Coen), est le premier film du réalisateur grec Yorgos Lanthimos tourné en anglais. Son passage cannois ainsi que son casting de rêve ont permis à ce film de se faire davantage connaître et à juste titre. En effet, même si je lui ai trouvé quelques défauts, j’ai beaucoup aimé ce film assez étrange et qui ne plaira peut-être pas à tout le monde. Pour ma part, parmi les choses que j’ai moins aimés, j’ai trouvé le film un peu trop long. Je ne me suis pourtant ennuyée mais c’est vrai que j’ai senti quelques longueurs. Le thème musical est également un peu trop répétitif et pas toujours bien utilisé, ce qui peut finir par agacer. Enfin, sans vouloir être méchante, par pitié, pourquoi Léa Seydoux joue-t-elle aussi mal ? Pourquoi récite-t-elle son texte bêtement comme si elle venait de l’apprendre ? Sinon, en dehors de ces trois principaux éléments qui sont, selon moi, des défauts, j’ai vraiment bien aimé ce film qui rappelle évidemment beaucoup l’univers de George Orwell, (notamment avec la présence de la chambre 101 de 1984 ou encore même à La Ferme des Animaux) ou encore à celui de Franz Kafka (lui aussi pour la métaphore animale et également pour son absurdité). The Lobster pourra perturber car il faut avouer que certains contours de l’histoire restent flous. Cependant, même certains pourront douter du travail des scénaristes par rapport à ces imprécisions, je pense que le scénario est volontairement imprécis pour que le spectateur puisse identifier cet univers à son propre monde, finalement autant absurde que celui proposé par Yorgos Lanthimos. Personnellement, je crois que c’est finalement plus le fond qui m’a parlée que la forme pourtant intéressante (la mise en scène m’a plu pour sa précision et sa froideur et semble justement cohérente avec les réflexions défendues) mais qui a ses moments de fragilité. Il est alors intéressant de voir comment les deux parties se répondent et donnent une explication très juste sur l’amour : ainsi, la première partie, qui se déroule dans l’hôtel, montre qu’on ne peut pas forcer les gens à s’aimer. La seconde, qui a lieu au sein de la forêt, appuie le fait qu’on ne peut pas non plus empêcher les gens de s’aimer : les choses doivent finalement arriver quand elles doivent arriver.

The Lobster : Photo Colin Farrell

A partir de ce constat, plusieurs choses m’ont réellement plu : tout d’abord, j’ai trouvé que le passage à la seconde partie n’était pas brutal, il se fait de manière assez naturelle, alors que la division en deux parties aurait pu être assez lourde et trop insistante. Surtout, lorsqu’on regarde la première partie, on aurait pu s’attendre à découvrir les Solitaires comme les « gentils » de l’histoire étant donné qu’ils sont chassés par l’équipe de l’Hôtel et qu’ils sont vus comme des résistants face à la dictature imposée aux célibataires. Or, les Solitaires représentent eux-mêmes une forme de dictature et sont autant ridicules que ceux qui gèrent le sort des célibataires à l’Hôtel (le ridicule passant notamment par le biais de la musique). J’ai donc apprécié qu’on ait évité un manichéisme qui aurait pu pourtant exister. De plus, l’écho au système binaire tant défendu par le système totalitaire de l’Hôtel fonctionne vraiment bien grâce à cette structure elle-même binaire. Il est d’ailleurs intéressant de voir jusqu’où le « concept » est poussé dans le sens où dans le film présente un monde dans lequel il n’y a aucune nuance. Par exemple, on est soit hétérosexuel, soit homosexuel, on ne peut pas être bisexuel. Avec une grande efficacité, The Lobster évoque notre société pas si libre que ça, qui dicte la conduite et la pensée des individus au point de les persuader qu’il n’y a qu’une seule vision de vie possible. Comment ne pas penser à notre société actuelle qui prône la vie à deux à tout prix la vie à deux, comme si vivre seul était une tare ? Mais aussi, comment ne pas penser à cette sorte de mode de ces nouveaux célibataires qui refusent justement toute possibilité de vivre à deux juste par principe ? On pensera évidemment aux sites de rencontres ou même aux speed-dating qui eux aussi ont une vision restreinte des relations de couple, notamment en mettant dans la tête des gens qu’il faut à tout prix que le futur partenaire ait les mêmes goûts ou partage nécessairement des points communs. Par ailleurs, les métaphores (voire même les allégories) auraient également pu être trop appuyées mais le ton m’a paru suffisamment juste pour qu’elles ne nous gonflent pas non plus.

The Lobster : Photo Léa Seydoux

Ainsi, la « représentation » de l’animalisation est très intéressante dans le sens où justement on ne verra jamais la transformation d’un individu en animal une fois qu’il est arrivé à la fin de son séjour. La seule chose qui nous rattache à cette transformation et donc à cette fin sinistre est le frère de David, transformé en chien. Ceux qui échouent tentent de se rattacher à la vie en voulant se transformer en chien, animal fidèle de l’homme, ou encore, en homard (the lobster) car comme l’explique David, il s’agit d’un animal qui vit longtemps, dans l’eau et qu’il peut beaucoup se reproduire. Mais il n’a pas pensé que ce choix était à double tranchant : le homard peut aussi se faire casser les pattes ou se faire bouffer. Il est aussi intéresser de voir que c’est le handicap qui réunirait deux individus. Pour moi, le handicap des personnages serait une représentation de ces critères qu’on attribuerait à tort aux individus pour les persuader de se mettre ensemble alors qu’ils ne sont pas forcément faits pour s’aimer malgré des points communs. Pire, les relations à deux sont vues comme un mensonge et une illusion car en les persuadant d’être pareil que son partenaire, on force les gens à devenir quelqu’un d’autre. Et évidemment, le handicap en guise de points communs entre individus a quelque chose d’absurde. Justement, en parlant de ça, en nous présentant un univers absurde, il est alors logique que l’humour déployé par Yorgos Lanthimos soit lui-même absurde, mais je dirais aussi qu’il y a du cynisme voire même de l’humour noir. Certes, je ne dirai pas que j’étais pliée en deux (en même temps, ce n’était pas le but du film) mais les touches d’humour sont assez efficaces dans le sens où elles appuient là où ça fait mal. Quelque part, même si ce n’est pas forcément le cas en apparence, j’ai trouvé le film émouvant, notamment les dernières minutes du film, très marquantes. Par ailleurs, même si je peux comprendre que ce procédé narratif ait pu énerver certains spectateurs (j’étais d’ailleurs au début plutôt sceptique), la voix off semble vraiment prendre une toute nouvelle dimension une fois qu’on arrive à la fin du long-métrage. En dehors de Léa Seydoux, j’ai trouvé le casting très bon, surtout évidemment en tête (je ne vais pas tous les citer, on ne va plus s’en sortir) Colin Farrell, certes beaucoup moins glamour que d’habitude, mais remarquable ainsi que sa partenaire Rachel Weisz, très émouvante.

The Lobster : Photo Colin Farrell, Rachel Weisz

Laurence Anyways

réalisé par Xavier Dolan

avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye, Monia Chokri, Susie Almgren…

Drame canadien, français. 2h48. 2012.

sortie française : 18 juillet 2012

Laurence Anyways

C’est l’histoire d’un amour impossible entre une femme et un homme, après que celui-ci a décidé de changer de sexe. Dans les années 1990, Laurence décide de devenir une femme mais, paradoxalement, tente néanmoins de sauver sa relation amoureuse avec Fred (Frédérique), laquelle accepte fort mal la décision de Laurence et la cascade des désagréments qu’elle suscite.

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Deux ans après l’insupportable Les Amours Imaginaires, le jeune prodige québécois Xavier Dolan réalise son déjà troisième long-métrage, Laurence Anyways, présenté au festival de Cannes dans la section « Un Certain Regard » (dans cette catégorie, Suzanne Clément avait remporté le prix d’interprétation féminine). Le film a remporté la Queer Palm, prix refusé par le réalisateur, affirmant qu’il s’agissait en réalité d’un marqueur d’exclusion (et pour être honnête, je suis totalement d’accord avec ce qu’il dit, même s’il l’a dit avec une certaine violence). De plus, Dolan, qui passe de nouveau pour un petit con (on ne se défait pas d’une réputation comme ça), était énervé, souhaitant voir son film dans la sélection officielle en compétition. Certes, le comportement qu’a eu Dolan n’est pas forcément génial, je l’accorde. Cela dit, je trouve également que Laurence Anyways pouvait largement rejoindre la sélection officielle. Je vous le confirme : je me suis bien réconciliée avec Dolan. Certes, son meilleur film reste pour l’instant le bouleversant Mommy mais Laurence Anyways est vraiment un petit bijou, une incroyable tornade d’émotions, confirmant le talent indéniable de Dolan, qui a appris à ne plus faire des films pour ses amis hipsters en contemplant son nombril. Au contraire, avec un sujet pourtant assez précis, qui ne concerne pas nécessairement tout le monde, loin de là (la transsexualité), Dolan réussit à réaliser un film très universel. Il est intéressant de voir l’évolution positive entre Les Amours Imaginaires et Laurence Anyways. Esthétiquement, Les Amours Imaginaires était pourtant réussi, on sentait bien la maîtrise technique du réalisateur, mais Dolan ne parvenait pas à sortir de sa culture cinématographique, on sentait trop ses influences. Du coup, le résultat était horriblement superficiel et prétentieux (et pour ne rien arranger, le scénario était abominable).

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Evidemment, Dolan fait partie de ces réalisateurs qui veulent montrer ce qu’ils savent faire avec une caméra, il veut absolument faire esthétiquement un beau film, ce qui est tout à fait à son honneur. Mais on a enfin l’impression que cette esthétique n’est pas gratuite. Dolan a enfin compris que cette esthétique pouvait être compatible avec le thème central de ce film, c’est-à-dire la mutation, qui concerne à la fois chaque personnage ainsi que le couple. Ainsi, Laurence, figure (pas lourdingue) du papillon, né dans un corps d’homme, se transforme pour pouvoir devenir la femme qu’elle a toujours été. Fred aimerait supporter la transsexualité de Laurence mais elle ne supporte pas le regard des autres. Mais en s’enfermant dans un schéma social traditionnel, Fred mute aussi en quelque sorte, en perdant peu à peu son extravagance. Pour schématiser, Laurence doit vivre dans la marginalité pour réussir sa transformation tandis que Fred croit que son bonheur doit passer par la conformité et le regard des gens. Dolan a su mettre en scène dans cette passionnante fresque de presque trois heures toute la complexité d’une histoire d’amour, sur une dizaine d’années, qui ne parvient pas aboutir à cause des exigences de chacun. Laurence et Fred veulent obtenir ce que tout individu cherche dans sa vie, c’est-à-dire le bonheur. Mais ce bonheur est incompatible entre les désirs de chacun (en quelque sorte une forme d’égoïsme, mais sans la connotation négative) et le regard des autres. Au-delà d’une esthétique époustouflante, qui retranscrit cette mutation comme une expérience proche de l’onirisme, ainsi que toutes les étapes émotives des personnages, comme dans Mommy, j’ai été étonnée de la maturité de Dolan dans le traitement de ses sujets. L’amour impossible était clairement au coeur des Amours Imaginaires mais son traitement était trop superficiel. Ici, il reprend ce thème, visiblement si cher, mais en le traitant cette fois-ci avec une forme de subtilité et surtout en comprenant réellement sa complexité. Melvil Poupaud (en jetant un coup d’oeil à sa filmographie, je m’aperçois que je connais mal cet acteur) et Suzanne Clément sont tous les deux excellents et illuminent à chaque scène ce film déjà lumineux de sensibilité et d’une réelle intelligence.

Laurence Anyways : Photo Melvil Poupaud