Tomb Raider (2018)

réalisé par Roar Uthang

avec Alicia Vikander, Dominic West, Walton Goggins, Daniel Wu, Kristen Scott Thomas, Derek Jacobi…

Film d’aventure, action américain. 1h58. 2018.

sortie française : 14 mars 2018

Lara Croft, 21 ans, n’a ni projet, ni ambition : fille d’un explorateur excentrique porté disparu depuis sept ans, cette jeune femme rebelle et indépendante refuse de reprendre l’empire de son père. Convaincue qu’il n’est pas mort, elle met le cap sur la destination où son père a été vu pour la dernière fois : la tombe légendaire d’une île mythique au large du Japon. Mais le voyage se révèle des plus périlleux et il lui faudra affronter d’innombrables ennemis et repousser ses propres limites pour devenir « Tomb Raider »…

Tomb Raider : Photo Alicia Vikander

Je ne connais pas grand-chose à Tomb Raider en dehors de quelques archétypes physiques sur le personnage de Lara Croft même si certains auraient fini par disparaître au fil du temps, d’après ce que j’ai compris. Je n’ai jamais joué aux jeux vidéos de la franchise ni vu les deux films avec Angelina Jolie (curieuse de voir s’il s’agit effectivement de navets comme j’ai pu l’entendre depuis des années). Je partais donc sans réels préjugés, juste que je savais qu’il s’agissait probablement d’un gros divertissement sans prise de tête, adapté du reboot version jeux vidéos (2013). Effectivement, Tomb Raider, réalisé par le Norvégien Roar Uthang (Cold Prey, The Wave), se laisse regarder, on ne peut pas dire que je me suis ennuyée, même si je ne dirais pas non plus que je me suis éclatée. Alicia Vikander est également plutôt crédible dans le rôle principal. Son investissement physique crève les yeux et les acteurs et actrices qui font actuellement leurs cascades sont assez rares. Cela dit, sans parler de déception vu que je n’en attendais rien, Tomb Raider est bien pour moi un beau ratage. Le point de départ est pourtant intéressant : montrer une héroïne jamais érotisée (même si le débat autour des seins d’Angelina Jolie me dérange sur certains points). Ses efforts physiques sont sans cesse mis en avant, avant même que Lara Croft devienne une aventurière. Dans un sens, elle est déjà une aventurière à Londres : héritière d’une immense fortune, cette passionnée de boxe refuse pourtant d’être la fille de papa de service et préfère galérer financièrement en faisant des livraisons à vélo (activité qui montrera déjà ses prouesses sportives). Sur le papier, ce point de départ était intéressant pour plusieurs raisons : montrer que l’aventure ne se limite pas à une expérience exotique hors de ses terres. Mais hélas, nous sommes dans une grande production très lisse qui ne cherche évidemment pas à creuser tout ça. Le film ne démarre pas trop mal mais une fois Lara partant en Asie à la recherche du papounet (un taré qu’on a envie d’étrangler), on comprend qu’on a affaire à un véritable navet. Certes, le film tente d’être crédible en nous présentant d’emblée une Lara habituée à une forte activité sportive. Je veux bien admettre que ce n’est qu’un film, en plus adapté d’un jeu vidéo, mais justement tout est fait pour rendre l’univers et le personnage les plus crédibles possibles. Alors, voir Lara devenir une sorte de ninja extrême, bravant un peu trop aisément les obstacles, du jour au lendemain me laisse forcément perplexe.

Tomb Raider : Photo Alicia Vikander, Daniel Wu

De plus, si Lara est valorisée physiquement, en revanche elle n’est pas si intelligente que ça, en tout cas, cette qualité-là ne saute pas vraiment aux yeux. Elle résout juste vite fait une ou deux petites énigmes et c’est à peu près tout. Sinon elle a des réactions manquant cruellement de logique. Je comprends bien que d’un point de vue narratif, pour bien respecter un éternel même schéma, il vaut mieux tuer le méchant (incarné par Walton Goggins, qui se contente de faire une expression : on l’a connu plus inspiré) à la toute fin dans un beau combat. Mais on ne comprend pas par exemple pourquoi Lara cède à aider le méchant dans sa quête alors qu’elle avait la possibilité de le buter. Cette scène où elle fait également un improbable rouler-bouler sur une échelle (qui permet aux personnages de continuer à avancer malgré une énorme crevasse) pour contrer le méchant m’a tuée par sa stupidité : Lara pouvait se contenter de balancer le vilain de l’échelle et repartir de son côté pour sortir du lieu (une sorte de tombeau géant ultra piégé). Mais non, elle le fait revenir sur une partie stable (et pas celle qui lui permet de repartir : donc oui, elle doit dans tous les cas retraverser la crevasse sans mourir) et surtout… jette l’échelle. Je l’ai également trouvée assez infantilisée par tous ces personnages masculins. Le discours « féministe » pourra encore attendre. On se pose aussi d’autres questions sur la crédibilité du scénario. Par exemple, on ne comprend pas pourquoi Lu Ren, le poivrot qui amène notre héroïne avec son bateau sur l’île, devient lui-même une sorte de Kick-Ass alors que le type n’a pas l’air plus sportif que ça, ni n’est particulièrement courageux : il change de comportement radicalement, du jour au lendemain ! On se demande également pourquoi toujours ce même personnage veut absolument se battre pour sauver Lara (en entraînant avec lui les pauvres esclaves de l’île) alors qu’ils ne se connaissent pas (et surtout c’est Lara qui l’a amené dans cette énorme galère) ! Ne parlons même pas du pseudo twist final, qu’on peut deviner à des kilomètres (sans spoiler, à force de se demander ce que fout tel personnage dans ce film, on capte finalement le comment du pourquoi)… et qui annonce une suite ! Un peu risqué de se lancer déjà dans de nouvelles aventures sans savoir si ce Tomb Raider 2018 séduit réellement le public…  Mon jugement semblera très sévère alors qu’en réalité, le film joue certainement son job : celui de divertir. Cela dit, dommage de voir toujours ces mêmes productions sans originalité, ni saveur, ni âme, ne prenant pas le soin de soigner correctement son scénario ni sa mise en scène…

Tomb Raider : Photo Alicia Vikander

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The Danish Girl

réalisé par Tom Hooper

avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Matthias Schoenaerts, Amber Heard, Ben Whishaw, Sebastian Koch…

Drame, biopic britannique, américain, allemand. 2h. 2015.

sortie française : 20 janvier 2016

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The Danish Girl retrace la remarquable histoire d’amour de Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, l’artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Le mariage et le travail de Lili et Gerda évoluent alors qu’ils s’embarquent sur les territoires encore inconnus du transgenre.

The Danish Girl : Photo Alicia Vikander, Eddie Redmayne

The Danish Girl est tiré du roman éponyme de David Ebershoff, publié en 2000, lui-même étant inspiré de la véritable histoire de Einar Weneger, un artiste peintre danoise qui deviendra plus tard Lili Elbe. En effet, elle rentra dans l’histoire pour être devenue la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Depuis, certains spécialistes pensent que Lili Elbe était plutôt une personne intersexuée. Je viens de lire sur quelques sites la biographie de Lili Elbe qui a eu une vie très riche et son changement de sexe a apporté quelque chose d’important à la fois pour la science et la communauté transgenre. Il faut d’ailleurs savoir qu’à l’époque (et ça, cette information qui semble pourtant importante, en tout cas intéressante par rapport à la réflexion qui aurait dû se mettre en place), le roi du Danemark Charles X avait annulé le mariage de Einar Weneger et Gerda Gottllieb, ce qui a permis à Weneger de devenir Lili Elbe officiellement, au point de recevoir un passeport à son nouveau nom. Bref, une vie passionnante mais hélas pas elle n’a pas droit à un film passionnant. Déjà quand on romance à ce point certains passages qui auraient pu pourtant avoir leur place (parce que je n’ai rien contre la modification des faits si ça peut apporter quelque chose de mieux d’un point de vue artistique ou dans le propos par exemple), on ne peut que s’inquiéter. Je n’ai rien contre Tom Hooper dont j’aime parfois son travail (Le Discours d’un Roi, The Damned United) même s’il a fait aussi des films parfois pas terribles (Les Misérables, Red Dust). Beaucoup lui reprochent son académisme. Personnellement, son académisme n’est pas ce qui me dérange en réalité même si je préfère évidemment les réalisateurs audacieux. Disons que son académisme peut avoir sa place dans certains types de film. En tout cas, même pour The Danish Girl, ce n’est pas forcément ça qui m’a gênée, même si je dois avouer que la mise en scène en question n’arrange rien. Mais bon, le travail reste pas trop mal fait, je ne m’attendais pas de toute façon à autre chose, surtout face à un biopic très hollywoodien.

The Danish Girl : Photo Eddie Redmayne

Après, il serait temps que Tom Hooper comprenne que sa mise en scène académique (qui n’a vraiment pas changé d’un poil depuis Le Discours d’un Roi) ne peut pas s’adapter à tous les films. Bref, c’est académique mais encore ce n’est pas ce qu’il y a de plus dérangeant, même si ça manque clairement d’ambition de ce côté et que le résultat en prend sérieusement un coup. Peut-être que le film a été très mal vendu. Personnellement, je voulais voir un film sur la transsexualité, ce que ça fait de changer biologiquement pour pouvoir retrouver sa véritable identité, ce que ça fait même de ne pas être né dans le bon corps et également ce que ça fait de rentrer dans l’Histoire suite à une demande intime. Evidemment qu’un tel changement implique forcément des choses auprès de son entourage, évoqué ici avec l’épouse Gerda. Cela dit, on peut évoquer les relations autour tout en se concentrant sur son sujet principal. Or, The Danish Girl est en réalité une sorte de sous-Laurence Anyways. On aime ou on n’aime pas ce film mais Dolan avait au moins le mérite de traiter la question de l’impossibilité amoureuse (et de mettre en avant Fred, la compagne du Laurence du titre) tout en prenant réellement en compte la métamorphose de son personnage principal : je n’ai pas eu l’impression que Fred « bouffait » Laurence. Or, en reprenant ce type de schéma, la scénariste Lucinda Coxon a fini par oublier le personnage principal ce qui plombe totalement le film. En effet, ça devient pratiquement une sorte de Gerda show et c’est pour moi hyper gênant. Le scénario est complètement obsédé par cette femme au point qu’on se demande si ce n’est pas Gerda la Danish Girl du titre ! On a l’impression que la scénariste ainsi que le réalisateur, peu à l’aise pour s’attaquer à un tel sujet, se foutent totalement de Lili, de son sort, de ses sentiments. Le scénario tourne un peu trop autour des tourments égoïstes de Gerda (oui, parce que, contrairement à ce que j’ai pu lire, je n’ai pas trouvé qu’elle soutenait réellement Lili ni qu’il y avait un amour fort entre les deux). En tout cas, il ne faut pas s’étonner de lire certaines critiques qui vantent plus l’interprétation d’Alicia Vikander que celle d’Eddie Redmayne.

The Danish Girl : Photo Alicia Vikander

Pour ma part, je ne pense pas que l’interprétation de Vikander soit si géniale que ça. L’actrice n’est pourtant pas mauvaise même si son interprétation ne m’a pas bouleversée plus que ça. Quant à Eddie Redmayne, beaucoup ont dit qu’ils minaudaient (attention, je ne juge pas, chacun a le droit d’avoir son avis !). Certes, son interprétation n’est pas aussi forte que celle qu’il nous a livrée l’année dernière dans Une merveilleuse histoire du temps (et qui lui avait permis de remporter son Oscar), mais je trouve que Redmayne essaie tout de même de donner une humanité à son personnage qui en manque hélas encore une fois faute à un scénario qui n’a pas l’air de se préoccuper plus que ça de cette personne. Dans l’histoire, le spectateur devra attendre un trop long moment pour voir le film aborder le sujet de l’opération (et on y passe trèèès rapidement). Alors, certes, je ne voulais pas voir un film sur la chirurgie, on est bien d’accord, mais survoler ce fait m’a tout de même gênée dans le sens où je pense que ça aurait pu réellement apporter un plus par rapport au sujet et à toute la réflexion qui aurait pu se mettre en place. La mise en scène, bien qu’elle ne soit pas très inspirée, reste à peu près correcte, l’esthétique est également soignée et Alexandre Desplat fait également du bon boulot même si on ne retiendra pas nécessairement la musique en sortant de la salle. Hélas, malgré ces quelques qualités, l’ensemble parait tout de même vraiment froid, voire même carrément figé (est-ce lié à la peinture ?). Ce n’est même plus de la pudeur à ce stade-là. Ca manque cruellement d’émotion alors que les personnages subissent un réel bouleversement. On les voit pleurer toute la sainte journée mais on ne ressent rien pour eux. Pire, malgré quelques répliques calées à droite et à gauche, on ne comprend pas les réactions des personnages. On a l’impression que tout est souffrance, même quand Lili va enfin pouvoir devenir celle qu’elle a toujours voulu être. Bref, l’émotion a quelque chose de superficiel et il m’est même arrivé de m’ennuyer (le début est d’ailleurs trop long à démarrer). Bref, en dehors de ses qualités techniques et d’un bon sujet à l’origine mais hélas gâché par un scénario maladroit qui ne prend pas un bon angle selon moi, The Danish Girl passe à côté de ses objectifs et est hélas trop insipide pour convaincre.

The Danish Girl : Photo Eddie Redmayne