A Beautiful Day

réalisé par Lynne Ramsay

avec Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Alessandro Nivola, Alex Manette, Judith Roberts…

titre original : You Were Never Really Here

Thriller, drame américain, britannique, français. 1h30. 2017.

sortie française : 8 novembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

 

La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…

A Beautiful Day : Photo Ekaterina Samsonov

Je ne suis pas la seule à pousser mon coup de gueule mais je ne peux pas m’empêcher de râler contre ce titre « français ». Certes, je peux comprendre que le titre original You Were Never Really Here, même traduit, soit problématique d’un point de vue « marketing ». Déjà, nous coller un titre anglais en guise de traduction reste pour moi une énigme. Mais en plus, une fois qu’on s’est tapé tout le film, on « comprend » enfin (en s’étouffant à cause de la stupidité globale de l’idée) pourquoi ce titre A beautiful day a été choisi. Je gueule aussi contre les critiques qui l’ont abusivement comparé à Taxi Driver (c’est notamment écrit sur l’horrible affiche rouge la moins vendeuse possible « Le Taxi Driver du 21e siècle »). Certes, il y a une histoire d’ancien soldat qui tente de sauver une prostituée. Oui, nous trouvons aussi dans l’oeuvre de Ramsay des références et hommages au cinéma des années 70. Mais ça s’arrête là, faudrait vous calmer les gars. Revenons donc au film. Ce long-métrage de Lynne Ramsay (qui avait signé le poignant We need to talk about Kevin) adapte le roman éponyme (enfin par rapport au titre original) de Jonathan Ames. Pour les fans de la formidable série (encore trop méconnue) Bored to Death, le nom de l’écrivain fera forcément sourire : Ames, également créateur de la série, avait inspiré le personnage du même nom dans cette série enjouée et barrée. Je n’ai jamais lu ses romans mais après avoir regardé les trois saisons, j’ai du mal à l’imaginer écrire un univers sombre. Je ne sais pas ce que donne le roman, je ne peux que juger le travail de Lynne Ramsay tel quel sur l’écran. Et malheureusement, je ne comprends absolument pas l’enthousiasme autour de ce film : petit rappel, il a remporté tout de même deux prix au dernier festival de Cannes (prix d’interprétation masculine et prix du meilleur scénario). Certes, Joaquin Phoenix livre une très bonne interprétation et même heureusement qu’il est là (oui, je fais des jeux de mots pourris avec le titre VO). Mais très honnêtement, sa performance ne m’a pas non plus époustouflée au point de lui donner une telle récompense. Je l’ai vu tellement mieux dans d’autres films ! Quant au prix du meilleur scénario, il s’agit pour moi de l’énigme de l’année. Où est le scénario ? Certes, la réalisatrice semble avoir privilégié une expérience davantage sensorielle : pourquoi pas après tout. Mais il y a un moment où ce « scénario » tenant sur un timbre-poste plombe considérablement le film manquant cruellement de consistance.

A Beautiful Day : Photo Ekaterina Samsonov, Joaquin Phoenix

On ne sait pratiquement rien sur les personnages (surtout le principal) : certes, on tente de deviner par bribes ce qui hante Joe et pourquoi il tient absolument à sauver cette gamine, fille d’un sénateur aux proies d’un réseau de politiciens pédophiles (et Joe ayant certainement été victime de violences durant son enfance de la part de ses parents). Certes, je comprends la démarche de la réalisatrice : les fantômes du passé resurgissent sur le présent, littéralement comme des flash. Mais son montage sur-épileptique finit par lasser et être contre-productif. On pourrait croire qu’il rythme le film mais finalement je me suis énormément ennuyée face à une histoire hyper bateau et creuse, où on ne répond absolument jamais à aucune interrogation alors que les portes ouvertes pour appréhender la psychologie du personnage principal restent trop nombreuses. Le film ne dure qu’1h30, j’avais l’impression qu’il en durait 3 : ce n’est pas jamais bon signe. Cela est regrettable car j’aurais aimé être touchée par cette rencontre atypique entre ces deux êtres a priori différents (milieux, sexe, âge) aux enfances brisées. La réalisatrice passe selon moi à côté de cet aspect qui aurait pu être formidable et puissant principalement par abus d’effets esthétiques et par envie d’aller trop à l’essentiel dans sa narration. Pour ne rien arranger, certaines scènes tournent parfois à la caricature (la scène où Phoenix pleure après avoir encore pété la gueule à des méchants m’a limite fait rire). Cela dit, même si je n’ai pas aimé ce film qui n’a pas réussi à me transporter, je reconnais deux qualités. La première est sa bande-originale. Certes, beaucoup de gens savent que j’adore Jonny Greenwood (et globalement Radiohead), peut-être que je parle comme une pure fan ou j’ai peut-être tenté de me raccrocher à ça. Cela dit, je trouve qu’il est toujours aussi à l’aise dans son travail de compositeur de bandes-originales de films, qu’il tente quelque part de faire surgir une émotion hélas absente. Enfin, appuyée par une jolie photographie, la mise en scène est réfléchie, soignée et précise. Certes, je ne trouve pas, à cause d’une absence de scénario et d’un montage agaçant, qu’elle relève le niveau du film mais on ne peut pas l’ignorer. Le film a l’air sans cesse violent (c’est certainement le seul « mérite » de ce choix de montage qui trouve ses limites) pourtant cette brutalité est pratiquement suggérée le trois-quart du temps, notamment par l’utilisation du hors-champ.

A Beautiful Day : Photo

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The Neon Demon

réalisé par Nicolas Winding Refn

avec Elle Fanning, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee, Karl Glusman, Desmond Harrington, Keanu Reeves, Christina Hendricks, Alessandro Nivola…

Thriller, épouvante-horreur danois, américain, français. 1h57. 2016.

sortie française : 8 juin 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d’autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

The Neon Demon a, comme le précédent long-métrage du réalisateur danois, Nicolas Winding Refn, été hué par une partie de la presse lors de sa projection à Cannes (il était présenté en compétition). Sans dire que j’approuve un comportement aussi agressif et irrespectueux de ces journalistes en question, je comprends tout de même que certains spectateurs rejettent ce film en bloc. A mon avis, c’est soit ça passe, soit ça casse. Pour moi, ça passe totalement même si durant la séance, je ne savais pas trop en penser (j’avais d’ailleurs le même avis concernant Only God Forgives que j’ai su apprécier plus tard). Il faut « digérer » (les spectateurs comprendront la référence) tout ce qui se passe à l’écran. The Neon Demon est donc un film qui se déroule dans le milieu de la mode. On connait évidemment tous l’horrible réputation de ce monde : maigreur, superficialité, chirurgie, coups bas et j’en passe. Nicolas Winding Refn ne nous apprendra rien mais ce n’était pas son but. Situer l’intrigue dans ce milieu en question permet de poser de véritables questions autour de la beauté. Etre beau naturellement, « avoir le truc » comme le constate Ruby (Jena Malone) en parlant de Jesse (Elle Fanning) sans avoir à bouger le petit doigt, illuminer un lieu rien que par sa présence, n’est-ce pas une injustice pour les autres qui n’obtiennent pas ce privilège de naissance, comme un privilège royal ? Ce privilège en question ne rend-il pas l’individu qui le possède (on pourrait qu’il s’agit du fameux Neon Demon du titre) narcissique et même « dangereux » (pour reprendre une autre réplique) malgré son apparente pureté ? N’y a-t-il pas une hypocrisie dans notre société lorsque nous évoquons la beauté intérieure (le physique étant ce que nous remarquons en premier chez un individu) ? Il est alors intéressant de mettre en relation cette beauté suprême avec ce titre, qui évoque quelque chose qui dépasse la réalité telle qu’on la connait tellement elle est à la fois extraordinaire et dangereuse. Le film sort de plus en plus de cette réalité par ses scènes fantasmagoriques voire même horrifiques. The Neon Demon serait alors pour moi plus qu’un film qui serait de l’ordre de l’expérimental, il serait une illustration très premier degré (ne pas voir ici quelque chose de négatif, mais mon constat) du conte. Le thème de la beauté convoitée a d’ailleurs été évoquée dans de nombreux contes. Les fauves (dans tous ses sens), la figure de « princesse » évoquée juste avant (même si elle est ambiguë par l’exploitation du mythe de Narcisse), la grande cruauté inimaginable finale (impliquant les désastres du regard) semblent confirmer cette piste.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

Ce qui frappe en découvrant The Neon Demon est évidemment son esthétique. Refn et son équipe de techniciens ont fait un excellent boulot, le résultat est pour moi époustouflant. Les jeux de lumière, entre la noirceur et la lumière éclatante et les jeux les couleurs (notamment le bleu et le rouge, déjà très présents dans Only God Forgives) ainsi que la photographie sont splendides et on pourrait continuer à parler de cette esthétique pendant très longtemps. Le risque (et c’est ce que certains spectateurs lui reprochent) avec tant d’attention visuelle est de signer un film superficiel sans aucun fond. Pour ma part, j’ai vu un intérêt à tant de surcharges esthétiques. Nicolas Winding Refn a signé quelques pubs pour de grandes marques (certains diront qu’il est hypocrite alors de faire un long-métrage autour de la mode), il connaît ses codes et décide de les exploiter jusqu’au bout pour mieux pointer du doigt, s’en moquer et surtout illustrer son propos. Car c’est vraiment ça qu’il faut retenir à mon avis dans ce film et qui divise tant les critiques. Il y a quelque chose dans ce film qui est de l’ordre de l’illustration même si cette dernière demande à être décortiquée et interprétée. Je comprends que ça ne puisse pas plaire à tous mais j’ai aimé le fait d’être allé jusqu’au bout de l’idée. Certains ont parlé de « grande pub de deux heures ». Certes, comme je le disais, on pensera forcément aux codes de la publicité bien utilisés pour pouvoir mieux se retourner contre elle et ce qu’elle défend mais pour moi ça reste bien du cinéma avant tout. Le scénario n’est pas nécessairement ce qui saute aux yeux dans un premier temps (il a l’air assez simple) mais pourtant je ne trouve pas qu’il soit négligé. Chaque détail narratif et esthétique compte : il y a comme une boucle créée (j’ai envie de dire : à l’image de l’oeil dans l’une des scènes finales et marquantes) et même les choses qui peuvent sembler gratuites, grotesques ou autres sont remises à leur place, on comprend où ça veut en venir malgré la difficulté de tout interpréter au premier abord. Ainsi, le scénario, l’esthétique et la mise en scène (extrêmement bien foutue et d’une grande précision – même si certains lui reprocheront son côté très contrôlé – mais encore une fois, pour moi, c’est très cohérent) fonctionnent ensemble. C’est pour ça que je ne trouve pas cette fameuse esthétique parfois décriée gratuite car elle est pour moi logique avec le propos défendu par Refn (qui a bien aimé mettre ses initiales dans le générique comme un certain YSL – ça ne va pas faire calmer les haters) ainsi que tout ce qu’il a pu mettre en place.

The Neon Demon : Photo

La musique de Cliff Martinez (qui avait signé les bandes-originales de Drive et Only God Forgives) accompagne également très bien ce long-métrage. Contrairement à ce que j’ai également pu entendre de certains détracteurs, je trouve Refn très respectueux envers les femmes. Certes, les personnages féminins sont destructeurs mais elles ont toutes un but : être désirée. Et ce désir en question passe par la domination que les personnages féminins mettent en place (qui passent notamment par les scènes de cannibalisme et de nécrophilie qui ont également secoué certains spectateurs) ou qui apparaît naturellement (je reviens toujours au fameux Neon Demon). Les quelques personnages masculins incarnent des figures encore plus ingrates. De plus (et c’est que je constate depuis très longtemps chez Refn), on ne retrouve pas des scènes vulgaires (contrairement à ce qu’on pourrait s’attendre avec un tel sujet) dans le sens où ça ne m’a pas mis mal à l’aise en tant que femme et où je n’ai pas senti un regard malveillant sur les femmes de la part du réalisateur. On sent même Refn étonnamment pudique. En tout cas, pour moi, pas de misogynie de sa part. Enfin, le casting est selon moi convaincant. Dans le rôle principal, la jeune Elle Fanning est un excellent choix. Il faut dire que j’apprécie cette actrice depuis un certain temps et je suis persuadée qu’elle va aller encore plus loin dans sa carrière. Non seulement j’ai aimé son interprétation mais l’avoir choisi était pertinent : dès que je la voie, que ce soit dans un film, une pub, un magazine etc…, je ne peux pas m’empêcher de me dire « cette fille a un truc ». Et ça fait directement écho à ce que représente son personnage. Jena Malone est également la bonne surprise de ce film. On ne s’attend pas à voir son personnage évoluer d’une certaine manière, cacher autant son jeu et l’actrice parvient bien à retranscrire sa personnalité ambiguë. Concernant Bella Heathcote et Abbey Lee dans les rôles des rivales de Jesse, sans crier à la grande interprétation, je les ai trouvées très convaincantes. Je suis souvent sceptique face aux mannequins qui deviennent actrices (il y en a tellement qui sont mauvaises et qui n’ont absolument rien à faire dans des films) mais là on croit aux personnages qu’elles interprètent (étant donné qu’elles connaissent ce milieu – même si on est bien d’accord que ça ne garantissait rien à l’origine) et je trouve qu’elles arrivent tout de même bien à incarner la méchanceté, la jalousie et même une forme de souffrance sans forcément en faire des caisses alors que le film très « premier degré » aurait pu nuire à leurs interprétations.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

Selma

réalisé par Ava DuVernay

avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Tim Roth, Oprah Winfrey, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Common, Alessandro Nivola, Cuba Gooding Jr., Andre Holland, Tessa Thompson, Tim Blake Nelson, Martin Sheen, Dylan Baker, Jeremy Strong…

Biopic, film historique américain. 2h08. 2014.

sortie française : 11 mars 2015

Selma

Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965.

Selma : Photo David Oyelowo

Martin Luther King fait partie des figures militantes les plus connues au monde et pourtant nous avons dû attendre 2015 pour voir enfin un biopic sur lui (il n’apparaissait que dans quelques films). Et encore, Selma, réalisé par la méconnue Ava DuVernay (il s’agit de son troisième long-métrage de fiction), n’est pas concrètement un biopic sur King : il relate plutôt une période importante de la vie de Martin Luther King. Les biopics m’attirent et me font fuir à la fois : on est évidemment toujours curieux de voir comment l’acteur va interpréter une personnalité emblématique de tel ou tel milieu, on veut redécouvrir une histoire qu’on connait pourtant déjà, on se demande toujours quel angle sera pris par le réalisateur etc… Mais souvent, les biopics sont trop calibrés pour les Oscars notamment, c’est-à-dire qu’on a souvent droit à des films assez classiques, pas très inventifs et pour être franche pas toujours très intéressants (je caricature un peu car il y a quand même heureusement de très bons biopics). Mais bon, un film sur Martin Luther King (même si je fais pas mal de raccourcis), on est forcément un peu curieux de le voir ! Selma a aussi été face à une petite polémique : son absence dans un grand nombre de catégories aux Oscars. Beaucoup ont dit que l’académie des Oscars n’avait pas été très généreuse envers ce film car les membres seraient des vieux racistes. Est-ce que cette justification est vraiment justifiée ou est-ce que le film n’est pas si bon que ça ? Pour ma part, je dirais qu’il y a probablement un peu des deux. Certes, c’est vrai qu’on aurait pu retrouver Selma dans certaines catégories (notamment pour « meilleur acteur » mais bon il y avait quand même une sacrée concurrence), le film n’est pas plus mauvais que d’autres biopics présents aux Oscars. Cependant, j’ai quand même trouvé Selma moyen, disons qu’il y a des choses positives et d’autres beaucoup moins.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo, Tessa Thompson

Ma première impression, en commençant à regarder ce film, n’a pas été très bonne, je dois être honnête. En fait (dites-moi si vous avez ressenti ou non la même chose que moi), j’ai l’impression que c’est le genre de films qui s’adresse (ici) surtout au public américain. Je veux dire, j’avais beau connaître des choses sur Martin Luther King, j’ai mis quand même quelques minutes à entrer dans l’histoire, à comprendre vraiment qui était qui, quand l’histoire se déroulait, le contexte exact… De plus, le film ne commence pas directement avec des informations affichées pour aider le public à situer les moments précis de l’histoire. Après, au fil des scènes, je me suis sentie plus à l’aise avec l’histoire mais c’est vrai que j’ai mis du temps à entrer tout simplement dans le film. Ce qui est très paradoxal, malgré selon moi un petit problème de contextualisation, le film reste tout de même très bavard, cela devient rapidement pénible et du coup on sent les quelques longueurs (en plus, le film dure plus de deux heures). Cependant, j’ai trouvé la seconde partie du film plus intéressante que la première, tout simplement parce qu’il y a plus d’action (même si on retrouve forcément des discours – on parle quand même du grand orateur qu’était Martin Luther King). Il faut dire que la réalisatrice s’en sort bien quand elle filme la lutte des Noirs pour obtenir leurs droits et surtout (puisqu’ils avaient déjà acquis certains droits) pour les mettre en oeuvre sans se faire tabasse gratuitement par les Blancs. Les scènes de combat et de marche sont pour moi très réussies et remontent pas mal le niveau général du film. On sent tout simplement la réalisatrice Afro-américaine concernée, il y a beaucoup de force et de sincérité dans ce type de scènes et du coup Selma est parfois très émouvant, je reconnais même avoir versé quelques (petites) larmes à la fin du long-métrage (mais je pleure pour rien, vous allez me dire). Je trouve aussi qu’elle a su mettre en avant (de tête) deux discours de King dans le sens où elle a réussi à montrer à quel point la parole pouvait aussi être une arme.

Selma : Photo Carmen Ejogo, David Oyelowo

Après, en dehors de ça, la mise en scène n’est pas pour moi spécialement bonne, on a l’impression que la réalisatrice a posé sa caméra et filme ses acteurs bavarder dans le vide, je n’ai pas toujours senti d’efforts, en tout cas c’est filmé platement ce qui est fortement dommage face à un tel sujet. Heureusement qu’il y a la reconstitution des années 1960 (avec les décors, les costumes et tout ça) ainsi qu’une élégante photographie qui comblent pour moi ces lacunes. Selma est aussi pas mal sauvé par la fabuleuse interprétation de David Oyelowo : on a vraiment l’impression de voir Martin Luther King. Je ne parle pas que de physique mais de la manière de s’approprier du personnage, son charisme, la manière de s’exprimer. Il ne se contente pas de l’imiter, il arrive à être émouvant mais sans en faire des caisses et surtout à être imposant, à être crédible en tant que leader. Son interprétation est intéressante car je trouve qu’on voit bien les deux aspects de la personnalité de King, c’est-à-dire d’un côté dans la sphère privée, de l’autre la publique. Dans l’ensemble, les seconds rôles sont également tous convaincants. Enfin, j’ai bien aimé la bande-originale, qui colle bien aux images et à l’histoire en général, et donne aussi une certaine dynamique à ce film qui en manque parfois un peu. La chanson Glory de Common et John Legend est magnifique, je suis ravie qu’elle ait remporté l’Oscar de la meilleure chanson, surtout que je trouve qu’elle représente vraiment bien le film. Pour conclure, je n’ai pas toujours été convaincue par Selma mais il possède quelques atouts indéniables dont quelques beaux moments d’émotion et surtout c’est tout de même bien de le découvrir une fois car je pense qu’il s’agit malgré tout d’un film nécessaire.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo

A Most Violent Year

réalisé par J.C. Chandor

avec Oscar Isaac, Jessica Chastain, David Oyelowo, Albert Brooks, Alessandro Nivola, Elyes Gabel, Catalina Sandino Moreno…

Drame, thriller américain. 2h05. 2014.

sortie française : 31 décembre 2014

A Most Violent Year

New York – 1981. L’année la plus violente qu’ait connu la ville. Le destin d’un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l’époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit.

A Most Violent Year : Photo Jessica Chastain, Oscar Isaac

J.C. Chandor n’a réalisé que trois longs-métrages mais il est déjà respecté par la profession et de nombreux cinéphiles. Je ne peux pas juger All is lost puisque je ne l’ai pas vu mais en revanche j’ai vu Margin Call qui était, dans mes souvenirs, pénible, lent, compliqué et même un peu caricatural. Mais je n’avais pas envie de me fâcher contre Chandor, j’avais envie de lui laisser sa chance. Après tout, A Most Violent Year proposait un sujet intéressant et un casting alléchant. De plus, les critiques étaient pour la plupart enthousiastes. Histoire de vous rassurer, j’ai trouvé A Most Violent Year meilleur que Margin Call : je n’ai pas totalement une dent contre J.C. Chandor. Cependant, il ne m’a pas non plus emballée des masses. Tout d’abord, décidément, Chandor décide de garder son rythme d’escargot. A Most Violent Year est un peu plus actif que Margin Call mais ce n’est encore ça. De plus, un peu comme dans son premier film, même si j’ai tout de même réussi à suivre l’intrigue, je trouve qu’il y a des choses dans le scénario qui m’ont paru faussement compliquées. Le scénario est d’ailleurs pour moi le point faible de ce film pourtant ambitieux. On sent que Chandor a voulu jouer avec la subtilité mais à force de ne rien dire (au final, on suppose plus qu’autre chose, à force ça gave), le réalisateur-scénariste ne raconte qu’une histoire autour du fioul peu intéressante ni sans grande consistance.

A Most Violent Year : Photo Oscar Isaac

Cependant, bien qu’elle reste plutôt classique, la mise en scène reste maîtrisée et le propos est suffisamment intéressant pour susciter mon intérêt. Esthétiquement, A Most Violent Year est également très réussi. Chandor et son équipe sont parvenus à reconstituer avec à la fois élégance et froideur le New York du début des années 1980, notamment grâce à une très belle photographie, un remarquable travail sur la lumière ou encore un soin apporté aux décors et costumes. J’ai également apprécié la bande-originale d’Alex Ebert, qui est discrète mais reste étouffante, correspondant ainsi à l’atmosphère pesante du long-métrage. Enfin, A Most Violent Year est porté par une excellente distribution, incarnant des personnages complexes. Oscar Isaac, toujours aussi charismatique, est excellent dans le rôle d’Abel Morales, un personnage difficile à cerner : un type qui veut réussir dans un milieu pourri tout en restant intègre. Quant à la toujours très classe Jessica Chastain, malgré un look abominable (ses cheveux sont affreux et on a l’impression qu’elle vient de subir un lifting), elle est – comme d’habitude – excellente. Elle parvient à marquer les esprits dans le rôle de cette femme qui sait tenir tête mais sans jamais voler la vedette à Isaac. Les seconds rôles, comme ceux tenus par Albert Brooks ou David Oyelowo, sont également convaincants.

A Most Violent Year : Photo Jessica Chastain

American Bluff

réalisé par David O’Russell

avec Christian Bale, Bradley Cooper, Amy Adams, Jeremy Renner, Jennifer Lawrence, Louis C.K., Jack Huston, Elisabeth Rohm, Shea Whigham, Alessandro Nivola, Michael Pena, Robert De Niro, Saïd Taghmaoui…

titre original : American Hustle

Comédie dramatique américaine. 2h18. 2013.

sortie française : 5 février 2014

American Bluff

Entre fiction et réalité, AMERICAN BLUFF nous plonge dans l’univers fascinant de l’un des plus extraordinaires scandales qui ait secoué l’Amérique dans les années 70.

Un escroc particulièrement brillant, Irving Rosenfeld, et sa belle complice, Sydney Prosser, se retrouvent obligés par un agent du FBI, Richie DiMaso, de nager dans les eaux troubles de la mafia et du pouvoir pour piéger un homme politique corrompu, Carmine Polito. Le piège est risqué, d’autant que l’imprévisible épouse d’Irving, Rosalyn, pourrait bien tous les conduire à leur perte…

American Bluff : Photo Amy Adams, Bradley Cooper, Christian Bale, Jennifer Lawrence, Jeremy Renner

Le réalisateur David O’Russell a réuni du beau monde pour ce film nommé dix fois aux Oscars. On a d’un côté les acteurs de The Fighter (Christian Bale et Amy Adams), de l’autre ceux de Happiness Therapy (Bradley Cooper et Jennifer Lawrence). Le film s’inspire (apparement de loin) de l’affaire Abscam : c’est une opération datant de la fin des années 1970 dans laquelle des escrocs se sont associés au FBI afin de démasquer l’identité d’hommes politiques corrompus. Dans l’ensemble, le résultat est plutôt satisfaisant. Même s’il y a des longueurs, j’ai volontiers regardé le film. L’ambiance 70s est particulièrement sympa et plutôt bien reconstituée et le casting est plutôt bon, même si j’ai trouvé que Jennifer Lawrence était un poil au-dessus. Son personnage, très frappé, rappelant celui de Sharon Stone dans Casino (le film en lui-même fait penser à celui de Scorsese) permet d’apporter un peu d’humour et de fraîcheur à ce film. J’étais réellement contente de la voir et quand elle manque rapidement quand elle n’apparaît pas à l’écran. Les interprétations de Christian Bale (moitié chauve et gras du bide), d’Amy Adams (moitié à poil et aux cheveux encore plus flamboyants que d’habitude), de Bradley Cooper (qui parle vraiment très vite et qui a des petites frisettes) et de Jeremy Renner (ses cheveux sont tellement… étranges) sont plutôt convaincantes, on les sent investis même si je les ai trouvés bien meilleurs dans d’autres films.

American Bluff : Photo Bradley Cooper, Christian Bale

David O’Russell avait un sujet en or, cependant on a un peu l’impression qu’il ne sait pas quoi en faire. Il délaisse parfois un peu trop le sujet de base – c’est-à-dire l’opération pour piéger Carmine Polito et d’autres hommes politiques – en se concentrant un peu trop sur les personnages et surtout des relations amoureuses qui sont peu intéressantes. De plus, les personnages ne sont pas déplaisants mais ils manquent d’épaisseur. Cela peut également expliquer pourquoi les acteurs, qui sont pourtant bons, n’arrivent pas à se dépasser alors qu’on sait qu’ils sont capables du meilleur. Comme je l’ai déjà dit, j’ai bien aimé la reconstitution de l’époque, cependant, je trouve que c’est aussi l’un des défauts de ce film. On finit par avoir l’impression que le film s’est un peu trop concentré sur la musique, la photographie, les coiffures et vêtements improbables etc… Ca devient parfois superficiel. La réalisation est également correcte mais il n’y a rien d’exceptionnel, on ne peut être que déçu alors que le projet était ambitieux. Au final, on a simplement droit à un film sympathique mais trop banal et surtout on l’oublie très rapidement.

American Bluff : Photo Amy Adams, Jennifer Lawrence