La Fille du Train / Le Mariage de mon meilleur ami

La Fille du train

réalisé par Tate Taylor

avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett, Justin Theroux, Luke Evans, Allison Janney, Edgar Ramirez, Lisa Kudrow, Laura Prepon…

Thriller américain. 1h53. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film policier / thriller

Rachel prend tous les jours le même train et passe tous les jours devant la même maison. Dévastée par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaite… jusqu’au jour où elle est le témoin d’un événement extrêmement choquant et se retrouve malgré elle étroitement mêlée à un angoissant mystère.

La Fille du train : Photo Emily Blunt

Comme tout bon best-seller, La Fille du train de Paula Hawkins a eu droit à son adaptation cinématographique. Tandis que l’intrigue se déroulait à Londres dans le roman, elle se situe cette fois-ci dans le film à New York. Visiblement, en VO (et oui je suis passée par la case du mal : la VF), ce choix de transposition géographique prend un certain sens pour appuyer encore plus la solitude de Rachel, d’origine britannique (et incarnée par la britannique Emily Blunt). Le film est sorti un an après Gone Girl de David Fincher, qui était déjà lui-même une adaptation (Les Apparences, Gillian Flynn). Et La Fille du train version film a souffert de cette comparaison (complètement foireuse et superficielle – si vous voulez réellement le fond de ma pensée) avec l’excellent long-métrage de Fincher. Dans l’ensemble, si vraiment je m’en tiens au « divertissement », La Fille du train tient à peu près la route dans le sens où on a envie de connaître le comment du pourquoi. Beaucoup ont reproché au film d’être trop lent, personnellement je ne me suis pas particulièrement ennuyée malgré sa durée et son rythme pas nécessairement très rapide. La mise en scène de Tate Taylor (La Couleur des Sentiments, Get on up) n’est pas folle pour être honnête, elle manque de personnalité mais elle reste correcte : cela dit, il est certain qu’avec un autre réalisateur plus rôdé (tiens, le moment de revenir à Fincher ?), le film aurait pu être bien meilleur. Les personnages féminins sont intéressants même si on ne peut pas s’empêcher de tomber dans l’éternel portrait-croisé de la pauvre femme malheureuse (une alcoolique, des femmes malheureuses en ménage ou souffrant de baby-blues) : l’intention est louable mais j’ai toujours trouvé cet exercice très cliché. Je n’ai pas lu le bouquin, je ne sais pas du tout si le suspense est omniprésent dans ce matériau d’origine (je l’espère en tout cas). Le problème majeur du film concerne justement son manque de suspense, le scénario, certainement pas non plus aidé par un montage pas bien réfléchi, n’amenant pas très bien selon moi son intrigue. Honnêtement, j’avais compris relativement tôt le comment du pourquoi justement. Heureusement, malgré des défauts évidents et un ensemble assez oubliable (mais pas non plus lamentable), La Fille du train est porté par des interprétations plutôt solides, surtout celle de l’attachante et talentueuse Emily Blunt qui ne tombe pas dans la caricature dans son rôle d’alcoolique au chômage et mythomane.

La Fille du train : Photo Haley Bennett


Le Mariage de mon meilleur ami

réalisé par P. J. Hogan

avec Julia Roberts, Delmot Mulroney, Cameron Diaz, Rupert Everett, Rachel Griffiths, M. Emmet Walsh, Carrie Preston, Paul Giamatti….

Comédie romantique américaine. 1h40. 1997.

titre original : My Best Friend’s Wedding

sortie française : 1 octobre 1997

Movie Challenge 2017 : Un film avec un mariage

Julianne et Michael se sont connus étudiants et ont vécu une liaison amoureuse aussi brève que passionnée. Devant les hésitations de Julianne, ils décident de rompre mais de rester amis. Ils concluent alors un étrange pacte : si à vingt-huit ans aucun des deux n’a trouvé l’âme soeur, ils se marient ensemble. Mais voilà que quelques mois avant l’échéance, Michael se fiance avec Kimberly. Julianne aimerait bien tenter d’empêcher le mariage, si elle ne trouvait pas Kimberly si adorable…

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Cameron Diaz, Dermot Mulroney, Julia Roberts

Le réalisateur australien P.J. Hogan avait cassé la baraque en 1994 avec Muriel, cette comédie drôle et émouvante avec les excellentes Toni Collette et Rachel Griffiths. Je dois même dire qu’il s’agit de mes films de chevet : le film avait beau parler de mariage, il ne s’agissait pas à proprement parler d’une comédie romantique, il s’agissait finalement d’une ode à l’amitié et à l’indépendance. Dans le fond, dans une sorte de version américaine et avec une héroïne qui cette fois-ci correspond aux standards de beauté, Le Mariage de mon meilleur ami reprend des thématiques déjà présentes dans Muriel. Ce sont certainement un des seuls atouts de ce film qui surprend par sa fin loin des attentes habituelles des codes de la comédie romantique. Muriel et Le Mariage de mon meilleur ami mettent en scène des mariages impliquant de près ou de loin leurs héroïnes, ils donnent l’impression d’utiliser des codes de comédie romantique tout en sachant les détourner. Mais pourquoi Le Mariage de mon meilleur ami ne fonctionne pas aussi bien que Muriel ? Pourtant il s’agit d’une comédie avec le charme des années 90 plutôt fraîche, sympathique, rythmée, portée par de bonnes interprétations (notamment par la reine Julia hilarante et lumineuse dans ce rôle de peste ambulante). Même si la fin a le mérite de détourner les codes habituels de la comédie romantique (au fond… peut-on vraiment parler de comédie romantique ?), on ne peut pas s’empêcher de regarder… justement une romcom sympa mais sans plus, assez plate, n’évitant pas certains clichés et chichis hystériques. Ce constat est très sincèrement dommage car justement on sent qu’il y a une volonté, derrière ce petit divertissement en apparence, d’évoquer différents sujets moins superficiels que prévus. Ce film ne parle pas que d’un amour impossible à poursuivre. La confrontation entre les deux filles ennemies se battant pour le même homme ne se limite pas qu’à une question d’amour. Le personnage de Julia Roberts bosse énormément pour gagner sa vie tandis que celui de Cameron Diaz est une fille de milliardaire. Il y a aussi certainement un discours sur la femme moderne : certes, au fond, Julianne est un personnage pathétique, perdu, qui n’a pas su prendre les bonnes décisions au bon moment. Mais doit-on vraiment être triste pour elle ? N’est-elle pas aussi une représentation de la femme indépendante ? Bref, le film a beaucoup de potentiel, il est certainement moins bête qu’il en a l’air mais hélas il ne l’exploite pas autant qu’il le devrait.

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Julia Roberts, Rupert Everett

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Le Verdict

réalisé par Sidney Lumet

avec Paul Newman, Charlotte Rampling, Jack Warden, James Mason, Milo O’Shea…

titre original : The Verdict

Drame américain. 2h. 1982.

sortie française : 16 février 1983

Avocat déchu et alcoolique, Frank Galvin racole ses clients dans les salons funéraires jusqu’au jour où il accepte de travailler sur l’affaire d’une jeune femme victime d’une erreur médicale et plongée dans le coma. Ce dossier qui risque de provoquer un scandale et de nuire à la réputation de l’hôpital, va être pour l’avocat l’occasion de retrouver sa dignité… ou de la perdre définitivement.

Le Verdict, nommé à cinq reprises aux Oscars dans les plus importantes catégories, est une adaptation du roman éponyme de Barry Reed, un ancien avocat. Cela peut expliquer la précision du scénario lorsqu’il aborde certains aspects juridiques. Sidney Lumet a été révélé par l’excellent Douze hommes en colère, certainement une des références du film du procès, un genre pas si évident à appréhender (pour ma part, j’aime énormément les films appartenant à ce genre). Comment rendre une oeuvre cinématographique alors que les films de procès partent toujours dans certains bavardages ou ont souvent un aspect assez théâtral (le métier d’avocat étant lui-même théâtral) ? Sidney Lumet réussit en tout cas parfaitement son pari. A travers ce film de procès, le réalisateur livre un portrait d’un homme en quête de rédemption par l’art de la justice de la quête de la vérité. Au début du long-métrage, Frank Galvin est un odieux personnage au fond du trou, passant plus de temps au bar à se bourrer la gueule et à s’inviter dans des enterrements pour racoler ses clients. On sait également qu’il avait failli être radié du barreau quelques années auparavant suite à une affaire qui a mal tourné. Le scénario, plutôt bien écrit et construit, cerne les différentes étapes de l’évolution de Frank dans son envie de se relever. La première partie expose la vie désastreuse de Frank. Ce dernier accepte une affaire proposée par son ancien partenaire Mickey. Il n’est pas censé la perdre : suite à une erreur d’anesthésie, Deborah Ann Kaye, qui devait accoucher à l’hôpital Ste-Catherine, a sombré dans un coma profond dont elle ne pourra pas s’en sortir. Sa soeur et son beau-frère ne cherchent pas au début à poursuivre les médecins coupables et veulent surtout une indemnisation. Pour résumer, Frank devra négocier une transaction et accepter le chèque de l’Archevêché de Boston qui est à la tête administrative de l’hôpital. Arrive alors la seconde étape : Frank n’accepte plus l’affaire par intérêt. Il a un déclic en « rencontrant » la victime à l’hôpital. Le goût de la vérité et de la justice finit par ressortir chez ce personnage qui se met à bosser pour de bon. Il refuse les dommages et intérêts prévus et compte mener une vraie bataille contre l’hôpital (défendu par un puissant cabinet d’avocats n’hésitant pas à user de stratagèmes douteux) en décidant d’aller au procès. Enfin, la troisième phase concerne la recherche d’un témoin clé qui devrait faire éclater la vérité : le procès trouvera alors son issue. Parallèlement à ce récit principal, notre personnage principal rencontre une certaine Laura Fischer.

Certes, Laura joue un petit rôle dans l’affaire que traite Frank. Surtout, ce personnage est surtout une sorte de reflet de la vie privée de Frank. Sa fonction de mise en parallèle avec un autre personnage aurait pu être gênant mais Laura ne se contente pas d’être un personnage-fonction. La scène finale (avec Laura qui téléphone à Frank) est très intéressante dans le sens où elle confirme pour de bon ce que va devenir Frank après cette affaire. Cette construction narrative, même si elle est structurée logiquement, m’a au début déstabilisée, comme si le film prenait un peu trop son temps pour installer son intrigue. Mais une fois qu’on a passé cette fameuse deuxième étape dans le récit, on comprend mieux où le film, qui devient de plus en plus captivant, nous amène. Comme le personnage principal, le spectateur prend conscience de certaines choses et a aussi envie de s’investir davantage dans l’affaire. La mise en scène est remarquable : solide, elle sait saisir l’espace d’une cour de justice tout en prenant en compte la place de son personnage. Ce point en question traduit bien également le travail des scénaristes qui ont su mettre en avant ce rapport entre un individu face à un système bien trop grand pour lui. A noter aussi un travail intéressant concernant la photographie et plus particulièrement l’éclairage. En effet, Lumet avait demandé à son directeur de la photo de s’inspirer du travail de Le Caravage. Effectivement, ce procédé de clair-obscur est bien présent dans le long-métrage et a un impact sur la manière de valoriser les lieux et décors. Paul Newman est impeccable dans le rôle de Frank Galvin, un personnage charismatique, profond, complexe et attachant. Son évolution au fil du film le rend encore plus humain. Il a clairement ses défauts : au-delà de noyer son mal-être dans l’alcool, même lorsqu’il veut retrouver sa dignité et pense certainement à la victime qu’il défend, il agit aussi par égoïsme : ce personnage touche parce qu’il n’est pas idéalisé. James Mason, dans l’un de ses derniers rôles de sa carrière, interprète avec intensité le rôle de l’avocat de la partie inverse. Charlotte Rampling est également convaincante dans le rôle de cette femme énigmatique et torturée. A noter également au casting la présence de Jack Warden et Ed Binns, qui faisaient partie du casting de Douze hommes en colère, ou encore les courtes présences de Bruce Willis et Tobin Bell ! Le Verdict est donc un film puissant et captivant à découvrir. On suit avec intérêt le portrait d’un homme qui retrouve foi devant une justice qui elle, justement, n’est pas toujours à la hauteur et s’éloigne de ce qui la définit.

Le Verdict : Photo Paul Newman, Sidney Lumet

Tendres passions

réalisé par James L. Brooks

avec Shirley MacLaine, Debra Winger, Jack Nicholson, Jeff Daniels, John Lithgow, Danny DeVito…

titre original : Terms of Endearment

Comédie dramatique américaine. 2h07. 1983.

sortie française : 4 avril 1984

Movie Challenge 2016 : film ayant remporté un Oscar

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Aurora a élevé seule sa fille Emma, excluant tout homme de sa vie. Pourtant, Emma quitte à la première occasion cette mère abusive. Seule, Aurora rencontre alors Garret, qui est un ancien cosmonaute désormais alcoolique… Des liens entre ces deux personnes prennent forme.

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Tendres Passions a marqué les Oscars en 1984 en étant cette année-là le film le plus nommé et surtout le plus récompensé : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure adaptation, meilleure actrice (Shirley MacLaine) et meilleur acteur dans un second rôle (Jack Nicholson). Beaucoup de critiques / spectateurs trouvent ces récompenses en question très disproportionnées, surtout face à de gros concurrents comme par exemple Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman. Enfin, c’est surtout les critiques françaises de l’époque qui n’ont pas été tendres (ahah je m’amuse à faire des jeux de mots) avec le premier long-métrage de James L. Brooks en tant que réalisateur (et qui est depuis le producteur des Simpsons). En France, on a visiblement commencé à réévaluer ce film grâce à la sortie du pourtant pas très bon Comment savoir (mais si, un film sans intérêt avec Reese Witherspoon, Paul Rudd, Jack Nicholson et Owen Wilson !). En revanche, les critiques américaines étaient d’emblée emballées par ce long-métrage, adapté du roman éponyme de Larry McMurtry (pour la petite info, la suite, Etoile du soir, toujours adapté d’un texte de McMurtry, a vu le jour en 1996, avec toujours MacLaine mais s’est vraiment fait massacrer par tout le monde) . En regardant le film (en précisant que je ne connaissais pas du tout cette sorte de « guéguerre » entre les critiques US et françaises au moment de sa sortie), j’avoue au début avoir été sceptique. Il n’y a pas de réelle intrigue dans le sens où on suit l’existence de deux femmes (une mère et sa fille) sur plusieurs années. Seule la fin semble marquer une sorte de rupture dans la construction attendue d’un point de vue narratif. Il faut aussi avouer que ça peut effectivement faire très soap-opera. La mise en scène ne m’a d’ailleurs pas impressionnée, c’est peut-être d’ailleurs le vrai défaut de ce long-métrage. Pourtant, sans crier au chef-d’oeuvre, il se passe quelque chose avec ce film. Même s’il a pu être excessif, je comprends dans un sens son succès. Petit à petit, au fil des scènes, je me suis laissée embarquer par ces deux histoires construites en parallèle. Bien sûr ce n’est pas d’une grande subtilité comme vous l’aurez deviné. On a donc d’un côté la mère Aurora, une veuve qui profite de la vie avec Garret, de l’autre sa fille n’a par contre pas la vie qui fait rêver. Une opposition a priori simple mais qui fonctionne réellement à l’écran. Je n’ai pas senti ce jonglage ni les ellipses au fil du temps sans réelle indication sur l’époque, on a l’impression que la vie de ces deux femmes passe assez naturellement à l’écran.

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Tendres passions n’est donc pas un film impressionnant d’un point de vue « technique », il a certainement ses défauts, il peut même faire fuir. Pourtant il est bien mieux qu’il en a l’air. La réputation de James L. Brooks sur ses qualités de scénariste qui comprend bien l’humain est selon moi totalement justifiée. Selon moi, les personnages sont bien plus profonds et véridiques qu’ils en ont l’air, qu’ils dépassaient justement le simple stade de personnages de soap. En tout cas, je suis passée à différents stades émotionnels. Je ne dirai pas que j’ai ri comme devant une pure comédie mais oui le film est tout de même drôle, parfois grinçant (rien que la première scène !) et sa légèreté de ton fait du bien. J’en suis également ressortie très émue. Certains diront que c’est de l’émotion Kleenex (sans vouloir révéler la fin). Peut-être. Cela dit, j’ai été étonnamment sensible, je dois même avouer que j’avais même les larmes aux yeux. Je reste persuadée qu’il faut aller au-delà de certains messages qui peuvent paraître simplistes. A mon avis, il faut aussi remettre ce film dans le contexte de son époque. Les femmes n’étaient pas aussi « libres » que maintenant, elles étaient encore conditionnées par leur mode de vie au foyer, leur famille etc… Il y a une volonté de montrer la possible autre vie qu’une femme des années 60 à 80 pouvait avoir, qu’il n’y avait pas que sa vie de mère ou d’épouse qui comptait, qu’elle pouvait exister en tant que femme. C’est ce que nous montre le personnage d’Aurora : elle apprend, à un âge tardif, à vivre vraiment. Sa fille semble en revanche reproduire une sorte de schéma que les femmes de cette époque (et je suis même certaine qu’il y en a encore beaucoup dans ce cas actuellement), comme si elle n’avait pas compris la leçon, qu’elle retiendra certainement au pire instant de sa vie. Enfin, le casting est vraiment bon, on sent les interprètes investis, rendant vraiment justice aux personnages déjà bien écrits à la base. Shirley MacLaine est – comme souvent – formidable dans le rôle de cette femme au caractère bien trempé, son Oscar ne m’a pas semblé volé tout comme celui de Jack Nicholson, également toujours génial. Debra Winger (que je connais assez mal) m’a également agréablement surprise et elle aussi aurait mérité la fameuse statuette hollywoodienne (rassurons-nous, elle avait tout de même été nommée). Parmi les seconds rôles, Jeff Daniels s’en sort très bien en époux au comportement discutable (pourtant, étonnamment on ne le déteste pas !), John Lithgow (lui aussi dans la liste des nommés pour son rôle) est très touchant et Danny DeVito fait également quelques apparitions bien sympathiques !

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Ida

réalisé par Pawel Pawlikowski

avec Agata Trzebuchowska, Agata Kulesza, Dawid Ogrodnik, Joanna Kulig…

Drame polonais. 1h22. 2013.

sortie française : 12 février 2014

Ida

Dans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses voeux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l’occupation nazie.

Ida : Photo Agata Trzebuchowska

Ida est un film qui semble être sorti de nulle part et finalement, grâce à un étonnant bouche-à-oreilles, ce petit film polonais en noir et blanc a réussi à trouver son public (tout de même 500 000 entrées en France). Il a évidemment remporté un grand nombre de prix (il a notamment tout raflé aux European Film Awards), sa consécration finale étant l’Oscar du meilleur étranger, au passage, une première pour la Pologne. La bande-annonce m’avait déjà intriguée à l’époque et j’avais lu de très bonnes critiques, que ce soit dans la presse ou sur différents blogs. Il est resté longtemps dans mon cinéma mais je ne sais pas trop pourquoi, je ne suis pas allée le voir. De plus, Pawel Pawlikowski n’est pas pour moi un réalisateur totalement méconnu puisque j’avais vu un de ses longs-métrages, My Summer of Love (avec Natalie Press, Emily Blunt et Paddy Considine), un film qui m’avait déçue et pourtant je le trouvais tout de même intéressant. Son Oscar tout comme l’ultra sévère critique de Chonchon (comme quoi, je ne suis pas la seule à killer les films – soyons solidaires !) m’ont poussée à le découvrir une bonne fois pour toutes. Je ne dirais pas que je suis déçue mais je trouve tout de même certaines critiques excessives. Je n’ai pas vu tous les films nommés dans sa catégorie aux Oscars (bon, j’en ai vu tout de même 3 sur 5), mais oui, j’aurais préféré que Les Nouveaux Sauvages gagne à la place. Cependant, ne tournons pas trop autour du pot : certes, j’ai aimé Ida malgré mes petits reproches, notamment une première partie un peu trop longue à mon goût. Cependant, même si le film ne m’a pas autant bouleversée que j’aurais pu l’imaginer, j’ai tout de même été touchée par l’histoire, notamment sa seconde partie, selon moi plus réussie et qui permet au film de prendre tout son sens. Voir cette jeune fille (Ida / soeur Anna) qui décide de son sort, à prendre en quelque sorte un nouveau départ, est très touchant. Il est également intéressant de voir comment le portrait d’Ida, qui reste le personnage principal, est mis en parallèle avec les personnages secondaires, comme celui de la tante d’Ida et du jeune musicien. D’un côté, Pawel Pawlikowski réussit à montrer les différentes réactions suscitées par l’Histoire. La tante a toujours mal à se relever suite aux souffrances infligées à sa famille juive (ce qui explique son alcoolisme et ses idées sombres) à cause de la Shoah tandis qu’Ida accepte malgré tout ce passé douloureux qui fait partie d’elle et c’est en l’acceptant qu’elle pourra faire les choix et devenir la femme qu’elle devait être. De l’autre, le musicien joue un rôle très important. La musique représente à la fois tout ce qui semble interdit au sein du couvent (elle représente alors un espace de liberté possible) et paradoxalement elle représente aussi une forme de spiritualité et de foi.

Ida : Photo Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska

Nous comprenons alors que les révélations sur les parents d’Ida ne sont qu’un prétexte pour évoquer les choix de chaque individu face à son histoire et cela dépasse bien la question de la religion et de la spiritualité. Cependant, je peux comprendre que certains spectateurs aient pu être frustrés par cette partie du scénario. Il n’est pas faux de dire que les vingt dernières minutes relancent le film. Pour moi, cela serait réducteur de dire que tout l’intérêt du film réside à la fin. Pourtant, cette dernière partie permet effectivement au propos de prendre forme. Quelque part, le scénario est plutôt puissant, pour moi la magie a tout de même opéré et pourtant il est dommage de voir une première partie un peu moins à la hauteur. Au-delà d’une histoire qui peut sembler simple, mais qui est en réalité bien plus complexe, nous ne pouvons pas passer à côté de ce qui touche l’esthétique. Tout d’abord, la mise en scène est très soignée, précise et calculée. J’avais peur que cette forme de minimalisme me rebute mais en fait pas du tout. Le travail qu’a effectué le réalisateur est ambitieux mais n’est jamais pour moi prétentieux. De plus, le noir et blanc est vraiment magnifique, mettant vraiment en relief les personnages et les décors. Effectivement, ce choix rend le film un peu plus froid mais je pense que c’est voulu par le réalisateur, notamment par la présence de la neige, qui renforce cette idée de froideur. Le noir et blanc montre également la grande part d’Histoire qui secoue notre héroïne et les personnages secondaires. Sans dire que ce choix rend ce film sublime, je trouve que le noir et blanc renforce tout de même bien la dualité d’Ida / soeur Anna, à la fois face à un passé sombre et une foi et un destin qui confirme l’envie de vivre sa vie comme elle l’entend. Enfin, Ida est servi par un très bon casting. Agata Trzebuchowska, qui incarne Ida, n’avait jamais joué dans un film avant celui-ci pourtant elle a beaucoup de talent et dégage une quantité d’émotions. Dans un rôle plus secondaire mais tout de même important, j’ai également beaucoup aimé l’interprétation d’Agata Kulesza. qui incarne la troublante Wanda (la tante d’Ida), une femme qui peut sembler dure (en contraste avec l’apparence innocente et fraîche de sa nièce) mais qui est en réalité très fragile.

Ida : Photo Agata Trzebuchowska, Dawid Ogrodnik

Absolutely Fabulous

Créée par Jennifer Saunders et Dawn French

avec Jennifer Saunders, Joanna Lumley, Julia Sawalha, Jane Horrocks, June Whitfield…

Série comique britannique. 5 saisons. 1992-2004.

Elles sont vieilles, elles sont liftées, elles boivent comme des trous et elles jurent à longueur de journée ! Patsy et Edina nous entraînent dans leur quotidien déjanté…

Jennifer Saunders et Dawn French (la Grosse Dame dans Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, c’était elle) formaient un duo depuis 1987 dans une série comique, diffusée sur la BBC Two intitulée tout simplement French and Saunders. Ce show est principalement connu pour ses parodies, que ce soit de films (Titanic, La leçon de piano ou plus récemment dans une émission spéciale Mamma Mia), de séries (Dr Quinn, Alerte à Malibu…) ou encore de chanteurs ou groupes de musique (Madonna, Britney Spears, Abba, Alanis Morissette, Boyzone, U2, The Corrs, Cher, The White Stripes…). Si vous avez envie de vous faire une idée, je ne peux que vous conseiller d’aller regarder certains de ces sketchs sur Youtube par exemple. C’est dans l’un des sketchs, que vous pouvez regarder ici, que va naître une autre série, encore plus culte : Absolutely Fabulous. Cette série a duré cinq saisons de 6 à 8 épisodes en moyenne, chaque épisode durant trente minutes. Il y a eu également des épisodes en hors saison (comme récemment celui qui se déroule pendant les derniers Jeux Olympiques). Le générique, également culte, est une reprise de This Wheel’s on Fire par Julie Driscoll et Adrian Edmondson. Hélas, la série a aussi connu une abominable adaptation française, par Gabriel Aghion en 2001, intitulée simplement Absolument fabuleux, avec des Josiane Balasko et Nathalie Baye jouant comme des pieds (et je suis gentille).

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Edina « Eddy » Monsoon (Jennifer Saunders) et Patsy Stone (Joanna Lumley) sont deux amies officiellement quarantenaires (car on sait tous que Patsy ment sur son âge), qui ne sont pas encore sorties des années 1960/1970. Elles ont toutes les deux une passion pour le sexe, les clopes, la drogue, l’alcool, la mode et la chirurgie esthétique. Eddy, qui dirige sa société de relations publiques (même si elle ne bosse pas des masses) est une pseudo-bouddhiste fan de Christian Lacroix et mère de deux enfants : Serge, né d’un premier mariage avec Marshall Turtle (remarié avec la déglinguée Bo) et parti depuis un bail (on peut le comprendre), et Saffron, née de son second mariage avec Justin, depuis devenu homosexuel et qui vit toujours avec sa mère. Les relations entre Edina et sa fille sont particulièrement houleuses, les rôles étant inversés principalement à cause de l’immaturité d’Edina. Cette dernière, qui aime pourtant sa fille (à sa manière), a du mal à comprendre pourquoi Saffron est si sage (en gros elle ne se drogue pas, ne boit pas et ne couche avec le premier venu) ni pourquoi elle fait des études. On pourra également ajouter le fait qu’Eddy vit également avec sa mère, probablement atteinte de la maladie d’Alzheimer. Patsy est dans un état plus lamentable que sa copine (elle est littéralement « stone »). Elle a été vaguement  mannequin, a eu une « carrière » d’actrice porno et n’a rien mangé de solide depuis des lustres, Elle aussi est censée bosser dans un magazine de mode sauf qu’elle ne fout rien non plus (c’est même encore pire qu’Eddy dans ce domaine). Elle déteste Saffron qui, selon elle, n’aurait jamais dû naître et est capable de lui balancer les pires horreurs.

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Absolutely Fabulous est d’abord une série qui me fait énormément rire et qui ne me lasse pas depuis des années. La recette ? Tout d’abord, il y a le comportement irresponsable et la mauvaise foi d’Eddy, créant souvent un décalage détonant avec sa fille. Ainsi, Saffron engueule sa mère comme s’il s’agissait de sa fille et va même plus loin en lui achetant des capotes ! Puis, les répliques méchantes et insultantes de Patsy, qui n’a aucune gêne à balancer toutes ces saloperies, font également partie de ces ingrédients humoristiques. Enfin, on peut tout simplement évoquer la stupidité même des deux copines. Cependant, même si les deux amies ont un comportement plus que discutable, elles restent attachantes. La série, surtout les premières saisons, fait très années 90s, pourtant elle n’a pas vieilli. D’ailleurs, les dernières saisons se déroulent dans les années 2000 et mise à part quelques petits changements esthétiques, le fond n’a pas du tout changé. Eddy et Patsy rappellent clairement les femmes d’aujourd’hui (on pourra notamment penser à un grand nombre de célébrités) qui refusent de vieillir et qui ne sont préoccupées que par les apparences. Absolutely Fabulous montre également une société britannique divisée en deux camps. Pour schématiser, d’un côté, Eddy, Patsy et toutes leurs connaissances, représentent cette société devenue moderne, excentrique, refusant le conformisme mais qui est superficielle, vide et inculte. De l’autre, Saffy et sa grand-mère représentent une Angleterre assez coincée.

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Dans l’ensemble, j’aime les cinq saisons et les épisodes hors saisons. Toutes les saisons vont nous offrir un lot d’épisodes réussis et marquants. On pourra par exemple citer « Poor » (ép.5, saison 2) dans lequel Saffy va faire croire à sa mère qu’elle n’a plus d’argent afin qu’elle réduise ses dépenses extravagantes, « France » (ép.3, saison 1) où on va suivre les vacances d’Eddy et Patsy dans le Sud de la France ou « Sex » (ép.3, saison 3), dans lequel Edina et Patsy vont faire appel à des prostitués. Les trois premières saisons sont celles que je préfère. La troisième saison est selon moi la plus intéressante : il y a enfin une évolution. Ainsi, Edina veut reprendre sa vie en main et semble enfin travailler (même si elle a parfois un comportement crétin mais elle bosse). Bubble, la stupide assistante d’Eddy, va également prendre plus de place pour notre plus grand bonheur. En revanche, j’aime un peu moins la saison 5 qui met en scène la grossesse et la nouvelle vie de famille de Saffron. On a pu voir dans les quatre précédentes saisons une Saffy très responsable. Du coup, en connaissant le personnage, j’ai eu un peu de mal à croire qu’elle ait pu tomber enceinte par accident. Je ne pense pas qu’elle aurait pu reproduire le même schéma que sa mère. De plus, même si son compagnon africain John (interprété par le regretté Felix Dexter) est très sympathique, Saffy ne semble pas très amoureuse. Sa grossesse pourra même agacer et même si leurs propos restent toujours excessifs, pour la première fois, on donnerait presque raison à Edina et Patsy de s’interroger (évidemment bêtement du style « chérie, il y a eu pénétration ? ») sur cette grossesse. Cependant, il faut avouer que voir Edina en mamie ou la voir s’extasier sur ce bébé métisse (ça fait branché selon elle) reste drôle.

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Le casting, 100% féminin en ce qui concerne les rôles principaux, est également très bon. Jennifer Saunders (qui prête sa voix à Marraine la fée dans Shrek 2) et Joanna Lumley (vue récemment dans Le Loup de Wall Street), très complices, sont excellentes dans les rôles désormais cultes d’Edina et Patsy. Julia Sawalha (Lydia Bennet dans la série de la BBC Orgueil et Préjugés) est également très convaincante dans le rôle de Saffron et les apparitions de June Whitfield, qui incarne la mère d’Edina, sont aussi drôles. Jane Horrocks va également marquer la série en interprétant la délirante Bubble ainsi que sa cousine Katy Grin, une présentatrice tv également tarée. Parmi les personnages secondaires, on a également le plaisir de retrouver au casting Christopher Malcolm (Justin, le père gay de Saffron), Kathy Burke (Magda) ou encore Naoko Mori (Sarah, l’amie tarée de Saffron) pour ne citer qu’eux. La série a également été marquée par un grand nombre de guests. On a ainsi pu voir voir la co-créatrice de la série Dawn French en journaliste tv, Idris Elda en prostitué, Helena Bonham Carter en fille idéalisée dans les rêves les plus fous d’Eddy, Kristin Scott Thomas en dingue, Miranda Richardson en mère dépassée ou encore Celia Imrie qui incarne l’impitoyable Claudia. On retrouve également, dans leurs propres rôles, Naomi Campbell tiraillée entre Edina et Claudia, l’ex-Spice Girl Emma Bunton en amie d’enfance de Saffron, Minnie Driver en connasse qui veut tout gratuit, le regretté Stephen Gately des Boyzone abordé par une Edina torchée en soirée, Jean-Paul Gaultier, Elton John ou encore Sacha Distel dans l’épisode se déroulant à Paris.

Pour finir, je vous propose ici un petit best of de la série, un moment de bons souvenirs pour certains, et peut-être pour d’autres l’occasion de découvrir cette série culte.

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A Girl at my door

réalisé par July Jung

avec Doona Bae, Kim Sae-Ron, Song Bae-Byeok…

Drame sud-coréen. 2h. 2014.

sortie française : 5 novembre 2014

A girl at my door

Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d’office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Dohee dont le comportement singulier et solitaire l’intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…

A girl at my door : Photo

Présenté au festival de Cannes 2014 dans la section « Un section regard » et co-produit par Lee Chang-Dong (le réalisateur des magnifiques Secret Sunshine et Poetry), A girl at my door est dans l’ensemble une belle surprise venue de Corée du Sud. Pour son premier long-métrage, July Jung n’a pas choisi la facilité. En effet, elle traite à la fois de la maltraitance infantile, l’homosexualité (un sujet pratiquement pas traité dans le cinéma coréen), l’alcoolisme, l’isolement rural, la pédophilie (même si ce n’est pas non plus réellement au coeur du film, ceux qui ont vu le film comprendront ce que je veux dire) et les sans-papiers (que des sujets très joyeux !). La réalisatrice aurait pu s’éparpiller ou trop survoler ces sujets mais en réalité ce n’est pas le cas. Mieux, grâce à une mise en scène ingénieuse et un scénario malin (même s’il n’est pas toujours surprenant) elle arrive à les insérer intelligemment, comme si un sujet en amenait un autre : l’effet d’engrenage fonctionne plutôt bien. Finalement, ce choix est assez cohérent puisque la violence entraîne les personnages dans une spirale infernale dont les personnages ne seront pas certains d’en sortir. La violence est au coeur de ce film, on voit à plusieurs reprises des actes de violence. Cependant, le film n’est pas violent. Au contraire, on trouve même beaucoup de pudeur et de délicatesse. Finalement, ce sera la critique de cette Corée homophobe et corrompue qui sera réellement violente.

A girl at my door : Photo

Doona Bae (Sympathy for Mr Vengeance, The Host, Cloud Atlas) est excellente dans le rôle de cette policière victime d’homophobie, qui se prendra d’affection pour Dohee. Elle a une attitude plutôt froide, par son statut de chef et par son identité sexuelle qui la rend distante avec les gens pourtant son comportement maternel rend ce personnage touchant. Quant à Kim Sae-Ron (Une vie toute neuve, The man from nowhere), qui incarne la gamine battue par son père, elle est étonnante. Elle arrive à garder une certaine fraîcheur (les scènes où elle danse montrent qu’elle est encore une enfant malgré tout ce qu’elle a vécu) et en même temps elle réussit à être troublante (étant victime de violence, devra-t-elle à son tour en quelque sorte un monstre ?). On regrettera cependant quelques longueurs. En effet, l’intrigue aurait pu être plus resserrée, du coup on aurait pu avoir des émotions encore plus intenses. Cependant, je ne me suis pas non plus ennuyée. Pour conclure, le film possède quelques maladresses mais dans l’ensemble il s’agit tout de même d’un bon film qui n’est pas tendre avec la société coréenne et qui arrive à être plus universel en évoquant la maltraitance sur mineur. Pour un premier long-métrage, July Jung s’en tire plutôt bien et je compte suivre sa carrière de près.

A girl at my door : Photo

Black Books

Créée par Dylan Moran et Graham Linehan

avec Dylan Moran, Bill Bailey, Tamsin Greig…

Série comique britannique. 3 saisons. 2000-2004.

Black Books est une librairie londonienne de seconde zone, tenue par un irlandais alcoolique répondant au doux nom de Bernard Black. Ce dernier ne fait aucun effort pour vendre ses livres ou s’habiller, il déteste ses clients et ne connaît rien à la comptabilité…

Black Books : Photo Bill Bailey (II), Dylan Moran, Tamsin Greig

Ce cher Bernard Black est devenu ma photo de profil de ce blog (je trouve ce personnage tellement agréable, sympathique, accueillant même), je devais bien lui rendre hommage à travers ce billet. Bernard Black est le héros (ou plutôt anti-héros) de ma série préférée (avec Twin Peaks – oui, rien à voir), Black Books, qui reste trop peu connue en France, bien qu’elle ait été diffusée (il y a maintenant quelques années) sur Canal +, Comédie ou encore France 4. C’est sur la chaîne de France Télévisions que j’ai découvert par hasard Black Books. Je n’avais vu qu’un épisode vite fait un matin malade (je ne me rappelle pas forcément de l’épisode en question, je sais juste que ça m’avait fait marrer), et quelques années plus tard, j’ai finalement décidé de regarder l’intégralité de la série (cela n’a pas été long vu qu’il n’y a que 18 épisodes, qui dure chacun 24 minutes). Je précise qu’il faut absolument la regarder en VO. Cette série a été créée par deux Irlandais. Le premier est Dylan Moran (qui incarne le fameux Bernard Black), roi du stand-up dans son pays et vu dans Shaun of the dead (le sosie d’Harry Potter, c’était lui) et meilleur ami de Simon Pegg dans Cours toujours Dennis. Le second est Graham Linehan, créateur d’une autre série culte : The IT Crowd. Cette série, étalée sur trois saisons, ne comporte que dix-huit épisodes, mais j’ai envie de dire : que de putains d’épisodes !

Black Books : Photo Bill Bailey (II)

On accroche dès le premier épisode qui nous présente d’entrée le ton noir de cette série : Bernard Black est sûrement le pire libraire de la planète (son interprète et créateur se serait inspiré d’un véritable libraire dublinois). Ce libraire irlandais installé à Londres a un vrai problème avec l’alcool, fume comme un pompier, déteste profondément ses clients (en fait, les gens tout court), n’hésite pas à les foutre dehors et n’aime pas vendre des livres parce que ça le fait chier de commander des livres ! Ses deux seules amies sont la boisson et Fran, une alcoolique (d’où son nom de famille, Katzenjammer, qui signifie « gueule de bois » en allemand) qui occupe la boutique d’à côté (même si elle ne sait pas trop ce qu’elle vend). Bernard est clairement un solitaire, voire même un misanthrope. Cependant, n’étant absolument pas doué pour la comptabilité (son cahier de comptabilité est rempli de dessins), il engage Manny, un comptable croisé par un drôle de concours de circonstances. Ces trois losers vont apporter beaucoup à cette série hilarante et bien écrite. A part dans le tout dernier épisode où il dévoile un peu son humanité, Bernard Black est clairement un connard dans tous les autres épisodes et cela en devient jouissif ! L’opposition entre Bernard et Manny (marquée par les noms de famille Black/Bianco) est également très drôle (même si les deux deviennent très vite copains dès qu’il s’agit de beuverie). En gros, Manny fait le boulot que Bernard ne fait pas. Il est cool, gentil avec les clients, fait vendre des livres etc… Fran est aussi un personnage intéressant car elle est la seule qui va évoluer (alors que Bernard reste odieux et Manny démissionne pour revenir très vite auprès de Black). Elle va quitter sa boutique et enchaîner divers boulots, notamment dans un bureau où elle ne saura pas quoi faire et sera particulièrement marquée par, selon elle, une grosse, un boutonneux et un mec qui se gratte tout le temps les couilles. Cet épisode est vraiment merveilleux et il y en a tellement d’autres qui le sont !

Black Books : Photo Dylan Moran

C’est difficile de citer tous ces épisodes en question mais, croyez-moi, beaucoup m’ont fait hurler de rire, grâce à des histoires proposées barrées et des répliques particulièrement cinglantes. Entre Bernard qui se retrouve à la rue et qui finit par bosser quelques minutes dans un fast food (juste éviter la pluie !), Bernard et Manny qui cuisinent (Gordon Ramsay a de la concurrence) ou encore toujours les deux compères qui se vident des bouteilles de vin de luxe, les épisodes sont riches et surtout loufoques. Mais l’épisode qui vaut vraiment le détour et qui ne me lassera jamais reste pour moi le deuxième épisode de la saison 3, « Elephants and Hens », dans lequel d’un côté, Bernard et Manny vont écrire un livre pour enfants (un pur chef-d’oeuvre de la littérature), de l’autre Fran qui retrouve ses anciennes copines (et resteront… des anciennes copines). A l’image du nom de la série, de la librairie et du personnage principal, l’humour est assez noir, principalement grâce à la misanthropie et au nihilisme de Bernard. Cet humour noir arrive parfaitement à s’intégrer à un univers très délirant (il faut avouer qu’il se passe beaucoup de choses autour de cette librairie !), qui parodie (un peu comme dans Spaced, mais à mon sens de façon plus « subtile ») volontiers des thèmes souvent exploités dans les séries ou au cinéma : l’apocalypse (le film que Bernard compte aller voir au cinéma ou les livres vendus pendant une canicule), la mafia (avec un mafieux analphabète), la survie (Manny qui bouffe des abeilles), l’exploitation féminine (Manny tombe dans les filets d’un photographe séduit par sa barbe !), la culture bio (Fran qui crève la dalle) etc…

Black Books : Photo Bill Bailey (II), Dylan Moran, Tamsin Greig

Les situations sont clairement absurdes mais elles paraissent également crédibles grâce à leurs interprètes qui n’en font jamais des caisses, pour ne pas en surajouter. Dylan Moran est excellent dans le rôle de Bernard Black, ce personnage qui est une véritable ordure avec les gens et son employé Manny (on peut le dire : il l’exploite) mais son cynisme le rend attachant malgré tout. En réalité, on adore le voir odieux avec tout le monde ! J’adore également Bill Bailey, avec son air de Bisounours, malmené par Bernard mais qui devient vite ami avec lui dès qu’il s’agit de boire (même s’il n’est pas alcoolique, contrairement à ses deux compères) ou de faire des conneries ensemble. Enfin, Tamsin Greig complète parfaitement bien ce trio de choc, en alcoolique qui a du mal à se trouver un mec (soit elle sort avec un gay soit elle fantasme sur Howeeeell, un gars qui a une voix tellement grave qu’elle en a des orgasmes !), qui se retrouve également toujours dans des situations improbables, mais contrairement à Bernard, elle est sociable. Les apparitions de guest stars sont également amusantes : Simon Pegg en libraire concurrent psychorigide, Nick Frost en installateur d’alarme qui zozote (et évidemment, Black se fout ouvertement de sa gueule), Jessica Hynes (oui, le casting de Spaced se tape l’incruste) en adepte de yoga complètement timbrée, Martin Freeman en toubib ou même Graham Linehan en client qui porte un t-shirt « I love books ». Je me suis beaucoup attardée sur les personnages, mais en définitive, le vrai personnage central de cette série est cette librairie. Parfois tout le temps « closed » selon sa pancarte, ou même « clopened », crade, (c’est un euphémisme), mal rangé (les livres sont balancés n’importe comment – c’est l’anarchie), avec des bêtes (pas vraiment identifiées) venues y faire un tour, cette librairie, qui est également l’appartement de Bernard et Manny, est un lieu réaliste (qui contraste avec l’univers loufoque) où se déclenchent toutes les intrigues. Bref, si vous ne connaissez toujours pas cette série, je vous invite à la découvrir (si je ne dis pas de bêtises, les épisodes – uniquement en V.O. – sont sur YouTube) et si vous avez envie de vous faire une petite idée, un (petit) best of ICI.

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Nebraska

réalisé par Alexander Payne

avec Bruce Dern, Will Forte, June Squibb, Bob Odenkirk, Stacy Keach…

Comédie dramatique américaine. 1h55. 2013.

sortie française : 2 avril 2014

Nebraska

Un vieil homme, persuadé qu’il a gagné le gros lot à un improbable tirage au sort par correspondance, cherche à rejoindre le Nebraska pour y recevoir son gain, à pied puisqu’il ne peut plus conduire. Un de ses deux fils se décide finalement à emmener son père en voiture chercher ce chèque auquel personne ne croit. Pendant le voyage, le vieillard se blesse et l’équipée fait une étape forcée dans une petite ville perdue du Nebraska qui s’avère être le lieu où le père a grandi. C’est ici que tout dérape. Rassurez-vous, c’est une comédie !

Nebraska : Photo

Malgré la présence d’Alexander Payne derrière la caméra et un prix d’interprétation pour Bruce Dern au festival de Cannes l’an dernier, je n’attendais pas grand-chose de ce film, au pire à quelque chose de sympathique. Finalement, Nebraska est la bonne surprise de ce mois d’avril. A première vue, il n’y a rien d’exceptionnel dans ce petit road-movie en noir et blanc. Et pourtant, la magie opère, notamment grâce à une mise en scène particulièrement efficace et un regard subtil et intelligent. J’ai trouvé le film parfaitement équilibré entre l’humour, parfois noir (les cousins débiles qui ont commis un viol une agression sexuelle, la femme de Woody, qui ne se laisse pas faire, qui pisse sur des tombes et qui raconte que tout le monde voulait coucher avec elle durant sa jeunesse) et l’émotion (le père et le fils renoue des relations, la vraie personnalité de Woody est petit à petit révélée), sans jamais être lourd ou larmoyant. Il y a également un bon équilibre en ce qui concerne le rythme. En effet, le film dure presque deux heures  pourtant, même si le rythme n’est pas très rapide, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. De plus, à premier abord, le sujet semble assez simple, mais le scénario reste bien écrit, sachant aller dans la bonne direction. Au début, on ne comprend pas forcément le choix du noir et blanc. Finalement, en avançant dans le film, on peut voir où cela veut en venir. Je me suis aperçue que le film jouait beaucoup avec les contrastes. En effet, dans un road-movie, on s’attendrait à voir de beaux paysages, mis en valeur par de belles couleurs et le tout accompagné par une musique typiquement américaine. Or, même si on retrouve bien une bande-son excellente (par Mark Orton et Robert Burger), ici, les couleurs ne sont éclatantes. Visuellement, le film reste très beau et soigné (la photographie et la lumière permettent ce résultat splendide) mais ce noir et blanc fait ressortir un sentiment mélancolique, presque morbide. Toujours grâce à ce choix visuel et esthétique, Alexander Payne peint un portrait sombre du Nebraska et des vieux « amis » de Woody. Enfin, la famille au coeur de ce film est très attachante et servie par d’excellents interprètes. Bruce Dern est vraiment formidable dans le rôle de ce vieil alcoolique probablement un peu trop naïf et qui tente de retrouver sa fierté. Will Forte et Bob Odenkirk (le premier est le gentil fils loser, le second incarne l’aîné) sont également très convaincants. L’autre bonne surprise du film est June Squibb, qui incarne la vieille épouse de Woody : elle n’a pas remporté l’Oscar du meilleur second rôle féminin, mais personnellement, je trouve que c’elle qui le méritait le plus. C’est mon gros coup de coeur, et il faudrait regarder ce film rien que pour elle !

Nebraska : Photo

The Spectacular Now

réalisé par James Ponsoldt

avec Miles Teller, Shailene Woodley, Brie Larson, Kyle Chandler, Bob Odenkirk, Mary Elizabeth Winstead, Kaitlyn Dever, Andre Royo, Jennifer Jason Leigh…

Comédie dramatique américaine. 1h35. 2013.

sortie française : 8 janvier 2014

The Spectacular Now

Sutter est un adolescent brillant, drôle, charmant… et très porté sur la boisson. Son quotidien est chamboulé par sa rencontre avec la timide Aimee, une jeune femme totalement différente de lui.

The Spectacular Now : Photo Miles Teller, Shailene Woodley

L’alcoolisme est un sujet que James Ponsoldt connait plutôt bien : en effet, son précédent film Smashed mettait en scène une épatante Mary Elizabeth Winstead qui incarnait une jeune institutrice tentant de sortir de cette spirale infernale (le combat étant encore plus difficile à cause de son mari, également alcoolique, interprété par un remarquable Aaron Paul). Le réalisateur, qui adapte le très bon roman de Tim Tharp, s’attaque toujours à l’alcoolisme mais cette fois-ci chez les plus jeunes. Scott Neustadter et Michael H. Weber (scénaristes de Nos Etoiles Contraires ou de (500) Jours Ensemble) ont coupé beaucoup de passages du roman. Au début, cela peut être perturbant car ces chapitres en question permettaient de mieux cerner Sutter, le personnage principal masculin. Cependant, même si j’avais compris la démarche de l’auteur Tim Tharp, il faut avouer que le début était un peu trop long et que la fameuse Aimee arrive relativement tard. Au final, les deux scénaristes ont fait un travail d’adaptation remarquable. Ils ont su garder l’essentiel de l’histoire, ce qui permet à ce film plutôt court d’être rythmé et de mieux saisir les enjeux proposés. Ainsi, on voit rapidement le mode de vie de Sutter et au lieu de l’attendre une plombe, Aimee intervient rapidement dans l’histoire.

The Spectacular Now : Photo Miles Teller, Shailene Woodley

Ponsoldt et ses scénaristes ont pour moi bien traité l’alcoolisme et l’adolescence à la fois, en évitant plutôt les clichés et en faisant plutôt appel à la subtilité. La romance entre Sutter et Aimee est également très touchante. Le seul truc qui est plutôt dommage est la fin, différente du bouquin : je n’ai rien contre le fait de faire des modifications, mais cette scène finale, qui dure pourtant peu, peut être dérangeante car je trouve qu’elle détruit tout ce qui s’était mis en place : tout d’abord, l’alcoolisme détruit l’alcoolique et ceux qui l’entourent. Puis, devenir adulte est quelque chose difficile. Même si l’histoire d’amour entre ces deux adolescents est attachante, on peut tout de même la remettre en question selon un point de vue que j’adopte, qui me semble intéressant. Un lien idyllique se crée forcément entre les deux mais sont-ils vraiment amoureux ? En lisant le bouquin puis en regardant le film, je me suis posée la question. En effet, Sutter aime sûrement bien Aimee mais il la détruit en la rendant à son tour alcoolique. Quant à Aimee, on a l’impression qu’elle aime Sutter parce que ce dernier est le seul à s’intéresser à elle. En tout cas, le duo formé par le charismatique Miles Teller et l’adorable Shailene Woodley fonctionne vraiment bien. Même s’il n’est pas parfait et qu’il n’a rien de spectaculaire, quelque chose fonctionne dans ce film indépendant intelligent et charmant à la fois.

The Spectacular Now : Photo Shailene Woodley