Grave

réalisé par Julia Ducournau

avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabat Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Marion Vernoux, Bouli Lanners, Jean-Louis Sbille…

Epouvante-horreur, drame français, belge. 1h38. 2016.

sortie française : 15 mars 2017

interdit aux moins de 16 ans

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Grave : Photo

Difficile de passer à côté du phénomène Grave, grand vainqueur à Gérardmer cette année et présenté l’année précédente à la Semaine de la Critique à Cannes (pour ne citer que ces festivals). Il s’agit du premier long-métrage de l’ex-étudiante de la FEMIS, Julia Ducournau : elle avait co-signé Mange, un téléfilm pour Canal + en 2012 et un court-métrage intitulé Junior (et on retrouve dans le casting une certaine Garance Marillier). Grave, co-produit par Julie Gayet, a vite fait le buzz pour ses scènes cannibalistes. On a lu à plusieurs reprises (que ce soit dans la presse ou même sur les réseaux sociaux) que des spectateurs avaient gerbé à cause de certaines scènes visiblement insupportables. C’est pour cette raison que je n’ai pas tenu à découvrir ce film en salles, de peur que mon petit coeur, mon foie, mon estomac et mon cerveau (oui, tout ça) ne supportent pas ce choc (rappelez-vous que j’ai vu Salo de Pasolini en deux fois, le tout avec ma poubelle à côté parce que je sentais que j’allais physiquement dégueuler). Cela dit, entre temps, plusieurs blogueurs m’ont prévenue, je cite, qu’en fait il n’était pas si gore mais la fin était tout de même épicée. J’ai également bien retenu toutes les informations que j’ai lues (sans me spoiler) : le film ne serait pas à proprement parler gore malgré sa réputation. La réalisatrice dit elle-même qu’il s’agit plus d’un drame, parfois comique, mélangé au body horror. J’accepte tout à fait ce postulat et effectivement c’est ce qu’on constate très rapidement. Mais cela ne m’a pas empêchée d’être fortement déçue. En fait, j’ai l’impression d’avoir été confrontée à ma séance de It Follows (également un film de genre d’auteur absolument adoré pour tout le monde alors qu’il a pour moi un certain nombre de défauts / éléments problématiques) en terme de déception (ici encore plus élevée). Mon problème n’est pas nécessairement lié au manque de gore même si je reviendrai tout de même sur ce point. La mise en scène en elle-même n’est pas ce qui m’a gênée, je n’ai pas de reproche à lui faire, c’est peut-être même l’un des seuls points positifs que je relève. C’est globalement l’écriture qui m’a réellement chiffonnée. Cette oeuvre a été vantée pour son intelligence, sa psychologie et que sais-je. Justement, j’ai trouvé l’écriture terriblement pauvre, pas du tout fine et parfois même incohérente et tombant sans cesse dans la sur-référence.

Grave : Photo

Par exemple, l’héroïne se prénomme Justine en référence au personnage de Sade (déjà on y va avec de gros sabots – et c’est ça tout le long du film) nous est présentée comme une jeune fille intelligente (on comprend même qu’elle serait probablement surdouée) qui aurait même son petit caractère. Première question que je me suis automatiquement posée : pourquoi ne refuse-t-elle pas toutes les actions liées au bizutage (parce qu’elle ne résiste pas vraiment) ? On va me répondre : parce que justement, c’est à cause du bizutage qui fout la pression. Justement, le bizutage. La réalisatrice prétend que son film n’est pas sur le bizutage. Je veux bien la croire. Sauf que ce bizutage en question prend une place bien trop importante dans le film par rapport à ce que la réalisatrice a voulu raconter. Surtout, je n’ai pas cru une seule seconde à l’environnement. Pour le bizutage dans les grandes écoles, je suis parfaitement au courant de ce qui se passe, de la violence et de l’humiliation autour. Les visages ont beau être anonymes (le film ne se concentre que véritablement sur les trois personnages principaux), on ne croit pas que ces jeunes-là puissent être l’élite de la France (et j’ai même envie de dire que ça concerne aussi justement Justine, sa soeur et son coloc’ sans être méchante). Surtout, on retrouve tous les clichés possibles et insupportables (et je ne trouve pas que Ducournau en joue particulièrement bien) sur les films de campus. Il est aussi étrange de ne pas utiliser la prépa vétérinaire suffisamment à fond pour le scénario. Certes, Justine est une jeune végétarienne qui défend les animaux avec conviction. On ne peut que penser à cette scène où la jeune fille défend avec pertinence les animaux victimes de zoophilie en établissant une comparaison avec les victimes (humaines) de viol. Cela dit, cela me parait aberrant que face à sa faim grandissante Justine ne tente même pas de s’attaquer à un des animaux présents dans la prépa ou dans les alentours. Le traitement de la relation entre les soeurs m’a également semblé problématique. Je n’ai jamais eu l’impression d’être face à des soeurs tellement elles sont distantes ce qui est bizarre vu le secret familial qu’elles partagent. Les réactions d’Alexia ne m’ont pas paru crédibles : pourquoi ne l’empêche-t-elle de lutter contre le cannibalisme (et même l’incite) ? Pour se sentir moins seule (au passage, un sentiment pas réellement exploité que ce soit de son côté ou celui de Justine) ? Mouais.

Grave : Photo Garance Marillier

J’avoue que je n’ai en tout cas globalement pas cru aux réactions des personnages qui évoluent aussi vite qu’ils changent de chemises. Julia Ducournau a en tout cas insisté de nombreuses fois sur la profondeur de son film (à l’entendre, on a l’impression qu’elle a réinventé à elle seule le cinéma, elle est insupportable), sur les thèmes mis en avant, que son film ne parle finalement pas de cannibalisme etc. Donc on relève les principaux thèmes traités : le passage de l’adolescence à l’âge adulte, la découverte de la sexualité (avec un parallèle lourdingue avec l’animalité et la faim) et de son corps littéralement en mutation, l’héritage familial… Mais tous ces sujets en question sont pour moi traités sans aucune finesse et surtout superficiellement. Il parait aussi qu’il y avait un twist (on en revient donc au fameux drame autour du drame familial avec une mère étonnamment très peu présente). Il doit y en avoir un vu la scène finale (en mode : toi, spectateur, là, tu dois être sur le cul). Twist que j’ai deviné trèèèèès tôt. Revenons enfin au cannibalisme, qui est un prétexte pour évoquer d’autres sujets. Je n’ai pas de souci avec ça mais il y a un moment, il aurait tout de même fallu voir un minimum de scènes en rapport avec ce mal. De plus, à force de naviguer entre plusieurs genres sans réellement les exploiter (mais plutôt en les survolant), je n’ai finalement rien ressenti et encore moins une quelconque petite tension ou un sentiment de malaise. Au bout d’un moment, le fait que ce ne soit pas un pur film d’horreur n’excuse pas tout. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au surprenant We are what we are de Jim Mickle qui a de réelles similitudes avec Grave : un drame autour de deux soeurs cannibales à cause d’un héritage familial. Sur le principe donc, rien de gore (le film ne l’est pas et n’a qu’une petite interdiction qu’aux moins de 12 ans) mais pourtant le film tient bien ses promesses : une tension qui monte jusqu’au point final réellement cannibale, logique vu le mal qui ronge les protagonistes. Il manque ça à Grave : quand le meurtre inimaginable et final à cause des pulsions des personnages arrive pour de bon, on nous épargne tellement tout au nom du « drame » (comme si cela était incompatible alors que cela n’est pas nécessairement le cas) que finalement ça laisse indifférent alors que ça aurait dû envoyer du pâté ou cela aurait dû provoquer un électrochoc.

Grave : Photo

Je pense même à The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (l’exemple me paraît pertinent : le film, très esthétique comme celui de Ducournau, reprend le thème du cannibalisme) qui sur le principe n’est pas un proprement parler un film gore, loin de là. Mais là encore (même s’il a été très discuté), son final sait chambouler, le cannibalisme est bel et bien utilisé, il ne s’agit pas d’une fausse promesse. Revenons justement à l’esthétique (puisque j’établissais une comparaison avec l’esthétique très prononcée de Refn) : certes, on ne va pas se mentir, le film est très soigné de ce côté-là, l’équipe a très bien bossé, c’est indéniable. Je n’aime pas saloper le travail bien fait. Cela dit, je n’ai pas toujours trouvé ces choix en question toujours très pertinents ni d’une réelle profondeur dans le sens où j’avais vraiment l’impression de voir une sorte de caricature du film arty bobo (avec en plus des choix musicaux qui ne m’ont pas aidée à faire abstraction) : pour moi, on était plus proche de la prétention et de la complaisance que dans une quelconque démarche artistique qui devait accompagner une signification. Côté interprétation, je n’ai pas non plus été tant bluffée que ça par rapport à toutes les louanges que j’ai pu entendre. La jeune Garance Marilier et Rabat Naït Oufella ont certes une certaine fraîcheur qui permet de s’intéresser un peu à eux mais je n’ai pas trouvé qu’ils jouaient si bien que ça, j’ai retrouvé tous ces tics clichés d’acteurs de films d’auteur à la française. Quant à Ella Rumpf, j’ai vraiment trouvé qu’elle surjouait tout le long. tPour finir tout de même sur une touche un peu plus joyeuse (et pour éviter qu’un fan du film m’assassine à coup de batte de base-ball), parmi les petits points positifs que je relève (je ne suis pas totalement un monstre), la mise en scène est ambitieuse, le soin apporté à la photographie est également remarquable et enfin on ne peut qu’admirer le travail des maquilleurs sur quelques scènes.

Grave : Photo Garance Marillier

The Edge of Seventeen

réalisé par Kelly Fremont Craig

avec Hailee Steinfeld, Haley Lu Richardson, Blake Jenner, Woody Harrelson, Kyra Sedgwick, Alexander Calvert, Hayden Szeto…

Comédie dramatique américaine. 1h48. 2016.

sortie française (VOD) : 16 mars 2017

Nadine et Krista découvrent le monde merveilleux du lycée. Mais leur belle amitié est mise à mal lorsque la première apprend que la seconde sort avec son grand frère…

The Edge of Seventeen : Photo

The Edge of Seventeen fait partie de cette longue liste de films qui ne trouve pas leur place dans les salles de cinéma françaises. Et comme souvent, même quand je n’aime pas nécessairement les films qui passent par cette case, je trouve cela regrettable que ce premier long-métrage ne soit pas distribué dans les salles obscures alors que ces dernières projettent de nombreuses daubes. De plus, ce film en question est co-produit par James L. Brooks, le réalisateur des formidables Pour le pire et le meilleur et Tendres Passions. En revanche, si je trouve cela regrettable que ce film n’ait pas connu de sortie dans les salles, ce n’est pas pour autant que je l’ai réellement apprécié. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, ni même d’une déception (je n’en attendais rien même si j’avais eu vent de quelques bonnes critiques m’invitant à le découvrir). L’ensemble se laisse évidemment regarder dans le sens où l’histoire se laisse volontiers suivre, le ton en lui-même est léger comme dans n’importe quel teen-movie qu’on pourrait regarder, le tout est également bien rythmé, c’est même parfois drôle (parfois). Mais qu’est-ce qui cloche alors ? Le personnage principal. Nadine est incarnée par la toujours pétillante Hailee Steinfeld, nommée aux Golden Globes dans la catégorie « meilleure actrice dans une comédie » pour son interprétation. Le problème ne vient pas de sa performance : elle joue bien le rôle qu’on lui a attribué. Le reste de la distribution est par ailleurs très bien, que ce soit parmi les jeunes acteurs (Haley Lu Richardson et Blake Jenner, choupis en jeune couple lisse, ou encore Hayden Szeto en ado sensible et maladroit) ou les plus confirmés (Woody Harrelson, parfait en prof cynique balançant quelques bonnes punchlines, Kyra Sedgwick touchante en mère dépassée). Mais le personnage de Nadine est vraiment insupportable. Certes, j’imagine que cette personnalité en question a du sens : il n’y a qu’à voir une des conclusions du film, c’est-à-dire lorsque Nadine se rend compte qu’elle se plaint beaucoup et surtout lorsque cette dernière constate que les autres autour d’elle peuvent souffrir sans forcément jacasser toute la sainte-journée. Mais cette jeune fille qui se plaint tout le temps pour tout et n’importe quoi n’est pas du tout attachante. J’adore pourtant les personnages cyniques, hors de la norme, mais avec Nadine, le contact ne passe pas. J’ai parfaitement conscience que je vais dire un truc méchant : Nadine n’a pas d’amis (en dehors de sa meilleure amie Krista et d’Erwin le gars de sa classe qui veut la pécho) et on comprend qu’elle n’en ait pas. L’égoïsme de ce personnage semble vaguement se justifier par son passé familial, c’est-à-dire le décès brutal de son père.

The Edge of Seventeen : Photo Blake Jenner, Haley Lu Richardson

Cette information a quelque chose de superficiel comme si cela devait justifier ses réactions complètement stupides et sa tendance à absolument tout dramatiser. Après, encore une fois, on peut accepter que cette rébellion sans cause, prouvant l’immaturité de l’adolescente, fasse partie du postulat de départ (il n’y a qu’à voir le décalage avec la scène d’intro qui présente Nadine comme une suicidaire et plus tard la réalité des faits qui conduit notre héroïne à prononcer des paroles aussi graves) mais il aurait vraiment fallu rendre la jeune fille plus attachante et ayant plus de consistance. Dans différents synopsis que j’ai pu lire, Nadine est présentée comme une jeune dépressive mais en regardant le film, je n’ai pas plus ressenti cette dépression, juste de la bêtise et de l’exaspération. En fait, je me suis sentie comme une adulte réac’, ne parvenant pas à prendre réellement au sérieux la possible souffrance de cette adolescente. Je ne dis pas que le film est nécessairement mal écrit mais il y a selon moi des choses plus que maladroites dans la construction de ce personnage. Cela n’a jamais été impossible d’exposer des personnages imparfaits et même pénibles tout en les rendant attachants. Or, Kelly Fremont Craig (également scénariste) ne parvient pas à relever ce défi ce qui plombe vraiment son film. Pour ne rien arranger, depuis un certain temps (c’était déjà mon type de ressenti devant l’acclamé Monde de Charlie de Stephen Chbosky), je commence à me lasser des teen-movies filmés à la mode des années 1980 ou rappelant sans cesse cette période. Peut-être que je me focalise sur ce point parce que je n’ai pas plus accroché que ça à ce film (après tout, récemment, dans la série 13 Reasons Why, je valorisais ce point en question) mais je commence à trouver cette utilisation too much. Alors on pourra me dire par a+b que je suis une grosse gourdasse parce qu’il y a voyons des chansons récentes dans la bande-originale (vous avez remarqué vous aussi que la reconstitution des années 80 passe souvent par les choix musicaux). La gourdasse en question vous répond qu’elle croyait que le film se passait dans les années 80 (et pas qu’à cause de la musique – les décors et le look de l’héroïne à tous les âges m’ont déroutée) pendant un bon moment jusqu’à ce qu’elle réalise qu’il se déroule de nos jours. Bref, j’ai trouvé l’ensemble sympathique, pas forcément mal fait mais rien de bien exceptionnel non plus, de plus profond ou de différent de ce qu’on a pu voir auparavant dans la même veine, n’échappant pas non plus à certains clichés.

The Edge of Seventeen : Photo Hailee Steinfeld, Hayden Szeto

Maman a tort

réalisé par Marc Fitoussi

avec Emilie Dequenne, Jeanne Jestin, Annie Grégorio, Sabrina Ouazani, Nelly Antignac, Camille Chamoux, Grégoire Ludig, Jean-François Cayrey, Joshua Mazé, Louvia Bachelier…

Comédie dramatique française, belge. 1h50. 2016.

sortie française : 9 novembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film français

Connaît-on vraiment ses parents? Anouk, 14 ans, découvre brutalement un autre visage de sa mère, à la faveur de l’incontournable stage d’observation de troisième qu’elle effectue dans la compagnie d’assurances où celle-ci travaille. Une semaine d’immersion dans le monde adulte de l’entreprise, avec ses petits arrangements et ses grandes lâchetés, qui bientôt scelle son jeune destin.
Entre parcours initiatique, fêlure et premières responsabilités assumées, une forme d’adieu à l’enfance.

Maman a tort : Photo Jeanne Jestin

Maman a tort, qui marque la deuxième collaboration entre le réalisateur Marc Fitoussi et l’actrice belge Emilie Dequenne, est un film sur qui suit une adolescente dans le monde du travail (grâce à son stage d’observation de 3e). Ce n’est pas forcément un choix très banal : on a l’habitude de suivre un personnage adolescent, dans une sorte de récit d’apprentissage, dans un contexte plus approprié à son univers (l’école ou un camp de vacances par exemple). Marc Fitoussi a eu cette idée de ce film lorsqu’il a tourné son documentaire L’Education anglaise (sur le séjour linguistique d’ados à Bristol). Effectivement, ce n’est pas forcément courant d’écrire une histoire autour du fameux stage d’observation dont tout le monde se fout royalement en France. Marc Fitoussi parvient à en tirer quelque chose d’intéressant. Il réussit à confronter deux univers, celui de l’enfance (voire même de l’adolescence) et celui de l’âge adulte. C’est toujours casse-gueule de signer un film dramatique avec une touche de légèreté : beaucoup de films tentent cet entre-deux sans pourtant y arriver. Fitoussi s’en sort très bien de son côté. Son film aurait pu être bancal par ce choix de ton, il ne l’est pourtant pas. Selon moi, s’il fonctionne, c’est qu’on y trouve une progression cohérente dans la manière de raconter l’histoire. Au début du long-métrage, Anouk est une fillette naïve et pleine d’insouciance qui aimerait faire bouger les choses. A la fin du film, si on espère qu’elle ne perdra pas son dynamisme une fois qu’elle passera l’âge adulte pour de bon (on sent qu’elle est au moins devenue une adolescente, c’est déjà ça), l’héroïne a déjà une vue plus objective sur le monde des adultes via celui du travail. Le spectateur se retrouve alors dans la même situation qu’Anouk : dans un premier temps, même si on voit déjà des petites choses dérangeantes au bureau (comme les deux pestes qui envoient Anouk ranger un placard), on ne se dit pas que l’ambiance est aussi pourrie, on relativise, on pourrait presque voir le « bon » côté des choses. Le film est plus solaire et même drôle dans sa première partie. Puis, une fois qu’on s’intéresse un peu plus de près à l’entreprise, une accumulation d’aspects négatifs se succède: le harcèlement, le burn-out, la dépression en général et surtout les grandes lâchetés. Maman a tort a le mérite de présenter des réalités par petites touches ce qui rend selon moi le rendu plus crédible (personnellement, même si je n’ai plus l’âge d’Anouk depuis longtemps, en tant que jeune fille qui découvre petit à petit le monde du travail, je me suis parfois identifiée à ce personnage ou en tout cas à son regard).

Maman a tort : Photo Annie Grégorio, Emilie Dequenne

Maman a tort devient alors au fur et à mesure un film plus grave, même s’il ne perd pas non plus son petit quelque chose « léger » présent dès le début. La construction du scénario m’a alors paru assez pertinent et cohérent. Certains diront que les thèmes sont survolés : pour moi, encore une fois, il ne s’agit que du regard d’une enfant sur le monde des adultes et du travail qui est littéralement « en observation ». Trop en dire n’aurait pas été très réaliste et sur ce point, Fitoussi marque aussi pas mal de points. Je regrette juste une des dernières scènes, avec Anouk qui va à sa boum sur du Metronomy à fond les ballons, j’avais l’impression que ça n’avait rien à foutre là (même si je comprends grosso modo la démarche de Fitoussi concernant la désillusion adolescente : Anouk a forcément grandi après cette expérience). Quant à la mise en scène, elle n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout de même convenable. De plus, son côté parfois didactique ne pourrit pas non plus le film et surtout sa dimension plus sombre. Emilie Dequenne est, comme souvent et sans surprise, formidable. Son rôle n’est pas évident, assez complexe, même un peu ingrat (elle ne tient pas le « beau » rôle). Elle est évidemment victime d’un système qui broie tout le monde (employés et clients) et qui pousse les gens à perdre leur humanité au nom du chiffre. Elle-même fait de son mieux pour survivre au quotidien, de vivre avec certaines vérités et surtout avec ce qu’elle a pu faire à plusieurs reprises. Cela dit (même s’il ne s’agit que de mon ressenti), le film ne tranche pas totalement en ce qui concerne ce personnage. Je n’ai pas l’impression que Marc Fitoussi essayait de la victimiser à 100%, qu’il montre qu’elle a tout de même sa part de responsabilité et qu’on n’est pas si sûrs qu’elle changera (même si elle dit qu’il y en aura). C’est surtout Jeanne Jestin (qu’on a pu voir dans Le Passé d’Asghar Farhadi) qui bluffe à chacune de ses apparitions (espérons que nous continuerons à la voir au cinéma, elle est prometteuse). Elle parvient à montrer les différents aspects de sa personnalité, qui évolue via l’adolescence : elle est à la fois solaire (ses habits assez colorés, qui tranchent avec un univers assez froid, semblent le confirmer), naïve, combative, idéaliste et lucide. Enfin, les seconds rôles sont également très bons, que ce soit Nelly Antignac et Camille Chamoux, parfaites en pestes de service (la caricature fonctionne merveilleusement bien !) ou encore Annie Grégorio qui est toujours plaisante avec son phrasé et surtout son accent chantant !

Maman a tort : Photo Emilie Dequenne, Jeanne Jestin

Split

réalisé par M. Night Shyamalan

avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley, Haley Lu Richardson, Jessica Sula, Brad William Henke, Sebastian Arcelus, Neal Huff, M. Night Shyamalan…

Thriller, épouvante-horreur américain. 1h57. 2017.

sortie française : 22 février 2017

interdit aux moins de 12 ans

Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

Split : Photo James McAvoy

Décidément, depuis le surprenant The Visit, M. Night Shyamalan confirme bien qu’il est de retour après une mauvaise période qu’on tente tous d’oublier. Collaborer avec le producteur Jason Blum (vous savez, c’est le type qui produit ces daubasses de Paranormal Activity) aurait pu être un poids et bousiller de nouveau la carrière du réalisateur de Sixième Sens. Au contraire, cela marque la renaissance du cinéaste. Avec un petit budget, M. Night Shyamalan s’en sort à merveille avec son dernier long-métrage, Split, qui serait inspiré d’une histoire vraie : celle de Billy Milligan, arrêté pour viol à la fin des années 1970 et jugé non responsable de ses crimes en raison de son trouble dissociatif de l’identité. A partir de cette histoire, Shyamalan s’est interrogé sur le lien entre le corps et l’esprit : si un individu souhaite devenir une entité qui pourrait dépassement tout ce qu’on peut imaginer (quelque chose qui n’a rien d’humain par exemple), la force de l’esprit peut-elle être à l’origine d’une métamorphose ? James McAvoy incarne donc Kevin (qu’on verra finalement très peu sous cette véritable identité) qui vit avec 23 entités cohabitant et interférant entre elles : le pervers Dennis, la sophistiquée Patricia, le petit Hedwig, Barry le fou de mode etc… Ce sont ces entités qui poussent Kevin à kidnapper trois jeunes filles. Parmi elles, on va surtout s’intéresser à Casey, une adolescente renfermée et qui fait tout pour être recevoir des heures de colle à l’école. Elle se différencie de ses camarades. Casey a beau être la victime, elle partage beaucoup de points communs avec Kevin. Tous les deux ont souffert et doivent apprendre à vivre avec des traumatismes d’enfance. Chacun aussi a su développé une carapace pour se protéger. Ils partagent aussi un autre point commun : l’animalité. D’un côté, les flashback montrent l’histoire familiale de Casey, cette dernière apprenant enfant à chasser. De l’autre, Kevin a un comportement de plus en plus animal (le nom de la vingt-quatrième étant très explicite). L’instinct de survie est au coeur de ce long-métrage, avec ses bons et mauvais côtés. Par ailleurs, le lieu de l’intrigue (dans un zoo) est plutôt significatif.

Split : Photo James McAvoy

Split est aussi un film qui aborde le thème des apparences. On pense évidemment aux différentes apparences prises à chaque fois qu’une entité prend place : on ne peut évidemment pas limiter les différents changements de personnalité par des accessoires vestimentaires (la voix, les répliques ou l’attitude en elle-même font notamment partie des différents éléments qui mettent en avant la transformation) mais on ne peut pas nier son existence. La question des apparences concerne aussi Casey et même les deux autres filles kidnappées avec l’héroïne. Les entités qui envahissent Kevin s’attaquent à ces filles car ces dernières ne semblent pas avoir de vécu ni de souffrance. Après avoir discuté avec la personne qui m’accompagnait, nous nous sommes étrangement d’accord sur un point : on peut le rapprocher d’une certaine façon du très récent (et excellent) film de Tom Ford, Nocturnal Animals. En effet, ces deux films, qui ont l’air a priori différents, mettent en avant l’idée suivante : le spectateur / la victime a peur d’un individu à partir de ses propres préjugés et connaissances et non pas nécessairement par ce qu’il voit réellement devant lui. Split est donc un film très réussi aussi bien sur le fond que sur la forme, les deux se complétant superbement bien. Il est extrêmement oppressant alors que sur le principe on ne voit pas grand-chose à l’écran (et cela s’applique aussi à l’histoire personnelle de Casey : le spectateur est capable de visualiser l’horreur que la jeune fille a pu vivre alors que rien n’est montré). Finalement, le spectateur et les autres personnages voient des choses, des formes notamment qui ne correspondent pas nécessairement à la réalité. Pour moi, dans un premier temps, les personnages sont dans un monde assez réaliste, c’est-à-dire concrètement le nôtre. J’ai totalement cru à l’évolution de Kevin provoquée par son esprit malade. Le fait que la psychiatre Karen Fletcher soit sans cesse présente ne fait qu’ajouter à la crédibilité même du récit : la psychiatrie peut expliquer des phénomènes qui pourraient sembler pour le commun des mortels irrationnels. Mais après tout, notamment sa fin avec son petit caméo surprise (même si le film en lui-même se suffit – beaucoup de spectateurs dans la salle n’avaient pas forcément compris le clin d’oeil), il est tout à fait envisageable d’aller plus loin dans le mystère. Si le spectateur et les personnages voient quelque chose d’irrationnel, de l’ordre du fantastique, je pense que le film leur permettent cette interprétation.

Split : Photo Anya Taylor-Joy

Le petit budget a donc fait beaucoup de bien à Shyamalan qui a su redevenir créatif en proposant aux spectateurs une oeuvre divertissante, enrichissante, sacrément bien foutue et intelligente. Le scénario est malin voire même ludique, la mise en scène vertigineuse et le montage efficace. On ne met pas mille ans à entrer dans le récit (Split commence avec le kidnapping des trois jeunes filles) pourtant le film prend son temps pour exposer l’histoire et notamment nous présenter la dernière entité. Plus on avance dans le film, plus la tension monte : l’effet « crescendo » fonctionne totalement. On pourra toujours reprocher à Split de ne pas nous montrer plus d’entités prendre forme à l’écran mais je me dis que ce n’est peut-être pas plus mal que ça : on a peut-être évité un bordel sans nom qui aurait finalement causé du tort au film. On pourra aussi toujours dire qu’il ne s’agit pas totalement d’un huis-clos. Cela ne m’a pourtant pas empêchée d’adorer ce film qui, selon moi, est très abouti et est encore plus complexe qu’il ne l’est déjà. James McAvoy trouve certainement ici le rôle le plus puissant de sa carrière. On pourra aligner un grand nombre d’adjectifs complimentant son incroyable performance. Il parvient à devenir chaque nouvelle personnalité en un clin d’oeil et avec finesse, mais paradoxalement, il prend aussi en compte le lien entre les différentes entités : cette cohérence entre chaque personnalité rend sa performance encore plus intense. J’ai apprécié qu’il ne s’agit pas d’un McAvoy show comme je le redoutais : cela aurait pu être le type de films où il aurait pu tirer des grimaces ou un truc de ce genre, mais ce n’est pas le cas. Le spectateur ressent à la fois la folie et la souffrance chez ce personnage. Enfin, James McAvoy a le mérite de ne pas éclipser ses très bons partenaires, que ce soit Anya Taylor-Joy, qui interprète Casey ou encore Betty Buckley (qui avait déjà travaillé avec Shymalan dans Phénomènes) qui incarne le docteur Karen Fletcher.

Split : Photo James McAvoy

Moonlight

réalisé par Barry Jenkins

avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Naomie Harris, Janelle Monáe, Andre Holland, Jaden Piner, Jharrel Jerome…

Drame américain. 1h50. 2016.

sortie française : 1 février 2017

moonlight

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert, Mahershala Ali

Moonlight, déjà lauréat du Golden Globe du meilleur drame, a gagné l’Oscar du meilleur film (dans la plus grande confusion… j’en rigole encore !) face à son grand concurrent, La La Land. Il a aussi remporté deux autres importantes récompenses, à savoir celles du meilleur acteur dans un second rôle (pour Mahershala Ali) et du meilleur scénario adapté. Il a aussi cartonné aux Independent Spirit Awards et a évidemment récompensé ailleurs. Le succès de ce petit film peut surprendre, Barry Jenkins étant un réalisateur inconnu aux yeux du public (et même auprès des cinéphiles) et surtout le sujet est tout de même assez lourd et même puissant, il a même quelque chose de nécessaire. En effet,  un grand nombre de drames apparaît dans le scénario (ça pourrait presque faire penser à Precious de Lee Daniels) : un gamin afro-américain qui découvre son homosexualité dans une communauté qui rejette cette identité s’isole de plus en plus face au harcèlement et au comportement désastreux et destructeur de sa mère qui se drogue, se prostitue et le maltraite. Moonlight est à l’origine une pièce du dramaturge Tarell Alvin McCraney, In Moonlight Black Boys Look Blue. Elle fait aussi écho aux vies de l’auteur de la pièce et du réalisateur de son adaptation (les deux ne se connaissant pas) : ils ont fréquenté la même école et le même collège à Liberty City (Miami) et leurs mères ont toutes les deux rencontré des problèmes avec la drogue (la mère de Jenkins a surmonté sa toxicomanie tout en restant séropositive pendant 24 ans, celle de McCraney est morte du Sida). Moonlight mérite-t-il alors toutes les louanges qu’il a reçues et surtout son Oscar du meilleur film ? Pour moi non. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, loin de là (je lui reconnais volontiers des qualités). Son Oscar du meilleur film me semble tout de même plus symbolique voire même politique (notamment une réaction à la polémique « Oscars So White » survenue l’an dernier qui reste malgré tout encore présente dans nos esprits) que cinématographique même si je suis certaine que beaucoup de gens trouveront ce prix mérité pour des raisons plus artistiques. Il faut dire que Moonlight a un petit quelque chose de révolutionnaire mine de rien : le casting est entièrement de couleur noire.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert

Moonlight est construit en trois parties clairement affichées et nommées : la première, « Little », suit Chiron enfant, lorsqu’il rencontre Juan, un dealer cubain qui deviendra pour lui la figure paternelle qui lui manque. Il ne comprend pas pourquoi on le traite de « tapette ». Dans la deuxième partie, « Chiron », le personnage principal devenu adolescent, se fait encore harceler par ses camarades de classe. Son homosexualité ne fait que se confirmer par un véritable contact physique. Enfin, la dernière partie, « Black », nous présente toujours ce fameux Chiron devenu adulte et méconnaissable, éloigné de sa ville d’origine. En mode gros dur, sa route recroise celle de son premier amant. J’appelle ça des parties, mais on pourrait les nommer des chapitres voire même des actes : si le film n’a pas l’air littéraire, il a pourtant une construction qui fait penser à cet art. Je savais, par par son prix aux Oscars, qu’il s’agissait d’une adaptation mais pas nécessairement d’une pièce. Pourtant, durant ma séance, j’ai fini par comprendre ce lien avec le théâtre et pas uniquement par cette forme assez visible : la manière d’aborder le personnage principal, le rythme de certaines répliques etc… Cela dit, je ne fais pas ici de reproches, mais plus un constat de mon ressenti. Il y a donc derrière un réel travail intéressant d’écriture (et je comprends davantage son Oscar de la meilleure adaptation même si je n’ai pas vu la pièce d’origine) même si paradoxalement ce sont aussi certainement des éléments liés à cette écriture qui m’ont gênée. Les dialogues m’ont semblé assez justes et les effets d’écho plutôt pertinents : ainsi, même lorsque l’histoire se déroule sur plus de dix ans, on ne perd pas non plus en route certaines informations qu’on a reçues et qu’on aurait pu oublier. Par exemple, même lorsqu’on ne voit plus à l’écran Juan, que ce soit dans la seconde ou troisième partie, on a l’impression qu’il est toujours présent au côté de Chiron. Mais je reste partagée sur l’utilisation des différentes ellipses. Certes, pour gagner du temps (pas évident de retracer la vie d’un personnage sur une quinzaine d’années voire peut-être plus), les ellipses étaient évidemment nécessaires. Il y a une idée de se concentrer sur l’essentiel.

Moonlight : Photo Naomie Harris

Cela dit, par ce choix, selon moi, Chiron est un personnage qui manque de développement, même un peu de consistance. De plus, j’étais frustrée de ne plus voir les personnages secondaires, même si encore une fois le scénario fait des efforts pour qu’on ne les oublie pas. Mais cet effet n’est hélas pas totalement réussi. J’ai également ressenti une autre frustration : le film n’étant pas hyper rythmé (ça ne m’a pas aidée à l’apprécier convenablement), à chaque fois que je commençais à entrer dans l’histoire, en la trouvant intéressante, on nous la brise justement par ces ellipses. Je suis d’ailleurs partagée sur la fin, j’ai l’impression que je n’ai pas la même interprétation que la plupart de mes copains blogueurs. La mise en scène est plutôt intéressante dans le sens où on sent que rien n’est laissé au hasard, il y a même des symboliques assez fortes (cette scène de baignade au début est très riche sur différents niveaux). Cela dit, à l’image de son sens esthétique (on passe parfois un peu trop brutalement à des scènes très réalistes à d’autres bien plus soignées et colorées ou encore il y a des effets de style un peu surperflus), elle reste pour moi parfois maladroite. Heureusement, le casting est très bon. Parmi les personnalités non connues par le grand public, le trio Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes est impeccable. Individuellement, chaque interprète est effectivement remarquable mais ce qui l’est encore plus c’est de constater la cohérence d’interprétation entre ces trois acteurs. Même si je reproche un certain manque de développement chez Chiron, en revanche on ressent pourtant bien à l’écran une certaine évolution qui fonctionne justement grâce à cette succession d’acteurs. Le changement d’acteurs ne choque jamais, on voit tout le temps à l’écran Chiron et non des trois acteurs qui interprètent un même rôle. Et cela est encore plus fort lorsqu’on sait que Hibbert, Sanders et Rhodes ne se sont pas rencontrés sur le tournage. Oscarisé, Mahershali Ali (qu’on voit hélas trop peu) est impeccable dans le rôle de ce personnage qui n’a rien d’un enfant de choeur et pourtant qui accompagne merveilleusement bien Chiron qui s’interroge sur son identité. J’étais heureuse de retrouver à l’écran dans les dernières Andre Holland, qu’on voit décidément de plus en plus. Enfin, parmi les rôles féminins, Naomie Harris (nommée aux Oscars) et Janelle Monáe sont également impeccables.

Moonlight : Photo Andre Holland, Trevante Rhodes

States of Grace

réalisé par Daniel Destin Cretton

avec Brie Larson, John Gallagher Jr., Stephanie Beatriz, Rami Malek, Kaitlyn Dever, Keith Stanfield, Kevin Hernandez…

titre original : Short Term 12

Drame américain. 1h40. 2013.

sortie française : 23 avril 2014

Movie Challenge 2016 : Un film qui m’a fait pleurer

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Sensible et déterminée, Grace est à la tête d’un foyer pour adolescents en difficulté. Parmi les jeunes membres de son équipe, diversement expérimentés, la solidarité et le bon esprit sont de mise. Jusqu’à l’arrivée soudaine d’une fille tourmentée qui ignore les règles du centre et renvoie Grace à sa propre adolescence… pas si lointaine.

States of Grace : Photo Brie Larson, Kaitlyn Dever

Le titre « français », States of Grace, ne donne pas forcément envie de découvrir ce film. Son titre original, Short Term 12, est plus intéressant même s’il s’éloigne du personnage principal. « Short Term 12 », c’est donc le nom du foyer pour adolescents dans lequel bosse (et dirige) la fameuse Grace de notre titre « français ». Il faut savoir qu’avant d’être un long-métrage, il est passé par la case court-métrage en 2008 (portant le même nom). Ce sujet tient à coeur au réalisateur hawaïen Daniel Destin Cretton lui-même ayant été éducateur en centre spécialisé. Il voulait même à l’origine en tirer un documentaire (avant de signer ce premier long de fiction, il réalisait des docs pour HBO et Discovery Channel). Finalement, le réalisateur a préféré signé une fiction pour des raisons pratiques (les autorisations étant difficiles à obtenir) et morales (Cretton ne voulant pas non plus avoir l’impression d’exploiter les jeunes). Le risque quand on signe une fiction, en voulant partir de base sur le documentaire ou en étant influencé par ce genre, est de perdre justement cette part de fiction. Certes, on sent derrière le vécu du réalisateur, on le sent également bien documenté mais on est bien face à une histoire qui fonctionne de A à Z. Une histoire certes « simple » en apparence mais qui reste pourtant bien construite, logique mais sans être non plus attendue ou sirupeuse et surtout il n’y a pas de surenchère dans l’émotion, la dureté du milieu ou même dans les quelques moments de joie. Evidemment, la sincérité ne sauve pas toujours tous les films mais ici c’est véritablement un atout. On croit à l’histoire proposée, aux personnages, à leurs réactions, à leurs souffrances. Ce centre pour ados semble si vivant à l’écran, on a l’impression d’être en immersion dans cette enrichissante expérience humaine même si derrière il y a des difficultés émotionnelles pour les êtres qui y sont impliqués. On se sent proche des personnages tout simplement même si on ne connait pas ce milieu. Grace, qui illumine ce film, malgré toutes ses souffrances et ses interrogations, est bien le personnage principal mais les seconds rôles parviennent aussi à exister, même les plus petits. Le film évoque des situations sociales difficiles mais n’est pas un drame social. Ce n’est pas la volonté du réalisateur même s’il dépeint derrière une réalité. C’est un beau film d’espoir sur l’humain, plus particulièrement l’enfant ou de l’adolescent qui peut malgré ce qu’il peut traverser de pire (même si ça va forcément le marquer à vie et que ça sera parfois un obstacle pour sa construction) devenir un adulte plein d’avenir et d’espoir.

States of Grace : Photo Brie Larson, John Gallagher Jr.

States of Grace est donc un film émouvant (oui, j’ai pleuré, vous commencez à avoir l’habitude) sachant très bien mêler avec une grande cohérence histoire personnelle et histoire collective. Ce long-métrage est donc très bien écrit, toujours crédible, et bien structuré, notamment par cette idée de boucle (la première et la dernière scène sont similaires que ce soit au niveau du dialogue ou de l’action à venir après ce dialogue) mais également bien mis en scène. Ce n’était pourtant pas évident mais pour un premier long-métrage de fiction, Daniel Destin Cretton s’en sort plus que bien. Il a su éviter les tics très pénibles d’un certain cinéma indépendant américain (et pourtant j’aime et je défends énormément ce cinéma en question mais il faut parfois savoir être honnête. On retrouve dans son travail de nouveau ce mélange de force et de sensibilité. Le montage est également selon moi de qualité, permettant de donner du rythme à ce film déjà énergique rien que par son sujet. States of Grace est évidemment porté par l’excellente Brie Larson, récemment oscarisée pour Room de Lenny Abrahamson cette année mais qui aurait dû selon moi être, au moins, en compétition dans la célèbre cérémonie américaine (d’ailleurs, le film tout court aurait dû concourir). Son interprétation est d’une grande justesse. Il y a chez elle une combinaison incroyable entre la force et la fragilité. Elle est également naturelle mais sans entrer dans les clichés extrêmes d’un certain cinéma indépendant américain actuel (encore une fois). John Gallagher Jr. (une découverte en ce qui me concerne) est également très bon dans ce rôle plus décontracté en apparence cachant évidemment bien son douloureux passé. Les ados sont également tous convaincants, que ce soit Kaitlyn Dever (vous l’avez sûrement vue dans la très bonne série Justified ou dans le naze Girls Only) ou Keith Stanfield (qu’on a pu voir dans Dope produit par Forest Whitaker ou encore dans Straight Outta Compton), tous les ados des ados sombres aux idées suicidaires et ayant des relations toxiques avec des parents monstrueux. On sera également ravi de retrouver Rami Malek, en ce moment connu pour son rôle sombre dans l’excellente série Mr Robot, dans un rôle secondaire sympathique (il incarne un jeune sortant de la fac voulant se faire une expérience) et finalement plus intéressant qu’il en a l’air dans le sens où il représente le regard du spectateur qui ne connait pas encore ce milieu et qui apprend et observe petit à petit. Finalement, à l’image des protagonistes, le spectateur ressort de ce grand petit film grandi.

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Super Size Me

réalisé par et avec Morgan Spurlock

Documentaire américain. 1h38. 2004.

sortie française : 30 juin 2004

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Le fast-food est partout. 37 % des enfants et des adolescents américains ont un problème de poids. Deux adultes sur trois sont atteints de surcharge pondérale ou d’obésité. Comment l’Amérique est-elle devenue aussi grosse ?
Pour mener son enquête, Morgan Spurlock a traversé les Etats-Unis et interrogé des spécialistes dans plus de vingt villes. Un ancien ministre de la santé, des profs de gym, des cuisiniers de cantines scolaires, des publicitaires, des avocats et des législateurs lui confient le résultat de leurs recherches, leurs sentiments, leurs craintes et leurs doutes.
Mais le fil rouge de ce documentaire est une expérience que Morgan Spurlock décide de mener sur lui-même. Sous la surveillance attentive de trois médecins, le voilà donc au régime MacMuffin, Big Mac, Royal Cheese, frites et coca.

Super Size Me : photo

Je regarde rarement des documentaires (c’est pour cette raison que j’en chronique peu). Ce n’est pas par manque d’intérêt mais plutôt parce que je n’ai pas pris l’habitude de faire cette démarche. Je suis consciente que je passe à côté de bons films. D’ailleurs, le peu que j’ai pu voir m’ont plu. Je tenais vraiment à parler de Super Size Me, documentaire archi-connu et que je n’avais pourtant pas encore vu. J’ai vraiment eu un coup de coeur pour ce film. Le sujet m’a certainement aidée à l’apprécier pleinement. Je ne vais pas vous faire un cours sur ma vie (on s’en cogne), ni vous dire de bouffer healthy comme les youtubeuses beauté (rappelez-vous : je suis gourmande). Chacun fait ce qu’il veut, je ne juge personne même si j’ai mon avis sur la question. L’alimentation et la santé sont pour moi des sujets importants. De plus, j’ai beau aimé manger (quelle déclaration d’amour à la nourriture !), j’ai toujours évité les fast-foods, et encore plus ces dernières années. Le réalisateur Morgan Spurlock se met en scène pour notre plus grand bonheur (non, il n’y a rien de narcissique contrairement à ce que l’on pouvait craindre) : il décide de tenter une expérience qui semble folle et pourtant qui a été décidée à partir d’un fait divers existant et concret : deux Américains décident de poursuivre en justice McDonald’s qui les aurait obèses. Les produits vendus seraient « nourrissants et sains » selon la chaîne de fast-food qui a gagné ce procès et qui en général les remporte (pour la petite info, la loi surnommée « Cheeseburger », protège juridiquement les fast-food : on ne peut plus les attaquer en justice pour cause d’obésité). Morgan Spurlock prend les propos au premier degré pour pouvoir démonter cette industrie et surtout pouvoir poser des questions pertinentes : est-ce que les fast-foods sont responsables de l’obésité croissante des Américains ou n’y a-t-il pas d’autres facteurs à prendre en considération ? Bref, lui qui est en très bonne santé, n’a pas l’habitude de fréquenter des McDo, en couple avec son épouse de l’époque végétalienne, décide de manger trois fois par jour pendant un mois uniquement à McDonald’s en commandant évidemment le menu Super Size (qui n’existe plus depuis la sortie du film même si McDo prétendra que ce n’était pas lié à son succès). Evidemment, pour jouer encore plus le jeu à fond, il décide aussi de réduire sa mobilité (en contrôlant le nombre de pas, en prenant le taxi ou moyens de transport au lieu de marcher), les Américains (en dehors de New-York) bougent très peu. Il est évidemment suivi par trois médecins qui vont s’affoler au fur et à mesure de son expérience.

Super Size Me : photo

La chose qui m’a frappée en premier en découvrant Super Size Me est son côté ludique. Ce point pourra certainement agacer certains spectateurs mais pour ma part, il s’agit de son point fort. Oui le film tente de séduire un certain public, les jeunes, ceux qui sont encore plus concernés par la tentation du fast-food et ne mesurent pas tous toujours les conséquences de ce type de consommation régulière ou en tout cas refusent de la voir (même si cela s’applique à des adultes, j’en ai conscience). Même dans la mise en scène, le montage ou plus généralement le ton, il est certain qu’il y a une envie de conquérir ce public en particulier. Cela dit, je crois que même les « non-jeunes » pourront aimer  l’ensemble du long-métrage qui vise souvent juste dans sa démonstration. La problématique est très compréhensible, le déroulé de l’exposé est très logique et très clair, on ne se perd pas quand on passe d’un point à un autre et surtout on voit où le réalisateur-acteur (très attachant, le propos passant alors peut-être encore mieux que prévu) veut en venir. Si on est un minimum éduqué, on ne nous apprendra pas le fait suivant : manger quotidiennement à McDo est mauvais pour la santé. C’est pas un scoop. Mais je ne pense pas que Spurlock nous prenne pour des idiots. Personnellement, je savais que les produits McDo n’étaient pas bons, mais je ne pensais pas que c’était à ce point du poison. C’est pour cette raison que Super Size Me doit continuer à être vu et diffusé. Le film ne réussit pas seulement à dégoûter de cette malbouffe mais veut comprendre (notamment grâce à des interventions pertinentes) comment les gens sont poussés à ce type de consommation quitte à mettre leur santé en péril. Il est alors intéressant de voir qu’il n’y a pas que la santé qui est mis en jeu mais l’éducation des jeunes. Est-ce qu’il y a alors des solutions pour éviter ce carnage qui tue petit à petit l’Amérique ? N’y a-t-il pas aussi de l’hypocrisie de la part des gens dans le débat concernant l’obésité ? Morgan Spurlock réussit à mener son exposé de manière agréable et fluide tout en proposant derrière une réelle bonne réflexion sur, finalement, un certain mode de vie aux Etats-Unis. Ce film nécessaire (même si la nécessité ne fait pas tout mais heureusement tout le reste suit pour délivrer encore mieux sa réflexion) et toujours d’actualité malgré ses années au compteur concerne évidemment dans un premier temps le pays de l’oncle Sam mais je pense que même les Européens sont concernés par le parti pris de Spurlock, étant donné qu’on tend de plus en plus à un mode de vie similaire à celui adopté par une grande majorité des Américains.

Super Size Me : photo

 

Chair de Poule

réalisé par Rob Letterman

avec Jack Black, Dylan Minnette, Odeya Rush, Amy Ryan, Ryan Lee, Jillian Bell, Ken Marino, Timothy Simons, Amanda Lund…

titre original : Goosebumps

Comédie, aventure américaine. 1h44. 2015.

sortie française : 10 février 2016

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Zach Cooper vient d’emménager dans une petite ville, et il a bien du mal à se faire à sa nouvelle vie… jusqu’à ce qu’il rencontre sa très jolie voisine, Hannah, et se fasse un nouveau pote, Champ. Zach découvre rapidement que la famille d’Hannah est spéciale : l’énigmatique père de la jeune fille n’est autre que R.L. Stine, le célébrissime auteur des bestsellers horrifiques Chair de poule. Plus bizarre encore, les monstres que l’écrivain met en scène dans ses romans existent bel et bien. Stine les garde prisonniers à l’intérieur de ses manuscrits. Mais lorsque les créatures se retrouvent libérées par erreur, Zach, Hannah, Champ et Stine sont les seuls à pouvoir sauver la ville…

Chair de Poule - Le film : Photo Dylan Minnette, Jack Black, Odeya Rush, Ryan Lee

Je ne vais pas essayer de m’inventer une vie en disant que j’ai lu tous les Chair de Poule mais la série littéraire pour enfants de Robert L. Stine, qui a été aussi adaptée en série télé (diffusée sur LA chaîne de mon enfance : KD2A), a tout de même marqué cette période de ma vie (tout comme, dans le même style, Fais-moi peur !). J’étais donc très curieuse de découvrir cette sorte d’adaptation de plusieurs bouquins, en tout cas un film qui réunit différents personnages tout en intégrant Stine en tant que personnage au coeur de l’intrigue. Cela dit, je n’étais pas non plus totalement rassurée. J’aime beaucoup Jack Black mais il faut avouer que ce n’est pas l’acteur le plus fin de la Terre ! Puis, le réalisateur Rob Letterman avait signé une nouvelle version des Voyages de Gulliver (avec justement Jack Black). Je n’ai pas eu l’occasion de regarder ce film en question (et je n’ai pas spécialement envie de le voir) mais toutes les mauvaises critiques à son égard m’ont jeté un froid ! De plus, remettre au goût du jour une série littéraire/télé aussi connue reste un petit défi à relever. Enfin, j’avais tout de même peur que ça ait pris un sacré coup de vieux et que ça paraisse ringard. Au moment où je faisais la queue pour le film, j’ai failli changer de film au dernier moment, je redoutais le pire, puis finalement au dernier moment j’ai décidé d’assumer mes choix ! Au début, je dois avouer que j’ai pris peur, trouvant le film mettant un peu de temps à démarrer. Finalement, une fois qu’on entre dans le vif du sujet, ce Chair de Poule version cinéma est plus convaincant que prévu et trouve son rythme. Certes, il ne faut pas s’attendre à avoir trop peur (je me suis d’ailleurs permis de retirer sur ma fiche de film le terme « épouvante-horreur » comme je l’ai vu sur Allocine) à part si on est enfant. Mais justement, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un film destiné pour les enfants. Certes, sans crier au génie, je n’ai pas trouvé ce long-métrage débile pour les gosses (hélas trop de films prennent les enfants pour des demeurés !). En tout cas, même s’il s’agit d’un film commercial, il a le mérite d’être un honnête divertissement. Certes, la mise en scène n’est pas extraordinaire mais, pour ce type de production, le travail reste correctement fait.

Chair de Poule - Le film : Photo Jack Black

Ca fait longtemps que je n’ai évidemment pas lu les romans (la dernière fois doit remonter à ma 4e !) ni vu la série (qui, pour rappel, a vu défiler certains jeunes acteurs de l’époque, comme Hayden Christensen ou encore Ryan Gosling) mais petit à petit j’ai retrouvé l’univers que je connais môme. Visuellement, dans l’ensemble, le travail est plutôt satisfaisant. Certes, je reste un peu sceptique en ce qui concerne la place de l’Homme des Neiges. La créature est plutôt bien faite mais je trouve qu’elle s’incruste mal dans les décors réels. Cela dit, dans l’ensemble, les autres monstres m’ont paru bien foutu d’un point de vue esthétique ou en tout cas crédibles, je pense notamment au pantin maléfique Slappy ou encore les zombies (interprétés, pour l’occasion, par des figurants de la série The Walking Dead). Comme je le disais plus haut, j’avais peur que le résultat soit trop kitsch. Certes, on pense parfois à certains films cultes pour enfants datant des années 1980/1990 comme Gremlins ou Jumanji. Cela dit, contrairement à ce que je redoutais, le résultat n’est pas ridicule ni ringard même s’il n’a rien de révolutionnaire (mais je n’en demandais pas tant pour être honnête). J’ai surtout apprécié la mise en abyme fait avec le personnage de Robert L. Stine, remis en avant grâce à ce film. Ainsi, il y a un mélange des genres (aventure, famille, comédie, « horreur ») et de la fiction avec la réalité qui fonctionne pas si mal que ça. Par contre, je suis un peu plus partagée en ce qui concerne la fin : elle laisse la possibilité d’une suite tout en fermant l’histoire de ce film en question mais elle détruit la réflexion mise en place autour du personnage d’Anna. Enfin, le casting est plutôt bon. Jack Black est finalement bon dans le rôle de Robert L. Stine. Pour une fois, je l’ai trouvé assez sobre et charismatique. Le reste de la distribution s’en sort également assez bien même si on n’échappe pourtant pas à une énième amourette d’ados, entre les pourtant convaincants Dylan Minnette (oui, le nom…) et Odeya Rush. J’étais aussi contente de retrouver Ryan Lee, le gamin rigolo de Super 8 de J. J. Abrams (là encore très bien dans le rôle du boulet de service). On appréciera également le caméo de Stine en prof !

Chair de Poule - Le film : Photo Dylan Minnette, Jack Black, Odeya Rush, Ryan Lee

Después de Lucia

réalisé par Michel Franco

avec Tessa Ia, Hernan Mendoza, Gonzalo Vega Sisto…

Drame mexicain, français. 1h43. 2012.

sortie française : 3 octobre 2012

interdit aux moins de 12 ans

Después de Lucía

Lucia est morte dans un accident de voiture il y a six mois ; depuis, son mari Roberto et sa fille Alejandra, tentent de surmonter ce deuil. Afin de prendre un nouveau départ, Roberto décide de s’installer à Mexico. Alejandra se retrouve, nouvelle, dans une classe. Plus jolie, plus brillante, elle est rapidement la cible d’envie et de jalousie de la part de ses camarades. Refusant d’en parler à son père, elle devient une proie, un bouc émissaire.

Después de Lucía : Photo Tessa Ia

Les cours ont repris et entre-temps j’ai réussi à voir Después de Lucia, un film qui colle parfaitement à l’actualité scolaire. J’avais envie de faire un article sur différents films qui abordent le harcèlement scolaire mais finalement en ce qui concerne ce sujet en particulier, ce deuxième long-métrage du réalisateur mexicain Michel Franco (son premier étant visiblement le dérangeant Daniel y Ana) est pour moi idéal pour aborder ce sujet important mais hélas encore tabou. Récompensé par le prix Un Certain Regard au festival de Cannes (présidé par Tim Roth… tellement fan de Franco qu’il joue dans son dernier film, Chronic, également récompensé à Cannes), Después de Lucia part au début sur une histoire de deuil. On ne verra jamais la fameuse Lucia du titre puisqu’elle est morte dans un accident de voiture : cela va alors servir de point de départ au long-métrage. Ainsi, ceux qui restent (son mari Roberto et sa fille Alejandra) essaient de surmonter leur deuil chacun à leur manière : Roberto se plonge dans son boulot, Alejandra essaie de rester cool auprès de ses nouveaux camarades. Mais surmonter un deuil n’est jamais évident et cela peut même avoir de dramatiques conséquences : s’isoler. Ainsi, Roberto va se plonger dans son travail au restaurant mais ne va pas voir que sa fille est harcelée par ses camarades (même quand Alejandra se fait couper par ses camarades, il ne se pose pas plus de questions que ça). Et en retour, ne voulant pas enfoncer son père (et aussi certainement par honte), Alejandra préfère se taire. Alors qu’on aurait pu, à partir d’un tel sujet, avoir un film très larmoyant, mais Franco préfère au contraire opter pour le choix du silence, de la solitude et de l’éloignement des individus. Michel Franco a pris un énorme risque en se concentrant énormément sur le harcèlement scolaire : on aurait pu avoir deux films en un. Mais ce choix-là est pertinent dans le sens où il y a une continuité entre les deux sujets : le harcèlement scolaire et le deuil ne font qu’un. Le harcèlement scolaire peut vite se transformer en une lente mort. Sans spoiler, la fin est d’ailleurs intéressante car encore une fois, on retrouve d’une manière assez subtile le lien entre le décès de Lucia et les conséquences de ce terrible drame qu’est le harcèlement scolaire.

Después de Lucía : Photo Tessa Ia

Après, même si le thème du deuil est vraiment bien traité (j’insiste), il faut avouer que Después de Lucia marque vraiment des points en ce qui concerne sa manière de traiter le harcèlement scolaire. Certains diront qu’il s’agit d’un point de vue extrême de cette situation (j’ai lu beaucoup de critiques qui se demandent pourquoi on a besoin de voir tant d’horreurs etc…) et effectivement je suis tout de même d’accord avec eux sur le fait que le scénario va vraiment loin (dans un sens, heureusement, sinon ça serait – vraiment – le chaos dans les écoles). Ceci, dans un premier temps, même s’ils restent rares, des cas extrêmes existent et c’est bien aussi d’en parler et surtout de le montrer, de créer le malaise là où il peut vraiment faire mal et nous faire réagir. Puis, suite à des choses que j’ai pu voir ou lire, je trouve que Michel Franco a quand même saisi toutes les phases que rencontrent les victimes du harcèlement scolaire (même dans les cas les plus banals) : Alejandra pense qu’il s’agit au début de mauvaises remarques, que ça va passer, elle laisse couler, elle s’isole mais finalement la méchanceté ne semble même plus avoir de limites. Comme beaucoup de spectateurs (et visiblement le réalisateur est assez fier de cette connexion), j’ai remarqué quelques similitudes bienvenues avec l’univers de Michael Haneke (mais heureusement, je n’ai pas eu une impression d’imitation). Ainsi, son style froid et son goût pour un certain immobilisme renforcent certes cette situation extrême mais montrent aussi à quel point le harcèlement peut s’intégrer dans le quotidien d’une jeune fille et que cette violence extrême a quelque chose qui peut devenir banal (et c’est ce qui choque encore plus). Le réalisateur montre aussi bien tout le paradoxe de ces ados : sans vouloir spoiler, Alejandra est aussi la cible idéale à cause de sa sexualité. Pourtant, ces agresseurs ont aussi une vie sexuelle à côté et l’exposent d’une certaine manière.

Después de Lucía : Photo

Le traitement des harcèlements est également assez réussi pour deux raisons : tout d’abord, même si on arrive à retenir quelques visages, je trouve qu’on voit bien l’effet de groupe, comme si les méchants de l’histoire n’en formaient qu’un. Puis, Franco n’a aucune pitié pour ces gosses qui eux-mêmes n’en ont pas, n’ont jamais de compassion ni d’empathie, certains n’hésitent pas à être des manipulateurs. Même si c’est quelque chose qu’on a déjà vu au cinéma (cela n’a rien d’un reproche), le réalisateur mexicain montre bien que le mal n’a pas d’âge. Surtout, et là encore, je trouve que cela renforce la violence (psychologique) qu’a ce film, ces ados, bien que leurs actes restent absolument abominables et inexcusables, ne sont pas si différents de leur victime, personnellement je n’ai pas pu m’empêcher de me dire qu’ils auraient pu être amis s’ils avaient eu une meilleure mentalité. On se dit même que d’autres de la bande avaient totalement le potentiel d’être des victimes. Là encore, même s’il y a un effet déclencheur auprès des harceleurs (qui ne justifie rien, répétons-le), on sent finalement qu’Alejandra aurait pu de toute façon être une victime pour n’importe quelle raison, cela renforce cette violence gratuite dont la jeune fille est victime. On sent aussi que le contexte est important (on sait qu’il y a un taux de violence très élevé au Mexique ou encore on comprend bien aussi que les gamins sont issus d’un milieu plutôt aisé) mais pourtant ce qui est intéressant, c’est que le film reste malgré tout universel. Después de Lucia est un film difficile à regarder, parfois insoutenable, mais je pense qu’il doit être vu, non seulement pour son traitement du harcèlement scolaire (de ce que j’ai vu, c’est LE film qui en parle vraiment le mieux) mais aussi pour ses qualités de mise en scène et d’écriture. Enfin, les acteurs sont évidemment tous impeccables, surtout Tessa Ia, absolument bouleversante et qui transmet beaucoup d’émotions alors qu’elle parle finalement assez peu, elle n’en fait jamais des caisses mais on sent qu’elle comprend parfaitement ce qu’elle joue.

Después de Lucía : Photo

La face cachée de Margo

réalisé par Jake Schreier

avec Nat Wolff, Cara Delevingne, Halston Sage, Justice Smith, Austin Abrams, Jaz Sinclair, Ansel Elgort…

titre original : Paper Towns

Comédie dramatique, romance américaine. 1h50. 2015.

sortie française : 12 août 2015

La Face cachée de Margo

D’après le best-seller de John Green, La Face Cachée de Margo est l’histoire de Quentin et de Margo, sa voisine énigmatique, qui aimait tant les mystères qu’elle en est devenue un. Après l’avoir entraîné avec elle toute la nuit dans une expédition vengeresse à travers leur ville, Margo disparaît subitement – laissant derrière elle des indices qu’il devra déchiffrer. Sa recherche entraîne Quentin et sa bande de copains dans une aventure exaltante à la fois drôle et émouvante. Pour trouver Margo, Quentin va devoir découvrir le vrai sens de l’amitié… et de l’amour.

La Face cachée de Margo : Photo Cara Delevingne, Nat Wolff

A peine un an après la sortie de Nos étoiles contraires, une nouvelle adaptation d’un roman de John Green sort dans les salles obscures, La face cachée de Margo (mais je préfère largement son titre original, Paper Towns). Je dois vous avouer que j’ai longuement hésité à aller voir ce film au cinéma. Je n’ai rien contre Nos étoiles contraires, j’ai même bien aimé le bouquin, mais en ce qui concerne le film, je l’avais trouvé assez moyen, lisse, limite un peu trop mignon et surtout vraiment trop larmoyant (du genre si tu n’as pas pleuré en sortant de la salle, tu n’as pas de coeur). Et puis je ne suis pas forcément fan des mannequins qui deviennent actrices, dans le lot, il y a quand même un paquet de ces jeunes filles qui n’ont vraiment aucun talent pour la comédie et qui sont juste là parce qu’elles ont un physique agréable à regarder. Mais Cara Delevingne est une jeune fille différente, déjà à l’origine un des seuls mannequins du moment que j’aime bien et pas uniquement à cause de ses célèbres sourcils. Pourtant j’étais sceptique à l’idée qu’elle fasse du cinéma. Mais elle possède une telle personnalité que j’avais envie de lui donner sa chance. Surtout, j’ai lu des critiques positives de la part de blogueurs qui n’avaient pas été tendres avec Nos étoiles contraires. Et effectivement, même s’il a quelques défauts, Paper Towns est une bonne surprise. A première vue, il s’agirait d’une énième romance entre deux ados et même plus généralement sur plusieurs couples d’ados. Finalement, il s’agit plus moi d’une ode touchante à l’amitié. Le réalisateur joue également avec une certaine intelligence avec les codes du teen movie et du road movie pour pouvoir nous livrer un joli récit initiatique sur le devenir d’un adolescent à la fin du lycée. Mais le point fort du film est certainement son traitement sur le rapport entre la fiction et la réalité. Je ne vais évidemment rien spoiler mais j’ai en tout cas trouvé l’écriture très surprenante (la fin du film l’est également au passage, en tout cas elle n’est pas aussi attendue que prévue), surtout pour ce type de production.

La Face cachée de Margo : Photo Cara Delevingne, Nat Wolff

La mise en scène de Jake Schreier (réalisateur de Robot and Frank) n’est pas forcément exceptionnelle mais elle reste tout de même assez réussie, surtout encore pour une grosse production pour adolescents. Le film parvient également à trouver un juste équilibre entre l’émotion, la tendresse et l’humour (je pense notamment à la scène du pipi dans la voiture ou encore à l’apparition très drôle d’Ansel Elgort !) et tente d’éviter la caricature en essayant de donner de la complexité aux personnages et c’est pour cette raison qu’on s’attache tous à eux. Il faut dire que les acteurs sont tous très bons. Je confirme que les producteurs ont eu du flair en donnant le rôle de la Margo du titre français à Cara Delevingne. Certes, finalement on ne la voit pas tant que ça mais pourtant Margo semble être omniprésente et pas uniquement parce que les personnages la cherchent. La (désormais) jeune actrice possède un véritable charisme qui passe très bien sur grand écran, elle a réellement du potentiel. Je ne sais pas du tout comment va se dérouler sa carrière cinématographique (visiblement elle est sur pas mal de projets) mais je pense qu’elle pourra aller loin. En tout cas, son interprétation est tout le temps impeccable. J’ai également beaucoup aimé l’interprétation de son partenaire (le véritable premier rôle) Nat Wolff. Je l’avais (comme pas mal de gens) repéré dans Nos étoiles contraires dans lequel il était déjà excellent dans le rôle de l’ami aveugle. Il est tout simplement impeccable, a largement le charisme pour tenir un premier rôle et décidément lui aussi a un vrai potentiel. Je ne vais pas forcément revenir sur tous les autres secondaires mais en tout cas tous m’ont également convaincu. Ceci dit, malgré tous ces compliments, je dois avouer (comme je le disais un peu plus haut) que le film n’est pas non plus parfait, il y a quelques trucs qui vont pas et il ne faut pas non plus les ignorer. Je dirais qu’il y a quand même quelques petites longueurs. En fait, disons qu’on voit ces possibles longueurs à cause de quelques problèmes d’équilibre rythmique. Après, sans dire qu’il s’agit d’un grand film, cela ne m’a pas empêchée d’être très fortement enthousiasmée par ce film qui possède par ailleurs une bande-originale très sympathique et rafraîchissante. J’ai très hâte de découvrir le livre de John Green maintenant !

La Face cachée de Margo : Photo Cara Delevingne, Nat Wolff

Vice Versa

réalisé par Pete Docter et Ronaldo Del Carmen

avec les voix originales de Amy Poehler, Phyllis Smith, Bill Hader, Mindy Kaling, Lewis Black, Kaitlyn Dias, Diane Lane, Kyle MacLachlan, Richard Kind, Sherry Lynn, Frank Oz…

avec les voix françaises de Charlotte Le Bon, Marilou Berry, Pierre Niney, Gilles Lellouche, Mélanie Laurent, Clara Poincaré, Didier Gustin…

titre original : Inside Out

Film d’animation américain. 1h34. 2015.

sortie française : 17 juin 2015

Vice Versa

Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité,  Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie…

Vice Versa : Photo

Chaque nouveau Pixar est pour moi un véritable événement : depuis de nombreuses années, le studio a prouvé à quel point il pouvait être créatif et réunir un public très large. C’est pour cela que j’étais très curieuse de découvrir leur dernier film, Vice Versa, présenté au festival de Cannes en mai dernier. Il faut dire que le sujet, très original, avait de quoi m’attirer : que se passe-t-il à l’intérieur de notre cerveau ? Ainsi, les personnages principaux sont des émotions, ce qui est très différent de ce qu’on nous propose d’habitude. J’étais également impatiente de découvrir le court-métrage Lava (de James Ford Murphy), projeté avant Vice Versa (une tradition chez Pixar). D’habitude, j’aime beaucoup les courts-métrages de Pixar mais sans en faire une critique détaillée (je veux surtout parler de Vice Versa), j’ai été très déçue par Lava et j’aurais limite préféré ne pas le voir. Personnellement, j’ai trouvé ce court film très saoulant, niais voire même ridicule. Déjà ma séance a mal commencé, cela ne m’a pas aidée à apprécier pleinement Vice Versa. Dans l’ensemble j’ai bien aimé ce très attendu long-métrage, toujours aussi ambitieux et original. Il y a quelques longueurs vers la fin, mais dans l’ensemble le film est plutôt bien rythmé. En ce qui concerne le travail d’animation, j’ai évidemment été convaincue. La représentation même des émotions a quelque chose de très ludique, à l’image du propos du film. La « reproduction » du monde qui serait à l’intérieur de notre cerveau (et qui ressemble à un énorme parc d’attraction) m’a également pas mal séduite, je trouve qu’on voit bien comment notre système cérébral est paradoxalement « bordélique », avec des idées qui se bousculent sans cesse, et en même temps un lieu cohérent, dans lequel ces idées parviennent aussi à être classées. J’ai également aimé les quelques séquences consacrées aux émotions des autres personnages, elles sont vraiment hilarantes ! Le vrai « plus » de ce Vice Versa est pour moi le personnage de Tristesse. Grâce à elle, le film n’est pas manichéen, les émotions peuvent au contraire se compléter, et cela montre tout simplement la complexité de l’humain. Il n’y a pas forcément une hiérarchie dans les émotions, chacune a sa place au sein de l’individu. C’est aussi cette complémentarité entre les émotions qui fait naître chez l’individu ses plus beaux souvenirs. De plus, contrairement à son nom, Tristesse est vraiment un personnage drôle ! Les personnages sont d’ailleurs très attachants (même si je trouve Peur, Dégoût et Colère un peu trop délaissés) alors que cela pourrait paraître déconcertant d’avoir de l’empathie pour des idées abstraites.

Vice Versa : Photo

Je n’ai pas vu le film en VO mais j’ai beaucoup aimé la VF, le doublage français donne vraiment de la vie à ces drôles de personnages. Je reconnais que la voix de Charlotte Le Bon est parfois un peu saoulante mais je ne critique pas totalement ce choix car je trouve qu’elle correspond bien au personnage. Sinon j’ai vraiment aimé les autres doublages, surtout celui de Marilou Berry (Tristesse). Voilà, j’ai bien aimé mais je nuance justement. Bien aimé, pas adoré, contrairement à mes confrères blogueurs et à la presse. Le film est certes assez touchant, notamment à travers cette métaphore de la fin de l’enfance (via le personnage de Bing Bong) ou encore les difficultés que l’enfant voire même l’adolescent s’apprête à passer. Mais je dois vous avouer que je n’ai pas été bouleversée, contrairement à d’autres Pixar (comme Là-Haut ou Toy Story 3, là j’avais versé toutes les larmes de mon corps !) ou par exemple comme le dernier Disney Les Nouveaux Héros, je m’attendais à quelque chose de plus renversant. Puis, d’habitude, ce que j’aime dans les films de Pixar, c’est la double-lecture, c’est d’ailleurs pour cette raison que ce studio est autant populaire puisque leurs oeuvres s’adressent en général autant aux adultes qu’aux enfants. Or, j’avoue que je ne savais pas trop où me situer. Je ne peux évidemment pas retourner dans le passé, on ne pourra jamais connaître mon avis en tant qu’enfant mais j’ai tout de même trouvé le film pas toujours accessible pour des enfants. Peut-être que je dis ça parce que j’étais une gamine un peu simplette et que je captais rien. Cependant, en tant que jeune adulte (un poil ado attardée, mais passons), je ne me suis pas non plus totalement retrouvée. En fait, malgré ce que je viens de dire, j’ai trouvé les théories sur le fonctionnement du cerveau parfois très simplistes. Evidemment, en ce qui concerne certains points, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, le film est évidemment bien foutu, ludique, simplifié. Ceci dit, d’autres points m’ont rendu sceptique. J’ai conscience qu’il ne s’agit pas d’une thèse en psychologie et je ne suis d’ailleurs pas psychologue (je n’ai pas la prétention de l’être), même si ce domaine m’intéresse.

Vice Versa : Photo

En fait, ce qui m’a principalement gênée, c’est qu’on a quand même l’impression que les émotions remplacent la raison et que Riley est comme un pantin uniquement guidée par ses émotions. J’imagine qu’il y a une part de métaphore mais quand je lis les critiques qui louent le travail de recherche de Pixar et que ce même studio se vante dans ses interviews « ouiii, on a lu des tas de bouquins sur le fonctionnement du cerveau », j’avoue que je suis restée un peu bête en regardant le film, et je ne dis pas ça pour chipoter. De plus, même si métaphoriquement elles sont quand même très réussies, les scènes autour des souvenirs restent un peu trop approximatives en ce qui concerne le rôle du souvenir et je ne pense pas qu’il faut être un spécialiste dans ce domaine. De plus, même si je n’ai rien contre elle en particulier, qu’on arrive à être touché par ce personnage, je n’ai pas trouvé Riley très attachant et pas uniquement parce qu’elle est en train de devenir une adolescente. Je trouve qu’elle se fait trop manger par les personnages des émotions et qu’elle a du mal à trouver sa place au coeur du scénario. Or, par exemple, un personnage secondaire comme Boo dans Monstres et Cie arrivait quand même à être extrêmement attachant. En parlant de Riley, quelques petits reproches également. Certes, je comprends que le scénario a voulu travailler sur la transition entre deux périodes de l’individu, plus généralement ce qu’on appelle de manière très bateau le passage à l’âge adulte (même si Riley est très loin d’en être une). Or, j’ai quand même eu l’impression que Pixar n’a pas voulu trop prendre de risques (alors qu’il en prend un énorme rien qu’à travers son sujet) en ne prenant pas comme personnage une adolescente mais plutôt en réalité une pré-adolescente, ce qui n’est quand même pas exactement la même chose. Du coup, malgré la violence démontrée à travers les nombreux changements que Riley doit subir, il y a malgré tout quelque chose de lisse, ce qui peut de nouveau étonner de la part de Pixar. Surtout, même si je peux de nouveau comprendre la démarche (c’est-à-dire marquer le changement brutal au sein de la vie de Riley), même s’il y a quelques moments de tristesse (comme nous le montre la fin, lorsqu’on comprend la combinaison indispensable entre les différentes émotions), l’enfance de Riley paraît quand même très lisse ! Pour conclure, j’ai parfaitement conscience que ma critique pourra paraître très sévère. Je dis juste que l’ensemble reste plaisant, frais, ludique, original, drôle, touchant et tout ce qu’on veut, Pixar propose effectivement un bon film, en tout cas j’ai quand même bien aimé mais qui est pour moi loin d’être parfait et surtout pas aussi émouvant que je l’espérais (car je pense que j’aurais pu faire oublier certains points si le film m’avait davantage émue, j’en suis persuadée).

Vice Versa : Photo

Coldwater

réalisé par Vincent Grashaw

avec P. J. Boudousqué, James C. Burns, Chris Petrovski, Octavius J. Johnson…

Drame, thriller américain. 1h38. 2013.

sortie française : 9 juillet 2014

Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinetrafic et à KMBO : Page Facebook + Site officiel

Sur Cinetrafic, retrouvez les films sortis en 2014 et les films sur un adolescent

Coldwater

Brad est un adolescent impliqué dans plusieurs petits délits. Ses parents décident de le faire emmener de force dans le camp de redressement pour mineurs très isolé de Coldwater. Les jeunes détenus sont coupés du monde extérieur, subissent des violences tant physiques que psychologiques et n’ont d’autre choix que de survivre ou de s’échapper.

Coldwater : Photo P.J. Boudousqué

Après Phoenix et La Théorie des Dominos, voici le dernier film que je chronique à l’occasion de l’opération DVDtrafic – été 2015 : Coldwater. J’avais remarqué ce long-métrage l’an dernier en découvrant sa bande-annonce mais les choses ont fait que je n’avais pas pu aller le voir en salle. Heureusement, pratiquement un an après sa sortie française, j’ai pu rattraper ce film qui mériterait vraiment d’être découvert. Après avoir signé quelques courts-métrages et un petit passé de producteur indépendant (il a produit Bellflower d’Evan Glodell), Vincent Grashaw signe avec ce Coldwater son premier long-métrage et dans l’ensemble il s’en tire vraiment bien. Le titre de ce film désigne le camp de redressement dans lequel Brad se retrouve suite à plusieurs délits commis. Le sujet n’a rien de nouveau évidemment : nous avons déjà vu un tas de films sur la délinquance juvénile ou encore nous voyons de temps en temps des reportages sur ces fameux centres de redressement aux Etats-Unis. Cependant, le film de Vincent Grashaw a le mérite de ne pas se noyer parmi tout ce qu’on a déjà vu, sans être révolutionnaire, il apporte à sa façon quelque chose sur ce sujet d’actualité. Le jeune réalisateur parvient à montrer le cercle vicieux de la violence : ce n’est par la violence qu’on arrivera à remettre dans le droit chemin des ados justement violents, et au contraire, ils seront encore plus enragés en sortant de cet endroit (d’ailleurs, un des personnages le dit dans la première partie du long-métrage). Les adolescents sont certes ingérables et le réalisateur ne leur cherche pas d’excuses, mais ce dernier montre aussi que le comportement ou la vie même des parents peuvent non seulement déstabiliser un ado mais surtout il appuie sur la responsabilité perdue des parents, qui n’assument plus leur rôle et qui préfèrent envoyer leurs enfants dans des centres de redressement, comme s’ils étaient des animaux.

Coldwater : Photo Octavius J. Johnson, P.J. Boudousqué

De plus, Vincent Grashaw tire la sonnette d’alarme sur l’absence de législation de ces fameux camps de redressement. Parce qu’ils ont tous les pouvoirs et au nom d’une soi-disant nouvelle éducation, ceux qui gèrent ces centres se permettent d’humilier et de torturer des jeunes sans aucune raison. J’ai beaucoup aimé la manière d’avoir mis en scène cette violence. Certaines scènes sont évidemment difficiles à regarder, on s’inquiète pour les personnages mais on n’a jamais l’impression que le réalisateur en surajoute pour nous écoeurer, il veut juste exposer des faits pour pouvoir mieux dénoncer ces fameux camps de redressement. Dans l’ensemble, j’ai apprécié la mise en scène de Grashaw qui, en dehors de ces scènes de violence, est énergique, dynamique et va droit au but. Dans l’ensemble, le scénario reste plutôt convaincant. Grashaw expose certes des faits mais n’oublie pas non plus son histoire ni ses personnages. J’avais un peu peur que le film bascule du côté documentaire mais finalement il y a derrière une vraie histoire, le film trouve même un juste équilibre entre le drame et le thriller, il y a du suspense jusqu’au bout et on ressort du film troublé, voire même ému. La première partie est un peu en dessous de la seconde car je trouve que l’utilisation des flashbacks pas toujours efficace, ralentissant parfois le récit. En revanche, les flashbacks, et plus généralement le montage, sont vraiment utiles pour pouvoir donner du suspense et créer une véritable tension jusqu’à la dernière minute. Du coup, ces points techniques donnent du relief à ce scénario déjà convaincant. Enfin, Coldwater est servi par un excellent casting. P. J. Boudousqué, issu de la scène punk, et sosie de Ryan Gosling, est excellent et espérons pour lui qu’il ait la même carrière que l’acteur de Drive. Il est vraiment impressionnant surtout quand on sait qu’il n’avait jamais tourné avant ce film. James C. Burns est également très bon, je dirais même qu’il est vraiment terrifiant dans ce rôle de salaud. Si tout va bien, le second long-métrage de Vincent Grashaw devrait sortir en 2016 d’après ce que je lis sur Imdb. J’espère qu’il ne va pas me décevoir car ce réalisateur a du talent et beaucoup de choses à dire. A suivre ?

Coldwater : Photo P.J. Boudousqué

La Tête haute

réalisé par Emmanuelle Bercot

avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoit Magimel, Sara Forestier, Diane Rouxel, Anne Suarez, Christophe Meynet, Elizabeth Mazev, Martin Loizillon, Catherine Salée…

Drame français. 2h. 2014.

sortie française : 13 mai 2015

La Tête haute

Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

La Tête haute : Photo

La Tête haute a été présenté il y a maintenant quelques semaines en ouverture du festival de Cannes (en hors compétition). Même s’il a selon moi quelques défauts (j’y reviendrai plus tard), le film d’Emmanuelle Bercot avait largement sa place en compétition. En tant que grande amatrice de cinéma social, ce film ne m’a pas du tout déçue. Bercot signe un film coup de poing, elle ne lâche jamais ses personnages, surtout Malony, le protagoniste principal. Mais elle ne se contente pas de mettre en scène la rage et la violence d’un adolescence sans aucun repère. J’ai aimé la rencontre entre la douceur, la sensibilité et cette violence qui ressort sans cesse chez Malony. Le mélange entre tous ces états est efficace, permettant de dessiner le portrait complexe et l’évolution de Malony. Même s’il n’agit pas toujours bien, je me suis tout de même rapidement attachée à cet adolescent difficile. Mais au-delà d’avoir signé un portrait percutant sur un jeune homme, Emmanuelle Bercot parvient aussi à montrer avec beaucoup d’authenticité la difficulté des métiers autour de la justice et de l’éducation. La réalisatrice a clairement déclaré en conférence de presse ou dans des interviews ce qu’elle défend dans son film (et cela s’en ressent dans le film) : « Chaque enfant a besoin d’une éducation ». A travers son film, Bercot montre alors les conséquences du manque d’éducation, qui conduit forcément à la violence et à la délinquance. Elle croit aussi profondément aux institutions (d’ailleurs, elle ne s’en est pas cachée) et met en scène avec justesse les juges et les éducateurs qui croient en ce qu’ils font. Elle montre alors toute la complexité et le charabia des administrations, véritable frein à ceux qui veulent s’en sortir et ceux qui font leur travail avec sincérité. J’ai en tout cas aimé toute cette documentation, nécessaire pour nourrir le scénario et pour rester un maximum crédible. On sent vraiment que Bercot maîtrise son sujet, qu’elle sait de quoi elle parle. Ceci dit, le film possède tout de même quelques défauts, non négligeables. Même si j’ai beaucoup aimé la mise en scène, énergique, qui ne laisse aucun répit en étant proche des personnages et de leurs actions sans qu’on étouffe, j’ai trouvé cela regrettable les quelques scènes pseudo-grandiloquentes, en insérant notamment de la musique classique. Je suis sûre que cela avait certainement du sens pour Bercot mais pour moi, cette forme de décalage ne fonctionne pas vraiment car cela brise tout ce que la réalisatrice a su mettre en place.

La Tête haute : Photo

Surtout, c’est la fin qui m’a gênée, qui détruit vraiment tout le formidable travail de Bercot jusqu’à présent. Désolée, je vais un peu spoiler donc si vous n’avez pas envie d’en savoir plus, ne lisez pas les lignes suivantes. Normalement, si mon interprétation est juste, cette fin serait optimiste, surtout si je suis le raisonnement de Bercot durant ses interviews. Or, alors que la réalisatrice avait le mérite de rendre son film réaliste, voilà que sa fin est très éloignée de toutes les bonnes choses qui ont été mises en place auparavant. Certes, je peux comprendre la démarche, c’est-à-dire qu’il y aurait malgré tout un espoir, la possibilité de s’en sortir, mais pourquoi cette rédemption devrait-elle nécessairement par la paternité ? C’est limite un peu douteux et sans vouloir être méchante, on a quand même du mal à croire que devenir père va réellement aider Malony à devenir un adulte responsable, il lui reste encore du chemin à parcourir (je ne suis pas pessimiste, juste réaliste en ce qui concerne sa situation). Ce qui aurait pu être intéressant, c’est de mettre par exemple cette paternité avec le personnage de la mère de Malony, quelque chose de plus pertinent aurait pu en sortir. Or, en plus de cette fin franchement pas réussie, on ne nous expliquera jamais le comportement immature de la mère, on se pose sans cesse des questions sur ses réactions. Ces défauts m’ont du coup empêchée d’avoir un véritable coup de coeur pour ce film même si je l’ai tout de même beaucoup aimé. De plus, La Tête haute a un très bon casting. Dans le rôle principal, le jeune Rod Paradot est vraiment excellent, on peut parler de révélation. J’espère qu’on le verra dans d’autres rôles au cinéma. J’ai également beaucoup aimé l’interprétation de Catherine Deneuve, qui est très crédible en juge et en même temps, tout en restant professionnelle, est tendre et même maternelle envers Paradot. Benoit Magimel est également très surprenant, également très convaincant en éducateur dont on comprend rapidement son passé et donc son comportement envers Malony. En revanche, Sara Forestier est un peu dessous du reste du casting, même si elle sort tout de même pas si mal. Encore une fois, alors que le scénario reste pourtant réussi sur certains points, le manque d’épaisseur de ce personnage et surtout d’informations (contrairement justement au personnage de Magimel) s’en ressent sur son interprétation, sans excuser l’actrice, je ne pense pas que le scénario l’ait aidée à bien jouer.

La Tête haute : Photo Catherine Deneuve

Girls Only

réalisé par Lynn Shelton

avec Keira Knightley, Chloe Grace Moretz, Sam Rockwell, Mark Webber, Ellie Kemper, Jeff Garlin, Gretchen Mol, Daniel Zovatto, Kaitlyn Dever…

Titre original : Laggies

Comédie américaine. 1h40. 2014.

sortie française : 13 mai 2015

Girls Only

A l’aube de ses 30 ans, on ne peut pas dire que Megan soit fixée sur son avenir. Avec son groupe d’amies déjà bien installées dans la vie, le décalage se creuse de jour en jour. Et ce n’est pas le comportement des hommes qui va l’apaiser ! Au point qu’elle se réfugie chez Annika, une nouvelle amie… de 16 ans. Fuyant avec joie ses responsabilités, elle préfère partager le quotidien insouciant de l’adolescente et ses copines. Jusqu’à croiser le père d’Annika au petit-déjeuner…

Girls Only : Photo Keira Knightley

Après Humpday et Ma meilleure amie, sa soeur et moi, Lynn Shelton, qui commence à se faire un nom au sein du cinéma américain indépendant, réalise Laggies. Oui, j’insiste sur le titre original car ce titre « français » (en gros, traduire par de l’anglais, mouahahaha) est vraiment dégueulasse. On ne peut pas autant duper le spectateur, ou plutôt la spectatrice. Non, Laggies n’est pas un film destiné aux gamines de 12 ans pendant une soirée pyjama en train de se gaver de bonbecs. Trouver une traduction convenable de « laggies » est très difficile, mais en cherchant sur le net, j’ai tout de même compris ce qu’il signifie. En gros, il y a l’idée de « retard », de « traîner ». Cela correspond effectivement à la vie de Megan, le personnage principal. En effet, à presque 30 piges, Megan est un peu à la ramasse par rapport au reste de son entourage : elle n’a pas vraiment de travail fixe, elle a certes un petit ami mais n’a aucune envie de se marier avec lui et ses abominables amies sont toutes mariées et mères de famille. Bref, elle fuit et se met à traîner avec des ados qu’elle a croisés par hasard. Bref, à partir de là, on voit bien où veut en venir Lynn Shelton. La réalisatrice traite de l’éternel difficile passage à l’âge adulte. Elle veut aussi montrer que les gens sont parfois coincés dans leur propre vie à cause des diktats de la société alors que pour trouver leur voie (personnelle et professionnelle), il faut qu’ils écoutent leurs propres désirs et aspirations. C’est un film qui semble également interroger sur la maturité et la responsabilité : quand la jeunesse se termine-t-elle ? Peut-on être responsable tout en restant insouciant ? Enfin, chaque individu semble traverser une période floue pour pouvoir reprendre sa vie en main. Certes, rien de bien nouveau dans ces thèmes mais on pouvait tout de même espérer une nouvelle manière de les traiter. Je ne m’attendais pas spécialement au film du siècle mais j’espérais tout de même voir un film sympathique qui pouvait parler un minimum aux spectateurs (oui, même les mecs peuvent être concernés – malgré ce titre français crétin).

Girls Only : Photo Keira Knightley

Certes, Laggies se laisse tout de même regarder, en tout cas, personnellement, je ne me suis pas ennuyée. Cependant, cela ne signifie pas que le film est bon. Le film aurait pu être intéressant en revisitant en quelque sorte le teen-movie chez un personnage adulte ou encore il aurait pu s’amuser du décalage entre Megan la trentenaire et Annika l’adolescente. Hélas, Lynn Shelton passe à côté du potentiel de son film. Hélas, les thèmes pas nouveaux restent alors… des thèmes pas nouveaux. Le film est à l’image des « amies » de Megan : superficiel. Les thèmes intéressants ne sont que survolés, la question du travail est même au bout d’un moment totalement délaissée de côté. Il n’y a vraiment aucune originalité, on a l’impression d’avoir vu ce film des milliers de fois et la mise en scène est trop plate. Les facilités de scénario sont vraiment regrettables, on n’a vraiment aucune surprise. Pire, les clichés véhiculés sont déplorables. Certes, ce que souligne sur le papier Shelton est juste : effectivement, la société dicte bien le comportement des individus. On sait très bien que certains construisent une vie de famille, se marient etc… juste pour entrer dans un moule et non pour écouter leurs propres envies. On sait bien aussi que ces personnes en question n’hésitent pas à critiquer celles qui ne font pas comme elles. Mais là, Shelton nous présente tous les trentenaires comme des coincés, des gens autoritaires, totalement égocentriques. Les amies de Megan sont des sortes de clones des personnages de Desperate Housewives. Il n’y a absolument aucune nuance chez ces personnages alors qu’on peut être trentenaire, avoir une vie rangée et tout de même rire un minimum, non ? Là, non, les ados sont forcément tous cool et sympas (et font même du skateboard !) et les adultes sont tous vilains ! Comment le film peut-il être crédible avec ce ramassis de bêtises ? De plus, à part être sympathique, on reste vraiment indifférent au sort des personnages. On ne rit pas vraiment, on n’est pas non plus ému. Le spectateur se fiche royalement du sort de chacun. Face à tant de clichés, de superficialité et de vide, les acteurs font ce qu’ils peuvent. Keira Knightley reste sympathique même si elle sourit parfois bêtement, Chloe Grace Moretz est également crédible en ado cool même si ça serait chouette qu’elle arrête de jouer les ados attardées, je pense qu’elle vaut mieux que ça. Sam Rockwell est pour moi celui qui s’en sort le mieux mais son personnage est totalement sous-exploité. En revanche, les seconds rôles comme Ellie Kemper ou Mark Webber sont franchement catastrophiques.

Girls Only : Photo Keira Knightley

We need to talk about Kevin

réalisé par Lynne Ramsay

avec Tilda Swinton, John C. Reilly, Ezra Miller, Jasper Newell…

Drame américain, britannique. 1h50. 2011.

sortie française : 28 septembre 2011

interdit aux moins de 12 ans

We Need to Talk About Kevin

Eva a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour donner naissance à Kevin. La communication entre mère et fils s’avère d’emblée très compliquée. A l’aube de ses 16 ans, il commet l’irréparable. Eva s’interroge alors sur sa responsabilité. En se remémorant les étapes de sa vie avant et avec Kevin, elle tente de comprendre ce qu’elle aurait pu ou peut-être dû faire.

We Need to Talk About Kevin : Photo Lynne Ramsay, Tilda Swinton

We need to talk about Kevin, adaptation du brillant et passionnant roman de Lionel Shriver, qui avait suscité la polémique à sa sortie, avait été présenté en compétition au festival de Cannes en 2011. Hélas, il est reparti les mains vides. Pourtant, selon moi, il avait sa place dans le palmarès final (après évidemment, on ne peut pas caler tous les films au palmarès). J’ai vraiment adoré ce film bouleversant et d’une intelligence redoutable. Dès le début, on sait que le Kevin du titre a fait une connerie, laquelle, on ne sait pas, mais on se doute bien que c’est grave. On saura au fur et à mesure ce qu’il a fait. Tout en suivant l’esprit de la mère de Kevin, Eva, le film alterne alors entre le présent et le passé.  Par ailleurs, on peut remettre en question ses souvenirs : sont-ils tous réels ? Eva tente alors de comprendre comment son propre fils a pu devenir un monstre à travers d’une série d’interrogations. En est-elle responsable ? Qu’est-ce qu’elle aurait dû faire ? Le drame aurait-il pu être évité ? Kevin est-il diabolique ? Naît-on naturellement mauvais ? Est-ce que seule la mère est responsable des actes de son enfant ? Est-ce que le fait qu’elle ne l’ait pas désiré a pu avoir des conséquences sur le futur de cet enfant ? Il est difficile de répondre concrètement à toutes ces questions, très ancrées dans notre société actuelle, car il n’y a peut-être pas de réponses. Beaucoup de réponses se reposent sur le ressenti et l’expérience même du spectateur. D’ailleurs, Kevin ne répondra jamais à la question que se pose sa mère : « Pourquoi as-tu fait ça ? ». La réalisatrice Lynne Ramsay aurait pu se contenter de balancer un peu n’importe comment des interrogations s’en savoir en faire. Mais heureusement, elle arrive à dépasser ce problème grâce à une mise en scène particulièrement efficace et inspirée, qui joue beaucoup sur les effets de rupture, les couleurs (le rouge étant la couleur dominante du film), les effets de flottement pour montrer la conscience d’Eva. L’alternance entre le passé et le présent aurait pu être perturbant, mais grâce à une écriture remarquable et un très bon montage, on s’habitue rapidement au procédé et on n’est jamais perdu.

We Need to Talk About Kevin : Photo John C. Reilly, Lynne Ramsay, Tilda Swinton

Ramsay interroge également sur une question toujours très sociétale : l’instinct maternel. Il est clair qu’Eva ne l’a pas, ce qui va compliquer encore plus sa relation avec son fils qui, dès sa naissance, est un emmerdeur de première. Cependant, même si elle ne l’a pas, Eva ne laisse jamais tomber et essaie de se rapprocher de son fils, même s’il la rejette sans cesse. D’ailleurs, ce qui est beau dans ce film, c’est de voir Eva et Kevin qui n’arrivent pas à s’aimer alors qu’au fond ils aimeraient s’aimer pour être plus heureux. Le titre d’ailleurs est intéressant : Il faut qu’on parle de Kevin. Le problème justement, c’est que ni Eva et son mari n’arrivent pas à en parler (peut-être est-ce ça qui a conduit Kevin à commettre l’irréparable ?). Et surtout, Eva n’arrive absolument pas à communiquer avec Kevin. D’ailleurs, au début du film, elle pense qu’il est autiste. Cependant, la seule fois où Eva va pouvoir avoir une vraie discussion avec son fils et que les deux vont enfin démontrer l’amour qu’ils ressentent envers l’autre se déroule après le drame. On ne sait pas si Kevin continuera à être un monstre après ce qu’il a fait, il est clairement perturbé et on ne pense pas qu’il puisse un jour s’adapter à la société. Mais la seule chose qu’il restera finalement, c’est l’amour que lui porte sa mère, malgré le rejet constant dont elle a été victime. J’ai adoré l’interprétation de Tilda Swinton qui est bouleversante dans le rôle de cette mère qui se remet en question. Jasper Newell et Ezra Miller, qui incarnent Kevin à différentes périodes, sont également excellents dans ce rôle inquiétant. On voit peu John C. Reilly, mais en même temps, cette absence est très importante pour montrer que le père a aussi peut-être sa part de responsabilité et qu’il ne s’est pas réellement chargé de l’éducation de son fils. Cependant, du peu qu’on le voit, Reilly est également convaincant.

We Need to Talk About Kevin : Photo Ezra Miller, Lynne Ramsay