Le Grand Jeu (2017)

réalisé par Aaron Sorkin

avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, Chris O’Dowd…

titre original : Molly’s Game

Drame, biopic américain. 2h20. 2017.

sortie française : 3 janvier 2018

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Aaron Sorkin est un scénariste réputé depuis plusieurs années, que ce soit à la télévision (A la Maison Blanche, The Newsroom) ou au cinéma (il a remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté pour son travail sur The Social Network de David Fincher). Il passe désormais derrière la caméra (même s’il est aussi chargé, sans surprise, du scénario). Le Grand Jeu est inspiré de l’histoire vraie de Molly Bloom (oui, elle s’appelle comme le célèbre personnage du roman Ulysse de James Joyce), cette ancienne skieuse devenue organisatrice de parties de poker pour stars. Parmi ces stars, on retrouvait notamment Tobey Maguire (visiblement, même s’il n’est pas jamais nommé – comme les autres célébrités,  « Joueur X », interprété par Michael Cera, semble être une sorte de représentation de l’acteur de Spiderman), Leonardo DiCaprio, Ben Affleck, Macauley Culkin ou encore Matt Damon. Elle se fait finalement arrêter en 2013 pour ses parties illégales. Ses liens avec la mafia russe n’ont également pas arrangé les choses. Sorkin adapte en partie son autobiographie : je dis bien « en partie » puisque le film s’intéresse aussi à ce qui se passe après la sortie de ce livre (dans le film, son avocat lit même son bouquin). Je suis ressortie de la salle très partagée. Dans l’ensemble, j’ai été surprise de ne pas avoir senti de longueurs alors que le film dure tout de même 2h20. 2h20 pour un film qui ne raconte finalement pas grand-chose sans m’ennuyer relève presque de « l’exploit ». Pour une première réalisation, Aaron Sorkin s’en tire plutôt bien. Certes, la mise en scène n’est pas non plus extraordinaire. Beaucoup diront que Sorkin n’est pas un David Fincher ou un Danny Boyle (Sorkin avait aussi écrit pour lui avec Steve Jobs). Certes, ce n’est pas faux. Mais il n’y a rien de honteux, loin de là : son travail reste plutôt bon. En tout cas, si le film a selon moi beaucoup de défauts, la mise en scène n’est pas selon moi ce qui est à pointer du doigt. Le Grand Jeu bénéficie d’excellentes interprétations.J’aime beaucoup Jessica Chastain (enfin l’actrice, parce que la personnalité publique auto-proclamée porte-parole de toutes les causes commence un peu à me taper sur le système : voilà, c’est dit, je me sens mieux) et sans surprise, elle livre une impeccable interprétation. 

Le Grand jeu : Photo Idris Elba, Jessica Chastain

Cela dit, j’ai été « perturbée » par  sa perruque parfois un peu trop visible et ses décolletés un peu trop mis en avant : certes, son personnage, vulgaire, est assume sa féminité physique dans un milieu très masculin mais j’ai trouvé cet aspect parfois trop surligné. Pour la petite anecdote, c’est la véritable Molly Bloom qui souhaitait voir Chastain interpréter son rôle. J’ai surtout été épatée par la performance d’Idris Elba, tout particulièrement charismatique dans le rôle de l’avocat de l’héroïne. A la sortie de ma séance, je me souvenais même plus de lui que de Chastain. Dans un rôle secondaire, on est toujours content de retrouver ce bon vieux Kevin Costner. Le problème de ce dernier n’est pas son interprétation, loin de là. L’utilisation de son personnage est en revanche gênante. La scène de la patinoire est juste une immense blague et fait perdre à elle-seule tout crédit au film déjà suffisamment bancal : Molly retrouve son bon vieux père un peu par hasard dans ce petit bled qu’est New York à la patinoire, il lui fait alors en trois minutes sa psychothérapie. Vous comprenez, Molly elle se venge des hommes parce que son père était trop autoritaire et en plus c’était un salaud parce qu’il trompait sa femme. Molly trempe dans des affaires douteuses parce qu’elle n’a pas été réussi à être la championne de ski qu’elle aurait dû devenir. Bref, ça m’a fatiguée, même un épisode de 7 à la maison était plus subtil. Et c’est là où je veux commencer à pointer les nombreux défauts de ce long-métrage divertissant mais oubliable et discutable pour différentes raisons. La construction du film est en elle-même bordélique en s’éparpillant sur différents niveaux temporels, sans cesse entremêlés : l’enfance et l’adolescence de Molly en tant que skieuse en partie conseillée et entraînée par son père (leurs relations sont donc assez compliquées), la réussite de Molly dans son « travail » et la possible chute de Molly avec ses problèmes judiciaires. Décidément, on ne veut plus réaliser de biopics traditionnels. La nouvelle mode est de déconstruire à tout prix les histoires linéaires.

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Cela dit, le schéma adopté par Sorkin est juste ultra casse-gueule. Pour moi, il passe par ce procédé parce qu’en réalité, la réelle histoire de Molly n’est finalement pas plus que palpitante que cela quand on y réfléchit bien. On ne peut pas s’empêcher de trouver cette structure faussement compliquée pour pas grand-chose, pour combler du vide. Le montage et la voix-off, qui pourraient éventuellement expliquer le rythme du film, sont également à remettre en cause (et je relie les deux défauts ensemble). Le montage semble parfois hasardeux : on passe parfois d’une scène à l’autre un peu en mode « ploum ploum ploum » parce qu’on a l’impression que Sorkin ne parvient pas à se sortir de son schéma narratif inutilement compliqué. Cette voix-off est également discutable : a priori, elle n’est pas déplaisante, elle est plutôt endiablée (même s’il vaut mieux ne pas avoir une dent contre les films bavards, heureusement pour moi, je ne fais pas partie de cette catégorie). Mais elle est trop littéraire dans le sens où on a l’impression d’entendre les extraits de son bouquin juste directement transposés à l’écran. Sorkin ne joue alors pas suffisamment avec cet élément. La voix-off aurait pu par exemple être en décalage avec les images ou quelque chose de ce style. Mais en fait non. Elle ne permet pas aux images de parler d’elles-mêmes. Elle surajoute de l’information inutilement, elle ne nous aide pas non plus à mieux cerner la personnalité de Molly Bloom. Justement, rebondissons sur ce dernier point : le personnage en lui-même est problématique et pas uniquement à cause d’une psychologie digne de Doctossimo concernant ses relations avec son papounet (comme si ça excusait déjà tous ses actes). Certes, cela peut être intéressant de voir une femme qui assume sa féminité évoluer dans un univers très masculin. Mais elle n’a aucun mérite dans sa réussite ou quand elle parvient à se sortir du pétrin : c’est un personnage qui est bien plus passif qu’on veut nous le faire croire. Surtout, tout est fait pour enlever toute responsabilité à ce personnage. La fin, qui nous la présente comme une battante, une winner (alors que sa réussite est discutable), va encore plus dans ce sens et cela m’a dérangée. Le Grand Jeu est un film très décevant qu’on oubliera assez vite…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Publicités

Marley et moi / Watchmen

Marley & Moi
réalisé par David Frankel
avec Owen Wilson, Jennifer Aniston, Eric Dane, Alan Arkin, Haley Bennett, Clarke Peters…
titre original : Marley & Me
Comédie américaine. 1h40. 2008.
sortie française : 4 mars 2009
Movie Challenge 2017 : Un film que j’aime bien secrètement
Jenny et John viennent tout juste de se marier sous la neige du Michigan et décident de partir s’installer sous le soleil de Floride. Alors que l’envie d’avoir un premier enfant se profile chez Jenny, John espère retarder l’échéance en lui offrant un adorable chiot sur les conseils avisés de son collègue Sébastien, un séducteur profitant pleinement de son célibat. C’est ainsi que Marley, un jeune labrador, prend place au sein du couple. En grandissant, l’animal se révèle aussi craquant que dévastateur et la maison devient un véritable terrain de jeu, où plus rien ne peut échapper à sa voracité. Mais l’envie de fonder une famille ressurgit, et Jenny attend désormais son premier enfant. Au rythme des années et des catastrophes qu’il provoque, Marley sera le témoin d’une famille qui se construit et s’agrandit, devant faire face à des choix de carrière, des périodes de doute et des changements de vie. Pour Jenny et John, même si Marley est le pire chien du monde, cette tornade d’énergie leur témoignera une affection et une fidélité sans limite, pour leur enseigner la plus grande leçon de leur vie.
Marley & moi : Photo David Frankel, Jennifer Aniston, Owen Wilson
Marley & Moi, réalisé par David Frankel (Le Diable s’habille en Prada), est tiré de l’ouvrage autobiographique du journaliste John Grogan, Marley & Me: Life and Love with the World’s Worst Dog (2005). Je m’attendais, comme beaucoup, à regarder une comédie toute mignonne avec un joli toutou qui ferait quelques conneries (et vous savez peut-être que j’ai du mal en général avec les films qui mettent en vedette des animaux). Certes, il s’agit a priori d’un film familial, grand public, c’est un fait (et ce n’est pas forcément une tare). Mais finalement, on n’est pas tant que ça dans le film tout choupi si attendu. Si Marley & moi est pour moi un agréable divertissement, assez bien foutu dans son genre, il surprend surtout pour son émotion que j’ai trouvée vraie (même si le film a évidemment pour but de nous faire verser quelques larmes, on ne va pas se mentir non plus). Je n’ai jamais eu de chiens (en revanche des chats j’en ai toujours eu) mais l’histoire m’a réellement émue (vous avez l’habitude, j’ai évidemment chialé) : je me suis identifiée au personnage principal avec sa relation avec Marley. Certes, je ne vais pas vous dire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre, ce n’est évidemment pas le cas, on ne retient pas non plus le travail de mise en scène, je ne sais même pas si on peut s’il s’agit vraiment d’un bon film (d’un point de vue strictement cinématographique – bon après rien ne m’a choquée, j’imagine que le travail de ce côté reste correct par rapport à ce qu’on attend de ce type de production). Mais Marley & Moi m’a clairement plu même si j’ai conscience de ses limites purement cinématographiques. Le film reprend le schéma autobiographique du bouquin, l’histoire étant racontée par John. La voix-off est toujours un outil « risqué » dans le sens où elle a tendance à alourdir le récit. Je ne dis pas qu’elle est d’une grande subtilité mais elle n’est pas non plus envahissante. Surtout, je trouve qu’on peut malgré tout (je dis ça parce que Wilson et Aniston sont des stars hollywoodiens, beaux, blonds, sportifs, avec des dents Colgate – bref le contraire du commun des mortels) s’identifier aux personnages principaux, comprendre l’attachement au chien et au rôle que ce dernier joue dans la vie d’une famille face au temps qui passe. Marley et moi séduit alors dans sa représentation d’une vie de famille (et ou plutôt dans sa construction) avec ses bons et ses mauvais moments (les ellipses me semblent bien choisies et fluides). Après, j’admets aussi que ce film fait certainement partie désormais de mes plaisirs coupables (c’était le but de cette catégorie du Movie Challenge).
 
Marley & moi : Photo David Frankel, Eric Dane, Owen Wilson

Watchmen – Les Gardiens 
réalisé par Zach Snyder
avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jeffrey Dean Morgan, Carla Cugino, Stephen McHattie…
titre original : Watchmen
Action, science-fiction, drame américain. 2h42. 2009.
sortie française : 4 mars 2009
interdit aux moins de 12 ans
Movie Challenge 2017 : Un film recommandé par quelqu’un (Borat)
Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, « Watchmen – Les Gardiens » – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?
Watchmen - Les Gardiens : Photo Carla Gugino, Jeffrey Dean Morgan
Watchmen est l’adaptation du comic éponyme d’Alan Moore (qui rejette le film comme toutes les adaptations de ses oeuvres) et Dave Gibbons (en revanche, il s’est associé au projet). J’ai une drôle d’histoire avec Zack Snyder (et encore, je dis ça sans avoir vu son Batman vs Superman) : 300 fait partie de mes plaisirs coupables, j’aime également énormément L’Armée des Morts (et j’adore au passage la version originale de Romero), en revanche je rejette en bloc Sucker Punch. Et comme vous le savez certainement (ou pas), j’ai généralement du mal avec les films de super-héros. J’ai longtemps redouté ce fameux Watchmen, visiblement autant adoré que détesté. Sans dire que j’ai adoré, j’ai été agréablement surprise par ce long-métrage, certes assez long mais selon moi réellement divertissant et pertinent. Le long-métrage nous présente alors une Amérique alternative des années 1980 (à peine le miroir de ce qu’on connaît déjà) sous l’égérie des super-héros. Mon seul véritablement hic vient du traitement des femmes (problème que j’avais déjà relevé dans d’autres films de Snyder) : j’ai clairement trouvé le film misogyne (on pourra toujours me répondre qu’il y a les mêmes problèmes dans le comic : et bah j’ai envie de dire que je ne trouve pas ça cool non plus). Les personnages féminins ont toutes un mauvais rôle : soit elles sont hyper sexualisées et inutiles dans l’intrigue soit elles ont un mauvais rôle par rapport aux autres personnages. Pour ne rien arranger, Malin Akerman et Carla Cugino jouent très mal (comme souvent). C’est dommage car le reste du casting est pour moi très bon, surtout Jackie Earle Haley, épatant et charismatique dans le rôle de Rorschach. Les personnages sont justement pour moi un des points forts de ce film, ils sont étonnamment complexes par rapport à ce qu’on pourrait attendre habituellement de ce genre de production (le cas le plus flagrant concerne Le Comédien incarné par l’étonnant Jeffrey Dean Morgan). La narration a pu déstabiliser certains spectateurs, certains diront même que le film est trop lent et qu’il ne se passe rien. Pour ma part, si au début j’étais sceptique par cette narration a priori décousue, j’ai rapidement adhéré à ce choix qui permet d’appréhender la psychologie et les histoires personnelles de tous les personnages. Je suis également tombée sous le charme de la proposition graphique et esthétique même si j’admets que certains effets (ex : les ralentis) sont parfois superficiels. Les dialogues sont également soignés, l’histoire en elle-même trouve un ton juste entre violence, tragédie et humour. Enfin, la BO, très agréable, s’adapte bien aux différentes scènes.
Watchmen - Les Gardiens : Photo Jackie Earle Haley

L’Ascension

réalisé par Ludovic Bernard

avec Ahmed Sylla, Alice Belaïdi, Kevin Razy, Nicolas Wanczycki, Waly Dia…

Comédie française. 1h43. 2016.

sortie française : 25 janvier 2017

« Pour toi, je pourrais gravir l’Everest !» Samy aurait mieux fait de se taire ce jour-là… D’autant que Nadia ne croit pas beaucoup à ses belles paroles. Et pourtant… Par amour pour elle, Samy quitte sa cité HLM et part gravir les mythiques 8848 mètres qui font de l’Everest le Toit du monde. Un départ qui fait vibrer ses copains, puis tout le 9-3 et c’est bientôt la France entière qui suit avec émotion les exploits de ce jeune mec ordinaire mais amoureux. A la clé, un message d’espoir : à chacun d’inventer son avenir, puisque tout est possible.

L'Ascension : Photo Ahmed Sylla, Nicolas Wanczycki

L’Ascension (lauréat du Grand Prix au festival de l’Alpe d’Huez) est l’adaptation de l’ouvrage autobiographique de Nadir Dendoune (qui a participé à l’écriture du scénario), Un tocard sur le toit du monde. Ce dernier racontait donc son expérience et même son exploit : il devient en 2008 le premier franco-algérien à atteindre le sommet de l’Everest. Dans son adaptation, le personnage principal a subi quelques modifications. Nadir est devenu pour le cinéma Samy (qui est d’origine sénégalaise) qui ne gravit pas à l’origine l’Everest pour prouver qu’il est capable de faire quelque chose d’extraordinaire (même si cet élément va tout de même entrer en compte dans le récit : une des dernières scènes finales reprend la célèbre photo de Dendoune avec son carton en forme en coeur sur lequel était inscrit « 93 »). Pour la petite anecdote, L’Ascension est le premier film de fiction tourné au camp de base de l’Everest (qui se trouve à 5 364 mètres d’altitude). Avant de polémiquer sur le changement d’origine du personnage principal, une petite explication : Ahmed Sylla, révélé dans l’émission de Laurent Ruquier, On n’demande qu’à en rire (et il me faisait déjà marrer à cette époque), s’est démarqué durant le casting (ce qui ne m’étonne pas). Ainsi, Sylla obtient ici son premier vrai rôle au cinéma. Depuis quelques années, nous voyons passer sur nos écrans un certain nombre de films traitant du sujet des banlieues. Certes, nous ne pouvons pas dire que L’Ascension entre totalement dans cette catégorie (je veux dire, nous ne sommes pas dans Bande de filles ou Divines par exemple) mais il est certain que ce point-là ne peut pas être négligé, surtout que le film alterne scènes de montagne de montagne et scènes dans la cité. L’Ascension évite étonnement certains gros clichés, notamment sur le langage employé. Ce n’est pas pour détourner sur une réalité (et l’adoucir) : le but est de se concentrer sur une histoire qui dépasse le simple postulat d’un jeune garçon des cités qui réussit à se dépasser. L’histoire est finalement plus universelle : ce n’est pas parce qu’on est parfois mal parti dans la vie pour diverses raisons (sociales, culturelles, physiques etc…) qu’on ne peut pas atteindre ses objectifs. J’ai donc aimé cette double accessibilité possible (le film n’étant jamais le cul entre deux chaises de ce côté-là) et c’est certainement ce point qui a séduit la presse et les spectateurs (le film ayant réuni un bon million de personnes dans les salles obscures françaises : un succès bien mérité au passage).

L'Ascension : Photo Ahmed Sylla, Alice Belaïdi

Il s’agit du premier long-métrage de Ludovic Bernard (son prochain film, Mission Pays Basque, sort bientôt : j’avoue que je le sens moyen celui-là…), ancien assistant-réalisateur (notamment sur Lucy de Luc Besson ou Ne le dis à personne de Guillaume Canet). Certes, on ne va pas dire qu’on est bluffé par la mise en scène (en même temps je n’ai pas regardé ce film spécialement pour ça) mais quand je vois l’état de la comédie française actuelle, il s’en sort plus que bien. Côté scénario (co-signé par Bernard), le film tient également la route et j’ai même envie de dire un truc très bateau mais qui me semble vrai : l’histoire est très bien racontée. Le film a beau être officiellement une comédie (je dis ça parce que finalement on est plus dans le fameux feel good movie qu’une vraie franche comédie comme on pourrait s’y attendre), voire même une comédie romantique, il ne cherche pas à être à tout prix dans la vanne facile, il n’est jamais lourd, que ce soit en terme d’humour ou même lorsqu’il aborde la romance entre Samy et Nadia. Même la partie qui se déroule dans la cité (notamment avec les animateurs de la radio qui sont toujours d’humeur à balancer des blagues pas toujours fines) évite des lourdeurs qui auraient pourtant pu apparaître. Son ton est léger mais le scénario ne l’est pas, ni les personnages, surtout Samy. Le film fonctionne parce qu’il est sincère (bon, ok, la sincérité n’a jamais fait un film, nous sommes bien d’accord) à l’image de Samy. On sent qu’il se concentre sur les valeurs inculquées : la fin est alors réellement émouvante. Le charismatique (et toujours souriant) Ahmed Sylla est remarquable dans le rôle principal et prouve deux choses : premièrement, il est capable de tenir un premier rôle sur ses épaules (pas forcément évident surtout quand on débute dans le cinéma); deuxièmement il surprend quand il sort aussi de son cadre habituel, c’est-à-dire la comédie. Les seconds rôles sont également bons, que ce soit Kevin Razy et Waly Dia (également sortis de l’émission de Ruquier), Umesh Tamang (le touchant « Johnny »), Nicolas Wanczycki (dans le rôle du guide rustre) ou encore Alice Belaïdi. L’Ascension est donc une agréable bonne surprise sans prétention qui fait du bien : on peut encore faire de bonnes comédies en France en mettant en avant des minorités, sans tomber dans un discours moralisateur ni pessimiste.

L'Ascension : Photo Ahmed Sylla

Lion

réalisé par Garth Davis

avec Dev Patel, Sunny Pawar, Nicole Kidman, Rooney Mara, David Wenham, Priyanka Bose…

Drame, biopic, aventure américain, australien, britannique. 1h58. 2016.

sortie française : 22 février 2017

Une incroyable histoire vraie : à 5 ans, Saroo se retrouve seul dans un train traversant l’Inde qui l’emmène malgré lui à des milliers de kilomètres de sa famille. Perdu, le petit garçon doit apprendre à survivre seul dans l’immense ville de Calcutta. Après des mois d’errance, il est recueilli dans un orphelinat et adopté par un couple d’Australiens.
25 ans plus tard, Saroo est devenu un véritable Australien, mais il pense toujours à sa famille en Inde.
Armé de quelques rares souvenirs et d’une inébranlable détermination, il commence à parcourir des photos satellites sur Google Earth, dans l’espoir de reconnaître son village.
Mais peut-on imaginer retrouver une simple famille dans un pays d’un milliard d’habitants ?

Lion : Photo Dev Patel, Rooney Mara

Nommé six fois aux Oscars dont dans la catégorie « meilleur film », Lion fait partie des bonnes surprises de ce début d’année. Pourtant on pouvait craindre le pire : sur le papier, ce film, très vite comparé à Slumdog Millionaire (il a été nommé aux Oscars, ça se passe en Inde avec tout ce qu’on connait de là-bas, Dev Patel est au casting… bref, tout de suite les raccourcis), pouvait être très lourdingue. On ne va pas se mentir, ce premier long-métrage de Garth Davis (qui a réalisé quatre épisodes de la première saison de Top of the Lake) est assez académique et veut clairement nous tirer quelques larmes (visiblement cela a fonctionné sur certains spectateurs présents dans ma salle). Il a aussi ses quelques défauts. En effet, même si je ne me suis pas ennuyée (le film m’a même plutôt captivée), il me semble qu’il y a un déséquilibre entre les deux grandes parties, c’est-à-dire entre l’enfance de Saroo en Inde et sa vie à l’âge adulte en Australie. Je précise que je n’ai pas pu chronométrer,  je parle ici de ressenti, à me confirmer alors concernant cette organisation temporelle. J’ai eu l’impression que la première partie prenait bien son temps (ce qui est souvent justifié vu que beaucoup d’éléments seront repris pour l’enquête personnelle du personnage principal) tandis que la seconde (qui se déroule pourtant bien sur plusieurs années) m’a semblé un peu trop rapide par rapport à ce contenu. Cela dit, je ne vais pas non plus cracher sur ce film. Oui, il veut émouvoir ses spectateurs et même s’il n’est pas toujours subtil de ce côté-là (notamment avec les images d’archive avec le véritable Saroo et ses familles – même si je trouve ça choupi aussi), l’émotion est tout de même bien présente (non, je n’ai pas pleuré mais le film ne m’a pas laissée indifférente, loin de là). Lion est tiré de l’histoire vraie de Saroo Brierley, ce dernier l’ayant relatée dans son ouvrage Je voulais retrouver ma mère (A Long Way Home) publié en 2013. Cet aspect biographique ajoute aussi certainement à l’émotion voire même à ce côté tire-larmes facilement reprochable. Cela dit, on a quand même envie de dire : quelle histoire ! Je ne suis pas étonné qu’elle ait pu séduire Hollywood. Même s’il y a selon moi quelques déséquilibres, le scénario adapté par l’auteur australien Luke Davies (son nom ne vous dira peut-être rien mais un de ses romans, Candy, avec Heath Ledger et Abbie Cornish, avait été adapté au cinéma en 2006) retrace bien une histoire passionnante qui interroge sur la question des liens familiaux et qui met aussi en avant une triste réalité en Inde (même s’il ne s’agit pas non plus d’un scoop mais c’est tout de même bien d’en parler).

Lion : Photo Abhishek Bharate, Sunny Pawar

La mise en scène m’a agréablement surprise : elle est assez intéressante surtout dans le cadre d’une production assez « académique » et en plus il s’agit d’un premier long-métrage. Garth Davis parvient à saisir cette Inde trop grande pour un petit garçon, et hélas très pauvre, avec tout ce qui suit derrière (notamment la traite des enfants). J’avais peur qu’on tombe dans le misérabilisme, je dirais juste que Davis filmer ce pays sans concession. Et certaines scènes font mine de rien leur petit effet, on a parfois froid dans le dos. Ce travail de mise en scène également cohérent avec le très beau travail esthétique. Certes, on pourra toujours dire qu’il s’agit d’une sorte de grande pub pour Google Earth mais ce choix de photographie qui valorise très bien les espaces et aussi l’idée d’un voyage, qu’il soit géographique ou plus « métaphorique » : un voyage avec les souvenirs permettant de revenir aux sources. Ce plein de couleurs vives est logique pour filmer l’Inde et plus généralement le voyage. Je crois aussi que ce choix permet de créer une sorte de bulle pour le personnage principal face à ses souvenirs dans ce récit terriblement vrai. Dev Patel, récompensé par un BAFTA du meilleur acteur second rôle et nommé aux Oscars (et j’aurais préféré qu’il le remporte face au lauréat de Moonlight), est excellent dans le rôle de Saroo adulte. Il est à la fois si solaire et désespéré, il transmet beaucoup de sentiments et de questionnements d’une scène à l’autre; surtout, il parvient à exprimer son état obsessionnel. Le petit Sunny Pawar (Saroo enfant) porte bien son prénom : ce gamin est vraiment lumineux et naturel ! Malgré sa choucroute orange indescriptible et son Botox qui a massacré son visage (si joli autrefois), Nicole Kidman livre également une très bonne performance. Son personnage est déjà d’une grande humanité et son interprétation permet aussi de révéler ses faiblesses et blessures. Je regrette juste qu’on ne voit pas suffisamment le toujours aussi bon David Wenham et surtout la fascinante Rooney Mara. Pour conclure, Lion aurait pu être plombé par certains défauts, il est certain qu’il n’est pas parfait. Il remplit tout de même pour moi ses charges, en abordant avec aisance certains thèmes (les liens familiaux, la question des origines et de l’identité pour se construire, le rôle du numérique qui a son utilité ou encore les conséquences de la pauvreté, capable aussi de détruire une famille). Il aurait pu être superficiel mais il évite de tomber dans ce piège. Larmoyant, il l’est peut-être. Il reste tout de même émouvant grâce à une histoire finalement bien racontée. Bref, le film n’a rien de révolutionnaire mais pourtant je l’ai trouvé à sa manière assez bon.

Lion : Photo Nicole Kidman, Sunny Pawar

Secret d’état

réalisé par Michael Cuesta

avec Jeremy Renner, Rosemarie DeWitt, Oliver Platt, Mary Elizabeth Winstead, Ray Liotta, Tim Blake Nelson, Barry Pepper, Michael Sheen, Paz Vega, Andy Garcia…

titre original : Kill the Messenger

Biopic, drame américain. 1h52. 2014.

sortie française : 26 novembre 2014

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic et Metropolitan Filmexport.

Sur Cinétrafic : Les films d’action dont ceux de 2015.

Secret d'état

Une vérité incroyable se dessine : les rebelles du Nicaragua travailleraient directement avec la CIA pour introduire de la cocaïne aux Etats-Unis et l’argent résultant de ce trafic servirait à armer les milices des Contras que veulent soutenir les Etats-Unis. Pour faire exploser la vérité, Webb prend tous les risques et se rend au Nicaragua afin de soutirer des informations essentielles au baron de la drogue Norwin Meneses. Il écrit bientôt une série d’articles qui secoue l’Amérique tout entière…
Webb devient alors une cible pour les journalistes rivaux mais aussi pour les responsables du trafic : un véritable complot se trame contre lui…

Secret d'état : Photo Jeremy Renner

Secret d’état est sorti dans les salles françaises en fin novembre dernier dans l’indiscrétion la plus totale. Il faut dire que le titre français est un peu trop passe-partout (il faut voir le nombre de films qui s’intitule « secret de quelque chose » ou « machin d’état », forcément ça n’inspire plus au bout d’un moment). Le titre original, Kill the Messenger, a déjà bien plus de sens, surtout une fois qu’on a vu le film. En tout cas, même s’il ne s’agit évidemment pas du film du siècle, Secret d’état est pour moi un bon film qui mérite d’être vu rien que par son sujet. Je peux même dire qu’il s’agit même d’une bonne surprise vu que je n’en attendais rien. Pour écrire le scénario, le scénariste et ancien journaliste Peter Landesman s’est appuyé sur deux ouvrages : Dark Alliance de Gary Webb et Kill the Messenger: How the CIA’s Crack-cocaine Controversy Destroyed Journalist Gary Webb de Nick Schou. Ainsi, le film est tiré de l’histoire vraie de Gary Webb, un journaliste qui a publié une série d’articles nommés « Dark Alliance » à partir de 1996 dans le San Jose Mercury News. Au cours de son enquête, Webb a alors découvert le financement des contras au Nicaragua par des narcotrafiquants couverts par la CIA. Ainsi, la CIA a favorisé la distribution du crack dans les banlieues noires de Los Angeles, ce qui a provoqué une « épidémie de crack ». Cependant, cette vérité a évidemment un prix, chacun voulant se préserver, notamment son propre journal qui ne va pas avoir le courage d’assumer les articles. Suite à cette affaire, Webb démissionne du Mercury News et a délaissé le journalisme. En 2004, il est retrouvé à Sacramento avec deux balles dans la tête (mais la police dit qu’il s’agit d’un suicide : je ne suis pas forcément adepte de la théorie du complot mais il faut avouer que c’est très étrange).

Secret d'état : Photo Mary Elizabeth Winstead

Rien que le résumé nous fait comprendre que l’affaire en elle-même est passionnante. Evidemment, le scénario a apparemment romancé le récit mais il a tout de même sur retranscrire les différents enjeux des enquêtes journalistiques de Gary Webb. Le film réussit à trouver un bon équilibre entre le thriller politique et le drame. De plus, le langage reste accessible pour ceux qui ne connaissent pas forcément cette affaire (vraiment importante et étonnamment pas si connue que ça) tout en utilisant un jargon crédible. Grâce à une mise en scène solide et un scénario plutôt efficace, Michael Cuesta, réalisateur de 12 and Holding (avec déjà Jeremy Renner au casting) et du polémique Long Island Express (L.I.E.), réussit aussi à dresser le portrait fascinant d’un homme courageux, passionné et intègre, seul contre tous et pris un tourbillon médiatique et politique. Dans le rôle principal, Jeremy Renner est vraiment impeccable et a vraiment les épaules pour tenir un tel rôle. Certains seconds rôles sont également remarquables, comme par exemple ceux tenus par Mary Elizabeth Winstead, Oliver Platt ou encore Michael Sheen. Je note tout de même quelques défauts : même si le film est captivant et parvient à tenir le spectateur en haleine, il y a tout de même quelques longueurs. Puis, on a quand même l’impression que Webb a eu de la chance de tomber sur LE sujet de l’année et se découvre un talent pour l’investigation. Il ne faut pas oublier que Webb avait déjà une solide carrière de journaliste. De plus, sa participation au reportage collectif sur le tremblement de terre de Loma Prieta lui a permis de remporter en 1990 le Prix Pulitzer avec d’autres collègues. Malgré ces maladresses, Secret d’état est un film captivant, engagé, important pour la liberté de la presse.

Secret d'état : Photo Jeremy Renner

American Sniper

réalisé par Clint Eastwood

avec Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes, Jake McDorman, Jonathan Groff…

Biopic, guerre, drame américain. 2h12. 2015.

sortie française : 18 février 2015

American Sniper

Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ». Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu’il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l’angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s’imposant ainsi comme l’incarnation vivante de la devise des SEAL : « Pas de quartier ! » Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu’il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

American Sniper : Photo Bradley Cooper

Clint Eastwood a beau vieillir, il ne prend décidément jamais sa retraite pour notre plus grand bonheur ! Quelques mois après le discret Jersey Boys, papi Clint revient en force avec American Sniper, l’adaptation de l’autobiographie de Chris Kyle intitulée American Sniper: The Autobiography of the Most Lethal Sniper in U.S. Military History (en VF American Sniper, l’autobiographie du sniper le plus redoutable de l’histoire militaire américaine). Le long-métrage, nommé à six reprises aux Oscars (il repartira avec une statuette – meilleur montage sonore), a cassé la baraque, devenant ainsi le plus grand succès cinéma de l’année 2014 aux Etats-Unis (devant Hunger Games : La Révolte la plus chiante de l’histoire du cinéma, héhéhé). Chris Kyle, sous-officier de la marine américaine, revendique avoir abattu 255 personnes durant la guerre d’Irak. Le Pentagone a officiellement confirmé 160 tirs : ces chiffres font de Kyle le tireur d’élite ayant tué le plus de personnes dans toute l’histoire militaire des Etats-Unis. Après son retour de la guerre, après avoir un centre de formation pour apprentis tireurs d’élite au Texas, il finira par être assassiné le 2 février 2013 (avec Chad Littlefield) par Eddie Ray Routh, un ex-marine souffrant de trouble de stress post-traumatique. Dernièrement, le tueur de Kyle a été condamné à une peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle. Le personnage est polémique : a-t-il réellement tué tous ces gens par devoir patriotique ? Est-il un héros ou un guerrier meurtrier ? En tout cas, dans son autobiographie, il confesse ne regrette aucun de ses actes. Pire : son seul regret est de ne pas avoir pu tuer plus de gens.

American Sniper : Photo Bradley Cooper, Sienna Miller

Malgré son succès, American Sniper a été marqué par des polémiques autour des pensées et actes autour de ce personnage qui ne serait pas aussi héroïque. Pour ceux qui n’auraient pas du tout suivi la controverse autour de ce film, les détracteurs lui reprochent de faire l’apologie du meurtre et de véhiculer des idéaux racistes. Effectivement, contrairement à Démineurs (que je n’aime pas, je le précise), les Irakiens ne sont pas réellement vus comme les gentils de l’histoire (même si certaines répliques venant de personnages secondaires tentent de faire comprendre qu’eux-mêmes sont des victimes de guerre, mais elles restent minimes. Cependant, je ne pense pas que cela montre une quelconque idéologie de la part de Clint Eastwood. Au pire, cela peut montrer le point de vue de Kyle : il s’agit alors de la position d’un personnage et non du réalisateur et cela ne va pas forcément dire qu’Eastwood l’approuve. Cela ne peut que renforcer la complexité même du personnage. De plus, il faut tout de même savoir que la famille de Kyle a pas mal rôdé autour du tournage et souhaitait que sa mémoire soit respectée. Cela peut alors expliquer pourquoi Eastwood ne dresse pas un portrait davantage plus sombre de Kyle et qu’il reste plutôt bienveillant. Cela expliquerait également pourquoi j’ai pu trouver ce film patriotique, surtout en ce qui concerne la fin (cependant, rien de scandaleux, il n’y a pas de propagande, je pense que ça transcrit un sentiment très américain, difficile à cerner pour nous qui sommes européens). Je ne comprends absolument pas cette polémique, qui me semble injustifiée. Cependant, il est tout de même regrettable de voir un Eastwood qui semble se censurer. Il n’ose même pas reprendre la phrase écrite de Kyle sur le fait qu’il aurait aimé tuer encore plus de gens, et préfère plutôt la détournée d’une autre manière, en la mettant sur le compte du devoir patriotique. 

American Sniper : Photo Sienna Miller

Malgré cela, Clint Eastwood arrive tout de même à dresser le portrait complexe d’un soldat. Parti par devoir patriotique, découvrant toutes les horreurs possibles (de ce côté-là, le film n’est pas du tout light), Chris Kyle prend rapidement goût à la guerre qui lui procure une adrénaline pratiquement indispensable, au point d’être un étranger au sein de sa propre famille lorsqu’il retourne chez lui au Texas : en réalité, sa véritable famille est l’armée. Le sujet n’est pas évidemment pas nouveau mais il reste bien exploité et de nouveau captivant. Au fond, peu importe si on trouvera ce film patriotique ou non (je crois qu’on touche ici à une question très personnelle, qui ne dépendra que des convictions personnelles des spectateurs), American Sniper réussit à parler de patriotisme. Au-delà des questions soulevées, à la fois justes et pertinentes, sur le patriotisme, la nécessité ou non de la guerre et du devoir (la guerre est-elle un mal nécessaire ?), le retour des soldats chez eux ou encore du problème des armes à feu aux Etats-Unis, la film séduit par sa mise en scène remarquable, réaliste, énergique et coup de poing. Eastwood s’est d’ailleurs très bien renseigné sur les scènes de batailles, en engageant notamment sur le tournage Kevin Lacz (qui interprète son propre rôle !), qui a connu Chris Kyle en Irak. Bradley Cooper (également l’un des producteurs du film) livre une interprétation remarquable (et avec un chouette accent texan) : sa nomination aux Oscars me semble parfaitement justifiée. Sa partenaire Sienna Miller, qui incarne encore une fois cette année « la femme de » (rappelez-vous dans le déjà oubliable Foxcatcher), s’en tire également bien dans ce rôle secondaire sans passer pour une potiche.

American Sniper : Photo Bradley Cooper

Une merveilleuse histoire du temps

réalisé par James Marsh

avec Eddie Redmayne, Felicity Jones, David Thewlis, Charlie Cox, Emily Watson, Harry Lloyd, Simon McBurney…

titre original : The Theory of Everything

Biopic, drame britannique. 2h03. 2014.

sortie française : 21 janvier 2015

Une merveilleuse histoire du temps

1963, en Angleterre, Stephen, brillant étudiant en Cosmologie à l’Université de Cambridge, entend bien donner une réponse simple et efficace au mystère de la création de l’univers. De nouveaux horizons s’ouvrent quand il tombe amoureux d’une étudiante en art, Jane Wilde. Mais le jeune homme, alors dans la fleur de l’âge, se heurte à un diagnostic implacable : une dystrophie neuromusculaire plus connue sous le nom de maladie de Charcot va s’attaquer à ses membres, sa motricité, et son élocution, et finira par le tuer en l’espace de deux ans.
Grâce à l’amour indéfectible, le courage et la résolution de Jane, qu’il épouse contre toute attente, ils entament tous les deux un nouveau combat afin de repousser l’inéluctable. Jane l’encourage à terminer son doctorat, et alors qu’ils commencent une vie de famille, Stephen, doctorat en poche va s’attaquer aux recherches sur ce qu’il a de plus précieux : le temps.
Alors que son corps se dégrade, son cerveau fait reculer les frontières les plus éloignées de la physique. Ensemble, ils vont révolutionner le monde de la médecine et de la science, pour aller au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer : le vingt et unième siècle.

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Eddie Redmayne, Felicity Jones

Je ne m’intéresse pas spécifiquement à la science (ai-je besoin de rappeler ma note en svt/physique au bac ?), cependant, comme beaucoup de gens, j’ai toujours eu de l’admiration envers Stephen Hawking. Au-delà de son combat contre la maladie et le handicap, il a su vulgariser son travail qui ne parle pas forcément à tous à l’origine. Il est même devenu quelque part une icône de la culture geek. Que Hollywood fasse un film sur lui est alors logique. En 2004, Benedict Cumberbatch interprétait Hawking dans un téléfilm de la BBC (j’ai acheté le dvd d’ailleurs samedi dernier, je verrais bien ce que ça peut donner). Ce biopic, cette fois-ci purement cinématographique, est une adaptation de l’ouvrage de l’épouse du scientifique, Jane Hawking, intitulé Travelling to Infinity: My Life with Stephen. J’étais à la fois curieuse de découvrir un film sur ce personnage emblématique et en même temps je dois avouer que je redoutais le résultat. En effet, je ne suis pas spécialement une fan des biopics et traiter le handicap n’est jamais évident, on peut très vite tomber dans le tire-larmes. La présence de James Marsh derrière la caméra ne me réjouissait également car son précédent long-métrage, Shadow Dancer (avec Clive Owen, Andrea Riseborough et Gillian Anderson), n’était pas mauvais mais était selon moi décevant, notamment au niveau de la mise en scène. Puis, l’affiche française ne m’inspirait pas vraiment (alors que les affiches internationales sont bien plus jolies). De plus, malgré de bonnes notes sur Imdb et Allocine, j’avais tout de même lu des critiques peu sympathiques envers ce film. J’avais besoin d’en avoir le coeur net et de voir si ce cher Eddie Redmayne mérite son Oscar. Une merveilleuse histoire du temps est finalement une agréable bonne surprise. Je m’attendais à un film très larmoyant, mais en réalité je l’ai trouvé très émouvant mais sans jamais avoir eu l’impression qu’on nous tendait un couteau sous la gorge pour qu’on chiale. Il est même subtil et pudique.

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Eddie Redmayne

Ceux qui s’intéressent aux sciences seront évidemment déçus. Nous ne sommes pas dans Interstellar ou dans la série Numbers, cependant ce film ne prétend pas surfer sur cette même vague. De plus, même s’il présente un personnage connu, le résumer à un simple biopic serait un peu réducteur. Il est important de rappeler qu’il ne s’agit d’ailleurs pas à proprement parler d’un portrait de Stephen Hawking mais en réalité de sa relation avec sa femme Jane Wilde. Il y a des moments où on pense à cette expression : « derrière chaque grand homme se cache une femme ». Le long-métrage a été vendu comme une grande romance un peu mielleuse. Pourtant, même si l’amour est évidemment au coeur de ce film, il n’est pas non plus présenté comme quelque chose de tout rose et de mignon. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre d’un « biopic », les personnages ne sont pas idéalisés. Stephen Hawking est certes présenté comme un génie, c’est clairement un personnage attachant, qui a de l’humour même dans les circonstances les plus difficiles mais il s’est quand même barré avec son infirmière et on peut même dire qu’il a délaissé son épouse pour son amour pour la science. Quant à Jane, elle est clairement attirée par un homme d’église et il y a des moments où on a l’impression de voir un ménage à trois. De plus, l’amour est dès le début présenté comme un combat difficile à gagner sur le long terme à cause du handicap, plutôt bien exploité dans le film (on voit bien l’évolution de la maladie) même si ce n’est pas la première fois qu’on voit ce thème au cinéma. Ainsi, malgré une relation qui va se détériorer, grâce à la force de l’amour, Stephen Hawking, réussit à devenir le grand scientifique qu’il espérait être. Au-delà de l’amour dégagé tout au long du film, il s’agit aussi d’un film sur la quête du bonheur. Ce bonheur, malgré les réels moments de désespoir, a pu exister puisque les personnages ne combattent pas uniquement la maladie mais aussi le temps. Cette question du temps n’a jamais été oubliée par la mise en scène. En apparence, elle est classique (dans le bon sens du terme – et oui, à l’origine, ce n’est pas une insulte) et pourtant James Marsh a réussi à ne pas la rendre plate. Au contraire, discrètement mais efficacement, il joue sans cesse sur des mouvements circulaires, liés avec le thème du temps. Finalement, pour une production de ce genre, Marsh s’en sort bien mieux qu’avec un petit film indé ! J’ai également énormément aimé la bande-originale (que j’écoute sans cesse en ce moment) composée par le musicien islandais Jóhann Jóhannsson, qui a remporté un Golden Globe mérité pour son travail.

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Felicity Jones

Enfin, Une merveilleuse histoire du temps est porté par un très beau couple d’acteurs. Jusqu’à présent, Eddie Redmayne était un acteur que je ne trouvais pas forcément mauvais mais il me laissait indifférente. Puis, récemment, quand j’ai vu sa pitoyable prestation dans Jupiter Ascending (vous savez, le film des Wachowski que je déteste tant), je me suis sérieusement inquiétée : je me suis dit (comme beaucoup de gens, j’imagine), « oooh ça y est, on lui file un Oscar parce qu’il joue Hawking, un handicapé » etc… Sur le papier, effectivement, Redmayne avait tout pour être le favori. Mais après avoir vu le film, je comprends parfaitement qu’il ait remporté l’Oscar, cette récompense est selon moi amplement méritée. Sans mauvais jeux de mots, je l’ai trouvé merveilleux. Il ne se contente pas simplement de jouer un homme qui perd peu à peu le contrôle de son corps. Contrairement à beaucoup d’acteurs qui interprètent des personnages connus (en ce qui me concerne, Cotillard dans La Môme), je ne me suis jamais dit que Redmayne était en train d’interpréter Stephen Hawking. C’était pour moi une évidence : j’ai vu Hawking devant moi pendant deux heures. De plus, au-delà d’un incroyable travail corporel et vocal, Redmayne a un regard terriblement expressif. On perçoit chez lui tant de malice et d’humanité, et c’est ce qui rend ce personnage si attachant et cette interprétation si émouvante. Je n’aurais jamais cru que je serais si émue par un regard. Sa partenaire Felicity Jones n’a pas été récompensée par les Oscars et honnêtement cela m’a paru injuste. Certes, je n’ai pas encore vu la performance de Julianne Moore (je suis à la fois heureuse de voir la belle rouquine enfin reconnue mais j’avoue, je redoute Still Alice et jusqu’à présent je soutenais Rosamund Pike pour le prix tant convoité. Mais après vu ce film, c’est Jones qui méritait de repartir avec la statuette. Son rôle est sur le papier moins impressionnant que celui tenu par Redmayne, pourtant il n’est pas non plus facile. Elle réussit ici à montrer une très large palette d’émotions sans jamais en faire des caisses. Maintenant je compte vraiment suivre de près la carrière de ces deux acteurs…

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Eddie Redmayne