Primaire

réalisé par Hélène Angel

avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Albert Cousi, Ghillas Bendjoudi, Patrick d’Assumçao, Guilaine Londez, Olivia Côte, Laure Calamy, Antoine Gouy, Lucie Desclozeaux…

Comédie dramatique française. 1h45. 2016.

sortie française : 4 janvier 2017

Florence est une professeure des écoles dévouée à ses élèves. Quand elle rencontre le petit Sacha, un enfant en difficulté, elle va tout faire pour le sauver, quitte à délaisser sa vie de mère, de femme et même remettre en cause sa vocation. Florence va réaliser peu à peu qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre…

Primaire : Photo Sara Forestier

On a vu beaucoup de films se déroulant dans une école mettant souvent en scène des profs idéalistes (pour ne pas dire utopistes) qui réussissent à travailler dans un lieu finalement pas si pénible que ça par rapport à la réalité du métier. Et surtout ces profs en question sont vus comme des champions. Primaire, sorti dans l’indiscrétion au début de l’année, semble prendre un parcours plus réaliste. Hélène Angel s’est beaucoup documentée sur les métiers de l’enseignement, elle a également passé deux ans à observer des instituteurs. Cela se ressent durant notre visionnage : les termes utilisés  sont précis et surtout, contrairement à la majorité des films se déroulant dans des classes, il y a de la vie, sans cesse du bruit même dans les moments qui demanderaient du silence. J’ai passé six mois dans une école primaire en tant qu’animatrice, j’ai eu le temps d’observer tout ce qui pouvait se passer dans une classe mais aussi lus globalement dans une école. Il y a dans mon entourage un certain nombre de profs dont j’ai pu écouter leur ressenti sur leur métier et les films sur leur métier. Il me semble que Primaire est criant de vérité sur de nombreux points. Sur certaines scènes, notamment grâce à la mise en scène, a priori simple mais pourtant plus travaillée qu’elle en a l’air, on ne peut pas s’empêcher de constater que la démarche de la réalisatrice se rapproche de celle d’une documentariste. Cet aspect peut paraître rebuter certains spectateurs. En réalité, c’est ce qui donne de la crédibilité au film. Florence est certes une institutrice idéaliste et dévouée à son travail. Bref, tout ce qu’on aurait pu craindre comme je l’explique au début de ma chronique. On a peur de voir une éternelle prof sauveuse et wonder woman face au système. Certes, Florence veut être cette femme. Mais tout lui échappe au point de faire un burn out : les parents qui voient le mal partout, l’inspection à venir, un des gamins abandonné par sa mère, son propre gamin (dans sa classe) qui préférerait vivre d’aventures avec son père… Attention, Primaire est composé de moments de grâce, à l’image de la vie d’institutrice de Florence : le métier est ultra difficile, au point parfois de vouloir tout lâcher. Pourtant, ce sont ces petits moments de bonheur qui réconfortent et surtout qui rappellent pourquoi la jeune trentenaire a choisi ce métier et pas un autre. Le film en lui-même aborde un ton a priori « léger ». Pourtant il s’agit paradoxalement un des films les plus « sombres », justement par son réalisme, sur cette profession.

Primaire : Photo Sara Forestier

Primaire finit sur une touche d’espoir sur laquelle certains élèves se souviendront encore de leur apprentissage (et pas qu’avec Florence). J’ai lu des critiques disant que ce film était optimiste : la fin va effectivement dans ce sens-là. C’est peut-être mon seul vrai reproche que je fais au film : qu’il n’aille pas totalement au bout de sa démarche. Et encore, même dans mon reproche, j’ai envie de nuancer dans le sens où on ne connait pas forcément l’issue finale pour le petit Sacha et on nous pointe bien du doigt la situation très précaire des AVS qui pourtant jouent un rôle essentiel dans la vie des élèves handicapés. Mais je nuancerais tout de même mon avis sur ce point : selon moi, la force de ce film, certainement appuyée par un réalisme alarmant, est s’éloigner des clichés habituels. Oui, on peut faire ce travail avec passion, oui il y a des moments formidables dans la carrière d’un instit’ qui lui rappellent pourquoi il a choisi cette profession. Mais le désespoir face à aux situations familiales des gamins, les déceptions, la fatigue aussi bien physique que morale font basculer l’image parfois trop jolie des profs que nous montrent certains films. Ce discours déchirant de Florence, sans cesse en déformation professionnelle même dans un cadre privé, en salle des profs est criant de vérité : « on est décevants ». Comment faire son travail passionnément sans confondre tous les rôles ? Le discours n’est finalement pas moralisateur ou quoi que ce soit, il pointe une réalité avec ses hauts et ses bas. Bref, à part la fin qui est peut-être discutable, le scénario est bien écrit et la mise en scène plutôt bonne par rapport au projet global du film : une fiction le plus proche possible de la réalité sans non plus tomber dans les tics du film « façon documentaire ». Enfin, Sara Forestier est également un des atouts de ce qui pourrait finalement être une comédie (dramatique) sociale. Je n’ai rien contre cette actrice mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle aurait pu interpréter un tel rôle. Elle a su servir de son énergie (se transformant parfois en agressivité) pour donner du punch à son personnage très attachant tout en y ajoutant une douceur insoupçonnable. Je l’ai tout simplement trouvée investie dans son rôle et d’une belle luminosité et générosité. Les seconds rôles s’en tirent également très bien, notamment Laure Calamy, décidément la perle discrète du cinéma français (d’auteur), impeccable en mère indigne. Vincent Elbaz s’en sort également plutôt bien même si je suis un peu moins convaincue par la trame narrative (même si j’imagine qu’elle existe pour renforcer la part fictive du film, qui bascule

Primaire : Photo

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Jack (2015)

réalisé par Edward Berger

avec Ivo Pietzcker, Georg Arms, Luise Heyer…

Drame allemand. 1h43. 2014.

sortie française : 8 avril 2015 (cinéma) / 7 octobre 2015 (dvd)


 

Jack a été vu dans le cadre de la nouvelle opération de Dvdtrafic de Cinetrafic. Je vous encourage à aller voir quelques liens qui vous donneront quelques idées : ambiance triste / beaucoup de films cultes à découvrir.

Evidemment, un immense merci à Diaphana (voici son site) !

 

Jack

Fonceur, tenace et plein de ressources, Jack, dix ans à peine, est déjà seul responsable de sa famille : son petit frère Manuel, six ans, et leur mère célibataire aimante, mais totalement immature, Sanna, qui travaille la journée et fait la fête la nuit. Mais cet homme de la maison en culottes courtes n’est pas infaillible et un événement va venir bouleverser le quotidien de ce trio. Les services de protection de l’enfance décident alors de retirer la garde des deux garçons à la jeune femme et de placer Jack dans un centre d’hébergement.

Jack : Photo

Jack avait reçu de très bonnes critiques à sa sortie mais face à une forte concurrence, ça avait été très difficile pour moi d’aller le voir et puis pour être honnête, il n’a pas été très bien vendu. Le titre fait vraiment très passe-partout (et rappelle l’affreux film de Francis Ford Coppola) et l’affiche est affreuse au point de rendre ce pauvre môme laid, ce qui n’est pas très sympa et classe de ma part, faut l’avouer. Finalement, cela a été un tort d’avoir raté ce film en salle et j’espère que sa sortie dvd / vod lui sera bénéfique. Certes, sur le papier, on pourrait avoir une impression de déjà-vu : un gamin livré à lui-même dans une grande ville à cause de sa mère incapable de l’élever. On pourra penser à un tas de films, notamment à l’excellent Nobody Knows de Hirokazu Kore-Eda. Ceci dit, malgré des thèmes pas forcément nouveaux, Edward Berger, principalement issu du monde de la télévision, parvient à faire quelque chose de réellement intéressant et à donner sa propre vision (à partir d’un témoignage d’une de ses connaissances) autour de l’irresponsabilité parentale, de la solitude dans les grandes villes, des enfants qui n’arrivent pas à rester des enfants. L’histoire se base alors à partir du point de vue du Jack du titre. La caméra ne quitte pas une seule seconde le garçon. Le réalisateur a décidé de nommer Jack car selon lui, cela fait penser aux pionniers américains. Et il faut avouer que le garçon allemand rappelle un petit aventurier américain (notamment dans les quelques scènes auprès de la nature), on pensera aussi volontiers à Tom Sawyer. J’ai en tout cas tout de suite accroché au personnage, merveilleusement bien interprété par Ivo Pietzcker. Il s’agit de son premier rôle au cinéma mais il est impressionnant, si mature, il semble véritablement comprendre toute la complexité de son personnage. Ce qui nous saute aux yeux est de voir son comportement d’adulte, notamment dans la manière de gérer l’appartement et surtout son petit frère Manuel. Je ne vous parlerais évidemment pas de la fin dans laquelle Jack va prendre une véritable décision d’adulte. On comprend rapidement qu’il joue le rôle d’adulte. En réalité, les rôles sont inversés. Sanna, la mère de Jack et Manuel, est aimante mais elle est incapable de s’occuper d’eux. Elle agit comme une adolescente (physiquement, on comprend rapidement qu’elle les a eus très jeune, peut-être même quand elle est encore encore mineure), a totalement oublié ses responsabilités, ramène n’importe quel mec chez elle, se fait même surprendre par son propre fils en plein acte (sans que cela la dérange plus que ça) et on peut même dire qu’elle est totalement égoïste.

Jack : Photo

Ce qui est alors intéressant, au-delà de l’inversement des rôles qui peut montrer à quel point notre société va mal (certes, ce n’est pas un scoop), c’est de voir ici comment Jack redevient parfois un enfant au contact justement de cette mère qui fuit ses responsabilités. C’est alors cette relation avec sa mère qui rend Jack encore plus attachant et plus complexe. Finalement, même s’il y a une dénonciation évidente des dérives de nos sociétés (notamment dans le fait de voir des adultes qui considèrent Jack comme un adulte lorsqu’ils le voient ou veulent le voir !), on n’est pas totalement dans le drame social comme par exemple dans le même cas que le film d’Emmanuelle Bercot La Tête Haute, en tout cas, ce n’est pas totalement comme ça que je perçois ce film (même si j’ai lu beaucoup de critiques qui faisaient le rapprochement avec l’univers des Dardenne). C’est avant tout un drame qui met en scène un enfant face aux obstacles qui le font grandir trop vite (et l’amour qu’il a pour sa mère en fait partie). Pour reformuler, pour vous livrer mon ressenti, je dirais que la critique sociale est un bon moyen pour parler d’un drame plus individuel. Au-delà d’un portrait réussi de Jack emboîté par une critique sociale pertinente, j’ai beaucoup aimé la mise en scène énergique, qui encore une fois ne perd pas une seule fois son personnage principal. Par conséquent, au-delà d’apprécier encore plus Jack (et aussi le petit Manuel), je trouve que cette mise en scène donne davantage de force à l’ensemble du film. De plus, Edward Berger parvient aussi à présenter Berlin comme une ville effrayante, qui ne se préoccupe pas des individus. Puis, comme dans beaucoup de films avec un arrière-fond social, la mise en scène se colle avec ce qu’il y a de plus proche dans la réalité. Je sais que ce n’est pas forcément la tasse de tout le monde, parfois ça me débecte également, mais la précision de la mise en scène tout comme des cadres permet d’avoir un ensemble agréable à regarder. Le scénario est plutôt simple mais (pour reprendre une bonne vieille formule que j’utilise un peu trop sur ce blog) il est efficace. Le seul reproche qu’on pourrait tout de même lui faire est sa seconde partie, un peu moins captivante en étant un peu plus répétitive. Sinon, il s’agit tout de même pour moi d’un bon film qui a le mérite d’être émouvant sans vouloir à tout prix nous faire pleurer. Finalement, comme ce petit Jack, qui reste digne malgré toutes les épreuves qu’il doit traverser.

Jack : Photo