13 Reasons Why (saison 1)

Créée par Brian Yorkey

avec Dylan Minnette, Katherine Langford, Christian Navarro, Brandon Flynn, Alisha Boe, Justin Prentice, Miles Heizer, Ross Butler, Devin Druid, Amy Hargreaves, Kate Walsh, Derek Luke, Brian d’Arcy James, Brandon Larracuente, Steven Silver, Sosie Bacon, Josh Hamilton, Ajiona Alexus…

Drame. Saison 1. 2017.

Clay Jensen est un adolescent qui découvre sous son porche au retour du lycée une mystérieuse boîte portant son nom. À l’intérieur, des cassettes enregistrées par Hannah Baker, une camarade de classe qui s’est tragiquement suicidée deux semaines auparavant. Les enregistrements révèlent que la jeune fille, dont il était amoureux, a décidé de mettre fin à ses jours pour treize raisons. Clay est-il l’une de ces raisons ?

Photo Katherine Langford

Impossible d’échapper au phénomène 13 Reasons Why, diffusé sur Netflix et co-produit par la chanteuse Selena Gomez. Malgré un sujet qui m’intéressait (le harcèlement scolaire qui conduit au tragique : le suicide), le fait que cette série devienne aussi populaire (elle a suscité plus de 8 millions de messages sur Twitter) m’a plus rebutée qu’autre chose. J’avais également peur que la série vise un public très adolescent. Cela dit, les critiques de bons blogs ou plus globalement de la presse, pas nécessairement axés sur des goûts dits « adolescents » ou « populaires » (même si je ne dénigre pas du tout ce type de public, loin de là) ont également défendu cette série. Cela a forcément suscité ma curiosité. Autre chose m’a rassurée : l’équipe. En effet, son créateur, Brian Yorkey, est connu pour avoir remporté un prix Pulitzer. De plus, parmi les réalisateurs, nous retrouvons tout de même Gregg Araki (qui a signé le perturbant et inoubliable Mysterious Skin et le surprenant White Bird) ou encore Tom McCarthy (également dans la liste des producteurs), connu pour les fabuleux The Visitor et surtout l’Oscarisé Spotlight. La série est adaptée du roman de Jay Asher, Treize raisons (l’auteur en question a aussi jeté un oeil sur le travail des scénaristes). 13 Reasons Why débute deux semaines après le suicide de Hannah Baker, qui étudiait au lycée Liberty (au nom ironique). Clay était amoureux de la jeune disparue. Il reçoit alors les cassettes enregistrées par Hannah : cette dernière explique alors les fameuses 13 raisons (pratiquement 13 personnes en réalité) qui l’ont poussée à son geste irréversible. Clay met un certain temps à écouter toutes les cassettes (il lui faudra en fait toute la saison !), cela lui est trop difficile de tout emmagasiner en même temps. De l’autre côté, les autres personnes cités dans les cassettes ont déjà tout écouté et foutent la pression à Clay pour que ce dernier ne puisse pas répéter des informations compromettantes. Au-delà du côté pratique narratif (sinon tout aurait été résolu en un seul épisode), ce procédé fonctionnerait presque comme une mise en abyme du vécu de Hannah : une forme de harcèlement semble poursuivre Clay dans sa quête de vérité et de justice.

Photo Dylan Minnette, Katherine Langford

13 Reasons Why traite parfaitement bien ses deux principaux thèmes (les deux étant liés) : le harcèlement et le suicide. Là, on comprend qu’on ne peut pas la cataloguer vulgairement de série pour adolescents même si elle s’adresse aussi à ce jeune public. Ainsi, le harcèlement apparaît clairement comme un cercle infernal : un événement – petit ou gros – en amène nécessairement un autre jusqu’au point de non-retour. Hannah aurait pu s’en sortir – même s’il lui restait peu de gens qui lui tendaient encore la main. La série ne parle pas non plus uniquement que de harcèlement et de suicide. Certes, elle est très sombre et est sans concession. La fameuse scène de suicide est particulièrement difficile à regarder (j’en ai pourtant vu pas mal des scènes de suicide au cinéma et à la télévision), d’autres scènes sont également éprouvantes. Cela dit, elle a le mérite d’offrir une petite lueur d’espoir : on peut tout faire pour qu’il n’y ait pas une autre Hannah Baker, pour qu’on apprenne à mieux communiquer et à prendre soin des uns et des autres ou encore pour qu’il y ait une vraie justice. La saison 2 (que j’attends donc avec impatience) devrait d’ailleurs régler certains de ces points en question. 13 Reasons Why surprend donc par son scénario addictif alors que l’histoire proposée est sombre et ne donnerait pas nécessairement envie de poursuivre tous les épisodes. Surtout, il dresse des portraits complexes. En effet, dans les premiers épisodes, j’avais peur de ne voir que des personnages lisses, juste méchants et sans personnalité. En dehors d’un seul personnage qui est clairement le grand méchant de l’histoire et qui est irrécupérable et inexcusable, les treize épisodes permettent de mieux cerner les différents personnages : certes, le but n’est pas d’excuser leurs actes, loin de là. Ils ont leurs responsabilités dans ce qui a pu arriver à Hannah (et j’ai même envie de dire que même Hannah a aussi sa part de responsabilités). Les épisodes expliquent alors comment ils ont pu arriver à un certain degré de méchanceté. En général, il s’agit toujours plus ou moins des mêmes raisons : la peur de sortir de la norme et d’être moqué/rejetté par sa différence (par conséquent, envie de se fondre dans la moule).

Photo Katherine Langford

13 Reasons Why a suscité la polémique malgré son succès : cette série serait néfaste pour les adolescents et plus généralement pour tous les spectateurs ayant des idées sombres. Certes, comme pour n’importe quelle oeuvre en général, il faut faire attention à ne pas la mettre dans les mains de n’importe qui. Surtout que Netflix a diffusé après le dernier épisode le documentaire Beyond the Reasons pour continuer de débattre sur les sujets abordés au cours de la série. J’ai envie de dire : si je regarde Scream, vais-je devenir une tueuse en puissance ? Personnellement, j’ai même envie de dire qu’il s’agit plutôt du contraire. Je suis persuadée que cette série permettra (si ce n’est déjà le cas) de libérer la parole des adolescents harcelés quotidiennement et surtout de faire prendre conscience à de potentiels bourreaux que certains actes ou certaines paroles peuvent avoir de réelles conséquences psychologiques et physiques sur leurs proies. Les critiques ont aussi reproché à Hannah de se suicider et de faire ses cassettes pour se venger. Il me semble que les choses sont un peu plus complexes et c’est justement ça aussi qui rend la série si pertinente : Hannah agit selon moi pour s’expliquer, pour soulager une dernière fois sa conscience et éventuellement pour faire éclater la vérité. Est-elle une bourreau ? J’envisage plutôt une autre possibilité : ses ex-bourreaux finissent par la voir comme une sorte de bourreau, un fantôme qui les hante sans cesse, la culpabilité finissant par les ronger. La mise en scène, la photographie et évidemment le scénario laissent par ailleurs envisager cette figure fantomatique d’Hannah, la morte qui est omniprésente dans l’existence des vivants qui devront apprendre à vivre avec les différentes vérités. La gestion entre les scènes alternant le passé et le présent ou encore plus généralement entre les différents points est volontairement de plus en plus floue, encore une fois pour rendre la « présence » d’Hannah plus fantomatique voire même énigmatique. 13 Reasons Why présente une première saison bien interprétée, addictive, poignante, plus complexe qu’elle en a l’air et surtout importante, que ce soit par rapport aux questions plus évidentes autour du viol et du harcèlement ou encore par rapport à d’autres sujets dont on parle moins (le slut shaming et la culture du viol.

Photo Dylan Minnette, Katherine Langford

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (saison 1)

Créée par Daniel Handler et Barry Sonnenfeld

avec Neil Patrick Harris, Patrick Warburton, Malina Weissman, Louis Hynes, K. Todd Freeman, Presley Smith, Will Arnett, Cobie Smulders, Alfre Woodard, Don Johnson, Aasif Mandvi, Joan Cusack, Catherine O’Hara, Tara Strong…

titre original : Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events

Aventure, famille, drame. Saison 1. 2017.

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Le comte Olaf cherche par les plus vils moyens à dépouiller les trois orphelins Violette, Klaus et Prunille de leur héritage. Les enfants doivent se montrer plus malins que lui, mettre en échec ses plans tordus et le reconnaître sous ses pires déguisements, afin de découvrir la vérité sur le mystérieux décès de leurs parents.

Photo Neil Patrick Harris

A l’origine, Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire (Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events) est une saga littéraire composée de treize romans écrit par Daniel Handler. Il prit le pseudonyme Lemony Snicket, qui est également le narrateur et même un personnage à part entière du récit. Brad Silberling avait réalisé le long-métrage du même nom avec dans le rôle principal Jim Carrey qui incarne l’odieux comte Olaf. Etaient également au casting Emily Browning, Meryl Streep, Catherine O’Hara, Billy Connolly, Timothy Spall ou encore Jude Law dans le rôle du fameux Snicket. Cette adaptation cinématographique reprenait les trois premiers tomes de la série littéraire : Tout commence mal, Le Laboratoire aux serpents et Ouragan sur le lac. Je n’avais pas encore commencé la lecture des romans de Handler lorsque j’ai découvert il y a maintenant quelques années ce film qui n’a pas rencontré le succès au box-office. Adapter les trois premiers tomes et les réunir dans un film qui ne dure même pas deux heures n’était certainement pas une tâche facile. Pour ma part, j’aime énormément ce long-métrage qui reste selon moi encore trop sous-estimé. Et j’avais envie de connaître la suite des désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Le projet d’une série télé était alors logique pour adapter tous les tomes et ne plus laisser les fans des romans (et, dans un sens, également ceux du film) sur leur faim. L’auteur Daniel Handler et le réalisateur Barry Sonnenfeld (Men in Black, La Famille Addams), un temps envisagés pour s’occuper du scénario du film puis écartés, se sont réunis pour rédiger le scénario de la série diffusée sur Netflix, un bon moyen pour s’assurer un certain succès vu à quel point cette plateforme est populaire. Il y aura donc en tout trois saisons (le succès de la première saison confirmant le projet sur le « long » terme) qui regrouperont bien la totalité des tomes. Et j’ai vraiment hâte de voir les deux prochaines saisons. En effet, j’ai adoré cette première saison, composée de huit épisodes (chacun durant une cinquantaine de minutes). On peut même parler de mon côté de coup de coeur.

Photo

Tout est extrêmement plaisant : la mise en scène, l’esthétisme, les personnages, la narration ou encore le ton. Tous ces éléments se complètent merveilleusement pour créer une oeuvre cohérente et ambitieuse. Par rapport aux décors (sombres et loufoques), beaucoup ont comparé la série à du Tim Burton voire même parfois du Wes Anderson. C’est plutôt pertinent mais cela serait réducteur de les limiter à ces comparaisons très flatteuses. Effectivement, les nombreux artifices sautent aux yeux : le monde qu’on nous présente n’a pas l’air réel. Les lieux sont carnavalesques, le comte Olaf est presque à lui seul un décor avec son maquillage volontairement outrancier, comme s’il se trimballait avec du plastique sur sa figure. L’esthétique du long-métrage allait déjà dans ce sens, la série appuie encore plus et assume encore plus cet aspect en question. En clair : tout est une farce. Le comte Olaf, comédien raté qui n’hésite pas à se déguiser pour parvenir à ses fins, est une blague à lui seul. L’esthétisme est cohérente avec le propos de la série : les orphelins Baudelaire ne peuvent pas s’en sortir, même lorsqu’il y a un semblant d’espoir, dans un monde où les adultes sont aveuglés par la bêtise et l’égoïsme. L’esthétisme nous confirme bien que nous sommes dans un conte, à l’origine un genre particulièrement cruel et sombre. On ne nous ment pas : les orphelins Baudelaire vont être pourchassés par Olaf jusqu’au bout. Rien que le fabuleux générique (à voir absolument en version originale), dont les paroles changent pratiquement à chaque épisode en fonction des événements à venir (et interprétées par Neil Patrick Harris qui change de voix – à l’image d’Olaf à chaque fois qu’il interprète un nouveau personnage voulant piéger les Baudelaire) nous prévient et nous déconseille de regarder les épisodes, rien que ça ! L’univers présenté est aussi très cohérent avec la proposition littéraire de Handler : les romans (parce que je m’y suis mise finalement !) eux-mêmes sont bourrés de références culturelles (rien que le nom Baudelaire est assez représentatif). La série va alors dans ce sens.

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

Tout en préservant sa cohérence, les différents épisodes n’hésitent pas à combiner différents genres. Ainsi, le théâtre, le cinéma (avec le film muet d’horreur avec des sous-titres importants), la musique (pas étonnant que Neil Patrick Harris – acteur marqué par ses années à Broadway – ait pu être intéressé par la série), voire même le cirque s’allient aussi bien dans l’esthétique que dans les thèmes abordés. Le casting est tout simplement à la hauteur. J’avais peur que Neil Patrick Harris (que j’aime pourtant beaucoup) ne parvienne pas à me faire oublier l’excellente interprétation de Jim Carrey dans le film. Pourtant (pour vous dire le niveau), Harris est juste époustouflant dans le rôle du comte Olaf. Si Jim Carrey appuyait davantage dans son interprétation la bouffonnerie du personnage, Harris rend son personnage plus méchant et insidieux (même si lui aussi a gardé sa théâtralité). Patrick Warburton (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est également la très bonne surprise de ce casting. Dans le film, Jude Law « incarnait » un Lemony Snicket restant dans l’ombre, pratiquement une silhouette ayant une voix ténébreuse. Patrick Warburton est bien plus présent : il devient carrément un personnage à part entière et non juste le personnage en plus du casting. Il ne se contente pas d’être une voix-off. L’acteur possède une incroyable présence, du charisme même et son travail vocal est selon moi plus varié (même si j’avais aimé la version de Law du personnage). Cela aurait pu être redondant de voir les différentes scènes coupées et commentées par ce narrateur mais dans l’ensemble cela ne coupe pas le rythme général des épisodes. Cela ajoute même un charme supplémentaire à la série qui joue sans cesse avec des codes que le spectateur pensait connaître. Je ne vais pas commenter tout le casting mais je peux dire la chose suivante : Malina Weissman (Violette) et Louis Hynes (Klaus) sont deux jeunes acteurs prometteurs. On constate alors qu’aucun acteur ne cherche à copier les interprétations présentes dans le long-métrage alors que cela aurait pu être tentant d’établir des comparaisons. Remarquablement bien mise en scène, sombre et loufoque à la fois, cette première saison des Orphelins Baudelaire tient résolument ses promesses. Espérons que la deuxième saison soit dans la même veine !

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

Mr Robot (saisons 1 et 2)

Créée par Sam Esmail

avec Rami Malek, Christian Slater, Portia Doubleday, Carly Chaikin, Michael Cristofer, Martin Wallström, Stephanie Corneliussen, Grace Gummer, B.D. Wong, Craig Robinson, Gloria Reuben, Michel Gill, Joey Badass…

Série dramatique, thriller. saisons 1 et 2. 1992-2004.

Elliot est un jeune programmeur anti-social qui souffre d’un trouble du comportement qui le pousse à croire qu’il ne peut rencontrer des gens qu’en les hackant. Il travaille pour une firme spécialisée dans la cyber-sécurité mais un homme connu sous le nom de Mr Robot l’approche un jour pour faire tomber une compagnie surpuissante qui fait partie de celles qu’il doit justement protéger…

Photo Christian Slater, Rami Malek

Le réalisateur américano-égyptien Sam Esmail avait une toute petite carrière (si on peut appeler ça « carrière ») avant de créer, réaliser, scénariser et produire la série-événement Mr Robot. Pourtant, après avoir découvert les deux premières saisons (la troisième devrait débarquer cet été), on a une toute autre opinion sur Esmail : son travail impressionne et n’a rien d’un débutant. Mr Robot devait être un long-métrage mais le projet devenant de plus en plus long et complexe, il s’est transformé en série télé. La première saison est, selon son créateur, une introduction à son récit : cela signifie également que Sam Esmail connaît déjà la fin de Mr Robot. Cela se ressent et j’ai même envie de dire que ce point me rassure (je ne supporte pas quand une série ne sait pas où elle va). Effectivement, sans spoiler, la première saison se concentre sur Elliot (un hacker solitaire et drogué) et sa rencontre avec le fameux Mr Robot du titre. Dans la seconde saison, on connait donc le secret d’Elliot et la réelle identité de Mr Robot, et surtout on a constaté la réussite du plan des personnages pour faire couler la Evil Corp. Il y a évidemment des questions qui mériteront des réponses dans la saison 3 (c’est aussi pour cette raison que je l’attends de pied ferme !) mais c’est surtout l’occasion de faire intervenir d’autres types de personnages : le FBI. La série est brillante sur de nombreux points et cela peut paraître étrange que je pointe l’intervention du FBI en premier dans cette chronique. Je trouve juste qu’on ne la cite pas suffisamment, surtout que la deuxième me semble assez sous-estimée. Le FBI n’est ici pas un pantin, contrairement à ce qu’on peut voir dans de nombreuses séries (t’as parfois l’impression que le FBI est composé d’une bande de nouilles). Justement, elle a une longueur d’avance sur les personnages principaux qui sont alors réellement en danger constamment. Les deux saisons de Mr Robot semblent se distinguer par une vague question de twists. Je connais beaucoup de gens qui ont moins accroché à la saison 2 une fois qu’on a dépassé les révélations de la première saison. Il faut avouer que le twist en fin de première saison en jette.

Photo Carly Chaikin, Rami Malek

Personnellement, je sentais bien qu’il y avait quelque chose qui clochait durant cette première saison mais je ne parvenais pas nécessairement à tout remettre en place dans le bon ordre. On parle de twist alors qu’en réalité il y en a plusieurs liés ensemble, et c’est plutôt cet ensemble en question qui crée réellement la surprise plutôt que la révélation sur Elliot. Révélation qui n’est d’ailleurs pas impossible à deviner. Ni d’ailleurs celle présente dans la deuxième saison (un peu plus évidente vu qu’on commence à connaître les mécanismes et l’histoire en elle-même). Mais je ne pense pas que ce soit un défaut (sans vouloir défendre à tout prix la série). Je reste persuadée de toute façon qu’un bon twist est fait pour être découvert (je crois que c’est même le scénariste de Usual Suspects qui confirmait cette théorie) parce qu’il ne faut prendre le spectateur piégé pour un imbécile. Les indices sont d’ailleurs volontairement mis en avant pour les spectateurs : eux sont lucides contrairement à Elliot qui nage de plus en plus en plein délire au fil des épisodes. Ils permettent aussi d’accentuer le décalage entre les pensées troubles d’Elliot (traduites par une voix off angoissante) et les images. Ce décalage entre la réalité concrète et la vision tronquée du personnage principale se traduit aussi par l’ambiance même de la série. Ainsi, pour ne citer que ces exemples en question, les tons grisâtres et froids ou encore la musique électro de MacQuayle (à la fois discrète et sombre) contribuent à cette atmosphère pesante. On ne peut pas limiter cette série à une succession de révélations. Mr Robot, c’est avant tout une série qui décrit un monde inquiétant, littéralement fou. Peut-on changer ce monde malade par des gens malades ? Jusqu’où peut-on utiliser la technologie dans le but de sauver la population ? Beaucoup diront qu’il n’y a rien de révolutionnaire, la série s’inscrivant dans la même lignée que Fight Club (la seule chanson connue présente dans l’un des épisodes des Where is my mind ? des Pixies, ce choix-là ne me semble pas anodin). Je n’ai pas lu le roman de Chuck Palahniuk mais comme beaucoup (sans l’adorer non plus), j’aime bien le film de David Fincher. Je redoutais de fortes similitudes entre les deux oeuvres et honnêtement je trouve Mr Robot plus intéressant que le long-métrage culte. Malgré des sujets très actuels qui peuvent paraître très cool aux yeux d’un certain public (les hackers, la drogue, l’étrangeté etc.), Mr Robot n’a pas une volonté de paraître cool ou bizarre contrairement à ce que je redoutais. Elle a beau avoir son univers, des sujets qui toucheront certainement plus les jeunes, cette série a le mérite de ne pas être superficielle et va pour l’instant au bout de ses idées.

Photo Martin Wallström

Mr Robot, clairement inspiré par le printemps arabe (c’est même Sam Esmail qui le revendique), est une série ayant une problématique bien plus complexe qu’elle en a l’air. Sa densité pourrait rebuter, pourtant cette oeuvre reste accessible et captivante. Sa mise en scène est d’une grande précision (on nous prouve encore une fois à quel point la frontière entre cinéma et télévision est de plus en plus floue), son esthétique cohérente avec l’ensemble du projet et son scénario bien réfléchi nous présentant des personnages profonds. Rami Malek (qui avait remporté un Emmy Award très mérité pour sa performance) est juste bluffant et hypnotisant dans le rôle d’Elliot. Le travail qu’il a livré sur la voix off est également très important. La voix off est toujours un exercice risqué mais elle apporte réellement quelque chose, que ce soit dans l’ambiance de la série ou encore dans l’approche de la psychologie du personnage. On ressent vraiment ce sentiment de solitude et d’intériorisation en permanence grâce à cet outil. Son partenaire Christian Slater (récompensé par un Golden Globe) livre aussi une excellente interprétation. Les autres seconds rôles sont également très bons, avec un casting assez divers, représentant tous les genres (oui ça fait du bien de voir des filles qui n’ont rien de potiche) et communautés. Portia Doubleday est surprenante dans le rôle d’Angela. On aurait pu redouter un rôle trop lisse mais il s’agit finalement d’un des personnages les plus intéressants de cette série, son personnage évoluant au fil des deux saisons. L’évolution est progressive et paraît crédible : elle rend alors le personnage très ambigu. Avec Angela, on est pratiquement face à une étude concernant les mécanismes humains : un individu, face à des circonstances, peut perdre sa morale au fil des saisons alors que sa cause et sa souffrance sont à l’origine louables. Carly Chaikin est également surprenante en hackeuse un peu délurée mais qui affiche au fil des épisodes une personnalité plus profonde. A noter aussi un casting remarquable côté seconds rôles. Je pense notamment aux Wellick, un couple complètement tordu, incarné par la stupéfiante Stephanie Corneliussen et l’énigmatique Martin Wallström (petite dédicace au passage à Lilylit), ou encore la surprenante Grace Gummer. Mr Robot est pour moi une des séries les plus ambitieuses et fascinantes que j’ai pu regarder jusqu’à présent. J’espère que la prochaine saison sera aussi passionnante que les deux premières.

Photo Grace Gummer

Jour Polaire

Créée par Måns Mårlind et Björn Stein

Avec Leïla Bekhti, Gustaf Hammarsten, Peter Stormare, Denis Lavant, Olivier Gourmet, Jérémy Corallo…

Série policière franco-suédois. 1ere saison. 2016.

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Au cœur de l’été arctique, à Kiruna, ville suédoise du cercle polaire, est perpétré le meurtre violent et mystérieux d’un citoyen français. Très vite, Kahina Zadi, capitaine française de l’Office central pour la répression des violences aux personnes, est immédiatement dépêchée sur place afin de mener l’enquête avec la police locale et plus particulièrement avec le procureur Anders Harnesk.

midnightsuun

Les séries scandinaves me font de l’oeil depuis quelques années maintenant et j’espère que cette année sera la bonne (vive les résolutions). Pour débuter doucement, j’ai privilégié la dernière « Création originale » de Canal +, Jour Polaire (ou Midnight Sun dans son titre international / Midnattssol en suédois pour les petits curieux). Je retiens alors deux choses de cette petite expérience : étant donné que je ne connais rien aux séries scandinaves (j’ai juste tenté quelques films et une/deux lectures), je ne pouvais pas comparer avec une autre série. Surtout, Jour Polaire m’a donné envie de m’intéresser davantage aux séries scandinaves. Pourtant j’imagine bien (même s’il faudrait me le confirmer ou non) qu’elle ne doit pas totalement correspondre à l’univers scandinave par sa co-production française. Cela dit, je me dis que la partie française ne doit pas non plus trop le remporter. En effet, ce sont Måns Mårlind et Björn Stein, qui étaient déjà à l’origine de la série Bron (et qui a été objet de deux remakes : Tunnel, déjà sur Canal + avec Clémence Poésy, et The Bridge avec Diane Kruger) qui sont derrière les manettes. Est-ce finalement plus suédois que français ou vice versa ? Au fond, ce n’est pas si important (en dehors de nos interrogations pour connaître davantage des codes culturels et télévisuels) même si la série regorge évidemment d’une importante partie concernant la culture suédoise : les auteurs ont clairement voulu identifier les problèmes actuels en Europe qui tournent autour du racisme et de l’immigration. Je ne vais évidemment rien vous révéler de l’enquête qui, au passage, est passionnante du début jusqu’à la fin. Je dirais que l’intrigue autour des différentes cultures fonctionne totalement. En effet, d’un côté, on se retrouve en Suède dans laquelle on comprend que la place des Samis (en français, c’est tout simplement les Lapons), un peuple autochtone rejeté par le reste de la Suède. De l’autre, Kahina est une jeune policière française d’origine maghrébine. Son histoire personnelle est clairement reliée ses origines en question. Les deux histoires se font écho : les origines, même lorsqu’elles sont douloureuses et permettent parfois d’être au coeur de choix difficiles voire même condamnables, sont essentielles pour construire notre personnalité et notre manière d’aimer (même si cet amour – qu’il soit maternel ou fraternel). La série parvient alors dans un premier temps à confronter plusieurs types de sentiments : la haine la plus extrême (il n’y a qu’à voir la violence du meurtre du Français dès le premier épisode : au moins on reste scotché !) à l’amour (même si cela n’excuse nullement les actes barbares du tueur).

Photo Sofia Jannok

Jour Polaire démarre fort avec ce meurtre (un type, un certain français dénommé Carnot, est sur les hélices d’un hélicoptère qui se mettent à tourner de plus en plus vite) et sa mise en scène très choquante. Pourtant, durant le premier épisode, je n’étais pas totalement rassurée. La manière dont on nous présente Kahina manque un peu de subtilité par rapport à son histoire personnelle (notamment avec la relation avec son fils) et c’est principalement à cause de ce point en question que cette série n’est pas parfaite même si encore une fois elle est vraiment bonne (mais elle aurait pu meilleure – oui je suis exigeante !). L’histoire de Kahina est pourtant intéressante voire même plutôt touchante. La scène où elle raconte clairement tout ce qu’elle a vécu durant son adolescence est par ailleurs très forte en émotions. Je dirais juste que les scénaristes se sont trop précipités sur ce personnage. Ils arrivent paradoxalement à faire durer le suspense concernant l’identité du tueur (pour ma part, j’avais « deviné » seulement cinq minutes avant la révélation à l’avant-dernier épisode, bref côté suspense c’est plutôt réussi) mais pas réellement sur Kahina ce qui est fort dommage. En clair, je trouve qu’on en sait trop sur elle dès le premier épisode, le personnage n’est alors plus aussi mystérieux que prévu. Du coup, quand je la voyais se scarifier, il y a des moments où, sans dire que c’était ridicule (je n’irais pas jusque-là), ces scènes en question perdaient presque en noirceur et en douleur. Après, d’après ce que j’ai compris par des purs fans de télévision et plus généralement de polars scandinaves, Kahina correspondrait à des héroïnes de ce type de fiction du Nord. A vous de me confirmer ou non ce point. En dehors de ce petit point noir que je relève, j’ai en revanche aimé le portrait de tous les autres personnages. On arrive bien à les cerner aussi bien individuellement que collectivement. Les personnages sont donc assez complexes par ce procédé (et encore une fois même le méchant, pourtant inexcusable, a de l’épaisseur) et il n’est pas toujours évident de les classer dans une catégorie (dans le sens où je ne les vois ni comme des gentils ni méchants).

Photo Gustaf Hammarsten, Leïla Bekhti

Jour Polaire se fait aussi remarquer pour son ambiance sombre (je veux dire les gars, on parle d’un horrible serial killer !) alors que le soleil ne se couche jamais (pas de chance pour Kahina, il n’y a pas de volets là elle est logée). La photographie met merveilleusement bien en avant ce magnifique climat qui contrebalance avec les terribles événements en cours. Il n’y a plus de notion de temps alors que la course à la montre a démarré depuis la découverte du premier cadavre. Cette notion de temps s’ajoute aussi à la perte de repères culturels et linguistiques : on parle principalement anglais, mais les dialogues sont aussi en français, en suédois et même en sami. Comme Kahina (en VO Leïla Bekhti a volontairement gardé un gros accent français pour montrer encore plus le décalage linguistique), on finit par être déstabilisé par cette sorte de relecture de Tour de Babel. Les huit épisodes, chacun durant une bonne cinquantaine de minutes, sont pour moi passés à la vitesse grand V alors que le rythme est finalement assez lent (une caractéristique assez commune aux fictions scandinaves). Il faut dire que le scénario est captivant et bien ficelé jusqu’au bout même lorsqu’on connait l’identité de l’assassin. Enfin, Jour Polaire est servi par une très bonne distribution internationale. Certes, le personnage de Kahina est parfois présenté maladroitement, en revanche, Leïla Bekhti s’en sort très bien, réussissant bien à mêler différentes émotions et rend aussi Kahina attachante. Pourtant, sans dire que j’ai quelque chose contre elle, je n’accroche pas spécialement à son jeu dans certains de ses films. Son partenaire, Gustaf Hammarsten (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est également remarquable. Plus discret (il devient en quelque sorte le personnage principal masculin malgré lui), son personnage touche par sa sensibilité et sa différence (notamment sexuelle) qui le détache du reste de la communauté. Finalement, le duo fonctionne très bien à l’écran. D’après ce que j’ai compris, vu le succès rencontré sur Canal +, une deuxième saison devrait voir le jour (visiblement avec d’autres personnages sur une nouvelle histoire).

Photo Leïla Bekhti

 

American Horror Story : Roanoke

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

Avec Kathy Bates, Lily Rabe, Sarah Paulson, Cuba Gooding Jr., André Holland, Angela Bassett, Adina Porter, Denis O’Hare, Wes Bentley, Evan Peters, Cheyenne Jackson, Lady Gaga, Frances Conroy, Finn Wittrock, Taissa Farmiga, Leslie Jordan, Chaz Bono…

Anthologie horrifique américaine. 6e saison. 2016.

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Présentée sous la forme d’un documentaire intitulé « My Roanoke Nightmare« , l’histoire suit un couple, Shelby et Matt Miller, vivant à Los Angeles. Après l’agression de Matt ayant failli causer sa mort et l’annonce de la fausse couche de Shelby, le couple décide de déménager pour la Caroline du Nord, la région natale de Matt. Ils y achètent une ancienne ferme construite en 1790, sans savoir que des événements bien plus sombres les y attendent.

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J’ai découvert American Horror Story relativement tard mais elle fait désormais partie pour moi des séries les plus remarquables excitantes de la télévision américaine. J’attendais donc de pied ferme cette sixième saison, « Roanoke ». Le titre fait directement référence donc à la « Colonie Perdue » (il n’y a jamais eu d’explication ou de trace de la disparition des 115 pionniers venus d’Angleterre) du même nom qui a marqué l’histoire américaine. Cette année, la série de Ryan Murphy et Brad Falchuk avait l’ambition de mêler à la fois inspiration historique (le nom de cette saison n’est donc pas anodin), found-footage, reconstitution de faits divers (sans Pierre Bellemare et avec des trucs flippants et surnaturels), télé-réalité et évidemment la base de la série : horreur (notamment avec cette fois-ci du cannibalisme au fin fond de l’Amérique). Bref, sur le papier, ça devait envoyer du pâté surtout avec un tel casting (qui réunit un paquet d’acteurs de toutes les saisons) ! Cette saison semble être organisée en trois parties distinctes : la première partie concerne l’émission « My Roanoke Nightmare » sous forme de documentaire reconstituant des faits qui se seraient déroulés dans la réalité (avec des acteurs qui interprètent les personnages clés des événements relatés dans l’émission. La seconde partie est une émission de télé-réalité qui réunit les personnages et leurs interprètes de la première saison donc de « My Roanoke Nightmare » : ils doivent revivre les événements (durant les trois jours de la Lune Rouge) reconstitués en live devant des caméras planquées partout dans la maison de l’horreur. Enfin, la troisième partie se déroule plusieurs mois après cette deuxième saison. Comme on nous l’avait annoncé dans l’un des épisodes, il ne restera qu’un seul survivant. Ce survivant est davantage mis en avant durant la fin de cette saison doit alors rendre quelques compte. Bref, sur le papier, ça donne vraiment envie et je sais qu’il y a des grands fans de cette nouvelle saison (mais de toute façon chacun a sa saison préférée, je n’ai jamais eu l’impression qu’il y avait réellement LA saison qui mettait tout le monde d’accord). Pour ma part, cette dernière saison m’a énormément déçue et c’est vraiment la première fois que American Horror Story livre selon moi une oeuvre mauvaise. Je sais qu’une saison 7 est prévue (un cross-over entre la première saison « Murder House » et la troisième « Coven ») mais je croise les doigts pour que ce « Roanoke » soit juste une erreur de parcours et non le début du déclin (ce qui ne serait pas étonnant au bout de six saisons).

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Les précédentes saisons étaient toutes constituées de douze ou treize épisodes, les épisodes durant à chaque fois facilement 45 voire même 50 bonnes minutes. On reprochait à ces saisons en question de vouloir développer trop de sujets, qu’il n’y avait parfois pas suffisamment d’épisodes ! Or, dans « Roanoke », il n’y a que dix épisodes qui dépassent à peine 30 minutes (sans exagérer on atteignait parfois 35 minutes). Certains diront que cette nouvelle saison a préféré synthétiser les idées, ce qui peut être une bonne chose. Pour ma part, j’ai surtout senti une vraie panne d’inspiration de la part des scénaristes qui n’ont jamais réellement su développer toutes leurs idées alors que d’habitude ils en ont trop ! Sur le papier, comme je l’ai décrit juste avant, il y a pas mal de thèmes abordés et aussi une certaine multitude d’acteurs au casting. Mais justement, il ne s’agit que de thèmes abordés ! Rien n’est approfondi dans cette saison, ni les sujets traités et encore moins les personnages vraiment trop nombreux ! On a l’impression qu’il y en a un max juste pour faire plaisir à tout le monde (que ce soit les fans ou les acteurs). Les précédentes saisons avaient un réel avantage : un vrai personnage principal pour tenir le reste de la distribution et même du récit (tenu pendant les quatre premières saisons par Jessica Lange et dans la cinquième par Lady Gaga). Or, il n’y a pas réellement de personnage principal central (un coup c’est le couple Shelby et Matt, parfois La Bouchère, puis peut-être la frangine de Matt, bref, quel bordel) et c’est plus perturbant qu’autre chose dans le sens où il n’y a pas de cohérence dans le traitement choral. Surtout, la multitude de personnages empêche une quelconque profondeur de leur part. D’habitude, je trouve les personnages complexes et attachants même s’ils font des choses parfois peu recommandables. Pire, pour la première fois du lancement de la série, dans l’ensemble, je n’ai pas été très convaincue par le casting. Honnêtement, pour moi, il n’y a que Kathy Bates (qu’on ne présente plus) dans le rôle de la Bouchère (et son remarquable vieil accent et langage britannique) et Sarah Paulson dans trois rôles différents (dont un personnage qu’elle avait déjà incarné dans une des précédentes saisons le temps d’un épisode). Certes, Paulson se trahit parfois lorsqu’elle incarne un personnage britannique (aussi) en perdant de temps en temps l’accent mais elle prouve qu’elle est de nouveau capable d’interpréter des personnages variés dans des genres différents. Et j’ai envie de dire au passage que les rôles plus comiques lui vont très bien !

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On peut retenir les plutôt bonnes interprétations d’Adina Porter, d’Angela Bassett (même si elle joue toujours plus ou moins le même rôle) et de Frances Conroy (même si on voit très peu cette dernière à mon grand regret) même si je déplore de nouveau des problèmes d’écriture en ce qui concerne leurs personnages, ne les aidant pas à faire mieux. En revanche, je ne ferai pas autant de compliments sur à peu près le reste du casting. Certains sont complètement éteints (Wes Bentley – qui s’en sortait un peu mieux dans la précédente saison, Hotel), d’autres sont énervants (Lily Rabe par exemple alors que je l’adore dans les autres saisons, surtout la deuxième : là on a juste envie de la gifler). Il y a aussi ceux qui sont totalement à côté de la plaquette (Cheyenne Jackson joue tellement mal dans le peu d’épisodes dans lesquels on le voit – dans son genre, il s’agit d’un exploit) ou complètement sous-exploités (Lady Gaga, Evans Peters ou encore Denis O’Hare – pourtant d’habitude si bons en ce qui concerne les deux derniers). Je ne vous parle même pas des pauvres Finn Wittrock (pourtant absolument formidable dans la saison Freak Show) et Taissa Farmiga qui sont inexistants ! Les acteurs sont finalement autant désorientés que ce scénario partant dans tous les sens. Finalement, qu’est-ce qu’on est censé retenir de cette histoire ? A priori, il s’agirait d’une critique des médias aux Etats-Unis et d’une mise en parallèle avec la réalité. Déjà, ce n’est pas le traitement le plus subtil qu’ait fait cette série depuis son lancement (et je reste tendre). American Horror Story a toujours traité du thème des apparences (il ne faut pas nécessairement croire tous les personnages ni se fier nécessairement à tout ce qu’on voit) et il y a de temps en temps des vagues tentatives, notamment avec le personnage de Lee mais là encore j’ai été déçue car je trouve que les scénaristes ne vont pas du tout au bout de leur démarche. Même le fait de ne plus voir de générique d’ouverture à chaque épisode (alors que c’est un peu LA marque de la série, juste comme ça) est pour moi un vrai signe de faiblesse (même si on pourra dire « ouais mais en fait c’est pour que ça fasse plus réaliste : sérieusement, en dehors des éléments fantastiques, en quoi cette histoire est-elle crédible une seule foutue seconde ?). Enfin, au-delà de vouloir à tout prix exploiter (hyper mal) un concept au détriment d’une histoire solide et de personnages marquants, la série prouve encore une fois qu’elle veut absolument plaire aux jeunes. Avant l’horreur était plus dans la suggestion, maintenant on veut absolument en montrer, tomber dans le « gore ». Mais finalement, ce n’est pas nécessairement une bonne chose…

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Le mystère Enfield

Créée par Joshua St. Johnston

avec Timothy Spall, Matthew Macfadyen, Eleanor Worthington-Cox, Rosie Cavaliero, Juliet Stevenson…

titre original : The Enfield Haunting

Série dramatique, épouvante-horreur britannique. 1 saison. 2015.

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Eté 1977, Peggy Hodgson et ses trois enfants expérimentent des phénomènes très étranges dans leur nouvelle maison située à Einfield. Elle fait alors appel à Maurice Grosse, chercheur débutant dans le paranormal, pour qu’il mène l’enquête. Il est assisté par Guy Lyon Playfair, investigateur expérimenté qui aborde ce cas avec scepticisme.

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On connait tous l’affaire Enfield (notamment avec des célèbres photographiques relatant les événements – notamment celle de la gamine balancée de son lit / en train de se jeter de son lit ?) au point qu’elle a été cette année l’objet d’un long-métrage, je parle évidemment de Conjuring 2 : Le Cas Enfield par James Wan. Avant la sortie du film américain très romancé (les Warren ont bien rendu visite à la famille touchée, les Hodgson, mais ne sont restés qu’un jour tout comme ce ne sont pas eux qui ont résolu le problème), la mini-série britannique Le Mystère Enfield (The Enfield Haunting) s’était déjà intéressée à cette histoire. Composée de trois épisodes durant chacun 45 minutes, cet objet télévisuel s’appuie sur l’ouvrage de Guy Lyon Playfair, This House is Haunted (1980) qui serait basé sur ce qu’il aurait vu dans cette maison en question. Guy Lyon Playfair est ici l’un des personnages principaux de la série et est interprété par Matthew Macfadyen (je tenais à dire que cette coupe seventies lui va parfaitement bien !). Pour la petite précision, alors qu’il a longuement participé à l’enquête autour de cette affaire, le personnage de Playfair n’apparait pas dans Conjuring 2. En revanche, dans ce film en question, on retrouvait déjà (dans un rôle secondaire) Maurice Grosse interprété par Simon McBurney. Le personnage, incarné ici par Timothy Spall, prend alors dans cette mini-série beaucoup plus de place en étant désormais (avec Playfair). Pour les amateurs d’horreur ou de sensations fortes, vous risquez d’être déçus. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas des scènes effrayantes. Les épisodes mettent mal à l’aise, on assiste à des événements surnaturels qui ne peuvent évidemment pas nous rassurer (avec tout ce qu’on connaît déjà : voix flippantes, objets et personnes en lévitation etc…). Mais rapidement on comprend qu’on n’est pas concrètement face à une série d’horreur (même si je l’ai regardée le jour d’Halloween vu que je ne savais pas trop regarder et que le replay d’Arte ne dure pas non plus une éternité). Il faut dire les choses : c’est avant tout une mini-série dramatique qui reprend la célèbre histoire pour s’intéresser à des problèmes plus intimistes.

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En effet, si nous assistons (avec Maurice Grosse et Guy Playfair) bien à des événements surnaturels, la série préfère se pencher davantage sur l’une des théories autour de cette affaire : la supercherie. Le film de James Wan mettait déjà en scène certains experts (notamment Anita Gregory – interprétée par Franka Potente) qui remettaient en question l’histoire de la famille – principalement pour des raisons financières. Certes, on ne nous affirme pas totalement ce qui s’est passé (seuls les Hodgson connaissent la vérité). Est-ce que tout est faux ? Est-ce qu’il y a, malgré des mensonges avérés, une part de vérité  (la vraie Janet affirme qu’il n’y aurait que 2% de mensonges parmi tout ce qu’elle a dit – et qu’elle n’avait menti que pour faire intervenir des spécialistes qui ne se seraient pas intéressés aux réels événements) ? En tout cas, cette mini-série prend un parti intéressant : montrer la connexion entre Maurice Grosse et la petite Janet Hodgson. Maurice Grosse n’est alors un personnage qui sert à enquêter, on s’intéresse réellement à lui avec ses problèmes personnels et donc ses blessures. Le parapsychologue de la Society for Psychical Research a vécu un drame (compliquant les relations avec son épouse) en perdant sa fille d’un accident de la route. La fille en question se prénommait… Janet. Grosse a-t-il alors accepté de s’investir autant dans cette enquête car il pensait retrouver en quelque sorte sa fille chez les Hodgson ? Quant à Janet, n’est-elle pas perturbée voire même traumatisée par le divorce de ses parents ? Est-ce qu’elle aurait pu inventer ces poltergeists chez elle par manque d’attention et affectif ? Finalement, au fond, ce n’est pas si important de savoir s’il s’agit d’un mensonge ou non – même si la présence de Grosse et Playfair reste intéressante dans cette quête de vérité : même s’ils sont prudents (surtout Playfair) voient-ils ce qu’ils ont envie de voir (cela dit la question de la vue et de la croyance était à mon avis davantage poussée chez Wan) ? La métaphore autour des fantômes (deuil, départ d’un être qu’on aime) reste alors pour moi plutôt réussie et intéressante et c’est selon moi pour cette raison qu’il faut découvrir cette mini-série

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Vu ma description et la démarche des scénaristes, ne vous attendez à voir de l’action à tout bout de champ ! Cela dit, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Il faut dire que le format est selon moi bien trouvé dans le sens où ce n’est ni trop court ni trop long. Les trois épisodes en question, qui s’enchaînent plutôt bien, ont été réalisés par Kristoffer Nyholm, qui avait signé une des saisons de la série danoise réputée The Killing (que j’aimerais bien découvrir) et je dois dire qu’il a fait du bon boulot. La mise en scène est plutôt soignée et réfléchie. Encore une fois, certaines scènes sont assez flippantes et les effets sont bien faits (même si pour les deux cas il n’y a rien de révolutionnaire mais ça ne m’a pas non plus chiffonnée). Evidemment, encore une fois, il ne faut pas chercher de comparer avec Conjuring 2. Il n’y a pas les mêmes moyens mis (il ne faut pas oublier qu’on est face à un produit télévisuel – pas tous ont le même budget qu’un Game of Thrones) et de toute façon, encore une fois, la série ne cherche pas à nous époustoufler visuellement. Cela dit, on notera tout de même un soin accordé à la reconstitution des années 1970, que ce soit au niveau des décors, des costumes et même plus généralement l’ambiance, sans que cela m’ait paru trop exagéré. Niveau écriture, dans l’ensemble, je suis assez satisfaite. Enfin, Le Mystère Enfield est également servi par un très bon casting. Timothy Spall est fabuleux voire même bouleversant dans le rôle de Maurice Grosse. Même si elle reste en retrait, l’interprétation de Juliet Stevenson est également très touchante. J’ai également bien aimé l’interprétation de Matthew Macfadyen même si on aurait pu exploiter davantage son rôle. La jeune Eleanor Worthington-Cox (qu’on a pu voir dans Maléfique de Robert Stromberg) est également géniale dans le rôle de cette gamine ambiguë, difficile à cerner. Son interprétation est cohérente avec l’ambiguïté même du scénario autour de la véracité ou non de l’affaire. Pour conclure, sans crier au chef-d’oeuvre, il s’agit d’une très bonne mini-série que je vous conseille (et donc pas besoin d’être fan) prouvant de nouveau la qualité des programmes de fiction britanniques.

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Father Ted

Créée par Graham Linehan et Arthur Mathews

avec Dermot Morgan, Ardal O’Hanlon, Frank Kelly, Pauline McLynn, Jim Norton…

Série comique britannique, irlandaise. 3 saisons. 1995-1998.

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Cette série raconte les mésaventures de trois prêtres et de leur gouvernante, exilés sur Craggy Island, petite île au large des côtes irlandaises. Leur comportement, indigne de l’Église catholique, a conduit leurs supérieurs à leur infliger ce bannissement : le père Ted Crilly a détourné des dons récoltés par l’église ; le père Jack Hackett est un alcoolique obsédé par les femmes dont le vocabulaire est principalement constitué des mots « Drink! Feck! Arse! Girls! » (« Boire ! Baiser ! Cul ! Filles ! ») et le père Dougal McGuire est un simple d’esprit. (résumé : Wikipédia).

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Comme vous le savez probablement déjà, Black Books et The IT Crowd font partie de mes séries chéries. Avant ces deux chefs-d’oeuvres télévisuelles, leur créateur, l’irlandais Graham Linehan avait signé, avec Arthur Mathews, Father Ted. Et j’ai envie de dire : ça aussi c’est culte ! Il est difficile de dire pour moi ce que je préfère entre ces trois séries : elles sont en quelque sorte reliées entre elles, il y a des choses communes qui nourrissent véritablement l’univers de Linehan. Ce qui est certain, c’est que si on apprécie Black Books et The IT Crowd, il FAUT regarder Father Ted. Parlons justement des points communs entre ces trois séries (j’en avais déjà repéré lorsque j’avais établi un lien entre les deux séries les plus récentes) ou plutôt formulons la chose autrement : comment Father Ted a-t-il pu devenir le point de départ de ce qui a pu suivre plus tard ? On retrouve alors des gens marginalisés par leur statut / travail (on parle de prêtres) qui sont encore plus marginalisés puisque suite à des fautes qu’ils ont commises, ils sont obligés de s’exiler sur une île irlandaise loin de la civilisation. Parmi eux, on retrouve le fameux père Ted qui ne rêve que de célébrité et d’argent, le jeune et simplet Dougal McGuire et enfin le père Jack Hackett, un alcoolique dégueulasse qui aime un peu trop les femmes. Dans le groupe on trouve aussi Mrs Doyle la gouvernante. Comme toujours chez Linehan, la figure féminine est celle qui est la mieux intégrée et adapté dans la société. La série ne compte que peu de saisons (encore une fois c’est habituel chez Linehan et plus généralement dans les séries britanniques et irlandaises), uniquement trois avec en plus un épisode spécial pour Noël (on retrouvera notamment dedans dans un petit rôle un certain Kevin McKidd). Elle avait beau avoir du succès, elle a été arrêtée par un accord commun de la part des créateurs / scénaristes et de l’acteur principal Dermot Morgan qui ne voulaient pas lasser le public. De toute façon, la série n’aurait pas pu continuer. Triste anecdote : le lendemain du tournage du tout dernier épisode, Dermot Morgan, seulement âgé de 45 ans des suites d’un malaise cardiaque (apparemment lié au stress). Au passage, pour raconter une autre anecdote, l’acteur Frank Kelly est décédé cette année en 2016 un 28 février… pile poil 18 ans après la mort de Dermot Morgan. Pour revenir à la structure de la série, les épisodes durent une petite vingtaine de minutes, un format que j’ai toujours apprécié et qui est ici de nouveau bien utilisé.

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Father Ted est une série hilarante, pratiquement à tous les épisodes, pour différentes raisons. Les personnages en eux-mêmes sont drôles par leurs bêtises et leurs défauts : la naïveté, l’égoïsme, l’alcoolisme, l’obsession pour les femmes, la gloire… Pourtant on ne se moque pas d’eux, le regard sur eux reste tout de même tendre même s’il n’y a pas de concession dans leur traitement. Ils ont leurs défauts et ne pourront de toute façon pas changer. Mais ce manque d’évolution n’est pas problématique et ne l’a jamais été dans les séries de Graham Linehan. Lui et ses scénaristes n’ont pas, contrairement à certaines séries (et même des sitcoms, notamment américaines), inventé des changements improbables ou insupportables sur leur vie car au fond cela ne serait pas crédible sur leur nature et personnalité profonde. Paradoxalement, les situations dans lesquelles les personnages ne sont pas forcément courantes, c’est toujours un peu gros. Malgré tout, en regardant les différents épisodes, on n’est pas dans le calcul de quoi que ce soit, on ne se dit nécessairement (comme ça m’arrive quand je regarde certaines sitcoms, oui je ne suis pas tranquille !) qu’on est dans une mécanique du rire : il y a quelque chose de naturel dans le déroulement des situations. Il y a beau y avoir une dose d’absurdité, de folie et de tout ce qu’on veut, on croit pourtant à ce qui se passe à l’écran. Là encore il s’agit d’une pure marque de l’écriture de Graham Linehan (même si on est d’accord qu’il n’écrit pas tout tout seul) : il sait à chaque fois combiner l’improbable dans un monde pourtant réaliste tout en gardant et assumant certains codes de la comédie. L’équilibre est très bien trouvé et maîtrisé entre ce réalisme et l’absurdité des situations et personnages ! Le réalisme, ce n’est pas uniquement le quotidien des trois prêtres, il concerne aussi les messages sous-jacents que l’on peut relever. Il est évident qu’on pense au contexte difficile de l’Irlande, entre (il ne s’agit pas d’une surprise, vu le sujet même de la série) la forte influence de l’église catholique dans le pays et le conflit toujours présent entre le Nord et le Sud impliquant l’IRA. Father Ted, bien que très appréciée, acclamée et récompensée à son époque, a eu quelques critiques lui reprochant d’être trop sévère avec le pays de l’Emeraude. Il faut dire que la série n’épargne personne. Il n’y a pas que les prêtres et plus généralement l’église catholique qui sont touchés par le rire. Linehan et Mathews caricaturent une certaine image que nous pouvons avoir des Irlandais vivant à la campagne, notamment avec le taré (l’excellent Pat Shortt) qui tire tout le temps et qui porte le t-shirt « I shot JR » ou encore le couple qui ne fait que se taper dessus en privé mais qui se comporte toujours bien devant le père Ted.

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La parodie est également au rendez-vous au fil des épisodes. Beaucoup de gens ou de choses y passent. On pensera en premier à l’épisode se moquant de l’Eurovision avec le mythique My Lovely Horse – vraiment un moment culte à pleurer de rire (littéralement !) – composé par l’excellent groupe de Neil Hannon, The Divine Comedy, également à l’origine du générique, Songs of Love, qui entre bien en tête (ainsi que celui de The IT Crowd et de la musique de la fausse pub pour appeler les urgences). D’autres épisodes nous viennent forcément en tête notamment ceux les sosies d’Elvis Presley au fil du temps ou encore celui qui parodie magnifiquement bien la talentueuse et rebelle chanteuse Sinead O’Connor. Mais encore une fois, même s’il y a vraiment cet épisode coup de coeur avec l’Eurovision, j’ai aimé tous les épisodes, la série ayant su être régulièrement drôle en apportant un vrai plus à l’humour et à la télévision. Certains gags ont donc l’air simples et pourtant il y a une véritable envie de la part des scénaristes d’être innovants, ce qui fonctionne merveilleusement bien. Le casting est également excellent et est un atout dans le succès de Father Ted. Dermot Morgan est inoubliable dans le rôle emblématique père Ted Crilly. L’ancien enseignant (oui, toutes les reconversions sont possibles) avait déjà joué le rôle d’un prêtre (Father Trendy) dans une émission irlandaise à sketches intitulée The Live Mike. Il est très attachant dans le rôle principal et en même temps, aidé par une très pertinente écriture de la part des scénaristes, il parvient bien, grâce à son interprétation, à montrer toutes les failles de ce personnage aux pensées douteuses. Ardal O’Hanlon (connu en Irlande pour ses one-man shows et sa présence sur cinq saisons dans une autre série, My Hero) est également la très bonne surprise de cette série en incarnant un personnage culte, le père Dougal McGuire (dont on ne connait pas exactement la raison de son exil mais on imagine que c’est lié à son étroitesse d’esprit). Il est drôle et même dans un sens touchant par sa bêtise, sa naïveté et même son innocence. On ne peut pas s’empêcher de penser à un autre personnage important de l’univers de Graham Linehan : Maurice Mauss de The IT Crowd (à part que ce dernier est intelligent). Même un type comme Manny dans Black Books a ce quelque chose d’innocent. Frank Kelly est tout simplement énormissime (et le terme me semble simple) en prêtre indécent, dans tout ce qu’on peut imaginer de pire ! Enfin, Pauline McLynn est géniale en gouvernante qui force les gens à se bourrer de thé et de biscuits !

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American Crime Story – The People vs. O.J. Simpson

Créée par Larry Karaszewski, Ryan Murphy et Scott Alexander

avec Sarah Paulson, Cuba Gooding Jr., John Travolta, Courtney B. Vance, David Schwimmer, Sterling K. Brown, Kenneth Choi, Christian Clemenson, Nathan Lane, Bruce Greenwood, Selma Blair, Connie Britton, Jordana Brewster…

Drame judiciaire. 1 saison. 2016.

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American Crime Story est une série d’anthologie, qui se centre sur des affaires judiciaires différentes à chaque nouvelle saison. La première tourne autour du procès controversé et ultra-médiatisé de O.J Simpson, qui a fait la Une des médias au cours de l’année 1995. La star du football américain est accusée du meurtre de son ex-femme, Nicole Brown Simpson et de son compagnon, Ronald Goldman. Dans les coulisses de l’affaire, les deux camps essayent de tirer leur épingle du jeu. Entre l’excès de confiance des avocats et la relation tendue de la police avec la communauté afro-américaine, le doute sème le trouble chez les jurés.

Photo Christian Clemenson, Sarah Paulson

En tant que fan de la série American Horror Story (parfois chroniquée sur ce blog), j’étais décidée à découvrir le dernier objet télévisuel de Ryan Murphy, American Crime Story, qui a remporté récemment cinq Emmy Awards : meilleure mini-série, meilleure actrice (Sarah Paulson), meilleur acteur (Courtney B. Vance) et meilleur acteur dans un second-rôle (Sterling K. Brown) et meilleur scénario (toujours dans les catégories « mini-série »). Le titre étant très clair, chaque saison anthologique portera sur une affaire judiciaire. Pour cette première saison, on ne s’est pas attaqué à n’importe quoi : l’affaire O.J. Simpson. On l’a connait tous, on a même pu suivre (enfin surtout les Américains) le déroulement du procès à la télévision. Il n’y a évidemment aucune surprise même pour ceux qui n’étaient pas nés ou qui étaient trop jeunes. Pourtant, cette série est une excellente surprise. J’ai été surprise de prendre du plaisir à redécouvrir cette histoire comme si elle se présentait comme une nouveauté. Et surtout quelle satisfaction de voir de nombreuses qualités dedans ! En effet, on peut se rassurer : il ne s’agit pas d’une sorte de remake de Faites entrer l’accusé. On retrouve des thèmes chers à Ryan Murphy notamment le racisme et la célébrité. Il faut rappeler les faits : en 1992 ont lieu les émeutes de Los Angeles. Puis, en 1994, le célèbre joueur de football américai (et occasionnellement acteur) O.J. Simpson est accusé d’un double meurtre dont celui de son ex-femme, mère de ses enfants. Comment défendre l’indéfnendable (on se demande à ce moment-là comment Simpson va pouvoir s’en sortir avec de telles accusations !) ? Voilà que les avocats qui défendent ce cher Simpson, notamment dans un premier temps Robert Shapiro, puis le grand défenseur de la communauté afro-américaine, Johnnie Cochran. La dimension politique a clairement pris le dessus dans cette passionnante affaire judiciaire au point qu’on a fini par en oublier les victimes et surtout se demander s’il y avait d’autres suspects. Cette première saison instaure alors des enjeux d’une grande importance étant donné ce qui se passe actuellement. Comment ne pas penser aux récentes bavures de policiers envers des Noirs ? Comment ne pas voir le clin d’oeil (avec une pointe d’ironie) aux filles Kardashian qui ont bien mieux compris le star-system que leur père, meilleur ami de Simpson, et clairement dépassé par les événements ? La fin de la saison, qu’on connait alors tous, a quelque chose d’encore plus tragique. C’est comme si toute cette mascarade mise en place par la défense, en s’éloignant de la vérité, n’avait servi à rien : l’injustice contre les minorités existe toujours et la liberté d’O.J. Simpson est en réalité une nouvelle prison.

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Pourquoi cette série est-elle si passionnante ? Déjà, comme vous l’avez peut-être déjà lu sur ce blog, j’ai toujours aimé les films (et donc aussi les séries) de procès car il y a quelque chose qui entre déjà dans l’ordre de la comédie et de la mise en scène (le risque étant que l’oeuvre devienne trop théâtrale mais ce n’est pas le cas ici). Ce n’est pas nouveau, on a vu beaucoup de (bons) films de procès tournant autour de la question de la comédie. Mais les scénaristes ont réussi à renouveler, à partir de cette terrible affaire, cet élément en question. On constate alors le fait suivant : en reprenant les gros points de l’affaire, les spectateurs ont droit à de réels rebondissements (sincèrement, j’avais beau connaître l’affaire, j’étais tout le temps sur le cul !) comme si les scénaristes avaient inventé l’histoire de toutes pièces. J’ai envie de dire que la réalité a dépassé la fiction et c’est vraiment ça qui est fort dans cette saison ! On s’aperçoit à quel point cette affaire était déjà en soi une énorme mascarade. La reconstitution de l’affaire et plus généralement de l’époque est très bien exécutée (sans être too much) et en même temps même dans cette reconstitution on sent la continuité avec notre époque : un bon équilibre semble alors avoir été trouvé. Le tout a été traité sur dix épisodes durant chacun une petite cinquantaine de minutes (tous bien rythmés). C’était selon moi le format idéal : on ne s’étend pas une plombe sur l’histoire (déjà connue) mais on a suffisamment le temps de développer la psychologie et la complexité de chaque personnage, ce qui n’était pas évident vu qu’il y en a un certain nombre ! Mais ce qui est également intéressant, c’est que le spectateur devient lui-même une sorte de juré / avocat. On nous filme les deux camps avec une certaine égalité – même si je dois admettre que le personnage de Marcia Clark est peut-être un chouïa davantage mis en avant (mais ce n’est pas gênant par rapport au propos autour des minorités – elle qui défend les femmes violentées alors que la défense détourne l’attention en évoquant la communauté afro-américaine). Certes, on sent que les scénaristes se sont fait leur petite idée sur cette affaire mais le but n’est pas de savoir si O.J. Simpson a tué son ex-femme et son amant puisque de toute façon on a bien compris que ce procès n’avait pas pour but de chercher la vérité. En revanche, comprendre comment le jury, à partir de ce qu’il a pu constater sur le devant de la scène mais aussi dans les coulisses (on comprend bien que ça ne faisait pas rêver de faire partie de ce jury) a pris la décision finale fait partie des enjeux de la série.

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Enfin, cette saison d’American Crime Story bénéficie d’un excellent casting, très justement récompensé. Dans le rôle du célèbre O.J. Simpson (qui est actuellement en prison pour vol à main armée et kidnapping), Cuba Gooding Jr. est bluffant. Il parvient vraiment à montrer toute la complexité de ce personnage qui peut être autant charismatique qu’effrayant par ses accès de violence. Sarah Paulson, que j’adorais déjà tellement dans American Horror Story, trouve ici le rôle le plus intéressant de sa carrière, celui de la célèbre procureure Marcia Clarke, entrant pratiquement dans la culture populaire malgré elle (Tina Fey avait livré sa parodie à la fin de la première saison de Unbreakable Kimmy Schmidt pour ne citer que cet exemple) pour sa coupe de cheveux légendaire, son style très classique voire même assez froid et son ton qui envoie bien dans ta gueule. Pas évident de tenir un rôle aussi emblématique sans tomber dans la caricature. Pourtant, Sarah Paulson, servie par une écriture habile, donne une interprétation remplie de nuances tout en donnant de l’intensité à son jeu. Elle prouve ici qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération et je suis étonnée qu’elle ait percé à la télévision relativement tard et qu’elle n’ait jamais été eu de réels bons premiers rôles au cinéma ! Il s’agit ici d’un personnage fort qui a des convictions mais on ne nous épargne pas non plus les erreurs qu’elle a pu faites et qui ont également conduit à l’acquittement d’O.J. Simpson (je parle ici de l’intervention du flic raciste). John Travolta (également co-producteur) fait aussi un joli retour dans le rôle de Robert Shapiro (avec une tête à la Donald Trump), l’avocat qui se donne en spectacle mais qui préfère faire des arrangements au lieu d’affronter les problèmes. Tout le casting est excellent, que ce soit Nathan Lane qu’on voit peu mais génial en avocat qui pense à tout, Kenneth Choi en juge, Connie Britton en pseudo-amie qui n’hésitera pas à balancer tout et n’importe quoi dans un livre pour du fric ou encore Selma Blair en Kris Jenner. David Schwimmer est également surprenant dans le rôle du touchant et dépassé Robert Kardashian. Mais on retiendra surtout les performances des deux acteurs récompensés aux Emmy : Courtney B. Vance et Sterling K. Brown. Le premier incarne à la perfection Johnnie Cochran, un personnage à la fois admirable et détestable, on comprend son combat pour la communauté afro-américaine mais il nous agace avec sa stratégie qui fait du mal à la vérité et à une autre communauté : les femmes. Quant au second, il est très attachant dans le rôle du collaborateur de Marcia, qui monte en grade pour de bonnes et mauvaises raisons.

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The Following

Créée par Kevin Williamson

avec Kevin Bacon, James Purefoy, Shawn Ashmore, Natalie Zea, Annie Parisse, Valorie Curry, Adan Canto, Nico Tortorella, Kyle Catlett, Connie Nielsen, Sam Underwood, Jessica Stroup, Zuleikha Robinson, Gregg Henry, Valerie Cruz, Tiffany Boone…

Thriller / policier / drame américain. 3 saisons. 2013-2015.

follo

Joe Carroll, un serial killer diabolique, utilise la technologie pour créer une secte de tueurs en séries, tous reliés les uns aux autres alors qu’ils sont dispersés aux quatre coins des Etats-Unis. L’ancien agent du FBI Ryan Hardy, qui l’a traqué et capturé par le passé, qui a même écrit un livre sur lui et qui connait la moindre de ses ruses, se voit contraint de reprendre du service…

Photo James Purefoy

Connu pour avoir écrit le scénario des Scream, Souviens-toi… l’été dernier ou encore The Faculty, Kevin Williamson est aussi le créateur de deux séries ultra connues (pour l’une, on peut vraiment dire culte) : Dawson et Vampire Diaries. Il a aussi crée une série un peu moins connue mais qui valait au départ le tour : The Following. Une secte très dangereuse est au coeur de ce programme qui a duré en tout trois saisons, chacun comportant quinze épisodes d’une quarantaine de minutes. La secte meurtrière est celle fondée par un certain Joe Carroll, un charismatique professeur de littérature, fan absolu d’Edgar Allan Poe. Les crimes paraissent absurdes dit comme ça mais finalement à peine plus que ceux perpétués par des terroristes actuellement soi-disant au nom d’une religion. La série a donc le mérite de dénoncer les dérives du fanatisme sans prendre le risque de viser une communauté. Il y a quelque chose d’assez réaliste dans la manière de présenter la secte, la folie des membres, l’horreur des actes etc… Mais en même temps, le fait de choisir une figure aussi culte que celle de Poe en guise de cause donne une autre dimension à la série, qui va au-delà de la question de la fiction. Disons que ça donne du piment, ce petit quelque chose particulier qui a su me séduire quand je l’ai découverte. Dans la première saison, on suit alors la traque de Joe Carroll, évadé de prison, et encore plus motivé pour commettre un max de crimes odieux. Le premier épisode était vraiment fort : très violent (j’étais là tout le long « nooon mais la nana va pas faire ça… OHHH ELLE VIENT DE FAIRE UN TRUC DEGUEU ! »), très intense, on comprend les enjeux assez rapidement,  on cerne également bien la dualité entre Carroll et le flic Ryan Hardy et on a tout de suite envie d’enchaîner les autres épisodes. Et effectivement, la première saison est vraiment addictive. Pour moi, il s’agit d’un critère essentiel lorsque je regarde une série. J’ai limite besoin d’avoir ma dose et là c’était véritablement le cas au point où je faisais abstraction de certains défauts, le principal étant celui de faire passer le FBI pour une bande d’incapables, il faut bien l’admettre. Mais encore une fois, la première saison est si captivante que je n’ai pas forcément fait gaffe sur le moment sur certains détails.

Photo James Purefoy, Kevin Bacon

Quand on voit la fin de la première saison, on a l’impression qu’une boucle est bouclée et que rien ne laisse présager une seconde saison. Finalement, face aux bonnes audiences (au début donc, car après ça s’est bien cassé la gueule… étonnant que cette série ait tenu trois saisons !), une deuxième saison voit donc le jour. On sent les scénaristes pris au dépourvu. En tant que spectatrice de lat première saison, face à cette annonce, j’étais partagée. D’un côté, en tant qu’addict’, j’étais ravie de voir l’aventure se prolonger; de l’autre, j’avais peur que ça tourne en rond, qu’on n’ait plus à dire. Etrangement, cette deuxième saison se situe entre les deux. Je fais en tout cas partie des spectatrices (plus que) satisfaites par la suite même si je comprends les critiques davantage négatives à son égard. Certes, si on regarde bien, il n’y a pas beaucoup de nouveautés, il y a des effets de répétition mais encore une fois étrangement ça ne m’a pas plus dérangée que ça. Je trouve que l’histoire de la deuxième saison tient debout par rapport à ce qu’on a vu au cours de la première saison. Certes, ça tourne un peu en rond mais en même temps c’est assez réaliste dans le sens où on ne se débarrasse pas d’une secte du jour au lendemain. Le comeback de Joe Carroll peut paraître un peu de trop (du genre « coucou, j’étais mort bah en fait non JE VOUS AI EU ») mais la recette fonctionne toujours autant. Il faut dire que James Purefoy (connu pour avoir incarné Marc Antoine de la géniale série Rome) est parfait dans le rôle. Il est étrange d’avoir autant envie de revoir un salaud pareil. Son duel avec Kevin Bacon (même si son interprétation n’est pas forcément fine mais ça passe) fonctionne également bien même si je peux admettre que la dimension psychologique des personnages n’est pas suffisamment poussé (ce n’est en tout cas pas le point fort de la série). Mais cela reste toujours intense et addictif. De plus, même s’il n’y a pas des tonnes de changements, certains ajouts fonctionnent. Si je n’aime pas nécessairement les personnages des jumeaux qui tombent trop dans la caricature et manquent de charisme – à l’image des autres followers (le point noir de la série), en revanche, j’ai tout de même beaucoup aimé le personnage incarné par Connie Nielsen.

Photo James Purefoy

Et puis, arrive la troisième et ultime saison. On savait que la deuxième saison était une idée déjà folle mais finalement ça marche. Mais je sais au fond de moi qu’une troisième serait – vraiment – de trop. On sent la fausse bonne idée. Surtout, d’après ce que j’ai compris, il y a eu pas de mal de changements dans les équipes, notamment en ce qui concerne celle des scénaristes. Hélas, tous ces changements ont été une très mauvaise idée. Tout ce que je craignais arrive pour de bon. En ce qui concerne les séries, comme vous avez pu le constater à travers mes notations dans mes différents bilans, je reste plus tolérante. Une série me séduit de base si je parviens à regarder facilement les différents épisodes, si je ne peux pas m’en passer. Cela ne signifie pas qu’on doit admettre toutes les bêtises mais je ferme plus facilement les yeux que pour les films. En général, je ne suis donc pas exigeante. Mais là alors, cette troisième saison bat des records de connerie télévisuelle. Elle flingue à elle seule toutes les bonnes choses qui ont été mises en place durant les précédentes saisons. Alors que The Following avait le mérite d’être une série plus que divertissante, voilà qu’elle devient réellement chiante (veuillez excuser ma grossièreté). J’ai mis des mois (et je ne plaisante pas) pour terminer cette dernière saison. C’est d’une lenteur incroyable, Joe Carroll (l’âme de la série) est pratiquement absent (certes, on va l’exécuter mais cela n’excuse pas tout), Kevin Bacon se perd et en fait des toooonnes pour montrer la noirceur de son personnage, son personnage n’a – miraculeusement – plus de problèmes cardiaques, les méchants (qui parlent 3h avant d’essayer de tuer Hardy… le gars devrait être mort depuis un siècle mais face à de tels crétins, pas étonnant qu’il soit encore vivant !) sont encore plus bidons que tous ceux qu’on avait pu voir jusqu’à présent, le problème avec les jumeaux qui s’éternisent etc… Seule la fin reste valable : même si on sait qu’il n’y aura plus d’autres saisons, elle laisse tout de même une ouverture par rapport aux sorts des personnages, surtout celui de Ryan Hardy car on sait très bien que c’est le genre d’histoires qui ne peut pas trouver d’issue aussi rapidement dans la réalité. Ca fait mal au coeur de constater un tel gâchis.

Photo Jessica Stroup, Kevin Bacon, Michael Ealy

Unbreakable Kimmy Schmidt (saison 2)

Créée par Robert Carlock et Tina Fey

avec Ellie Kemper, Tituss Burgess, Carol Kane, Jane Krakowski, Sara Chase, Lauren Adams, Dylan Gelula, Sol Miranda, Lisa Kudrow, Tina Fey, Jon Hamm, David Cross, Anna Camp, Ice-T, Jeff Goldblum, Joshua Jackson, Zosia Mamet…

Série comique américaine.  2e saison. 2016. 

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Kidnappée lorsqu’elle était adolescente, Kimmy a passé 15 ans au sein d’une secte, entourée de quatre autres filles de son âge, en pensant qu’elle était l’une des seules survivantes de l’Apocalypse. Le jour où elle est enfin libérée, c’est un tout nouveau monde qui s’ouvre à elle, rempli d’infinis possibilités. Devant ses yeux innocents et éblouis, New York lui semble gigantesque et c’est là qu’elle est bien décidée à refaire sa vie, même si elle n’a aucune idée de ce qu’elle veut en faire…

Photo Ellie Kemper, Jane Krakowski, Tituss Burgess

J’avais relevé quelques défauts mais j’avais été très satisfaite par la première saison de Unbreakable Kimmy, créée par Tina Fey et Robert Carlock (à l’origine de la très bonne série 30 Rock). J’avais donc envie de connaître la suite des aventures de la Kimmy du titre (et aussi de ses amis), de voir si elle était capable de se reconstruire pour de bon après le procès du Révérend (interprété par Jon Hamm) qui l’avait retenue dans un bunker pendant quinze ans. Avant de commencer à découvrir cette saison 2, je n’avais pas spécialement envie d’écrire un billet de peur de me répéter. Mais en fait, je chronique cette saison en question car elle est différente de la première et par conséquent le ressenti est également différent. On pourra dire ce qu’on veut : on pourra être content de voir du changement, de ne pas rester sur des acquis, d’avoir envie de faire évoluer les personnages. Ainsi, la première saison était très portée sur l’avenir. Or, cette deuxième saison tourne autour du passé. Kimmy a beau être un personnage optimiste, ses blessures sont bien réelles. Elle ne peut plus fuir éternellement ce qui s’est passé et elle a besoin de revenir sur son enfance et son enlèvement pour pouvoir grandir pour de bon et ne plus être la grande enfant qu’elle est actuellement. Par conséquent, autre changement lié à la question du temps : cette saison est certes toujours drôle mais elle est bien plus profonde que la précédente. On savait bien qu’il y avait déjà une part de psychologie mise en place dans la première saison mais on sentait bien que Tina Fey et Robert Carlock avaient préféré privilégier l’humour très cartoonesque et l’optimisme. Attention, ces deux éléments sont toujours présents dans cette nouvelle saison mais il me semble que ce n’était pas la priorité des créateurs et des scénaristes. La psychologie est si mise en avant qu’elle est concrètement intégrée dans le scénario : en effet, Kimmy rencontre une psy complètement barge, alcoolique et schizophrène, incarnée par Tina Fey justement (excellente au passage – plus marquante que dans la première saison dans un autre rôle – même si on a parfois l’impression qu’elle fait un peu trop son show – on sent que ne plus être l’héroïne d’une série doit lui manquer). Cela va lui permettre de mieux comprendre certains éléments. Parmi ces scènes de compréhension nécessaires à sa reconstruction, on notera l’épisode très réussi dans lequel elle voit des parties de sa vie façon dessin animé de Disney avec sa mère (interprétée par Lisa Kudrow, très bien au passage dans l’épisode final) et le Révérend.

Photo Ellie Kemper, Jeff Goldblum

Cette saison 2 se veut donc plus profonde et sur ce point, je trouve qu’elle est assez réussie et pas uniquement en ce qui concerne Kimmy, ce qui crée encore plus de cohérence dans le propos. En effet, tous les personnages sont concernés par leur passé pour pouvoir mieux avancer. Ainsi, Titus affronte son passé « d’hétéro » mal sans sa peau et assumer enfin ses responsabilités en se mettant en ménage avec quelqu’un. Jacqueline, divorcée et qui n’a plus un sou, assume de plus en plus ses origines indiennes. Quant à Lillian, elle se bat pour préserver son quartier  face aux hipsters et plus généralement face aux changements. J’ai aimé cette saison intelligente et touchante, cela dit, comme la saison précédente, elle a ses défauts. Ce sont des défauts différents de la première saison. Je ne sais pas si c’est parce que je me suis habituée ou non mais je trouve qu’il y a peut-être moins de « grimaces » et d’humour forcé dans cette seconde saison. De ce point de vue là, il y a eu des progrès. En revanche, le véritable problème de cette saison est son rythme. Certes, je ne dirais pas que je me suis emmerdée, loin de là, sinon je ne me serais pas gênée de lui foutre une sale note. Ca reste amusant et divertissant. Mais j’ai tout de même senti au milieu de la saison un véritable coup de mou. Mine de rien, cette saison est un peu plus longue que la précédente. En effet, la première saison comportait dix petits épisodes qui duraient chacun une petite vingtaine de minutes. Or, cette deuxième saison est composée de treize épisodes qui durent désormais trente minutes. Ca parait peu dit comme ça et pourtant on sent une énorme différence ! Certes, ces quelques ajouts sont dans la continuité de ce qui a été mis en place autour de la psychologie des personnages. Effectivement, on voit davantage les rôles secondaires dans cette saison tout en gardant bien en tête que le personnage central reste Kimmy. Cela dit, les longueurs se ressentent, on sent que ça s’étire inutilement finalement. Supprimer certains épisodes aurait été judicieux finalement. Surtout, si on sent qu’il y a une volonté de penser au sort de tous les personnages, je n’ai pas trouvé qu’ils étaient tous mis sur le même niveau. En effet, on voit toujours autant Titus (et ses formidables péripéties), le personnage de Lillian a également été très bien développé (et tant mieux car elle n’était pas suffisamment présente dans la première saison) mais celui de Jacqueline m’a semblé plus délaissée alors que son évolution est hyper intéressante. Ca m’a beaucoup frustrée !

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Heureusement, cette saison sait où elle va malgré quelques égarements et trouve une bonne fin : elle clôt bien la saison tout en offrant une véritable ouverture (par une véritable révélation sur Kimmy). Par conséquent, cela donne envie de découvrir la saison 3 (déjà commandée par Netflix). Surtout cette saison regorge tout de même d’un grand nombre de moments très drôles. Certes, difficile de nous faire oublier le désormais mythique « Peeno noir » mais certaines scènes valent tout de même le détour. Je pense notamment à l’intervention hilarante de Jeff Goldblum en présentateur d’un show hyper malsain profitant de la misère humaine, au coming-out du copain de Titus à sa famille qui va frustrer notre drama queen préférée, la venue des hipsters (avec Zosia Mamet de Girls), l’épisode hommage et délirant au Menthos ou à l’apparition étrange de Ice-T. Enfin, même si on la voit moins durant cette saison, Jacqueline nous offre un grand nombre de scènes très drôles, encore plus que dans la précédente saison. Elle est hilarante avec sa famille indienne, en tentant de retrouver ses véritables origines alors qu’elle a l’air encore très New-Yorkaise (et qu’elle raconte en plus n’importe quoi dans une langue ou encore lorsqu’elle tente de sauver les apparences en voulant prouver à tout le monde qu’elle a encore de l’argent. Jane Krakowski est toujours aussi excellente dans le rôle de cette femme vénale qui devient plus humaine au cours de cette saison. Elle reste attachée à l’argent, aux apparences dans la société mais elle commence à s’en détacher et à s’intéresser enfin aux sentiments qu’elle peut éprouver pour les autres. Le chemin reste évidemment long pour qu’elle change totalement mais il est en tout cas formidable de voir une interprétation qui  reste toujours dans cette optique caricaturale, à l’image du reste de la série (il s’agit plus d’une remarque qu’une critique) tout en commençant à donner plus de « nuances » à son personnage. Evidemment, parlons d’Ellie Kemper, qui incarne notre Kimmy préférée. Elle aussi est formidable dans le rôle-titre et comme Krakowski, tout en continuant à jouer sur la carte du cartoon, elle parvient aussi à donner plus d’émotion et de profondeur à son personnage grâce à une écriture qui va dans ce sens. Evidemment, quel bonheur de revoir Tituss Burgess dans le rôle de Titus ! Il est toujours aussi excellent ! Il faudrait regarder cette série rien que pour ce gars ! Enfin, à l’image de son personnage Lillian qui est davantage développé dans cette saison, Carol Kane m’a encore plus fait rire que dans la première saison. Bref, pour conclure, une nouvelle bonne saison qui a le mérite de corriger quelques erreurs de la précédente, même s’il y en a d’autres qui entrent en jeu, qui restent malgré tout divertissante (malgré un coup de mou) et toujours aussi ouverte à la réflexion.

Photo Ellie Kemper

The Wrong Mans

Créée par James Corden et Mathew Baynton

avec Mathew Baynton, James Corden, Sarah Solemani, Tom Basden, Dawn French, Nick Moran, Emilia Fox, Benedict Wong, Dougray Scott…

Série comique britannique. 2 saisons. 2013-2014.

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Après avoir décroché un téléphone se trouvant sur les lieux d’un accident de voiture, deux employés de bureau trop gentils se retrouvent pris dans un dangereux complot criminel.

Photo Mathew Baynton

The Wrong Mans est une série encore assez méconnue en France, malgré la diffusion de la saison 1 il y a quelques mois sur Arte (qu’est-ce que j’aime cette chaîne !). Elle ne comporte que deux saisons : la première est constituée de six épisodes, la seconde en quatre, en sachant que chaque épisode dure pratiquement trente minutes. Je ne me suis jamais cachée que j’aimais les séries courtes car je suis persuadée qu’on peut privilégier plus facilement la qualité. Cette série m’a confirmé cette théorie. Le pari était pourtant difficile : je ne veux pas trop ne dire sur l’histoire étant donné que c’est très difficile d’en parler sans faire des spoilers. Ce que je peux dire, c’est que c’est une histoire qui aurait pu partir facilement dans tous les sens. Or, on est surpris de voir à quel point au contraire le scénario tient la route du début jusqu’à la fin en restant d’une rare cohérence. De plus, à la fin de la première saison, qui m’avait pourtant énormément plu, je me suis demandée comment les scénaristes pourraient rebondir et faire une deuxième saison à la hauteur. Pourtant cette saison 2 ne déçoit pas du tout : elle est dans le même esprit que la première saison tout en ayant su faire évoluer les personnages et l’histoire de manière crédible. The Wrong Mans, qui a été traduit en français par Mauvaise Pioche (qu’est-ce que c’est moche…), comporte une erreur volontaire dans le titre. Pourquoi ? Tout d’abord, pour relativiser : il s’agit avant tout d’une comédie. On comprend ce besoin de poser les points sur les « i » de cette façon : quand on lit le pitch de cette série et qu’on commence à regarder les dix premières minutes du premier épisode, on se demande si on n’a pas atterri dans une série d’espionnage ou d’action. C’est d’ailleurs très difficile à raconter l’histoire sans révéler une intrigue car une action en entraîne systématiquement une autre. Puis, quand on fait connaissance du duo Sam Pinkett / Phil Bourne (Mathew Baynton / James Corden), on comprend tout de suite qu’il s’agit d’un duo de boulets ordinaires qui vont se retrouver dans une situation littéralement extraordinaire et qui va les dépasser. Certes, encore une fois, grâce à ce duo, la série reprend les codes du buddy movies mais en accentuant et en assumant encore plus la dimension comique de l’histoire.

Photo James Corden, Mathew Baynton

Cette erreur volontaire met alors aussi en avant la loose constante de ces deux collègues de travail opposés (forcément, sinon c’est pas marrant). Ils ont beau commettre beaucoup d’erreurs (surtout Phil, il faut avouer qu’il est pas mal dans le genre), ils sont aussi attachants parce qu’ils arrivent malgré tout à réfléchir dans des conditions extrêmes et surtout agissent souvent pour les autres : sauver un inconnu à cause d’un hasardeux coup de fil ou encore se rapprocher d’une fiancée (pour Sam) ou d’une mère (pour Phil). On s’identifie à ces deux personnages par leur banalité : tout le monde aurait pu se retrouver dans la même situation qu’eux. Pourquoi se sont-ils retrouvés dans cette merde internationale ? Au départ, c’est finalement par gentillesse et bon sens, plus que par ego et envie de se faire bien voir et de passer pour des héros. Est-ce qu’il y aurait alors une observation sur notre société qui n’accepte plus ces qualités chez quelqu’un et que ces qualités en question se retourneraient contre eux ? Je pense effectivement que les créateurs de cette série ont observé ce fait et ont décidé de pousser cette idée jusqu’au bout, tout en ayant le mérite de ne pas signer une histoire poussive. On joue sans cesse avec l’absurde, l’exagération des faits tout en trouvant un réel équilibre dans le réalisme même des situations. Même les scènes d’action trouvent un ton très juste : on reprend vraiment tous les codes de ce genre, les scènes sont même spectaculaires mais juste ce qu’il en faut et surtout ça reste fun. Surtout, je me suis vraiment marrée et c’est vraiment le point fort de cette série (il faut dire que je suis une fan d’humour british). Les quiproquos nourrissent l’intrigue, les dialogues sont savoureux, Phil et Sam rappellent les meilleurs duos comiques que la télé et le cinéma ont connu. Beaucoup de scènes sont tout simplement hilarantes, exploitant bien l’absurdité des situations (on a vraiment l’impression que les personnages n’en sortiront jamais) et la réaction parfois culottée des personnages pour pouvoir s’en tirer.

Photo Dawn French, Emilia Fox, James Corden

Enfin, The Wrong Mans bénéficie d’une interprétation solide à commencer par Mathew Baynton et James Corden, qui sont également les créateurs de cette série délirante et à part. J’ai découvert Mathew Baynton dans cette série qui reste un inconnu chez nous. J’ai beaucoup aimé son interprétation. Son sérieux est ce qui m’a fait rire chez ce personnage et parvient à être expressif, mais sans en faire des tonnes, quand il est dépassé par les événements. Je ne sais pas vous, mais personnellement, je n’ai pas pu m’empêcher de le comparer à Ben Whishaw (c’est un compliment). Son partenaire, James Corden, commence à être de plus en plus connu chez nous. On a pu le voir dans Lesbian Vampire Killers (Phil Claydon), Les Trois Mousquetaires de Paul W. S. Anderson, New York Melody de John Carney ou encore plus récemment The Lady in the Van de Nicholas Hytner. Bref, c’est quelqu’un que nous voyons de plus en plus au cinéma (même si, comme vous le constatez, il n’a pas joué que dans des chefs-d’oeuvre…) à juste titre : ce gars a beaucoup de talent. Si vous ne l’avez pas encore vu dans des films ou des séries, peut-être que vous avez entendu parler de son Late Late Show dans lequel Adele, Justin Bieber, One Direction, Stevie Wonder, Mariah Carey ou plus récemment Jennifer Lopez chantent avec Corden dans sa voiture ! James Corden incarne alors le fameux ami lourdingue, le boulet de service, pas avantagé physiquement en plus selon les critères de notre société mais il est sincère, courageux et serviable. Ce personnage a beau avoir les critères du « lourd » mais ils ne gâchent pourtant ni la sympathie que nous avons assez rapidement pour ce personnage ni l’histoire en elle-même. Les acteurs secondaires sont également très bons. Pour ne citer que cette partie du casting, j’étais notamment contente de retrouver Dawn French dans le rôle de la mère de Phil ou encore Sarah Solemani s’en sort bien dans le rôle de la petite amie, elle n’a rien de la cruche de service.

Photo James Corden, Mathew Baynton

Flight of the Conchords

Créée par James Bobin, Jemaine Clement et Bret McKenzie.

Avec Jemaine Clement, Bret McKenzie, Rhys Darby, Kristen Schaal, Arj Baker…

Série comique américaine. 2 saisons. 2007-2009.

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Bret McKenzie et Jemaine Clement débarquent à New York dans l’espoir de se faire un nom dans le monde de la musique. Originaires de la Nouvelle Zélande, les deux hommes ont monté leur propre groupe. Jusqu’où vont-ils aller ? Surtout avec un agent qui cumule une double casquette de consul de la Nouvelle Zélande…

Flight of the Conchords : Photo Bret McKenzie, Jemaine Clement, Rhys Darby

Après avoir découvert l’excellent (et je ne le dirais jamais assez) Vampires en toute intimité, j’avais envie d’en savoir plus sur les réalisateurs et scénaristes dans l’espoir de découvrir d’autres pépites venues tout droit de Nouvelle-Zélande. Après avoir effectué quelques recherches (c’est là où je remercie solennellement mon ami Google), j’ai donc appris que le co-réalisateur de ce film, Jemaine Clement, est le créateur et co-acteur principal de la série Flight of the Conchords. L’autre co-réalisateur, Taika Waititi, a signé quelques épisodes. En général, c’est James Bobin (qui fait aussi partie des co-créateurs de la série) qui réalise les épisodes. La série s’est même permis d’inviter un grand réalisateur derrière la caméra (à l’épisode 5 de la deuxième saison) : Michel Gondry. Pas étonnant vu que son univers colle assez bien avec celui de la série ! Cette série n’a eu que deux saisons (composées d’une petite dizaine d’épisodes durant à chaque fois presque 30 minutes). Mais on ne peut pas la limiter à une série. En effet, il s’agit à l’origine d’un duo (formé donc par Clement et Bret McKenzie) de musiciens folk humoristiques. Ce duo a par ailleurs remporté un Grammy Awards. Petite précision : avant d’être une série télé diffusée sur HBO à partir de 2007, il s’agissait d’une série destinée à la radio, sur BBC Radio 2. Revenons à ce qui nous intéresse : sa version télé. La série permet alors d’exposer les chansons de ce groupe au cours des différents épisodes. Ainsi, les spectateurs suivent l’histoire des doubles fictionnels de Jemaine Clement et Bret McKenzie, qui sont présentés comme deux musiciens losers, venant tout droit de la Nouvelle-Zélande, tentant leur chance aux Etats-Unis. Et ils ne sont pas prêts à remporter du succès : leur manager Murray Hewitt ne leur propose que des plans foireux en jouant dans des endroits dont tout le monde se fout éperdument de la musique. Leur musique d’ailleurs (que ce soit au niveau du texte ou même de la mélodie), quand ils jouent dans ces fameux endroits, n’est pas toujours bonne inspirée : on comprend aisément leur échec. En réalité, le spectateur peut alors découvrir le talent de Flight of the Conchords à travers les nombreux délires (présentés comme un clip vidéo, ce qui marque l’idée d’une fiction dans la fiction), qui semblent intervenir en dehors de la réalité (même quand les personnages font quelque chose de concret dans le quotidien). La série exploite alors bien l’idée d’une mise en abyme avec les doubles fictionnels : les vraies séquences musicales seraient ce que le groupe (dans la série) ne pourrait pas jouer et interpréter dans leur réalité. Au-delà de l’exploitation d’une idée de fantasme et de rêve qui ne parvient pas réellement à se concrétiser, c’est surtout l’humour qui prime très rapidement.

Flight of the Conchords : Photo Bret McKenzie, Jemaine Clement

Cet humour, qui tend souvent vers l’absurde et le dixième degré, va probablement déstabiliser certains spectateurs, mais en ce qui me concerne, j’étais très souvent pliée en quatre ! On a droit à toutes sortes de parodies, qui tendent parfois même à l’hommage (la frontière est parfois assez floue, ce qui fait tout le charme de cette série). Ainsi, une rencontre avec une jolie fille (The Most Beautiful Girl (in the Room)) ou une simple rupture amoureuse peut vite prendre de drôles de proportions dans la surexagération des sentiments (I’m not crying est pour moi un des meilleurs moments télévisuels). Il faut d’ailleurs privilégier Flight of the Conchords en version originale rien que pour constater la qualité même des paroles. La série n’hésite également pas à parodier différents genres et courants musicaux, en mettant bien en avant certains clichés ou manies véhiculées notamment dans les clips. Il ne faut d’ailleurs pas s’étonner de voir ou d’entendre des ressemblances avec des mélodies ou des clips, cela est totalement volontaire. On s’éclatera alors à faire le lien avec tout ce qu’on connait : les Beatles, les Daft Punk, West Side Story, Gainsbourg, La Macarena, Billy Joel, Bonnie Tyler, Black Eyed Peas… L’hommage le plus marquant de la série selon moi est certainement celui consacré à David Bowie dans l’épisode 6 de la première saison, sobrement intitulé « Bowie ». Les clins d’oeil sont évidemment très pertinents. Au-delà du gros délire ambiant, ces parties musicales sont notamment le moyen de se moquer de la bêtise même de l’industrie musicale actuelle, qui met en avant un sexisme et une misogynie complètement tolérée dans le milieu, et même de s’interroger plus généralement sur le racisme et le sexisme notamment. Le racisme et le sexisme sont tout de même des sujets assez récurrents évoqués au cours des épisodes (même si d’autres sont traités), les deux membres du groupe étant eux-mêmes victimes de racisme même s’ils sont également racistes envers les Australiens. Il y a même un épisode, qui peut paraître (à l’image de toute la série) décalé mais qui reste pertinent, dans lequel les rôles hommes-femmes sont inversés.

Flight of the Conchords : Photo Bret McKenzie, Jemaine Clement

Flight of the Conchords est un excellent groupe de musique, en ce qui me concerne une très bonne surprise et découverte (oui, j’écoute régulièrement leurs albums grâce à mon ami Spotify). Les deux membres du groupe sont également de très bons comédiens, même s’ils jouent finalement leurs doubles. Ils incarnent tous les deux des personnages atypiques, décalés, hors de la réalité, losers et très attachants à la fois. Ils jouent aussi beaucoup avec leur physique, qui permet de rendre une séquence musicale encore plus décalée : Jemaine Clement est très grand, avec des lunettes et une grande bouche tandis que Bret McKenzie est assez petit et très mince. Pour la petite info (car je ne l’avais pas reconnu et je n’en ai pas encore parlé lors des présentations), McKenzie est Figwit dans Le Seigneur des Anneaux et l’Elfe Lindir dans Le Hobbit : Un voyage inattendu. Il a aussi été oscarisé pour avoir écrit et composé « Man or Muppet » pour le film Les Muppets, le retour (je compte bien parler de ce film sur ce blog). En tout cas, j’ai trouvé le duo très complémentaire. J’ai également beaucoup aimé Rhys Darby, qui interprète Murray Hewitt, leur manager incompétent qui a pour habitude de faire l’appel alors qu’ils ne sont que trois dans la pièce ! Tout en restant un rôle secondaire, ce personnage est de plus en plus développé, au point qu’il crée lui aussi des situations improbables et ridicules. Il y a même un épisode où il se met à chanter de l’opéra (enfin en réalité c’est Andrew Drost) qui interprète cette partie, mais ça reste très drôle !) dans un moment tout particulièrement grandiloquent ! Il est touchant parce qu’il croit totalement en sa mission, bien plus que le groupe en lui-même, au point de ne plus penser à son travail et à sa famille. Kristen Schaal (actuellement dans la série The Last Man on Earth) est également excellente dans le rôle de Mel, une groupie barrée et obsédée, limite psychopathe ! Elle m’a parfois rappelée Rose (Melanie Lynskey… décidément vive la Nouvelle-Zélande !) dans Mon Oncle Charlie ! Enfin, il y a également de super guests. Je pense notamment à Art Garfunkel (dans un épisode sur les sosies) ou encore John Turturro dans un clip hommage aux Seigneurs des Anneaux !

Flight of the Conchords : Photo Bret McKenzie, Jemaine Clement

 

American Horror Story : Hotel

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

Avec Lady Gaga, Kathy Bates, Evan Peters, Sarah Paulson, Denis O’Hare, Wes Bentley, Matt Bomer, Cheyenne Jackson, Chloë Sevigny, Angela Bassett, Mare Winningham, Finn Wittrock, Max Greenfield, John Carroll Lynch, Lili Rabe, Gabourey Sidibe, Anthony Ruivivar, Richard T. Jones, Naomi Campbell, Darren Criss, Mädchen Amick, Alexandra Daddario, Christine Estabrook…

Anthologie horrifique américaine. 5e saison. 2015-2016.

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A Los Angeles, la Comtesse Elizabeth dirige l’hôtel Cortez, un lieu dans lequel se déroulent des événements étranges. Rob Lowe, qui enquête sur une série de meurtres, atterrit à l’hôtel, rempli de personnages ambigus et de secrets terrifiants…

Photo Lady Gaga

La cinquième saison de la série d’anthologie American Horror Story s’intitule Hotel. Elle a été marquée par le départ (espérons provisoire !) de Jessica Lange et remplacée par la chanteuse Lady Gaga (qu’on voit décidément partout : aux Golden Globes en touchant Leonardo DiCaprio, au Superbowl avec sa reprise de l’hymne national américain, en David Bowie aux Grammy et bientôt aux Oscars : depuis le bide de son dernier album très étrange, pour ne pas dire inécoutable, on ne la jamais autant vue !). Certes, cette dernière est déjà apparue dans quelques films mais n’avait jamais tenu un tel rôle ! Nous reviendrons sur sa performance plus tard. En tout cas, comme pour les précédentes saisons, nous pouvons suivre sans souci les épisodes de Hotel même s’il y a plusieurs connexions avec les précédentes saisons (la première Murder House et la troisième Coven) à travers des flashbacks ou en faisant intervenir (ou plutôt revenir) certains personnages comme par exemple le docteur Charles Montgomery (Matt Ross), l’agent immobilier Marcy (Christine Estabrook) et la médium Billie Dean Howard (Sarah Paulson) de la première saison ou encore Queenie (Gabourey Sidibe) de la troisième saison. Si j’ai depuis rattrapé mon retard et ai enfin vu la première saison, au moment où j’ai vu Hotel, je n’avais pas encore regardé Murder House. Pourtant, je vous confirme qu’on peut suivre Hotel sans connaître ce qui s’est passé dans les précédentes saisons (même si ça doit être un petit plus quand on connait déjà certains personnages). Parlons alors de Hotel : je dois avouer que j’étais au début un peu sceptique. Pourtant, les épisodes dès le début sont plaisants et rythmés, en terme de divertissement je n’ai pas été déçue de ce côté-là. Cette saison est bourrée de références que ce soit à la première saison (l’hôtel semble avoir les mêmes fonctions que la maison de l’horreur) ou plus généralement à de grandes oeuvres littéraires et/ou cinématographiques. La référence la plus évidente est celle de Shining (notamment dans l’esthétique même de l’hôtel ou le parallèle entre Jack Torrance et John Lowe) ou encore à Gatsby le Magnifique. Cela dit, on n’a pas non plus l’impression de voir un copier-coller de ce qu’on a déjà vu. Cette saison trouve vite ses marques et plus généralement sa personnalité.

Photo Evan Peters

Pourtant je me suis demandée au début où ça voulait en venir. Je ne comprenais pas la direction prise par le scénario (il faut dire qu’il y a pas mal d’intrigues et de personnages en parallèle) ni le propos derrière. Je n’ai pas non plus tout de suite compris l’intérêt de certains personnages pour être honnête, notamment celui de Sally (Sarah Paulson). Après, de tête, vers la mi-saison, le scénario prend en quelque sorte une tournure qui relance le récit et qui a balayé tous les doutes que j’avais. Certes, je reste persuadée que certains rôles secondaires, notamment Will Drake (Cheyenne Jackson), Donovan (Matt Domer) ou encore Alex (Chloë Sevigny), ne sont pas totalement exploités. Cela dit, les scénaristes ont pour moi le don de rendre cette série toujours aussi addictive et inventive (déjà rien que l’épisode avec tous les tueurs à Halloween est juste… wow !). Pourtant, sur le papier, on a vu des tonnes de fois des histoires avec des vampires, des fantômes et des tueurs mais j’ai pourtant pris un réel plaisir à redécouvrir ici ces variations sur ces thèmes et personnages. Ce que j’avais peur au début de cette saison, c’est le lot conséquent d’intrigues et de personnages en peu d’épisodes (on en compte douze). Or, finalement, toutes les histoires se rejoignent de manière cohérente au bout d’un moment. De plus, la mise en scène est toujours aussi soignée, les décors très réussis, mêlant à la fois le glamour et le glauque, à l’image des personnages. En ayant conscience que cette saison a ses quelques défauts, et paradoxalement, même si certains personnages auraient mérité un meilleur traitement, pourtant l’écriture des personnages est un atout selon moi. Les scénaristes n’ont pas eu peur d’exploiter leur folie, leurs côtés les plus sombres mais aussi paradoxalement leur humanité. Je trouve que leur complexité ressort véritablement dans la deuxième partie de la saison, en particulier dans l’épisode final, pour moi une grande réussite émotionnelle permettant de boucler tout ce qui a été mis en place. Les personnages un peu trop délaissés finissent même par trouver leur place. De ce que j’ai vu (j’ai donc vu trois saisons sur cinq de la série, en sachant que j’ai aussi vu sans le vouloir le final de Coven), je trouve qu’il s’agit du final le plus réussi d’une saison de American Horror Story.

Photo Sarah Paulson

On attendait forcément au tournant Lady Gaga et même si Jessica Lange nous manque, la chanteuse, qui a remporté un Golden Globe pour son interprétation, s’en sort remarquablement bien (même si, pour être honnête, son prix me semble un peu exagéré, mais après il n’a pour moi rien de honteux). Certes, on pourra toujours dire que le rôle était vraiment fait pour elle ou même qu’elle fait du Lady Gaga dans un sens. Mais elle n’interprète pourtant pas un rôle un si facile que ça et ne se contente pas de jouer la femme glamour qui défile avec de somptueux et extravagants costumes. Après, peut-être que son interprétation est aidée par l’écriture même de son personnage. Ce que je peux dire, c’est qu’elle n’est pas la plus épatante du casting. Comme beaucoup d’internautes, j’ai été bluffée par la performance de Denis O’Hare alias l’attachante Liz Taylor. On aurait pu vite tomber dans la caricature mais au fil des épisodes, ce personnage prend de plus en plus d’épaisseur et au final on est content de le revoir à chaque épisode. C’est finalement un personnage positif (ce qui fait du bien vu la noirceur des personnages, que ce soit dans cette saison ou même les autres) qui va apporter une véritable émotion à cette série très sombre. Dans l’ensemble, le reste du casting est à la hauteur. Sarah Paulson incarne certes un personnage difficile à cerner au début de cette saison pourtant son interprétation est de nouveau très juste et elle aussi évite une caricature qui était pourtant possible. Là encore, même si son personnage aurait pu être plus développé, j’ai bien aimé l’interprétation de Chloë Sevigny. Je connais finalement mal cette actrice mais je ne l’aurais pas imaginée dans un rôle plus posé. On ne peut évidemment pas passer à côté de Evan Peters, loin de ses rôles d’ado (certes perturbé mais un ado ou jeune homme). Il incarne ici l’inquiétant serial killer James Patrick March. Il y a quelque chose de plus adulte dans ce rôle. Je sais que certains spectateurs ont eu du mal à voir l’acteur avec le costume d’époque, cette voix assez forcée, mais je trouve que son interprétation reste crédible. Angela Bassett joue encore les femmes fatales mais encore une fois, elle fait des merveilles. J’ai également pris beaucoup de plaisir à revoir Finn Wittrock (alias Dandy de Freak Show) dans un double-rôle (un mannequin écervelé et un acteur de l’époque) ainsi que Mare Winningham fantastique en maniaque du ménage : officiellement, ils font partie des rôles récurrents et non principaux. Pourtant, je pense qu’ils méritaient bien d’apparaître dans le générique d’ouverture avec tous leurs autres camarades ! Enfin, même s’il ne s’agit que d’un petit rôle, Lili Rabe en Aileen Wuornos est fantastique !

Photo Denis O'Hare

American Horror Story : Freak Show

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

avec Jessica Lange, Sarah Paulson, Evan Peters, Finn Wittrock, Kathy Bates, Michael Chiklis, Angela Bassett, Frances Conroy, Denis O’Hare, Emma Roberts, John Carroll Lynch, Grace Gummer, Wes Bentley, Danny Huston, Neil Patrick Harris, Skyler Samuels, Naomi Grossman, Patti LaBelle, Jyoti Amge, Erika Ervin, Mat Fraser, Ben Woolf, Gabourey Sidibe, Lee Tergesen, Matt Bomer, Lily Rabe,  Celia Weston, Mare Winningham, Jamie Brewer…

Anthologie horrifique américaine. 4e saison. 2014-2015.

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En 1952, dans la ville de Jupiter, en Floride, s’est installée une foire aux monstres, dirigée par Elsa Mars. Parallèlement, un serial killer clown menace la ville.

Photo Evan Peters, Kathy Bates

American Horror Story s’est intéressé à différents univers : la maison hantée (saison 1), l’hôpital psychiatrique (saison 2), les sorcières (saison 3) et plus récemment l’hôtel (saison 5). Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler de la quatrième, Freak Show, qui se déroule dans un cirque (avec des freaks donc) dans les années 1920. N’est-ce pas un peu étrange de commencer directement par la saison 4 de cette série ? Si ça l’est. Peut-être que j’ai pris le risque de passer à côté de certaines choses (heureusement qu’il y a cette chose magique nommé Internet) mais j’en suis arrivée directement là suite à certaines circonstances. En gros, sans trop le vouloir, en squattant chez ma frangine et son keum, j’ai découvert la fin de la saison 3 (retenez cette magnifique leçon de vie : ne vous la jouez pas à la Franck Dubosc). Bon, comme une conne, je connais du coup la fin de Coven, mais je me suis promis de la regarder en entier un de ces quatre. Du coup, voyant que j’étais mine de rien en train de kiffer la fin de la saison 3, on m’a proposé d’enchaîner directement avec cette fameuse saison 4 intitulée Freak Show. Même s’il y a quelques liens avec certaines saisons (je pense ici au personnage de Pepper dont on suivra le reste de ses aventures dans la deuxième saison), cela n’a pas été un handicap de n’avoir jamais vu les saisons précédentes étant donné qu’il s’agit d’une anthologie. L’avantage que j’ai peut-être par rapport à des fans de la première heure est que je ne peux pas comparer par rapport aux autres saisons, j’ai une sorte de regard neuf. Je ne sais pas du tout ce qu’ont pensé les fans de ce Freak Show, mais pour ma part, même si on pourrait effectivement faire quelques remarques, j’ai vraiment adoré cette saison ! La saison est composée de treize épisodes hyper riches dans lesquels les scénaristes ne perdent pas de temps : chaque épisode a son lot de rebondissement, on ne s’ennuie pas une seconde, il y a au début plusieurs intrigues (l’histoire des siamoises dont la mère vient d’être assassinée, celle avec le clown serial killer, celle avec Dandy et sa mère qui veulent acheter le cirque) qui finissent par se rejoindre avec celle du cirque, dirigée par la mystérieuse Elsa Mars.

Photo Erika Ervin, Mat Fraser

Le risque était évidemment qu’on se perde dans ces fameuses intrigues mais les scénaristes s’en sortent vraiment bien. Ainsi, on comprend bien tous les enjeux sans se mélanger. De plus, tous les personnages sont mis en avant même les plus secondaires. Le seul petit reproche que je pourrais faire est la sorte de projection faussement laborieuse sur les siamoises (on s’attend à une certaine fin par rapport à ces images et finalement je trouve ces séquences inutiles). En tout cas, je trouve que cette saison tient ses promesses en ce qui concerne l’horreur. Certes, les gens habitués à des images vraiment violentes, gores ou dans cette veine-là ne seront pas nécessairement choqués (en tout cas pas plus que ça) mais je trouve le résultat tout de même audacieux pour un objet télévisuel. Le dernier épisode essaie évidemment de donner à certains personnages une fin digne mais il est difficile de parler de happy end car les scénaristes n’ont pas fait de concession en ce qui concerne le sort des personnages. Puis, si l’opposition entre les « monstres » physiques et les monstres qui ont l’air « normaux » et « propres » n’est pas nécessairement originale, le discours sur la monstruosité fonctionne très bien. Cette saison défend bien toutes les minorités et les opprimés en mettant en scène des personnages « différents » (on pourra notamment remercier les producteurs d’avoir engagé certains acteurs qui sont comme leurs personnages). Certes, les personnages ne sont pas des saints, tous finalement deviennent des meurtriers pour des raisons différentes. C’est justement leurs pulsions meurtrières qui rendent ces freaks humains et qu’ils sont au même rang que les gens appartenant à ce qu’on pourrait appeler la « norme ». Je trouve même ce parti assez courageux. Au-delà du propos, la mise en scène est très soignée tout comme l’esthétique en général qui parvient à reconstituer l’ambiance dérangeante que peuvent avoir les cirques dans un certain imaginaire (cauchemardesque) collectif. Il y a même de chouettes séquences rendant hommage à l’expressionnisme allemand notamment.

Photo Sarah Paulson

Enfin, cette quatrième saison d’American Horror Story bénéficie d’un excellent casting. Jessica Lange, pilier de cette série depuis la première saison (hélas, elle n’est pas dans la cinquième et j’ai beau avoir pris la série en cours de route, elle nous manque beaucoup !), est époustouflante dans ce rôle de femme qui ne cherche que la gloire pour se faire aimer et mieux accepter ce qu’elle est vraiment. Elle arrive très bien à montrer son côté manipulateur, son égocentrisme et son envie de starification tout en restant fragile, ce qui rend son personnage plus attachant. De plus, il est intéressant de la présenter comme une sorte de personnage avant-gardiste (tout en restant mal aimé) à travers les références à David Bowie. J’ai également beaucoup aimé l’interprétation du petit nouveau de la bande, Finn Wittrock. Son rôle était pourtant casse-gueule quand on y pense, c’est-à-dire qu’il aurait pu très vite tomber dans la caricature. Or, il trouve pour moi le ton parfait, c’est-à-dire qu’il parvient à incarner littéralement le monstrueux fils à maman en restant charismatique. Ce personnage est très intéressant dans le sens où on voit sa monstruosité prendre de plus en plus de place et l’interprétation suit cette intéressante évolution. Sarah Paulson m’a également épatée dans le rôle des siamoises, parvenant à donner une personnalité à chacune (même s’il y a évidemment des petits accessoires qui contribuent aussi à cet aspect mais l’actrice fait un formidable travail qui méritait d’être soulignée). Je ne vais pas non plus trop m’attarder sur les acteurs (que ce soit les principaux ou les guests) car ils sont tous bons pour être honnête (même si je trouve Emma Roberts un peu en dessous même si elle s’en sort tout de même pas trop mal non plus) mais je tenais vraiment à souligner mes petits coups de coeur. En tout cas, sachez que cette saison m’a tellement plu que je suis déjà en train de découvrir Hotel, la dernière saison !

Photo Finn Wittrock

Au service de la France (saison 1)

Créée par Jean-François Halin, Jean-André Yerles, Claire Lemaréchal

avec Hugo Becker, Wilfred Benaiche, Christophe Kourotchkine, Karim Barras, Bruno Paviot, Jean-Edouard Bodziak, Mathilde Warnier, Joséphine de la Baume, Marie-Julie Baup, Antoine Gouy…

Série comique française. 1ere saison. 2015.

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Début des années 1960. Les services secrets français recrutent le jeune André Merleaux , de retour d’Algérie. André se forme auprès de vrais espions davantage préoccupés par leurs notes de frais que par leur mission. La route est longue pour devenir un espion digne de 007 dans un service labyrinthique, kafkaïen et absolument certain de la suprématie française sur le monde.

Photo Hugo Becker

Arte a diffusé en fin octobre jusqu’à mi-novembre dernier la première saison de Au service de la France. Cette série a été créée par Jean-François Halin, scénariste des OSS 117 (de Michel Hazanavicius) et tous les épisodes ont été réalisés par Alexandre Courtes, connu pour avoir réalisé de nombreux clips vidéos et a également tourné plusieurs segments des Infidèles. Cette première saison comporte douze épisodes, chacun durant à peine une vingtaine de minutes, à l’image d’une sitcom (même si, malgré le format et l’humour, on ne pourrait pas dire qu’il s’agit d’une sitcom). Je dois avouer que l’accueil assez froid des spectateurs m’a assez surprise même si la série a ses défauts. En effet, j’ai lu des commentaires très négatifs, notamment sur Allocine, et les audiences ont vraiment pris un sacré coup en peu de temps : la première semaine, la série avait réuni plus d’un million de spectateurs et dès la deuxième semaine il n’en restait que la moitié ! Par ailleurs, je ne suis pas sûre qu’il y ait une seconde saison prévue, même si personnellement j’aimerais vraiment connaître la suite de l’histoire, surtout après avoir regardé le tout dernier épisode, rempli de suspense ! Dans l’ensemble, je reconnais les imperfections de cette série : je ne me suis pas ennuyée car les épisodes sont courts et sont tout de même très divertissants (en tout cas, de ce côté-là j’étais été satisfaite) mais effectivement la série rencontre quelques petits problèmes de rythme et la caricature, pourtant drôle (j’y reviendrai), prend un peu trop le dessus sur l’épaisseur des personnages et efface parfois le contexte historique (la guerre d’Algérie) pourtant très important pour comprendre l’attitude même des personnages. Seuls les derniers épisodes, plus dramatiques, posent réellement des questions sur le passé difficile de la France. Ceci dit, le regard porté sur les années 1960 est très pertinent et quelque part, c’est grâce à cette caricature.

Photo Hugo Becker, Mathilde Warnier

En effet, on a toujours une image très positive de cette époque-là (vous savez, le fameux « c’était mieux avant ! ») alors que la série rappelle justement que ce n’était aussi merveilleux : les femmes n’avaient pas encore beaucoup de liberté, on était un peu trop nationaliste quitte à être raciste, l’Algérie était française et il était – évidemment – hors de question qu’elle puisse devenir indépendante tout comme les autres colonies françaises. Certains affichaient même encore leur soutien au régime de Vichy ! C’est ce décalage avec notre actualité très différente de ce qu’on pouvait imaginer à l’époque qui est drôle. Par ailleurs, même s’il y a eu une évolution politiquement et socialement, les années 1960 partagent un énorme point commun avec notre époque : l’administration bien sûr ! C’est pour moi le point le plus réussi de cette série. En fait, et c’est ce qui justifierait les quelques moments flous autour du contexte historique (même si encore une fois, cela aurait mérité d’être renforcé), on est très loin de l’idée de l’agent secret qui agit et tue l’ennemi : les agents secrets sont ici plus des personnes qui signent des papiers, veulent finir bien à l’heure, ne pas répondre au téléphone parce que sinon on travaille encore et le travail c’est pénible, ou encore on fait grève pour pour des revendications minimes ! Certes, la critique de l’administration n’est pas nouvelle mais elle reste tout de même percutante dans le sens où elle souligne bien toute la bêtise et surtout son absurdité. Cette absurdité fonctionne également grâce à des répliques savoureuses, certaines sont même assez marquantes ! Il y a même un côté mécanique dans ces répliques (en tout cas dans la manière de les envoyer) qui contribue à cette absurdité et du coup (en tout cas, en ce qui me concerne) les vannes marchent.

Photo Bruno Paviot, Jean-Édouard Bodziak, Josephine de la Baume, Karim Barras

Sinon, je pense que j’ai réussi à accrocher à cette série grâce à la reconstitution de l’époque. Certes, là encore, certains traits peuvent paraître grossis mais dans l’ensemble je trouve qu’on arrive tout de même bien à se plonger dans cette époque, que ce soit grâce aux costumes ou décors mais aussi grâce à la manière même dont les personnages s’expriment ! Je ne sais pas si je suis claire mais je vais essayer de l’être : dans certains films ou séries d’époque, il y a beau y avoir des tas de beaux décors etc…, parfois je trouve la diction des acteurs trop contemporaine. Certes, je n’ai évidemment jamais vécu dans les années 1960 mais en regardant des films de cette époque-là, les acteurs avaient une diction assez particulière, identifiable à cette période. Je trouve que tous les acteurs bons, en tout cas le casting m’a semblé cohérent. Certains ont reproché à Hugo Becker (alias André Merleaux) d’être trop lisse. C’est vrai qu’il a quelque chose de lisse, notamment physiquement, mais c’est un choix assez logique par rapport à ce qu’il incarne – c’est-à-dire un jeune premier qui pourrait être le gendre idéal, qui ne connait pas encore grand-chose de la vie (un peu vieux jeu) et qui va commencer à se détacher de toutes les idées que la société de l’époque lui a mises en tête. Pour moi, le côté lisse n’est finalement qu’une apparence et est largement compensé par l’interprétation de Becker qui trouve véritablement le bon ton pour aborder son personnage. Je ne vais pas forcément m’attarder sur tout le casting car ça serait inutilement long, je voulais juste revenir sur le trio formé par Karim Barras, Jean-Edouard Bodziak et Bruno Paviot, incarnant les agents qui forment Merleaux : ils sont vraiment hilarants en agents abrutis qui racontent d’énormes âneries. Pour conclure, Au service de la France n’est peut-être pas parfaite mais je l’ai tout de même divertissante malgré ses problèmes de rythme, drôle, même osée mine de rien et bien interprétée. Je ne sais pas si ça se fera mais elle mérite pour moi une deuxième saison !

Photo Bruno Paviot, Jean-Édouard Bodziak, Karim Barras