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Je dois vous dire un truc…

Les fidèles lecteurs et lectrices l’auront peut-être constaté : je suis moins présente sur le blog depuis quelques mois. Tout d’abord, je blogue moins par manque de temps. Quand j’ai commencé à bloguer, j’étais une adolescente puis une jeune étudiante insouciante ayant du temps devant moi. Désormais, je suis enfin une adulte (et je le vis bien !), qui travaille et qui a une vie privée bien remplie. On ne peut pas être partout à la fois.

De plus, quelque chose qui me tracasse depuis des mois et des mois : je ne parviens plus à parler de cinéma comme je le fais depuis tant d’années.Le plaisir d’écrire sur des films s’est perdu : je le ressens et je me dis quelque part que des lecteurs doivent aussi le ressentir. J’aime pourtant toujours autant le cinéma, ma passion est toujours intacte mais en terme de contenu, je suis arrivée selon moi au bout d’une expérience.On pourra toujours me dire de créer d’autres types de contenu toujours en rapport avec le cinéma. J’y ai pensé, j’ai parfois essayé mais l’envie n’y était pas. Est-ce l’exercice d’écrire sur un thème unique qui me fatigue ? Mon sentiment de manque de légitimité qui ne parvient pas à disparaître au fil du temps ? Etre fatiguée par la blogosphère cinéphile ? La curiosité de m’ouvrir sur d’autres sujets et exercices ? Il s’agit certainement d’un tout.

De plus, écrire sur des films m’empêche d’écrire sur d’autres thèmes. J’ai pensé à créer un autre blog parallèlement à celui-là. Et puis finalement, on revient toujours au manque de temps : je ne peux pas être à deux endroits en même temps. Je préfère avoir un endroit où je fais les choses avec passion qu’être sur deux fronts et bâcler tout ce que je fais juste par manque d’énergie.

J’aime créer, imaginer, ressentir, parler de sujets qui me tiennent à coeur, et ça va au-delà du cinéma que je chéris tant et qui ne me quittera jamais. Mes tentatives d’écriture allant vers d’autres horizons restent dans des tiroirs : oui, ça devient frustrant. Je ne sais pas si j’écris bien, si je raconte de la merde ou non, mais j’ai de plus en plus envie d’expérimenter d’autres choses sur mon blog. Je me suis toujours promis qu’à partir de 25 ans, je devrais aller de l’avant dans mes projets d’écriture et de création. Et j’ai enfin 25 ans. Je le vis bien, je me sens mature comme jamais. Et peut-être que ce blog où je parlais de films refermait toutes mes frustrations, mon immaturité et mon manque de confiance en moi. Attention, cela ne veut pas dire que je ne parlerai plus jamais de cinéma. J’en parlerai toujours, peu importe l’outil (blog, réseaux sociaux et évidemment dans la vraie vie !). Je parlerai de cinéma sur ce blog. Mais je ne parviens plus à me restreindre qu’à ça. Je ne me revendiquerai pas comme une blogueuse cinéphile, même si je me sens toujours cinéphile. Et dire que je pensais que je ratais ma vie parce que je ne m’étais pas suffisamment consacrée au cinéma durant mes études. Je suis heureuse de m’être réveillée.

Je ne savais pas trop comment m’y prendre. Finalement, j’ai décidé d’aller vers de nouvelles aventures d’écriture… en préservant ce blog. C’est tout simplement plus pratique pour des tas de raisons (pseudo, domaine, contacts, outil que je maîtrise déjà). Je compte travailler le format tout l’été. Petit à petit, le blog va se transformer visuellement pour faire place à ce nouveau départ. Je réfléchis aussi au sort des précédents articles : cela me ferait de la peine de les virer, mais je vais tenter de trouver un système pour les réunir tous ensemble sans qu’ils gênent trop mon nouveau projet en septembre. Le but est d’avoir une sensation de nouveau départ en allant sur mon blog après ces vacances d’été.

Je tenais avant tout à remercier toutes les personnes qui me suivent et échangent avec respect et bienveillance. Je vous suivrai toujours sur vos blogs quoiqu’il arrive. Et je peux tout à fait comprendre que le virage que va prendre ce blog va en dérouter. Certain(e)s ne me suivront pas et je ne peux que le comprendre.

Bref, je suis de retour à la rentrée prochaine !

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[Je lis, je regarde] Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Cela fait un moment que j’ai envie de lancer cette nouvelle catégorie (même si j’en ai déjà d’autres à réellement mettre en place) : « Je lis, je regarde ». Il s’agit tout bêtement d’un exercice comparatif entre une oeuvre littéraire et son adaptation cinématographique. Cela dit, il y a évidemment le souhait d’aller d’élargir la catégorie mais je préfère pour l’instant commencer doucement mais sûrement. Enfin, façon de parler car je ne me limite pas aujourd’hui à une adaptation mais deux !

Je m’attaque aujourd’hui à Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes, roman de Stieg Larson adapté à deux reprises :

  • par  Niels Arden Oplev avec Noomi Rapace et Michael Nyqvist (2009)
  • par David Fincher avec Rooney Mara et Daniel Craig (2011).

 

Je connais assez mal la littérature scandinave et je ne lis pas tant que ça de polars / thrillers en général. J’ai pourtant pris un énorme plaisir à lire le roman de Stieg Larson. J’ai littéralement dévoré les 570 pages (et des poussières) en très peu de temps, même face à mon manque de temps et de sommeil. A travers une enquête sur la disparition mystérieuse d’une adolescente dans les années 60, Stieg Larson évoque de sujets peu glorieux sur la société suédoise, traumatisée par son passé avec les nazis, et toujours violente envers les femmes. Par ailleurs, chaque partie s’ouvre sur des statistiques effrayantes sur la violence que subissent les Suédoises. 

Une sorte de montage (tous deux bien repris dans les films) se met en place, par l’alternance entre l’histoire de Mikael Blomkvist, journaliste économique dans la merde jusqu’au cou (il a pris une grosse amende et doit même purger quelques mois en prison pour diffamation – son ennemi lui a alors tendu un terrible piège) et celle de Lisbeth Salander, sombre hackeuse souffrant officiellement de problèmes mentaux (et doit donc encore subir des tuteurs). La palpitante enquête est évidemment ce qui nous incite à tourner les pages de ce roman. Mais savoir que la future rencontre entre Blomkvist et Salander va avoir lieu au bout d’un moment est certainement aussi ce qui explique pourquoi la lecture est si addictive. Et évidemment, cette rencontre s’avère explosive : chacun va alors apprendre à s’apprivoiser et surtout leurs personnalités, pourtant si opposées, vont se compléter.

Millénium, le film : Photo Michael Nyqvist, Niels Arden Oplev, Noomi Rapace

Dans l’ensemble, ces deux versions sont plutôt fidèles au texte de Larson, même si, dans les détails (si on veut s’amuser à fouiner et titiller), le film de Fincher l’est étonnamment plus que celui de Niels Arden Oplev. Il faut dire que la version américaine a le mérite de proposer réellement une nouvelle perception du bouquin et non un remake du film suédois, comme cela peut hélas arriver dans le cinéma américain, qui aime bien s’emparer de succès européens. Pourtant, les choix de mise en scène et esthétiques prennent des chemins différents. Le long-métrage suédois, à la mise en scène assez classique, ne poussant pas non plus son esthétisme (le résultat n’est pas non plus décevant, mais il est plus « simple » et – à côté de la version américaine – semble plus « lumineux ») semble axer davantage le récit vers l’enquête autour de la disparition d’Harriet. Beaucoup ont taxé cette première version de « téléfilm ». Le mot est peut-être un peu fort mais certainement pas totalement choisi par hasard : il existe aussi la série (avec le même casting) Millenium comportant six épisodes. Le film de Fincher affiche clairement une mise en scène plus ambitieuse, une photographie soigneusement froide et des décors plus rectilignes. L’affiche et même le générique (un des meilleurs que j’ai vus) du film américain annonce cette couleur glaciale, tout comme elles offrent un autre point, moins présent dans la version suédoise : l’importance de la technologie.

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes : Photo Daniel Craig, Rooney Mara

Qui dit personnages forts dit choix de casting crucial. Commençons d’abord par Lisbeth Salander, interprétée par Noomi Rapace (Seven Sisters) et Rooney Mara (Song to Song). Il est difficile de départager les deux interprétations, même si j’admets avoir une petite préférence pour celle de Rapace (mais je pense aussi que je préfère globalement cette actrice). Chacune semble en fait prendre différentes facettes de la Lisbeth du roman : les deux interprétations, tout comme la manière d’aborder ce personnage, sont alors complémentaires. La Lisbeth de Mara m’a semblé plus fragile, plus déconnectée de la réalité et plus jeune (on nous dit dans le roman qu’elle ressemble littéralement à une gosse). La fin du film de Fincher, inexistante dans la version suédoise (cette fin est justement plus solaire, il n’y a qu’à voir le tout dernier plan, alors que le dernier plan dans le long-métrage de Fincher se déroule la nuit, avec un geste de désespoir), insiste encore plus sur cette fragilité chez ce personnage qui sait pourtant répliquer face à la violence inouïe des hommes. Le personnage proposé par Rapace semble plus violent, plus adulte même dans son approche physique et comportementale. C’est toujours difficile de décrire le ressenti que peut provoquer un personnage par son apparence, nous sommes clairement dans une phase de jugement. Mais je dirais que dans son look, la Lisbeth de Rapace semble moins dangereuse que celle de Mara. Pourtant, justement, concernant la dangerosité et la violence enfouie en elle, c’est pour moi bien Rapace qui remporte la mise.

Millénium, le film : Photo Niels Arden Oplev, Noomi Rapace

Mon avis est plus tranché concernant le personnage de Mikael Blomkvist. Je préfère largement Michael Nyqvist (décédé en juin 2017) qui correspond largement plus à la description qu’en a fait Stieg Larson dans son texte. Et je le préférais même avant de lire le bouquin, qui n’a fait que confirmer certains de mes doutes. Mikael Blomkvist est un excellent journaliste qui n’a rien d’une bombe mais qui est pourtant charismatique sur tous les points. J’ai alors un mal fou avec Daniel Craig dans le même rôle chez Fincher : je ne sais pas si c’est parce que j’ai une certaine image de l’acteur britannique en tête (est-il même trop connu pour interpréter le rôle ? est-ce que je l’associe trop à son James Bond ?) mais j’ai vraiment du mal à concevoir qu’il puisse jouer un journaliste économique brillant mais lambda. Les lunettes et les pulls moches ne le rendent pas pour moi plus « banal ». Surtout, je ne trouve pas qu’il dégage ce charisme (je ne dis pas qu’il n’en a pas dans d’autres films mais pas dans celui-là pour moi).

J’ai revu les deux films (que j’avais déjà visionnés au cours de leur année de sortie) après avoir enfin découvert récemment le roman de Stieg Larson. Je pensais avoir une préférence pour l’un en particulier, mais finalement, il est pour moi difficile de trancher étant donné que ces deux films sont complémentaires si l’on s’en tient à la question de l’adaptation. Cet exercice de comparaison entre deux oeuvres cinématographiques, toutes les deux tirées d’une même source littéraire, est particulièrement enrichissant. Il prouve bien que la fidélité reste relative, où chaque réalisateur et scénariste a sa propre vision d’une même histoire.

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes : Photo Rooney Mara

[+interview] La Fille aux deux visages

réalisé par Romain Serir

avec Timothy Cordukes, Estelle Halimi, Andréa-Laure Finot…

Drame, épouvante-horreur français. 1h15. 2016.

sortie française : 4 avril 2018

Clarisse rencontre Marc, un jeune chirurgien, avec qui elle passe la nuit dans son hôtel particulier. Au matin, la jeune femme se rend compte qu’elle a été dupée : après l’avoir enfermée dans une chambre de la maison, Marc va l’obliger à endosser le rôle de sa défunte épouse, jusqu’à lui donner son visage. Peu à peu, Clarisse va devenir Hélène… Mais peut-on effacer son identité pour celle d’une autre ?

La Fille aux deux visages a parcouru un long chemin avant d’atterrir dans les salles début avril prochain (hélas, de manière confidentielle, mais c’est tellement mieux que rien du tout). Passé par la plateforme participative Ulule pour se faire co-financer, le long-métrage a été projeté dans une dizaine de festivals ces deux dernières années. Comme l’indique son titre, il s’agit d’un hommage évident aux Yeux sans visage de Franju (l’utilisation du noir et blanc confirme cette grosse référence en question). Mais d’autres forts clins d’oeil au cinéma ou même à la littérature sont également au coeur de cette oeuvre : De Palma, Polanski, Frankenstein, Satoishi Kon pour ne citer qu’eux… Le choix d’assumer ouvertement de telles références est toujours très risqué car le film peut très vite tomber dans le catalogue du fan service : il y a également toujours la crainte de voir un réalisateur surexposer ses goûts. Le réalisateur Romain Serir, qui signe ici son premier long-métrage, est un passionné de cinéma et cela se ressent dans cette oeuvre peut-être imparfaite mais indéniablement généreuse et surtout bien foutue. Certes, la frontière avec les risques exposés n’est pas parfois pas loin mais  je crois que Serir évite globalement ce que je pouvais redouter principalement pour deux raisons : la modestie et la sincérité. Il sait très bien qu’il n’est pas Franju ou quoi que ce soit, il ne le prétend pas l’être. Il fait finalement son truc à sa sauce, sans prétention, en suivant toujours ses propres idées. Ambitieux, le film l’est sans cesse et pas uniquement parce qu’il se nourrit de ces références plutôt judicieusement. Le noir et blanc, rappelant ici autant le film de Franju que l’expressionnisme allemand, renforce alors la peur permanente tout comme il apporte un certain onirisme (on ne sait plus totalement si nous sommes toujours dans la réalité ou non). Le changement de format est également intéressant pour plusieurs raisons. En effet, le film débute et se termine sur du 1.85 (on en retrouve aussi dans certains flashbacks). Puis, c’est le format 1.33 qui prend le dessus, insistant encore plus ce sentiment d’enfermement (déjà que le film est pratiquement un huis-clos). Ce changement de format est alors cohérent avec la modification de la personnalité féminine, parfois également hachée par un split-screen et par l’alternance du temps. Associée à la notion du « double », l’aliénation de la femme est certainement un des thèmes centraux de ce film, plutôt bien traitée par une mise en scène précise et des choix esthétiques qui ne servent pas uniquement à faire joli comme on aurait pu le craindre. Les thèmes ne sont évidemment pas nouveaux, mais la variante personnelle proposée par le jeune réalisateur n’en reste pas moins intéressante. La fille aux deux visages est alors un film sans cesse sous tension captivant et rythmé : il faut dire que le film ne dépasse pas les 75 mn. Romain Serir a d’abord signé des courts-métrages et des publicités, l’habitude de manier et de maîtriser un format court se ressent. Dans un sens, c’est plutôt une bonne chose car le film va droit au but. Cela dit, cela peut aussi créer une petite frustration dans le sens où certains personnages (plutôt bien interprétés) auraient pu être plus approfondis. Mais dans l’ensemble, La fille aux deux visages s’en tire plus que bien sur tous les points. On attend désormais Romain Serir sur son second long-métrage, en espérant qu’il fasse plus de bruit.

Interview – Romain Serir

Je remercie très sincèrement Marteau Films qui m’a fait découvrir ce premier long-métrage prometteur et qui m’a permis de décrocher cette première interview sur ce blog. Et ça fait du bien d’avoir cette opportunité, vous ne l’imaginez même pas. Surtout en interrogeant un réalisateur dont on a apprécié le travail. Ce réalisateur s’appelle Romain Serir. Il signe ici un son premier long-métrage. Mais il n’a pas chômé avant cette Fille aux deux visages. Il a commencé comme monteur et réalisateurs de pub. Puis, il a également signé quatre courts-métrages : One Man Show, Ellvis, Lupin 2.0. et La Traversée. Enfin, il est également le créateur de Ciné Fuzz.

Tout d’abord, un grand bravo pour votre film, une belle réussite. J’ai été frappée par le challenge technique et esthétique. Est-ce le défi esthétique qui vous a poussé à réaliser ce film en particulier ou est-ce que l’idée esthétique est arrivée après l’écriture même du film ? 

Alors tout d’abord, merci. L’esthétique du film a un peu été imaginé en même temps que l’écriture. Le défi c’était de trouver une façon crédible de raconter une histoire avec un petit budget, donc très vite durant l’écriture je ne pouvais pas m’empêcher de chercher des angles et un point de vue esthétique assez « visible » pour justement faire que mon histoire tienne sur ces deux jambes. Le noir et blanc permettait aussi de renvoyer le film à mes références, un cinéma français un peu à l’ancienne. Et puis ça permettait de rester un peu ambiguë par rapport aux scènes plus « violentes » qui n’avaient vraiment pas la même impression une fois passée de la couleur au noir et blanc.

Le double et la figure féminine victime de violences des hommes sont deux thèmes liés. Cela vous a paru évident d’établir cette connexion et d’évoquer ces thèmes ?

En fait le double est un thème que je visite beaucoup mais pas forcément que à travers une figure féminine. Ici c’est le cas effectivement, et l’idée du double marque peut-être plus dans ce cas précis. Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de films qui mettent en avant des personnages féminins en proie à une sorte de monstre humain comme dans mon film. Le double sert autant dans ce cas à marquer une fracture identitaire qu’à montrer la tentative de contrôle absolu du personnage masculin principal. D’abord il veut la changer physiquement puis mentalement. Il y a en gros celle qu’il voudrait qu’elle soit, et celle qu’elle est réellement. Et c’est quelque chose qu’on peut retrouver dans certaine relation amoureuse toxique je pense, que ça soit pour un homme ou pour une femme.

Votre travail est très ambitieux, surtout pour un premier long-métrage. Et j’imagine que c’est naturel pour un cinéaste – et un artiste en général – de s’inspirer de ce qu’on a vu, de ce qu’on admire, pour nourrir son propre travail. Comment avez-vous fait pour vous inspirer de grandes figures du cinéma et même littéraires tout en proposant votre propre univers ? Est-ce effrayant de puiser dans ces grandes références ?

Je savais qu’en partant dans un synopsis comme celui-ci, j’allais me confronter un peu à mes artistes de référence. Mais je pense, surtout pour un premier long, que c’était en quelque sorte vital pour m’en affranchir. Je me voyais mal chercher à contourner mes inspirations, au contraire même je voulais que mon film s’inscrive dans leurs sillages. Il y avait aussi un jeu amusant et effrayant à faire avec cela. Notamment quand on reprend une scène comme celle de l’opération qui rend hommage à celle du film de Franju, Les Yeux sans visages. Je ne pouvais pas refaire la même scène donc je m’imposais de trouver un autre angle qui du coup m’était plus donné par l’histoire de mon film propre.

Votre film mélange les genres : l’horreur, le thriller, le film noir… Il y a en ce moment toute une interrogation sur le cinéma français de genre, un peu moins mis dans l’ombre qu’auparavant. Pensez-vous qu’il y a un véritablement changement de ce côté-là, que ce soit côté visibilité du public ? Du côté des professionnels ?  

Peut-être. Il y a clairement une envie de la part des scénaristes, réalisateurs et producteurs de faire du cinéma de genre en France. Plus qu’avant c’est certain. Grave est un bon point de départ qu’on me cite souvent quand je propose un projet depuis quelques temps. Donc il y a quelque chose qui bouge. Je pense par contre que ça peut vite retomber. Il suffit d’un échec, d’une polémique, pour que cela redevienne très difficile. Je crois qu’en France ça marche vraiment par vague. Et puis le cinéma de genre français est surtout vu dans sa globalité à l’étranger. On a pas encore trouvé le moyen de produire des films fantastiques ou d’horreur avec de très gros moyens et pourtant c’est le genre qui en a le plus besoin.

Quels sont vos prochains projets ? D’après ce que j’ai compris, vous allez continuer à vous attaquer à du cinéma de genre. 

Oui je crois sans aucun doute que le cinéma de genre est le type de cinéma que j’ai envie d’explorer pendant encore un long moment. Il y a de quoi faire et beaucoup d’histoires à raconter, surtout en France. Là je suis surtout en train d’écrire différents projets encore au stade de pré-production, mais plus du tout dans la même économie au niveau budget. Donc hélas, ça prend beaucoup plus de temps.

Bilan 2017

C’est déjà l’heure du bilan de l’année !!!

The Square : Photo Dominic West, Terry Notary

J’en profite alors pour remercier très sincèrement chaque personne qui est passée sur mon blog, que ce soit régulièrement ou très occasionnellement, qu’elle se manifeste dans les commentaires ici, sur les réseaux sociaux ou au contraire préfère rester discrète.

Merci aussi aux belles rencontres que j’ai pu faire cette année, que ce soit virtuellement ou celles qui ont pu se concrétiser dans la vraie vie. J’espère que toutes ces bonnes choses positives vont continuer en 2018. Je continuerai également à publier de temps en temps des chroniques sur CineSeriesMag qui m’a très bien accueillie en juillet dernier.

Nous continuerons à se retrouver régulièrement sur ce blog l’an prochain. Bref, vous retrouverez comme d’habitude des critiques de films sortis en 2018 ainsi que les chroniques du Movie Challenge 2018 (les nouvelles arrivent bientôt). Je m’engage aussi à écrire une fois par mois un billet qui diffère des critiques. J’avais même pensé à publier mes nouvelles ou des billets humeur une fois par mois mais j’avoue avoir encore peur de ce petit changement.

120 battements par minute : Photo Nahuel Perez Biscayart

Passons maintenant aux choses sérieuses : le top 10 de l’année !

Je ne vais pas vous mentir, certains m’ont fait la remarque (et ils ont raison) : pour moi, 2017 n’a pas été une très bonne année cinéma. Je sais que certains affirmeront le contraire. Je pensais que j’étais devenue aigrie puis en revoyant mes anciens top des années précédentes, je m’aperçois que les films sortis cette année m’ont moins marquée, m’ont moins embarquée. Faire un top 10 a même été plutôt simple à faire pour une fois. Cela dit, je suis très fière de mettre en avant ces 10 films ci-dessous qui ont tous su provoquer quelque chose durant les différentes séances, parfois une émotion indescriptible.

Evidemment, il faut toujours prendre mes tops avec des pincettes : je n’ai vu que « 70 » films sortis en 2017. Je sais que certains parviennent à en voir 100 (et encore, ce n’est pas assez pour eux !) voire même 200 films de l’année. Je n’ai pas de super abonnement Gaumont/Pathé (et je ne souhaite pas l’avoir après une mûre réflexion car le cinéma n’est pas pour moi un art qui mérite d’être surconsommé), je n’ai pas non plus l’argent ni le temps (j’adore le cinéma, j’aime mon blog, mais profiter des gens que j’aime, prendre mon avenir en main, prendre aussi le temps d’écrire aussi mon roman, prendre l’air ailleurs que dans une salle sont aussi des choses importantes à mes yeux). Je suis dans mes chiffres habituels (peut-être un poil moins cette année) depuis 2009 où j’en vois en général entre 70 et 80. Selon moi, j’ai raté peu de films qui auraient éventuellement pu modifier un de mes classements (je pense là de tête à Blade Runner 2049, Mise à mort du cerf sacré et Faute d’amour). Il me semble que j’ai pu voir le bon échantillon de films que je devais voir pour me faire mon idée du cinéma en 2017. Et c’est déjà bien (même si pour d’autres non, ça ne sera jamais assez) car malheureusement pas tout le monde n’a cette possibilité de regarder ces fameux 70 petits films. 

 

♥Top 10♥

  1. The Square de Ruben Östlund
  2. 120 battements par minute de Robin Campillo
  3. The Lost City of Z de James Gray
  4. Que Dios Nos Perdone de Rodrigo Sorogoyen
  5. Nocturnal Animals de Tom Ford
  6. Good Time des frères Safdie
  7. Au revoir là-haut d’Albert Dupontel
  8. Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona
  9. It Comes At Night de Trey Edward Shults
  10. Dunkerque de Christopher Nolan

The Lost City of Z : Photo Charlie Hunnam, Tom Holland

Les années précédentes, j’avais pour habitude d’établir un flop 10 où je présentais les daubes les plus improbables vues au cours de l’année. Cette année, j’aurais volontiers mis : Gangsterdam / Si j’étais un homme, Le Manoir, A bras ouverts, Cinquante nuances plus sombres, Raid Dingue, Spider-Man : Homecoming ou encore Everything, Everything. (allez je dépose rapido ce mini flop non classé improvisé).

Mais étant donné que je garde un goût amer de 2017 (je parle toujours de cinéma), quitte à prendre le risque de me faire taper pour la nouvelle année, je préfère exposer 10 films bien réputés, que vous retrouverez certainement dans le top de mes camarades, que je n’ai pas forcément appréciés. Dans cette sélection, on va des films que j’ai profondément haï à des films que j’ai jugés « moyen » alors que la majorité a adoré. Point de provocation là-dedans, juste un moyen d’exposer mes trop nombreux désaccords qui ont aussi marqué mon année cinéma !

10 déceptions♦

  1. L’Amant double de François Ozon
  2. Song to Song de Terrence Malick
  3. Mother! de Darren Aronofsky
  4. Jackie de Pablo Larrain
  5. Loving de Jeff Nichols
  6. A Beautiful Day de Lynne Ramsay
  7. Grave de Julia Ducournau
  8. La La Land de Damien Chazelle
  9. Moonlight de Barry Jenkins
  10. Baby Driver d’Edgar Wright

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Roberto Álamo

N’hésitez pas à exposer vos propres top / flop / déceptions et on se dit donc à l’année prochaine !