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Je dois vous dire un truc…

Les fidèles lecteurs et lectrices l’auront peut-être constaté : je suis moins présente sur le blog depuis quelques mois. Tout d’abord, je blogue moins par manque de temps. Quand j’ai commencé à bloguer, j’étais une adolescente puis une jeune étudiante insouciante ayant du temps devant moi. Désormais, je suis enfin une adulte (et je le vis bien !), qui travaille et qui a une vie privée bien remplie. On ne peut pas être partout à la fois.

De plus, quelque chose qui me tracasse depuis des mois et des mois : je ne parviens plus à parler de cinéma comme je le fais depuis tant d’années.Le plaisir d’écrire sur des films s’est perdu : je le ressens et je me dis quelque part que des lecteurs doivent aussi le ressentir. J’aime pourtant toujours autant le cinéma, ma passion est toujours intacte mais en terme de contenu, je suis arrivée selon moi au bout d’une expérience.On pourra toujours me dire de créer d’autres types de contenu toujours en rapport avec le cinéma. J’y ai pensé, j’ai parfois essayé mais l’envie n’y était pas. Est-ce l’exercice d’écrire sur un thème unique qui me fatigue ? Mon sentiment de manque de légitimité qui ne parvient pas à disparaître au fil du temps ? Etre fatiguée par la blogosphère cinéphile ? La curiosité de m’ouvrir sur d’autres sujets et exercices ? Il s’agit certainement d’un tout.

De plus, écrire sur des films m’empêche d’écrire sur d’autres thèmes. J’ai pensé à créer un autre blog parallèlement à celui-là. Et puis finalement, on revient toujours au manque de temps : je ne peux pas être à deux endroits en même temps. Je préfère avoir un endroit où je fais les choses avec passion qu’être sur deux fronts et bâcler tout ce que je fais juste par manque d’énergie.

J’aime créer, imaginer, ressentir, parler de sujets qui me tiennent à coeur, et ça va au-delà du cinéma que je chéris tant et qui ne me quittera jamais. Mes tentatives d’écriture allant vers d’autres horizons restent dans des tiroirs : oui, ça devient frustrant. Je ne sais pas si j’écris bien, si je raconte de la merde ou non, mais j’ai de plus en plus envie d’expérimenter d’autres choses sur mon blog. Je me suis toujours promis qu’à partir de 25 ans, je devrais aller de l’avant dans mes projets d’écriture et de création. Et j’ai enfin 25 ans. Je le vis bien, je me sens mature comme jamais. Et peut-être que ce blog où je parlais de films refermait toutes mes frustrations, mon immaturité et mon manque de confiance en moi. Attention, cela ne veut pas dire que je ne parlerai plus jamais de cinéma. J’en parlerai toujours, peu importe l’outil (blog, réseaux sociaux et évidemment dans la vraie vie !). Je parlerai de cinéma sur ce blog. Mais je ne parviens plus à me restreindre qu’à ça. Je ne me revendiquerai pas comme une blogueuse cinéphile, même si je me sens toujours cinéphile. Et dire que je pensais que je ratais ma vie parce que je ne m’étais pas suffisamment consacrée au cinéma durant mes études. Je suis heureuse de m’être réveillée.

Je ne savais pas trop comment m’y prendre. Finalement, j’ai décidé d’aller vers de nouvelles aventures d’écriture… en préservant ce blog. C’est tout simplement plus pratique pour des tas de raisons (pseudo, domaine, contacts, outil que je maîtrise déjà). Je compte travailler le format tout l’été. Petit à petit, le blog va se transformer visuellement pour faire place à ce nouveau départ. Je réfléchis aussi au sort des précédents articles : cela me ferait de la peine de les virer, mais je vais tenter de trouver un système pour les réunir tous ensemble sans qu’ils gênent trop mon nouveau projet en septembre. Le but est d’avoir une sensation de nouveau départ en allant sur mon blog après ces vacances d’été.

Je tenais avant tout à remercier toutes les personnes qui me suivent et échangent avec respect et bienveillance. Je vous suivrai toujours sur vos blogs quoiqu’il arrive. Et je peux tout à fait comprendre que le virage que va prendre ce blog va en dérouter. Certain(e)s ne me suivront pas et je ne peux que le comprendre.

Bref, je suis de retour à la rentrée prochaine !

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[Je lis, je regarde] Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Cela fait un moment que j’ai envie de lancer cette nouvelle catégorie (même si j’en ai déjà d’autres à réellement mettre en place) : « Je lis, je regarde ». Il s’agit tout bêtement d’un exercice comparatif entre une oeuvre littéraire et son adaptation cinématographique. Cela dit, il y a évidemment le souhait d’aller d’élargir la catégorie mais je préfère pour l’instant commencer doucement mais sûrement. Enfin, façon de parler car je ne me limite pas aujourd’hui à une adaptation mais deux !

Je m’attaque aujourd’hui à Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes, roman de Stieg Larson adapté à deux reprises :

  • par  Niels Arden Oplev avec Noomi Rapace et Michael Nyqvist (2009)
  • par David Fincher avec Rooney Mara et Daniel Craig (2011).

 

Je connais assez mal la littérature scandinave et je ne lis pas tant que ça de polars / thrillers en général. J’ai pourtant pris un énorme plaisir à lire le roman de Stieg Larson. J’ai littéralement dévoré les 570 pages (et des poussières) en très peu de temps, même face à mon manque de temps et de sommeil. A travers une enquête sur la disparition mystérieuse d’une adolescente dans les années 60, Stieg Larson évoque de sujets peu glorieux sur la société suédoise, traumatisée par son passé avec les nazis, et toujours violente envers les femmes. Par ailleurs, chaque partie s’ouvre sur des statistiques effrayantes sur la violence que subissent les Suédoises. 

Une sorte de montage (tous deux bien repris dans les films) se met en place, par l’alternance entre l’histoire de Mikael Blomkvist, journaliste économique dans la merde jusqu’au cou (il a pris une grosse amende et doit même purger quelques mois en prison pour diffamation – son ennemi lui a alors tendu un terrible piège) et celle de Lisbeth Salander, sombre hackeuse souffrant officiellement de problèmes mentaux (et doit donc encore subir des tuteurs). La palpitante enquête est évidemment ce qui nous incite à tourner les pages de ce roman. Mais savoir que la future rencontre entre Blomkvist et Salander va avoir lieu au bout d’un moment est certainement aussi ce qui explique pourquoi la lecture est si addictive. Et évidemment, cette rencontre s’avère explosive : chacun va alors apprendre à s’apprivoiser et surtout leurs personnalités, pourtant si opposées, vont se compléter.

Millénium, le film : Photo Michael Nyqvist, Niels Arden Oplev, Noomi Rapace

Dans l’ensemble, ces deux versions sont plutôt fidèles au texte de Larson, même si, dans les détails (si on veut s’amuser à fouiner et titiller), le film de Fincher l’est étonnamment plus que celui de Niels Arden Oplev. Il faut dire que la version américaine a le mérite de proposer réellement une nouvelle perception du bouquin et non un remake du film suédois, comme cela peut hélas arriver dans le cinéma américain, qui aime bien s’emparer de succès européens. Pourtant, les choix de mise en scène et esthétiques prennent des chemins différents. Le long-métrage suédois, à la mise en scène assez classique, ne poussant pas non plus son esthétisme (le résultat n’est pas non plus décevant, mais il est plus « simple » et – à côté de la version américaine – semble plus « lumineux ») semble axer davantage le récit vers l’enquête autour de la disparition d’Harriet. Beaucoup ont taxé cette première version de « téléfilm ». Le mot est peut-être un peu fort mais certainement pas totalement choisi par hasard : il existe aussi la série (avec le même casting) Millenium comportant six épisodes. Le film de Fincher affiche clairement une mise en scène plus ambitieuse, une photographie soigneusement froide et des décors plus rectilignes. L’affiche et même le générique (un des meilleurs que j’ai vus) du film américain annonce cette couleur glaciale, tout comme elles offrent un autre point, moins présent dans la version suédoise : l’importance de la technologie.

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes : Photo Daniel Craig, Rooney Mara

Qui dit personnages forts dit choix de casting crucial. Commençons d’abord par Lisbeth Salander, interprétée par Noomi Rapace (Seven Sisters) et Rooney Mara (Song to Song). Il est difficile de départager les deux interprétations, même si j’admets avoir une petite préférence pour celle de Rapace (mais je pense aussi que je préfère globalement cette actrice). Chacune semble en fait prendre différentes facettes de la Lisbeth du roman : les deux interprétations, tout comme la manière d’aborder ce personnage, sont alors complémentaires. La Lisbeth de Mara m’a semblé plus fragile, plus déconnectée de la réalité et plus jeune (on nous dit dans le roman qu’elle ressemble littéralement à une gosse). La fin du film de Fincher, inexistante dans la version suédoise (cette fin est justement plus solaire, il n’y a qu’à voir le tout dernier plan, alors que le dernier plan dans le long-métrage de Fincher se déroule la nuit, avec un geste de désespoir), insiste encore plus sur cette fragilité chez ce personnage qui sait pourtant répliquer face à la violence inouïe des hommes. Le personnage proposé par Rapace semble plus violent, plus adulte même dans son approche physique et comportementale. C’est toujours difficile de décrire le ressenti que peut provoquer un personnage par son apparence, nous sommes clairement dans une phase de jugement. Mais je dirais que dans son look, la Lisbeth de Rapace semble moins dangereuse que celle de Mara. Pourtant, justement, concernant la dangerosité et la violence enfouie en elle, c’est pour moi bien Rapace qui remporte la mise.

Millénium, le film : Photo Niels Arden Oplev, Noomi Rapace

Mon avis est plus tranché concernant le personnage de Mikael Blomkvist. Je préfère largement Michael Nyqvist (décédé en juin 2017) qui correspond largement plus à la description qu’en a fait Stieg Larson dans son texte. Et je le préférais même avant de lire le bouquin, qui n’a fait que confirmer certains de mes doutes. Mikael Blomkvist est un excellent journaliste qui n’a rien d’une bombe mais qui est pourtant charismatique sur tous les points. J’ai alors un mal fou avec Daniel Craig dans le même rôle chez Fincher : je ne sais pas si c’est parce que j’ai une certaine image de l’acteur britannique en tête (est-il même trop connu pour interpréter le rôle ? est-ce que je l’associe trop à son James Bond ?) mais j’ai vraiment du mal à concevoir qu’il puisse jouer un journaliste économique brillant mais lambda. Les lunettes et les pulls moches ne le rendent pas pour moi plus « banal ». Surtout, je ne trouve pas qu’il dégage ce charisme (je ne dis pas qu’il n’en a pas dans d’autres films mais pas dans celui-là pour moi).

J’ai revu les deux films (que j’avais déjà visionnés au cours de leur année de sortie) après avoir enfin découvert récemment le roman de Stieg Larson. Je pensais avoir une préférence pour l’un en particulier, mais finalement, il est pour moi difficile de trancher étant donné que ces deux films sont complémentaires si l’on s’en tient à la question de l’adaptation. Cet exercice de comparaison entre deux oeuvres cinématographiques, toutes les deux tirées d’une même source littéraire, est particulièrement enrichissant. Il prouve bien que la fidélité reste relative, où chaque réalisateur et scénariste a sa propre vision d’une même histoire.

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes : Photo Rooney Mara

[+interview] La Fille aux deux visages

réalisé par Romain Serir

avec Timothy Cordukes, Estelle Halimi, Andréa-Laure Finot…

Drame, épouvante-horreur français. 1h15. 2016.

sortie française : 4 avril 2018

Clarisse rencontre Marc, un jeune chirurgien, avec qui elle passe la nuit dans son hôtel particulier. Au matin, la jeune femme se rend compte qu’elle a été dupée : après l’avoir enfermée dans une chambre de la maison, Marc va l’obliger à endosser le rôle de sa défunte épouse, jusqu’à lui donner son visage. Peu à peu, Clarisse va devenir Hélène… Mais peut-on effacer son identité pour celle d’une autre ?

La Fille aux deux visages a parcouru un long chemin avant d’atterrir dans les salles début avril prochain (hélas, de manière confidentielle, mais c’est tellement mieux que rien du tout). Passé par la plateforme participative Ulule pour se faire co-financer, le long-métrage a été projeté dans une dizaine de festivals ces deux dernières années. Comme l’indique son titre, il s’agit d’un hommage évident aux Yeux sans visage de Franju (l’utilisation du noir et blanc confirme cette grosse référence en question). Mais d’autres forts clins d’oeil au cinéma ou même à la littérature sont également au coeur de cette oeuvre : De Palma, Polanski, Frankenstein, Satoishi Kon pour ne citer qu’eux… Le choix d’assumer ouvertement de telles références est toujours très risqué car le film peut très vite tomber dans le catalogue du fan service : il y a également toujours la crainte de voir un réalisateur surexposer ses goûts. Le réalisateur Romain Serir, qui signe ici son premier long-métrage, est un passionné de cinéma et cela se ressent dans cette oeuvre peut-être imparfaite mais indéniablement généreuse et surtout bien foutue. Certes, la frontière avec les risques exposés n’est pas parfois pas loin mais  je crois que Serir évite globalement ce que je pouvais redouter principalement pour deux raisons : la modestie et la sincérité. Il sait très bien qu’il n’est pas Franju ou quoi que ce soit, il ne le prétend pas l’être. Il fait finalement son truc à sa sauce, sans prétention, en suivant toujours ses propres idées. Ambitieux, le film l’est sans cesse et pas uniquement parce qu’il se nourrit de ces références plutôt judicieusement. Le noir et blanc, rappelant ici autant le film de Franju que l’expressionnisme allemand, renforce alors la peur permanente tout comme il apporte un certain onirisme (on ne sait plus totalement si nous sommes toujours dans la réalité ou non). Le changement de format est également intéressant pour plusieurs raisons. En effet, le film débute et se termine sur du 1.85 (on en retrouve aussi dans certains flashbacks). Puis, c’est le format 1.33 qui prend le dessus, insistant encore plus ce sentiment d’enfermement (déjà que le film est pratiquement un huis-clos). Ce changement de format est alors cohérent avec la modification de la personnalité féminine, parfois également hachée par un split-screen et par l’alternance du temps. Associée à la notion du « double », l’aliénation de la femme est certainement un des thèmes centraux de ce film, plutôt bien traitée par une mise en scène précise et des choix esthétiques qui ne servent pas uniquement à faire joli comme on aurait pu le craindre. Les thèmes ne sont évidemment pas nouveaux, mais la variante personnelle proposée par le jeune réalisateur n’en reste pas moins intéressante. La fille aux deux visages est alors un film sans cesse sous tension captivant et rythmé : il faut dire que le film ne dépasse pas les 75 mn. Romain Serir a d’abord signé des courts-métrages et des publicités, l’habitude de manier et de maîtriser un format court se ressent. Dans un sens, c’est plutôt une bonne chose car le film va droit au but. Cela dit, cela peut aussi créer une petite frustration dans le sens où certains personnages (plutôt bien interprétés) auraient pu être plus approfondis. Mais dans l’ensemble, La fille aux deux visages s’en tire plus que bien sur tous les points. On attend désormais Romain Serir sur son second long-métrage, en espérant qu’il fasse plus de bruit.

Interview – Romain Serir

Je remercie très sincèrement Marteau Films qui m’a fait découvrir ce premier long-métrage prometteur et qui m’a permis de décrocher cette première interview sur ce blog. Et ça fait du bien d’avoir cette opportunité, vous ne l’imaginez même pas. Surtout en interrogeant un réalisateur dont on a apprécié le travail. Ce réalisateur s’appelle Romain Serir. Il signe ici un son premier long-métrage. Mais il n’a pas chômé avant cette Fille aux deux visages. Il a commencé comme monteur et réalisateurs de pub. Puis, il a également signé quatre courts-métrages : One Man Show, Ellvis, Lupin 2.0. et La Traversée. Enfin, il est également le créateur de Ciné Fuzz.

Tout d’abord, un grand bravo pour votre film, une belle réussite. J’ai été frappée par le challenge technique et esthétique. Est-ce le défi esthétique qui vous a poussé à réaliser ce film en particulier ou est-ce que l’idée esthétique est arrivée après l’écriture même du film ? 

Alors tout d’abord, merci. L’esthétique du film a un peu été imaginé en même temps que l’écriture. Le défi c’était de trouver une façon crédible de raconter une histoire avec un petit budget, donc très vite durant l’écriture je ne pouvais pas m’empêcher de chercher des angles et un point de vue esthétique assez « visible » pour justement faire que mon histoire tienne sur ces deux jambes. Le noir et blanc permettait aussi de renvoyer le film à mes références, un cinéma français un peu à l’ancienne. Et puis ça permettait de rester un peu ambiguë par rapport aux scènes plus « violentes » qui n’avaient vraiment pas la même impression une fois passée de la couleur au noir et blanc.

Le double et la figure féminine victime de violences des hommes sont deux thèmes liés. Cela vous a paru évident d’établir cette connexion et d’évoquer ces thèmes ?

En fait le double est un thème que je visite beaucoup mais pas forcément que à travers une figure féminine. Ici c’est le cas effectivement, et l’idée du double marque peut-être plus dans ce cas précis. Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de films qui mettent en avant des personnages féminins en proie à une sorte de monstre humain comme dans mon film. Le double sert autant dans ce cas à marquer une fracture identitaire qu’à montrer la tentative de contrôle absolu du personnage masculin principal. D’abord il veut la changer physiquement puis mentalement. Il y a en gros celle qu’il voudrait qu’elle soit, et celle qu’elle est réellement. Et c’est quelque chose qu’on peut retrouver dans certaine relation amoureuse toxique je pense, que ça soit pour un homme ou pour une femme.

Votre travail est très ambitieux, surtout pour un premier long-métrage. Et j’imagine que c’est naturel pour un cinéaste – et un artiste en général – de s’inspirer de ce qu’on a vu, de ce qu’on admire, pour nourrir son propre travail. Comment avez-vous fait pour vous inspirer de grandes figures du cinéma et même littéraires tout en proposant votre propre univers ? Est-ce effrayant de puiser dans ces grandes références ?

Je savais qu’en partant dans un synopsis comme celui-ci, j’allais me confronter un peu à mes artistes de référence. Mais je pense, surtout pour un premier long, que c’était en quelque sorte vital pour m’en affranchir. Je me voyais mal chercher à contourner mes inspirations, au contraire même je voulais que mon film s’inscrive dans leurs sillages. Il y avait aussi un jeu amusant et effrayant à faire avec cela. Notamment quand on reprend une scène comme celle de l’opération qui rend hommage à celle du film de Franju, Les Yeux sans visages. Je ne pouvais pas refaire la même scène donc je m’imposais de trouver un autre angle qui du coup m’était plus donné par l’histoire de mon film propre.

Votre film mélange les genres : l’horreur, le thriller, le film noir… Il y a en ce moment toute une interrogation sur le cinéma français de genre, un peu moins mis dans l’ombre qu’auparavant. Pensez-vous qu’il y a un véritablement changement de ce côté-là, que ce soit côté visibilité du public ? Du côté des professionnels ?  

Peut-être. Il y a clairement une envie de la part des scénaristes, réalisateurs et producteurs de faire du cinéma de genre en France. Plus qu’avant c’est certain. Grave est un bon point de départ qu’on me cite souvent quand je propose un projet depuis quelques temps. Donc il y a quelque chose qui bouge. Je pense par contre que ça peut vite retomber. Il suffit d’un échec, d’une polémique, pour que cela redevienne très difficile. Je crois qu’en France ça marche vraiment par vague. Et puis le cinéma de genre français est surtout vu dans sa globalité à l’étranger. On a pas encore trouvé le moyen de produire des films fantastiques ou d’horreur avec de très gros moyens et pourtant c’est le genre qui en a le plus besoin.

Quels sont vos prochains projets ? D’après ce que j’ai compris, vous allez continuer à vous attaquer à du cinéma de genre. 

Oui je crois sans aucun doute que le cinéma de genre est le type de cinéma que j’ai envie d’explorer pendant encore un long moment. Il y a de quoi faire et beaucoup d’histoires à raconter, surtout en France. Là je suis surtout en train d’écrire différents projets encore au stade de pré-production, mais plus du tout dans la même économie au niveau budget. Donc hélas, ça prend beaucoup plus de temps.

Est-ce compliqué d’être une fille cinéphile sur Internet ?

Rappelez-vous (en tout cas, pour ceux qui me suivent, sinon coucou) : en octobre dernier, dans un article assez personnel (désormais, j’ai une perception très étrange avec ce dernier, entre la fierté d’avoir pu me débarrasser de rancoeurs et la honte dans le sens où je le trouve tout de même un peu puéril sur certains points), dans une petite partie (mais importante), j’évoquais les problèmes que subissaient les cinéphiles filles sur le Web. Je vous remets également avec un grand plaisir des articles similaires (ceux de Suzy et Océane et Pauline) publiés en même temps, qui développent bien plus que moi leurs mauvaises expériences et leurs ressentis (bref à lire, à relire et à refaire partager car vraiment, c’est important et nécessaire, que cela ne tombe pas dans l’oubli).

Jessica n’est pas contente… moi non plus, tiens.

Après avoir publié cet article, après avoir reçu plein de compliments et tout ça avec mes consoeurs (et pour ceux qui sont sincères et bienveillants, je vous en remercie encore), même si je savais au fond de moi que les choses n’allaient pas radicalement changer (nous ne sommes pas chez Oui-Oui), je pensais que cela serait la dernière fois que j’abordais le sujet. Puis, pratiquement tout de suite après cette publication, effectivement, je constatais bien que le message ne passait pas autant que je le souhaitais. J’avais encore envie d’aborder le sujet il y a un mois grosso modo mais je l’ai laissé tomber car :

  1. J’avais l’impression que je me plaignais trop (comme quoi, les harceleurs arrivent bien à nous faire culpabiliser).
  2. Je pense que je n’avais pas réussi à trouver le bon angle, que je me prenais trop la tête alors qu’il faut en parler simplement.

Peut-être que là je vais oublier de parler de certains détails (mais justement, discuter de cette chronique pourra aussi m’amener à creuser encore plus sur d’autres points plus tard) mais au fond je me dis que ce n’est pas si grave que ça, tant pis : cet article sera certainement imparfait mais au moins j’aurais parlé d’un sujet qui me tient à cœur et qui me semble nécessaire. Surtout, j’ai eu une idée : lancer une nouvelle catégorie sur le blog, sur les cinéphiles filles justement. Bref, mettre en avant les blogueuses et de Youtubeuses cinéphiles ou parler de nouveau des problèmes des filles cinéphiles sur la blogosphère ou même dans d’autres métiers du cinéma feront partie des sujets que je souhaite traiter dans le futur (et si certaines veulent faire partie de l’aventure, n’hésitez pas !). Je ne sais pas à quelle fréquence cette catégorie reviendra mais en tout cas elle existe (cela fait un moment que je veux faire évoluer mon blog). Pour le nom de la catégorie, je ne me suis pas embêtée (vu que le nom peut être provisoire) : « Etre une cinéphile fille » (si vous avez d’autres idées, dites-le moi, on peut toujours améliorer le titre). Bref, passons au vif du sujet et j’ai déjà la réponse à la question de mon article : oui, c’est compliqué d’être une fille cinéphile sur Internet. Bon, c’est déjà compliqué d’être une fille tout court, hein. Je vous parle évidemment du milieu que je connais mais je sais, hélas, que ce problème peut être décliné dans trop de domaines.

Ce que je pense de certains.

J’avais des tas d’occasions d’écrire sur le sexisme sur la blogosphère cinéphile. Aujourd’hui, un sujet m’a poussée à prendre ma plume (enfin, mon clavier). Et je me suis aperçue qu’en réalité, tout est toujours lié à ces problèmes de sexisme sur le Web. Bref, au départ, tout est parti d’un triste constat que j’ai fait en allant sur Youtube. Non, sur cette plateforme, je ne regarde que EnjoyPhoenix, Horia ou autres (mais quoi, je ne suis pas une vraie cinéphile parce que je regarde de la beeaateyyyyy sur le Web ??? trahisooooon – le pire, c’est que certains doivent raisonner comme ça), ça m’arrive souvent d’aller aussi regarder des vidéos parlant de cinéma : logique en ce qui me concerne. J’aurais pu faire ce constat depuis des lustres car il saute vraiment aux yeux (je veux dire, je ne vais pas vous balancer un scoop de malade) mais allez savoir pourquoi, cela m’a particulièrement frappée cette fois-ci. Suivez-vous des Youtubeurs cinéma ? Et bien parfois, ils se réunissent pour discuter d’un sujet de cinéma (évidemment, hein, ils ne vont pas vous pondre un sujet sur les pâtes bolo ou la pâte à modeler). Et je remarque en général le schéma suivant :

  1. Il n’y a que des mecs (et même ils se caricaturent en mecs virils en buvant de la bière devant la caméra et tout ça – je ne plaisante même pas).
  2. Il y a parfois une fille, un peu là pour la bonne conscience, fallait bien la caler quelque part. Oh, l’égalité bon sang de bonsoir. (bon, ok, là je suis un peu méchante car je suis certaine que dans le lot, certains ont de bonnes intentions).

Sur les réseaux (bah ouais, j’aime me plaindre), on m’a alors répondu que cela était normal car il n’y a pas non plus des tonnes de Youtubeuses cinéma, qu’elles étaient en minorité sur cette plateforme (ce qui est vrai). La question qu’il faut se poser est alors selon moi la suivante : justement, pourquoi sont-elles aussi peu nombreuses ? Certes, je ne suis qu’une modeste petite blogueuse cinéma, je n’ai pas non plus la science infuse, mais rien qu’avec ma petite expérience, que ce soit sur mon blog ou sur les réseaux sociaux, je pense avoir ma petite idée sur la question.

« Coucou, nous sommes des Youtubeurs, parlons de cinéma ».

Je parle ici autant de ma propre expérience tout comme celles qui m’ont témoigné en privé Je vous parle de deux phénomènes que les blogueuses cinéma, même à une toute échelle comme la mienne, peuvent subir au quotidien. Oui, subir. Je n’exagère pas. Qu’on ne vienne pas me dire que j’exagère. C’est une triste réalité.

  1. Nous, les cinéphiles filles, on n’est pas vraiment des vraies cinéphiles d’abord. Non, nous sommes bêtes, nous devons rester au maquillage, au lifestyle, à la maternité.  Au pire, on peut parler de séries, hein, ça passe un peu mieux. Mais pas de cinéma. J’exagère un peu mais les cinéphiles filles ont globalement du mal à s’intégrer à un milieu assez masculin pour cette raison. On a du mal à nous mettre en confiance, à prendre réellement en compte notre avis (surtout s’il s’oppose à la majorité), à les prendre tout simplement au sérieux. On a même l’impression qu’avec les blogueuses cinéphiles, avoir un échange intellectuel reste compliqué. Soit c’est pas pour nous, soit on a tort.
  2. S’exposer sur Youtube signifie alors exposer son image, son physique, sa voix, son attitude, tout quoi. Et sur les réseaux sociaux, si une fille a le malheur de poster une simple photo d’elle, en mode tranquillou bilou, tous les pervers s’expriment et bonjour les messages privés, entre les relous et les gros dégueulasses qui cachent très bien leur jeu en public (et qui sont même pour certains très suivis et protégés sur les réseaux). Rappel essentiel : les filles se comportent bien quand un mec poste une photo de lui. Donc je ne vois pas pourquoi certains ne se retiennent pas. « TU ES RAVISSSSSSSSANTE », « VIENS BOIRE UN VERRRRRE », « TA JUPE TE MET EN VALEUUUUUUR » (en mode « je me touche la nouille »). Nous ne devrions pas vous éduquer sur des choses qui me paraissent pourtant simples. Ah oui, et dernière réflexion : l’argument « mais je savais pas que tu étais en couple » est bidon. Qu’on soit en couple ou célibataire, Twitter, Youtube ou autre ne sont pas des lieux où une fille cherche à se faire draguer ou harceler. Nous sommes principalement sur ces réseaux pour promouvoir nos blogs et parler de notre passion tout simplement.

Bref, les gars : réfléchissez avant de vous comporter comme des cochons.

Bref, la réponse me semble alors évidente : après avoir vécu ça, on n’a tout simplement pas envie de se lancer sur Youtube. On veut se protéger, on en a même terriblement besoin. Je vais alors vous avouer deux choses :

  1. Je ne m’en suis pas cachée : il y a quelques mois, je voulais encore me lancer sur Youtube car je suis plutôt à l’aise pour m’exprimer oralement et c’est un format intéressant pour toucher un autre public (hélas, les gens lisent de moins en moins).
  2.  J’ai failli abandonner ou transformer ce blog, uniquement à cause de connards qui te donnent l’impression d’être illégitimes. Ouais, à force, vous finissez par croire ces conneries, c’est ça le pire.

A l’heure actuelle :

  1. Non, je ne veux pas me lancer sur Youtube, je ne veux pas m’exposer à tant de connards, j’en ai assez pris plein la gueule niveau harcèlement et mépris. J’ai autre chose à faire que de me battre quotidiennement contre des gens néfastes. Bref, finalement, je laisse définitivement l’idée, trop de peur de me faire emmerder. Par ailleurs, je ne poste plus de photos de moi sur Twitter en tant que « Tinalakiller » (sur mon Facebook perso, c’est autre chose même si je n’en mets pas non plus des tonnes). Obligée de me freiner à cause de certains comportements.
  2. Par contre, être illégitime, vous savez quoi ? Même si c’est vrai, je m’en cogne en fait. Donc je veux continuer à parler de cinéma ou en tout cas toujours en rapport avec le cinéma (je prépare actuellement une nouvelle catégorie sur les comparaisons entre les livres et les adaptations cinémas – j’ai bien avancé sur un de mes articles donc ça arrive soon soon soon).

Un petit discours de paix et de confiance en mois entre deux bombages.

Encore une fois, je n’exagère pas quand je vous parle de mépris et de pervers en tous genres sur les réseaux sociaux. Comme je l’expliquais déjà dans une petite partie au sein de mon article personnel déjà cité,  il y a évidemment du sexisme partout, dans tous les milieux. Bien sûr que le problème persiste encore plus sur les réseaux sociaux en général puisque tout est plus « facile » pour s’attaquer à quelqu’un quand on est derrière un écran. Mais j’ai tout de même l’impression que le monde du cinéma et la blogosphère cinéphile (enfin presque hein) nient totalement ce sexisme. Tout le monde est dans sa bulle, qu’on n’a pas envie de voir cette réalité. On préfère ressortir ce bon vieux cliché (mais vrai) de l’horrible univers des jeux-vidéos, parce que justement, tout le monde sait qu’il y a du sexisme, c’est certainement plus flagrant et visible. Mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y en a pas chez nous le monde des cinéphiles (terme évidemment large – pitié, ne vous lancez pas sur une discussion sur ce que signifie ce terme, limite une autre fois, mais pas là bon sang, c’est pas le sujet). Mais oui, voyons, officiellement, la blogosphère cinéphile félicite ouvertement les réalisatrices, veut qu’il y ait plus de femmes à Cannes, salue les films féministes, condamne fermement l’horrible Harvey Weinstein et co, s’insurge si on va aller voir le dernier Woody Allen ou le Polanski en salles. Mais dès qu’il s’agit de se tourner dans son propre milieu, à sa petite échelle, les choses sont plus compliquées, comme s’il n’y avait pas tant de problèmes alors qu’ils se multiplient encore et encore. Il y a un sacré décalage entre une idéologie défendue et ce qui se passe carrément sous votre nez. En fait, il refuse même de voir que ce milieu reste très masculin. Certains sont même protégés alors que leur relou-attitude se voit à des kilomètres. Si certain(e)s osent dire ce qu’il se passe dans les coulisses, d’autres s’insurgent sur ces accusations de sexisme : « mais non, ne jouez pas aux féminazis qui voient du patriarcat partout », « mais non, moi j’ai jamais eu ce souci », « moi j’ai jamais fait ça ». Ce n’est pas parce que vous vous comportez éventuellement bien qu’il n’y a pas de problème de sexisme. Ce n’est pas parce que vous êtes une fille cinéphile jamais emmerdée qu’il n’y a pas non plus de harcèlement en général sur la Toile (harcèlement qui peut concerner une de tes consoeurs au passage). Ce n’est pas en nous disant « mais lancez-vous sur Youtube » (puisque c’était mon point de départ) qu’on va régler les réels problèmes. Et vu le nombre de filles concernées, on ne parle pas que d’un cas isolé. Mais justement c’est le problème du harcèlement : le harceleur isole sa victime. 

Message aux harceleurs.

Dans le lot, entre ce que j’ai vu et su, je peux vous assurer que certains cachent bien leur jeu ou/et sont très appréciés. Même moi, je n’aurais pas imaginé que ces hommes bien propres et soi-disant ouverts d’esprit sont en fait de véritables chasseurs. Bon après, il y a aussi la catégorie de ceux qui ont un comportement ouvertement limite sur la Toile et finalement personne – dont moi –  n’ose ouvrir la bouche de peur de vexer les uns et les autres alors qu’au fond ce raisonnement est ridicule (et surtout, ça ne rend pas ces personnes meilleures que les fameux « chasseurs »). En fait, même si je vais peut-être un peu loin, des affaires comme Weinstein et co ne me surprennent pas tant que ça avec le recul. Le cinéma, le milieu, l’industrie et non l’art en lui-même (quoi que… art et industrie ont un lien, ça mériterait d’être creusé ça aussi), a déjà un problème avec le rôle de la femme, sa représentation et son regard et le désir qu’elle peut procurer par l’image. Quand on lit certains tweets de cinéphiles, sans s’en rendre compte, cette problématique en ressort. Je pense sincèrement que ces soucis sur la blogosphère à notre petite échelle ont un rapport avec des problèmes plus larges et exposés dans le milieu du 7e Art (je parle donc encore de Weinstein et compagnie). Ce rapport en question est peut-être lointain ou indirect mais je ne crois pas tant que ça aux coïncidences. Il y a du harcèlement partout, cela est évident, on ne cherche pas à hiérarchiser ou à comparer, mais vous ne trouvez tout de même pas ça bizarre que l’industrie du cinéma ait particulièrement explosé avec tous ces scandales sexuels ? Quelque chose me dit au fond de moi que ce n’est pas simplement lié à la popularité et à l’accessibilité du cinéma. Et j’imagine aussi qu’on pourrait encore parler de la place des femmes dans le milieu professionnel du cinéma pour ne citer que cet exemple. Même la manière d’écrire nos articles est une preuve d’un certain mépris pour les réalisatrices qu’on associe systématiquement à certains termes (parce qu’une réalisatrice est souvent « délicate » ou « a une sensibilité féminine touchante »). Ou même quand on parle de certaines actrices. Je lis souvent des articles – écrits par des hommes – qui louent la beauté des actrices, tournent même autour de leur sex-appeal. Le contraire est en revanche plus rare. On pourrait avoir l’impression qu’on part encore loin, sur d’autres thèmes (qui pourraient aussi être creusés) mais au fond, je pense que cet ensemble de sous-sujets joue aussi leur rôle, il pourrait aussi « expliquer » certains comportements (autant le mépris que le harcèlement) dans le sens où certaines idées restent encore ancrées dans un esprit collectif inconscient. Bref, le problème est certainement plus complexe qu’il en a l’air, on pourrait en débattre des heures, il y a des tas de choses à dire sur ces sujets encore peu visibles. Mais cela n’empêche pas une chose : merde, les gars, soyez respectueux. Vous défendez les femmes quand vous parlez de Weinstein ? Vous boycottez certains cinéastes pour leurs crimes sexuels ? Alors, putain, faites un effort avec vos collègues sur la toile. Apprenez-vous à vous comporter correctement, ça sera déjà un grand pas. 

J’écris donc cet article autant pour pousser un coup de gueule (même si là je me trouve plutôt calme – mais en réalité je suis assez agacée par tout ce qui peut se passer) que pour faire prendre conscience de certaines choses qui ne sont tout simplement pas acceptables. Oui, les cinéphiles filles ont leur place sur Internet, oui elles disent des choses intelligentes et passionnantes sur le cinéma, oui elles doivent être traitées à égalité avec les blogueurs hommes. Elles méritent d’être plus soutenues et exposées. Il n’y a évidemment aucune haine envers les hommes ou quoi que ce soit. Je me suis toujours entendue avec les mecs et il n’y a pas de raison que ça change : l’égalité, c’est aussi ça, savoir se respecter et s’écouter, peu importe notre sexe ou autre. Oui, il y a aussi des blogueurs masculins formidables, à l’écoute, respectueux, qui savent aussi ce que les cinéphiles filles subissent. Mais hélas, plus le temps passe, plus je me dis que ce n’est pas non plus la majorité, que le problème persiste. Beaucoup – et pas que des mecs d’ailleurs – n’imaginent juste pas l’étendue même du problème. Même moi, je ne le pensais pas, je minimisais toutes ces histoires auparavant. Puis ça m’est arrivé. Puis j’ai enquêté. Puis j’ai écouté d’autres histoires de blogueuses qui ressemblaient parfois à ce que j’avais subi. Et encore, je ne suis pas Dieu, je ne sais pas tout, mais je suis certaine que je suis passée à côté d’histoires abominables. Tout ce que nous demandons est de trouver notre place normalement, grâce à notre passion et notre travail, comme les hommes, sur la blogosphère cinéphile. Ni plus ni moins.

Paix et amour à mes consoeurs. Soyez fortes. Et parlez si jamais on vous emmerde.

Bilan 2017

C’est déjà l’heure du bilan de l’année !!!

The Square : Photo Dominic West, Terry Notary

J’en profite alors pour remercier très sincèrement chaque personne qui est passée sur mon blog, que ce soit régulièrement ou très occasionnellement, qu’elle se manifeste dans les commentaires ici, sur les réseaux sociaux ou au contraire préfère rester discrète.

Merci aussi aux belles rencontres que j’ai pu faire cette année, que ce soit virtuellement ou celles qui ont pu se concrétiser dans la vraie vie. J’espère que toutes ces bonnes choses positives vont continuer en 2018. Je continuerai également à publier de temps en temps des chroniques sur CineSeriesMag qui m’a très bien accueillie en juillet dernier.

Nous continuerons à se retrouver régulièrement sur ce blog l’an prochain. Bref, vous retrouverez comme d’habitude des critiques de films sortis en 2018 ainsi que les chroniques du Movie Challenge 2018 (les nouvelles arrivent bientôt). Je m’engage aussi à écrire une fois par mois un billet qui diffère des critiques. J’avais même pensé à publier mes nouvelles ou des billets humeur une fois par mois mais j’avoue avoir encore peur de ce petit changement.

120 battements par minute : Photo Nahuel Perez Biscayart

Passons maintenant aux choses sérieuses : le top 10 de l’année !

Je ne vais pas vous mentir, certains m’ont fait la remarque (et ils ont raison) : pour moi, 2017 n’a pas été une très bonne année cinéma. Je sais que certains affirmeront le contraire. Je pensais que j’étais devenue aigrie puis en revoyant mes anciens top des années précédentes, je m’aperçois que les films sortis cette année m’ont moins marquée, m’ont moins embarquée. Faire un top 10 a même été plutôt simple à faire pour une fois. Cela dit, je suis très fière de mettre en avant ces 10 films ci-dessous qui ont tous su provoquer quelque chose durant les différentes séances, parfois une émotion indescriptible.

Evidemment, il faut toujours prendre mes tops avec des pincettes : je n’ai vu que « 70 » films sortis en 2017. Je sais que certains parviennent à en voir 100 (et encore, ce n’est pas assez pour eux !) voire même 200 films de l’année. Je n’ai pas de super abonnement Gaumont/Pathé (et je ne souhaite pas l’avoir après une mûre réflexion car le cinéma n’est pas pour moi un art qui mérite d’être surconsommé), je n’ai pas non plus l’argent ni le temps (j’adore le cinéma, j’aime mon blog, mais profiter des gens que j’aime, prendre mon avenir en main, prendre aussi le temps d’écrire aussi mon roman, prendre l’air ailleurs que dans une salle sont aussi des choses importantes à mes yeux). Je suis dans mes chiffres habituels (peut-être un poil moins cette année) depuis 2009 où j’en vois en général entre 70 et 80. Selon moi, j’ai raté peu de films qui auraient éventuellement pu modifier un de mes classements (je pense là de tête à Blade Runner 2049, Mise à mort du cerf sacré et Faute d’amour). Il me semble que j’ai pu voir le bon échantillon de films que je devais voir pour me faire mon idée du cinéma en 2017. Et c’est déjà bien (même si pour d’autres non, ça ne sera jamais assez) car malheureusement pas tout le monde n’a cette possibilité de regarder ces fameux 70 petits films. 

 

♥Top 10♥

  1. The Square de Ruben Östlund
  2. 120 battements par minute de Robin Campillo
  3. The Lost City of Z de James Gray
  4. Que Dios Nos Perdone de Rodrigo Sorogoyen
  5. Nocturnal Animals de Tom Ford
  6. Good Time des frères Safdie
  7. Au revoir là-haut d’Albert Dupontel
  8. Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona
  9. It Comes At Night de Trey Edward Shults
  10. Dunkerque de Christopher Nolan

The Lost City of Z : Photo Charlie Hunnam, Tom Holland

Les années précédentes, j’avais pour habitude d’établir un flop 10 où je présentais les daubes les plus improbables vues au cours de l’année. Cette année, j’aurais volontiers mis : Gangsterdam / Si j’étais un homme, Le Manoir, A bras ouverts, Cinquante nuances plus sombres, Raid Dingue, Spider-Man : Homecoming ou encore Everything, Everything. (allez je dépose rapido ce mini flop non classé improvisé).

Mais étant donné que je garde un goût amer de 2017 (je parle toujours de cinéma), quitte à prendre le risque de me faire taper pour la nouvelle année, je préfère exposer 10 films bien réputés, que vous retrouverez certainement dans le top de mes camarades, que je n’ai pas forcément appréciés. Dans cette sélection, on va des films que j’ai profondément haï à des films que j’ai jugés « moyen » alors que la majorité a adoré. Point de provocation là-dedans, juste un moyen d’exposer mes trop nombreux désaccords qui ont aussi marqué mon année cinéma !

10 déceptions♦

  1. L’Amant double de François Ozon
  2. Song to Song de Terrence Malick
  3. Mother! de Darren Aronofsky
  4. Jackie de Pablo Larrain
  5. Loving de Jeff Nichols
  6. A Beautiful Day de Lynne Ramsay
  7. Grave de Julia Ducournau
  8. La La Land de Damien Chazelle
  9. Moonlight de Barry Jenkins
  10. Baby Driver d’Edgar Wright

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Roberto Álamo

N’hésitez pas à exposer vos propres top / flop / déceptions et on se dit donc à l’année prochaine !

Journal intime ouvert d’une petite cinéphile

→ Mon article ne porte pas entièrement sur le sexisme (même si j’y consacrerai une partie) mais après différentes concertations, je me joins aux articles « Sexisme, cinéma et blogosphère » de Suzy, Océane et Pauline dans lesquels je m’identifie sur de nombreux points. Voici notre introduction commune en guise de solidarité :

«Il y a eu quelques exceptions mais pour la plupart, j’ai été surprise par la représentation des personnages féminins dans ces films. J’espère qu’en incluant plus de femmes dans l’écriture, nous aurons plus de femmes comme celles que je rencontre dans ma vie quotidienne. Des femmes qui sont entreprenantes, qui ont du pouvoir, qui ne font pas que réagir aux hommes qui les entourent, qui ont leur propre point de vue» Jessica Chastain, Festival de Cannes 2017.

Alors que de plus en plus d’œuvres cinématographiques et, principalement, télévisuelles naissent entre les mains des femmes, un constat terrible et alarmant était rapidement fait par l’actrice américaine Jessica Chastain lors de la dernière conférence de presse du Festival de Cannes 2017.

Si l’actrice de Zero Dark Thirty, juriste lors de cette dernière édition, avait longuement insisté sur la représentation des personnages féminins à l’écran, il n’en ait pas moins qu’elle a su soulever un problème bien plus grand, bien plus étendu et qui peine à être résout : la place des femmes dans le domaine cinématographique.Si ça implique la maigre représentation des personnages féminins à l’écran, ça implique également toutes les coulisses du cinéma : l’écriture scénaristique, la production… et par extension, la critique journalistique. Tous les domaines du cinéma semble être profondément masculins.

Ici, il va être question de la dernière aborder, un simple point pour certains, un rôle majeur pour d’autres : la critique journalistique. C’est le rôle qu’on a choisi d’incarner dans le cinéma : Pauline, Océane, Suzy et moi. Mais comme l’a soulevé Jessica Chastain, la représentation des femmes est tout aussi catastrophique au sein de la critique. Un cercle vicieux qui ne semble pas vouloir changer.

Pire que ça, l’abondance de masculinité provoque des comportements machistes, sexistes et intolérables. Des réflexions déplacées au harcèlement, le sexisme ambiant a conquis un terrain qu’il est grand temps de reprendre de manière totalement égalitaire. Et comme pour tout, pour faire bouger les choses, il faut d’abord pointer du doigt les soucis qui empêchent l’évolution. C’est pour ça que nous avons décidé d’élever nos voix à travers nos expériences respectives au sein du journalisme spécialisé et de la blogosphère cinématographique.


Maintenant place à ce que j’ai à dire.

Je vous préviens, ça va être long, je vais parler de moi, de certains de mes complexes, de ma place dans la blogosphère cinéma, de mon sentiment de cinéphile en tant que jeune femme, de choix personnels et professionnels liés au cinéma. Bref, prends-toi du thé, un café ou même un verre de vin.

Depuis quelques mois, j’ai envie de vous confier certaines de mes pensées qui m’ont parfois pourri la vie. Je ne savais pas comment m’y prendre et surtout j’avais peur de passer pour une petite chieuse narcissique qui se plaignait pour rien. Le temps passe, certaines pensées s’accumulent avec le temps jusqu’à ce qu’on explose. On veut désamorcer ce quelque chose qui nous perturbe : il est temps de prendre des décisions dans sa vie pour avancer. Ce quelque chose n’a pas toujours de nom. Parce qu’il s’agit d’une succession de choses.

Sur Twitter, tout est parti d’une discussion autour du sexisme dans le milieu des blogs cinéma. Oui je l’évoquerais. A mon échelle. Mais ne vous attendez pas à des révélations de fou, à un tribune féministe ou quoi que ce soit ou vous allez être très déçus. C’est un problème parmi d’autres. Je parle finalement d’un tout aussi bien sociétal que strictement personnel. Je ne sais pas si des gens me comprendront ou se reconnaîtront dans ce que je vais écrire.  Je l’espère au fond de moi (en tout cas, je sais que les blogueuses que j’ai citées là-haut me comprennent et je les remercie très sincèrement). Mais si, ne serait-ce une seule personne, s’identifie à mon parcours, mes doutes et mes choix, ou juste comprend ma démarche, ça sera déjà de gagner.

Je vous parle donc ici à coeur ouvert d’une grande réflexion intérieure qui me pèse depuis des années. Je suis une cinéphile, pourtant je ne me suis jamais lancée dans le cinéma (terme évidemment très vague). Par exemple, je n’ai jamais fait d’études de cinéma. Cela fait aussi des années que je n’ai pas touché à ma caméra alors qu’adolescente, j’adorais expérimenter des choses, même si elles étaient mauvaises. Par exemple, je tentais d’écrire des scénarios après avoir dévoré des ouvrages du type Comment écrire un scénario ? Tout le monde sait ici que j’aime écrire. Je me suis aperçue très récemment que certains de mes brouillons étaient inconsciemment des esquisses de scénario. Comme quoi, c’est un projet qui ne parvient pas à me quitter même si je m’étais promis de ne plus y penser. Oui, carrément. Je l’ai même écrit noir sur blanc dans un de mes journaux intimes datant de 2015.

Je suis juste une petite blogueuse qui parle de films sur son petit blog personnel comme elle parlerait parfois à ses potes. J’ai récemment rejoint l’équipe de CineSeriesMag pour prouver aux autres et surtout à moi-même que j’avais d’autres ambitions (notamment professionnelles), que j’étais également capable de me remettre en question, de me mettre en danger, de recevoir des conseils, d’autres regards.

Vous allez me dire (et c’est peut-être la grande question qu’on pourra tirer de ce billet – si on doit en tirer quelque chose) : nos passions ne doivent pas obligatoirement devenir notre profession. Je me suis moi-même posée cette question. C’était même ma petite excuse pour ne pas voir la vérité, c’est-à-dire que j’étais assez frustrée. Frustration dont je suis en partie responsable. A l’heure actuelle, après moult décisions et rebondissements (même jusqu’en juillet dernier), je veux continuer à ce que le blogging prenne de la place de ma vie, une place encore plus grande. Participer à de plus gros projets, créer encore plus de liens avec des blogueurs.  J’assume de plus en plus cette passion alors qu’avant j’avais tendance à la cacher comme si c’était un crime. Et croyez-moi c’est pour moi déjà un grand pas. Et je sais que je suis capable d’en faire d’autres.

Ce billet a été inspiré à partir de deux réflexions lues et entendues qui ont fini par se rejoindre naturellement (oui, parce que j’ai commencé à écrire ce billet sans savoir que j’allais rejoindre les causes des blogueuses citées plus haut). La première est partie d’une question posée dans le cadre d’une réflexion profonde et psychanalytique sur ma petite personne : « Pourquoi les lettres modernes ? » en parlant de mes études. La deuxième fut donc la lecture d’un tweet de la part d’un de mes followers s’interrogeant sur le sexisme dans le monde des blogueurs cinéma. Je vous assure qu’en rejoignant les deux réflexions en moins de 24 heures, il y a eu un déclic en moi, un déclic que j’attendais depuis longtemps (et pourtant encore une fois il ne s’agit pas d’un billet féministe ou quoi que ce soit). Cela fait longtemps que j’ai des doutes, que je me pose des tas de questions, que je pète parfois mon câble (je suis méditerranéenne, on ne se refait pas) parce que je tente juste de savoir qui je suis et ce que je veux vraiment dans la vie. Je commence à y voir certaines réponses. Bref, ce billet va légèrement se transformer en 3615 ma vie.

Attirée par les lettres… grâce au cinéma

J’ai fait des études de lettres modernes comme certains le savent déjà. J’ai obtenu une licence de lettres modernes où j’ai suivi un parcours « enseignement ». J’hésitais entre ce domaine (principalement par sécurité – même si j’ai aussi le goût pour l’enseignement) et le journalisme (et à l’heure actuelle, je compte finalement… de combiner les deux, oui, oui). Parce que je voulais surtout faire du journalisme cinéma, pas nécessairement envie de m’occuper de tout le reste. Cela peut expliquer pourquoi je ne me suis pas totalement lancée à fond dans le journalisme (même si j’y avais déjà mis un pied en bossant pendant un an et demi dans le grand journal régional de chez moi – une riche expérience), comme si j’avais déjà pris conscience que quelque chose clochait. Bref, comme quoi, je tentais déjà, par ce rêve, de m’accrocher au cinéma.

Puis, un peu par hasard finalement, par insouciance aussi, je me suis lancée dans un master recherche en littérature comparée. Travailler sur mes mémoires a été passionnant, je ne peux pas le renier, je suis même fière de mon diplôme. Et pourtant j’ai souffert durant mes deux ans de master : je me demandais ce que je foutais là. J’avais gagné confiance en moi pendant mes trois ans de licence, et là en deux ans quelque chose en moi s’est cassé. Attention, je ne regrette pas mes études. Déjà, parce que ça sert à rien de raisonner comme ça. Ce n’est pas de toute façon pas un article pour dire que je regrette des choses : les choses sont désormais faites, j’avance avec ce que j’ai actuellement pour trouver l’avenir qui me pourra me combler entièrement. Je pars aussi du principe que je peux tirer du positif. Puis, pour des raisons très personnelles, faire des études me tenaient à coeur. Je ne voulais pas faire des études intellectuelles pour briller en société, j’en ai strictement rien à foutre de ça, disons-le tout de suite. Ma démarche était bien plus profonde. 

J’aime lire et écrire, comme sur mon blog, sur d’autres sites / blogs, dans mes carnets en espérant que certains de ses écrits ne restent pas éternellement dans des tiroirs. J’aide même des gens à écrire des livres (et cette année, en étant payée !). Mon rêve serait même de publier un jour un roman ou un recueil de nouvelles. Ou même de suivre un cinéaste ou un acteur sur plusieurs années (l’appel est lancé !). Pourtant, je ne me sens pas littéraire et je ne me suis jamais sentie littéraire. Je n’oublie jamais une chose : si j’ai ce parcours, c’est finalement grâce et à cause de ma passion pour le cinéma. Tout vient de là.

Les années lycée et les débuts de certaines prises de conscience

Au collège, alors que j’allais déjà au cinéma régulièrement, en alternant très régulièrement blockbusters et cinéma d’art et d’essai (c’était autant une passion qu’un refuge), lire était pour moi une épreuve insurmontable : cela surprenait toujours car j’adorais les cours de français. Mes seules lectures se limitaient aux magazines cinéma et people. Mais un roman, pour moi, c’était un calvaire au collège. Puis, ça s’est débloqué en seconde. Je suis tombée sur une jeune prof qui m’a fait comprendre que la lecture n’était pas une chose se limitant à faire des fiches de lecture pas très palpitantes. J’ai réalisé que la littérature pouvait éventuellement raisonner en moi comme le cinéma : derrière les histoires et les différentes techniques utilisées par les auteurs, il y avait derrière un sens à trouver qui en racontait encore plus sur les personnages et même sur soi. J’ai donc commencé bêtement à lire des romans adaptés de films. J’imagine que ça m’a poussée plus tard à m’intéresser à la littérature comparée. J’aime la littérature, je suis heureuse qu’elle ait pris de la place dans ma vie. Mais ma passion principale a toujours été le cinéma.

Pourtant, au lycée – un petit lycée privé hors contrat hippie très bizarroïde sur les bords avec que des paumés sortant du système scolaire pour diverses raisons – j’ai eu envie de me lancer dans l’audiovisuel. J’aimais le cinéma depuis mon entrée au collège et cela allait de soi à l’époque de m’intéresser à des études de cinéma. A l’école ou ailleurs, face à l’éternelle question « mais tu veux faire quoi plus tard ? », deux réponses : critique cinéma ou carrément réalisatrice (qui s’est transformée plus tard en scénariste). Certes, comme vous l’avez compris, ma section audiovisuelle était vraiment riquiqui, ce que j’ai fait ne correspond certainement pas à ce que font les élèves de cette section dans des lycées traditionnels. Mais je m’en foutais : c’était ma passion. Je m’en fichais aussi de rester au bahut mes mercredis après-midis même si je savais pertinemment que ce qu’on faisait dans ce lycée complètement bizarre n’était pas fou. Je savais aussi que j’y apprendrai quoiqu’il arrive des choses et je pensais réellement que le cinéma ferait partie de mon avenir professionnel une fois le bac en poche. Mais le lycée se déroule sur trois ans et en trois ans il peut s’en passer des choses dans la vie et dans la tête d’une adolescente.

En seconde, je me suis donc retrouvée dans une petite classe… de mecs. Oui, j’étais bien la seule fille. Et vous vous imaginez bien que c’était la même chose pour ma section cinéma. Je ne m’en suis pas aperçue tout de suite (il faut dire que je devais déjà gérer le sexisme ambiant que j’ai subi chaque jour pendant quatre mois – je ne me remercierai jamais au seul gentil camarade qui a su mettre fin à ça) mais avec le recul, je me souviens grosso modo de deux choses :

  • Un gars A demande à un autre gars B (B étant le fameux gars qui est intervenu face à la bande de demeurés qui me harcelait quotidiennement – oui, donc INTERVENEZ si vous voyez quelqu’un se faire harceler) s’il a vu Blade Runner. B lui répond que oui et se tourne vers moi pour savoir si je l’avais vu. Je n’ai même pas le temps de répondre que A intervient : « nan mais elle, elle peut pas avoir vu ce film ! ». Bah si mon coco. Et ça, ce n’est qu’un petit échantillon. Les autres gars étaient vraiment étonnés que je puisse aimer autre chose que Dirty Dancing ou d’autres films « de filles ». Que je puisse juste aimer le cinéma.
  • Le prof de cinéma, le cas le plus compliqué. Parce que je l’aimais bien en plus, il nous emmenait voir des films gratos (même si j’ai vécu à cause de lui deux séances qui se sont transformées en calvaire) et nos échanges étaient parfois intéressants et très enrichissants. Mais j’avais toujours l’impression qu’il ne me prenait pas totalement au sérieux même s’il pouvait dire le contraire. Que j’étais considérée différemment. Qu’il était toujours surpris par les films que je regardais. Qu’il s’attendait à ce que j’aime des films dit « féminins » et pas forcément le reste. Alors que pour les autres élèves, il ne se posait pas plus la question que ça. Alors, tu te sens obligée de devoir faire tes preuves. Et il ne m’a jamais encouragée à la réalisation même quand j’ai vaguement tenté de me lancer (ouais, bon, c’était quand même de la merde, hein). Non, pour lui (et c’est ce qu’il avait dit à ma mère), je devais plutôt me spécialiser dans l’écriture de scénario. Alors, certes, j’ai conscience qu’il était peut-être lucide pour mon non-talent derrière la caméra, qu’il avait compris que j’aimais tout simplement écrire. Mais tout de même, ça fait des années que ça me travaille.

Bref, ce sexisme, je l’ai finalement souvent ressenti que ce soit en cours, en sortant, en discutant avec des gens IRL ou sur les réseaux sociaux. Une petite parenthèse s’impose.

Ma coup de gueule contre le sexisme 

« Ah bon, tu aimes le cinéma ? » me répond-on souvent. C’est dingue, on ne pose jamais cette question avec un air ahuri à un homme.

A l’origine, comme je le disais dans mon introduction, tout est parti d’une question sur le sexisme dans la blogosphère même si finalement mon billet ne porte uniquement sur cette question. Encore une fois, je sais qu’il y a des cas de sexisme (voire même de harcèlement) bien plus flagrants et plus graves que le mien et j’espère que ces cas-là seront vivement dénoncés. Je ne cherche pas à me victimiser, ni à piquer la vedette. Mais être une femme cinéphile n’est pas une chose si facile.

Le déclic que j’ai eu par rapport au sexisme sur la blogosphère m’a parlé. Oui, j’ai peut-être des complexes, des doutes liés à d’autres problèmes personnels, je ne m’en cache pas. Mais je pense aussi qu’être une fille ne m’a pas aidée. Il y a quelque chose au fond de moi qui reste convaincu que les choses auraient été différentes si j’avais été d’un autre sexe. Que ces petites choses que j’ai minimisées, que je continue même parfois de minimiser ont aussi joué leur rôle à la femme que je suis aujourd’hui et à certains de mes choix.

Oui, que ce soit dans la blogosphère ou dans la vie de tous les jours, je me sens différente en tant que cinéphile à cause de mon sexe et même par rapport à ma façon d’être. Je suis étonnée qu’on ne parle pas tant que ça de ce problème qui selon moi est bien présent. Je ne pense pas être la seule à le minimiser. Par exemple, on sait publiquement – même s’il y a heureusement des progrès pour faire évoluer les mentalités (et tant mieux) – qu’il y a un fort sexisme dans le monde du sport ou celui des jeux vidéos. On me dira qu’il y a du sexisme partout – c’est pas faux. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut atténuer ce qui se passe en ce qui concerne le monde joyeux des cinéphiles. Je ne mets évidemment pas tout le monde dans le même sac. Peut-être que ce sexisme frappe moins les gens parce qu’il y a de plus en plus de cinéphiles filles qui s’affichent notamment sur les réseaux sociaux. Peut-être parce qu’on entend souvent des discours de cinéphiles qui défendent les femmes que ce soit au cinéma mais aussi tout simplement dans la société. Bref, le cinéma, c’est un milieu autant populaire qu’intellectuel : il est de bon ton de montrer son ouverture d’esprit, sa tolérance, son féminisme même. Mais les choses sont parfois bien différentes de ces discours très propres et louables. Maïwenn disait dans une interview pour Première que le cinéma était un truc de mecs, que ça faisait appel « à ses hormones masculines ». On lui a jeté des pierres alors que je suis intimement persuadée que beaucoup plus de gens qu’on le croit partagent cet avis.

Certains me connaissent et / ou voient à quoi je ressemble. J’aime prendre soin de moi, me maquiller, porter de jolies robes ou des petites jupes tout en restant assez « classique » dans le sens où je n’affiche pas forcément de grandes excentricités. Bref, rien de bien fou non plus, je suis comme beaucoup de filles. Mais à en croire certains, je suis une fille « superficielle ». Bah oui, parce que si tu te maquilles, t’es forcément conne, c’est bien connu. Et si on est une fille « superficielle », on ne peut éventuellement pas être cinéphile : visiblement, c’est incompatible. Si tu es fille qui a l’air « artiste », tu seras un peu plus acceptée. Comme quoi, on ne se débarrasse pas totalement de certains clichés, on continue de ranger les gens dans des cases. Et encore une fois, pour leur faire comprendre que tu aimes vraiment le cinéma, tu te sens obligée de faire tes preuves, de te justifier.

Paradoxalement, certains aiment bien ma gueule (il ne faut pas s’étonner si je ne veux toujours pas mettre ma tête en photo de profil sur le blog et les réseaux sociaux en tant que Tinalakiller). « Tu es ravissaaaaaante », « tu es resplendissaaaaaante ». Les compliments font plaisir, on ne va dire le contraire. Moi-même je complimente les gens. Mais il y a une différence entre faire un compliment et être lourd. Oui, j’ai déjà été très mal à l’aise face à certaines remarques. Est-ce que des blogueuses ou même juste des filles sur les réseaux sociaux se comportent de cette manière ? Non. En général elles se limitent à un commentaire bref et courtois. Pas à « MAIS TU ES TROP BEAAAAAAAAUUUU ».

Bonjour la fac de lettres

Je n’avais pas les moyens d’aller dans une école de cinéma même si les propos du prof ne m’avaient pas laissée indifférente. Et je n’étais pas sur Paris. Et ça me faisait flipper de tout quitter pour la capitale, je n’étais pas assez mature pour ça. Et encore une fois, il y avait aussi ce désir d’aller à la fac quoi qu’il arrive. J’aimais lire, écrire (j’écrivais à cette période aussi bien de sortes de nouvelles que des chansons ou des bribes de scénario), je tenais aussi mon ancien blog : aller en lettres était logique en terminale. C’était même mon seul voeu sur APB alors que l’année précédente, j’hésitais encore entre plusieurs sections. Je ne sais pas comment traduire ça : était-ce une envie profonde d’aller en lettres ou étais-je déjà au fond de moi un peu blasée par mon sort comme si j’avais décrété que faire des études ou un métier en rapport avec le cinéma serait pour moi impossible ? En tout cas, mes parents pensaient que j’irai en licence de théâtre, de psychologie ou en langues, ils étaient les premiers étonnés lorsqu’ils ont vraiment réalisé que j’allais en lettres.

Je suis donc entrée en lettres modernes en septembre 2011. Je n’ai pas eu totalement de chance : en 2012 (j’avais donc déjà validé ma L1 et je n’avais pas forcément envie de tout recommencer), une nouvelle licence, « lettres modernes et cinéma » était proposée dans mon université. Mais bon, même en bouffant beaucoup de littérature et d’autres matières très marrantes (la grammaire, l’ancien français, ouais c’est funky),  je me suis toujours débrouillée dès que j’en avais l’occasion pour suivre des cours en rapport avec le cinéma (et je ne regardais même pas si les heures me dérangeaient ou non, c’était vraiment ma priorité de caler ces cours quoiqu’il arrive), comme si j’avais ressenti depuis le début de mes études universitaires un manque ou une sorte de frustration.

Je décroche ma licence en 2014. Je dois prendre une décision sur mon avenir. Cette question m’a tracassée pendant les deux premières années de licence. Mais étrangement mon état d’esprit est plus léger en troisième année, que j’ai vécue comme des « vacances », avec de très bons résultats. Je me sens bien dans ma fac à cette période-là, plus que d’habitude. Cela a peut-être influencé mes choix futurs. Le cinéma était en tout cas toujours dans mes pensées mais pas au point de me lancer dans des études de cinéma (ça, j’avais laissé tomber l’idée depuis mon entrée en licence, presque par fatalisme). Je pensais alors encore et surtout au journalisme cinéma. Tenter les concours pour entrer dans une école de journalisme (que j’ai loupés) faisait encore partie de mes projets. Et à 21 ans, je ne me sentais vraiment pas prête pour l’enseignement (dans ma tête, je n’étais même pas du tout faite pour ça – et même actuellement je ne sais pas si je suis vraiment faite pour ça). Ni prête à réellement envisager que je pouvais vraiment faire tout court.

J’ai découvert la littérature comparée dès la première année de fac. Je m’y suis retrouvée tout de suite. La littérature comparée est une discipline qui fonctionne par réseaux multiples, que ce soit entre différentes cultures ou encore entre différents formes artistiques. C’était pour moi le nouveau moyen pour ne pas abandonner le cinéma tout en ne lâchant pas non plus la littérature. En première année de master, pour le mémoire secondaire, j’avais choisi l’option « littérature et cinéma » (avec un prof de la section cinéma, et non de ma section). En deuxième année, je me dis que c’est l’occasion de me faire vraiment plaisir : je fais mon mémoire sur une étude comparative entre Le Salaire de la Peur de Georges Arnaud et ses adaptations cinématographiques. Je suis contente d’avoir pu faire ce mémoire même si je ne l’ai pas aussi bien travaillé que prévu (la fac en elle-même m’exaspérait depuis des mois, j’avais deux boulots à côté, j’étais pas non plus au top de ma concentration). Je me demande au fond si je ne l’ai pas un peu délaissée pour d’autres raisons.

Pourquoi pas le cinéma ?

« Pourquoi les lettres modernes » donc ? (oui, revenons à nos moutons après cette longue digression). J’avais souvent réponse à tout quand on me posait la question. En fait, tout ce que je vous disais faisait partie de mes réponses. Or, cette fameuse fois-ci, j’ai été très mal à l’aise. Comme si je prenais conscience de certaines choses. Dans ce sens, on peut compléter cette question à une autre : pourquoi pas le cinéma ? Après tout, j’avais les pieds à la fac, j’aurais pu faire cinéma.

Déjà, il faut savoir que chez moi, les études de cinéma à l’université débutent à partir de la troisième année donc dans tous les cas, il fallait que je suive une autre licence (si je voulais évidemment rester chez moi). Mais une fois arrivée en troisième année, j’aurais pu bifurquer. Je n’ai jamais entamé les démarches, comme si je m’étais sabotée. Pourquoi ? Au-delà d’être attirée par la recherche (on ne va pas non plus se mentir), je me sentais bien dans ma filière et je crois que j’ai voulu rester dans un endroit rassurant quitte à ne pas trop prendre de risques. J’avais l’impression de vivre ce que je n’avais pas tellement vécu au collège et au lycée.

Autre critère : la question de la sécurité de l’emploi. Cette fameuse interrogation a été au centre de mes cinq ans d’études. Et l’année qui a suivi la fin de mes études aussi. J’ai toujours été partagée entre la passion et la raison. La sécurité de l’emploi est certainement ce qui m’a le plus retenu. C’est déjà suffisamment compliqué quand on est en lettres (surtout quand on a un merveilleux rendez-vous avec les amis de Pole Emploi qui te rappellent bien à quel point vos études sont inutiles pour trouver du travail – à part pour être prof). Alors, en cinéma, vous imaginez l’angoisse même que j’aurais ressenti pendant tout un cursus ?

Mais surtout intervient un troisième problème : ne jamais me sentir à ma place. C’est certainement mon plus gros complexe. J’ai totalement conscience de mon manque de confiance en moi (cela dit, contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser de moi, je ne suis pas non plus la personne la plus complexée de la Terre : j’ai des complexes et des doutes comme grosso modo tout le monde).

Mes complexes

J’ai le malheur de me comparer aux autres. Je suis la première à dire qu’il ne faut pas se comparer aux autres gnagnagna. Mais je n’applique pas ce conseil pour mon propre cas. Je ne me suis pas lancée dans des études de cinéma parce que j’avais peur de ne pas être à la hauteur. Peur d’être pas assez cinéphile, d’être trop inculte, de ne pas comprendre et apprendre suffisamment la technique pour ne citer que ces exemples. Mais cela a entraîné un autre type de complexe : mon rapport sur la blogosphère. J’ai toujours trouvé cela génial les gens qui ont eu la possibilité d’étudier leur passion, d’en faire même leur métier. Je tiens sincèrement à les féliciter. Il n’y a pas de jalousie ou quoi que ce soit dans ma remarque.

Mais parfois, sur la blogosphère, j’avais l’impression que je n’étais pas totalement légitime par rapport aux blogueurs qui étaient dans des sections cinéma par exemple. Alors évidemment, quand on a des connaissances dans un domaine, c’est normal de les réutiliser. Personne ne dira pas le contraire. Mais il y a vraiment des fois où je me sentais vraiment comme une merde par rapport à certains. Je ne sais pas si certains avaient juste chopé le melon, si c’est moi qui complexais comme une imbécile dans mon coin ou s’il y avait peut-être un peu des deux.

Et finalement, petit à petit, j’ai fini par développer ce complexe au sein de ma propre promo en lettres. Surtout en master. C’est en partie (mais pas que) pour cette raison que j’ai mal vécu mes deux dernières années de fac. J’avais sans cesse l’impression que j’étais une arnaque, que je n’étais pas légitime par rapport aux autres, que j’étais plus inculte etc… Finalement, j’étais paumée : j’avais pris certaines décisions pour me sentir encore plus mal. Ce sentiment de ne pas jamais sentir à sa place, même quand tu as dépassé le stade du collège

J’arrête de broyer du noir 

Je te félicite et je te remercie si tu es arrivé au bout de cette lecture. On va terminer ce billet sur une petite note positive.

J’ai dit ce que j’avais sur le coeur depuis des années. Cela a le mérite de me faire du bien. De retrouver la motivation. De repartir du bon pied. De ne plus me laisser faire non plus.

Je n’ai plus envie de me laisser perturber par ces pensées. Le passé doit appartenir au passé. On ne peut pas revenir en arrière. Et je ne saurais jamais comment aurait été ma vie si j’avais effectué certains choix. Aurais-je été plus heureuse ? Je ne le saurai jamais. J’essaie de prendre désormais ma vie en main, de faire ce dont j’ai envie avec les moyens que j’ai, de savoir saisir les opportunités qui en valent la peine.