[MC2018] A Taxi Driver

réalisé par Jang Hoon

avec Song Kang-ho, Thomas Kretschmann, Yoo Hae-jin…

Drame historique coréen. 2h17. 2017.

titre original : Taeksi woonjunsa

sortie française  : 24 octobre 2017

Un film ni américain ni européen 

En 1980, un journaliste allemand est à Séoul pour faire son reportage sur le soulèvement  étudiant et syndical de Gwangju, s’opposant à la dictature de Chun Doo-hwan. Pour s’y rendre, il est obligé de prendre un taxi…

A Taxi Driver : Photo

A Taxi Driver (à ne pas confondre avec le chef-d’oeuvre de Martin Scorsese qui porte – presque – le même titre) est passé inaperçu en France et c’est pourtant si dommage étant donné qu’il vaut véritablement le coup d’oeil. Je ne peux qu’encourager les fans assidus de cinéma coréen à découvrir ce long-métrage qui a remporté un grand succès en Corée du Sud, en devenant même premier du box-office de 2017 avec ses 12 millions de spectateurs dans les salles là-bas. C’est tellement dommage qu’il ait eu une sortie aussi confidentielle. Il est tiré d’une histoire vraie, méconnue en Europe : le journaliste allemand Jürgen Hinzpeter se rend à Gwangju pour filmer les violentes luttes étudiantes et syndicales se déroulant en 1980. Face aux routes barrées par le gouvernement, il a besoin de quelqu’un connaissant bien le pays pour le conduire à sa destination. Il va donc faire appel à un certain « Kim Sa-bok », en tout cas c’est le nom qu’il lui donne. En réalité, on ne connaîtra jamais l’identité de ce chauffeur de taxi du titre qui a participé à la diffusion des images de ce soulèvement (d’où l’intérêt de l’article indéfini « un » dans le titre). Même la production du film n’a pas réussi à retrouver la trace de cet homme entré malgré lui dans l’histoire et préférant retourner dans l’anonymat. A Taxi Driver surprend pour son mélange de tons (sans vouloir faire de généralités, je constate qu’il s’agit pratiquement d’une « habitude » dans le cinéma coréen contemporain mais qui continue toujours de surprendre). Il commence sur un ton léger, voire même comique, même si la vie du Taxi Driver n’a rien de facile non plus : les personnages principaux sont encore loin des événements, ce ton impliquant alors une certaine distance avec la révolte à Gwangju. Il y a pratiquement un côté absurde dans la situation du chauffeur de taxi, peu informé dans ce qui se passe dans son propre pays : c’est finalement la figure de l’étranger qui va lui ouvrir les yeux. Le but n’est évidemment pas de dire que les Occidentaux sont supérieurs ou quoi que ce soit, mais de pointer du doigt le manque de communication en Corée pour mieux contrôler sa population.

A Taxi Driver : Photo

Petit à petit, le long-métrage prend une direction plus dramatique lorsque les protagonistes sont arrivés à leur destination, dans un climat de violence (loin des petites chamailleries nous faisant décrocher quelques sourires dans la première partie), réalisant les contestations des étudiants face au régime mis en place. Enfin, via un procédé peut-être parfois facile par moments, appuyant alors sur la véracité de l’histoire (notamment en nous exposant des images hors de la fiction), A Taxi Driver devient poignant dans sa troisième partie (je traduis : j’ai encore pleuré). Au-delà de nous livrer une réflexion intéressante mêlée à une vive émotion finale, le long-métrage porte un regard pertinent sur la question de l’héroïsme. Qui sont les véritables héros ? Ceux qui font connaître les grandes histoires ? Ceux qui y participent et y sont au premier plan ? Ceux de l’ombre ? A-t-on besoin d’être reconnu comme un héros pour en être un ? Rythmée, intense, sachant prendre en compte l’intimité et l’émotion de petits individus au coeur d’une page d’Histoire, la mise en scène est une belle réussite. Elle est également complétée par une approche esthétique plutôt surprenante par rapport à ce que j’imaginais avant de découvrir le film.En effet, dans un premier temps, l’esthétique semble assez proche d’un certain cinéma social. Puis, elle semble plus soignée lorsqu’on avance dans le film, face aux scènes plus enflammées. La photographie sublime alors la lumière. Cette transformation visuelle est logique par rapport à l’évolution narrative bien construite. Enfin, le duo Song Kang-ho/Thomas Kretschmann fonctionne également bien, même si l’acteur allemand s’efface parfois (à juste titre) pour son partenaire coréen, qui, décidément, ne déçoit jamais. Leurs personnages sont touchants grâce à leur complicité prenant forme au fur et à mesure des scènes malgré le barrage culturel et linguistique et leurs comportements s’adaptant naturellement à l’évolution historique. Ainsi, Peter est au départ un arriviste qui s’humanise et comprend alors peu à peu le véritable rôle que doit jouer un journaliste pour permettre à la vérité d’éclater dans le monde, une visibilité nécessaire pour faire changer les choses. Quant à Kim Man-seob (le nom a été modifié pour la fiction), il n’est qu’un homme ordinaire et humble vivant dans une situation précaire (il doit élever seul sa fille avec un petit salaire), qui pense avant tout à survivre en étant embarqué dans une situation qui le prend au dépourvu.

A Taxi Driver : Photo

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Wonder Woman

réalisé par Patty Jenkins

avec Gal Gadot, Chris Pine, Robin Wright, Connie Nielsen, David Thewlis, Elena Anaya, Danny Huston, Ewen Bremner, Saïd Taghmaoui…

Film fantastique, aventure, action américain. 2h20. 2017.

sortie française : 7 juin 2017

Un film que personne ne s’attendait à ce que vous aimiez 

C’était avant qu’elle ne devienne Wonder Woman, à l’époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s’écrase sur l’île paradisiaque où elle vit, à l’abri des fracas du monde. Lorsqu’il lui raconte qu’une guerre terrible fait rage à l’autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu’elle doit enrayer la menace. En s’alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l’étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin.

Wonder Woman : Photo Gal Gadot

Je ne m’en suis jamais cachée : j’ai globalement du mal avec les films de super-héros, non pas par mépris ou quoi que ce soit du genre, mais parce que je finis par me perdre avec tous ces projets qui ont l’air de sortir presque en même temps (et qui sont liés les uns avec les autres). Cela dit, alors que les projets Marvel m’ont rarement réellement convaincue, j’ai tenté de m’accrocher aux dernières productions DC. J’ai commencé par ce Wonder Woman (objet donc de ce billet) puis j’ai enchaîné directement par Man of Steel et Batman v. Superman (parce que j’aime bien faire les choses à l’envers). A ma grande surprise, même si je ne les idolâtre pas non plus, je dois avouer que j’ai plutôt apprécié cet ensemble de films qui se répondent (même si je ne me suis pas encore attaquée à Justice League qui, visiblement, serait très mauvais). Par conséquent, mon regard envers les films de super-héros est désormais plus bienveillant. Wonder Woman arrive à pic face à ces questions très actuelles et certainement nécessaires sur la représentation de la femme au cinéma ainsi que sur l’intégration que nous devons faire aux cinéastes femmes. Ainsi, on a particulièrement entendu parler de son record, celui d’être le film le plus rentable réalisé par une femme. De plus, face au nombre faramineux de films de super-héros occupant les salles obscures assez régulièrement, il est rare de voir un film du genre mettant en scène une héroïne (les quelques tentatives par le passé n’avaient pas été sensationnelles). Dire que Wonder Woman est un film féministe reste discutable (dans le sens où la question reste selon moi complexe et dépendra aussi certainement de notre propre vision et définition de ce concept). En revanche, il est certain que cette représentation de la femme fait partie des différents enjeux présents dans cette oeuvre. Le film a au moins le mérite de contribuer un petit changement dans l’industrie cinématographique et je suis certaine que des films grand public comme celui-ci ne peut qu’aider une nouvelle génération à avoir un regard plus ouvert sur notre monde. Au-delà de nous présenter une femme courageuse, intelligente, aux nobles valeurs et possédant une force physique incroyable, le long-métrage a le mérite de nous présenter une héroïne non sexualisée. Il faut dire qu’il y a dans ce personnage quelque chose d’innocent, presque d’enfantin, ce qui fait pencher la balance (et en plus, elle m’a fait penser à Captain America, pour qui j’ai de la sympathie). Certains ont pu être agacés par sa naïveté, mais en ce qui me concerne, je trouve que ce trait de caractère était plutôt le bienvenu dans le sens où Diana ne se limite pas qu’à être une bad-assMais Wonder Woman ne se limite pas à ce qu’il peut représenter.

Wonder Woman : Photo Chris Pine, Eugene Brave Rock, Ewen Bremner, Gal Gadot, Saïd Taghmaoui

Globalement, le spectacle est très plaisant : le film a beau durer 2h20 (durée habituelle pour les blockbusters d’après ce que je constate), il passe plutôt vite grâce à son rythme progressif (le début prend le temps de présenter ses personnages – des déesses dans un univers un poil kitsch) et des scènes d’action toujours lisibles et joliment chorégraphiées qui n’épuisent jamais les spectateurs. De plus, la mise en scène de Patty Jenkins est tout simplement efficace. J’avoue que je m’attendais au pire vu que je n’avais pas trop aimé son premier long-métrage Monster (le film qui a permis à une Charlize Theron enlaidie de décrocher son Oscar), je ne voyais pas trop pourquoi elle avait été choisie pour réaliser un film d’une telle envergure. Et pour un deuxième long-métrage (après avoir signé quelques épisodes par-ci par-là pour différentes séries), je dois admettre que Jenkins s’en sort plus que bien ! Au-delà d’un joli soin accordé à l’esthétique, très axé sur les tons bleutés mais sans tomber dans une certaine noirceur (contrairement aux autres films DC), la bande-originale de Hans Zimmer (qu’on adore dézinguer alors qu’il reste une valeur sûre) détonne, notamment avec ce thème qui sait rester dans nos oreilles et qui correspond bien à l’image qu’on se fait du personnage principal. De plus, les scènes d’humour (qui étaient absentes dans Batman v. Superman et Man of Steel) n’alourdissent jamais un propos intéressant pour ce type de grosses productions. Je ne trouve pas qu’on se retrouve dans le même cas que certains films Marvel qui usent cet humour jusqu’à la corde. J’ai également lu beaucoup de choses négatives autour de la relation entre Diana et Steve (Chris Pine, qui s’en sort pas trop mal alors que je n’apprécie pas plus que ça cet acteur), disant qu’elle cassait tous les enjeux éventuellement féministes – si on estime qu’il y en a. Or, je ne trouve pas qu’elle affecte le message positif pour les femmes ni qu’elle plombe même l’ambiance même du film. La romance est pour moi avant tout un moyen de renforcer l’humanité de cette figure antique. Bref, sans crier au génie ou autre, le résultat est largement à la hauteur de nos espérances, alliant plutôt bien enjeux artistiques et réflexions sur ce qu’être une femme dans un monde hostile mis en miettes par les hommes. En revanche, le combat final m’a plutôt déçue entre Wonder Woman et le méchant, dont on devine rapidement l’identité (je dis ça vu qu’il y a une sorte de pseudo suspense autour) est assez décevant, à l’image de la dernière demi-heure du film. Enfin, Wonder Woman bénéficie d’une formidable distribution.Gal Gadot est impeccable dans le rôle-titre, parvenant à mêler force physique et innocence par ses expressions candides : elle rend alors son personnage attachant et admirable. Le reste du casting est également plutôt convaincant (dont les charismatiques Connie Nielsen et Robin Wright). 

Wonder Woman : Photo Gal Gadot, Lucy Davis

[MC2018] I Don’t Feel At Home in This World Anymore

réalisé par Macon Blair

avec Melanie Lynskey, Elijah Wood, Jane Levy…

Film policier, comédie dramatique américain. 1h33. 2017.

sortie française (Netflix) : 24 février 207

Ruth Rimke est une infirmière dépressive et peu sûre d’elle. Suite à un cambriolage dans sa maison, face à l’inactivité de la police, elle se lance dans une enquête. Elle se fait aider par son voisin Tony afin de retrouver les cambrioleurs.

Macon Blair est l’acteur fétiche du jeune réalisateur ultra prometteur Jeremy Saulnier : Muder Party, Blue Ruin (un film important à mes yeux) et Green Room (une oeuvre remarquable avec le regretté Anton Yelchin). L’acteur américain, surtout vu dans des productions indépendantes (notamment avec le récent Florida Project où il interprétait, le temps d’une scène, le client d’une prostituée), passe pour la première fois derrière la caméra. I Don’t Feel At Home in This World Anymore (ouais, le titre est à rallonge et n’aidera certainement aux anglophobes à se réconcilier avec la langue de Shakespeare) a alors remporté le Grand Prix du Jury au festival de Sundance en 2017. Hélas, il connaît lui aussi une sortie directe sur Netflix, le sort désormais habituel de nombreux petits films. Connaître le cinéma de Saulnier peut être intéressant pour appréhender cette oeuvre de Macon Blair. Cela se ressent que Blair a puisé son inspiration chez le cinéaste qui l’a fait connaître (et accessoirement son meilleur ami depuis sa plus tendre enfance), que ce soit dans l’environnement dépeint, dans la facilité de changer de registre au sein du récit ou encore dans l’exposition même de personnages fragiles. Mais il ne cherche jamais à copier son pote tout comme il ne cherche pas non plus à copier d’autres grands noms. En effet, beaucoup n’ont pas hésite à comparer le film à l’univers des Coen, Ritchie ou Tarantino. Je ne sais pas si Blair a pensé à ces références en question mais je n’ai pas trouvé que son film ressemblait tant que ça aux oeuvres de ces grands noms (ou alors de loin et superficiellement). Si son film n’entrera pas au Panthéon des grands films (et n’a pas cette prétention), Macon Blair signe en revanche une oeuvre à la mise en scène autant efficace que personnelle, qui mérite le coup d’oeil. Sur le papier, rien de bien révolutionnaire dans cette histoire : une rencontre explosive entre deux losers (et évidemment l’union fait la force) dans un trou paumé et violent américain. On part alors d’une situation relativement banale (un simple cambriolage) qui prend de plus en plus d’énormes proportions.

Violence et humour noir combinés ensemble font également partie des ingrédients d’une recette classique mais qui fonctionnent pourtant indéniablement bien. A travers des changements de ton surprenants, le récit porte une progression détonante : la perte de contrôle de la situation amène un grain de folie, le film oscillant alors sans cesse entre le drame social et la comédie déjantée, en passant par le thriller. Macon Blair offre alors un regard sombre sur l’Amérique d’aujourd’hui (je vous promets de ne pas caler l’expression pénible « l’Amérique de Trump »), incapable de protéger ses citoyens, les conduisant à devoir faire justice eux-mêmes. Cela dit, et c’est peut-être aussi ce qui explique le charme et l’intérêt même de ce film, les personnages sont réellement intéressants : malgré un environnement violent, les poussant dans un engrenage brutal, les personnages sont inoffensifs. Ils auraient pu devenir des « méchants », or ils savent rester eux-mêmes et préserver leurs valeurs. Le film, plutôt bien rythmé, est alors un revenge movie-buddy movie, paradoxalement optimiste de ce point de vue-là. Enfin, le duo formé par Melanie Lynskey et Elijah Wood (j’ai toujours apprécié ces deux acteurs discrets et certainement sous-estimés) marche également du tonnerre, les personnages qu’ils incarnent étant très attachants et jamais surécrits comme cela peut arriver dans des films qui se veulent « excessifs ». Le regard posé sur ces personnages courageux est tendre : on ne se moque jamais de leur maladresse. Surtout, même si les personnages ne basculent pas du côté obscur, ils trouvent dans cette mission dangereuse un sens à leur existence morne. Si l’environnement n’est pas favorable, chacun peut prendre son destin en main. I Don’t Feel At Home in This World Anymore n’est pas forcément un film révolutionnaire et nouveau par rapport à son emballage formel, il ne restera pas non plus dans les annales (il lui manque certainement un je-ne-sais-quoi pour arriver à ce niveau) mais il a le mérite d’être une comédie noire plaisante et bien foutue et au contenu solide. Il s’agit d’un premier film réussi et on espère voir Macon Blair endosser de nouveau la casquette de réalisateur (même si je l’aime bien aussi devant). Et au passage, il s’agit selon moi d’un des meilleurs films par Netflix (et c’est regrettable qu’on ne mentionne pratiquement jamais alors qu’on nous bassine actuellement avec Okja et Annihilation qui seraient les meilleures oeuvres de la plateforme alors qu’il y a cette pépite en question).

[MC2018] Les Figures de l’ombre

réalisé par Theodore Melfi

avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer, Janelle Monáe, Kevin Costner, Kirsten Dunst, Jim Parsons, Mahershala Ali, Glen Powell…

titre original : Hidden Figures

Biopic, drame américain. 2h07. 2016.

sortie française : 8 mars 2017

Un film basé sur des faits réels

Le destin extraordinaire des trois scientifiques afro-américaines qui ont permis aux États-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale, grâce à la mise en orbite de l’astronaute John Glenn. Maintenues dans l’ombre de leurs collègues masculins et dans celle d’un pays en proie à de profondes inégalités, leur histoire longtemps restée méconnue est enfin portée à l’écran.

Les Figures de l'ombre : Photo Janelle Monáe, Octavia Spencer, Taraji P. Henson

Les biopics font partie des genres favoris des Oscars, ils finissent en tout cas souvent parmi les nommés. Ce fut le cas pour Les Figures de l’ombre, nommé à trois reprises aux Oscars (dans les catégories « meilleur film », « meilleure actrice dans un second rôle » et « meilleur scénario adapté »). Mais beaucoup de biopics ne sont pas particulièrement intéressants, se contentant de raconter des histoires qu’on peut tous connaître façon papi Wiki. Les Figures de l’ombre semble être calibré pour les Oscars au premier abord.  Mais étonnamment, le résultat est plutôt plaisant et bien foutu. Sa mise en scène n’est pas forcément révolutionnaire ni très personnelle mais elle est tout de même plutôt efficace. Le film est également soigné esthétiquement dans le sens où la reconstitution de l’époque est totalement crédible sans être too much. Surtout, il gagne en force par les discours qu’il défend avec efficacité et sincérité. En effet, le long-métrage raconte a priori simplement l’histoire incroyable de trois scientifiques afro-américaines, Katherine Johnson, Dorothy Vaughn et Mary Jackson, qui ont réussi à apporter à transformer le sort de la science (via la NASA) tout comme le sort des femmes et celui des personnes issus de la communauté afro-américaine : dans un monde et une époque qui les mettait de côté, ces femmes étaient des outsiders battantes et admirables. Katherine Johnson (interprétée par une impeccable Taraji P. Henson), une prodige en mathématiques dès sa plus tendre enfance, a fortement contribué au succès du premier vol orbital autour de la planète de l’astronaute John Glenn. Mary Jackson (incarnée par la pétillante Janelle Monáe) était diplômée en mathématique et physique avant d’intégrer la NASA. Mais elle ne pouvait pas prétendre à un diplôme d’ingénieur. Elle a alors dû se battre pour suivre un cursus plus poussé, ce qui était interdit à l’époque ségrégationniste. A la fin de ses études, Mary Jackson est devenue la première ingénieure noire de la Nasa. Quant à Dorothy Vaughan (Octavia Spencer a l’air de jouer toujours le même type de personnages et pourtant on ne s’en lasse pas), elle a rapidement compris que les calculateurs humains seraient rapidement dépassés par les ordinateurs : elle a donc appris le langage de programmation FORTRAN. Elle est donc devenue la première manager noire de l’histoire de l’agence. Bref, le film reprend, de manière romancée, ces informations que vous retrouverez facilement à droite et à gauche.

Les Figures de l'ombre : Photo Janelle Monáe

Cela aurait pu être très plat, en se contentant de livrer aux spectateurs des informations ou de rappeler quelques pages de l’Histoire pour ceux qui les connaissaient déjà. Or, la force des Figures de l’ombre d’avoir su intégrer trois discours à défendre tout en livrant un scénario cohérent et clair pour le grand public : ainsi, la cause afro-américaine, le féminisme et la course à la grandeur nationale par la conquête spatiale sont au coeur de ce film. Ainsi, ces trois thèmes s’emboîtent logiquement bien : cela permet alors au long-métrage d’être encore plus universel qu’il ne l’est déjà. Surtout, on peut aussi établir un autre parallèle avec cette guerre contre les Soviétiques : il faut être plus fort et intelligent que nos adversaires pour atteindre nos objectifs. Le film ne se limite alors pas à son arrière-fond engagé pour le féminisme et pour la lutte pour les droits civiques. Les Figures de l’ombre parle plus globalement de l’héroïsme à tous les niveaux. Rattacher cet héroïsme  avec la conquête spatiale est une idée pertinente : battre à ce moment-là les Russes était essentiel. Et voir ces femmes contribuer à la réussite américaine alors qu’elles sont rejetées par une Amérique raciste et misogyne a quelque chose de fort : au-delà de la dénonciation d’une époque pas si lointaine que cela, le film appuie encore plus l’hypocrisie et la violence des Etats-Unis face à ces sujets douloureux. Si ce biopic fonctionne malgré son évident académisme, c’est certainement parce que le ton est plutôt plaisant. Oui, la fin est plutôt touchante puisque chaque personnage parvient à son but, mais le film en lui-même n’est jamais larmoyant. Même si les enjeux sont dramatiques, le ton est plutôt léger et des notes d’humour sont souvent présentes sans qu’elles plombent le propos du long-métrage. Les personnages, aussi bien nos trois héroïnes que les personnages secondaires, sont également tous attachants (je pense ici au personnage de Mahershala Ali) ou intéressants (les racistes ne sont pas caricaturaux en mode « coucou nous sommes des méchants »). De plus, à l’heure où nous continuons à nous interroger sur le féminisme, sa définition ou encore son rôle à jouer, cela fait en tout cas du bien de voir des héroïnes ordinaires, entrées dans l’histoire pour leur intelligence et les combats qu’elles mènent. Les Figures de l’ombre est donc une oeuvre touchante et attachante et importante bien rythmée parvenant à délivrer avec efficacité un message fort.

Les Figures de l'ombre : Photo Janelle Monáe, Octavia Spencer, Taraji P. Henson

[MC2018] Le Bonhomme de Neige

réalisé par Tomas Alfredson

avec Michael Fassbender, Rebecca Ferguson, Charlotte Gainsbourg, Chloë Sevigny, J.K. Simmons, Val Kilmer, David Dencik, James d’Arcy, Toby Jones, Jakob Oftebro…

titre original : The Snowman

Thriller, policier américain, britannique, suédois. 2h. 2017.

sortie française : 29 novembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

Un film qui a eu de mauvaises critiques

Lorsque le détective d’une section d’élite enquête sur la disparition d’une victime lors des premières neiges de l’hiver, il craint qu’un serial killer recherché n’ait encore frappé. Avec l’aide d’une brillante recrue, il va tenter d’établir un lien entre des dizaines de cas non élucidés et la brutalité de ce dernier crime afin de mettre un terme à ce fléau, avant la tombée des prochaines neiges.

Le Bonhomme de neige : Photo Michael Fassbender

Il y a pratiquement un an, je dévorais en un seul jour le roman Le Bonhomme de neige, écrit par Jo Nesbø. Un polar hyper bien foutu, avec du suspense jusqu’au bout, et un regard très sombre sur des statistiques alarmantes sur la paternité (je reste volontairement vague pour ne rien dévoiler) chez les pays scandinaves. Pratiquement une semaine après cette lecture passionnante, je découvrais alors sur le Net l’existence d’une adaptation cinématographique à venir dans l’année 2017. Comment ne pas être enthousiaste ? En plus d’adorer le matériau d’origine, on m’annonce un beau casting (même si sur le papier, je trouvais Michael Fassbender un peu trop jeune et beau gosse pour le rôle, mais je n’avais pas spécialement envie de m’arrêter sur un petit détail comme ça), un réalisateur de qualité (Tomas Alfredson a signé le sublime film de vampires Morse) et un producteur que je vénère (le maître Scorsese). Et puis, un peu avant sa sortie, les exécrables critiques à son encontre sont tombées. J’étais un peu effrayée par cette avalanche de négativités mais j’espérais au fond de moi un simple acharnement un poil exagéré comme ça arrive pour certains films. Hélas… la presse et la blogosphère ont raison : il s’agit bien d’une catastrophe de A à Z. D’après ce que j’ai compris, le scénario n’était pas terminé… pendant le tournage. Et on a envie de dire que cela se voit à l’écran. Je sais que je vais peut-être saouler à vouloir trop comparer systématiquement avec le roman mais il me semble que ça m’a aidée à comprendre certaines erreurs. Le roman était alors très bien écrit dans le sens où il y avait déjà en quelque sorte un « montage » suffisamment efficace pour tenir le lecteur en haleine. Je ne prétends évidemment pas être monteuse ou scénariste, je ne dis pas non plus ce qui aurait dû être fait. Et évidemment que c’est toujours intéressant de s’éloigner du matériau d’origine pour livrer sa propre vision d’une même histoire. Bien sûr que le travail d’adaptation est toujours quelque chose de compliqué. Etre puriste et trop fidèle n’est pas toujours une garantie de signer un bon film. Mais là, dans le cas du Bonhomme de Neige, cela me semble réellement incompréhensible d’avoir changé à ce point ce montage déjà mis en place dans le roman. J’ai vraiment eu l’impression qu’ils se sont faussement et inutilement compliqués la tâche. Le changement de « montage » est donc déjà une première explication face à ce désastre. Mais il n’y a que ça qui est problématique dans cette adaptation.

Le Bonhomme de neige : Photo Rebecca Ferguson

Le Bonhomme de Neige souffre surtout d’un problème majeur : l’intrigue est inexistante. Traduction : les scénaristes ont littéralement supprimé l’intrigue du roman. Résultat : j’ai beau avoir lu le roman plutôt récemment (et je l’avais encore bien en tête), j’ai réussi à ne pas comprendre ce qui se passait à l’écran (cela relève de l’exploit). Je me demande comment les spectateurs qui n’ont pas le bouquin ont réagi et surtout ce qu’ils ont pu comprendre. Que les scénaristes aient eu envie de faire leur adaptation à leur sauce est évidemment envisageable mais là ce choix-là n’a juste aucun sens. On se demande presque s’ils ont même lu le même roman. Et suivre un film pendant deux longues heures sans rythme (l’adjectif « mou » est faible), sans ambiance (le réalisateur ne s’empare jamais de ses décors nordiques pour créer une quelconque tension) et surtout sans intrigue, et avec un montage ultra bordélique devient très vite un cauchemar. De plus, sans cette intrigue, on perd complètement le propos autour de la paternité. On voit vaguement que ça évoque ce sujet mais on n’en fait strictement rien. Autre problème, regrettable dans un polar : le tueur. Soyez rassurés : les scénaristes ont gardé le même assassin que dans le bouquin. Vu le carnage, à ce stade-là je m’attendais presque à un changement de personne. Cela dit, le tueur devient terriblement banal. Contrairement au roman où on hésitait sur l’identité de ce tueur et où on cherchait au fil des pages à trouver les différents indices, il n’y a strictement aucun suspense dans le film. Ni la mise en scène, ni le montage, ni le scénario (surtout le scénario en fait) ne cherchent jamais à nous brouiller les pistes ou à multiplier : en fait, j’ai presque envie de dire qu’il n’y a qu’un seul suspect qui apparaît à l’écran. Ce n’est vraiment pas compliqué pour deviner, il ne manquerait plus qu’un énorme panneau pour nous le signaler. Face à une écriture médiocre et une mise en scène inexistante, il est difficile pour les acteurs d’être bons. Michael Fassbender en particulier semble se demander ce qu’il fout là en incarnant une caricature d’alcoolo sans profondeur. C’est la première fois que je le vois mauvais. Le Bonhomme de Neige n’est alors pas uniquement une adaptation à côté de la plaque. Il ne s’agit même pas d’un polar correct comme je m’y attendais. Ce n’est même pas divertissant : le film est tout simplement foireux et même inutile. 

 

Le Bonhomme de neige : Photo Charlotte Gainsbourg

[MC2018] La double vie de Véronique

réalisé par Krzysztof Kieslowski

avec Irène Jacob, Philippe Volter, Guillaume de Tonquédec…

titre original : Podwojne zycie Weroniki

Drame polonais, français. 1h38. 1991.

sortie française : 15 mai 1991

Un film avec un prénom dans le titre

Il y a 20 ans dans deux villes différentes (en France et en Pologne) naquirent deux petites filles pareilles. Elles n’ont rien en commun, ni père, ni mère, ni grands parents, et leurs familles ne se sont jamais connues.
Pourtant elles sont identiques : toutes deux gauchères, aiment marcher les pieds nus, et le contact d’un anneau d’or sur leurs paupières. Et surtout, toutes deux ont une voix magnifique, sublime, un sens musical absolu, et la même malformation cardiaque difficilement détectable. L’une profitera des expériences et de la sagesse de l’autre sans le savoir. Comme si chaque fois que la première se blessait avec un objet la seconde évitait le contact de ce même objet.
C’est une histoire d’amour, simple et émouvante. L’histoire d’une vie qui continue, quittant un être pour se perpétuer dans le corps et l’âme d’un autre être.

Je n’aime pas spécialement Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (enfin, je ne le déteste pas non plus, juste qu’il ne m’emballe pas plus que ça). Vous allez me demander pourquoi je vous évoque notre Amélie nationale (alors que j’annonce un autre film) ? Il aurait été inspiré par le long-métrage franco-polonais La Double vie de Véronique. J’étais donc curieuse de voir comment un film ultra médiatisé et désormais culte peut s’inspirer d’une autre oeuvre certes reconnue par un petit cercle de cinéphiles mais qui n’est pas non plus très connue ni vue par un large public. Après mon visionnage, les liens entre les deux films sont a priori évidents (d’un point de vue artificiel) : la Véronique du titre (enfin plutôt les Véronique) a une ressemblance physique avec notre Amélie (avec les mêmes cheveux courts noirs et ce visage enfantin) et l’esthétique est également assez proche, avec ces mêmes filtres jaunes faisant ressortir un côté très conte et hors de la réalité. Globalement, les deux oeuvres mettent en avant des personnages féminins, qui ressentent des émotions étranges, pas toujours explicables, mais finalement terriblement humains. Mais les ressemblances s’arrêtent effectivement là, les tons abordés sont différents tout comme les sujets évoqués. On ne va pas se mentir : La Double vie de Véronique n’est pas le film le plus accessible au grand public (son côté « film d’auteur » très assumé peut certainement faire peur). Il faut accepter son postulat de départ étrange voire même mystique, à partir de ce lien entre deux femmes similaires mais qui ne vivent pas au même endroit, qui ne partagent même pas la même langue, mais qui sont connectées alors qu’elles ne se connaissent pas. Je ne peux pas dire qu’il s’agit désormais de mon film préféré ou que je peux prétendre entièrement l’analyser de A à Z (car mine de rien, il y a de la matière et j’imagine qu’il faudrait même que je le revoie pour ne passer à côté d’aucun détail ni interprétation). Sa complexité, son manque parfois de compréhension (en tout cas, il faut chercher les différentes clés d’interprétation), qui auraient pu être des barrières (et qui le sont peut-être pour certains spectateurs), ne m’a pas empêchée d’apprécier cette oeuvre même si les 1h30 passent assez lentement. Nous sommes face à une oeuvre indéniablement unique et hypnotique, qui nous plonge dans une expérience sensorielle, sensuelle et émotionnelle. Cela peut paraître idiot de dire ça, mais c’est typiquement le genre d’oeuvres qu’on a envie de défendre, de respecter même même si on n’adhère pas nécessairement à tout.

Via les thèmes abordés, un sens incroyable de la mise en scène et un résultat visuel épatant, Krzysztof Kieslowski parvient alors à retranscrire aux spectateurs des sentiments et sensations qui sont pourtant difficiles à décrire avec des mots (d’où la magie du cinéma utilisant un autre langage qui touche autrement) : le fait de se sentir observé, croire qu’il existe des choses qui ne relèvent pas de la simple coïncidence (le rôle du marionnettiste semble en être une métaphore). Même si le film ne parle pas vraiment de ça, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à d’autres types de phénomènes, peut-être moins mystiques, comme le « déjà-vu ». Bref, ce sont des choses qui me parlent. J’aurais envie de dire que le thème devrait parler à tout le monde mais je suis certaine que des spectateurs y seront hermétiques. Le thème du double est également élégamment mis en scène (la dualité est présente dans les moindres détails comme jusqu’aux reflets dans les vitres et miroirs) et bien traité. On dit que voir son double est un signe de mort. Et effectivement, le long-métrage met en scène ce tourbillon de vie et de mort qui ne peut pas échapper à l’individu : c’est peut-être aussi pour cela qu’il touche autant même s’il est mystérieux, laissant le spectateur face à tant d’interrogations. L’esthétique du film, sautant aux yeux, est une pure merveille, rendant ainsi le film autant troublant que poétique. Le long-métrage est également porté par la musique envoûtante de Zbigniew Preisner. Récompensée au festival de Cannes (prix totalement mérité), la discrète et talentueuse Irène Jacob livre une magnifique interprétation, à la fois troublante et mélancolique. Pour la petite anecdote, à l’origine étaient prévus dans les rôles principaux Andie McDowell (qui n’a pas pu obtenir le rôle pour des problèmes de contrat) et le réalisateur italien Nanni Moretti (qui s’est désisté pour des raisons de santé – qu’il explique si bien dans son magnifique Journal Intime). Justement, même si je ne suis peut-être pas non plus très objective (j’aime beaucoup le cinéaste italien), j’aurais préféré voir Moretti à la place du regretté Philippe Volter dont l’interprétation m’a laissée indifférente (enfin, on ne peut jamais refaire un film, il est désormais ce qu’il est, mais on va dire que j’aurais été curieuse de voir un autre interprète à la place). La Double vie de Véronique est un film fascinant, qui nous échappera un peu, mais ce n’est certainement pas un mal non plus.

[MC2018] Enfants non accompagnés

réalisé par Paul Feig

avec Dyllan Christopher, Wilder Valderrama, Tyler James Williams, Paget Brewster, Rob Corddry, Kristen Wiig…

titre original : Unaccompanied Minors

Comédie familiale américaine. 1h30. 2006.

sortie française (VOD) : 17 avril 2011

Un film se déroulant à Noël ou le soir de la Saint-Sylvestre

A la veille de Noël, une tempête de neige s’abat sur l’aéroport menaçant les départs en vacances de tous les passagers en attente.
Alors qu’ils se rendaient chez leur père, Deux « enfants non accompagnés » (UM), Spencer et sa petite soeur Katherine, se retrouvent bloqués et acheminés vers la salle des UM de l’aéroport, où sont réunis une douzaine d’enfants sans surveillance venus de tout les Etats-Unis.
Au milieu d’une ambiance survoltée, Spencer va se démener pour retrouver la liberté à l’aide de quatre enfants : Grace, la pauvre petite fille riche, Donna la petite frappe, Charlie la grosse tête et Timothy, le fan de comics. Tous ensemble, ils vont devoir surmonter leur différence et apprendre à s’entraider pour échapper aux autorités de l’aéroport, Oliver Porte, le responsable grognon des relations clientèle, son assistant larbin Zach Van Bourke, ainsi que tous les vigiles.

Dans l’ensemble, sans crier au génie, les comédies de Paul Feig (Mes Meilleures Amies, SpyLes Flingueuses, SOS Fantômes) me plaisent bien (pour certaines, on peut même dire « beaucoup »). A sa façon et plutôt modestement, il a su donner une sorte de nouvel élan à la comédie américaine, en mettant en scène des personnages féminins bien plus intéressants qu’elles en ont l’air, le tout sur un humour pas forcément très fin (qui « appartiendrait » selon certains à un univers masculin). J’étais alors curieuse de découvrir ses précédents longs-métrages dans le sens où je voulais voir s’il avait déjà cet univers avant de se faire connaître. Et heureusement qu’il y a Netflix pour me sauver : j’ai pu en rattraper un (qui est donc au coeur de ma chronique d’aujourd’hui comme vous l’aurez compris). Récolter des infos sur ce film en question relèverait presque de l’exploit ! Rien que sur le papier, Enfants non accompagnés ne correspond pas forcément à l’image qu’on se fait des films de Feig (et après l’avoir vu, je vous le confirme). On est très loin des films très féminins pour lesquels Feig est connu, peut-être même aux yeux de certains « féministes » possiblement revendiqués et surtout ayant un ton « trash ». Comme son titre l’indique, Enfants non accompagnés est un film qui a pour personnages principaux des enfants (seuls). Il s’adresse également à un jeune public notamment par ses gags et même par son histoire. Je n’ai pas pu m’empêcher d’établir un petit rapprochement (certainement facile) avec le film culte de Chris Columbus Maman j’ai raté l’avion (Home Alone). En effet, on retrouve ce même monde d’enfants livrés face à eux-mêmes le jour de Noël après ne pas avoir réussi à monter dans l’avion. On ne voit quasiment pas d’adultes à l’écran : le seul qui a un rôle un peu plus « important » est celui qui est censé gérer ce groupe d’enfants à l’aéroport. Mais cela dit, son interprète Wilmer Valderrama (Fez dans la série culte That’s 70s Show) a un visage assez enfantin, son personnage se range également rapidement du côté des enfants et apprécie la magie de Noël : lui-même est une sorte de grand gosse. Maman j’ai raté l’avion montrait alors comment le petit Kevin se débrouillait une fois rentré chez lui entre autres.

Ici, les gamins doivent apprendre à devenir à être dégourdis au sein même du lieu qui les abandonne. Le film de Paul Feig prend également une autre direction par rapport au long-métrage culte de Chris Columbus même si la critique autour de la non-préoccupation des enfants dans notre société occidentale reste finalement similaire. J’avoue avoir eu peur en découvrant les premières minutes du long-métrage, trop enfantin à mon goût (et avec les gags qui vont avec). De plus, les enfants ne sont pas forcément ni très intéressants (un peu trop stéréotypés et « gnangnan ») ni très bien interprétés (par ailleurs, on ne sait pas vraiment ce que sont devenus leurs interprètes). Et encore, on ne s’arrête pas là concernant les défauts évidents que comporte ce film. Pourtant, alors que c’était relativement mal parti, petit à petit, la sauce a fini prendre : justement, tout ce que je disais auparavant sur la dimension potentiellement « sociétale » (à mettre avec de gros guillemets évidemment) finit par prendre forme dans cette comédie sans prétention, qu’on pourrait mal juger à cause de son apparence gentillette. La seconde partie est certainement plus « intéressante » avec un discours plus « adulte » se combinant plutôt bien avec un univers et des gags enfantins. Les enfants se retrouvent effectivement à voyager seuls pour pouvoir rejoindre l’un de leurs parents souvent à l’autre bout du pays : ce sont tous des enfants de divorcés. Malgré ses airs mignons et sans accabler ni faire culpabiliser les parents divorcés (incarnés au passage par les seuls acteurs un peu « connus » : Rob Corddry, Paget Brewster et même Kristen Wiig), Enfants non accompagnés n’est pas un film si idiot contrairement à ce qu’on pourrait croire au premier abord, il évoque un sujet moins facile qu’on pourra le penser, sans faire pleurer dans les chaumières. Plutôt divertissant et rythmé, Enfants non accompagnés ne plaira certainement pas à tout le monde, certains le trouveront trop enfantin et ne parviendront pas à aller au-delà. Il s’agit d’un film plutôt moyen mais qui doit, selon moi, être pris pour ce qu’il est, à savoir une sympathique comédie familiale avant tout destiné pour un jeune public.

[MC2018] Collège attitude

réalisé par Raja Gosnell

avec Drew Barrymore, Michael Vartan, David Arquette, John C. Reilly, Molly Shannon, Leelee Sobieski, Jessica Alba, James Franco, Octavia Spencer, Garry Marshall…

titre original : Never Been Kissed

Comédie américaine. 1h47. 1999.

sortie française : 14 juillet 1999

Un film se déroulant dans un lycée / collège / université  

Si Josie Geller, rédactrice au « Chicago Sun-Times », rencontre le succès dans sa profession pour sa rigueur et ses compétences, sa vie privée est un véritable désert et elle attend encore le prince charmant qui lui donnera son premier vrai baiser. Quand son rédacteur en chef lui propose un reportage sur les lycéens des années 90, Josie, qui ambitionne de devenir grand reporter, accepte, bien que ses souvenirs de lycée soient quelque peu douloureux. Rassemblant tout son courage, Josie infiltre South Glen en tenue jeune, essayant d’adopter le style étudiant.

Collège Attitude est le premier film de la société de production de la sympathique actrice Drew Barrymore (« Flower Films » – le nom fait peur mais c’est pourtant cette même société derrière le génial Donnie Darko) qui s’est également attribué le premier rôle. Ce rôle principal en question est celui de Josie (en référence au dessin animé culte Josie et les Pussycats), une jeune journaliste de 25 ans qui doit faire le reportage de sa vie : elle se fait alors passer pour une ado dans un lycée pour enquêter (comment et qui est l’ado de son époque ?). Oui, un lycée, vous avez bien lu, il n’y a d’erreur de ma part, je suis même allée re-vérifier pour la rédaction de ce billet. Bref, ceci est tellement logique alors le film s’intitule en français Collège attitude. Il ne faut donc pas croire que les blems de traductions datent d’aujourd’hui et que tout était donc mieux avant. Revenons donc à notre Josie, la jeune adulte qui se glisse dans la peau d’une lycéenne dans le but de progresser professionnellement dans le monde du journaliste (visiblement, dans tous nos films, le métier de journaliste vend du rêve). Pas évident donc pour cette femme mal dans sa peau et encore vierge, qui a été malmenée et certainement harcelée durant ses années lycée. Bon, on se demande rapidement si cette histoire d’infiltration est réellement crédible (même si Drew Barrymore faisait très jeune – et avait également presque 25 ans comme son personnage), on sait d’entrée que l’histoire en elle-même est grosse comme un camion. Mais étonnamment, on peut éventuellement se laisser prendre au jeu, on a envie d’y croire même si l’histoire ne collerait en réalité pas nécessairement à la réalité. Je n’ai spécialement envie de descendre ce film qui n’a jamais prétendu être un chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit. Je savais très bien à quoi m’attendre en regardant ce teen-movie (en précisant que je n’ai aucun mépris pour ce genre même si je n’ai jamais prétendu en être fan). Le film est ce qu’il est : très daté dans son époque (avec tous les codes possibles des années 90), sans prétention, très Barbie. Drew Barrymore n’a jamais été une grande actrice mais pourtant on a toujours de la sympathie et de l’attachement pour elle même dans ses films et rôles les plus idiots. Je ne pense pas que David Arquette soit réellement un bon acteur mais dans les rôles d’idiots (comme dans Scream), son « interprétation » passe pas trop mal. Leelee Sobieski (je me suis aperçue que je connaissais très mal cette actrice) est finalement la réelle bonne surprise de ce long-métrage.

A noter au passage quelques petits seconds rôles (à l’époque ils n’étaient pas les stars qu’elles sont à l’heure actuelle) à droite et à gauche bien sympathiques : Jessica Alba, James Franco, Octavia Spencer… L’ensemble n’est pas désagréable à regarder (malgré des gags gros comme un éléphant), comme n’importe quel teen-movie et comédie romantique des années 90 (c’est moi ou ces deux genres ont du mal à se renouveler depuis quelques années ?). Bref, je ne vais pas vous mentir : j’ai même passé un sympathique moment devant ce film. Bon, on ne va pas s’attarder sur la mise en scène assez pauvre, en même temps, je n’ai pas voulu regarder ce film pour rechercher une possible qualité de ce côté-là. Par ailleurs, avant d’écrire cette chronique, je lui avais même accordé une petite moyenne. Mais après réflexion, quelque chose m’a réellement chiffonnée et qui m’a poussée à descendre légèrement ma note (même si la note est toujours quelque chose à prendre avec des pincettes, d’où l’intérêt de parler des films). La fin est problématique et je ne suis pas la seule à l’avoir remarquée. Attention, quelques spoilers : sans surprise (en même temps il ne fallait pas à s’attendre à en avoir), tout le monde au lycée finit par connaître le fameux secret dont le beau prof Sam (incarné par le très lisse Michael Vartan, qui semble avoir disparu de nos écrans), qui avait très envie de coucher avec son élève Josie (déjà tu sens une tension sexuelle entre un prof et possiblement une mineure – en tout cas du point de vue du prof, tu te poses des questions). Or, il devient fou furieux quand il apprend que Josie est en réalité une adulte… avec qui il pourrait alors réaliser alors son désir en toute légalité. Bref, je me suis demandée s’il s’agissait d’une apologie de la pédophilie au bout d’un moment. Sans déconner, je comprends le schéma pris par le scénario : dans ce type de films, il faut toujours que le personnage principal passe par cette étape où il se fâche avec son chéri / crush pour pouvoir mieux le reconquérir notamment en s’excusant ou en faisant tout pour réparer ses erreurs. Mais là il faut avouer que le scénario ne s’y prend nécessairement très bien, c’est assez maladroit pour rester gentille. College Attitude aurait pu être un film  plus « speggle » (seuls ceux qui ont vu le film comprendront de quoi je parle). Il a des défauts gros comme un camion mais je comprends les spectateurs « adeptes » de ce film, presque un peu nostalgiques.

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[MC2018] The Escort

réalisé par Will Slocombe

avec Lyndsy Fonseca, Michael Doneger, Bruce Campbell…

Comédie, romance américaine. 1h30. 2015.

sortie française (VOD) : 12 septembre 2016

Un film qui n’est pas sorti dans les salles en France

Un journaliste accro au sexe et en manque de bonne histoire décide de s’inscrire dans une agence d’escort-girl.

The Escort : Photo Lyndsy Fonseca, Michael Doneger

The Escort est un sympathique petit film indépendant sorti directement en VOD (il est notamment disponible sur Netflix à l’heure actuelle). Je ne sais pas s’il méritait nécessairement de sortir dans une salle française (il faut dire que pas grand-monde ne l’aurait vu, déjà qu’il a du mal à se trouver une place parmi les VOD) mais il reste regrettable qu’il ne soit pas plus connu. Certes, l’ensemble ne marquera pas forcément les esprits mais il n’est pas non plus inintéressant malgré quelques défauts notables indéniables. Le scénario a été écrit par l’acteur principal, le méconnu Michael Doneger (il incarne le journaliste obsédé sexuel loser qui va s’intéresser à Veronica pour écrire l’article de sa vie). Si son interprétation reste tout juste correcte (il faut dire qu’il n’a pas non plus un charisme imposant), son travail en tant que scénariste reste intéressant. Certes, The Escort est, à l’image d’un Pretty Woman de Garry Marshall, plus une comédie romantique bien rythmée sans prétention autour d’une prostituée qu’une simple comédie présentant éventuellement la réalité souvent difficile et sombre du plus vieux métier du monde. Certes, on aurait pu s’attendre à davantage d’approfondissement (notamment autour du sexe exposé sur Internet, sujet intéressant mais vite zappé). Certaines scènes nous présentent possiblement les différents obstacles rencontrées par les prostituées (violence de certains clients, problème du consentement, la question d’un mac ou non) mais cela reste tout de même très édulcoré par rapport à la réalité que vivent ces femmes, même parmi les prostituées de luxe (petit rappel notamment avec The Girlfriend Experience de Steven Soderbergh). Son regard sur la prostitution n’est finalement pas ce qu’il y a de plus pertinent ni révolutionnaire. En revanche, le film gagne des points lorsqu’il aborde plus globalement la question de la surconsommation de sexe. Le film tente d’aborder d’autres sujets (certes autour du sexe, au moins il ne s’éparpille pas) et ne se limite pas à une simple observation sur la vie d’une prostituée : cela touchera davantage plus de gens.

C’est certainement aussi par cette interrogation que le personnage de Veronica nous paraît d’emblée sympathique. Le procédé est plutôt pertinent : on (« on » étant général) aurait tendance à émettre un mauvais jugement envers Veronika à cause de sa profession. Or, est-ce que les assoiffés de sexe consommateurs des applis de rencontre « valent-ils mieux » que des personnes qui se font payer pour avoir des relations sexuelles (tout comme on peut faire le parallèle avec les clients qui payent pour avoir des relations sexuelles même si le film ne prend pas en compte ce point de vue) ? La réflexion autour de la surconsommation de sexe via un parallèle entre les deux personnages principaux n’est pas révolutionnaire mais elle reste tout de même suffisamment pertinente. Le sujet peut faire fuir (tout comme son titre), on s’attend sur le papier à un film « osé » : il n’y a quasiment pas de scènes de sexe, juste une seule (et elle est assez drôle). Le but est de signer un film universel autour de notre rapport avec le sexe sur un ton léger, il n’y a pas la volonté de mettre mal à l’aise le public et de tomber facilement dans une ambiance glauque (même si encore une fois, on est certainement loin d’une triste réalité). La mise en scène de Will Slocombe (inconnu au bataillon) n’est en revanche pas bien folichonne. Cela dit, étant donné qu’elle reste tout de même correcte, on n’est pas non plus choqué par le résultat par rapport à ce qu’on attendait du film. Je disais auparavant que le personnage de Veronika/Natalie était sympathique notamment via le parallèle établi entre elle (et sa profession) et le journaliste (et ce qu’il fait dans sa vie privée). Cela dit, cela serait une réflexion limitée. Veronika a tout ce qu’il faut pour qu’on s’attache à elle. Et son actrice, Lyndsy Fonseca (vue, entre autres, dans Kick Ass 1 et 2 ou encore The Ward), aide aussi énormément à la trouver sympathique et charismatique. Enfin, dans les seconds rôles, face à tant de gens méconnus voire même pas du tout connus, on retrouve le toujours agréable Bruce Campbell dans un rôle littéralement cool (il incarne plus précisément le père du journaliste). Bref, The Escort n’est donc pas le film du siècle, mais il vaut tout de même le coup d’oeil pour ses thèmes abordés, surtout pour la rencontre de deux consommateurs de sexe.

Movie Challenge 2018 : c’est parti !

On vous l’avait promis : Lilylit et moi-même déclarons ouvert l’édition 2018 du Movie Challenge !

Le but du jeu est simple : découvrir 40 films pour 40 catégories différentes. Vous avez jusqu’au 31 décembre 2018 pour y arriver.

Au programme :

  • des catégories de l’édition 2016 font leur comeback
  • certaines catégories de l’édition 2017 sont toujours présentes
  • Et surtout de nouvelles catégories font leur apparition
  1. Un film dont tu voudrais changer la fin
  2. Un film qui t’a déçu(e)
  3. Un film qui a eu de mauvaises critiques
  4. Un film que personne ne s’attendait à ce que vous aimiez
  5. Un film européen hors France
  6. Un film ni américain ni européen
  7. Un film qui se déroule dans le milieu médical
  8. Un film dont un personnage a le même nom / surnom que toi
  9. Un film avec un verbe à l’infinitif dans le titre
  10. Un film avec une saison dans le titre
  11. Un film avec un prénom dans le titre
  12. Un film dont le titre comporte une couleur
  13. Un film dont le titre contient un numéro
  14. Un film réalisé par un acteur/une actrice qui joue dedans
  15. Un film réalisé par un non-réalisateur à l’origine (hors acteur et actrice)
  16. Un film muet
  17. Un documentaire
  18. Un court-métrage
  19. Un film sorti l’année de ton bac
  20. Un film primé à Berlin ou Venise
  21. Un film primé à Cannes :
  22. Un film ayant remporté l’Oscar du meilleur film
  23. Un premier film
  24. Un film engagé
  25. Un film qui vous a mis en colère
  26. Un film avec un personnage atteint d’un handicap (physique et / ou mental)
  27. Un film qui n’est pas sorti en salles en France
  28. Un film se déroulant dans un lycée / collège / université
  29. Un film avec un acteur que j’adore
  30. Un film avec une actrice que j’adore
  31. Un film sensuel :
  32. Un film qui dure minimum 3 heures
  33. Un film se déroulant pendant les fêtes de Noël ou pendant la Saint-Sylvestre
  34. Un remake ou film ayant été objet de remake
  35. Un film tiré de série / ayant inspiré une série
  36. Un film adapté d’un livre que j’ai lu
  37. Un film d’animation
  38. Un film dont le héros n’est pas humain
  39. Un film basé sur des faits réels
  40. Un film avec une bonne BO

Nous vous invitons évidemment à y participer. Et les manières pour jouer sont plutôt simples et nombreuses. Voici quelques exemples possibles (et j’imagine qu’il doit y en avoir d’autres) :

  • Poster sur votre blog les critiques des films vus
  • Juste signaler sur votre blog que vous participez au Movie Challenge et dire parfois (ou juste une fois) où vous en êtes
  • Juste nous dire (en n’oubliant pas de nous tagguer histoire qu’on vous voit mieux) où vous en êtes via les réseaux sociaux notamment sur Twitter ou Facebook
  • Manifester votre intérêt via des listes et / ou des critiques sur Sens Critique

Bref les possibilités restent multiples. Nous comptons vous donner une véritable liberté. Le principal est de faire ce Challenge pour vous. Pour vous amuser, vous ouvrir l’esprit, trouver un nouveau moyen de se cultiver, de regarder des films que vous n’osez pas encore regarder etc…

Nous restons à votre disposition pour répondre à toutes vos questions si vous en avez.

Si vous voulez y participer, manifestez-vous !