Marley et moi / Watchmen

Marley & Moi
réalisé par David Frankel
avec Owen Wilson, Jennifer Aniston, Eric Dane, Alan Arkin, Haley Bennett, Clarke Peters…
titre original : Marley & Me
Comédie américaine. 1h40. 2008.
sortie française : 4 mars 2009
Movie Challenge 2017 : Un film que j’aime bien secrètement
Jenny et John viennent tout juste de se marier sous la neige du Michigan et décident de partir s’installer sous le soleil de Floride. Alors que l’envie d’avoir un premier enfant se profile chez Jenny, John espère retarder l’échéance en lui offrant un adorable chiot sur les conseils avisés de son collègue Sébastien, un séducteur profitant pleinement de son célibat. C’est ainsi que Marley, un jeune labrador, prend place au sein du couple. En grandissant, l’animal se révèle aussi craquant que dévastateur et la maison devient un véritable terrain de jeu, où plus rien ne peut échapper à sa voracité. Mais l’envie de fonder une famille ressurgit, et Jenny attend désormais son premier enfant. Au rythme des années et des catastrophes qu’il provoque, Marley sera le témoin d’une famille qui se construit et s’agrandit, devant faire face à des choix de carrière, des périodes de doute et des changements de vie. Pour Jenny et John, même si Marley est le pire chien du monde, cette tornade d’énergie leur témoignera une affection et une fidélité sans limite, pour leur enseigner la plus grande leçon de leur vie.
Marley & moi : Photo David Frankel, Jennifer Aniston, Owen Wilson
Marley & Moi, réalisé par David Frankel (Le Diable s’habille en Prada), est tiré de l’ouvrage autobiographique du journaliste John Grogan, Marley & Me: Life and Love with the World’s Worst Dog (2005). Je m’attendais, comme beaucoup, à regarder une comédie toute mignonne avec un joli toutou qui ferait quelques conneries (et vous savez peut-être que j’ai du mal en général avec les films qui mettent en vedette des animaux). Certes, il s’agit a priori d’un film familial, grand public, c’est un fait (et ce n’est pas forcément une tare). Mais finalement, on n’est pas tant que ça dans le film tout choupi si attendu. Si Marley & moi est pour moi un agréable divertissement, assez bien foutu dans son genre, il surprend surtout pour son émotion que j’ai trouvée vraie (même si le film a évidemment pour but de nous faire verser quelques larmes, on ne va pas se mentir non plus). Je n’ai jamais eu de chiens (en revanche des chats j’en ai toujours eu) mais l’histoire m’a réellement émue (vous avez l’habitude, j’ai évidemment chialé) : je me suis identifiée au personnage principal avec sa relation avec Marley. Certes, je ne vais pas vous dire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre, ce n’est évidemment pas le cas, on ne retient pas non plus le travail de mise en scène, je ne sais même pas si on peut s’il s’agit vraiment d’un bon film (d’un point de vue strictement cinématographique – bon après rien ne m’a choquée, j’imagine que le travail de ce côté reste correct par rapport à ce qu’on attend de ce type de production). Mais Marley & Moi m’a clairement plu même si j’ai conscience de ses limites purement cinématographiques. Le film reprend le schéma autobiographique du bouquin, l’histoire étant racontée par John. La voix-off est toujours un outil « risqué » dans le sens où elle a tendance à alourdir le récit. Je ne dis pas qu’elle est d’une grande subtilité mais elle n’est pas non plus envahissante. Surtout, je trouve qu’on peut malgré tout (je dis ça parce que Wilson et Aniston sont des stars hollywoodiens, beaux, blonds, sportifs, avec des dents Colgate – bref le contraire du commun des mortels) s’identifier aux personnages principaux, comprendre l’attachement au chien et au rôle que ce dernier joue dans la vie d’une famille face au temps qui passe. Marley et moi séduit alors dans sa représentation d’une vie de famille (et ou plutôt dans sa construction) avec ses bons et ses mauvais moments (les ellipses me semblent bien choisies et fluides). Après, j’admets aussi que ce film fait certainement partie désormais de mes plaisirs coupables (c’était le but de cette catégorie du Movie Challenge).
 
Marley & moi : Photo David Frankel, Eric Dane, Owen Wilson

Watchmen – Les Gardiens 
réalisé par Zach Snyder
avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jeffrey Dean Morgan, Carla Cugino, Stephen McHattie…
titre original : Watchmen
Action, science-fiction, drame américain. 2h42. 2009.
sortie française : 4 mars 2009
interdit aux moins de 12 ans
Movie Challenge 2017 : Un film recommandé par quelqu’un (Borat)
Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, « Watchmen – Les Gardiens » – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?
Watchmen - Les Gardiens : Photo Carla Gugino, Jeffrey Dean Morgan
Watchmen est l’adaptation du comic éponyme d’Alan Moore (qui rejette le film comme toutes les adaptations de ses oeuvres) et Dave Gibbons (en revanche, il s’est associé au projet). J’ai une drôle d’histoire avec Zack Snyder (et encore, je dis ça sans avoir vu son Batman vs Superman) : 300 fait partie de mes plaisirs coupables, j’aime également énormément L’Armée des Morts (et j’adore au passage la version originale de Romero), en revanche je rejette en bloc Sucker Punch. Et comme vous le savez certainement (ou pas), j’ai généralement du mal avec les films de super-héros. J’ai longtemps redouté ce fameux Watchmen, visiblement autant adoré que détesté. Sans dire que j’ai adoré, j’ai été agréablement surprise par ce long-métrage, certes assez long mais selon moi réellement divertissant et pertinent. Le long-métrage nous présente alors une Amérique alternative des années 1980 (à peine le miroir de ce qu’on connaît déjà) sous l’égérie des super-héros. Mon seul véritablement hic vient du traitement des femmes (problème que j’avais déjà relevé dans d’autres films de Snyder) : j’ai clairement trouvé le film misogyne (on pourra toujours me répondre qu’il y a les mêmes problèmes dans le comic : et bah j’ai envie de dire que je ne trouve pas ça cool non plus). Les personnages féminins ont toutes un mauvais rôle : soit elles sont hyper sexualisées et inutiles dans l’intrigue soit elles ont un mauvais rôle par rapport aux autres personnages. Pour ne rien arranger, Malin Akerman et Carla Cugino jouent très mal (comme souvent). C’est dommage car le reste du casting est pour moi très bon, surtout Jackie Earle Haley, épatant et charismatique dans le rôle de Rorschach. Les personnages sont justement pour moi un des points forts de ce film, ils sont étonnamment complexes par rapport à ce qu’on pourrait attendre habituellement de ce genre de production (le cas le plus flagrant concerne Le Comédien incarné par l’étonnant Jeffrey Dean Morgan). La narration a pu déstabiliser certains spectateurs, certains diront même que le film est trop lent et qu’il ne se passe rien. Pour ma part, si au début j’étais sceptique par cette narration a priori décousue, j’ai rapidement adhéré à ce choix qui permet d’appréhender la psychologie et les histoires personnelles de tous les personnages. Je suis également tombée sous le charme de la proposition graphique et esthétique même si j’admets que certains effets (ex : les ralentis) sont parfois superficiels. Les dialogues sont également soignés, l’histoire en elle-même trouve un ton juste entre violence, tragédie et humour. Enfin, la BO, très agréable, s’adapte bien aux différentes scènes.
Watchmen - Les Gardiens : Photo Jackie Earle Haley

Suspiria

réalisé par Dario Argento

avec Jessica Harper, Joan Bennett, Udo Kier, Stefania Casini…

Film épouvante-horreur, fantastique, thriller italien. 1h35. 1977.

sortie française : 18 mai 1977

interdit aux moins de 16 ans

Movie Challenge 2017 : Un film d’horreur

Suzy, une jeune Américaine, débarque à Fribourg pour suivre des cours dans une académie de danse prestigieuse. A peine arrivée, l’atmosphère du lieu, étrange et inquiétante, surprend la jeune fille. Et c’est là qu’une jeune élève est spectaculairement assassinée. Sous le choc, Suzy est bientôt prise de malaises. Et le cauchemar ne fait qu’empirer : le pianiste aveugle de l’école meurt à son tour, égorgé par son propre chien….
Suzy apprend alors que l’académie était autrefois la demeure d’une terrible sorcière surnommée la Mère des Soupirs. Et si l’école était encore sous son emprise ?

Suspiria : Photo

Je continue de découvrir petit à petit la filmographie de Dario Argento (rappelez-vous, je vous avais chroniqué récemment un de ses chefs-d’oeuvre, Les Frissons de l’angoisse). Suspiria faisait évidemment partie de mes priorités et c’est chose faite désormais ! Ce film, dont le remake devrait sortir dans l’année, fait partie d’une trilogie avec Inferno et La Troisième Mère (il est même le premier film de cette saga). Cette trilogie est inspirée par la suite du roman de Thomas de Quincey (Confessions d’un mangeur d’opium) : Suspiria De Profundis. Un des passages s’intitule « Levana et nos mères de Douleur ». L’auteur y parle alors de trois soeurs (qui rappellent les trois Grâces et aux trois Moires) de douleur : la Mère des Pleurs, la Mère des Soupirs et la Mère des Ténèbres. Dario Argento, le maître du giallo, se lance réellement pour la première fois dans l’horreur. Le cinéaste dit clairement (et cela se ressent) qu’il s’est inspiré des contes de Disney et ceux de Grimm, et qu’il a mélangé ces deux univers avec « la violence de L’Exorciste« . Si le film s’est inspiré de nombreux films et autres univers artistiques, il est également certain qu’il a eu une grande influence sur d’autres (notamment sur un certain Black Swan). L’histoire en elle-même est assez « simple » et accessible : une jeune danseuse qui a l’air toute innocente se retrouve dans une école dans lequel se déroulent une série de meurtres et autres événements étranges. Le film est plutôt court et le déroulement du scénario est assez fluide, j’ai même envie de dire qu’il est « direct » (du genre une fois qu’on a résolu l’intrigue, boum générique de fin). Et pourtant, Suspiria n’a rien d’un film simple même dans son écriture qui pourrait pourtant donner l’impression du contraire. Ce sont surtout la mise en scène et les choix esthétiques qui surprennent le plus et qui donnent une force inouïe à Suspiria. La mise en scène est d’une grande virtuosité et d’une incroyable précision. Ainsi, chaque détail semble compter, rien ne semble laisser au hasard. On notera au passage un petit clin d’oeil à un autre film d’Argento (son premier pour être précis), L’Oiseau au plumage de cristal le temps d’une scène ou encore le placement des poignées de portes, plus élevées qu’à l’accoutumée : les jeunes femmes du film pourraient finalement être des enfants (Argento voulait d’ailleurs des personnages âgés d’une douzaine d’années – c’est son père qui lui a déconseillé pour éviter une trop grande censure). Les couleurs sautent évidemment aux yeux, impossible d’y échapper, surtout à la présence du rouge et du bleu.

Suspiria : Photo

Le rouge a évidemment un rapport direct avec le sang (qui ressort particulièrement sur les corps, comme s’il avait quelque chose de volontairement irréel) et avec le Diable. On peut aussi rapprocher cette couleur avec le culte et même le pouvoir. Quant au bleu (« opposé » de la couleur chaude rouge), qui pourrait aussi être associé à la divinité, c’est une couleur froide qui rappelle à quel point la mort est omniprésente dans cette école du mal. Le mystère et l’atmosphère pesante sont présentes dès les premières minutes du long-métrage qui encore une fois ne perd pas de temps à nous présenter son intrigue. Argento joue également avec intelligence avec des motifs connus (notamment la présence de pluie et même de l’orage dans la nuit) pour pouvoir mieux nous surprendre. Cette ambiance et cette esthétique envoûtante (la part d’ésotérisme n’étant également pas à exclure) se combinent merveilleusement avec la dimension baroque, qui se traduit aussi bien par de magnifiques décors que par la musique de Goblin, assez dérangeante. Bref, Argento assume sa folie flamboyante et grandiloquente, rendant aussi hommage à l’expressionnisme. Encore une fois, il parvient à combiner différentes disciplines artistiques pour créer une oeuvre unique. : cinéma, littérature (en particulier le conte), danse, architecture et même peinture (je reviens encore une fois au sang pour ne citer que cet exemple) se côtoient avec beaucoup de cohérence et de pertinence. Côté casting, on est également bien servi, notamment par la trop rare Jessica Harper, parfaite dans le rôle principal (on pourrait presque établir des liens avec Phantom of the Paradise de Brian De Palma, sorti seulement trois ans avant). Pour les petites anecdotes, Daria Nicolodi, la scénariste du film (et à l’époque compagne d’Argento – et également maman d’Aria) devait tenir le rôle principal mais une actrice plus jeune devait être prise. Cela dit, c’est elle qui prête sa voix au personnage de Helena Markos. Selon Jessica Harper (à voir s’il s’agit d’une rumeur ou non mais je trouve en tout cas l’anecdote amusante), Markos serait interprétée par une ancienne prostituée de 90 ans rencontrée par Argento dans les rues de Rome ! Suspiria est donc l’un des plus beaux cauchemars et contes horrifiques que j’ai pu voir, un film diaboliquement efficace et extrêmement bien foutu.

Suspiria : Photo

Maman a tort

réalisé par Marc Fitoussi

avec Emilie Dequenne, Jeanne Jestin, Annie Grégorio, Sabrina Ouazani, Nelly Antignac, Camille Chamoux, Grégoire Ludig, Jean-François Cayrey, Joshua Mazé, Louvia Bachelier…

Comédie dramatique française, belge. 1h50. 2016.

sortie française : 9 novembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film français

Connaît-on vraiment ses parents? Anouk, 14 ans, découvre brutalement un autre visage de sa mère, à la faveur de l’incontournable stage d’observation de troisième qu’elle effectue dans la compagnie d’assurances où celle-ci travaille. Une semaine d’immersion dans le monde adulte de l’entreprise, avec ses petits arrangements et ses grandes lâchetés, qui bientôt scelle son jeune destin.
Entre parcours initiatique, fêlure et premières responsabilités assumées, une forme d’adieu à l’enfance.

Maman a tort : Photo Jeanne Jestin

Maman a tort, qui marque la deuxième collaboration entre le réalisateur Marc Fitoussi et l’actrice belge Emilie Dequenne, est un film sur qui suit une adolescente dans le monde du travail (grâce à son stage d’observation de 3e). Ce n’est pas forcément un choix très banal : on a l’habitude de suivre un personnage adolescent, dans une sorte de récit d’apprentissage, dans un contexte plus approprié à son univers (l’école ou un camp de vacances par exemple). Marc Fitoussi a eu cette idée de ce film lorsqu’il a tourné son documentaire L’Education anglaise (sur le séjour linguistique d’ados à Bristol). Effectivement, ce n’est pas forcément courant d’écrire une histoire autour du fameux stage d’observation dont tout le monde se fout royalement en France. Marc Fitoussi parvient à en tirer quelque chose d’intéressant. Il réussit à confronter deux univers, celui de l’enfance (voire même de l’adolescence) et celui de l’âge adulte. C’est toujours casse-gueule de signer un film dramatique avec une touche de légèreté : beaucoup de films tentent cet entre-deux sans pourtant y arriver. Fitoussi s’en sort très bien de son côté. Son film aurait pu être bancal par ce choix de ton, il ne l’est pourtant pas. Selon moi, s’il fonctionne, c’est qu’on y trouve une progression cohérente dans la manière de raconter l’histoire. Au début du long-métrage, Anouk est une fillette naïve et pleine d’insouciance qui aimerait faire bouger les choses. A la fin du film, si on espère qu’elle ne perdra pas son dynamisme une fois qu’elle passera l’âge adulte pour de bon (on sent qu’elle est au moins devenue une adolescente, c’est déjà ça), l’héroïne a déjà une vue plus objective sur le monde des adultes via celui du travail. Le spectateur se retrouve alors dans la même situation qu’Anouk : dans un premier temps, même si on voit déjà des petites choses dérangeantes au bureau (comme les deux pestes qui envoient Anouk ranger un placard), on ne se dit pas que l’ambiance est aussi pourrie, on relativise, on pourrait presque voir le « bon » côté des choses. Le film est plus solaire et même drôle dans sa première partie. Puis, une fois qu’on s’intéresse un peu plus de près à l’entreprise, une accumulation d’aspects négatifs se succède: le harcèlement, le burn-out, la dépression en général et surtout les grandes lâchetés. Maman a tort a le mérite de présenter des réalités par petites touches ce qui rend selon moi le rendu plus crédible (personnellement, même si je n’ai plus l’âge d’Anouk depuis longtemps, en tant que jeune fille qui découvre petit à petit le monde du travail, je me suis parfois identifiée à ce personnage ou en tout cas à son regard).

Maman a tort : Photo Annie Grégorio, Emilie Dequenne

Maman a tort devient alors au fur et à mesure un film plus grave, même s’il ne perd pas non plus son petit quelque chose « léger » présent dès le début. La construction du scénario m’a alors paru assez pertinent et cohérent. Certains diront que les thèmes sont survolés : pour moi, encore une fois, il ne s’agit que du regard d’une enfant sur le monde des adultes et du travail qui est littéralement « en observation ». Trop en dire n’aurait pas été très réaliste et sur ce point, Fitoussi marque aussi pas mal de points. Je regrette juste une des dernières scènes, avec Anouk qui va à sa boum sur du Metronomy à fond les ballons, j’avais l’impression que ça n’avait rien à foutre là (même si je comprends grosso modo la démarche de Fitoussi concernant la désillusion adolescente : Anouk a forcément grandi après cette expérience). Quant à la mise en scène, elle n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout de même convenable. De plus, son côté parfois didactique ne pourrit pas non plus le film et surtout sa dimension plus sombre. Emilie Dequenne est, comme souvent et sans surprise, formidable. Son rôle n’est pas évident, assez complexe, même un peu ingrat (elle ne tient pas le « beau » rôle). Elle est évidemment victime d’un système qui broie tout le monde (employés et clients) et qui pousse les gens à perdre leur humanité au nom du chiffre. Elle-même fait de son mieux pour survivre au quotidien, de vivre avec certaines vérités et surtout avec ce qu’elle a pu faire à plusieurs reprises. Cela dit (même s’il ne s’agit que de mon ressenti), le film ne tranche pas totalement en ce qui concerne ce personnage. Je n’ai pas l’impression que Marc Fitoussi essayait de la victimiser à 100%, qu’il montre qu’elle a tout de même sa part de responsabilité et qu’on n’est pas si sûrs qu’elle changera (même si elle dit qu’il y en aura). C’est surtout Jeanne Jestin (qu’on a pu voir dans Le Passé d’Asghar Farhadi) qui bluffe à chacune de ses apparitions (espérons que nous continuerons à la voir au cinéma, elle est prometteuse). Elle parvient à montrer les différents aspects de sa personnalité, qui évolue via l’adolescence : elle est à la fois solaire (ses habits assez colorés, qui tranchent avec un univers assez froid, semblent le confirmer), naïve, combative, idéaliste et lucide. Enfin, les seconds rôles sont également très bons, que ce soit Nelly Antignac et Camille Chamoux, parfaites en pestes de service (la caricature fonctionne merveilleusement bien !) ou encore Annie Grégorio qui est toujours plaisante avec son phrasé et surtout son accent chantant !

Maman a tort : Photo Emilie Dequenne, Jeanne Jestin

Manchester by the Sea

réalisé par Kenneth Lonergan

avec Casey Affleck, Michelle Williams, Lucas Hedges, Kyle Chandler, Gretchen Mol, Matthew Broderick, Heather Burns…

Drame américain. 2h18. 2016.

sortie française : 14 décembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film ayant obtenu un Oscar

Après le décès soudain de son frère Joe, Lee est désigné comme le tuteur de son neveu Patrick. Il se retrouve confronté à un passé tragique qui l’a séparé de sa femme Randi et de la communauté où il est né et a grandi.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck, Lucas Hedges

Le script de Manchester by the sea faisait partie de la liste noire 2014 des meilleurs scénarios n’ayant pas pu être concrétisés. Heureusement qu’il a pu voir le jour : il a permis à son réalisateur-scénariste Kenneth Lonergan (le scénariste de Mafia Blues et Gangs of New York qui signe ici son troisième long-métrage après Tu peux compter sur moi et Margaret) de remporter l’Oscar du meilleur scénario original. Il ne s’agit pas du seul prix remporté au cours de la soirée : Casey Affleck, qui n’est décidément plus désigné comme le frère de Ben (et tant mieux), a remporté l’Oscar du meilleur acteur. Manchester by the sea (qui s’écrit en réalité avec des tirets) désigne le lieu où vivait Joe Chandler (incarné par… Kyle Chandler… Lonergan a-t-il choisi cet acteur par hasard ?). Avant son décès, il avait demandé à son frère Lee, qui habite désormais à Boston pour jouer les hommes à tout faire, de devenir le tuteur de son adolescent de fils Patrick. Lee doit retourner dans cette ville qui représente ce passé qu’il veut fuir. Je ne vais évidemment pas révéler ce qui s’est passé pour qu’il quitte cette ville (et donc aussi sa famille) mais il est évidemment que n’importe quel être humain aurait du mal à s’en remettre. On aurait pu s’attendre à toute une série de clichés. Habituellement, on voit des personnages de ce type en quête de rédemption qui va chercher à se racheter, à se pardonner et à aller de l’avant. Si son ex-femme Randi fait tout pour aller de l’avant, Lee reste jusqu’au bout un homme brisé. Ce n’est même plus un homme : il est devenu un fantôme et ne peut pas évoluer. Beaucoup diront que ce film est juste ultra dépressif. C’est sûr qu’il ne faut pas découvrir ce film quand on se sent mal ! Mais je l’ai trouvé dans la manière de décrire les réactions et les états des personnages très juste, proche de ce qui pourrait nous arriver dans notre propre vie. Je ne connaissais pas Kenneth Lonergan avant de regarder ce film mais j’ai tout de suite senti qu’il était dramaturge à côté de ses activités de cinéaste (je ne me suis donc pas trompée) : on sent qu’il y a derrière ce film un auteur. Son Oscar du scénario est alors logique et mérité : le film a beaucoup de qualités mais il doit beaucoup à sa qualité d’écriture.

Manchester By the Sea : Photo Michelle Williams

Au bout d’une heure, je ne vais pas vous mentir, je me suis demandée si la longueur était justifiée. Evidemment, comme dans n’importe quel long film, on peut toujours se demander s’il n’y a pas des scènes en trop (peut-être qu’il y a un peu trop de scènes au début du long-métrage). Cela dit, je comprends le choix de cette longueur même si l’histoire reste très basique et simple à résumer (dans le sens où il n’y a de rebondissements) : Lonergan veut que le spectateur prenne le temps de cerner les différents personnages. Surtout, l’écriture est très riche dans le sens où elle réussit à prendre en compte différents paradoxes sans jamais s’éparpiller. Par exemple, il y a cette opposition entre le feu et l’eau qui n’a rien de simpliste alors qu’on aurait pu tomber dans des pièges assez grossiers : c’est comme si Lee était sans cesse encerclé par des éléments montrant qu’il n’a vraiment pas sa place à Manchester. Surtout, les personnages jouent sur deux tableaux alors que leur douleur est commune. Ainsi, Lee est un homme qui reste dans l’immobilité tandis que Randi et Patrick avancent malgré la perte et la souffrance. Randi a beau être très attachée à Lee, sa nouvelle famille est désormais sa priorité. Quant à Patrick, il reste un adolescent qui doit devenir un adulte et surtout qui vit (petite amie, potes pour faire la fête, groupe de musique, hockey sur glace : bref une vie bien remplie pour un ado). Ses relations sexuelles (qui n’aboutissent jamais – est-ce une représentation du temps qu’il doit encore vivre ?), ses relations compliquées avec sa mère biologique (une ex-junkie qui vit avec un bigot), ses projets professionnels (avec le bateau), Patrick a des tas de projets : peu importe s’ils aboutissent ou non (même si encore une fois l’échec de certains de ses projets ont une signification), il n’est justement pas comme Lee un fantôme, juste un futur adulte qui se bouge. Ce personnage est aussi celui qui apporte un peu de fraîcheur et de légèreté dans un décor assez austère. Bref, ce choix de situer les personnages sur des tableaux et temporalités opposés renforcent encore plus la position figée de Lee. C’est aussi selon moi un bon moyen d’éviter que cet immobilisme devienne un handicap pour le film.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck

Comme je le disais plus haut, l’histoire en elle-même est plutôt « simple ». Alors pourquoi prendre le temps en l’étalant sur 2h20 ? Le passé a une place considérable dans la vie du personnage principal : il était alors logique de montrer certains éléments de cette existence sous forme de flashback. Ce procédé peut avoir ses limites ou casser le rythme du récit. Or, notamment grâce à un montage très réussi, les transitions entre le passé et le présent sont d’une grande fluidité. Tout en montrant les faits (là encore une sorte de paradoxe), on a vraiment l’impression d’entrer dans l’esprit de Lee : les flashback apparaissent toujours à des moments précis du présent, ils ne sont pas balancés n’importe comment juste pour contenter le spectateur en manque d’informations. Casey Affleck est excellent dans le rôle de Lee et son Oscar n’est selon moi pas volé. J’ai toujours aimé cet acteur (c’est mal de comparer mais j’ai toujours trouvé qu’il jouait mieux que son frère, c’est dit) qu’on a un peu trop souvent caricaturé comme l’acteur dépressif du cinéma indépendant qui mérite enfin cette reconnaissance de la profession. Son interprétation aurait pu être très caricaturale mais ce n’est pas du tout le cas. Certes, son personnage est dépressif. Il ne cause pas non plus beaucoup. Cela dit, dans des détails, il apporte de l’émotion et de la vérité à ce personnage sans jamais en faire des caisses. Certes, il s’agit aussi d’un film indépendant. Michelle Williams et Lucas Hedges accompagnent merveilleusement bien leur partenaire (et tous les deux ont mérité leur nomination aux Oscars). Williams apparaît finalement peu mais elle est bouleversante à chacune de ses apparitions. Quant à Hedges (vu dans Moonrise Kingdom et The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson), il est épatant ! Manchester by the Sea est donc un bouleversant film qui a le mérite de ne pas tomber dans le pathos et surtout qui ne correspond nécessairement à ce qu’on aurait pu attendre suite au synopsis. Il ne correspond justement ni aux standards du cinéma indépendant américain de ces dernières années ni même à ce que Hollywood aime habituellement.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck, Lucas Hedges

Mademoiselle (2016)

réalisé par Park Chan-Wook

avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Ha Jung-Woo, Cho Jin-Woong…

titre original : Agassi

Drame, romance, thriller coréen. 2h30. 2016.

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film LGBT

Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Mademoiselle : Photo Kim Tae-Ri

J’avais regretté d’avoir raté en salles le dernier long-métrage de Park Chan-Wook, Mademoiselle, présenté l’an dernier au festival de Cannes en compétition. Il s’agit d’un de mes réalisateurs préférés tout simplement. Il s’agit de l’adaptation du roman de Sarah Waters, Du bout des doigts (Fingersmith), publié en 2002. L’action du roman se situe dans l’Angleterre victorienne. Park Chan-Wook a transposé l’histoire dans la Corée des années 1930 pendant la colonisation japonaise. Mademoiselle est alors découpé très clairement en trois parties. Ces parties en question ont pour but de montrer à chaque fois un point de vue différent à partir de scènes qu’on a déjà vu (un procédé toujours intéressant même s’il n’a rien d’inédit). A noter qu’en terme de répartition de temps, les parties ne sont pas forcément très équilibrées (la dernière est plus courte et expéditive que les deux premières). Je ne crierais pas au chef-d’oeuvre comme j’ai pu le lire (pour moi Park Chan-Wook a fait mieux) mais il s’agit tout de même d’un très bon long-métrage qui mérite le coup d’oeil. La durée (2h30) me faisait peur et ne m’a pas aidée à devoir débloquer du temps pour aller le voir au cinéma. J’ai beau aimer Park Chan-Wook, j’avais trouvé son intéressant Thirst mais trop long (je le compare à celui-ci puisqu’il dure également 2h30). Evidemment, face à un film de 2h30, on se demande toujours si cette durée était toujours justifiée. Cela dit, contrairement à Thirst, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Tout semble couler de source et l’enchaînement des différentes parties se fait naturellement. Il faut dire que la mise en scène de Park Chan-Wook est, comme toujours, virtuose. L’histoire, qui mêle érotisme, passion et escroquerie (la recette qui tue) en elle-même est plutôt captivante. On rentre rapidement dans le coeur de l’intrigue, on nous présente d’emblée les personnages et leur rôle (a priori). Le film séduit également par son esthétisme soigné, élégant et transpirant la sensualité, thème au coeur même de l’oeuvre. Les décors, les costumes et la photographie se complètent merveilleusement bien dans cette entreprise visuelle. En y réfléchissant, Park Chan-Wook a touché des genres différents. Pourtant, sur le papier (j’ai des préjugés, c’est bien connu), avant de me lancer, j’avais du mal à l’imaginer dans un film avec un contexte et décor historique. Mais il s’en sort à merveille dans ce registre. Cela dit, comme je vous le disais, il ne s’agit pas pour moi d’un coup de coeur. Je ne sais pas si cela vient du film ou si c’est parce que je connais justement trop la filmographie de Park Chan-Wook mais j’ai rencontré un certain problème (même si encore une fois cela ne m’a pas non plus gâché mon visionnage mais je suis « obligée » de prendre en compte ce point).

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri

Le film m’a alors bien captivée sans aucun doute, en revanche il ne m’a pas non plus surprise alors qu’il est construit à partir de révélations, le but étant alors à l’origine de manipuler également les spectateurs, comme le sont les personnages. Je ne vais pas m’inventer une vie en prétendant avoir deviner tout le film mais j’avais effectivement compris le rôle de certaines scènes. Par exemple (pour ne citer que celui-ci), j’avais compris que les traces de sang sur le lit étaient issues d’une mise en scène et ne correspondaient pas à ce que le spectateur et Sookee peuvent s’imaginer. Mais au-delà de la remarque un peu simpliste de « ooohhh j’ai trouvé le comment du pourquoi, je suis trop forte, blablabla », les scènes s’enchaînent sans que je puisse avoir les réactions appropriées ou attendues. J’aurais voulu être sur le cul et avoir les yeux écarquillées à chaque révélation ou chaque nouveau point de vue. Le film est peut-être limite trop fluide et logique. Je tenais aussi à m’exprimer sur les scènes de sexe qui ont tout de même leur importance. Elles ont pour moi leur place dans le film puisque l’histoire tourne autour du désir, de la passion et de la naissance des sentiments entre deux personnages qui n’auraient rien à faire a priori ensemble (différences de sexe, pays, origine sociale et manipulations l’une envers l’autre). Cela dit, même si je comprends tout à fait la démarche du réalisateur de nous remontrer la scène d’un autre angle, comme il a pu le faire sur d’autres scène (le premier montre l’apprentissage de ce désir, le second plutôt l’explosion et la spontanéité des relations charnelles), je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une part de surenchère. Les scènes ne sont pas pourtant choquantes (nous ne sommes pas dans La Vie d’Adèle non plus), pas non plus vulgaires, on est dans quelque chose d’érotique et de sensuel. Mais comme dans Thirst (oui, on en revient toujours à lui), je me suis posée cette question concernant cette limite et généralement (en ne prenant pas systématiquement ce genre de scènes) Park Chan-Wook est un réalisateur qui tombe parfois dans certains excès. Et j’ai trouvé parfois qu’on n’en était pas si loin (mais après ça n’engage que moi) en étirant justement ces scènes en question – cela ne me semblait pas utile pour comprendre les réactions des personnages. Cela dit, ça reste pour moi un petit bémol qui ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. Au-delà de ses nombreuses qualités, aussi bien narratives que techniques (même pour ces fameuses scènes de sexe), Mademoiselle bénéficie d’un excellent casting.

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee

S.O.S. Fantômes (2016)

réalisé par Paul Feig

avec Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon, Leslie Jones, Chris Hemsworth, Charles Dance, Neil Casey, Michael K. Williams, Andy Garcia, Cecily Strong, Ed Begley Jr., Bill Murray, Dan Aykroyd, Sigourney Weaver, Ernie Hudson, Annie Potts, Ozzy Osbourne…

titre original : Ghostbusters

Comédie fantastique américaine. 2h. 2016.

sortie française : 10 août 2016

Movie Challenge 2017 : Une comédie

Erin et Abby écrivent ensemble un livre sur des phénomènes paranormaux. Mais l’ouvrage n’ayant aucun succès, elles tentent de reprendre une vie normale. Des années plus tard, les deux femmes renouent quand leur œuvre est sur le point d’être rééditée. Devenue une enseignante respectée, Erin ne veut plus en entendre parler. Pour annuler la publication, elle accepte d’aider sur Abby, qui travaille maintenant avec Jillian, sur une enquête paranormale. Là, elles sont confrontées à un fantôme. Elles décident alors de créer une agence de détectives spécialisée et tentent de développer des armes pour lutter contre l’invasion d’esprits qui se prépare… (résumé : Télérama)

S.O.S. Fantômes : Photo Kate McKinnon, Kristen Wiig, Leslie Jones (II), Melissa McCarthy

Je ne vais pas clamer haut et fort que je suis une fan absolue de Ghostbusters. Mais comme beaucoup de cinéphiles (et de spectateurs tout simplement), j’aime énormément le premier opus d’Ivan Reitman. J’ai découvert ce film culte enfant et j’aime le revoir dès qu’il est rediffusé à la télé. J’avoue que j’aime moins le deuxième opus (même si je le trouve tout de même très sympathique). S’attaquer à un reboot d’un film aussi culte (et débarquant des années après) était une tâche compliquée. J’étais moi-même très sceptique de voir ce projet (surtout quand on voit l’état actuel d’Hollywood sans inspiration qui ne fait que recycler de vieux films ou n’offre que des suites). J’avais aussi peur qu’on nous colle des femmes au casting pour parce qu’il fallait mettre des femmes (même si c’est une très bonne chose que Hollywood se réveille enfin), sans qu’il y ait derrière une démarche intéressante. Cela dit, les trop grandes remarques sexistes et même racistes à l’encontre du film (et de l’actrice Leslie Jones) avant même qu’il sorte dans les salles étaient vraiment violentes et rien que pour cette raison, j’avais finalement envie de soutenir ce projet même si encore une fois je n’étais pas rassurée. J’aime énormément Mes Meilleures Amies (Bridesmaids), j’apprécie Spy et Les Flingueuses qui m’ont également provoqué quelques fous rires et dans l’ensemble la nouvelle génération du Saturday Night Live (SNL pour les intimes) me séduit. Voir Paul Feig derrière la caméra réunissant Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon et Leslie Jones me réjouissait. Finalement, les critiques n’ont pas été désastreuses contrairement à ce qu’on attendait. Même des critiques sceptiques à l’origine (comme je l’étais) par le projet semblent avoir apprécié ce nouveau Ghostbusters. Bref, j’étais donc à la fois curieuse et un poil effrayée. Sans crier au chef-d’œuvre (il a ses imperfections), ce nouveau Ghostbusters m’a clairement plu et m’a agréablement surprise. Il n’a pas la prétention de faire oublier les films de Reitman, il assume ses clins d’œil, ses scènes parfois reprises des précédents volets et même ses sympathiques et rassurants caméos (Bill Murray, Dan Aykroyd, Annie Potts, Ernie Hudson, Sigourney Weaver et même le regretté Harold Ramis sous forme de statue !). Je n’ai pas eu la sensation qu’il cherchait à copier, juste de tenter de proposer une comédie différente par son ton (plus graveleux et potache) et les traits de son époque (la technologie – notamment Youtube – s’intègre dans le récit).

Bref, on respecte l’univers original tout en ajoutant sa touche personnelle et sa modernité. J’avais peur que le film soit trop nostalgique : il l’est certainement par moments mais il n’en abuse pas non plus. Je ne m’en suis jamais cachée : les comédies de Paul Feig me plaisent : cela fait du bien, dans le cadre de films à gros budget, de voir la femme valorisée. Pour moi, ce nouveau volet est bien une ode aux femmes fortes, solidaires, drôles, intelligentes, culottées  et indépendantes, le tout sans être un pamphlet qui aurait pu être pénible. Dans un film plus traditionnel, on aurait pu s’attendre à certains schémas du type l’une des héroïnes tombe amoureuse d’un beau gars fort et intelligent. Il n’y a pas d’histoire d’amour et le bonhomme séduisant présent est un pur idiot qui ne sait même pas ce qu’il fout là et porte des lunettes sans verre pour éviter de les salir : cette inversion des rôles (le secrétaire en question reprend le stéréotype habituel de la jeune potiche bêbête séduite par ses partenaires masculins) est donc assez pertinente. Esthétiquement, le film joue parfois avec le kitsch (comme pour rendre hommage à la saga très 80s) mais paradoxalement il est aussi bien foutu (en tout cas les effets spéciaux m’ont convaincue). Le petit reproche pourrais-je donc faire à ce Ghostbusters ? L’ensemble est divertissant mais j’ai parfois senti quelques baisses de rythme. Le casting est vraiment très bon, tirant véritablement le film vers le haut. Kristen Wiig s’en sort très bien dans le rôle de la scientifique coincée qui se retrouve dans des situations improbables. Et ses retrouvailles avec Melissa McCarthy, qui joue certes toujours grosso modo la même chose (mais je ne m’en lasse parce que la voir déblatérer autant de conneries à la seconde) mais qui est toujours aussi drôle, sont juste pour moi un pur bonheur. Leur complicité saute vraiment aux yeux ! Kate McKinnon (connue ces derniers temps pour ses imitations d’Hilary Clinton) est certainement une des très bonnes surprises de ce film, on peut même parler de révélation. Je ne pense pas être la seule à avoir eu un coup de cœur pour elle ! Leslie Jones complète bien ce quatuor assez équilibré même si elle est un peu plus en retrait et débarque plus tard dans l’histoire (je n’ai pas eu l’impression qu’il y en avait une qui tirait la couverture). Chris Hemsworth est également hilarant et irrésistible dans le rôle d’un bel abruti et j’espère que nous le verrons davantage dans un registre comique. Pour conclure, ce Ghostbusters au féminin est une bonne surprise qui ne mérite ni son lynchage ni son échec dans les salles obscures.

S.O.S. Fantômes : Photo Chris Hemsworth

Fahrenheit 451

réalisé par François Truffaut

avec Oskar Werner, Julie Christie, Cyril Cusack…

Film de science-fiction britannique, français. 1h52. 1966.

sortie française : 11 septembre 1966

Movie Challenge 2017 : Un film adapté d’un livre que j’ai lu

Dans un pays indéfini, à une époque indéterminée, la lecture est rigoureusement interdite : elle empêcherait les
gens d’être heureux. La brigade des pompiers a pour seule mission de traquer les gens qui possèdent des livres et
de réduire ces objets en cendres.
Guy Montag, pompier zélé et citoyen respectueux des institutions, fait la connaissance de Clarisse, une jeune institutrice qui le fait douter de sa fonction. Peu à peu, il est à son tour gagné par l’amour des livres.

Fahrenheit 451 est l’adaptation du roman éponyme (et emblématique) de Ray Bradbury. Au premier abord, on n’imagine pas nécessairement François Truffaut, figure phare de la Nouvelle Vague, signer une oeuvre de science-fiction (enfin sur le papier car personnellement j’ai du mal à y voir totalement de la science-fiction en regardant cette oeuvre et je pense que c’était aussi une volonté de Truffaut). Après, on me dira que ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur de ce mouvement s’attaque à la science-fiction : par exemple, Godard l’a fait avec Alphaville. J’étais donc curieuse de connaître la vision du réalisateur sur cette oeuvre de Bradbury que j’adore (un de mes romans préférés). Il s’agit de la première excursion de Truffaut à l’étranger (le film ayant été tourné à Londres). Ce long-métrage marque aussi les retrouvailles entre Truffaut et Oskar Werner, les deux ayant travaillé ensemble pour Jules et Jim. Dans l’ensemble, sans dire que le résultat est mauvais (même s’il a tout de même certains défauts), ce Fahrenheit 451 m’a pas mal déçue. Je précise que je ne suis pas forcément une puriste des adaptations de romans mais j’ai senti Truffaut pas à l’aise avec un genre qu’il n’aimait pas de base (c’était même lui qui le disait dans des interviews) et certainement pas à l’aise non plus plus généralement avec la grandeur même du projet, qui a coûté cher pour l’époque, avec son lot d’effets spéciaux (alors qu’on n’est justement pas face à un film à spectacle). J’espère ce que je vais dire ne va pas trop « choquer » mais honnêtement, en regardant ce film, je me suis dit qu’une nouvelle adaptation serait une bonne chose ! Je me suis même dit que Equilibrium de Kurt Wimmer était finalement une meilleure « adaptation » que ce film de Truffaut. J’ai mis du temps à entrer dans le film qui m’a paru assez long (pas non plus interminable mais j’ai tout de même regardé de temps en temps ma montre) : heureusement, sa seconde partie m’a plus intéressée et permet de rattraper les mauvaises impressions du début. Visuellement, s’il était certainement intéressant pour l’époque, actuellement il a pas mal vieilli, certains effets sont même assez kitsch. C’est même assez étonnant de voir ce type d’effets alors que l’ensemble du film est esthétiquement assez « simple » dans le sens où il y a plutôt une envie de retranscrire un certain réalisme. Mais heureusement, d’autres scènes sont assez puissantes et rattrapent les quelques couacs. La scène de l’autodafé dans la bibliothèque vaut par exemple le coup d’oeil et même la fin avec le groupe qui apprend les textes par coeur oralement pour les conserver est également très belle.

De plus, les décors restent tout de même très réussis : ils permettent de rendre l’univers encore plus froid et monotone. La musique inquiétante de Bernard Hermann (le compositeur fétiche d’Alfred Hitchcock – Truffaut était un grand admirateur du maître du suspense) trouve également parfaitement sa place dans le film. Surtout, le propos relevé dans le roman de Bradbury (la destruction de la culture et du savoir pour contrôler l’individu) reste tout de même pertinent, nécessaire et intemporel (moins que dans le bouquin mais tout de même bien présent) : la dénonciation du fascisme fonctionne bien (il est impossible de ne pas voir un rapprochement entre les nazis qui eux-mêmes ont brûlé des livres). En parlant d’intemporalité, un autre point m’a semblé intéressant : certes, on voit bien qu’il y a une envie de placer l’histoire dans un futur. Mais en même temps, il n’est pas nécessairement très dessiné (comme on pourrait l’imaginer dans un gros blockbuster). Ce futur en question est finalement d’actualité, que ce soit « l’actualité » au moment de la sortie du film (le côté sixties en ressort par moments) ou même notre actualité de 2017 : bref, ce monde retranscrit par Truffaut n’est peut-être pas si éloigné de ce que le spectateur connait dans sa réalité. A noter aussi les choix troublants des livres brûlés : et même Chroniques Martiennes et Fahrenheit 451 de Bradbury ! On trouve également un exemplaire des Cahiers du Cinéma (on y trouve dessus une photo d’A bout de souffle de Jean-Luc Godard). Concernant le casting, sans dire qu’il est mauvais (il ne faut pas non plus exagéré), Werner n’est pas très à l’aise dans le rôle de Montag (même Truffaut n’était pas convaincu par sa prestation). Il faut dire que le personnage n’est pas ici particulièrement intéressant et manque de consistance. En revanche, Julie Christie, qui interprète deux personnages (Truffaut voulait éviter l’éternelle opposition entre une brune et une blonde et créer une sorte de trouble : l’effet est plutôt réussi), est bien plus convaincante. Pour conclure, Fahrenheit 451 est un film intéressant, qui fait son petit effet mais qui ne remplit pas totalement ses promesses même s’il reste fidèle au texte d’origine. Est-il imparfait parce qu’on s’attend justement à autre chose vu qu’on sait à quel point le roman de Bradbury est majeur dans le domaine de la science-fiction ? Cela reste tout de même une jolie ode à la littérature traversant le temps et les générations qui prouve bien qu’elle a un pouvoir énorme sur notre liberté.

The Secret Life of Words

réalisé par Isabel Coixet

avec Sarah Polley, Tim Robbins, Javier Cámara, Eddie Marsan, Julie Christie, Leonor Watling…

Drame, romance espagnol, irlandais. 1h55. 2004.

sortie française : 19 avril 2006

Movie Challenge 2017 : Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion 

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Un lieu isolé au milieu de la mer. Une plateforme pétrolière où ne vivent que des hommes, ceux qui y travaillent, et où vient d’avoir lieu un accident.
Une femme mystérieuse et solitaire, essayant d’oublier son passé, débarque sur la plateforme pour soigner un homme qui a temporairement perdu la vue. Entre eux se crée une étrange intimité, un lien fait de secrets, tissé de vérités, de mensonges, d’humour et de souffrance, qui ne les laissera pas indemnes et changera leur vie.

The Secret Life of Words avait remporté quatre Goyas (l’équivalent des César espagnols) en 2006 dont meilleur film, meilleure réalisatrice et meilleur scénario original. Produit par les frères Almodovar (la présence de Javier Camara est certainement liée à la présence des Almodovar dans la production), ce long-métrage tourné en langue anglaise marque aussi les retrouvailles de la réalisatrice Isabel Coixet avec l’actrice canadienne Sarah Polley après Ma vie sans moi (également produit par Pedro Almodovar). Il s’agit d’une jolie surprise qui mérite le coup d’œil. Pourtant, au départ j’étais assez sceptique : je m’attendais à un film assez pénible et ennuyeux : il faut avouer qu’un film se déroulant sur une plateforme pétrolière n’est pas ce qui lui a de plus attirant avec en plus un personnage principal qui ne cause pas des masses. Heureusement, ce ne fut pas le cas. Il dure presque deux heures mais je ne me suis pas ennuyée, je suis rentrée petit à petit dans l’histoire et j’avais envie de connaître les secrets des personnages, surtout celui d’Hanna (vu qu’on connait celui de Josef assez rapidement). Hanna est un personnage absolument bouleversant notamment par ses différents sens. Elle nous touche quand elle décide de ne plus rien écouter et de s’isoler en éteignant son appareil auditif. Elle nous intrigue quand elle mange comme quatre les délicieux plats de Simon, un cuisinier qui tente de donner du bonheur aux braves marins qui, eux-mêmes cachent leurs petits secrets (la nourriture semble aussi représenter littéralement une sorte d’appétit sexuel). Elle est émouvante quand elle décide de parler et même de se confier à Josef même quand elle ne dit pas totalement la vérité : des indices assez subtils permettent de comprendre la vérité face à des propos modifiés. Ce n’est pas donc pas toujours évident de capturer le non-dit sans tomber dans certains pièges mais Isabel Coixet relève ce défi haut la main. De plus, l’opposition entre Hanna et Josef aurait pu être très lourde : lui est un grand baraqué temporairement aveugle qui parle beaucoup, elle est toute frêle, sourde et silencieuse. Pourtant, cette opposition apparaît également avec habilité et même mieux : elle se transforme en complémentarité. Les sens sont alors un moyen pour les personnages de se réfugier suite à des histoires douloureuses et difficiles à exprimer.

The Secret Life of Words est un film d’une grande pudeur sachant pourtant exprimer l’indicible. Il a su allier histoire intime et Histoire avec un grand H (ici, on évoque la guerre des Balkans). Il trouve également un très bon équilibre entre les différentes émotions qu’il veut relever chez le spectateur. Il aurait pu être larmoyant et plombant, ce n’est pas du tout le cas. Ce film touche parce qu’il sonne vrai et juste que ce soit dans les dialogues ou encore les réactions des personnages. Il bouleverse également parce qu’il a su prendre en compte la place de la souffrance tout en offrant un minimum de l’espoir à ses personnages. Ainsi, la vie continue : les blessures ne pourront jamais totalement disparaître mais elles pourront tout de même être atténuées, la possibilité d’un bonheur et d’un avenir restant possible. On n’a pas besoin d’entendre ni de voir l’horreur qu’un individu peut vivre mais justement le fait qu’on n’en sache pas trop permet aux spectateurs de « visualiser » ce que personne ne voudrait voir. Le scénario m’a donc convaincue : on nous raconte finalement une belle histoire avec une apparente simplicité et efficacité mais qui est plus complexe qu’elle en a l’air jouant sans cesse avec une véritable intelligence avec les oppositions et les paradoxes. La place des dialogues et non-dialogues a aussi son importance, que ce soit pour appréhender les personnages ou encore pour évoquer le passé : Josef parle beaucoup pour ne pas dire la vérité, Hanna, elle, est dans l’incapacité de dire la vérité et doit utiliser des stratagèmes pour dire sa vérité (par exemple, quand elle évoque, dans une scène déchirante, un épisode qu’elle a vécu en utilisant la troisième personne). La mise en scène d’Isabel Coixet est en même temps sobre et délicate. A noter aussi l’importance du lieu assez particulier : une plateforme pétrolière. Cet endroit en question, assez dangereux, crée une sorte de huis-clos qui renforce l’isolement des personnages, isolement qui permet paradoxalement aussi à Hanna et Josef de se rapprocher et d’apprendre à communiquer, que ce soit verbalement ou par d’autres moyens. De plus, différentes nationalités se côtoient sur ce bateau : là encore, difficile de ne pas voir le parallèle entre les langues pratiquées par les quelques individus sur ce bateau et le sujet de la communication. L’actrice (et réalisatrice) canadienne Sarah Polley prouve qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération. Je regrette qu’on ne la voit pas plus souvent au cinéma. Elle aurait pu rendre son personnage glauque, pourtant, sans jamais en faire des tonnes ni tomber dans une certaine caricature, elle reste gracieuse et lumineuse. Tim Robbins est également comme souvent excellent dans le rôle a priori d’un grincheux mais qui a un grand coeur. Le couple Polley-Robbins fonctionne également : on a envie de voir leur couple triompher sur les blessures de la vie. Enfin, les seconds rôles, que ce soit Javier Camara, Eddie Marsan ou encore Julie Christie, sont également très bons.

The Secret life of words : Photo Sarah Polley

Alabama Monroe

réalisé par Felix Van Groeningen

avec Johan Heldenbergh, Veerle Baetens, Nell Cattrysse…

titre original : The Broken Circle Breakdown

Drame belge. 1h50. 2012.

sortie française : 28 août 2013

Didier et Élise vivent une histoire d’amour passionnée et rythmée par la musique. Lui, joue du banjo dans un groupe de Bluegrass Country et vénère l’Amérique. Elle, tient un salon de tatouage et chante dans le groupe de Didier. De leur union fusionnelle naît une fille, Maybelle qui tombe un jour malade…

Alabama Monroe : Photo Johan Heldenbergh, Veerle Baetens

Alabama Monroe est adapté de la pièce de théâtre The Broken Circle Breakdown Featuring the Cover-Ups of Alabama, écrite par Johan Heldenbergh et Mieke Dobbels. Nommé aux Oscars dans la catégorie « meilleur film en langue étrangère » (battu cette année-là par La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino), il a remporté en France le César du meilleur film étranger. Le titre original fait référence au groupe dans lequel jouent et chantent Didier et Elise. Elise est tatoueuse et se tatoue donc le corps à chaque nouvelle histoire d’amour. Didier, qui refuse d’avoir des tatouages, est passionné par le bluegrass, une sorte de variante de la country. Que signifie alors le titre français, Alabama Monroe ? Je précise que je ne spoile pas étant donné qu’on connait rapidement cette information dans le film (j’ai même envie de dire que c’est dans le synopsis) : le couple atypique formé par Elise et Didier perd leur fille Maybelle d’une leucémie. Elise, dans un délire spirituel après le décès de sa fille, change son nom en Alabama (en référence à l’état américain) et, dans un élan ironique, Monroe désigne la nouvelle identité de Didier (ici un clin d’œil à Bill Monroe, à l’origine du développement du bluegrass). Les deux titres sont donc intéressants (pour une fois, on ne jettera pas la pierre aux traducteurs) : la version originale met en avant l’importance de la musique pour les deux protagonistes principaux dans les différentes étapes de leur existence (la scène finale, très émouvante, est particulièrement parlante en ce qui concerne ce point en question). Le titre français privilégie plutôt l’union éternelle du couple d’une autre manière malgré une destruction inévitable. Alabama Monroe est en tout cas une belle réussite même s’il a selon moi ses défauts. Le montage est ce qui nous frappe le plus : par ce moyen, sa narration est volontairement déstructurée. J’y vois presque une sorte de connexion littérale avec le titre original de l’œuvre : il y a en tout cas une idée de circularité qui se brise, les choses ne se déroulant pas comme on le souhaiterait. Cela dit, si on comprend la démarche du réalisateur, ce montage ne fait pas toujours son petit effet (même si dans l’ensemble ce n’est pas non plus la catastrophe – encore une fois, j’ai aimé ce film). Je l’ai juste parfois trouvé confus, un peu en mode « n’importe quoi » par moments. Je me méfie toujours un peu de ces montages déstructurés qui peuvent être un moyen de cacher un scénario parfois faible. Cela dit, heureusement, le scénario est tout de même plutôt bon, le montage avec ses défauts n’apparaît pas comme un cache-misère.

Alabama Monroe : Photo Veerle Baetens

Certes, on nous présente une histoire assez classique (un couple qui traverse une insurmontable épreuve), proche par exemple de La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli (un couple qui s’aime au début sur fond de pop, un gamin qu tombe gravement malade, le couple qui en ressort détruit). Nous prenons tout de même un certain « plaisir » (je ne sais pas si c’est le mot le plus approprié) à la découvrir. Les personnages sont également attachants ayant une réelle épaisseur psychologique. De plus, leurs interprètes, Veerle Baetens (récompensée par un European Film Award) et Johan Heldenbergh (ce dernier étant le leader du véritable groupe The Broken Circle Bluegrass), sont remarquables. Ils sont évidemment très bons individuellement mais on croit aussi complètement à leur couple. Alabama Monroe bénéficie également d’une très belle mise en scène, qui a su prendre en compte les différentes émotions présentes dans le long-métrage (la douleur et le lyrisme). Le parallèle avec les Etats-Unis (qui permettent à ce couple de s’unir via la musique) est plutôt pertinent : ce pays représente aussi bien une forme de liberté et d’utopie que la désillusion (notamment avec des images à la télévision des tours du World Trade Centre s’écroulant comme le couple Elise-Didier). Il y a aussi tout le long du film (d’où aussi certainement ce montage en question) une idée de mort qui plane en permanence, comme si cette épreuve traversée par le couple était inévitable. On pense notamment à la présence de cet oiseau qui se heurte à la « terranda » (un mix entre la véranda et la terrasse) : il y a même une rencontre entre cette représentation de la mort et la petite Maybelle qui ne pourra pas échapper à son propre décès, comme s’il s’agissait d’une prédiction, d’un coup fatal du destin. Le film a beau avoir ses moments « joyeux » avec ses scènes musicales, ne pas être tire-larmes, il est pourtant tragique et ce point en question est très bien exploité. Malgré ses imperfections, Felix Van Groeningen (La Merditude des Choses, Belgica) signe un film bouleversant voire même par moments éprouvant. Alabama Monroe fait fusionner (à l’image du couple) avec une virtuosité parfois fragilisée l’amour et la mort sans jamais tomber dans le larmoyant ou too much (les séquences musicales alors qu’il aurait pu facilement tomber dans des pièges grossiers. Je ne sais pas du tout ce que donnait la pièce sur scène mais on n’a jamais l’impression d’assister à du théâtre filmé (ce qui n’est pas toujours évident) alors que le thème du spectacle est pourtant bien repris dans le long-métrage, donnant corps à l’intense histoire d’amour et histoire tout court d’Elise et Didier.

Alabama Monroe : Photo Veerle Baetens

Célibataire, mode d’emploi

réalisé par Christian Ditter

avec Dakota Johnson, Rebel Wilson, Alison Brie, Leslie Mann, Damon Wayans Jr., Anders Holm, Nicholas Braun, Jake Lacy…

titre original : How To Be Single

Comédie américaine. 1h50. 2016.

sortie française : 2 mars 2016

Movie Challenge 2017 : Un feel-good movie

Il y a toutes sortes de manières de vivre en célibataire. Il y a ceux qui s’y prennent bien, ceux qui s’y prennent mal… Et puis, il y a Alice. Robin. Lucy. Meg. Tom. David… À New York, on ne compte plus les âmes en peine à la recherche du partenaire idéal, que ce soit pour une histoire d’amour, un plan drague… ou un mélange des deux ! Entre les flirts par SMS et les aventures d’une nuit, ces réfractaires au mariage ont tous un point commun : le besoin de redécouvrir le sens du mot célibataire dans un monde où l’amour est en constante mutation. Un vent de libertinage souffle de nouveau sur la ville qui ne dort jamais !

Célibataire, mode d'emploi : Photo Dakota Johnson, Rebel Wilson

Christian Ditter n’est pas pour moi un nom inconnu : c’était lui qui avait réalisé la sympathique comédie romantique Love, Rosie (avec Lily Collins et Sam Claflin), une adaptation d’un roman de Cecilia Ahern directement sorti en dvd chez nous. C’est principalement pour cette raison que j’ai voulu regarder Célibataire, mode d’emploi, adapté du premier roman de Liz Tuccillo. Tuccillo est connue pour avoir travaillé sur la série de HBO Sex & the City en tant que scénariste ou pour avoir co-écrit avec Greg Behrendt Laisse tomber, il te mérite pas ! / He’s Just Not that Into You (adapté au cinéma sous le titre français Ce que pensent les hommes). Honnêtement, en dehors de ce petit argument, Célibataire, mode d’emploi me faisait plus fuir qu’autre chose : le film avait l’air d’être un mélange d’ambiance et de vulgarité pour montrer ce qu’est la femme actuelle (je m’étouffe), tout ce dont je me méfie. Les premières minutes ne m’ont pas du tout rassurée avec Rebel Wilson… qui fait du Rebel Wilson show comme un peu trop souvent. Elle emmène notre héroïne Alice, interprétée par Dakota Johnson (jusqu’à présent, je n’avais pas encore vu son « talent » ou quelque chose dans ce genre-là), se déchaîner dans des clubs ou bars, se bourrer la gueule et coucher avec n’importe qui. Le film suit également parallèlement deux autres histoires secondaires. D’un côté, Lucy (Alison Brie) croise constamment la route de Tom, ce dernier finissant par tomber amoureux d’elle. De l’autre, on s’intéresse à la grande soeur d’Alice, Meg (Leslie Mann), un médecin qui pense avant tout à sa carrière à sa vie personnelle. Jusqu’au jour où devenir mère devient une obsession. Célibataire, mode d’emploi n’est finalement pas la grosse daube prévue. Certes, on ne va pas se mentir : c’est pas la comédie du siècle, loin de là. En même temps, je ne pense pas que le film prétend révolutionner quoi que ce soit. Cela dit, il tente de proposer un propos différent à travers le portrait plus ou moins croisé de quatre femmes. Et ce propos en question est plutôt positif pour la représentation de la femme d’aujourd’hui. Comment une femme peut-elle être heureuse tout en préservant son indépendance ? Etre en couple est-il alors compatible avec cette indépendance ? En partant sur quatre portraits de femmes de 25 à 40 ans environ (même si encore une fois le film privilégie davantage l’histoire d’Alice), Célibataire, mode d’emploi montre les différentes possibilités d’un épanouissement de la femme moderne sans être prisonnière de sa vie amoureuse.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Alison Brie

Alice enchaîne les histoires amoureuses mais comprend qu’elle peut être heureuse sans hommes (la demoiselle devenant dépendante affective), les relations amoureuses n’étant pas toujours source de bonheur. Robin, elle, privilégie clairement le travail et les amitiés à l’amour : c’est ça qui la rend heureuse. L’amitié est aussi une belle valeur qu’on ne doit pas négliger. Meg pense que le bonheur réside dans le célibat et finit par confondre indépendance et solitude. Elle a fini par nier ses propres désirs, s’enfermant dans ses convictions.  Bref, on peut être une femme indépendante, en étant épanouie dans un travail passionnant tout en ayant envie de maternité. Grâce au personnage de Meg, sans tomber dans la contradiction, le film a le mérite de ne pas être culpabilisant envers certaines femmes et ne tombe pas dans de l’extrémisme. Le casting est plutôt bon. On ne va pas dire que les acteurs vont remporter un Oscar, les personnages ne sont pas non plus d’une grande profondeur mais ils sont tous bons pour ce genre de film assez léger. Leurs personnages sont plutôt attachants. Dakota Johnson m’avait agacée voire même inquiétée dans la saga Cinquante Nuances. Finalement, elle ne sort pas si mal. Elle est plutôt fraîche et attachante dans le rôle de cette jeune femme qui cherche finalement le bonheur et la liberté. Comme je le disais au début, Rebel Wilson fait du Rebel Wilson. Je l’aime bien mais il faut avouer qu’elle se répète au fil des films. Cela dit, alors que ça partait plutôt mal, son personnage devient plus intéressant. Elle n’est pas uniquement une fêtarde déjantée qui aime bien coucher à droite et à gauche. La fin, qui permet d’en savoir définitivement plus ce personnage, m’a par ailleurs surprise. Alison Brie est toujours aussi pétillante et confirme bien ici son potentiel. Son duo avec Anders Holm fonctionne avec elle et là encore son personnage surprend, le film montre de nouveau qu’il n’est pas aussi prévisible qu’il en a l’air. Enfin, Leslie Mann est certainement celle qui se détache pour moi du lot (même si encore une fois le reste du casting est plutôt bon). Certes, Célibataire, mode d’emploi ne frappe pas nécessairement pour ses qualités cinématographiques – même si globalement le travail (par rapport à ce qu’on attend de ce type de production) reste très correct. Il est certain qu’il vise au premier abord un public féminin. Il s’agit d’un sympathique film, bien rythmé, plutôt divertissant, qui n’est pas aussi tarte qu’il en a l’air même s’il n’est pas non plus révolutionnaire. J’aimerais bien connaître l’avis des mecs mais je n’ai pas eu l’impression que le public masculin était si négligé que ça.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Leslie Mann

Bridget Jones’s Baby

réalisé par Sharon Maguire

avec Renée Zellweger, Colin Firth, Patrick Dempsey, Emma Thompson, Jim Broadbent, Shirley Henderson, Gemma Jones, James Callis, Celia Imrie, Sarah Solemani…

Comédie romantique britannique, américain. 2h. 2016.

sortie française : 5 octobre 2016

Movie Challenge 2017 : Une suite de film

Après avoir rompu avec Mark Darcy, Bridget se retrouve de nouveau célibataire, 40 ans passés, plus concentrée sur sa carrière et ses amis que sur sa vie amoureuse. Pour une fois, tout est sous contrôle ! Jusqu’à ce que Bridget fasse la rencontre de Jack… Puis retrouve Darcy… Puis découvre qu’elle est enceinte… Mais de qui ???

Bridget Jones Baby : Photo Colin Firth, Patrick Dempsey, Renée Zellweger

J’assume : je suis une grande fan de Bridget Jones. Je me reconnais toujours dans cette héroïne qui ressemble finalement à beaucoup de femme. J’ai adoré la trilogie écrite par Helen Fielding. Concernant les adaptations sur grand écran, j’aime surtout le premier film (la suite me paraît ratée, ce qui est dommage – le bouquin L’âge de raison était bien plus drôle). Pour ce troisième volet au cinéma, Sharon Maguire (réalisatrice du premier film) n’adapte cette fois-ci pas un des romans. Pourtant, il existe bien un troisième roman, Bridget Jones : Folle de lui (Bridget Jones : Mad about the Boy) sorti en 2013. Dans cette suite, Bridget a bien évolué : elle est veuve (ce qui a crée du remous chez les fans – pour ma part, ce choix était pour moi judicieux même s’il fait mal au cœur), a deux gosses, a vieilli et doit faire face à son époque : Twitter, les toy-boys, les lunettes de vue, les rides etc… Les scénaristes ont décidé d’imaginer la vie de Bridget (également vieillie mais un peu plus jeune) avant le troisième roman. Effectivement, c’était alléchant d’imaginer Bridget enceinte (surtout après ses aventures dans le 2e tome avec notamment le test de grossesse). J’étais contente même de retrouver ma bonne copine face au temps et tout ce qui suit derrière. Avoir peur de ce projet était totalement légitime : une suite des années après, avec une histoire « originale », ça restait assez casse-gueule. Bridget Jones’s Baby – oui je mets volontairement en avant le titre original et non cette pseudo « traduction » franco-anglaise déplorable – n’est vraiment pas la catastrophe annoncée, loin de là. Sans être révolutionnaire et très prévisible, ce film remplit ses charges de sympathique comédie romantique. J’ai beau aimé Bridget au cinéma, le visage de Renée Zellweger qui a beaucoup changé à cause de la chirurgie esthétique : je me fous de ce peut faire l’actrice avec son corps, c’est son choix. Mais j’avais tout simplement peur de ne plus retrouver Bridget. Heureusement, j’ai été très vite rassurée : l’actrice a gardé son jeu et surtout j’ai tout de même retrouvé ses charmantes expressions. Le reste du casting est également très bon. Colin Firth est toujours aussi à l’aise dans le rôle de Mark Darcy et Patrick Dempsey s’en sort également très bien dans le rôle de cet amant américain attendrissant, un peu envahissant aussi et très porté sur les méthodes très à la mode concernant le bien-être. Certes, l’ancien docteur Mamour ne nous fait pas oublier Hugh Grant, le personnage de  ce dernier étant décédé (la scène de l’enterrement au début du film est au passage très drôle) mais il s’en sort tout de même bien et s’intègre très bien dans un univers que nous connaissons très bien.

Bridget Jones Baby : Photo Emma Thompson, Renée Zellweger

De plus, le duel entre Darcy et Jack Qwant m’a semblé intéressant. Dans les précédents volets, la guéguerre entre Darcy et Daniel Cleaver était volontairement puérile et surtout Cleaver incarne une figure de connard goujat. Qwant est au contraire un personnage plus respectueux et mature. Certes il fait quelques erreurs mais on le voit plus comme un humain. Jim Broadbent et Gemma Jones sont toujours aussi plaisants dans le rôle des parents de Bridget même si on les voit peu. Sarah Solemani (Lizzie de la série The Wrong Mans) est également un bon second rôle. Enfin, impossible de passer à côté d’Emma Thompson (également co-scénariste) en gynécologue qui doit faire face à Bridget, une patiente pas comme les autres ! Au passage, les quelques petites apparitions d’Ed Sheeran sont également plutôt amusantes. Le film est donc agréable à regarder, parfois drôle et même assez touchant. Pourtant, je ne suis pas sortie totalement emballée ni satisfaite. Déjà, même si encore une fois j’ai passé un bon moment, j’ai trouvé ce film un peu trop long, on sent bien passer les deux bonnes heures. Il faut dire que l’intrigue met mine de rien pas mal de temps à se mettre en place… pour finalement un résultat très prévisible. Mais ce qui m’a le plus énervée, c’est la sensation de retourner en arrière. En effet, après le deuxième volet, qui mettait déjà le couple Bridget-Darcy à l’épreuve, on devait penser que c’était réglé une bonne fois pour toutes (et le troisième bouquin nous confirmait bien cela). Or, finalement on est obligé de se retaper leurs problèmes, comme si les deux premiers films n’avaient vraiment servis à rien. Pourquoi ce choix de triangle amoureux ? Dans le même genre (et suite en plus), le film de Marylou Berry, Joséphine s’arrondit, pourtant pas non plus une comédie romantique révolutionnaire, fonctionnait mieux sans « trahir » les spectateurs (oui, « trahir », je n’ai pas peur d’utiliser certains mots). Cela n’empêche pas au film de Berry d’avancer avec son lot de péripéties ! Surtout, vu l’âge de Bridget, je ne comprends pas pourquoi les scénaristes ont tenu de ne pas avoir attendu pour adapter le troisième tome. Le seul argument que je vois était le suivant : il fallait Colin Firth. Enfin, dans le troisième roman, les questions de l’âge, de la séduction, de la technologie et autres dérives de notre époque étaient bien mieux traitées que dans le film qui esquisse certains points sans y aller non plus franchement – en dehors de quelques scènes notamment dans le journal dans lequel bosse Bridget.

Bridget Jones Baby : Photo Colin Firth, Renée Zellweger

Le Verdict

réalisé par Sidney Lumet

avec Paul Newman, Charlotte Rampling, Jack Warden, James Mason, Milo O’Shea…

titre original : The Verdict

Drame américain. 2h. 1982.

sortie française : 16 février 1983

Avocat déchu et alcoolique, Frank Galvin racole ses clients dans les salons funéraires jusqu’au jour où il accepte de travailler sur l’affaire d’une jeune femme victime d’une erreur médicale et plongée dans le coma. Ce dossier qui risque de provoquer un scandale et de nuire à la réputation de l’hôpital, va être pour l’avocat l’occasion de retrouver sa dignité… ou de la perdre définitivement.

Le Verdict, nommé à cinq reprises aux Oscars dans les plus importantes catégories, est une adaptation du roman éponyme de Barry Reed, un ancien avocat. Cela peut expliquer la précision du scénario lorsqu’il aborde certains aspects juridiques. Sidney Lumet a été révélé par l’excellent Douze hommes en colère, certainement une des références du film du procès, un genre pas si évident à appréhender (pour ma part, j’aime énormément les films appartenant à ce genre). Comment rendre une oeuvre cinématographique alors que les films de procès partent toujours dans certains bavardages ou ont souvent un aspect assez théâtral (le métier d’avocat étant lui-même théâtral) ? Sidney Lumet réussit en tout cas parfaitement son pari. A travers ce film de procès, le réalisateur livre un portrait d’un homme en quête de rédemption par l’art de la justice de la quête de la vérité. Au début du long-métrage, Frank Galvin est un odieux personnage au fond du trou, passant plus de temps au bar à se bourrer la gueule et à s’inviter dans des enterrements pour racoler ses clients. On sait également qu’il avait failli être radié du barreau quelques années auparavant suite à une affaire qui a mal tourné. Le scénario, plutôt bien écrit et construit, cerne les différentes étapes de l’évolution de Frank dans son envie de se relever. La première partie expose la vie désastreuse de Frank. Ce dernier accepte une affaire proposée par son ancien partenaire Mickey. Il n’est pas censé la perdre : suite à une erreur d’anesthésie, Deborah Ann Kaye, qui devait accoucher à l’hôpital Ste-Catherine, a sombré dans un coma profond dont elle ne pourra pas s’en sortir. Sa soeur et son beau-frère ne cherchent pas au début à poursuivre les médecins coupables et veulent surtout une indemnisation. Pour résumer, Frank devra négocier une transaction et accepter le chèque de l’Archevêché de Boston qui est à la tête administrative de l’hôpital. Arrive alors la seconde étape : Frank n’accepte plus l’affaire par intérêt. Il a un déclic en « rencontrant » la victime à l’hôpital. Le goût de la vérité et de la justice finit par ressortir chez ce personnage qui se met à bosser pour de bon. Il refuse les dommages et intérêts prévus et compte mener une vraie bataille contre l’hôpital (défendu par un puissant cabinet d’avocats n’hésitant pas à user de stratagèmes douteux) en décidant d’aller au procès. Enfin, la troisième phase concerne la recherche d’un témoin clé qui devrait faire éclater la vérité : le procès trouvera alors son issue. Parallèlement à ce récit principal, notre personnage principal rencontre une certaine Laura Fischer.

Certes, Laura joue un petit rôle dans l’affaire que traite Frank. Surtout, ce personnage est surtout une sorte de reflet de la vie privée de Frank. Sa fonction de mise en parallèle avec un autre personnage aurait pu être gênant mais Laura ne se contente pas d’être un personnage-fonction. La scène finale (avec Laura qui téléphone à Frank) est très intéressante dans le sens où elle confirme pour de bon ce que va devenir Frank après cette affaire. Cette construction narrative, même si elle est structurée logiquement, m’a au début déstabilisée, comme si le film prenait un peu trop son temps pour installer son intrigue. Mais une fois qu’on a passé cette fameuse deuxième étape dans le récit, on comprend mieux où le film, qui devient de plus en plus captivant, nous amène. Comme le personnage principal, le spectateur prend conscience de certaines choses et a aussi envie de s’investir davantage dans l’affaire. La mise en scène est remarquable : solide, elle sait saisir l’espace d’une cour de justice tout en prenant en compte la place de son personnage. Ce point en question traduit bien également le travail des scénaristes qui ont su mettre en avant ce rapport entre un individu face à un système bien trop grand pour lui. A noter aussi un travail intéressant concernant la photographie et plus particulièrement l’éclairage. En effet, Lumet avait demandé à son directeur de la photo de s’inspirer du travail de Le Caravage. Effectivement, ce procédé de clair-obscur est bien présent dans le long-métrage et a un impact sur la manière de valoriser les lieux et décors. Paul Newman est impeccable dans le rôle de Frank Galvin, un personnage charismatique, profond, complexe et attachant. Son évolution au fil du film le rend encore plus humain. Il a clairement ses défauts : au-delà de noyer son mal-être dans l’alcool, même lorsqu’il veut retrouver sa dignité et pense certainement à la victime qu’il défend, il agit aussi par égoïsme : ce personnage touche parce qu’il n’est pas idéalisé. James Mason, dans l’un de ses derniers rôles de sa carrière, interprète avec intensité le rôle de l’avocat de la partie inverse. Charlotte Rampling est également convaincante dans le rôle de cette femme énigmatique et torturée. A noter également au casting la présence de Jack Warden et Ed Binns, qui faisaient partie du casting de Douze hommes en colère, ou encore les courtes présences de Bruce Willis et Tobin Bell ! Le Verdict est donc un film puissant et captivant à découvrir. On suit avec intérêt le portrait d’un homme qui retrouve foi devant une justice qui elle, justement, n’est pas toujours à la hauteur et s’éloigne de ce qui la définit.

Le Verdict : Photo Paul Newman, Sidney Lumet

Hunt for the Wilderpeople

réalisé par Taika Waititi

avec Julian Dennison, Sam Neill, Rachel House, Rima Te Wiata, Rhys Darby, Cohen Holloway, Mike Minogue, Oscar Kightley, Taika Waititi…

Comédie, aventure néo-zélandaise. 1h45. 2016.

Elevé dans une famille d’accueil un enfant difficile de la ville va vivre un nouveau départ dans la campagne Néo-Zélandaise. Il se retrouve chez une famille d’accueil aimante, quand une tragédie survient le jeune garçon et Hec, l’oncle de sa nouvelle famille, s’enfuient dans le Bush. Ces nouveaux hors-la-loi vont devoir faire équipe…

Hunt For The Wilderpeople : Photo Julian Dennison

Si vous suivez ce blog, vous savez à quel point j’avais adoré What We Do in the Shadows (en VF Vampires en toute intimité). J’avais donc envie de m’intéresser aux autres projets d’un des deux réalisateurs, Taika Waititi (qui fait un caméo dans le rôle du pasteur complètement frappé), qui commence à se faire un nom (notamment avec la sortie prochain de Thor : Ragnarok). Hunt for the Wilderpeople a cartonné dans son pays d’origine, la Nouvelle-Zélande, que ce soit au box-office ou encore au sein de l’académie de cinéma du pays en raflant les récompenses. Adapté du roman Wild Pork and Watercress de Barry Crump (publié en 1986), Hunt for the Wilderpeople n’a toujours pas de date de sortie en France – même dans les solutions e-cinema et compagnie. Pourtant ce film vaut incontestablement le détour. Un de coup de cœur en ce qui me concerne ! L’histoire n’a pourtant rien de révolutionnaire : on suit Ricky Baker, un jeune adolescent sans famille et trimballé de foyer en foyer. Alors qu’il est très bien accueilli par sa nouvelle mère adoptive, « tante » Bella, le contact avec son père adoptif, le rustique Hector, est plus difficile. Mais finalement, Hector et Ricky devront faire équipe, apprendront à mieux se connaître et surtout finiront par s’apprécier. Je ne vous spoile pas grand-chose, c’est un schéma assez classique et Taika Waititi ne prétend pas le révolutionner. Pourtant, même si on se doute de la manière dont le scénario peut éventuellement se dérouler, on est surpris… d’être surpris justement. Hunt for the Wilderpeople aurait pu être un film lisse mais il n’a rien à voir avec ce que Hollywood propose habituellement. Justement, Taika Waititi a su s’approprier des différents codes habituels pour pouvoir mieux en jouer. Par exemple, le réalisateur reprend en grande partie les codes du conte. Dans un premier temps, le découpage en chapitres avec des titres loufoques peut faire penser à un conte, voire même plus généralement à un livre pour enfants. Le conte est toujours un genre assez cruel. Le petit Ricky a beau être un gamin drôle, se croyant parfois dans un clip de rap, ce qu’il vit est extrêmement difficile et est devenu un petit voyou de la ville « qui crache et fait des graffitis ». Il est traîné de foyer en foyer, n’a donc pas une ville stable et tout ce qu’il veut, c’est fuir.

Hunt For The Wilderpeople : Photo

Dans le conte, il y a souvent une part de merveilleux. Certes, concrètement, il n’y en a pas dans ce long-métrage. Pourtant, certains éléments font écho au merveilleux. Par exemple, Paula, la dame des services sociaux, serait une sorte de sorcière tandis que la gamine rencontrée sur le chemin de Ricky pourrait être une princesse. Même les autres personnages secondaires ont l’air si déconnectés de la réalité qu’ils semblent aussi tout droit sortis d’un conte, comme si leur rôle était aussi d’ordre fonctionnel pour contribuer au schéma narratif traditionnel de ce genre, également bien présent. La nature, omniprésente dans pratiquement chaque scène du film, a quelque chose qui semble parfois sortir de la réalité. Enfin, ce rapport entre l’enfance, l’adoption, le conte et la nature, avec cette poursuite en arrière-fond m’a parfois fait penser à La Nuit du Chasseur de Charles Laughton. On pense aussi au road-movie dans le sens où notre duo incontournable est obligé de fuir face à un lot d’emmerdes et de quiproquos. Encore une fois, je reviens sur le rôle de la nature, mise en avant par paysages verdoyants néo-zélandais d’une beauté foudroyante. Elle est protectrice, dans le sens où elle va permettre à Hector et Ricky de se rapprocher et surtout de se tenir à l’écart d’une civilisation qui ne prend pas en compte leurs souffrances et envies. Mais elle est évidemment source d’obstacles : si traverser des épreuves peut avoir du bon notamment dans la construction relationnelle (et familiale), on ne peut pas éternellement fuir ses problèmes. Au-delà des interrogations sur le passé (l’abandon, la prison et plus généralement des choses liées à son milieu environnemental, social, culturel etc…) et des interrogations autour de l’adoption et de la famille, le long-métrage offre aussi un regard assez critique de la Nouvelle-Zélande envers les maoris, vus comme des criminels : cela peut aussi expliquer pourquoi Ricky traîne de foyer en foyer – il s’agit d’un enfant difficile mais on comprend bien à quel point sa description est volontairement exagérée et aussi pourquoi Paula lui dit clairement que personne ne veut de lui. Ricky s’attache certainement à Hector parce que ce dernier est aussi, pour des raisons différentes, est aussi en quelque sorte une figure « d’exilé ». La rencontre avec la gamine et son oncle est également assez significative dans cette observation.

Hunt for the Wilderpeople est donc une belle surprise, avec une mise en scène agréable et un scénario qui nous tient en haleine. L’histoire est particulièrement bien narrée et mêlant avec cohérence différents genres : la comédie, le conte, le road-movie, voire même le film d’action avec la scène de la course-poursuite. Surtout, on sera étonné par les différentes émotions que ce film nous procure. On s’attend à voir un film tout mignon et léger, on pense même à une vague de films du même type pour enfants des années 1980 voire même 1990 (le film faisant de nombreuses références à ces périodes). Certes, il est effectivement très divertissant et particulièrement bien rythmé. Cela est rare quand je n’ai pas envie qu’un film se termine ! Et je me suis également bien marrée : les personnages sont loufoques (mais cela ne paraît pas superficiel, encore une fois, par rapport à sa structure, ce choix a du sens) et Ricky, qui nage parfois en plein délire en se prenant pour un personnage de film, a le sens de la punchline. Cela dit, ce film surprend par sa noirceur et surtout est réellement émouvant. Il aurait pu être niais, ce n’est pas du tout le cas. Le film est aussi honnête sur différents points. Honnête d’un côté parce qu’on sent l’implication et la sincérité du réalisateur dans l’adaptation de ce roman très connu en Nouvelle-Zélande. ! D’un autre côté, il l’est aussi parce qu’il ne ment pas aux spectateurs. Le long-métrage a beau être coloré et être folklorique dans tous les sens du terme, Taika Waititi ne cherche pas à épargner totalement le sort des personnages. Enfin, Hunt for the Wilderpeople est servi par un formidable casting. Julian Dennison, qui incarne le petit Ricky, est une véritable révélation. Il est si drôle, attachant et touchant ! Sam Neill est également remarquable dans le rôle de Hector, ce bourru analphabète au grand coeur. De plus, le duo entre Dennison et Neill fonctionne à merveille ! Les seconds rôles, que ce soit Rhys Darby (que j’avais découvert dans la géniale série Flight of the Conchords) en Psycho Sam ou encore Rachel House (récemment au casting de voix du Disney Vaiana) en travailleuse de la DASS obsédée par son objectif quitte à se prendre pour un flic américain.

Hunt For The Wilderpeople : Photo Julian Dennison, Sam Neill

Hippocrate

réalisé par Thomas Lilti

avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Félix Moati, Carole Franck, Philippe Rebbot…

Comédie dramatique française. 1h42. 2014.

sortie française : 3 septembre 2014

Movie Challenge 2017 : Un film engagé

Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel, est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. Son initiation commence.

Hippocrate : Photo Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Reda Kateb

Présenté au festival de Cannes 2014 dans le cadre de la Semaine Internationale de la Critique, Hippocrate est un film qui semble marquer une frontière entre le film social et « autobiographique ». En effet, avant de se lancer dans le cinéma, le réalisateur Thomas Lilti était médecin et fils de médecin comme Benjamin, le personnage principal de ce long-métrage (Benjamin étant aussi au passage le second prénom du réalisateur). Lilti a aussi tenu à tourner dans l’ancien hôpital dans lequel il travaillait. La médecine est un sujet qui obsède encore le réalisateur (son dernier film étant Médecin de campagne). Par ailleurs, certaines vraies infirmières apparaissent au casting pour accentuer encore plus la crédibilité du récit. Mais on ne peut pas limiter Hippocrate à cet aspect très réaliste, à ce vécu qu’on ressent sans cesse, même si cette dimension est effectivement à prendre en compte par rapport à ce que le réalisateur a voulu pointer du doigt. Justement, ce long-métrage se présenterait avant tout comme un cri d’alarme : nous savons tous que les hôpitaux français se portent mal (nous n’avons pas attendu Hippocrate pour savoir ça). Comme dans beaucoup de milieux, on préfère privilégier le profit à la qualité et surtout à l’humanité. J’ai toujours été très sensible aux films engagés, appartenant au cinéma social, dénonçant les travers d’un pays ou d’un système. Je suis sensible au propos même de Hippocrate. J’adhère au propos mais pas nécessairement à la proposition « artistique » : ce n’est pas parce qu’on signe un film social, très réaliste, parfois proche du documentaire, qu’on doit négliger certains points. Déjà, pour être honnête, je me suis énormément ennuyée (en dehors de la fin, là au moins elle a su susciter un minimum mon intérêt). Cela paraît vraiment regrettable de ressentir ce type de désagrément alors que le film tend justement à nous montrer le rythme infernal du personnel. Je ne suis pas entrée dans le récit alors que paradoxalement on débute directement à l’hôpital en suivant Benjamin, ce jeune interne. Le spectateur est alors dans la même situation que Benjamin : on découvre en même temps que lui le réel fonctionnement d’un hôpital et ses petits secrets (notamment dans les moments de détente). Je comprends la démarche du réalisateur lorsqu’il nous montre différents moments : dans la vie d’un hôpital, il se passe forcément des événements sans lien les uns avec les autres. Mais je trouve que le film manque tout de même de fil rouge. Il arrive assez tard dans le film, ce qui rend le tout encore plus décousu, comme si les débats lancés (notamment sur l’euthanasie) sortaient de nulle part.

Hippocrate : Photo Vincent Lacoste

Même la toute fin semble bâclée, comme si les dernières minutes  du film n’avaient servi à rien. De plus, si j’applaudis le côté « réaliste », certaines scènes (notamment à la fin) m’ont paru très exagérées. J’ai même cherché des avis de médecin et d’internes : si beaucoup s’accordent sur la retranscription réaliste de leur profession, pas mal d’entre eux (même ceux qui ont apprécié le film) ont également trouvé cette fin pas toujours très crédible. Bref, le scénario m’a paru confus, ne laissant pas réellement les personnages exister à l’écran. Seul le personnage d’Abdel est intéressant et se détache du lot. Il faut aussi souligner au passage l’excellente interprétation de Reda Kateb qui avait remporté le César du meilleur acteur dans un second rôle. Je suis un peu plus sceptique concernant Vincent Lacoste. J’aime bien ce jeune acteur qui fait du bien au cinéma français, il ne joue pas si mal dans Hippocrate (même si sa nomination aux César me parait excessive). Mais je ne l’ai pas trouvé très à l’aise. J’aime bien son air à la ramasse mais là je ne sais pas s’il correspond réellement au personnage qu’il incarne (personnellement, malgré tout le bien que je pense de lui, je n’aimerais pas me faire soigner par Lacoste !). En plus, il fait vraiment jeune : son physique ne l’aide pas à s’approprier de son personnage me semble-t-il. Je ne parle même pas des seconds rôles vraiment invisibles, notamment celui tenu par Jacques Gamblin, qui incarne le père du héros. Or, dans le scénario, il y a, me semble-t-il, une piste concernant le lien entre père et fils dans le milieu professionnel et même une esquisse sur les magouilles que cette relation peut entraîner dans le monde du travail, en l’occurrence ici dans la médecine. De plus, si le travail concernant ce point n’a rien de honteux (surtout dans le cadre d’un film qui se veut réaliste), la mise en scène ne m’a pas non plus réellement totalement convaincue (j’avais parfois l’impression de regarder un téléfilm) même si on peut de nouveau reconnaître qu’elle capte bien l’urgence permanente dans un hôpital. Bref, l’ensemble est donc certainement assez réaliste, le message certainement fort et important mais il ne se passe rien. Je ne parle pas ici que de scénario qui m’a semblé assez vide, je parle de ressenti global. J’entends la colère du réalisateur mais je ne l’ai pas nécessairement ressentie. Et plus généralement, je n’ai pas ressenti d’autres types d’émotions. Encore une fois, je ne pense pas que son statut pseudo documentaire doit tout excuser. Il y a d’autres films qui s’inscrivent grosso modo dans la même veine et qui ont su provoquer chez moi beaucoup plus d’émotions et de réactions que celui-ci.

Hippocrate : Photo Reda Kateb

The Elephant Man

réalisé par David Lynch

avec Anthony Hopkins, John Hurt, Anne Bancroft, John Gielgud, Wendy Hiller, Lesley Dunlop, Dexter Fletcher…

Drame, biopic américain. 2h. 1980.

sortie française : 9 octobre 1980

Movie Challenge 2017 : Un film en noir et blanc

Londres, 1884. Le chirurgien Frederick Treves découvre un homme complètement défiguré et difforme, devenu une attraction de foire. John Merrick,  » le monstre « , doit son nom de Elephant Man au terrible accident que subit sa mère. Alors enceinte de quelques mois, elle est renversée par un éléphant. Impressionné par de telles difformités, le Dr. Treves achète Merrick, l’arrachant ainsi à la violence de son propriétaire, et à l’humiliation quotidienne d’être mis en spectacle. Le chirurgien pense alors que  » le monstre  » est un idiot congénital. Il découvre rapidement en Merrick un homme meurtri, intelligent et doté d’une grande sensibilité.

Elephant Man : Photo Anthony Hopkins

Elephant Man n’est que le second long-métrage de David Lynch après le fabuleux Eraserhead. Son premier long est très à part dans le cinéma et avait quelque chose d’artisanal voire même d’expérimental, on pourrait même le qualifier d’OFNI. Elephant Man peut sembler a priori très différent de son premier film : sur le papier, il s’agit à l’origine d’un biopic classique (certes romancé), ce qui ne peut que plaire à un plus large public. Elephant Man avait d’ailleurs été nommé à huit reprises aux Oscars (et était reparti les mains vides, le film de Robert Redford, Des gens comme les autres, ayant triomphé à sa place). Pourtant, on ne peut pas limiter Elephant Man à un biopic (le scénario n’étant en plus pas totalement fidèle à la véritable histoire – même s’il est dans les grandes lignes, ne chipotons pas non plus). Pour la petite info, les deux scénaristes, Eric Bergen et Christopher De Vore se sont inspirés de deux ouvrages (même si ce scénario a légèrement été modifié par Lynch) : The Elephant Man and the Other Reminiscences de Sir Frederick Treves (incarné par Anthony Hopkins) et The Elephant man : a study in human dignity d’Ashley Montagu.Justement, j’y ai vu un lien entre Eraserhead et Elephant Man. Au-delà du noir et blanc commun, ces deux longs-métrages mettent en scène deux figures de monstre. Certes, dans Eraserhead, l’onirisme est plus présent et assumé. Mais cette part de rêve est pourtant également présente dans Elephant Man (je pense notamment à la scène avec la mère de Merrick qui apparaît dans un rêve, sa tête étant littéralement dans les étoiles) même si nous sommes dans un monde réaliste, dans un contexte historique assez précis (Le Londres de l’ère victorienne). Surtout, des thèmes communs sont abordés comme par exemple l’enfant rejeté par sa différence (notamment par ses propres parents) ou le regard posé qui transforme aussi l’individu en monstre. A travers la figure monstrueuse (d’un point de vue physique) de John Merrick, David Lynch dénonce la bêtise et la méchanceté humaine. Dit comme ça, ça peut sembler simpliste. Sauf qu’à l’écran, ça passe comme une lettre à la poste. Surtout, on s’aperçoit que le scénario n’est pas aussi manichéen qu’il pourrait en avoir l’air. Certes, on remarque une opposition entre les pauvres (des ignorants issus du monde industriel) et les riches (cultivés et a priori plus tolérants). Cela dit, les choses ne sont pas aussi limitées. En effet, si les bourgeois apportent à John Merrick de la culture qui l’ouvre davantage à de l’humanité, nous ne pouvons pas non plus affirmer qu’ils représentent naïvement les « gentils » de l’histoire.

 

Elephant Man : Photo John Hurt

Par exemple, même s’il y a des choses positives dans leur relation et qu’il y a certainement une sorte d’attachement entre les deux personnages, le docteur Treves, s’intéresse à John Merrick parce que ce dernier peut apporter quelque chose à la médecine. Même avec Treves, Merrick continue à être aussi une bête de foire exploitée, même s’il apprend grâce à accéder ne serait-ce qu’un temps à un semblant de bonheur. Véritable ode à la tolérance et à la différence, Elephant Man est un long-métrage terriblement émouvant, profond, avec sa complexité (notamment à partir du travail d’images) tout en étant accessible. Il mêle aussi bien une histoire individuelle que l’Histoire (l’industrialisation serait-elle le signe de déshumanisation ?). De plus, il est vraiment émouvant, que ce soit grâce à la possible humanité existante sur cette planète ou justement en dénonçant la cruauté inimaginable des hommes. J’avoue avoir beaucoup pleuré et c’est même la première fois qu’un film de Lynch me touche autant. De plus, cette émotion ne m’a jamais semblé forcée, elle vient assez naturellement dans un cadre assez sobre, loin des biopics typiquement hollywoodiens. Au-delà de l’émotion et des différents thèmes très bien traités, Elephant Man est également très réussi esthétiquement. L’utilisation du noir et blanc est très judicieuse : elle permet d’accentuer la dimension réaliste et historique du récit tout en combinant avec des effets poétiques voire même fantasmagoriques. Surtout le noir et blanc accentue encore plus la noirceur de l’homme. La photographie est en tout cas sublime, les décors parfaits et le maquillage tout simplement bluffant. Plus globalement, la mise en scène est impeccable : avec ce deuxième long-métrage, David Lynch confirme déjà qu’il a tout d’un grand réalisateur. Enfin, le casting est également impeccable. Dans le rôle de l’homme-éléphant (qui est surtout « un homme », ne l’oublions pas), John Hurt (disparu en janvier dernier), méconnaissable et nommé aux Oscars pour ce rôle, livre une interprétation bouleversante et terriblement humaine. Il a beau avoir un plâtre sur sa figure, son regard est si expressif, il parvient à retranscrire la fragilité et l’innocence de ce personnage. Anthony Hopkins est également remarquable dans le rôle du docteur Treves : il parvient à rester sobre tout en parvenant à exprimer l’ambiguïté de son personnage. Tous les seconds rôles sont également bons, notamment la lumineuse Anne Bancroft (son mari le réalisateur Mel Brooks a co-produit ce film).

Elephant Man : Photo John Hurt