Enemy

réalisé par Denis Villeneuve

avec Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Sarah Gadon, Isabella Rossellini…

Thriller canadien, espagnol. 1h30. 2013.

sortie française : 27 août 2014

Movie Challenge 2017 : Un film avec un acteur / une actrice que je déteste (M. Laurent)

Adam, un professeur discret, mène une vie paisible avec sa fiancée Mary. Un jour qu’il découvre son sosie parfait en la personne d’Anthony, un acteur fantasque, il ressent un trouble profond. Il commence alors à observer à distance la vie de cet homme et de sa mystérieuse femme enceinte. Puis Adam se met à imaginer les plus stupéfiants scénarios… pour lui et pour son propre couple.

Enemy : Photo Jake Gyllenhaal

Denis Villeneuve, un touche-à-tout (que ce soit pour les genres qu’il aborde et les différents publics visés selon les films) n’est plus le fameux réalisateur canadien qui monte : il est désormais un cinéaste qui compte. En dehors de quelques cinéphiles curieux (et évidemment des fans de Villeneuve), Enemy semble, par rapport à d’autres oeuvres de la filmographie du réalisateur, être passé un peu plus inaperçu. Pourtant, sans crier non plus au chef-d’oeuvre, Enemy, qui marque la seconde collaboration entre Villeneuve et Jake Gyllenhaal après l’excellent Prisoners, a quelque chose de fascinant. Il s’agit de l’adaptation du roman de José Saramago (Prix Nobel de Littérature en 1998) O Homem Duplicado (L’autre comme moi), publié en 2002. Il y a des tas d’oeuvres (cinématographiques ou autres) qui se sont déjà attaquées à la question du double, parfois accompagnées par celle de la schizophrénie. Cela pourrait créer une certaine lassitude ou même une méfiance par cette envie d’établir des comparaisons, conscientes ou non. Etrangement, durant mon visionnage, je n’étais pas du tout dans cette démarche. Le film ne déborde pas d’action et d’énergie, pourtant je me suis laissée embarquée par ce rythme lent et même hypnotique, prenant le temps de faire monter la tension. On peut sortir du film un peu décontenancé par ce qu’on a vu, dans un sens on vit presque une sorte d’expérience. Mais le processus pour reconstituer les différents indices pour trouver la « vérité » (en tout cas celle propre du spectateur, le film ne prétend pas répondre nécessairement de manière explicite à toutes nos interrogations) est magnétique. On pourra lui reprocher son côté un peu trop brute par moments, peut-être même sa dimension un peu trop métaphorique qui peut parfois empêcher la narration d’avancer (même si on est d’accord finalement que le film est plus « conceptuel » que purement narratif), il lui manque peut-être tout simplement ce petit quelque chose pour être totalement séduit. Mais rien ne semble être laissé au hasard et plusieurs visionnages semblent nécessaires pour ne pas passer à côté d’un détail. Le symbole de l’araignée (ici une représentation de la femme – sans cesse présente même si les rôles principaux sont masculins) fait évidemment partie de ces détails permettant aux spectateurs d’atteindre cette éventuelle vérité. Elle apparaît parfois discrètement, sauf à la fin. Je suis partagée justement sur sa dernière utilisation, certainement volontairement grotesque, presque proche d’une image kafkaïenne (image logique puisque le film plus globalement entre dans cette démarche).

Enemy : Photo Jake Gyllenhaal

D’un côté, concernant cette dernière métaphore visuelle, je comprends la démarche de Villeneuve par rapport aux personnages et plus globalement par rapport à la narration. De l’autre, cette image volontairement très absurde et grossière a tendance aussi à présenter une rupture par rapport à tout le reste du film, qui n’entre pas nécessairement dans ce ton. Là encore, évidemment, cette rupture est peut-être volontaire mais je n’y adhère pas nécessairement. La mise en scène de Denis Villeneuve est également toujours aussi remarquable, également toujours ancrée dans la précision. Avec lui, le duel intimiste et la dimension plus « collective » en filmant Toronto comme une grande ville étouffante labyrinthique (souvenons-nous de ce motif du labyrinthe déjà présent dans Prisoners) grisâtre (avec des tons jaunes tristes) finissent par se retrouver ensemble, l’une reflétant l’état de l’autre : la ville est une sorte de représentation psychique des personnages et ces derniers semblent aussi se perdre mentalement dans cette grande ville froide qui laisse place à la frustration. Par sa manière de représenter la ville, nous retrouvons un nouvel écho à l’araignée, ou plutôt à sa toile, toile qui peut aussi être une image de la psyché. Au-delà d’une écriture redoutable et d’une mise en scène réfléchie, les interprétations sont également plutôt bonnes, surtout celle de son acteur principal. Jake Gyllenhaal livre une double performance complémentaire impressionnante (tout en attribuant des caractéristiques propres à chaque personnage sans tomber dans la caricature) où il est notamment, pour ne citer que cet exemple, à la fois celui qui cherche à reconstituer le puzzle et celui au coeur de ce puzzle justement : la dualité est bien présente dans cette interprétation riche et intense. Il faut dire que les personnages qu’il interprète sont bien dessinés, aucun choix dans leurs caractéristiques n’est évidemment laissé au hasard (notamment dans les prénoms et les professions exercées). Je ne suis toujours pas convaincue par Mélanie Laurent même si je peux me réjouir de deux choses : déjà, on la voit peu donc elle ne m’a pas non plus gâchée le plaisir que j’ai ressenti en regardant le film. Surtout je « comprends » qu’elle soit au casting si on la place en parallèle avec la discrète (et talentueuse) Sarah Gadon qui, elle, livre une interprétation bien plus convaincante, toute en retenue. 

Enemy : Photo Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent

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La Fille du Train / Le Mariage de mon meilleur ami

La Fille du train

réalisé par Tate Taylor

avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett, Justin Theroux, Luke Evans, Allison Janney, Edgar Ramirez, Lisa Kudrow, Laura Prepon…

Thriller américain. 1h53. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film policier / thriller

Rachel prend tous les jours le même train et passe tous les jours devant la même maison. Dévastée par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaite… jusqu’au jour où elle est le témoin d’un événement extrêmement choquant et se retrouve malgré elle étroitement mêlée à un angoissant mystère.

La Fille du train : Photo Emily Blunt

Comme tout bon best-seller, La Fille du train de Paula Hawkins a eu droit à son adaptation cinématographique. Tandis que l’intrigue se déroulait à Londres dans le roman, elle se situe cette fois-ci dans le film à New York. Visiblement, en VO (et oui je suis passée par la case du mal : la VF), ce choix de transposition géographique prend un certain sens pour appuyer encore plus la solitude de Rachel, d’origine britannique (et incarnée par la britannique Emily Blunt). Le film est sorti un an après Gone Girl de David Fincher, qui était déjà lui-même une adaptation (Les Apparences, Gillian Flynn). Et La Fille du train version film a souffert de cette comparaison (complètement foireuse et superficielle – si vous voulez réellement le fond de ma pensée) avec l’excellent long-métrage de Fincher. Dans l’ensemble, si vraiment je m’en tiens au « divertissement », La Fille du train tient à peu près la route dans le sens où on a envie de connaître le comment du pourquoi. Beaucoup ont reproché au film d’être trop lent, personnellement je ne me suis pas particulièrement ennuyée malgré sa durée et son rythme pas nécessairement très rapide. La mise en scène de Tate Taylor (La Couleur des Sentiments, Get on up) n’est pas folle pour être honnête, elle manque de personnalité mais elle reste correcte : cela dit, il est certain qu’avec un autre réalisateur plus rôdé (tiens, le moment de revenir à Fincher ?), le film aurait pu être bien meilleur. Les personnages féminins sont intéressants même si on ne peut pas s’empêcher de tomber dans l’éternel portrait-croisé de la pauvre femme malheureuse (une alcoolique, des femmes malheureuses en ménage ou souffrant de baby-blues) : l’intention est louable mais j’ai toujours trouvé cet exercice très cliché. Je n’ai pas lu le bouquin, je ne sais pas du tout si le suspense est omniprésent dans ce matériau d’origine (je l’espère en tout cas). Le problème majeur du film concerne justement son manque de suspense, le scénario, certainement pas non plus aidé par un montage pas bien réfléchi, n’amenant pas très bien selon moi son intrigue. Honnêtement, j’avais compris relativement tôt le comment du pourquoi justement. Heureusement, malgré des défauts évidents et un ensemble assez oubliable (mais pas non plus lamentable), La Fille du train est porté par des interprétations plutôt solides, surtout celle de l’attachante et talentueuse Emily Blunt qui ne tombe pas dans la caricature dans son rôle d’alcoolique au chômage et mythomane.

La Fille du train : Photo Haley Bennett


Le Mariage de mon meilleur ami

réalisé par P. J. Hogan

avec Julia Roberts, Delmot Mulroney, Cameron Diaz, Rupert Everett, Rachel Griffiths, M. Emmet Walsh, Carrie Preston, Paul Giamatti….

Comédie romantique américaine. 1h40. 1997.

titre original : My Best Friend’s Wedding

sortie française : 1 octobre 1997

Movie Challenge 2017 : Un film avec un mariage

Julianne et Michael se sont connus étudiants et ont vécu une liaison amoureuse aussi brève que passionnée. Devant les hésitations de Julianne, ils décident de rompre mais de rester amis. Ils concluent alors un étrange pacte : si à vingt-huit ans aucun des deux n’a trouvé l’âme soeur, ils se marient ensemble. Mais voilà que quelques mois avant l’échéance, Michael se fiance avec Kimberly. Julianne aimerait bien tenter d’empêcher le mariage, si elle ne trouvait pas Kimberly si adorable…

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Cameron Diaz, Dermot Mulroney, Julia Roberts

Le réalisateur australien P.J. Hogan avait cassé la baraque en 1994 avec Muriel, cette comédie drôle et émouvante avec les excellentes Toni Collette et Rachel Griffiths. Je dois même dire qu’il s’agit de mes films de chevet : le film avait beau parler de mariage, il ne s’agissait pas à proprement parler d’une comédie romantique, il s’agissait finalement d’une ode à l’amitié et à l’indépendance. Dans le fond, dans une sorte de version américaine et avec une héroïne qui cette fois-ci correspond aux standards de beauté, Le Mariage de mon meilleur ami reprend des thématiques déjà présentes dans Muriel. Ce sont certainement un des seuls atouts de ce film qui surprend par sa fin loin des attentes habituelles des codes de la comédie romantique. Muriel et Le Mariage de mon meilleur ami mettent en scène des mariages impliquant de près ou de loin leurs héroïnes, ils donnent l’impression d’utiliser des codes de comédie romantique tout en sachant les détourner. Mais pourquoi Le Mariage de mon meilleur ami ne fonctionne pas aussi bien que Muriel ? Pourtant il s’agit d’une comédie avec le charme des années 90 plutôt fraîche, sympathique, rythmée, portée par de bonnes interprétations (notamment par la reine Julia hilarante et lumineuse dans ce rôle de peste ambulante). Même si la fin a le mérite de détourner les codes habituels de la comédie romantique (au fond… peut-on vraiment parler de comédie romantique ?), on ne peut pas s’empêcher de regarder… justement une romcom sympa mais sans plus, assez plate, n’évitant pas certains clichés et chichis hystériques. Ce constat est très sincèrement dommage car justement on sent qu’il y a une volonté, derrière ce petit divertissement en apparence, d’évoquer différents sujets moins superficiels que prévus. Ce film ne parle pas que d’un amour impossible à poursuivre. La confrontation entre les deux filles ennemies se battant pour le même homme ne se limite pas qu’à une question d’amour. Le personnage de Julia Roberts bosse énormément pour gagner sa vie tandis que celui de Cameron Diaz est une fille de milliardaire. Il y a aussi certainement un discours sur la femme moderne : certes, au fond, Julianne est un personnage pathétique, perdu, qui n’a pas su prendre les bonnes décisions au bon moment. Mais doit-on vraiment être triste pour elle ? N’est-elle pas aussi une représentation de la femme indépendante ? Bref, le film a beaucoup de potentiel, il est certainement moins bête qu’il en a l’air mais hélas il ne l’exploite pas autant qu’il le devrait.

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Julia Roberts, Rupert Everett

Ballroom Dancing

réalisé par Baz Luhrmann

avec Paul Mercurio, Tara Morice, Bill Hunter, Gia Carides…

titre original : Strictly Ballroom

Comédie romantique musicale. 1h34. 1992.

sortie française : 2 septembre 1992

ballroomj

L’histoire de Scott Hastings, jeune champion de danse qui se rebelle contre la toute-puissante Fédération en introduisant ses propres figures contre celles imposées par les concours.

 

Avec Moulin Rouge !, j’ai réellement pris conscience du talent qu’a Baz Luhrmann pour réunir, au coeur d’un objet cinématographique, des codes à la fois cinématographiques et musicaux. Ballroom Dancing (Strictly Ballroom) est le premier volet de la trilogie du Rideau Rouge (les deux suivants étant Roméo + Juliette et Moulin Rouge !). L’histoire n’est pas d’une très grande originalité pour être honnête : Scott Hastings est un danseur rebelle qui révolutionne le monde de la danse de salon en imposant ses propres figures. Mais à côté de cette première ligne directrice, s’ensuit aussi la romance entre Scott et Fran, une fille qui ne correspond pas du tout aux standards de beauté, encore moins à ceux de la danse. En plus de cela, elle ne danse justement pas très bien. On comprendra dans l’histoire pourquoi elle danse. Plus encore classique : transformer Fran en belle danse talentueuse. On a presque l’impression de revoir le schéma typique de scénario de comédie romantique avec la fameuse « moche » (qui n’était pas si moche que ça) devenir justement belle et talentueuse. Pourtant, on oublie très rapidement ce point qui aurait pu être problématique. Mieux, Luhrmann joue totalement avec ces clichés (que ce soit ceux que j’ai cités et tous les autres sans cesse présents dans le long-métrage) ou images toutes faites très exagérées. L’univers présenté est par ailleurs très coloré, déjanté voire même kitsch, les mouvements de caméra très rapides, la narration rappelle celle de certaines séries tv : bref, Ballroom Dancing est presque dans ce sens-là une parodie (de Dirty Dancing ?) mais sans en être totalement une non plus. C’est finalement un merveilleux mélange entre cette parodie, le kitsch outrancier, le film musical, le conte, les différentes cultures (quand l’Australie croise l’Espagne) tout en n’oubliant jamais de prendre en compte la partie plus « dramatique » de l’histoire. Tout ceci aurait pu qu’être une farce sur tous les niveaux sans se défaire de ces clichés tout comme le film aurait pu être d’une niaiserie sans nom. Pourtant, ni Scott ni Fran ne sont des personnages creux. Le film joue avec plusieurs types de clichés, notamment dans la narration, mais cela n’impacte pas les personnages qui ne tombent pas dans la caricature. Au contraire, ils sont touchants par les luttes qu’ils mènent par la danse. Scott Hastings (son nom de famille est-il si anodin que ça ?) touche par sa fougue et sa rébellion et Fran par son évolution sur tous les points (son changement physique est en adéquation avec ce qui se passe en elle intérieurement).

Et les méconnus (en tout cas en France) Paul Mercurio (également dans la vie danseur et chorégraphe et même juré dans la version australienne de Danse avec les stars !) et Tara Morice forment un couple sensationnel, une évidence (surtout durant la scène finale, absolument scotchante en tant qu’apothéose). Impossible également de ne pas parler de l’esthétique quand on évoque un film de Baz Luhrmann ! Certes, certains décors et costumes sont parfois volontairement kitsch (même s’il faut aussi se souvenir que le film n’a pas bénéficié du même budget qu’un Romeo + Juliette et surtout celui de Moulin Rouge!) mais cela n’empêche évidemment pas la beauté évidente des autres. Le sens de l’esthétique ressortait déjà dans ce premier long-métrage du réalisateur australien. Dès son premier film, Luhrmann savait déjà en mettre plein la vue et mêlait différentes disciplines artistiques sans jamais perdre en compte un objet cinématographique. Ce type d’exercice peut toujours paraître superficiel. Pourtant ce choix n’est pas gratuit : il souligne aussi bien la bêtise et la superficialité d’un certain milieu tout comme il magnifie les danses, capables de nous transcender. La mise en scène très dynamique, parfois même baroque, appuie encore plus cette beauté vive remplie de paillettes. Les danses hispaniques (flamenco, cha-cha-cha, rumba, samba, paso doble ), sont également très bien chorégraphiées dans le sens où elles sont lisibles et significatives par rapport aux sentiments des personnages. Ballroom Dancing inaugure incroyablement bien la trilogie du Rideau Rouge. Il n’aurait pu qu’être un film très classique et déjà-vu : le déroulé de son scénario n’est pas très surprenant, prétendre le contraire serait mentir. Mais l’énergie, la générosité et la passion exacerbée sous la caméra de Luhrmann, qui prouve déjà son savoir-faire, donne un rendu étonnant et détonnant. Il s’agit aussi d’une formidable ode aux règles qu’on doit parfois affranchir pour se libérer. Il faut parfois désobéir aux règles des concours de danse pour la révolutionner. Il faut parfois apprendre à se désobéir de ses propres règles, probablement construites par l’éducation qu’on a reçue, par sa culture d’origine ou même simplement par la peur, notamment celle de devenir une femme épanouie et mieux dans son corps.

 

Ma Vie de Courgette

réalisé par Claude Barras

avec les voix de Gaspard Schlatter, Sixtine Murat, Michel Vuillermoz, Paulin Jaccoud…

Animation, drame suisse, français. 1h06. 2015.

sortie française : 19 octobre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film d’animation

Courgette n’a rien d’un légume, c’est un vaillant petit garçon. Il croit qu’il est seul au monde quand il perd sa mère. Mais c’est sans compter sur les rencontres qu’il va faire dans sa nouvelle vie au foyer pour enfants. Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice : ils ont tous leurs histoires et elles sont aussi dures qu’ils sont tendres. Et puis il y a cette fille, Camille. Quand on a 10 ans, avoir une bande de copains, tomber amoureux, il y en a des choses à découvrir et à apprendre. Et pourquoi pas même, être heureux.

Ma Vie De Courgette : Photo

Le roman Autobiographie d’une courgette de Gilles Paris avait connu une première adaptation pour la télévision (merci papi Wiki parce que je n’étais pas du tout au courant de son existence), C’est mieux la vie quand on est grand (réalisé par Luc Béraud). Avec la scénariste Céline Sciamma (surtout connue pour être la réalisatrice  de Naissance des pieuvres, Tomboy et Bande de filles), c’est le réalisateur suisse Claude Barras qui s’est chargé de son adaptation pour le grand écran, nommée aux Oscars dans la catégorie « meilleur film d’animation ». Il n’a pas choisi n’importe quel moyen : l’animation et plus précisément le stop-motion. Autobiographie d’une courgette est à l’origine un roman bouleversant raconté à la première personne par un enfant (comme l’indique en partie son titre) : un roman à la fois lumineux et dur avec son langage d’enfant reconstitué. Claude Barras et Céline Sciamma, dont le travail a été salué aux César par le prix de la meilleure adaptation, ont merveilleusement repris l’essence du roman sans chercher à tout prix faire du copier-coller (même si, dans les grandes lignes, on peut parler de fidélité mais il y a tout de même des changements pertinents). Certes, Courgette n’est plus le narrateur dans le film, c’est pour ça qu’on passe de « autobiographie » à « ma vie ». Les scénaristes ont également préféré aller à l’essentiel en supprimant plusieurs intrigues (et l’intrigue restante et principale est plutôt simple, il n’y a pas dix milles péripéties). Plus globalement, le film atténue les différentes violences, qu’elle soit verbale (le langage des enfants est moins grossier que dans le roman) ou physiques (la mort de la mère de Courgette a une dimension plus « tragique » dans le texte d’origine) voire même sexuelles (le passé des personnages est davantage détaillé dans l’oeuvre de Paris). Cela ne signifie pas pour autant de la légèreté dans les sujets évoqués, loin de là : les douleurs d’origine des personnages existent bel et bien. Bref, on est finalement face à deux oeuvres complémentaires, une forme de fidélité n’empêche pas de transformer le matériau d’origine pour toucher le public autrement. Ma vie de Courgette aurait pu décevoir à force de tout simplifier : il est certainement un peu plus accessible aux enfants via l’animation alors que le roman semble exclusivement destiné à un public adulte. Pour la petite anecdote, je refusais de voir le film à cause de sa petite heure (traitez-moi de radine !). Mais en allant à l’essentiel, en faisant court, Ma vie de Courgette trouve un nouvel élan qui permet de faire éclore une émotion sincère. Ce film, d’une belle sincérité, ne cherche jamais à en faire trop ou à être larmoyant.

Ma Vie De Courgette : Photo

L’animation en stop-motion est réussie, pas uniquement d’un point de vue esthétique : elle parvient à être cohérente avec les différents ressentis et significations : la photographie est claire et lumineuse, les enfants, tous très attachants, ont des cheveux très colorés (cela renforce aussi le propos « universel » sur l’enfance : n’importe quel enfant peut être concerné par l’abandon et les violences et n’importe quel enfant a juste le droit d’être heureux) et surtout les yeux ronds des gosses transmettent aux spectateurs d’incroyables émotions, ils ont l’air plus vivants que jamais. Si la « voix » faussement autobiographique a disparu dans la narration contrairement au roman, en revanche les dessins qui ont l’air d’être faits par des enfants permettent d’une certaine façon de continuer à faire entendre une et même des voix enfantines. Ma vie de Courgette fait partie de ces films d’animation capables de réunir tous les publics, aussi bien les adultes que les enfants. Il aborde des sujets difficiles voire même tabous, ce qui prouve de nouveau qu’un film d’animation n’est pas qu’un truc de gosses. Mais les enfants en tant que spectateurs ne sont justement jamais mis de côté, comme le clament les réalisateurs : ce film est fait pour eux même s’il n’édulcore pas ce que certains peuvent vivre. Ma vie de Courgette a beau évoquer des thèmes sombres, il s’agit pourtant d’un film éblouissant. Les traumatismes et les blessures sont bien perceptibles dans le scénario mais les enfants ont le droit aussi d’avancer et d’avoir la vie qu’ils méritent de vivre. Le foyer est souvent perçu, que ce soit en littérature ou au cinéma (ou autre), comme un lieu austère et dangereux. Or, l’auteur du roman ainsi que le réalisateur ont cassé les codes habituels en nous exposant le foyer comme un lieu bienveillant permettant aux enfants de se reconstruire. Justement, c’est l’extérieur qui représente éventuellement un danger. Le choix d’utiliser des marionnettes prend alors encore plus de sens : la marionnette est une figure qui peut se casser et par conséquent se réparer. C’est finalement ce qui arrive aux enfants : la vie les a cassés mais le foyer peut les réparer. Encore une fois, à l’image des couleurs vives et des yeux ronds (les yeux sont le miroir de l’âme), le foyer est un lieu optimiste ouvrant à la liberté. Le casting vocal, mêlant aussi bien côté adultes des professionnels que côté enfants des débutants, est également très réussi, sachant transmettre l’émotion mais aussi la vivacité de leurs personnages. Ma Vie de Courgette est alors une ode à la vie bouleversante, poétique, tendre et sensible sur des gamins qui apprennent à se reconstruire par des valeurs aussi nobles que l’amitié : finalement, les liens les plus précieux ne sont pas ceux du sang, mais ceux qui nous valorisent dans ce monde.

Ma Vie De Courgette : Photo

Les Proies (1971 et 2017)

réalisé par Don Siegel

avec Clint Eastwood, Geraldine Page, Elizabeth Hartman…

titre original : The Beguiled

Drame américain. 1h40. 1971.

sortie française : 18 août 1971

Movie Challenge 2017 : Un remake ou film qui a été objet de remake

appréciation : 1/4


réalisé par Sofia Coppola

avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning, Angourie Rice…

titre original : The Beguiled

Drame américain. 1h33. 2017.iso

sortie française : 23 août 2017

appréciation : 3/4


En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.


Les Proies : Photo

Les Proies a beau avoir remporté le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes présidé par Pedro Almodovar, il ne semble pas avoir convaincu grand-monde, vu ce que j’ai pu lire à droite et à gauche aussi bien sur la blogosphère que dans la presse. En dehors de Virgin Suicides, j’ai toujours eu du mal avec les films de Sofia Coppola : je craignais une nouvelle déception (et les critiques mitigées n’étaient pas très encourageantes). Je ne suis donc pas allée le voir pour sa réalisatrice ni même spécialement pour son prix cannois : j’ai eu la chance de tomber à la bibliothèque sur le remarquable roman d’origine écrit par Thomas Cullinan en 1966. Petite précision : j’ai découvert la version de Siegel une semaine après celle de Coppola.  Je suis la première étonnée mais j’ai cette fois-ci envie de défendre le film de Coppola. Certes, il est imparfait, on ne peut pas s’empêcher d’avoir ce petit sentiment d’inabouti en sortant de la salle. Pourtant, il a fait son petit effet sur moi qui n’en attendais pas plus que ça. Une semaine après, j’ai découvert la version de Siegel : quelle déception. Déception encore plus surprenante puisque l’auteur du roman fait partie des scénaristes ! Voilà ce qui m’a d’abord frappée dans le film de Coppola : contrairement à la version de Siegel, elle a selon moi su retrouver l’essence du roman. Par exemple, je n’ai pas compris pourquoi Clint Eastwood était présenté directement comme le grand méchant de l’histoire : on comprend alors complètement les réactions des « proies ». Par conséquent, les personnages féminins, peu intéressantes chez Siegel (elles ont l’air toutes tartes), perdent complètement en ambiguïté : elles ont raison d’agir contre cet individu masculin qui a bousculé leur existence. On ne comprend pas non plus trop pourquoi certaines tombent sous son charme. J’aime et je respecte énormément Eastwood mais dans le film de Siegel, il ne joue pas particulièrement. Puis, même si j’ai conscience que c’est peut-être ma part féminine qui s’exprime, je ne le trouve pas particulièrement attirant : ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a même pas ce critère en question qui explique pourquoi les femmes sont émoustillées par ce très grossier personnage qui ne mérite que de crever.

Les Proies : Photo Addison Riecke, Angourie Rice, Elle Fanning, Emma Howard, Kirsten Dunst

Or, le personnage incarné par Colin Farrell est vraiment plus proche de celui du roman : certes, on se doute bien qu’il n’est pas totalement net mais il ne fait rien de méchant dans les premiers temps. Il est même très charismatique : on comprend plus pourquoi il chamboule cet internat de filles, pourquoi même ces dernières veulent coucher avec lui. On a reproché à Coppola de ne pas suffisamment développer ses personnages : certes, en tant que nouvelle adaptation, cela aurait pu être intéressant. Mais je trouve cela difficile de blâmer totalement Coppola : les deux adaptations sont toutes les deux courtes, ne dépassant pas les 1h40. Toutes les deux ont choisi de ne pas développer les longs dialogues du roman ni particulièrement le passé des personnages. Cela dit, à côté du film de Siegel, qui m’a semblé encore plus creux concernant le non-développement des personnages, les personnages de Coppola m’ont davantage intriguée (et les actrices sont toutes impeccables), peut-être justement par leur froideur comme si elles sortaient d’un tableau, comme si elles vivaient dans un faux paradis qui n’est pas aussi angélique. Comme je l’expliquais un peu plus haut, dans sa version, Colin Farrell est plus mystérieux : cela accentue davantage la complexité des personnages féminins qui intériorisent, comme dans leur roman, leurs pensées et leurs tares. Ont-elles raison de se méfier ? Sont-elles folles parce qu’elles vivent depuis trop longtemps sans hommes ? La frustration chez Coppola est, par sa froideur, plus effrayante dans un sens tandis que chez Siegel, on frôle l’hystérie caricaturale. De plus, selon moi, si l’adaptation de Coppola fonctionne mieux que celle de Siegel, c’est parce que la réalisatrice a plus ou moins repris le point de vue du roman (encore une fois, on ne comprend pas trop comment l’auteur a pu travailler avec Siegel vu le résultat). Dans le roman, le récit avance par les différents points de vue féminins. A chaque chapitre, on découvre ce qui se cache sous les apparences de ces femmes dont on ne se méfiera pas : elles sont jalouses des unes des autres, sont frustrées, ont des rêves etc…

Les Proies : Photo

Dans le récit de Coppola, l’exposition des points de vue n’est pas aussi nette que dans le roman mais en tout cas c’est toujours la femme qui est au coeur de l’intrigue, qui la débute et qui la termine. Si je n’ai pas apprécié le film de Siegel, qui doit certainement être replacé dans le contexte de l’époque (cette sexualité très présente était certainement dérangeante dans les années 1970), je peux admettre tout de même certains points intéressants. Tout d’abord, Siegel a conservé le personnage de l’esclave noire, témoin des déchirements et de la folie de ces femmes à cet inconnu. Il est certain aussi qu’il possède une mise en scène réfléchie et intéressante (les choix de ce côté-là sont radicalement différents de la proposition de la réalisatrice – la mise en scène de Coppola est pour moi plus audacieuse). L’esthétique de Coppola (jouant plus sur des tons clairs) m’a plus séduite mais il y a bien un travail de ce côté-là dans la version de Siegel, qui joue plus justement sur les ombres, le seul moyen d’ailleurs qui fait parfois ressortir le côté inquiétant (hélas pour moi pas suffisamment présent) des personnages féminins. Je ne sais pas pourquoi mais après avoir effectué ce travail comparatif entre ces trois oeuvres, je n’ai pas pu m’empêcher au cas de True Grit où la version la plus récente (celle des Coen) était une nouvelle adaptation plus proche (et plus pertinente) du roman de Charles Portis que le premier film (par Henry Hathaway). On aime bien faire des raccourcis notamment en clamant que la version de Coppola est un remake (on l’a même dit avant même que le film sorte !) alors que pour moi il s’agit très nettement d’une nouvelle adaptation. Comme quoi, il ne faut pas toujours avoir peur des nouvelles adaptations, même des remakes si ça fait plaisir à certains, un nouveau regard est parfois nécessaire ou / et peut (pour être plus positive avec Siegel) même entrer en complémentarité avec les autres oeuvres de ce même réseau.

Les Proies : Photo Nicole Kidman

 

Intimité

réalisé par Patrice Chéreau

avec Mark Rylance, Kerry Fox, Timothy Spall, Marianne Faithfull…

titre original : Intimacy

Drame érotique. 2h. 2001.

sortie française : 28 mars 2001

Interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film tourné dans un lieu où je suis allée (Londres)

Jay et Claire se retrouvent, chaque mercredi, dans le sous-sol d’une petite maison londonienne pour y faire l’amour. Dans cette relation passionnée, toute idée de sentiment et d’attachement est bannie. Les deux amants ne savent rien de leur vie respective jusqu’au jour où Jay va vouloir en savoir plus sur sa maîtresse.

Intimité : Photo Kerry Fox, Mark Rylance

Double prix à la Berlinale 2001 (Ours d’or et Ours d’argent de la meilleure actrice) et prix du meilleur film européen, Intimité est l’adaptation du roman homonyme de Hanif Kureishi, auteur déjà courtisé par de grands cinéastes, notamment Stephen Frears (My Beautiful Laundrette et Samy and Rosie Get Laid). On attend parfois parler de ce film pour ses scènes de sexe non simulées. Je me pose toujours cette question qui me semble légitime : est-ce vraiment nécessaire de tout nous montrer à l’écran, notamment ce qui concerne tout ce qui touche de l’ordre de l’intime, de la sexualité, de l’érotisme voire même de la pornographie (je parle en général et pas nécessairement du film chroniqué) ? Sacré débat qui passionne et déchaîne toujours autant les spectateurs. Je ne sais pas si montrer de vrais actes sexuels était nécessaire dans le cadre d’Intimité dans le sens où cela n’aurait rien changé à la qualité même du film ni à son propos et même à son impact. Cela dit, même si on peut toujours discuter de la place de ces scènes de sexe non simulées, je suis certaine que la démarche de Chéreau n’a rien de putassière. Et finalement, contrairement à d’autres films « polémiques », le film de Chéreau est si fort sur de nombreux niveaux qu’on ne s’étend pas sur la question du besoin de tout montrer ou non à l’écran. Ces scènes de sexe ont du sens, cela est indéniable. Elles ne sont également jamais répétitives : au contraire, chaque nouvelle scène représente l’évolution de la relation entre Jay et Claire qui devient petit à petit autre chose que du sexe. Le long-métrage fonctionne alors sur un système d’inversion. Les personnages baisent avant d’apprendre à se connaître et même à s’aimer. Surtout, le film prend un nouveau souffle lorsque Jay n’est plus le personnage principal que le spectateur suit (pendant la première partie, on a appris à le connaître, lui et son histoire familiale). Vers le milieu du film, après une course-poursuite dans les rues londoniennes entre Jay et Claire, c’est cette dernière qui va devenir le personnage dont on (le spectateur et Jay) va s’intéresser. Les scènes d’intimité touchent et interpellent de plus en plus au fil du film : s’il ne s’agit a priori que de sexe, cette rencontre charnelle est le moyen pour Claire et Jay d’oublier leur quotidien morose, leurs problèmes familiaux et conjugaux, leurs échecs professionnels. Et dans un sens, cette douleur ressort aussi durant ces moments d’intimité. La douleur est aussi présente dans l’urgence du désir. On a souvent dit que c’est le désir qui crée la souffrance : cela n’a jamais été aussi vrai dans Intimité.

Intimité : Photo Mark Rylance

Le cercle est donc vicieux : le désir naît à cause de la souffrance et ce même désir crée aussi une autre souffrance. Jay a du désir pour Claire pour fuir ses problèmes, mais il va continuer à souffrir d’une autre manière en découvrant la vie de sa partenaire. Je ne parlerais pas d’opposition car cela serait certainement naïf. Mais il est en tout cas intéressant de relever une sorte de système binaire sur plusieurs niveaux : sur le « couple » Jay-Claire, sur l’inversion des personnages à suivre (je ne parlerais pas de point de vue car techniquement parlant, cela serait faux) comme si le film était divisé en deux parties, sur le rapport entre les sentiments et le sexe ou encore sur sur celui entre le silence et la parole (les scènes de sexe sont silencieuses alors que les personnages sont sans cesse confrontés au bruit que ce soit au bar ou au théâtre – Chéreau, Fox et Rylance sont en plus eux-mêmes issus du théâtre). Ce fonctionnement en question, qui aurait pu plomber le film, ne tombe jamais dans le didactisme ni dans la facilité : il a le mérite d’exposer l’étendue et la complexité des relations et des sentiments entre un homme et une femme. La mise en scène de Chéreau est intense, parfois même vertigineuse, en prenant en compte paradoxalement la solitude des personnages et leur rapprochement dans une grande ville sombre, accentuant encore plus leur isolement. L’histoire en elle-même est bien écrite, riche en réflexions et en niveaux de lecture. Est-ce un film sur une histoire d’amour à l’envers et non traditionnelle ? Une histoire de désir qui débouche sur quelque chose de plus profond sans forcément parler d’amour comme on pourrait l’entendre ? Finalement, alors que jusqu’à présent on est tentés de parler d’une forme d’amour naissante via une expérience du désir et de la passion, est-ce vraiment nécessaire de toujours mettre des mots sur une relation ? Cette relation en question, quelle que soit son issue, peut-elle permettre aux personnages de trouver, au moins individuellement, la lumière ? Enfin, Intimité est servi par des acteurs exceptionnels. La discrète Kerry Fox livre une sublime interprétation et mérite amplement son prix berlinois. Cela dit, son partenaire Mark Rylance est également remarquable et aurait pu lui aussi obtenir un prix. Surtout, les deux interprètes livrent des performances complémentaires. A noter dans les rôles secondaires une impeccable Marianne Faithfull et un touchant Timothy Spall en mari cocufié et humilié.

Intimité : Photo Kerry Fox, Mark Rylance

Pulp, a film about life, death and supermarkets

réalisé par Florian Habicht

avec Jarvis Cocker, Candida Doyle, Steve Mackey, Nick Banks…

Film documentaire, musical. 1h30. 2014.

sortie française : 1 avril 2015

Movie Challenge 2017 : Un film documentaire

8 décembre 2012. Une pierre blanche dans l’histoire de l’outsider le plus chic du rock anglais. Jarvis Cocker et de son groupe Pulp donnent le dernier concert de leur ultime tournée dans leur ville natale : Sheffield. L’histoire d’une journée presque ordinaire dans cette ville moyenne du Nord de l’Angleterre où les poissonniers remplissent leur étal, où les vendeurs de journaux alignent les éditions de The Star titrant sur Pulp, où les fans de 7 à 77 ans se racontent passionnément leurs souvenirs avant l’ouverture des portes et où les membres du groupe sentent la pression monter.

Pulp, a film about life, death & supermarkets : Photo

Certains le savent peut-être mais Pulp fait partie de mes groupes préférés. Ce ne sont pas des paroles en l’air : je les admire. Je voulais même appeler un de mes mômes (je vous rassure : je ne suis pas maman) Jarvis en hommage au leader. Pour la petite anecdote, j’ai découvert ce groupe durant mon adolescence dans l’excellent documentaire musical (le monde est petit) de Julien Temple, Glastonbury. Bref, c’est pour cette raison que je tenais à découvrir le documentaire sur ce groupe, enfin façon de parler. En France, Pulp, a film about life, death and supermarkets est sorti dans très très peu de salles. Il faut dire que chez nous, Pulp n’est pas nécessairement le groupe de britpop le plus connu malgré sa renommée internationale (en France, on connait davantage Blur, Oasis et même à leurs débuts Radiohead par exemple). Il faut dire que Pulp ne s’est fait connaître qu’au milieu des années 90 alors qu’il s’est formé à la fin des années 70 : il a clairement plus galéré que les autres groupes que j’ai pu citer. Je remercie très sincèrement Arte d’avoir diffusé ce film (certes très tard mais merci le replay) dans le cadre du Summer of Fish ‘n’ Chips (une programmation axée sur la culture britannique). Certes, le documentaire sera certainement plus plaisant et parlant pour des fans et connaisseurs du groupe (même si un point de vue extérieur doit aussi être intéressant). Les scènes du concert (superbement filmées en captant aussi bien l’énergie générale que les lumières flamboyantes – on est loin du temps grisâtre couvrant Sheffield) sont évidemment un pur bonheur pour n’importe quel fan : on a juste envie d’être dans le public et de chanter les tubes à fond la caisse. Le documentaire de Florian Habicht (Woodenhead, Spookers) se penche sur les différents membres du groupe, dont le très charismatique leader Jarvis Cocker (pour les gens qui ne le connaissent pas du tout, vous l’avez certainement déjà vu déchaîné dans Harry Potter et la Coupe de feu). On y apprendra alors à quel point la musique était nécessaire pour certains membres du groupe, soit pour exprimer des pensées sur des sujets intimes ou au contraire sur des sujets bien plus universels voire même d’ordre sociétal, soit à surmonter des problèmes personnels (par exemple, la claviériste Candida Doyle déclare que jouer dans le groupe lui a permis d’oublier son arthrite). Mais c’est là où le documentaire devient plus intéressant car il ne se contente pas de nous présenter le groupe pour les fans. Mais finalement, ça, c’est minime et c’est pour ça que le film n’est pas uniquement réservé à des fans.

A l’instar de la fiction (proche du documentaire) 24 Hour Party People de Michael Winterbottom (également dans la programmation d’Arte) qui, via un portrait de Tony Wilson, le créateur de la Factory Records, livrait un regard sur Manchester, Pulp, a life about life, death and supermarkets (titre à rallonge mais finalement assez pertinent) offre surtout un portrait de Sheffield, la ville d’origine du groupe, et également dernière ville de leur tournée exceptionnelle d’adieu (comme le confessera Cocker : le groupe s’était arrêté mais il n’y a jamais eu d’annonce officielle et il a toujours eu un goût inachevé de cette aventure). Florian Habicht s’intéresse le temps d’une journée avant le concert aux gens évoqués dans les chansons de Pulp : ces commun people, ces gens ordinaires de la classe moyenne. Ces gens en question sont parfois des fans (qui vont même assister au fameux concert) soit juste de simples citoyens (qui ne roulent pas sur l’or) soit parfois des gens qui ont connu les membres du groupe avant leur succès. Ainsi, on va rencontrer des retraités (la reprise de Help the Aged avec des personnes âgées bouleversante ou même la récitation des paroles par une bouquiniste est juste incroyable de vérité), une mère célibataire américaine, un jeune transsexuel, des mômes, une équipe de foot féminine, un vendeur de journaux, un poissonnier etc… Ce documentaire montre à quel point la musique est un art incroyable et puissant pour parler des gens de la vraie vie (très loin justement du showbiz, de ce qu’a vécu Pulp suite au succès) et pour évoquer des sujets universels, comme la vieillesse, la mort, le passé, le sexe (la séquence pratiquement intégrale où Cocker interprète This is hardcore en mimant un orgasme sur scène est très intense et cohérente avec les paroles) etc… Il faut dire que Cocker est un excellent parolier, inspiré de Gainsbourg tout en donnant l’impression d’être plus accessible, de mieux parler à la classe moyenne. Connaître les paroles des chansons (ou en tout cas pour les moins connaisseurs, bien faire attention aux sous-titres) a du sens par rapport aux différentes interventions et plus globalement à ce que le film veut défendre. Il y a alors un bel équilibre trouvé entre Jarvis et sa bande et les différents témoins qui analysent avec justesse le rôle de Pulp dans leur existence. Pulp ne tire jamais la couverture sur lui et laisse réellement la parole à des anonymes : les meilleures séquences sont d’ailleurs celles avec les common people, pas avec les membres du groupe ! Florian Habicht signe alors un formidable documentaire puissant, énergique et pertinent sur le rôle d’un groupe emblématique qui revient à la maison. Rencontrer les personnages qui ont inspiré leurs chansons cultes ne laisse pas indifférent. Pulp, c’est alors le groupe de l’espoir et de la réussite qui a permis à la working class délaissée d’avoir un modèle sur lequel elle pouvait s’appuyer et qui pouvait aussi parler au reste du monde de ce qui se passait dans l’Angleterre des années 80. 

 

Pulp, a film about life, death & supermarkets : Photo

Marley et moi / Watchmen

Marley & Moi
réalisé par David Frankel
avec Owen Wilson, Jennifer Aniston, Eric Dane, Alan Arkin, Haley Bennett, Clarke Peters…
titre original : Marley & Me
Comédie américaine. 1h40. 2008.
sortie française : 4 mars 2009
Movie Challenge 2017 : Un film que j’aime bien secrètement
Jenny et John viennent tout juste de se marier sous la neige du Michigan et décident de partir s’installer sous le soleil de Floride. Alors que l’envie d’avoir un premier enfant se profile chez Jenny, John espère retarder l’échéance en lui offrant un adorable chiot sur les conseils avisés de son collègue Sébastien, un séducteur profitant pleinement de son célibat. C’est ainsi que Marley, un jeune labrador, prend place au sein du couple. En grandissant, l’animal se révèle aussi craquant que dévastateur et la maison devient un véritable terrain de jeu, où plus rien ne peut échapper à sa voracité. Mais l’envie de fonder une famille ressurgit, et Jenny attend désormais son premier enfant. Au rythme des années et des catastrophes qu’il provoque, Marley sera le témoin d’une famille qui se construit et s’agrandit, devant faire face à des choix de carrière, des périodes de doute et des changements de vie. Pour Jenny et John, même si Marley est le pire chien du monde, cette tornade d’énergie leur témoignera une affection et une fidélité sans limite, pour leur enseigner la plus grande leçon de leur vie.
Marley & moi : Photo David Frankel, Jennifer Aniston, Owen Wilson
Marley & Moi, réalisé par David Frankel (Le Diable s’habille en Prada), est tiré de l’ouvrage autobiographique du journaliste John Grogan, Marley & Me: Life and Love with the World’s Worst Dog (2005). Je m’attendais, comme beaucoup, à regarder une comédie toute mignonne avec un joli toutou qui ferait quelques conneries (et vous savez peut-être que j’ai du mal en général avec les films qui mettent en vedette des animaux). Certes, il s’agit a priori d’un film familial, grand public, c’est un fait (et ce n’est pas forcément une tare). Mais finalement, on n’est pas tant que ça dans le film tout choupi si attendu. Si Marley & moi est pour moi un agréable divertissement, assez bien foutu dans son genre, il surprend surtout pour son émotion que j’ai trouvée vraie (même si le film a évidemment pour but de nous faire verser quelques larmes, on ne va pas se mentir non plus). Je n’ai jamais eu de chiens (en revanche des chats j’en ai toujours eu) mais l’histoire m’a réellement émue (vous avez l’habitude, j’ai évidemment chialé) : je me suis identifiée au personnage principal avec sa relation avec Marley. Certes, je ne vais pas vous dire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre, ce n’est évidemment pas le cas, on ne retient pas non plus le travail de mise en scène, je ne sais même pas si on peut s’il s’agit vraiment d’un bon film (d’un point de vue strictement cinématographique – bon après rien ne m’a choquée, j’imagine que le travail de ce côté reste correct par rapport à ce qu’on attend de ce type de production). Mais Marley & Moi m’a clairement plu même si j’ai conscience de ses limites purement cinématographiques. Le film reprend le schéma autobiographique du bouquin, l’histoire étant racontée par John. La voix-off est toujours un outil « risqué » dans le sens où elle a tendance à alourdir le récit. Je ne dis pas qu’elle est d’une grande subtilité mais elle n’est pas non plus envahissante. Surtout, je trouve qu’on peut malgré tout (je dis ça parce que Wilson et Aniston sont des stars hollywoodiens, beaux, blonds, sportifs, avec des dents Colgate – bref le contraire du commun des mortels) s’identifier aux personnages principaux, comprendre l’attachement au chien et au rôle que ce dernier joue dans la vie d’une famille face au temps qui passe. Marley et moi séduit alors dans sa représentation d’une vie de famille (et ou plutôt dans sa construction) avec ses bons et ses mauvais moments (les ellipses me semblent bien choisies et fluides). Après, j’admets aussi que ce film fait certainement partie désormais de mes plaisirs coupables (c’était le but de cette catégorie du Movie Challenge).
 
Marley & moi : Photo David Frankel, Eric Dane, Owen Wilson

Watchmen – Les Gardiens 
réalisé par Zach Snyder
avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jeffrey Dean Morgan, Carla Cugino, Stephen McHattie…
titre original : Watchmen
Action, science-fiction, drame américain. 2h42. 2009.
sortie française : 4 mars 2009
interdit aux moins de 12 ans
Movie Challenge 2017 : Un film recommandé par quelqu’un (Borat)
Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, « Watchmen – Les Gardiens » – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?
Watchmen - Les Gardiens : Photo Carla Gugino, Jeffrey Dean Morgan
Watchmen est l’adaptation du comic éponyme d’Alan Moore (qui rejette le film comme toutes les adaptations de ses oeuvres) et Dave Gibbons (en revanche, il s’est associé au projet). J’ai une drôle d’histoire avec Zack Snyder (et encore, je dis ça sans avoir vu son Batman vs Superman) : 300 fait partie de mes plaisirs coupables, j’aime également énormément L’Armée des Morts (et j’adore au passage la version originale de Romero), en revanche je rejette en bloc Sucker Punch. Et comme vous le savez certainement (ou pas), j’ai généralement du mal avec les films de super-héros. J’ai longtemps redouté ce fameux Watchmen, visiblement autant adoré que détesté. Sans dire que j’ai adoré, j’ai été agréablement surprise par ce long-métrage, certes assez long mais selon moi réellement divertissant et pertinent. Le long-métrage nous présente alors une Amérique alternative des années 1980 (à peine le miroir de ce qu’on connaît déjà) sous l’égérie des super-héros. Mon seul véritablement hic vient du traitement des femmes (problème que j’avais déjà relevé dans d’autres films de Snyder) : j’ai clairement trouvé le film misogyne (on pourra toujours me répondre qu’il y a les mêmes problèmes dans le comic : et bah j’ai envie de dire que je ne trouve pas ça cool non plus). Les personnages féminins ont toutes un mauvais rôle : soit elles sont hyper sexualisées et inutiles dans l’intrigue soit elles ont un mauvais rôle par rapport aux autres personnages. Pour ne rien arranger, Malin Akerman et Carla Cugino jouent très mal (comme souvent). C’est dommage car le reste du casting est pour moi très bon, surtout Jackie Earle Haley, épatant et charismatique dans le rôle de Rorschach. Les personnages sont justement pour moi un des points forts de ce film, ils sont étonnamment complexes par rapport à ce qu’on pourrait attendre habituellement de ce genre de production (le cas le plus flagrant concerne Le Comédien incarné par l’étonnant Jeffrey Dean Morgan). La narration a pu déstabiliser certains spectateurs, certains diront même que le film est trop lent et qu’il ne se passe rien. Pour ma part, si au début j’étais sceptique par cette narration a priori décousue, j’ai rapidement adhéré à ce choix qui permet d’appréhender la psychologie et les histoires personnelles de tous les personnages. Je suis également tombée sous le charme de la proposition graphique et esthétique même si j’admets que certains effets (ex : les ralentis) sont parfois superficiels. Les dialogues sont également soignés, l’histoire en elle-même trouve un ton juste entre violence, tragédie et humour. Enfin, la BO, très agréable, s’adapte bien aux différentes scènes.
Watchmen - Les Gardiens : Photo Jackie Earle Haley

Suspiria

réalisé par Dario Argento

avec Jessica Harper, Joan Bennett, Udo Kier, Stefania Casini…

Film épouvante-horreur, fantastique, thriller italien. 1h35. 1977.

sortie française : 18 mai 1977

interdit aux moins de 16 ans

Movie Challenge 2017 : Un film d’horreur

Suzy, une jeune Américaine, débarque à Fribourg pour suivre des cours dans une académie de danse prestigieuse. A peine arrivée, l’atmosphère du lieu, étrange et inquiétante, surprend la jeune fille. Et c’est là qu’une jeune élève est spectaculairement assassinée. Sous le choc, Suzy est bientôt prise de malaises. Et le cauchemar ne fait qu’empirer : le pianiste aveugle de l’école meurt à son tour, égorgé par son propre chien….
Suzy apprend alors que l’académie était autrefois la demeure d’une terrible sorcière surnommée la Mère des Soupirs. Et si l’école était encore sous son emprise ?

Suspiria : Photo

Je continue de découvrir petit à petit la filmographie de Dario Argento (rappelez-vous, je vous avais chroniqué récemment un de ses chefs-d’oeuvre, Les Frissons de l’angoisse). Suspiria faisait évidemment partie de mes priorités et c’est chose faite désormais ! Ce film, dont le remake devrait sortir dans l’année, fait partie d’une trilogie avec Inferno et La Troisième Mère (il est même le premier film de cette saga). Cette trilogie est inspirée par la suite du roman de Thomas de Quincey (Confessions d’un mangeur d’opium) : Suspiria De Profundis. Un des passages s’intitule « Levana et nos mères de Douleur ». L’auteur y parle alors de trois soeurs (qui rappellent les trois Grâces et aux trois Moires) de douleur : la Mère des Pleurs, la Mère des Soupirs et la Mère des Ténèbres. Dario Argento, le maître du giallo, se lance réellement pour la première fois dans l’horreur. Le cinéaste dit clairement (et cela se ressent) qu’il s’est inspiré des contes de Disney et ceux de Grimm, et qu’il a mélangé ces deux univers avec « la violence de L’Exorciste« . Si le film s’est inspiré de nombreux films et autres univers artistiques, il est également certain qu’il a eu une grande influence sur d’autres (notamment sur un certain Black Swan). L’histoire en elle-même est assez « simple » et accessible : une jeune danseuse qui a l’air toute innocente se retrouve dans une école dans lequel se déroulent une série de meurtres et autres événements étranges. Le film est plutôt court et le déroulement du scénario est assez fluide, j’ai même envie de dire qu’il est « direct » (du genre une fois qu’on a résolu l’intrigue, boum générique de fin). Et pourtant, Suspiria n’a rien d’un film simple même dans son écriture qui pourrait pourtant donner l’impression du contraire. Ce sont surtout la mise en scène et les choix esthétiques qui surprennent le plus et qui donnent une force inouïe à Suspiria. La mise en scène est d’une grande virtuosité et d’une incroyable précision. Ainsi, chaque détail semble compter, rien ne semble laisser au hasard. On notera au passage un petit clin d’oeil à un autre film d’Argento (son premier pour être précis), L’Oiseau au plumage de cristal le temps d’une scène ou encore le placement des poignées de portes, plus élevées qu’à l’accoutumée : les jeunes femmes du film pourraient finalement être des enfants (Argento voulait d’ailleurs des personnages âgés d’une douzaine d’années – c’est son père qui lui a déconseillé pour éviter une trop grande censure). Les couleurs sautent évidemment aux yeux, impossible d’y échapper, surtout à la présence du rouge et du bleu.

Suspiria : Photo

Le rouge a évidemment un rapport direct avec le sang (qui ressort particulièrement sur les corps, comme s’il avait quelque chose de volontairement irréel) et avec le Diable. On peut aussi rapprocher cette couleur avec le culte et même le pouvoir. Quant au bleu (« opposé » de la couleur chaude rouge), qui pourrait aussi être associé à la divinité, c’est une couleur froide qui rappelle à quel point la mort est omniprésente dans cette école du mal. Le mystère et l’atmosphère pesante sont présentes dès les premières minutes du long-métrage qui encore une fois ne perd pas de temps à nous présenter son intrigue. Argento joue également avec intelligence avec des motifs connus (notamment la présence de pluie et même de l’orage dans la nuit) pour pouvoir mieux nous surprendre. Cette ambiance et cette esthétique envoûtante (la part d’ésotérisme n’étant également pas à exclure) se combinent merveilleusement avec la dimension baroque, qui se traduit aussi bien par de magnifiques décors que par la musique de Goblin, assez dérangeante. Bref, Argento assume sa folie flamboyante et grandiloquente, rendant aussi hommage à l’expressionnisme. Encore une fois, il parvient à combiner différentes disciplines artistiques pour créer une oeuvre unique. : cinéma, littérature (en particulier le conte), danse, architecture et même peinture (je reviens encore une fois au sang pour ne citer que cet exemple) se côtoient avec beaucoup de cohérence et de pertinence. Côté casting, on est également bien servi, notamment par la trop rare Jessica Harper, parfaite dans le rôle principal (on pourrait presque établir des liens avec Phantom of the Paradise de Brian De Palma, sorti seulement trois ans avant). Pour les petites anecdotes, Daria Nicolodi, la scénariste du film (et à l’époque compagne d’Argento – et également maman d’Aria) devait tenir le rôle principal mais une actrice plus jeune devait être prise. Cela dit, c’est elle qui prête sa voix au personnage de Helena Markos. Selon Jessica Harper (à voir s’il s’agit d’une rumeur ou non mais je trouve en tout cas l’anecdote amusante), Markos serait interprétée par une ancienne prostituée de 90 ans rencontrée par Argento dans les rues de Rome ! Suspiria est donc l’un des plus beaux cauchemars et contes horrifiques que j’ai pu voir, un film diaboliquement efficace et extrêmement bien foutu.

Suspiria : Photo

Maman a tort

réalisé par Marc Fitoussi

avec Emilie Dequenne, Jeanne Jestin, Annie Grégorio, Sabrina Ouazani, Nelly Antignac, Camille Chamoux, Grégoire Ludig, Jean-François Cayrey, Joshua Mazé, Louvia Bachelier…

Comédie dramatique française, belge. 1h50. 2016.

sortie française : 9 novembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film français

Connaît-on vraiment ses parents? Anouk, 14 ans, découvre brutalement un autre visage de sa mère, à la faveur de l’incontournable stage d’observation de troisième qu’elle effectue dans la compagnie d’assurances où celle-ci travaille. Une semaine d’immersion dans le monde adulte de l’entreprise, avec ses petits arrangements et ses grandes lâchetés, qui bientôt scelle son jeune destin.
Entre parcours initiatique, fêlure et premières responsabilités assumées, une forme d’adieu à l’enfance.

Maman a tort : Photo Jeanne Jestin

Maman a tort, qui marque la deuxième collaboration entre le réalisateur Marc Fitoussi et l’actrice belge Emilie Dequenne, est un film sur qui suit une adolescente dans le monde du travail (grâce à son stage d’observation de 3e). Ce n’est pas forcément un choix très banal : on a l’habitude de suivre un personnage adolescent, dans une sorte de récit d’apprentissage, dans un contexte plus approprié à son univers (l’école ou un camp de vacances par exemple). Marc Fitoussi a eu cette idée de ce film lorsqu’il a tourné son documentaire L’Education anglaise (sur le séjour linguistique d’ados à Bristol). Effectivement, ce n’est pas forcément courant d’écrire une histoire autour du fameux stage d’observation dont tout le monde se fout royalement en France. Marc Fitoussi parvient à en tirer quelque chose d’intéressant. Il réussit à confronter deux univers, celui de l’enfance (voire même de l’adolescence) et celui de l’âge adulte. C’est toujours casse-gueule de signer un film dramatique avec une touche de légèreté : beaucoup de films tentent cet entre-deux sans pourtant y arriver. Fitoussi s’en sort très bien de son côté. Son film aurait pu être bancal par ce choix de ton, il ne l’est pourtant pas. Selon moi, s’il fonctionne, c’est qu’on y trouve une progression cohérente dans la manière de raconter l’histoire. Au début du long-métrage, Anouk est une fillette naïve et pleine d’insouciance qui aimerait faire bouger les choses. A la fin du film, si on espère qu’elle ne perdra pas son dynamisme une fois qu’elle passera l’âge adulte pour de bon (on sent qu’elle est au moins devenue une adolescente, c’est déjà ça), l’héroïne a déjà une vue plus objective sur le monde des adultes via celui du travail. Le spectateur se retrouve alors dans la même situation qu’Anouk : dans un premier temps, même si on voit déjà des petites choses dérangeantes au bureau (comme les deux pestes qui envoient Anouk ranger un placard), on ne se dit pas que l’ambiance est aussi pourrie, on relativise, on pourrait presque voir le « bon » côté des choses. Le film est plus solaire et même drôle dans sa première partie. Puis, une fois qu’on s’intéresse un peu plus de près à l’entreprise, une accumulation d’aspects négatifs se succède: le harcèlement, le burn-out, la dépression en général et surtout les grandes lâchetés. Maman a tort a le mérite de présenter des réalités par petites touches ce qui rend selon moi le rendu plus crédible (personnellement, même si je n’ai plus l’âge d’Anouk depuis longtemps, en tant que jeune fille qui découvre petit à petit le monde du travail, je me suis parfois identifiée à ce personnage ou en tout cas à son regard).

Maman a tort : Photo Annie Grégorio, Emilie Dequenne

Maman a tort devient alors au fur et à mesure un film plus grave, même s’il ne perd pas non plus son petit quelque chose « léger » présent dès le début. La construction du scénario m’a alors paru assez pertinent et cohérent. Certains diront que les thèmes sont survolés : pour moi, encore une fois, il ne s’agit que du regard d’une enfant sur le monde des adultes et du travail qui est littéralement « en observation ». Trop en dire n’aurait pas été très réaliste et sur ce point, Fitoussi marque aussi pas mal de points. Je regrette juste une des dernières scènes, avec Anouk qui va à sa boum sur du Metronomy à fond les ballons, j’avais l’impression que ça n’avait rien à foutre là (même si je comprends grosso modo la démarche de Fitoussi concernant la désillusion adolescente : Anouk a forcément grandi après cette expérience). Quant à la mise en scène, elle n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout de même convenable. De plus, son côté parfois didactique ne pourrit pas non plus le film et surtout sa dimension plus sombre. Emilie Dequenne est, comme souvent et sans surprise, formidable. Son rôle n’est pas évident, assez complexe, même un peu ingrat (elle ne tient pas le « beau » rôle). Elle est évidemment victime d’un système qui broie tout le monde (employés et clients) et qui pousse les gens à perdre leur humanité au nom du chiffre. Elle-même fait de son mieux pour survivre au quotidien, de vivre avec certaines vérités et surtout avec ce qu’elle a pu faire à plusieurs reprises. Cela dit (même s’il ne s’agit que de mon ressenti), le film ne tranche pas totalement en ce qui concerne ce personnage. Je n’ai pas l’impression que Marc Fitoussi essayait de la victimiser à 100%, qu’il montre qu’elle a tout de même sa part de responsabilité et qu’on n’est pas si sûrs qu’elle changera (même si elle dit qu’il y en aura). C’est surtout Jeanne Jestin (qu’on a pu voir dans Le Passé d’Asghar Farhadi) qui bluffe à chacune de ses apparitions (espérons que nous continuerons à la voir au cinéma, elle est prometteuse). Elle parvient à montrer les différents aspects de sa personnalité, qui évolue via l’adolescence : elle est à la fois solaire (ses habits assez colorés, qui tranchent avec un univers assez froid, semblent le confirmer), naïve, combative, idéaliste et lucide. Enfin, les seconds rôles sont également très bons, que ce soit Nelly Antignac et Camille Chamoux, parfaites en pestes de service (la caricature fonctionne merveilleusement bien !) ou encore Annie Grégorio qui est toujours plaisante avec son phrasé et surtout son accent chantant !

Maman a tort : Photo Emilie Dequenne, Jeanne Jestin

Manchester by the Sea

réalisé par Kenneth Lonergan

avec Casey Affleck, Michelle Williams, Lucas Hedges, Kyle Chandler, Gretchen Mol, Matthew Broderick, Heather Burns…

Drame américain. 2h18. 2016.

sortie française : 14 décembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film ayant obtenu un Oscar

Après le décès soudain de son frère Joe, Lee est désigné comme le tuteur de son neveu Patrick. Il se retrouve confronté à un passé tragique qui l’a séparé de sa femme Randi et de la communauté où il est né et a grandi.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck, Lucas Hedges

Le script de Manchester by the sea faisait partie de la liste noire 2014 des meilleurs scénarios n’ayant pas pu être concrétisés. Heureusement qu’il a pu voir le jour : il a permis à son réalisateur-scénariste Kenneth Lonergan (le scénariste de Mafia Blues et Gangs of New York qui signe ici son troisième long-métrage après Tu peux compter sur moi et Margaret) de remporter l’Oscar du meilleur scénario original. Il ne s’agit pas du seul prix remporté au cours de la soirée : Casey Affleck, qui n’est décidément plus désigné comme le frère de Ben (et tant mieux), a remporté l’Oscar du meilleur acteur. Manchester by the sea (qui s’écrit en réalité avec des tirets) désigne le lieu où vivait Joe Chandler (incarné par… Kyle Chandler… Lonergan a-t-il choisi cet acteur par hasard ?). Avant son décès, il avait demandé à son frère Lee, qui habite désormais à Boston pour jouer les hommes à tout faire, de devenir le tuteur de son adolescent de fils Patrick. Lee doit retourner dans cette ville qui représente ce passé qu’il veut fuir. Je ne vais évidemment pas révéler ce qui s’est passé pour qu’il quitte cette ville (et donc aussi sa famille) mais il est évidemment que n’importe quel être humain aurait du mal à s’en remettre. On aurait pu s’attendre à toute une série de clichés. Habituellement, on voit des personnages de ce type en quête de rédemption qui va chercher à se racheter, à se pardonner et à aller de l’avant. Si son ex-femme Randi fait tout pour aller de l’avant, Lee reste jusqu’au bout un homme brisé. Ce n’est même plus un homme : il est devenu un fantôme et ne peut pas évoluer. Beaucoup diront que ce film est juste ultra dépressif. C’est sûr qu’il ne faut pas découvrir ce film quand on se sent mal ! Mais je l’ai trouvé dans la manière de décrire les réactions et les états des personnages très juste, proche de ce qui pourrait nous arriver dans notre propre vie. Je ne connaissais pas Kenneth Lonergan avant de regarder ce film mais j’ai tout de suite senti qu’il était dramaturge à côté de ses activités de cinéaste (je ne me suis donc pas trompée) : on sent qu’il y a derrière ce film un auteur. Son Oscar du scénario est alors logique et mérité : le film a beaucoup de qualités mais il doit beaucoup à sa qualité d’écriture.

Manchester By the Sea : Photo Michelle Williams

Au bout d’une heure, je ne vais pas vous mentir, je me suis demandée si la longueur était justifiée. Evidemment, comme dans n’importe quel long film, on peut toujours se demander s’il n’y a pas des scènes en trop (peut-être qu’il y a un peu trop de scènes au début du long-métrage). Cela dit, je comprends le choix de cette longueur même si l’histoire reste très basique et simple à résumer (dans le sens où il n’y a de rebondissements) : Lonergan veut que le spectateur prenne le temps de cerner les différents personnages. Surtout, l’écriture est très riche dans le sens où elle réussit à prendre en compte différents paradoxes sans jamais s’éparpiller. Par exemple, il y a cette opposition entre le feu et l’eau qui n’a rien de simpliste alors qu’on aurait pu tomber dans des pièges assez grossiers : c’est comme si Lee était sans cesse encerclé par des éléments montrant qu’il n’a vraiment pas sa place à Manchester. Surtout, les personnages jouent sur deux tableaux alors que leur douleur est commune. Ainsi, Lee est un homme qui reste dans l’immobilité tandis que Randi et Patrick avancent malgré la perte et la souffrance. Randi a beau être très attachée à Lee, sa nouvelle famille est désormais sa priorité. Quant à Patrick, il reste un adolescent qui doit devenir un adulte et surtout qui vit (petite amie, potes pour faire la fête, groupe de musique, hockey sur glace : bref une vie bien remplie pour un ado). Ses relations sexuelles (qui n’aboutissent jamais – est-ce une représentation du temps qu’il doit encore vivre ?), ses relations compliquées avec sa mère biologique (une ex-junkie qui vit avec un bigot), ses projets professionnels (avec le bateau), Patrick a des tas de projets : peu importe s’ils aboutissent ou non (même si encore une fois l’échec de certains de ses projets ont une signification), il n’est justement pas comme Lee un fantôme, juste un futur adulte qui se bouge. Ce personnage est aussi celui qui apporte un peu de fraîcheur et de légèreté dans un décor assez austère. Bref, ce choix de situer les personnages sur des tableaux et temporalités opposés renforcent encore plus la position figée de Lee. C’est aussi selon moi un bon moyen d’éviter que cet immobilisme devienne un handicap pour le film.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck

Comme je le disais plus haut, l’histoire en elle-même est plutôt « simple ». Alors pourquoi prendre le temps en l’étalant sur 2h20 ? Le passé a une place considérable dans la vie du personnage principal : il était alors logique de montrer certains éléments de cette existence sous forme de flashback. Ce procédé peut avoir ses limites ou casser le rythme du récit. Or, notamment grâce à un montage très réussi, les transitions entre le passé et le présent sont d’une grande fluidité. Tout en montrant les faits (là encore une sorte de paradoxe), on a vraiment l’impression d’entrer dans l’esprit de Lee : les flashback apparaissent toujours à des moments précis du présent, ils ne sont pas balancés n’importe comment juste pour contenter le spectateur en manque d’informations. Casey Affleck est excellent dans le rôle de Lee et son Oscar n’est selon moi pas volé. J’ai toujours aimé cet acteur (c’est mal de comparer mais j’ai toujours trouvé qu’il jouait mieux que son frère, c’est dit) qu’on a un peu trop souvent caricaturé comme l’acteur dépressif du cinéma indépendant qui mérite enfin cette reconnaissance de la profession. Son interprétation aurait pu être très caricaturale mais ce n’est pas du tout le cas. Certes, son personnage est dépressif. Il ne cause pas non plus beaucoup. Cela dit, dans des détails, il apporte de l’émotion et de la vérité à ce personnage sans jamais en faire des caisses. Certes, il s’agit aussi d’un film indépendant. Michelle Williams et Lucas Hedges accompagnent merveilleusement bien leur partenaire (et tous les deux ont mérité leur nomination aux Oscars). Williams apparaît finalement peu mais elle est bouleversante à chacune de ses apparitions. Quant à Hedges (vu dans Moonrise Kingdom et The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson), il est épatant ! Manchester by the Sea est donc un bouleversant film qui a le mérite de ne pas tomber dans le pathos et surtout qui ne correspond nécessairement à ce qu’on aurait pu attendre suite au synopsis. Il ne correspond justement ni aux standards du cinéma indépendant américain de ces dernières années ni même à ce que Hollywood aime habituellement.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck, Lucas Hedges

Mademoiselle (2016)

réalisé par Park Chan-Wook

avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Ha Jung-Woo, Cho Jin-Woong…

titre original : Agassi

Drame, romance, thriller coréen. 2h30. 2016.

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film LGBT

Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Mademoiselle : Photo Kim Tae-Ri

J’avais regretté d’avoir raté en salles le dernier long-métrage de Park Chan-Wook, Mademoiselle, présenté l’an dernier au festival de Cannes en compétition. Il s’agit d’un de mes réalisateurs préférés tout simplement. Il s’agit de l’adaptation du roman de Sarah Waters, Du bout des doigts (Fingersmith), publié en 2002. L’action du roman se situe dans l’Angleterre victorienne. Park Chan-Wook a transposé l’histoire dans la Corée des années 1930 pendant la colonisation japonaise. Mademoiselle est alors découpé très clairement en trois parties. Ces parties en question ont pour but de montrer à chaque fois un point de vue différent à partir de scènes qu’on a déjà vu (un procédé toujours intéressant même s’il n’a rien d’inédit). A noter qu’en terme de répartition de temps, les parties ne sont pas forcément très équilibrées (la dernière est plus courte et expéditive que les deux premières). Je ne crierais pas au chef-d’oeuvre comme j’ai pu le lire (pour moi Park Chan-Wook a fait mieux) mais il s’agit tout de même d’un très bon long-métrage qui mérite le coup d’oeil. La durée (2h30) me faisait peur et ne m’a pas aidée à devoir débloquer du temps pour aller le voir au cinéma. J’ai beau aimer Park Chan-Wook, j’avais trouvé son intéressant Thirst mais trop long (je le compare à celui-ci puisqu’il dure également 2h30). Evidemment, face à un film de 2h30, on se demande toujours si cette durée était toujours justifiée. Cela dit, contrairement à Thirst, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Tout semble couler de source et l’enchaînement des différentes parties se fait naturellement. Il faut dire que la mise en scène de Park Chan-Wook est, comme toujours, virtuose. L’histoire, qui mêle érotisme, passion et escroquerie (la recette qui tue) en elle-même est plutôt captivante. On rentre rapidement dans le coeur de l’intrigue, on nous présente d’emblée les personnages et leur rôle (a priori). Le film séduit également par son esthétisme soigné, élégant et transpirant la sensualité, thème au coeur même de l’oeuvre. Les décors, les costumes et la photographie se complètent merveilleusement bien dans cette entreprise visuelle. En y réfléchissant, Park Chan-Wook a touché des genres différents. Pourtant, sur le papier (j’ai des préjugés, c’est bien connu), avant de me lancer, j’avais du mal à l’imaginer dans un film avec un contexte et décor historique. Mais il s’en sort à merveille dans ce registre. Cela dit, comme je vous le disais, il ne s’agit pas pour moi d’un coup de coeur. Je ne sais pas si cela vient du film ou si c’est parce que je connais justement trop la filmographie de Park Chan-Wook mais j’ai rencontré un certain problème (même si encore une fois cela ne m’a pas non plus gâché mon visionnage mais je suis « obligée » de prendre en compte ce point).

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri

Le film m’a alors bien captivée sans aucun doute, en revanche il ne m’a pas non plus surprise alors qu’il est construit à partir de révélations, le but étant alors à l’origine de manipuler également les spectateurs, comme le sont les personnages. Je ne vais pas m’inventer une vie en prétendant avoir deviner tout le film mais j’avais effectivement compris le rôle de certaines scènes. Par exemple (pour ne citer que celui-ci), j’avais compris que les traces de sang sur le lit étaient issues d’une mise en scène et ne correspondaient pas à ce que le spectateur et Sookee peuvent s’imaginer. Mais au-delà de la remarque un peu simpliste de « ooohhh j’ai trouvé le comment du pourquoi, je suis trop forte, blablabla », les scènes s’enchaînent sans que je puisse avoir les réactions appropriées ou attendues. J’aurais voulu être sur le cul et avoir les yeux écarquillées à chaque révélation ou chaque nouveau point de vue. Le film est peut-être limite trop fluide et logique. Je tenais aussi à m’exprimer sur les scènes de sexe qui ont tout de même leur importance. Elles ont pour moi leur place dans le film puisque l’histoire tourne autour du désir, de la passion et de la naissance des sentiments entre deux personnages qui n’auraient rien à faire a priori ensemble (différences de sexe, pays, origine sociale et manipulations l’une envers l’autre). Cela dit, même si je comprends tout à fait la démarche du réalisateur de nous remontrer la scène d’un autre angle, comme il a pu le faire sur d’autres scène (le premier montre l’apprentissage de ce désir, le second plutôt l’explosion et la spontanéité des relations charnelles), je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une part de surenchère. Les scènes ne sont pas pourtant choquantes (nous ne sommes pas dans La Vie d’Adèle non plus), pas non plus vulgaires, on est dans quelque chose d’érotique et de sensuel. Mais comme dans Thirst (oui, on en revient toujours à lui), je me suis posée cette question concernant cette limite et généralement (en ne prenant pas systématiquement ce genre de scènes) Park Chan-Wook est un réalisateur qui tombe parfois dans certains excès. Et j’ai trouvé parfois qu’on n’en était pas si loin (mais après ça n’engage que moi) en étirant justement ces scènes en question – cela ne me semblait pas utile pour comprendre les réactions des personnages. Cela dit, ça reste pour moi un petit bémol qui ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. Au-delà de ses nombreuses qualités, aussi bien narratives que techniques (même pour ces fameuses scènes de sexe), Mademoiselle bénéficie d’un excellent casting.

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee

S.O.S. Fantômes (2016)

réalisé par Paul Feig

avec Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon, Leslie Jones, Chris Hemsworth, Charles Dance, Neil Casey, Michael K. Williams, Andy Garcia, Cecily Strong, Ed Begley Jr., Bill Murray, Dan Aykroyd, Sigourney Weaver, Ernie Hudson, Annie Potts, Ozzy Osbourne…

titre original : Ghostbusters

Comédie fantastique américaine. 2h. 2016.

sortie française : 10 août 2016

Movie Challenge 2017 : Une comédie

Erin et Abby écrivent ensemble un livre sur des phénomènes paranormaux. Mais l’ouvrage n’ayant aucun succès, elles tentent de reprendre une vie normale. Des années plus tard, les deux femmes renouent quand leur œuvre est sur le point d’être rééditée. Devenue une enseignante respectée, Erin ne veut plus en entendre parler. Pour annuler la publication, elle accepte d’aider sur Abby, qui travaille maintenant avec Jillian, sur une enquête paranormale. Là, elles sont confrontées à un fantôme. Elles décident alors de créer une agence de détectives spécialisée et tentent de développer des armes pour lutter contre l’invasion d’esprits qui se prépare… (résumé : Télérama)

S.O.S. Fantômes : Photo Kate McKinnon, Kristen Wiig, Leslie Jones (II), Melissa McCarthy

Je ne vais pas clamer haut et fort que je suis une fan absolue de Ghostbusters. Mais comme beaucoup de cinéphiles (et de spectateurs tout simplement), j’aime énormément le premier opus d’Ivan Reitman. J’ai découvert ce film culte enfant et j’aime le revoir dès qu’il est rediffusé à la télé. J’avoue que j’aime moins le deuxième opus (même si je le trouve tout de même très sympathique). S’attaquer à un reboot d’un film aussi culte (et débarquant des années après) était une tâche compliquée. J’étais moi-même très sceptique de voir ce projet (surtout quand on voit l’état actuel d’Hollywood sans inspiration qui ne fait que recycler de vieux films ou n’offre que des suites). J’avais aussi peur qu’on nous colle des femmes au casting pour parce qu’il fallait mettre des femmes (même si c’est une très bonne chose que Hollywood se réveille enfin), sans qu’il y ait derrière une démarche intéressante. Cela dit, les trop grandes remarques sexistes et même racistes à l’encontre du film (et de l’actrice Leslie Jones) avant même qu’il sorte dans les salles étaient vraiment violentes et rien que pour cette raison, j’avais finalement envie de soutenir ce projet même si encore une fois je n’étais pas rassurée. J’aime énormément Mes Meilleures Amies (Bridesmaids), j’apprécie Spy et Les Flingueuses qui m’ont également provoqué quelques fous rires et dans l’ensemble la nouvelle génération du Saturday Night Live (SNL pour les intimes) me séduit. Voir Paul Feig derrière la caméra réunissant Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon et Leslie Jones me réjouissait. Finalement, les critiques n’ont pas été désastreuses contrairement à ce qu’on attendait. Même des critiques sceptiques à l’origine (comme je l’étais) par le projet semblent avoir apprécié ce nouveau Ghostbusters. Bref, j’étais donc à la fois curieuse et un poil effrayée. Sans crier au chef-d’œuvre (il a ses imperfections), ce nouveau Ghostbusters m’a clairement plu et m’a agréablement surprise. Il n’a pas la prétention de faire oublier les films de Reitman, il assume ses clins d’œil, ses scènes parfois reprises des précédents volets et même ses sympathiques et rassurants caméos (Bill Murray, Dan Aykroyd, Annie Potts, Ernie Hudson, Sigourney Weaver et même le regretté Harold Ramis sous forme de statue !). Je n’ai pas eu la sensation qu’il cherchait à copier, juste de tenter de proposer une comédie différente par son ton (plus graveleux et potache) et les traits de son époque (la technologie – notamment Youtube – s’intègre dans le récit).

Bref, on respecte l’univers original tout en ajoutant sa touche personnelle et sa modernité. J’avais peur que le film soit trop nostalgique : il l’est certainement par moments mais il n’en abuse pas non plus. Je ne m’en suis jamais cachée : les comédies de Paul Feig me plaisent : cela fait du bien, dans le cadre de films à gros budget, de voir la femme valorisée. Pour moi, ce nouveau volet est bien une ode aux femmes fortes, solidaires, drôles, intelligentes, culottées  et indépendantes, le tout sans être un pamphlet qui aurait pu être pénible. Dans un film plus traditionnel, on aurait pu s’attendre à certains schémas du type l’une des héroïnes tombe amoureuse d’un beau gars fort et intelligent. Il n’y a pas d’histoire d’amour et le bonhomme séduisant présent est un pur idiot qui ne sait même pas ce qu’il fout là et porte des lunettes sans verre pour éviter de les salir : cette inversion des rôles (le secrétaire en question reprend le stéréotype habituel de la jeune potiche bêbête séduite par ses partenaires masculins) est donc assez pertinente. Esthétiquement, le film joue parfois avec le kitsch (comme pour rendre hommage à la saga très 80s) mais paradoxalement il est aussi bien foutu (en tout cas les effets spéciaux m’ont convaincue). Le petit reproche pourrais-je donc faire à ce Ghostbusters ? L’ensemble est divertissant mais j’ai parfois senti quelques baisses de rythme. Le casting est vraiment très bon, tirant véritablement le film vers le haut. Kristen Wiig s’en sort très bien dans le rôle de la scientifique coincée qui se retrouve dans des situations improbables. Et ses retrouvailles avec Melissa McCarthy, qui joue certes toujours grosso modo la même chose (mais je ne m’en lasse parce que la voir déblatérer autant de conneries à la seconde) mais qui est toujours aussi drôle, sont juste pour moi un pur bonheur. Leur complicité saute vraiment aux yeux ! Kate McKinnon (connue ces derniers temps pour ses imitations d’Hilary Clinton) est certainement une des très bonnes surprises de ce film, on peut même parler de révélation. Je ne pense pas être la seule à avoir eu un coup de cœur pour elle ! Leslie Jones complète bien ce quatuor assez équilibré même si elle est un peu plus en retrait et débarque plus tard dans l’histoire (je n’ai pas eu l’impression qu’il y en avait une qui tirait la couverture). Chris Hemsworth est également hilarant et irrésistible dans le rôle d’un bel abruti et j’espère que nous le verrons davantage dans un registre comique. Pour conclure, ce Ghostbusters au féminin est une bonne surprise qui ne mérite ni son lynchage ni son échec dans les salles obscures.

S.O.S. Fantômes : Photo Chris Hemsworth

Fahrenheit 451

réalisé par François Truffaut

avec Oskar Werner, Julie Christie, Cyril Cusack…

Film de science-fiction britannique, français. 1h52. 1966.

sortie française : 11 septembre 1966

Movie Challenge 2017 : Un film adapté d’un livre que j’ai lu

Dans un pays indéfini, à une époque indéterminée, la lecture est rigoureusement interdite : elle empêcherait les
gens d’être heureux. La brigade des pompiers a pour seule mission de traquer les gens qui possèdent des livres et
de réduire ces objets en cendres.
Guy Montag, pompier zélé et citoyen respectueux des institutions, fait la connaissance de Clarisse, une jeune institutrice qui le fait douter de sa fonction. Peu à peu, il est à son tour gagné par l’amour des livres.

Fahrenheit 451 est l’adaptation du roman éponyme (et emblématique) de Ray Bradbury. Au premier abord, on n’imagine pas nécessairement François Truffaut, figure phare de la Nouvelle Vague, signer une oeuvre de science-fiction (enfin sur le papier car personnellement j’ai du mal à y voir totalement de la science-fiction en regardant cette oeuvre et je pense que c’était aussi une volonté de Truffaut). Après, on me dira que ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur de ce mouvement s’attaque à la science-fiction : par exemple, Godard l’a fait avec Alphaville. J’étais donc curieuse de connaître la vision du réalisateur sur cette oeuvre de Bradbury que j’adore (un de mes romans préférés). Il s’agit de la première excursion de Truffaut à l’étranger (le film ayant été tourné à Londres). Ce long-métrage marque aussi les retrouvailles entre Truffaut et Oskar Werner, les deux ayant travaillé ensemble pour Jules et Jim. Dans l’ensemble, sans dire que le résultat est mauvais (même s’il a tout de même certains défauts), ce Fahrenheit 451 m’a pas mal déçue. Je précise que je ne suis pas forcément une puriste des adaptations de romans mais j’ai senti Truffaut pas à l’aise avec un genre qu’il n’aimait pas de base (c’était même lui qui le disait dans des interviews) et certainement pas à l’aise non plus plus généralement avec la grandeur même du projet, qui a coûté cher pour l’époque, avec son lot d’effets spéciaux (alors qu’on n’est justement pas face à un film à spectacle). J’espère ce que je vais dire ne va pas trop « choquer » mais honnêtement, en regardant ce film, je me suis dit qu’une nouvelle adaptation serait une bonne chose ! Je me suis même dit que Equilibrium de Kurt Wimmer était finalement une meilleure « adaptation » que ce film de Truffaut. J’ai mis du temps à entrer dans le film qui m’a paru assez long (pas non plus interminable mais j’ai tout de même regardé de temps en temps ma montre) : heureusement, sa seconde partie m’a plus intéressée et permet de rattraper les mauvaises impressions du début. Visuellement, s’il était certainement intéressant pour l’époque, actuellement il a pas mal vieilli, certains effets sont même assez kitsch. C’est même assez étonnant de voir ce type d’effets alors que l’ensemble du film est esthétiquement assez « simple » dans le sens où il y a plutôt une envie de retranscrire un certain réalisme. Mais heureusement, d’autres scènes sont assez puissantes et rattrapent les quelques couacs. La scène de l’autodafé dans la bibliothèque vaut par exemple le coup d’oeil et même la fin avec le groupe qui apprend les textes par coeur oralement pour les conserver est également très belle.

De plus, les décors restent tout de même très réussis : ils permettent de rendre l’univers encore plus froid et monotone. La musique inquiétante de Bernard Hermann (le compositeur fétiche d’Alfred Hitchcock – Truffaut était un grand admirateur du maître du suspense) trouve également parfaitement sa place dans le film. Surtout, le propos relevé dans le roman de Bradbury (la destruction de la culture et du savoir pour contrôler l’individu) reste tout de même pertinent, nécessaire et intemporel (moins que dans le bouquin mais tout de même bien présent) : la dénonciation du fascisme fonctionne bien (il est impossible de ne pas voir un rapprochement entre les nazis qui eux-mêmes ont brûlé des livres). En parlant d’intemporalité, un autre point m’a semblé intéressant : certes, on voit bien qu’il y a une envie de placer l’histoire dans un futur. Mais en même temps, il n’est pas nécessairement très dessiné (comme on pourrait l’imaginer dans un gros blockbuster). Ce futur en question est finalement d’actualité, que ce soit « l’actualité » au moment de la sortie du film (le côté sixties en ressort par moments) ou même notre actualité de 2017 : bref, ce monde retranscrit par Truffaut n’est peut-être pas si éloigné de ce que le spectateur connait dans sa réalité. A noter aussi les choix troublants des livres brûlés : et même Chroniques Martiennes et Fahrenheit 451 de Bradbury ! On trouve également un exemplaire des Cahiers du Cinéma (on y trouve dessus une photo d’A bout de souffle de Jean-Luc Godard). Concernant le casting, sans dire qu’il est mauvais (il ne faut pas non plus exagéré), Werner n’est pas très à l’aise dans le rôle de Montag (même Truffaut n’était pas convaincu par sa prestation). Il faut dire que le personnage n’est pas ici particulièrement intéressant et manque de consistance. En revanche, Julie Christie, qui interprète deux personnages (Truffaut voulait éviter l’éternelle opposition entre une brune et une blonde et créer une sorte de trouble : l’effet est plutôt réussi), est bien plus convaincante. Pour conclure, Fahrenheit 451 est un film intéressant, qui fait son petit effet mais qui ne remplit pas totalement ses promesses même s’il reste fidèle au texte d’origine. Est-il imparfait parce qu’on s’attend justement à autre chose vu qu’on sait à quel point le roman de Bradbury est majeur dans le domaine de la science-fiction ? Cela reste tout de même une jolie ode à la littérature traversant le temps et les générations qui prouve bien qu’elle a un pouvoir énorme sur notre liberté.

The Secret Life of Words

réalisé par Isabel Coixet

avec Sarah Polley, Tim Robbins, Javier Cámara, Eddie Marsan, Julie Christie, Leonor Watling…

Drame, romance espagnol, irlandais. 1h55. 2004.

sortie française : 19 avril 2006

Movie Challenge 2017 : Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion 

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Un lieu isolé au milieu de la mer. Une plateforme pétrolière où ne vivent que des hommes, ceux qui y travaillent, et où vient d’avoir lieu un accident.
Une femme mystérieuse et solitaire, essayant d’oublier son passé, débarque sur la plateforme pour soigner un homme qui a temporairement perdu la vue. Entre eux se crée une étrange intimité, un lien fait de secrets, tissé de vérités, de mensonges, d’humour et de souffrance, qui ne les laissera pas indemnes et changera leur vie.

The Secret Life of Words avait remporté quatre Goyas (l’équivalent des César espagnols) en 2006 dont meilleur film, meilleure réalisatrice et meilleur scénario original. Produit par les frères Almodovar (la présence de Javier Camara est certainement liée à la présence des Almodovar dans la production), ce long-métrage tourné en langue anglaise marque aussi les retrouvailles de la réalisatrice Isabel Coixet avec l’actrice canadienne Sarah Polley après Ma vie sans moi (également produit par Pedro Almodovar). Il s’agit d’une jolie surprise qui mérite le coup d’œil. Pourtant, au départ j’étais assez sceptique : je m’attendais à un film assez pénible et ennuyeux : il faut avouer qu’un film se déroulant sur une plateforme pétrolière n’est pas ce qui lui a de plus attirant avec en plus un personnage principal qui ne cause pas des masses. Heureusement, ce ne fut pas le cas. Il dure presque deux heures mais je ne me suis pas ennuyée, je suis rentrée petit à petit dans l’histoire et j’avais envie de connaître les secrets des personnages, surtout celui d’Hanna (vu qu’on connait celui de Josef assez rapidement). Hanna est un personnage absolument bouleversant notamment par ses différents sens. Elle nous touche quand elle décide de ne plus rien écouter et de s’isoler en éteignant son appareil auditif. Elle nous intrigue quand elle mange comme quatre les délicieux plats de Simon, un cuisinier qui tente de donner du bonheur aux braves marins qui, eux-mêmes cachent leurs petits secrets (la nourriture semble aussi représenter littéralement une sorte d’appétit sexuel). Elle est émouvante quand elle décide de parler et même de se confier à Josef même quand elle ne dit pas totalement la vérité : des indices assez subtils permettent de comprendre la vérité face à des propos modifiés. Ce n’est pas donc pas toujours évident de capturer le non-dit sans tomber dans certains pièges mais Isabel Coixet relève ce défi haut la main. De plus, l’opposition entre Hanna et Josef aurait pu être très lourde : lui est un grand baraqué temporairement aveugle qui parle beaucoup, elle est toute frêle, sourde et silencieuse. Pourtant, cette opposition apparaît également avec habilité et même mieux : elle se transforme en complémentarité. Les sens sont alors un moyen pour les personnages de se réfugier suite à des histoires douloureuses et difficiles à exprimer.

The Secret Life of Words est un film d’une grande pudeur sachant pourtant exprimer l’indicible. Il a su allier histoire intime et Histoire avec un grand H (ici, on évoque la guerre des Balkans). Il trouve également un très bon équilibre entre les différentes émotions qu’il veut relever chez le spectateur. Il aurait pu être larmoyant et plombant, ce n’est pas du tout le cas. Ce film touche parce qu’il sonne vrai et juste que ce soit dans les dialogues ou encore les réactions des personnages. Il bouleverse également parce qu’il a su prendre en compte la place de la souffrance tout en offrant un minimum de l’espoir à ses personnages. Ainsi, la vie continue : les blessures ne pourront jamais totalement disparaître mais elles pourront tout de même être atténuées, la possibilité d’un bonheur et d’un avenir restant possible. On n’a pas besoin d’entendre ni de voir l’horreur qu’un individu peut vivre mais justement le fait qu’on n’en sache pas trop permet aux spectateurs de « visualiser » ce que personne ne voudrait voir. Le scénario m’a donc convaincue : on nous raconte finalement une belle histoire avec une apparente simplicité et efficacité mais qui est plus complexe qu’elle en a l’air jouant sans cesse avec une véritable intelligence avec les oppositions et les paradoxes. La place des dialogues et non-dialogues a aussi son importance, que ce soit pour appréhender les personnages ou encore pour évoquer le passé : Josef parle beaucoup pour ne pas dire la vérité, Hanna, elle, est dans l’incapacité de dire la vérité et doit utiliser des stratagèmes pour dire sa vérité (par exemple, quand elle évoque, dans une scène déchirante, un épisode qu’elle a vécu en utilisant la troisième personne). La mise en scène d’Isabel Coixet est en même temps sobre et délicate. A noter aussi l’importance du lieu assez particulier : une plateforme pétrolière. Cet endroit en question, assez dangereux, crée une sorte de huis-clos qui renforce l’isolement des personnages, isolement qui permet paradoxalement aussi à Hanna et Josef de se rapprocher et d’apprendre à communiquer, que ce soit verbalement ou par d’autres moyens. De plus, différentes nationalités se côtoient sur ce bateau : là encore, difficile de ne pas voir le parallèle entre les langues pratiquées par les quelques individus sur ce bateau et le sujet de la communication. L’actrice (et réalisatrice) canadienne Sarah Polley prouve qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération. Je regrette qu’on ne la voit pas plus souvent au cinéma. Elle aurait pu rendre son personnage glauque, pourtant, sans jamais en faire des tonnes ni tomber dans une certaine caricature, elle reste gracieuse et lumineuse. Tim Robbins est également comme souvent excellent dans le rôle a priori d’un grincheux mais qui a un grand coeur. Le couple Polley-Robbins fonctionne également : on a envie de voir leur couple triompher sur les blessures de la vie. Enfin, les seconds rôles, que ce soit Javier Camara, Eddie Marsan ou encore Julie Christie, sont également très bons.

The Secret life of words : Photo Sarah Polley