Avanti !

réalisé par Billy Wilder

avec Jack Lemmon, Juliet Mills, Clive Revill…

Comédie américaine. 2h18. 1972.

sortie française : 23 septembre 1973

Movie Challenge 2016 : Un film avec un acteur que j’adore

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La partie de golf de Wendell Armbruster Jr., P.D.G. de 37 sociétés, est brutalement interrompue par la mort de son père survenue en Italie. Wendell saute dans l’avion et apprend que l’auteur de ses jours fréquentait une certaine Mrs Piggott alors qu’il était censé suivre une cure de bains de boue. De plus, il affronte Pamela, romantique et donc digne fille de Mrs Piggot qu’il se met illico à détester et qu’il surnomme « grosses fesses ». Mais très vite, d’autres rapports s’installent entre eux…

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Jusqu’à présent, de ce que j’ai pu voir, j’ai toujours aimé le cinéma de Billy Wilder, une vraie référence pour moi en tant que cinéphile. Et j’aime aussi énormément Jack Lemmon, un de mes acteurs préférés (et pour moi, malgré le succès qu’il a eu, j’ai toujours l’impression qu’on l’oublie un peu lorsqu’on veut évoquer les plus grands acteurs du cinéma). Vous imaginez bien que j’ai souvent aimé (on peut même dire adoré) les différentes collaborations entre Jack Lemmon et Billy Wilder : Certains l’aiment chaud, Irma La Douce ou encore La Garçonnière. J’étais donc enthousiaste à l’idée de découvrir Avanti, qui marque la neuvième collaboration entre Wilder et son scénariste attitré, I.A.L. Diamond. Les deux compères adaptent la pièce homonyme de Samuel A. Taylor (qui avait collaboré sur le scénario de Sueurs Froides / Vertigo d’Alfred Hitchcock). Sabrina était déjà une adaptation d’une oeuvre de cet auteur (Sabrina Fair). Pour la petite anecdote, dans une interview pour Positif, Billy Wilder avait dit les propos suivants concernant le personnage principal de Avanti : « C’est au commencement le héros de La Garçonnière s’il ne s’était pas révolté ». En tout cas, Avanti a rencontré un certain succès à sa sortie : il a permis à Jack Lemmon de remporter le Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie (dans toute sa carrière, il en a remporté six !). Le film avait également décroché d’autres nominations aux Golden Globes (dans les catégories meilleurs film dans une comédie, actrice, acteur dans un second rôle, réalisateur et scénario). J’avais vraiment envie d’aimer ce film comme j’ai aimé les autres longs-métrages de Billy Wilder. Comme je l’ai dit, je n’ai pas vu tous les films de Wilder mais de ce que j’ai pu voir, il me semble que ce Avanti est un film mineur de sa carrière. Hélas, j’ai été assez déçue par ce film même s’il n’est pas non plus déplaisant à regarder (on peut même dire qu’il est assez sympathique). Je l’ai même regardé deux fois pour voir si je n’étais pas passée à côté de quelque chose la première fois. Hélas, je crois que je n’accroche pas plus que ça à l’histoire. Pourtant, sur le papier elle n’a rien de repoussante : il s’agit d’une comédie romantique assez classique, comme j’ai pu le voir des tonnes de fois. Mais je ne parviens pas totalement à y adhérer même si elle reste charmante. En plus, le film a du fond et les personnages ont tout pour plaire. De plus, les paysages italiens sont splendides et jouent un rôle important dans le déroulement de l’histoire avec toute l’atmosphère qui va avec, les accents, les chansons, le soleil, la mer, bref cet exotisme est assez agréable, il faut bien le reconnaître.

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Après tout, le film met en avant les différences culturelles pour pouvoir livrer une critique sociale assez fine (comme souvent chez Wilder) : les Américains sont vus comme des gens coincés et tiraillés par leurs différentes obligations (familiales et professionnelles) ne s’évadant jamais d’un triste quotidien tandis qu’en Italie (et plus généralement en Europe – Pamela étant britannique) les gens prennent le temps de vivre. Par ailleurs, toujours en Italie (en tout cas dans la vision proposée par Wilder), l’adultère n’est pas nécessairement quelque chose de condamnable, il prend même une dimension romantique, une sorte d’alternative et d’évasion à une vie pesante. Mais il me semble aussi que le jeu des stéréotypes italiens est assez lourd, le vaudeville en lui-même trop appuyé, certains gags tombent parfois à plat (même si, heureusement, certaines scènes restent tout de même plutôt drôles). Surtout j’ai trouvé Avanti affreusement long. Pratiquement 2h20 ! On les sent bien ! Le film ne manque pourtant pas de rythme si on regarde bien (sur le papier, je ne trouve pas qu’il y ait de temps mort) : les différents éléments narratifs s’enchaînent, les gags et quiproquos aussi. Mais c’est juste qu’il s’attarde trop inutilement sur certains éléments (certes sur certains gags qui auraient pu être plus drôles avec un effet de rapidité mais plus généralement sur la relation entre Wendell et Pamela alors qu’on sait d’avance comment l’histoire va plus ou moins se terminer) alors qu’on aurait enlevé facilement une bonne trentaine de minutes ! Ce sentiment d’étirement est assez désagréable. J’imagine que la durée peut être justifiée : en Italie, on doit prendre littéralement le temps de vivre. Sauf que ça ne fait pas nécessairement du bien aux spectateurs et que ça finit par desservir le film. Ca casse vraiment toutes les bonnes choses qui ont été mises en place et plus généralement le ton frais et léger. Heureusement, les personnages sont également plutôt sympas et attachants. Jack Lemmon est excellent (comme toujours) dans le rôle de Wendell Armbruster jr. (le nom a quelque chose d’assez « agressif » à l’image du personnage durant la première partie du film), un riche PDG toujours pressé et coincé parfois un peu aigri, qui va finir par s’ouvrir, se relâcher et goûter au bonheur. Juliet Mills (une découverte en ce qui me concerne) est également une très bonne surprise dans le rôle de Pamela Piggott (le nom me semble assez ironique par rapport à ses « problèmes » physiques), une femme « ronde » (je dirais plus avec des formes), tantôt coincée par son corps et les différents régimes qu’elle poursuit, tantôt libérée (je pense à la scène où elle se déshabille et se baigne finalement sans complexes dans la mer).

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La Déchirure

réalisé par Roland Joffé

avec Sam Waterston, Haing S. Ngor, John Malkovich, Julian Sands, Craig T. Nelson…

Drame, historique, guerre britannique, américain. 2h20. 1984.

titre original : The Killing Fields

sortie française : 13 février 1985

Movie Challenge 2016 : Un film de guerre

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Journaliste au » New York Times », Sidney Schanberg est un des rares reporters à rester au Cambodge après la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges. L’intervention de son assistant Dith Pran lui sauve la vie. Pran arrêté, Schanberg regagne les Etats-Unis alors que la répression s’abat sur le Cambodge.

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La Déchirure, premier long-métrage du réalisateur franco-britannique Roland Joffé (Palme d’or pour son autre chef-d’oeuvre Mission) fait partie de ces films dont j’en entends toujours parler mais finalement je ne savais même pas de quoi ça parlait. Surtout, on s’aperçoit très vite qu’en France on en parle parfois mais pas tant que ça. C’est presque un parcours du combattant pour obtenir certaines informations concernant ce long-métrage. Le film avait pourtant remporté un certain succès à sa sortie. Il a même remporté plusieurs grandes récompenses : trois Oscars (dont celui du meilleur acteur dans un second rôle pour Haing S. Ngor qui avait aussi gagné le Golden Globe) ou le BAFTA du meilleur film. Egalement classé dans le top 100 des meilleurs films britanniques par le British Film Institute, il avait même été nommé dans la catégorie « meilleur film étranger » aux Césars ! C’est donc étonnant de voir ce film tomber dans l’oubli alors qu’il s’agit pour moi d’un chef-d’oeuvre (non, je n’ai pas peur des mots). La Déchirure est inspiré de la véritable histoire de Sydney Schanberg (décédé en juillet dernier), lauréat du Prix Pulitzer en 1976. Le film est par ailleurs une « adaptation » de l’article de Schanberg publié dans le New York Times, « The Death and Life of Dith Pran : A Story of Cambodia ». Schanberg a couvert avec Dith Pran (décédé en 2008 d’un cancer du pancréas) le conflit cambodgien. Le film retrace alors l’amitié entre les deux journalistes durant cette guerre et surtout le périple du fameux Dith Pran après avoir pu s’échapper du camp (notamment durant la seconde partie). Le titre original, The Killing Fields, fait alors référence au camp d’exécution sommaire de Choeung Ek où furent tués des milliers de Cambodgiens par les Khmers rouges durant le régime du Kampuchéa démocratique. La Déchirure est un film bouleversant sur les désastres de la guerre mais aussi une ode à l’amitié dans la plus grande difficulté dans un contexte absolument terrifiant. Au passage, je pense qu’il s’agit aussi d’une ode au bon journalisme, à toutes ces personnalités qui prennent des risques pour nous informer. Je pense qu’il faut aussi remettre ce film dans son contexte (ce qui rend le film encore plus déchirant, pour reprendre en partie le titre français) : il a été réalisé seulement quelques années après le récit relaté par Schanberg, les blessures de cette guerre n’étant pas encore été cicatrisées. Le film, jamais tire-larmes, se laisse alors volontiers suivre malgré le lourd contexte historique et la durée (assez longue).

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Surtout, Roland Joffé a réussit à retranscrire l’horreur et la violence de la guerre tout en gardant paradoxalement un aspect assez soft dans le bon sens du terme (je veux dire : son film n’est pas par exemple aussi violent visuellement qu’un Tu ne tueras point de Mel Gibson pour ne citer que cet exemple-là mais il n’est pas lisse non plus, loin de là). La fin, sur les retrouvailles entre Schanberg et Pran sur la chanson Imagine de John Lennon, est tout simplement très émouvante (j’avoue tout : oui, j’ai – encore – pleuré). Enfin les acteurs sont tout simplement excellents. Techniquement, La Déchirure est également très réussi. Pour la petite info, il a également reçu deux autres Oscars : meilleurs photographie et montage. Deux prix qui me semblent totalement justifiés vu la manière dont ils sont employés dans ce long-métrage. Plus généralement, la mise en scène est très bonne, soignée mais sans faire trop non plus (tout me semble très équilibré dans ce film). La musique de Mike Oldfield est également très belle et en même temps par moments angoissante. Elle retranscrit très bien l’ambiance générale du film, entre beauté absolue et enfer inimaginable. Enfin, parlons des interprétations qui sont également toute à la hauteur. Cela m’a fait plaisir de revoir Sam Waterston (dans ma tête, ça sera toujours le charmant bel homme aux cheveux gris et aux sourcils épais de la série New York, Police Judiciaire, j’ai bien conscience qu’il n’a pourtant pas fait que ça dans sa carrière), très justement nommé aux Oscars pour sa très belle performance. Son partenaire Haing S. Ngor, Oscarisé pour son interprétation (il est bon de le rappeler car visiblement on l’oublie souvent alors que son prix est amplement mérité – surtout qu’il est actuellement le seul acteur asiatique à avoir remporté un Oscar) est également fabuleux (et l’est d’autant plus quand on sait qu’il n’était pas un acteur professionnel). Il faut dire que le rôle devait vraiment parler à l’acteur (pour ceux qui l’auraient oublié ou ne le savaient pas, suite à une agression, il fut tué en 1996 à l’âge de 55 ans par un membre de gang de rue à Los Angeles) : comme son personnage, il était également journaliste. On sent réellement son implication et sa sincérité dans sa prestation. A l’image du film, il n’en fait jamais trop, il est même assez sobre et pourtant il rend justice à son personnage. Au passage, dans un rôle plus secondaire, John Malkovich est également remarquable (il s’agissait seulement de son deuxième long-métrage !).

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Movie Challenge 2016 : c’est la fin

Ca y est, j’ai ENFIN terminé dans les temps le fameux Movie Challenge. Même si vous avez pu suivre mes aventures sur le blog au fil de l’année, je vous fais un petit recap :

– un film français : Les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945)

– un film adapté d’un livre : Tale of Tales de Matteo Garrone (2015).

– un film ayant lieu dans un endroit que j’ai toujours rêvé de visiter : C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée (2005).

– un film tourné/sorti cette année : Carol de Todd Haynes (2016)

– un film tourné/sorti l’année de ma naissance (soit 1993) : La Liste de Schindler de Steven Spielberg (1993)

– un film tourné par un réalisateur de moins de 30 ans : J’ai tué ma mère de Xavier Dolan (2009).

– un film dont le titre contient un numéro : Les Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa (1954).

– un film ayant de mauvaises critiques : Toi, moi… et Duprée de Anthony et Joe Russo (2006).

– une comédie : Les Muppets, le retour de James Bobin (2011).

– un film réalisé par une femme : Surveillance de Jennifer Lynch (2008).

– un film dont le héros n’est pas humain : Mondwest de Michael Crichton (1973).

– un film qui a une suite : Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force de J. J. Abrams

– un film que j’ai vu quand j’étais (plus) jeune : Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006).

– un film se déroulant dans le futur : Perfect Sense de David McKenzie (2011).

– un court-métrage : Harvie Krumpet d’Adam Elliot (2003).

– un film se déroulant à l’étranger : Transsiberian de Brad Anderson (2008).

– un film qui n’est pas en anglais ni en français : Mustang de Deniz Gamze Ergüven (2015).

– un film se passant au lycée : Elle est trop bien de Robert Iscove (1999).

– un film dont le titre comporte une couleur : Blue Ruin de Jeremy Saulnier (2013).

– un film qui m’a fait pleurer : States of Grace de Destin Daniel Cretton (2013).

– un film que j’ai vu plus de deux fois : Walk Hard – The Dewey Cox Story de Jake Kasdan (2007).

– un film d’un réalisateur que j’adore : Kes de Ken Loach (1969).

– un film avec une actrice que j’adore : Diamants sur canapé de Blake Edwards (1961).

– un film avec un acteur que j’adore : Avanti de Billy Wilder (1972).

– un film ayant obtenu un Oscar : Tendres Passions de James L. Brooks (1983).

– un film d’horreur : The Wig de Won Shin-yeon (2005).

– un film commencé que je n’ai jamais terminé : I’m not There de Todd Haynes (2007).

– un dessin animé : Les Indestructibles de Brad Bird (2004).

– un biopic historique : Kill Your Darlings de John Krokidas (2013).

– un film LGBT : Une journée particulière de Ettore Scola (1977).

– un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion : Music Box de Costa-Gavras (1989).

– un film recommandé par quelqu’un : Drop Dead Fred de Ate de Jong (1991).

– un film en noir et blanc : Les Hauts de Hurlevent de William Wyler (1939).

– un film basé sur des faits réels : Bowling de Marie-Castille Mention-Schaar (2012)

– une comédie musicale : Moulin Rouge ! de Baz Luhrmann (2001).

– un film qui m’a fait pleurer de rire : Les Flingueuses de Paul Feig (2013).

– un film de guerre : La Déchirure de Roland Joffé (1984).

– un film adapté d’un roman graphique ou d’un comic : Les Gardiens de la Galaxie de James Gunn (2014).

– un film avec un mariage : Bachelorette de Leslye Headland (2012).

– un film d’un réalisateur asiatique : Hard Day de Kim Seong-hun (2014).

– un film que ma mère adore : Truman Capote de Bennett Miller (2005).

 

Comme vous le voyez, il reste peu de temps et très peu de films à chroniquer. Donc priorité en janvier : chroniquer les quatre derniers films de la liste. Donc patience pour les prochains billets… du Movie Challenge 2017. OUI !! Cette expérience m’a tellement plu que je compte bien recommencer avec un mélange d’anciennes et de nouvelles catégories. J’ai établi cette nouvelle liste avec coupine blogueuse Lilylit. Au passage, petite dédicace ma chère :

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Je remercie donc au passage les blogueuses qui ont décidé de faire ce Movie Challenge : ChonchonBeyond the Lines et bien sûr Mel (c’est grâce à toi que je me suis lancée là-dedans !). J’espère qu’il y aura des blogueurs qui continueront à faire ce challenge avec nous. Evidemment, si vous êtes intéressés, je ne vous force pas du tout à écrire systématiquement un billet sur les films que vous avez vus etc… Vous pouvez commenter où vous en êtes sur le blog, sur vos blogs très furtivement, sur les réseaux sociaux etc…

Bref, tout ça pour vous dire que je publierai, en même temps que Lily sur son blog, la nouvelle liste le 2 janvier 2017.

Pour finir, parce que je pense que c’est ce qu’il y a de plus important, c’est vous raconter mon ressenti sur cette année de challenge, pour que vous puissiez comprendre ma démarche. Déjà, je suis contente d’avoir pu réussir ce challenge dans les temps par défi personnel. Je n’aime pas abandonner quelque chose en cours de route et cela prouve de nouveau que je suis capable de tenir mes engagements. Puis, j’ai toujours aimé trouver différentes façons de découvrir des films. J’ai tenté les listes mais finalement je laisse rapidement tomber. C’est trop strict pour moi. Là, l’avantage, c’est qu’on peut découvrir des films très différents tout en nous donnant une certaine liberté. Et c’est important de s’amuser avant tout ! J’ai pu découvrir des films dont je n’avais pas spécialement envie de regarder ou au contraire j’ai pu concrétiser certaines envies enfouies depuis des années ! Dans le lot, j’ai découvert des films qui m’ont marquée. Même les déceptions ne sont finalement pas des déceptions puisque je suis contente de les avoir vu pour ma propre curiosité.

Enfin, je suis contente d’avoir pris le temps de chroniquer pratiquement tous les films. Avant, en dehors des films sortant au cinéma dans l’année, j’avais du mal à chroniquer les films que je voyais chez moi. Soit parce que je ne me sentais pas à la hauteur soit parce que je ne savais pas quoi choisir entre tel ou tel film ! Là, je sens que ça a crée une sorte de fil conducteur sur le blog et un peu de cohérence ne fait pas de mal ! Surtout, j’ai l’impression que je me dépasse lorsque je rencontre des difficultés à chroniquer un film.

Sur ce, je vous laisse et je vous dis à très bientôt sur le blog, notamment avec mon fameux bilan des films de 2016 !!

Perfect Sense

réalisé par David MacKenzie

avec Ewan McGregor, Eva Green, Ewen Bremner, Connie Nielsen, Stephen Dillane, Anamaria Marinca…

Drame, romance, science-fiction britannique, irlandais, suédois, danois. 1h32. 2011.

sortie française : 28 mai 2012

Movie Challenge 2016 : Un film se déroulant dans le futur

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Au milieu d’un monde frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens, un cuisinier et une brillante chercheuse tombent amoureux…

Perfect Sense : Photo Eva Green

David MacKenzie, réalisateur de Les Poings contre les murs (Starred Up) ou plus récemment de Comancheria (Hell Or High Water), a réuni Ewan McGregor et Eva Green pour un nouveau film autour de la fin du monde et de la contagion (sur le papier). Ce sont décidément des sujets qui touchent beaucoup de réalisateurs depuis maintenant quelques années. Dans Perfect Sense, le mal en question est la perte de tous les sens au fil du temps. Cela dit, il ne s’agit pas à proprement parler d’un film de science-fiction. Disons que la science-fiction n’est qu’un prétexte pour évoquer d’autres sujets. Dans un premier temps, ce qui nous frappe le plus est la romance entre Michael et Susan. Comment s’aimer alors que le monde autour de nous est en train de s’effondrer ? Surtout, malgré le désastre présenté, le message est assez positif : l’homme peut toujours se relever face aux pires atrocités et devenir solidaire. J’aurais pu aimer sur le papier ce Perfect Sense qui a envie de proposer autre chose sur l’apocalypse. Le film semble d’ailleurs avoir son lot de fans. Pour ma part, j’ai vraiment eu du mal à aimer ce film qui m’a paru très long alors qu’il ne dépasse pas les 1h30. Le film a beau regorgé de bonnes idées, le résultat m’a paru très décevant. Sous prétexte qu’il ne s’agit pas concrètement d’un film de science-fiction (en tout cas la science-fiction doit rester secondaire si on comprend bien le projet de base), le scénario semble trop incomplet. On ne demandait évidemment pas de tout connaître en détails, d’avoir des descriptions à la Philip K. Dick (évidemment que notre part d’imagination doit avoir sa place !). Le scénario m’a juste semblé incroyablement vide et du coup pas du tout crédible. Peut-être que je cherche la petite bête, le film ne m’ayant pas suffisamment emportée pour que je puisse oublier quelques détails. J’ai du mal à comprendre comment les hommes deviennent avant tout agressifs puis perdent un de leurs sens. Pour ne rien arranger, la mise en scène de David MacKenzie, avec tous les effets techniques qui vont avec, est hyper prétentieuse. La réalisation, la photographie, le cadrage etc… l’ensemble de ce côté est plus que satisfaisant, il y a des gens qui savent bosser. Je ne vais pas remettre en question leur savoir-faire. En revanche, c’est la manière dont ce travail est mis en avant. David MacKenzie se prend vaguement pour Terrence Malick ou veut quelque chose dans cette même veine, du genre « expérimental ». Sur le papier, il fallait évidemment livrer un réel travail avec les images pour pouvoir retranscrire tous les sens.

Perfect Sense : Photo David MacKenzie, Ewan McGregor

Le défi était alors de taille mais selon moi il n’a pas du tout été relevé ! J’ai plus envie de dire qu’il s’agit plus d’un étalage de connaissances techniques (du genre je m’amuse à faire de la shaky cam sur un vélo) qu’un réel moyen de créer une quelconque vraie émotion, de la poésie ou autre chose d’ailleurs. Certaines scènes m’ont paru vraiment ridicules (du genre la crise où les personnages bouffent un bouquet de fleurs…), limite m’ont fait rire alors que j’aurais dû ressentir du désespoir par exemple. Pour ne rien arranger, on nous colle la voix-off hyper lourdingue par Eva Green (le tout accompagné par une musique du compositeur allemand Max Richter, certes jolie mais qui nous saoule et nous insupporte à forcer d’être répétée et répétée !). La voix de l’actrice en elle-même n’est pas dérangeante ni désagréable (elle a au moins son charme), c’est juste encore une fois la manière dont ce procédé est mis en avant. Le résultat se veut poétique par cette superposition d’images esthétisées (même si en choisissant de filmer un Glasgow assez gris et froid, cet aspect en question n’est pas toujours bien valorisé) et de voix déballant des phrases pseudo poétiques-philosophiques-intelligentes. Pour ma part, si cela a peut-être provoqué des émotions à des spectateurs, chez moi, cela m’a plus exaspérée qu’autre chose : en clair, ça vole aussi qu’une vidéo (et maintenant un bouquin) d’EnjoyPhoenix. La dénonciation de notre monde capitaliste ou encore la manière de voir un peu de beauté et certainement de bonté chez l’homme m’ont semblé si mal menées (surtout qu’on a quand même du mal à voir un élan de positivité si on se retrouvait réellement sans aucun de nos sens…). Cela dit, je retiens tout de même quelques éléments positifs même si le film m’a fortement déplu. La toute dernière partie consacrée aux dernières pertes de sens (l’ouïe et la vue) m’ont semblé mieux exploitée, avec cette fois-ci une réelle prise de risque artistique : il se passe enfin quelque chose qui ne se contente pas d’être superficiel, ça provoque enfin un peu d’émotion. Hélas, ce point arrive vraiment trop tard dans ce film qui m’a énormément ennuyée. J’aurais tellement aimé voir tout le film aller dans ce sens au lieu de faire du surplace avec de la poudre aux yeux et de ne rien exploiter des éléments pourtant exploitables. Enfin, l’autre point positif concerne les interprétations. Eva Green et Ewan McGregor, tous les deux très impliqués et convaincants, forment un très joli couple assez complice, on ressent une sorte d’alchimie entre eux.

Perfect Sense : Photo Eva Green, Ewan McGregor

Truman Capote

réalisé par Bennett Miller

avec Philip Seymour Hoffman, Catherine Keener, Clifton Collins Jr., Chris Cooper, Bruce Greenwood, Mark Pellegrino, Amy Ryan, Bob Balaban…

titre original : Capote

Drame, biopic américain. 1h50. 2005.

sortie française : 8 mars 2006

Movie Challenge 2016 : Un film que ma mère adore

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En novembre 1959, Truman Capote, auteur de Breakfast at Tiffany’s et personnalité très en vue, apprend dans le New York Times le meurtre de quatre membres d’une famille de fermiers du Kansas. Ce genre de fait divers n’est pas rare, mais celui-ci l’intrigue. En précurseur, il pense qu’une histoire vraie peut être aussi passionnante qu’une fiction si elle est bien racontée. Il voit là l’occasion de vérifier sa théorie et persuade le magazine The New Yorker de l’envoyer au Kansas. Il part avec une amie d’enfance, Harper Lee.
A son arrivée, son apparence et ses manières provoquent d’abord l’hostilité de ces gens modestes qui se considèrent encore comme une part du Vieil Ouest, mais il gagne rapidement leur confiance, et notamment celle d’Alvin Dewey, l’agent du Bureau d’Investigation qui dirige l’enquête…

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Truman Capote, que j’avais découvert au cinéma à sa sortie avec ma mère (il fallait bien que je cale ça quelque part pour justifier le Movie Challenge), est un film important à mes yeux. Je ne prétends pas avoir lu tous les ouvrages de Truman Capote (même si j’en ai lu pas mal) mais il s’agit d’un auteur qui m’a vraiment aidée à aimer la littérature (à une période où je n’étais pas amie avec cet art). De Sang-Froid : récit véridique d’un meurtre multiple et de ses conséquences (qui avait connu une adaptation en 1967 par Richard Brooks) fait d’ailleurs partie de mes romans préférés. Contrairement à ce que pourrait indiquer son titre, Truman Capote n’est pas réellement un biopic (comme on aime bien à Hollywood, presque devenu un genre de la facilité, tout le contraire de ce que propose Bennett Miller). Il ne reprend que la partie de la vie de l’auteur américain durant l’écriture de ce qui est considéré par ses fans et les littéraires comme son chef-d’oeuvre. Capote est un personnage assez complexe, pas nécessairement sympathique au premier abord. Il s’est habitué à vivre dans la mondanité (toujours accompagné d’un petit verre), à se donner en spectacle avec des phrases toujours bien tournées et avait un problème d’ego. Le fait divers autour du meurtre de quatre membres d’une famille l’intrigue évidemment intellectuellement, il sent aussi qu’il y a un potentiel littéraire derrière (et a par ailleurs contribué au mouvement du roman-vérité). Mais cette histoire contribue aussi à son ego dans le sens où il sait qu’il peut « révolutionner » à sa façon la littérature. Sa relation avec l’un des meurtriers, Perry Smith, est intéressante dans l’évolution et la perception de Truman Capote en tant que personnage (Perry Smith est aussi concerné même s’il s’agit d’un second rôle) : Capote se sert de sa relation avec Perry avant tout pour nourrir son roman, pour devenir le grand auteur qu’il a toujours voulu être et non par « amitié » comme il le prétend (même si l’attachement avec Perry est bien réel et le conduit aussi à sa dépression et à un alcoolisme encore plus poussé qu’auparavant). L’humanité que Capote prétend voir en Perry Smith est en réalité de la monstruosité. Perry Smith se sert probablement de Capote pour éviter la peine de mort et non réellement pour éviter une quelconque solitude (même si là encore il est possible aussi de son point de vue qu’il se soit attaché à l’écriain). La question qu’on peut aussi se poser est la suivante : Capote n’est-il pas aussi une forme de monstre à sa façon en exploitant en quelque sorte la réalité pour créer en quelque sorte son propre monstre textuel ?

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Bref, les personnages ne peuvent pas alors être limités à leurs défauts, à leurs manipulations ou leurs sentiments de faiblesse, il s’agit d’un tout, d’une réelle complexité pas toujours évidente à retranscrire (donnant aussi plusieurs ressentis sur les réactions et agissements des personnages). Truman Capote parvient alors à traiter plusieurs thèmes sans partir dans tous les sens (au contraire en restant cohérent dans les liens noués entre les différents thèmes abordés) : le processus d’écriture (la fiction est-elle toujours influencée par la réalité ?), le passé en tant que construction de l’identité (est-ce que notre passé peut-il excuser certains de ses actes ?), la rencontre entre deux êtres (à quel point peut-elle nous marquer ?) ou encore plus généralement une réflexion autour de la peine de mort. Truman Capote n’a donc rien du biopic lambda, il dépasse largement cette question du genre. Il s’agit alors d’un beau drame sur l’humain et l’artiste, sorte de dualité sans tomber dans la caricature de ce côté-là. On peut aussi y voir une réflexion intéressante sur la relation entre la fiction et la non-fiction (à l’image de De Sang-Froid). Le film est lent, pas très rythmé (je préfère prévenir) mais honnêtement je ne me suis pas ennuyée (et pourtant vous savez à quel point je suis pénible et exigeante sur ce point) car l’intrigue reste bien présente. Le scénario écrit par Dan Futterman (acteur qu’on a pu voir dans The Birdcage de Mike Nichols ou encore Un coeur invaincu / A Mighty Heart de Michael Winterbottom) est particulièrement bien écrit. Par sa mise en scène précise, froide mais paradoxalement envoûtante à la fois, Bennett Miller signe un film intense et captivant. La photographie et la lumière contribuent également à cette ambiance si particulière (on peut même dire malsaine) qui fait ressortir une grande violence chez l’homme. Philip Seymour Hoffman, qui nous manque terriblement, est formidable dans le rôle de Truman Capote,certainement le rôle de sa vie. Il n’imite pas seulement bien l’auteur (il n’y a qu’à voir des vidéos pour constater l’important travail d’appropriation d’identité), il parvient aussi à lui donner une véritable personnalité, à le rendre complexe et humain. Catherine Keener a un rôle plus secondaire mais je l’ai également trouvée très convaincante dans le rôle de la formidable auteure de Ne tuez pas l’oiseau moqueur (To Kill the Mockingbird), Harper Lee. Enfin, l’acteur américano-mexicain Clifton Collins Jr. (qui aurait mérité pour moi plus une nomination aux Oscars que Keener) est saisissant dans le rôle de Perry Smith et trouve l’un de ses meilleurs rôles de sa carrière.

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Les Enfants du Paradis / Les Hauts de Hurlevent (1939)

Les Enfants du Paradis

réalisé par Marcel Carné

avec Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Maria Casares…

Drame, romance français. 3h. 1945.

sortie française : 15 mars 1945

Movie Challenge 2016 : Un film français

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Paris, 1828. Sur le boulevard du Crime, au milieu de la foule, des acteurs et des bateleurs, le mime Baptiste Deburau, par son témoignage muet, sauve Garance d’une erreur judiciaire. C’est ici que commencent les amours contrariées de Garance, femme libre et audacieuse, et de Baptiste qu’elle intimide et qui n’ose lui déclarer sa flamme. Mais aussi ceux de Nathalie, la fille du directeur du théâtre, qui aime Baptiste, et Frédérick Lemaître, un jeune acteur prometteur, qui entame une liaison avec Garance, tandis que cette dernière aime aussi Baptiste en secret.

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Les Enfants du Paradis, considéré par un grand nombre de cinéphiles et de critiques comme un des chefs-d’oeuvre indispensables à regarder, est une des rares grandes productions françaises qui a pu être tournée durant la Seconde Guerre Mondiale, pendant l’occupation allemande. Il dure également trois heures étant donné qu’il est découpé en deux actes : « Le Boulevard du Crime » et « L’Homme Blanc ». Ainsi, six années séparent ces deux axes de narration. Ce film a été scénarisé par Jacques Prévert qui s’est basé sur des personnages ayant réellement existé (le mime Baptiste Deburau, Frédérick Lemaître, Lacenaire…) même s’il y a aussi des personnages totalement inventés pour l’oeuvre. La patte du poète se ressent par la qualité des dialogues (chaque mot a son importance et a une musicalité, notamment aidée par la voix identifiable des interprètes) et le déroulement même du scénario (nommé à l’Oscar du meilleur scénario original) : l’histoire est a priori simple (au début, on se demande même pourquoi elle s’étale sur une certaine durée) et pourtant la complexité et l’humanité des personnages sont bien présentes. Après, pour être totalement honnête (c’est pour cela que je n’arrive pas à adorer ce film, même si j’ai tout de même beaucoup aimé et qu’il faut évidemment le voir pour sa culture), j’ai senti une sorte de « déséquilibre » entre la première et seconde partie : la première m’a plus emportée que la seconde. Quitte à passer pour une chieuse, je l’admets : j’ai senti quelques longueurs. La mise en scène est maîtrisée, les mouvements de caméra virtuoses, les décors et costumes époustouflants de beauté, la photographie splendide ou encore la musique sublime : tous ces ingrédients mis ensemble permettent aux spectateurs d’être en immersion dans le monde du spectacle. La vie et les sentiments des personnages sont mouvementés d’où certainement l’un des parallèles avec le spectacle (même s’il n’y a certainement pas que ce parallèle en question). Par ailleurs, le film a beau mettre en scène du théâtre parlé et le mime (un mélange efficace), il reprend logiquement certains de ses codes, il reste avant tout cinématographique et évite par conséquent les éventuels pièges tendus. Enfin, Les Enfants du Paradis, film à la fois poétique et émouvant sur une histoire d’amour impossible, est porté par une très bonne distribution même si (on ne me tape pas) j’ai eu un peu de mal avec l’interprétation d’Arletty (après je ne dis pas qu’elle joue comme une patate, loin de là !), qui a pourtant une voix et un accent mythiques, qui contribuent certainement à la magie du film

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Les Hauts de Hurlevent

réalisé par William Wyler

avec Merle Oberon, Laurence Olivier, David Niven…

titre original : Wuthering Heights

Drame américain. 1h43. 1939.

sortie française : 3 mai 1939

Movie Challenge 2016 : Un film en noir et blanc

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Mr. Earnshaw a deux enfants : le fils aîné, Hindley, et une fille, Catherine. Un jour, il ramène d’un voyage un enfant abandonné de six ans, Heathcliff, dont l’origine est inconnue, et qu’il traite comme son second fils. Hindley entre rapidement en conflit avec Heathcliff et, lorsqu’à la mort de ses parents il devient le maître de la maison, il traite Heathcliff comme un vulgaire domestique.

Catherine devient ravissante ; elle est courtisée par un riche héritier, qu’elle épousera au grand dam d’Heathcliff, qui a toujours été amoureux d’elle. Pourtant, Catherine aussi l’aime passionnément depuis toujours… (résumé : Wikipédia)

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William Wyler est le premier réalisateur à avoir adapté, en version parlante, l’unique roman d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent, un sommet de la littérature britannique. Nommé huit fois aux Oscars (dont dans les catégories « meilleur film » et « meilleur réalisateur »), il remporte celui de la meilleure photographie noir et blanc. Ce long-métrage marque aussi le premier rôle de Laurence Olivier (nommé ici pour la première fois de sa carrière aux Oscars) au cinéma. Je n’ai pas lu le roman d’origine ni vu d’autres adaptations cinématographiques. Les puristes semblent contester cette version, lui reprochant d’être trop édulcorée et d’avoir trop coupé beaucoup de passages (la version de Wyler ne traite que 16 chapitres sur 34, donc délaisse la seconde génération des personnages). Je ne peux pas comparer avec ce que je ne connais pas mais en tout cas cette version m’a donné envie de lire (enfin) le roman de Brontë. Je ne crierai pas au chef-d’oeuvre (et j’avoue ne pas savoir concrètement si ce film est classé dans les chefs-d’oeuvre). Le film est un peu court (il ne dure « que » 1h40) par rapport à son ambition de grand film tragique et romantique. Même quand on n’a pas lu le bouquin, on sent qu’il manque des éléments narratifs. Vous allez me dire que je chipote vu que j’ai plutôt tendance à reprocher à des films d’être trop longs ! En tout cas, j’ai senti que c’était un bon film mais j’en attendais un chouïa plus. Plus long, je suis certaine qu’il aurait gagné en puissance (même s’il en a déjà). Le film m’a en tout cas beaucoup plu. De base, même si je n’ai pas tout vu (loin de là), j’aime bien en général le Hollywood classique des années 1930 (les films avaient tellement de charme !) et ici je n’ai pas été déçue. Le long-métrage enchaîne les qualités : la mise en scène est maîtrisée et élégante, l’histoire (racontée sous forme de flashbacks) est très captivante, les personnages forts en richesse, les décors absolument fantastiques, la photographie splendide, les costumes magnifiques et la musique (on a sorti pour l’occasion les violons) correspond aux émotions véhiculées. On retrouve bien une atmosphère gothique et les thèmes abordés (notamment le racisme, les conventions et différences sociales ou encore la fraternité) sont également bien traités. Enfin, Les Hauts de Hurlevent est un film poignant bénéficiant d’un beau casting. Merle Oberon (j’avoue tout : je la découvre dans ce film) et Laurence Olivier forment un couple évident de complicité et de passion (même si, en toute honnêteté, l’interprétation d’Olivier prend parfois le dessus) et David Niven complète également bien le casting.

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Mondwest

réalisé par Michael Crichton

avec Yul Brynner, Richard Benjamin, James Brolin…

titre original : Mondwest

Film de science-fiction, western, thriller américain. 1h28. 1973.

sortie française : 27 février 1974

Movie Challenge 2016 : Un film dont le héros n’est pas humain

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Un parc d’attractions peuplé de robots propose aux visiteurs de se replonger dans plusieurs époques. Lancés dans l’ouest sauvage, deux amis se retrouvent plongés en plein cauchemar quand l’un des androïdes se détraque et les prend en chasse…

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Depuis quelques semaines, la chaîne américaine HBO (en France c’est sur OCS) diffuse la première saison de Westworld, créée par Jonathan Nolan et Lisa Joy (et en partie produite par J.J. Abrams). En attendant de regarder tous les épisodes (et de vous confier mon avis), j’ai voulu découvrir le film qui est à l’origine de la série-événement. Le célèbre écrivain Michael Crichton a aussi été réalisateur. Westworld (en français Mondwest) est son premier long-métrage. dans le futur, Westworld est un parc d’attraction qui permet à de riches visiteurs de passer du temps dans une reconstitution quasi parfaite du Far West. Ils peuvent vivre des aventures à cheval dans le désert mais aussi (et j’ai presque envie de dire « surtout ») coucher avec toutes les prostituées du saloon, se battre voire même tuer des shérifs et cowboys (sans que les visiteurs puissent risquer leur vie). Les personnages de ce parc sont en fait des robots qui ressemblent à des humains et qui ont été crées pour suivre plusieurs types de scénario. Westworld n’est pas l’unique parc de cette gigantesque et incroyable entreprise. Les visiteurs peuvent aussi vivre une expérience époustouflante au Moyen-Age ou durant la Rome Antique (même si on voit peu de scènes autour de ces époques, surtout pour Rome, où on imagine une débauche pornographique censurable). On a évidemment envie de comparer le long-métrage et la série mais les approches sont différentes. Certes, les deux oeuvres ont su mêler intelligemment deux genres qu’on n’associerait pas nécessairement ensemble : le western et la science-fiction (et pour le film de Crichton, même si on voit peu les autres univers, il y a l’ambition d’ajouter le péplum et le film médiéval). Mais la comparaison s’arrête là. La série existe pour développer les personnages, leurs sentiments, leur complexité. Elle veut explorer beaucoup de possibilités en prenant son temps. Je ne prétends pas être une spécialiste de science-fiction mais dans sa réflexion mise en place, elle me fait penser à des oeuvres de Philip K. Dick par exemple. Il y a quelque chose de plus froid, de plus démesuré aussi. La réflexion est évidemment présente dans le film de Crichton mais elle est présentée différemment dans le sens où Mondwest se veut plus direct en terme d’action et d’intrigue. Le film est court (1h30), l’intrigue présentée au dès les cinq premières minutes et va à l’essentiel. Après avoir savouré les joies du parc, deux humains jouant aux cowboys sont poursuivis par un robot-cowboy. Bref, on est dans une sorte de mélange, avant l’heure, de Jurassic Park (le roman d’origine était écrit par Crichton) et Terminator.

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Mondwest est bien rythmé, assez divertissant et prenant et reprend bien les différents codes de chaque genre. Si le film mise davantage sur l’action et donc les conséquences de ce système mis en place, il n’oublie pas sa réflexion autour de notre société (même si cette critique sera davantage – et logiquement – étirée dans la série). Ainsi, est évoquée dans un premier temps la révolte des robots (thème important dans l’univers de la science-fiction) qui développent une pensée. Cela servira de point de départ mais le film ne développe pas cette réflexion dans le sens où on ne s’attache pas aux robots, on ne connait pas leur réelle identité profonde (on n’est pas dans du Asimov par exemple). Dans le film, il s’agit plus d’un fait qui apparaît durant le film en tant qu’élément déclencheur de l’intrigue. Cela dit, ce n’est pas dérangeant car encore une fois, la science-fiction reste bien présente même si le film donne l’impression, par sa brièveté, de trancher entre les genres abordés. Ainsi, la révolte des robots n’est peut-être pas ce qui a été le plus approfondie, en revanche, pour compenser (et peut-être même compléter) cette absence, d’autres thèmes autant importants prennent davantage de place. L’homme se sert de ce parc pas seulement pour s’amuser mais pour assouvir ses vices et pulsions de vie et de mort. Comment ne pas y voir une critique du tourisme sexuel ? En tout cas, au-delà d’avoir regardé un film divertissant et intelligent dans la manière d’aborder ses thèmes, la mise en scène est plutôt bonne et inspirée, ce qui est étonnant de la part d’un écrivain (hélas, même si cela me semble logique, beaucoup d’auteurs ne sont pas de bons réalisateurs). Dans l’ensemble, le film est également satisfaisant d’un point de vue esthétique même s’il a vieilli de ce côté-là (heureusement ce n’est pas le cas côté réflexion). Après il faut aussi se remettre dans le contexte de l’époque : j’imagine que les effets spéciaux devaient en jeter dans les années 1970, notamment avec cette séquence pixelisée à partir du point de vue du robot. Richard Benjamin livre une interprétation correcte mais est un peu fade (après son rôle est celui d’un homme banal, il n’est pas très développé non plus), James Brolin s’en sort un peu mieux (il a un peu plus de charisme). Yul Brynner (dont le personnage fait référence à celui qu’il incarnait dans Les Sept Mercenaires de John Sturgess) est en revanche vraiment impeccable, on a vraiment l’impression de voir un robot avec une apparence humaine, c’est même assez déstabilisant !

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I’m Not There

réalisé par Todd Haynes

avec Christian Bale, Cate Blanchett, Marcus Carl Franklin, Richard Gere, Heath Ledger, Ben Whishaw, Charlotte Gainsbourg, David Cross, Bruce Greenwood, Julianne Moore, Michelle Williams, Kim Gordon…

Biopic musical, comédie dramatique américaine. 2h15. 2007.

Movie Challenge 2016 : Un film commencé que je n’ai jamais terminé

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Un voyage à travers les âges de la vie de Bob Dylan. Six acteurs incarnent Dylan tel un kaléïdoscope de personnages changeants : poète, prophète, hors-la-loi, imposteur, comédien, martyr et « Born Again ». Ils participent tous à l’esquisse d’un portrait de cette icône américaine définitivement insaisissable.

I'm Not There : Photo Cate Blanchett

Je ne prétends pas écouter du Bob Dylan tous les jours mais j’admire l’artiste. Malgré mon jeune âge, cela fait déjà quelques années que j’avais envie de le voir remporter le prix Nobel de littérature (après avoir déjà à son actif un Pulitzer). L’annonce de sa récompense m’a donnée envie de revoir I’m Not There, plus ou moins un biopic sur les différentes facettes de l’artiste. Je l’avais vu il y a quelques années à sa sortie en salles dans de mauvaises conditions. J’étais évidemment plus jeune – je manquais peut-être un chouïa de maturité pour apprécier réellement ce film. Pour la petite anecdote, je suis allée le voir alors que j’étais malade (oui, oui, j’ai toujours eu de bonnes idées), avec un mal de tête qui donnait envie de se cogner le crâne contre un mur. Pour couronner le tout, alors que j’étais en train d’agoniser dans la salle, j’ai eu une envie folle d’uriner. Sur le point de faire exploser ma vessie et épuisée, j’avais quitté la salle avant de voir la fin. Tous ces événements (avec notamment le Movie Challenge) m’ont donné envie de revoir correctement ce film. Surtout que j’avais toujours eu les boules de ne pas avoir vu ce film dans de bonnes conditions étant donné que j’apprécie habituellement le travail de Todd Haynes, réalisateur de Velvet Goldmine (film qui montrait déjà son intérêt pour les grandes figures de la musique), Loin du Paradis, ou encore plus récemment Carol. I’m Not There est à l’image de la personnalité de Bob Dylan : un film à part. Nous ne sommes pas dans un biopic traditionnel. Il n’y a pas un seul Bob Dylan mais six (même si on pourra se dire qu’il s’agit de la même personne) : Woody (référence à Woody Guthrie, qui a inspiré Dylan qui a raconté quelques mensonges sur son enfance au début de sa carrière), Arthur (en référence à Rimbaud – il est ici une sorte de narrateur dont les propos seraient inspirés d’interviews de Dylan), Robbie Clark (une référence à la vie privée de Dylan et de son mariage raté avec Sara Lownds), Jack Rollins qui devient le pasteur John (c’est ici le Dylan folk des années 60 qui s’est converti au christianisme à la fin des années 1970), Jude Quinn (le Bob Dylan rejeté, on l’accusait de faire de la musique commerciale et d’abandonner les protest songs), c’est aussi la face de l’artiste controversé et androgyne) et enfin Billy the Kid (évidemment on pense à Pat Garrett et Billy le Kid de Sam Peckinpah dans lequel a joué Dylan – mais c’est aussi ici un Dylan vieillissant). Il y a évidemment d’autres éléments tout le long du film sur la vie de Dylan (notamment sur son accident de moto) mais rien que la présence de ses six personnages est un bon moyen de saisir les moments clés de sa vie.

I'm Not There : Photo Christian Bale

Le revoir a été pour moi bénéfique et je suis désormais certaine qu’il fait partie de ces films à regarder à plusieurs reprises pour pouvoir mieux l’intégrer, l’analyser et aussi l’apprécier. Certes, je n’adore pas non plus I’m Not There, certains points me chiffonnent encore. Mais maintenant, je dirais qu’il s’agit tout de même d’un bon film, très dense, intense et complexe, qui a le mérite de rendre hommage à Bob Dylan dans le sens où un biopic traditionnel n’aurait pas du tout convenu à la personnalité du bonhomme en question. Le long-métrage a le mérite de vouloir proposer autre chose par rapport à tout ce qu’on connait de la forme du biopic. Ca prend parfois le risque de créer un effet bordélique (en mêlant différents personnages et donc histoires / époques, et en combinant également les séquences en couleur et en noir et blanc pour ne citer que ces exemples-là) et c’était mon impression durant mon premier visionnage. Heureusement j’ai moins ressenti ce problème et j’ai pris davantage en compte la difficulté de l’exercice. Les différents passages et transitions entre les différentes facettes de Dylan m’ont ainsi semblé plus fluides que dans mes souvenirs. Le long-métrage dure plus deux bonnes heures et l’ayant vu enfin dans de bonnes conditions, dans l’ensemble, grâce à un montage bien exécuté, il passe plutôt vite même s’il y a quelques coups de mou vers la seconde partie. La mise en scène ainsi que la photographie sont également remarquables. Après, selon moi, si on ne connait pas la carrière et la vie de Dylan, cela peut être un handicap. Cela l’a été pour moi la première fois que je l’ai vu. Je ne dis pas que ça sera le cas pour tout le monde (dans ce cas en question), l’expérience pourra certainement être intéressante pour des non-connaisseurs, le ressenti sera forcément intéressant. Mais pour moi, même si je trouve le film bon, il y a tout de même cette barrière qui m’empêche de l’adorer. En effet, les différentes interprétations sont complémentaires. Cela dit, il faut admettre que Cate Blanchett, qui avait remporté la Coupe Volpi à la Mostra de Venise (le film avait d’ailleurs remporté le prix spécial du jury à ce festival – ex-aequo avec La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche) et avait été nommée aux Oscars (dans la catégorie « meilleure actrice dans un second rôle), est totalement bluffante et pas uniquement à cause de la transformation physique (également impressionnante au passage). Elle trouve selon moi un de ses rôles les plus intéressants et livre une de ses meilleures performances de sa carrière.

I'm Not There : Photo Heath Ledger

Les Indestructibles

réalisé par Brad Bird

avec les voix originales de Craig T. Nelson, Holly Hunter, Samuel L. Jackson, Jason Lee, Elizabeth Pena…

avec les voix françaises de Marc Alfos, Deborah Perret, Lorie, Amanda Lear, Bruno Salomone, Patrick Poivre d’Arvor…

titre original : The Incredibles

Film d’animation, action, comédie familiale américaine. 2h. 2004.

sortie française : 24 novembre 2004

Movie Challenge 2016 : Un film d’animation

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Bob Paar était jadis l’un des plus grands super-héros de la planète. Tout le monde connaissait « Mr. Indestructible », le héros qui, chaque jour, sauvait des centaines de vies et combattait le mal. Mais aujourd’hui, Mr. Indestructible est un petit expert en assurances qui n’affronte plus que l’ennui et un tour de taille en constante augmentation.
Contraint de raccrocher son super costume quinze ans plus tôt à la suite d’une série de
lois ineptes, Bob et sa femme, Hélène, ex-Elastigirl, sont rentrés dans le rang et s’efforcent de mener une vie normale avec leurs trois enfants.
Rongeant son frein, rêvant de repasser à l’action, Bob bondit sur l’occasion lorsqu’une mystérieuse convocation l’appelle sur une île lointaine pour une mission top-secret. Il va découvrir que derrière cette alléchante proposition, se cache un génie malfaisant avide de
vengeance et de destruction.

Les Indestructibles : Photo

J’ai beau aimé les films de Pixar (en général), Les Indestructibles était l’un des seuls films des studios que je n’avais pas encore vu pour différentes raisons. La première était son sujet qui ne m’attirait pas plus que ça. Encore une fois, je n’ai rien contre les super-héros mais je n’irai pas à regarder un film parce qu’il y a des super-héros. Entre-temps, j’ai enfin découvert l’univers de Brad Bird avec Tomorrowland  (A la poursuite de demain) et si vous avez un peu suivi, ça ne m’a pas vraiment enchantée. Mais histoire d’être moins inculte, je me suis enfin décidée à le regarder. Je ne dirais pas que j’ai été déçue vu que le résultat ne m’a pas réellement surprise, comme si je m’attendais plus ou moins à ça depuis longtemps. Mais il est certain que ce film ne va pas me réconcilier avec Brad Bird. Certes, je ne dis pas que c’est mauvais. On peut être déçus par des films Pixar pour les raisons qui nous appartiennent mais on ne peut pas les accuser de faire du mauvais travail, il y a forcément à chaque fois des qualités évidentes à ne pas négliger. Même si ce n’est pas mon coup de coeur en terme d’animation (peut-être qu’il faudrait que je me remette dans le contexte de l’époque ?), je trouve évidemment ce travail en question indéniablement réussi. J’ai également vu le film en VF donc je ne pourrais juger que sur ce que j’ai vu. J’ai trouvé le doublage français plutôt bon (même si la présence de la chanteuse has-been Lorie / Laure Pester n’est pas ce qui me réjouit le plus). Enfin, alors que j’avais rejeté son travail dans Tomorrowland (mais aussi dans Jupiter Ascending des désormais soeurs Wachowski – je crois qu’ici vous étiez en train de vous dire que j’avais une dent contre lui alors que ce n’est pas le cas), la musique de Michael Giacchino (un habitué des films de Pixar : Ratatouille, Là-Haut, Cars 2, Vice-Versa…) est excellente. Je ne dis pas que je l’écouterais en boucle sur mon Spotify comme cela m’arrive quand j’ai des coups de coeur avec certaines bandes-originales. D’ailleurs, je n’irai pas à parler de coup de coeur ici mais je dirais pourtant que cette musique en question est essentielle au déroulement même de l’histoire. La musique a souvent un rôle important dans les films mais là c’est encore plus vrai. Je le dis en toute honnêteté : pour moi, sans ce travail de composition musicale, j’aurais eu un avis sur ce film encore plus négatif.

Les Indestructibles : Photo

Cela dit, j’avoue donc ne pas comprendre le succès de ce film et je ne pense pas que je me précipiterai pour aller voir sa suite qui devrait sortir en 2018. Pour moi, Pixar représente grosso modo le compromis entre une animation de qualité, le bon divertissement et une réelle réflexion. Bref, on retrouve souvent une double-lecture dans les films de ce studio. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas ici. C’est possible qu’il y en ait une. Je ne sais pas depuis quand le film a été préparé mais vu sa sortie en 2004, on peut y voir des liens avec tout ce qui est lié au 11 septembre 2001. Peut-être que c’est moi qui en voit trop ou qui envie d’en voir trop. Après il est certain que le film parle de tous types de héros, ceux qui doivent sauver le monde (notamment les politiciens, les leaders mais plus généralement les postes à responsabilité), ceux qui sont parents et surtout ceux qui doivent gérer ces deux responsabilités au point de devoir vivre une double vie. Cela dit, je reste tout de même sceptique. Je ne nie donc pas le travail de réflexion mise en place par le réalisateur et par les scénaristes, cela ne m’a pas paru vide mais je dirais que ça ne m’a pas semblé valorisé. J’ai l’impression que l’équipe Pixar a avant tout voulu mettre en avant tout ce qui touche au divertissement : une famille sympathique, de l’action, un méchant fou, de l’hommage (sur un ton parfois parodique) aux films de super-héros voire même aux films d’espionnage et on peut continuer la liste encore longtemps. Peut-être que mon problème justement avec ce film c’est qu’au fond je n’ai pas été satisfaite d’un point de vue divertissement et que je n’arrive même pas à me raccrocher totalement au « fond » du film vu que je ne trouve pas que ce soit hyper poussé non plus (j’ai vraiment connu Pixar plus inspiré de ce côté-là). Certes, Les Indestructibles se laisse regarder. Mais je ne suis pas éclatée, loin de là. J’ai trouvé l’histoire assez longue à se mettre en place (et le film est d’ailleurs pour moi trop long tout simplement), les gags pas très drôles, la parodie ne m’a pas plus convaincue que ça, les personnages (en dehors d’Edna Mode, sorte de sosie de Chantal Thomass, même si les créateurs de Pixar se sont inspirés de la costumière Edith Head) sympathiques (en dehors du méchant car c’est un méchant justement) mais finalement très caricaturaux (et ne parviennent pas pour moi à dépasser la caricature – ce critère n’étant pas toujours quelque chose de négatif). Finalement j’ai trouvé ce film assez banal par rapport à tout ce que j’ai pu entendre. Le film a beau essayé de se montrer ambitieux, d’être certainement plus profond qu’il en a l’air, pour moi on assiste encore à une éternelle opposition (que j’ai vu sans réel plaisir – avec du plaisir, mon avis aurait sûrement été différent) entre des gentils et des méchants qui se battent.

Les Indestructibles : Photo

Harvie Krumpet

réalisé par Adam Elliot

avec les voix de Geoffrey Rush, John Flaus, Julie Forsyth et Kamahl

Film d’animation, comédie dramatique australien. 24 mn. 2003.

Movie Challenge 2016 : un court-métrage

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Le récit de la vie triste et étrange de Harvie Krumpet, qui décide de quitter son existence misérable en Europe et de tenter sa chance à travers le monde.

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 Adam Elliot est peut-être un nom qui ne vous est totalement inconnu. Il a remporté un certain succès en 2009 avec l’excellent film d’animation Mary & Max. Avant ce long-métrage, il était passé par la case « court-métrage » notamment avec Harvie Krumpet qui avait remporté l’Oscar du meilleur court-métrage. Comme pour Mary & Max (et les autres films par Elliot), ce film a été crée à partir de pâte à modeler. Ce genre de technique m’épate toujours autant et le résultat est effectivement à la hauteur. Esthétiquement, le travail est donc indiscutable. Il n’y a d’ailleurs pas que l’animation autour de la pâte à modeler qui est remarquable. Le travail autour des couleurs et de la luminosité n’est pas à négliger, que ce soit esthétiquement ou autour de ses différentes significations au fil de l’histoire. Je trouve aussi le choix d’établir son animation avec de la pâte à modeler cohérent par rapport aux personnages et à l’ambiance même du film : ça rend étrangement les personnages humains et paradoxalement en même temps à part, uniques. Pour moi, surtout avec le travail de photographie, ça fait ressortir chez les personnages à la fois de la poésie et une forme de mélancolie. On remarque un autre type de cohérence dans la filmographie d’Adam Elliot : comme dans Mary & Max, Adam Elliot met en scène un personnage malade (en l’occurrence ici le Harvie Krumpet) souffrant d’une maladie neurologie, le syndrome de Gilles de la Tourrette. Pour couronner le tout, frappé par la foudre, il va perdre une de ses testicules ! Il ne s’agit pas du seul personnage à être différent, sa propre fille adoptive n’ayant pas de mains suite aux effets de la thalidomide. Même sans la maladie, il est un être différent, en étant un immigré (Harvie Krumpet – le nom du titre n’étant jamais anodin – étant son nom australien, à l’origine il se nomme Harvek Milos Krumpetzki). Tous ces choix ne sont certainement pas un hasard, le réalisateur australien souffrant de tremblements physiologiques, une maladie héréditaire (source ici). La différence (quelle que soit sa nature) est évidemment au coeur de cette oeuvre et elle est très bien traitée. Le message est simple et clair mais d’une grande efficacité : même si on ne fait partie de la norme, on doit continuer à profiter de la vie. Mieux : notre différence peut devenir une force. C’est très bateau dit comme ça mais pourtant c’est la vérité et j’ai envie de dire que ça fait du bien. La différence ne réside donc pas uniquement par rapport à ce qu’on est physiquement ou psychologiquement mais aussi par rapport aux choix qu’on décide de faire pour vivre sa vie.

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En clair, en croisant la statue du poète Horace, Harvie Krumpet décide de mettre en application la fameuse locution « Carpe Diem » dans son existence (notamment par le choix « marginal » du naturisme). Non seulement on n’est pas obligés de subir certains désagréments de la vie mais en plus on est libre de choisir sa propre différence. Notre normalité, voire même parfois les malheurs qui nous touchent, transforment notre vision de notre existence et surtout font de nous des êtres uniques. « Normalement » (en tout cas il s’agit de ma normalité), quand on le peut évidemment, il faut privilégier la version originale. Mais ici, c’est encore plus vrai ! La voix de l’excellent acteur australien Geoffrey Rush (qui « incarne » ici le narrateur) correspond complètement à l’univers instauré par Adam Elliot. A priori, elle a quelque chose de neutre, comme si le spectateur était en train de regarder une sorte de biopic. Pourtant, par petites touches, elle incarne à seule la complexité de notre monde, à la fois absurde, tragique par le comportement parfois incompréhensif de l’homme, drôle pour tous les petits moments que nous pouvons vivre et constater autour de nous. Il est le conteur mais par sa voix, on parvient à mieux cerner le comportement de Harvie ainsi que ses émotions. A travers ces beaux messages, Adam Elliot nous livre un petit bijou vacillant avec justesse entre la tragédie et la comédie. Tragique parce que même si on retient quelque chose de positif, la vie menée par Harvie reste difficile et que ses souffrances face aux événements (deuil à plusieurs reprises, éloignement avec ses proches, donc solitude, tentative de suicide etc…) sont réelles et si proches de ce qu’on pourraient / peuvent connaître les spectateurs. Drôle, pas uniquement à cause du message positif qu’on peut en tirer. Adam Elliot reprend merveilleusement bien les codes de l’humour absurde voire même du burlesque, notamment avec les fameux jeux de mots (notamment en VO les « fakts » qui ont l’air très anodins, parfois délirants, en tout cas ils font souvent rire ou sourire). Enfin, le format court de ce film est évidemment un avantage (il faut vraiment le faire pour s’emmerder devant un court-métrage même si c’est – hélas – possible) on a l’impression qu’Adam Elliot a su trouver la durée idéale pour raconter son histoire. Je vous conseille en tout cas de découvrir Harvie Krumpet (que vous trouverez assez facilement sur Internet, notamment sur Youtube), une vraie bonne surprise drôle, émouvante, intelligente et vraiment bien foutue.

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Les Sept Samouraïs

réalisé par Akira Kurosawa

avec Toshiro Mifune, Takashi Shimura, Keiko Tsushima…

Drame, aventure, action japonais. 3h27. 1954.

sortie française : 30 novembre 1955

Movie Challenge 2016 : Un film dont le titre comporte un numéro

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Au Moyen-Age, la tranquillité d’un petit village japonais est troublée par les attaques répétées d’une bande de pillards. Sept samouraïs sans maître acceptent de défendre les paysans impuissants.

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Je suis censée écrire la critique du film indispensable pour n’importe quel cinéphile (oui je tente de me valoriser un peu et d’oublier la tonne de films que je dois rattraper histoire d’être moins inculte) depuis un moment, grâce au Movie Challenge, mais finalement ce n’est pas une mauvaise chose de l’écrire et la publier maintenant. En effet, est actuellement en salles Les Sept Mercenaires d’Antoine Fuqua, le remake du film éponyme de John Sturges (sorti en 1960), lui-même donc le remake des Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa. Ce long-métrage japonais a remporté le Lion d’or en 1954 à la Mostra de Venise et a reçu deux Oscars (meilleurs décors et costumes). Je ne vais pas vous mentir (et c’est certainement pour cette raison que j’ai mis du temps pour rédiger ce billet), je n’ai pas adoré ce long-métrage malgré son statut de chef-d’oeuvre même si cela n’empêche pas d’avoir aimé et donc aussi lui reconnaître ses qualités (pour vous rassurer à ce début de chronique, ne tirez pas la tronche s’il-vous-plaît !). La chose qui m’a le plus rebutée (oui commençons directement par ce qui m’a dérangée, au moins c’est fait) est clairement la longueur. Oui j’ai tout de même senti les plus de trois heures ce film, notamment au cours de la seconde partie qui pourtant en théorie est plus chargée en scènes d’action. La longueur est quelque chose qui m’a toujours rebutée en général (c’est même un critère qui peut me décider d’aller voir ou non un film), je ne m’en suis jamais cachée même si cela ne m’empêche évidemment pas d’aimer voire même d’adorer des films trèèès longs (tout comme je peux m’emmerder royalement devant des films ne dépassant pas les 1h30). Pourtant, paradoxalement, je comprends cette longueur. Il faut bien du temps pour exposer le problème de base, réunir les différents samouraïs du titre, se préparer à la guerre et combattre. Il y a aussi un autre facteur qui, selon moi, est entré en jeu : la différence culturelle. J’aime pourtant le cinéma asiatique (enfin, c’est quand même large et varié, on est bien d’accord, mais je fais de mon mieux pour en regarder), je fais toujours de mon mieux pour m’intéresser à la culture (et pas qu’asiatique) ou au contexte historique lorsque je découvre des films. Je ne dis pas que j’ai été paumée en découvrant Les Sept Samouraïs, non, mais j’ai tout de même parfois senti une sorte de distance avec ce film à cause de cette lourde charge contextuelle à prendre en compte. Cela dit, en dehors de ces quelques remarques de ma part, il s’agit tout de même d’un très bon film. La mise en scène est tout d’abord remarquable même si, en ce qui concerne ce point, il ne s’agit ni d’une surprise ni d’un scoop !

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Les acteurs sont également tous excellents (au passage, il s’agissait de la 7e collaboration entre Kurosawa et Mifune), ils donnent tous de l’humanité et de la complexité aux personnages qu’ils incarnent. Il y a quelque chose qui fonctionne dans leur interprétation à la fois individuellement et collectivement. Les scènes de bataille (même si on ne peut pas résumer ce film à ça – c’est évident vu sa durée !) sont également impressionnantes, très bien foutues, surtout pour l’époque. Il faut dire aussi que Kurosawa utilisait parfois plusieurs caméras simultanées pour certaines scènes, notamment pour la bataille sous la pluie. Ca contribue beaucoup à donner un certain rythme (heureusement d’ailleurs vu la durée) mais aussi comme le disait  Kurosawa, c’était un moyen pour les acteurs d’avoir un jeu plus naturel. Il y a donc aussi un remarquable travail de montage. Ce qui m’a le plus convaincue, au-delà de qualités techniques évidentes et d’une interprétation impeccable, c’est toute sa lecture sociale même si encore une fois je ne prétends pas avoir été à l’aise du point de vue historique et que ça reste ici un avis très modeste. Ne pas être à l’aise ne signifie pas pour autant dénigrer ou ne pas être sensible avec ce qu’on me propose. Il est alors intéressant de voir la figure du « héros » dans ce long-métrage. Le « samouraï » (je mets des guillemets car si on regarde bien ce ne sont pas réellement des samouraïs mais plutôt des rônins) a beau être un personnage honorable, déterminé et courageux (il ne défend pas des seigneurs mais des paysans), c’est avant tout un homme avec des doutes, des faiblesses, confronté à la pauvreté. Mais il y a surtout des interrogations autour de la place de chacun (samouraïs, paysans, bandits) dans la société, sur leur évolution ou non au coeur de la société japonaise à l’époque (n’y a-t-il pas des résonances plus contemporaines ?). Les relations nouées entre les paysans et les samouraïs sont d’ailleurs aussi à prendre en compte pour mieux comprendre cette peinture sociale. L’histoire d’amour présente est également à prendre en compte dans la réflexion autour de la séparation des classes. C’est peut-être aussi pour cette raison que le film est très long. Finalement, on constate que Kurosawa se réapproprie d’une mythologie autour de ces figures japonaises notamment avec les codes du western. Bref, aucun choix ne semble anodin, que ce soit dans l’écriture ou encore dans la mise en scène. Bref, pour moi il s’agit d’un bon film, d’un film vraiment à voir, cela est évident et je ne le renie pas. Juste que je n’ai pas adoré comme je l’espérais. J’espère ne pas être seule dans ce cas et c’est pour ça que j’écris aussi cette chronique, histoire de décomplexer et ne pas se sentir obligés de dire un avis juste pour suivre le reste du monde !

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J’ai tué ma mère

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Anne Dorval, Suzanne Clément, Niels Schneider, Manuel Tadros…

Drame canadien. 1h40. 2009.

sortie française : 15 juillet 2009

Movie Challenge 2016 : Un film tourné par un réalisateur de moins de 30 ans

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Hubert Minel n’aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour-haine qui l’obsède de plus en plus, Hubert vague dans les arcanes d’une adolescence à la fois marginale et typique -découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l’amitié, sexe et ostracisme- rongé par la hargne qu’il éprouve à l’égard d’une femme qu’il aimait pourtant jadis.

J'ai tué ma mère : photo Anne Dorval, Xavier Dolan

J’ai tué ma mère, projeté à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes en 2009, est le premier long-métrage du réalisateur québécois Xavier Dolan qu’on ne présente plus. Il écrit le scénario (parfois autobiographique) alors qu’il n’a que seize ans et le réalise à dix-neuf ans ! Certains spectateurs / critiques sont admiratifs, d’autres jaloux ou tout simplement agacés (il faut dire que le bonhomme a une certaine assurance / n’est pas modeste – au choix). Une chose est certaine : en général, Xavier Dolan ne laisse pas indifférent. J’ai adoré certains de ses films (Mommy, Laurence Anyways), j’en ai détesté certains (Les Amours Imaginaires). Mais étonnamment, je situe J’ai tué ma mère dans aucune de ces catégories situées à l’extrémité l’une de l’autre. Par rapport à ce que j’ai vu dans Les Amours Imaginaires ou même par rapport au personnage public et parfois ses déclarations « choc », je n’ai pas trouvé qu’il frimait contrairement à ce que je m’attendais. Bien sûr, il y a un peu de maniérisme par moments, une envie de démontrer ce qu’il sait faire, il y a des scènes mettant en avant l’esthétique qui fonctionnent (je pense notamment à la scène de sexe faisant référence au travail de Pollock ou à la dernière assez automnale), d’autres moins (le face-à-face caméra en noir et blanc… même si les scènes en elles-mêmes trouvent leur utilité). Mais dans l’ensemble, quand on connaît les autres films de Xavier Dolan, on pourra presque (pas trop non plus) le trouver sobre. Ca étonne pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que finalement sans certains artifices Dolan est capable de faire des choses intéressantes (même si encore une fois j’aime aussi ses films très esthétiques). Mais en même temps, peut-être influencée justement par cette sobriété, j’ai trouvé ce film fragile, pas assez abouti pour me convaincre. Après j’ai conscience qu’il s’agit justement de son premier film. Et il fait aussi des choses formidables pour un débutant ! Mais ce n’est pas le chef-d’oeuvre annoncé par certains, pas pour moi (pour moi j’aime des films imparfaits). On sent de l’ambition dans la mise en scène, une envie de proposer des choses artistiquement. Mais j’ai trouvé l’histoire en elle-même bancale. Oui ça parle de la relation compliquée entre une mère et un fils. Oui ça peut faire partie de la vie de certains individus. Mais en dehors de la dernière partie du film, l’histoire manque selon moi d’enjeux. L’ensemble n’est pourtant pas déplaisant à découvrir, je ne me suis pas ennuyée. Mais ça reste un enchaînement de disputes, de crise et de scènes montrant l’ado rebelle.

J'ai tué ma mère : photo Xavier Dolan

Malgré une part de narcissisme (encore une fois pas si énorme contrairement à ce que je m’attendais), ce film à consonance autobiographique reste sincère. Xavier Dolan manque de maturité en tant que réalisateur (enfin maintenant il a « grandi »). Cela dit, en tant que jeune homme, malgré son jeune âge, même si certains passages peuvent paraître un peu superficiels ou un peu faciles (j’ai même envie de dire un peu « adolescents » dans un sens), on sent qu’il comprend des choses adulte, qu’il a déjà un recul sur un sujet aussi fort et compliqué que les liens familiaux, en l’occurrence ici entre une mère et un fils. Certes, il y a parfois des répliques un peu faciles (on revient toujours à ces fameuses scènes face caméra en noir et blanc) mais son regard sur les relations entre haine et amour débordant m’a tout de même semblé très pertinent. On sent que ce n’est pas quelque chose balancé comme ça, on sent tout simplement le vécu mais aussi un recul assez étonnant. Pourtant, ce thème en question a été traitée et re-traitée de nombreuses fois, que ce soit au cinéma, en littérature ou dans d’autres domaines. Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’au fond (même s’il y a quelques petits indices donnés mais c’est pas non plus réellement expliqué) il n’y a pas de vraie cause dans cette sorte de rupture entre cette mère et son fils, il y a plus une idée d’un tout (notamment l’adolescence) qui conduit à cet éloignement. En tout cas, Xavier Dolan apporte bien sa pierre à l’édifice. En parlant de Dolan, comme vous pouvez le voir (et même le savoir vu que ça fait partie de sa réputation), il n’est pas uniquement le réalisateur de ce long-métrage. Il fait un peu tout (la parodie du Palmashow était à peine exagérée) comme on le sent. Il tient logiquement le premier rôle. Dans Les Amours Imaginaires, je l’avais trouvé vraiment mauvais. Ici, il s’en sort mieux. Certes (est-ce que je dois rappeler les fameuses scènes qui m’ont dérangée ?), je ne trouve pas que ce soit un grand acteur, son interprétation n’est pas parfaite mais il s’en sort tout de même pas si mal. En tout cas, je l’ai senti plus à l’aise, plus sincère tout simplement parce qu’il y a une part de lui dans son personnage. Anne Dorval est vraiment excellente dans le rôle de la mère. Sa performance aurait pu être limitée à une sorte d’hystérie mais heureusement ce n’est pas le cas. Il y a quelque chose dans son interprétation qui est criant de vérité. Enfin, même si on ne la voit pas tant que ça (et pourtant on a l’impression qu’elle est tout le temps présente), j’ai également beaucoup apprécié l’interprétation de Suzanne Clément, également actrice fétiche de Dolan.

J'ai tué ma mère : photo Xavier Dolan

States of Grace

réalisé par Daniel Destin Cretton

avec Brie Larson, John Gallagher Jr., Stephanie Beatriz, Rami Malek, Kaitlyn Dever, Keith Stanfield, Kevin Hernandez…

titre original : Short Term 12

Drame américain. 1h40. 2013.

sortie française : 23 avril 2014

Movie Challenge 2016 : Un film qui m’a fait pleurer

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Sensible et déterminée, Grace est à la tête d’un foyer pour adolescents en difficulté. Parmi les jeunes membres de son équipe, diversement expérimentés, la solidarité et le bon esprit sont de mise. Jusqu’à l’arrivée soudaine d’une fille tourmentée qui ignore les règles du centre et renvoie Grace à sa propre adolescence… pas si lointaine.

States of Grace : Photo Brie Larson, Kaitlyn Dever

Le titre « français », States of Grace, ne donne pas forcément envie de découvrir ce film. Son titre original, Short Term 12, est plus intéressant même s’il s’éloigne du personnage principal. « Short Term 12 », c’est donc le nom du foyer pour adolescents dans lequel bosse (et dirige) la fameuse Grace de notre titre « français ». Il faut savoir qu’avant d’être un long-métrage, il est passé par la case court-métrage en 2008 (portant le même nom). Ce sujet tient à coeur au réalisateur hawaïen Daniel Destin Cretton lui-même ayant été éducateur en centre spécialisé. Il voulait même à l’origine en tirer un documentaire (avant de signer ce premier long de fiction, il réalisait des docs pour HBO et Discovery Channel). Finalement, le réalisateur a préféré signé une fiction pour des raisons pratiques (les autorisations étant difficiles à obtenir) et morales (Cretton ne voulant pas non plus avoir l’impression d’exploiter les jeunes). Le risque quand on signe une fiction, en voulant partir de base sur le documentaire ou en étant influencé par ce genre, est de perdre justement cette part de fiction. Certes, on sent derrière le vécu du réalisateur, on le sent également bien documenté mais on est bien face à une histoire qui fonctionne de A à Z. Une histoire certes « simple » en apparence mais qui reste pourtant bien construite, logique mais sans être non plus attendue ou sirupeuse et surtout il n’y a pas de surenchère dans l’émotion, la dureté du milieu ou même dans les quelques moments de joie. Evidemment, la sincérité ne sauve pas toujours tous les films mais ici c’est véritablement un atout. On croit à l’histoire proposée, aux personnages, à leurs réactions, à leurs souffrances. Ce centre pour ados semble si vivant à l’écran, on a l’impression d’être en immersion dans cette enrichissante expérience humaine même si derrière il y a des difficultés émotionnelles pour les êtres qui y sont impliqués. On se sent proche des personnages tout simplement même si on ne connait pas ce milieu. Grace, qui illumine ce film, malgré toutes ses souffrances et ses interrogations, est bien le personnage principal mais les seconds rôles parviennent aussi à exister, même les plus petits. Le film évoque des situations sociales difficiles mais n’est pas un drame social. Ce n’est pas la volonté du réalisateur même s’il dépeint derrière une réalité. C’est un beau film d’espoir sur l’humain, plus particulièrement l’enfant ou de l’adolescent qui peut malgré ce qu’il peut traverser de pire (même si ça va forcément le marquer à vie et que ça sera parfois un obstacle pour sa construction) devenir un adulte plein d’avenir et d’espoir.

States of Grace : Photo Brie Larson, John Gallagher Jr.

States of Grace est donc un film émouvant (oui, j’ai pleuré, vous commencez à avoir l’habitude) sachant très bien mêler avec une grande cohérence histoire personnelle et histoire collective. Ce long-métrage est donc très bien écrit, toujours crédible, et bien structuré, notamment par cette idée de boucle (la première et la dernière scène sont similaires que ce soit au niveau du dialogue ou de l’action à venir après ce dialogue) mais également bien mis en scène. Ce n’était pourtant pas évident mais pour un premier long-métrage de fiction, Daniel Destin Cretton s’en sort plus que bien. Il a su éviter les tics très pénibles d’un certain cinéma indépendant américain (et pourtant j’aime et je défends énormément ce cinéma en question mais il faut parfois savoir être honnête. On retrouve dans son travail de nouveau ce mélange de force et de sensibilité. Le montage est également selon moi de qualité, permettant de donner du rythme à ce film déjà énergique rien que par son sujet. States of Grace est évidemment porté par l’excellente Brie Larson, récemment oscarisée pour Room de Lenny Abrahamson cette année mais qui aurait dû selon moi être, au moins, en compétition dans la célèbre cérémonie américaine (d’ailleurs, le film tout court aurait dû concourir). Son interprétation est d’une grande justesse. Il y a chez elle une combinaison incroyable entre la force et la fragilité. Elle est également naturelle mais sans entrer dans les clichés extrêmes d’un certain cinéma indépendant américain actuel (encore une fois). John Gallagher Jr. (une découverte en ce qui me concerne) est également très bon dans ce rôle plus décontracté en apparence cachant évidemment bien son douloureux passé. Les ados sont également tous convaincants, que ce soit Kaitlyn Dever (vous l’avez sûrement vue dans la très bonne série Justified ou dans le naze Girls Only) ou Keith Stanfield (qu’on a pu voir dans Dope produit par Forest Whitaker ou encore dans Straight Outta Compton), tous les ados des ados sombres aux idées suicidaires et ayant des relations toxiques avec des parents monstrueux. On sera également ravi de retrouver Rami Malek, en ce moment connu pour son rôle sombre dans l’excellente série Mr Robot, dans un rôle secondaire sympathique (il incarne un jeune sortant de la fac voulant se faire une expérience) et finalement plus intéressant qu’il en a l’air dans le sens où il représente le regard du spectateur qui ne connait pas encore ce milieu et qui apprend et observe petit à petit. Finalement, à l’image des protagonistes, le spectateur ressort de ce grand petit film grandi.

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Tendres passions

réalisé par James L. Brooks

avec Shirley MacLaine, Debra Winger, Jack Nicholson, Jeff Daniels, John Lithgow, Danny DeVito…

titre original : Terms of Endearment

Comédie dramatique américaine. 2h07. 1983.

sortie française : 4 avril 1984

Movie Challenge 2016 : film ayant remporté un Oscar

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Aurora a élevé seule sa fille Emma, excluant tout homme de sa vie. Pourtant, Emma quitte à la première occasion cette mère abusive. Seule, Aurora rencontre alors Garret, qui est un ancien cosmonaute désormais alcoolique… Des liens entre ces deux personnes prennent forme.

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Tendres Passions a marqué les Oscars en 1984 en étant cette année-là le film le plus nommé et surtout le plus récompensé : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure adaptation, meilleure actrice (Shirley MacLaine) et meilleur acteur dans un second rôle (Jack Nicholson). Beaucoup de critiques / spectateurs trouvent ces récompenses en question très disproportionnées, surtout face à de gros concurrents comme par exemple Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman. Enfin, c’est surtout les critiques françaises de l’époque qui n’ont pas été tendres (ahah je m’amuse à faire des jeux de mots) avec le premier long-métrage de James L. Brooks en tant que réalisateur (et qui est depuis le producteur des Simpsons). En France, on a visiblement commencé à réévaluer ce film grâce à la sortie du pourtant pas très bon Comment savoir (mais si, un film sans intérêt avec Reese Witherspoon, Paul Rudd, Jack Nicholson et Owen Wilson !). En revanche, les critiques américaines étaient d’emblée emballées par ce long-métrage, adapté du roman éponyme de Larry McMurtry (pour la petite info, la suite, Etoile du soir, toujours adapté d’un texte de McMurtry, a vu le jour en 1996, avec toujours MacLaine mais s’est vraiment fait massacrer par tout le monde) . En regardant le film (en précisant que je ne connaissais pas du tout cette sorte de « guéguerre » entre les critiques US et françaises au moment de sa sortie), j’avoue au début avoir été sceptique. Il n’y a pas de réelle intrigue dans le sens où on suit l’existence de deux femmes (une mère et sa fille) sur plusieurs années. Seule la fin semble marquer une sorte de rupture dans la construction attendue d’un point de vue narratif. Il faut aussi avouer que ça peut effectivement faire très soap-opera. La mise en scène ne m’a d’ailleurs pas impressionnée, c’est peut-être d’ailleurs le vrai défaut de ce long-métrage. Pourtant, sans crier au chef-d’oeuvre, il se passe quelque chose avec ce film. Même s’il a pu être excessif, je comprends dans un sens son succès. Petit à petit, au fil des scènes, je me suis laissée embarquer par ces deux histoires construites en parallèle. Bien sûr ce n’est pas d’une grande subtilité comme vous l’aurez deviné. On a donc d’un côté la mère Aurora, une veuve qui profite de la vie avec Garret, de l’autre sa fille n’a par contre pas la vie qui fait rêver. Une opposition a priori simple mais qui fonctionne réellement à l’écran. Je n’ai pas senti ce jonglage ni les ellipses au fil du temps sans réelle indication sur l’époque, on a l’impression que la vie de ces deux femmes passe assez naturellement à l’écran.

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Tendres passions n’est donc pas un film impressionnant d’un point de vue « technique », il a certainement ses défauts, il peut même faire fuir. Pourtant il est bien mieux qu’il en a l’air. La réputation de James L. Brooks sur ses qualités de scénariste qui comprend bien l’humain est selon moi totalement justifiée. Selon moi, les personnages sont bien plus profonds et véridiques qu’ils en ont l’air, qu’ils dépassaient justement le simple stade de personnages de soap. En tout cas, je suis passée à différents stades émotionnels. Je ne dirai pas que j’ai ri comme devant une pure comédie mais oui le film est tout de même drôle, parfois grinçant (rien que la première scène !) et sa légèreté de ton fait du bien. J’en suis également ressortie très émue. Certains diront que c’est de l’émotion Kleenex (sans vouloir révéler la fin). Peut-être. Cela dit, j’ai été étonnamment sensible, je dois même avouer que j’avais même les larmes aux yeux. Je reste persuadée qu’il faut aller au-delà de certains messages qui peuvent paraître simplistes. A mon avis, il faut aussi remettre ce film dans le contexte de son époque. Les femmes n’étaient pas aussi « libres » que maintenant, elles étaient encore conditionnées par leur mode de vie au foyer, leur famille etc… Il y a une volonté de montrer la possible autre vie qu’une femme des années 60 à 80 pouvait avoir, qu’il n’y avait pas que sa vie de mère ou d’épouse qui comptait, qu’elle pouvait exister en tant que femme. C’est ce que nous montre le personnage d’Aurora : elle apprend, à un âge tardif, à vivre vraiment. Sa fille semble en revanche reproduire une sorte de schéma que les femmes de cette époque (et je suis même certaine qu’il y en a encore beaucoup dans ce cas actuellement), comme si elle n’avait pas compris la leçon, qu’elle retiendra certainement au pire instant de sa vie. Enfin, le casting est vraiment bon, on sent les interprètes investis, rendant vraiment justice aux personnages déjà bien écrits à la base. Shirley MacLaine est – comme souvent – formidable dans le rôle de cette femme au caractère bien trempé, son Oscar ne m’a pas semblé volé tout comme celui de Jack Nicholson, également toujours génial. Debra Winger (que je connais assez mal) m’a également agréablement surprise et elle aussi aurait mérité la fameuse statuette hollywoodienne (rassurons-nous, elle avait tout de même été nommée). Parmi les seconds rôles, Jeff Daniels s’en sort très bien en époux au comportement discutable (pourtant, étonnamment on ne le déteste pas !), John Lithgow (lui aussi dans la liste des nommés pour son rôle) est très touchant et Danny DeVito fait également quelques apparitions bien sympathiques !

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Moulin Rouge !

réalisé par Baz Luhrmann

avec Nicole Kidman, Ewan McGregor, John Leguizamo, Jim Broadbent, Richard Roxurgh, Matthew Whittet, Kylie Minogue, David Wenham…

Comédie musicale, romance australienne, américaine. 2h06. 2001.

sortie française : 3 octobre 2001

Movie Challenge 2016 : Une comédie musicale

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A la fin du XIXe siècle, dans le Paris de la Belle Epoque, Christian, un jeune poète désargenté, s’installe dans le quartier de Montmartre et découvre un univers où se mêlent sexe, drogue et french cancan, mais se rebelle contre ce milieu décadent en menant une vie de bohème. Il rêve d’écrire une grande pièce, et le peintre Henri de Toulouse-Lautrec est prêt à lui donner sa chance. Celui-ci a besoin d’un spectacle grandiose pour le Moulin Rouge et le poète est embauché pour rédiger le livret de la revue. C’est là qu’il tombe amoureux de la courtisane Satine, la star du prodigieux cabaret…

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Tout le monde dit du bien de Moulin Rouge !, tellement que ça a fini par me dégoûter. Toutes les filles (oui j’insiste, des filles) qui me le conseillaient avaient des goûts cinématographiques très différents des miens. Enfin, j’avais jusqu’à présent une drôle de relation avec ce cher Baz Luhrmann. Je lui ai toujours reconnu un certain talent mais j’avais aussi un peu de mépris à son égard. Je le prenais un peu pour une sorte d’escroc signant des films assez superficiels. Paradoxalement, j’ai pourtant apprécié (sans avoir adoré) Romeo + Juliette et j’ai même bien aimé sa nouvelle version de Gatsby le Magnifique (même s’il a ses défauts). Mais je restais tout de même sceptique. Premières minutes de ce Moulin Rouge ! : je n’étais pas du tout rassurée. C’est pourtant magnifique esthétiquement mais j’ai peur de tomber de nouveau sur une oeuvre superficielle. Est-ce que je trouve l’esthétique surchargée, gratuite ou too much (quelque chose de ce genre) ? Est-ce que je trouve les chansons (que des reprises de chansons contemporaines) étranges voire même nazes ? Est-ce que je trouve l’histoire niaise ? Voici ce genre de questions que je me suis posées durant ces premières minutes (oui, mon cerveau a du mal à se reposer dans ce genre de moment – ma vie est dure). Là, normalement, vous devriez vous dire que je n’ai pas aimé. Mes questions étaient, me semble-t-il, légitimes. Pourtant, par miracle ou je ne sais pas trop par quoi, au bout de dix minutes, ces fameuses questions que j’avais en tête avaient disparu ! Je ne renie pas mes interrogations, je ne pourrais que comprendre les spectateurs qui n’ont pas aimé ce film ou qui relèvent ce qui seraient selon eux des défauts. Mais je me suis laissée embarquer par ce film qui est, selon moi, une des meilleures comédies musicales – pour ne pas dire la meilleure comédie musicale de ces quinze dernières années. Je n’étais plus du tout dans le calcul de quoi que ce soit. Honnêtement, je ne faisais même plus attention si les chansons étaient bien reprises ou non. On se dit presque qu’elles ont été écrites pour le film ! Je pense que je n’ai plus cherché les défauts parce que le spectacle en lui-même est époustouflant. On aime ou on n’aime pas ce que fait Luhrmann, mais on doit reconnaître la qualité de son travail technique (à lui et évidemment et surtout son équipe technique !). C’est pas uniquement beau, j’ai trouvé le travail bien foutu. Luhrmann ne nous balance pas uniquement de belles images. Il sait provoquer de l’émotion avec ce qu’il met en place esthétiquement, il y a du sens dans ce qu’on voit.

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Baz Luhrmann sait gérer les différents espaces (contrairement à d’autres comédies musicales paradoxalement limitées en ce qui concerne ce domaine) et donner du mouvement là où il le faut, en donnant de la lisibilité. Il faut une vraie énergie et une dose de folie pour mener aussi bien un projet aussi ambitieux ! De plus, grâce à ce film, j’ai vraiment compris la démarche artistique de ce réalisateur que j’avais sous-estimé. Pour moi, ça va au-delà d’un travail systématiquement associé à un univers musical ou à une idée de modernité qui pourrait paraître superficiel dit comme ça. Il parvient carrément à réinventer toutes ces appropriations. Il n’y a pas des tonnes de réalisateurs qui parviennent à rendre l’univers musical aussi cinématographique, à créer même une sorte de fusion entre ces deux arts. Il y a aussi une réelle cohérence dans ce qu’il propose, surtout par rapport à l’histoire. On parle de poésie, de rêve, l’oeuvre en elle-même reprend parfois les codes du conte (notamment en ce qui concerne les différentes figures des personnages). Je n’ai alors pas été énervée par les quelques extravagances visuelles puisqu’elles entrent dans un sens « naturellement » dans l’oeuvre. Surtout, je crois que le film a quelque chose d’universel même de « classique » (je parle au sens « neutre »). Côté, je n’ai pas été déçue, bien au contraire. J’ai toujours bien aimé Nicole Kidman mais j’ai eu l’impression, en regardant Moulin Rouge !, de redécouvrir son talent. En fait, on est comme Christian : on tombe amoureux de Satine ! L’actrice australienne montre une large palette de son talent dans ce film. J’y ai trouvé dans son jeu de la sensualité, de la malice mais aussi de la malice. Elle rend son personnage encore plus intéressant qu’elle ne l’est déjà et surtout plus attachant. Et elle n’a jamais été aussi belle ! Elle méritait selon moi l’Oscar pour cette performance (mais pas de chance : la pathétique Halle Berry lui a volé dans un des films les plus nazes que j’ai pu voir : A l’ombre de la haineMonster’s Ball de Marc Forster). Ewan McGregor est également très bon (et très charismatique), j’ai également eu la sensation de redécouvrir son talent qu’il ne met pas suffisamment en avant surtout ces dernières années. Il arrive à mettre en avant sa partenaire mais sans se faire écraser par cette dernière. Enfin, les seconds rôles (notamment Jim Broadbent – méconnaissable, Richard Roxurgh ou encore John Leguizamo) sont également à la hauteur et à leur place par rapport à leur statut de personnages qui correspondent à des figures stéréotypées (ce terme n’étant ici pas négatif – mais plus de l’ordre du constat par rapport au schéma narratif mis en place).

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