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Réalisateurs, acteurs, youtubeurs… ils sont devenus écrivains #1

On pourrait débattre longuement (et peut-être sans se taper dessus) sur ce que signifie être écrivain, il serait alors difficile de pouvoir réellement répondre à cette question, d’autant plus face à un monde du livres en crise. Ces interrogations semblent resurgir face aux sorties de romans ou recueil de nouvelles (ou autres formes de fictions) écrits par des personnalités qui ne sont pas, à l’origine, issues du monde littéraire. On ne va pas se mentir : voir le nom d’une célébrité sur la couverture donne envie de s’intéresser à ce qu’elle (ou aurait) écrit. Mais en réalité, si on enlève ce contexte, ces oeuvres méritent-elles d’être lues ? Je me suis concentrée sur cinq exemples mais j’ai encore des tas de romans de personnalités du cinéma, de la chanson ou de Youtube à lire donc je suis certaine que je reviendrai avec ce type de chroniques dans le futur ! J’attends aussi tous vos conseils (et également vos retours si vous avez lu l’un ou plusieurs romans cités ci-dessous).

BREF C’EST TIPAR POUR CETTE PETITE SELECTION VARIEE (avec une Youtubeuse, un musicien, un acteur, un réalisateur et un scénariste).

 

Carnets de route de Marie Lopez (alias EnjoyPhoenix)

La Youtubeuse beauté/lifestyle EnjoyPhoenix avait déjà sorti un premier ouvrage #EnjoyMarie, gros succès dans les librairies pseudo autobiographique, qui donnait des conseils aux ados mal dans leur peau. C’était très naze (ne me demandez pas pourquoi mais je l’ai lu) mais quelque part, je m’y attendais (je veux dire, ça reste un livre commercial pour faire plaisir aux 12-14 ans qui suivent sa chaîne). Mais EnjoyPhoenix, de son vrai nom Marie Lopez, n’en est pas restée là avec l’écriture. Elle a donc publié son premier roman Carnets de route qui concerne son intrigue autour du permis de conduire et plus précisément autour du lien noué entre cinq apprentis automobilistes (certains ressemblant fortement à Marie Lopez). Je ne sais pas du tout si c’est Lopez qui a réellement écrit ce bouquin de A à Z (après tout, on a appris que Zoella, l’équivalent d’EnjoyPhoenix en Grande-Bretagne, n’avait pas écrit ses romans). L’ensemble n’est pas si mal, surtout par rapport à cette horreur de #EnjoyMarie. Honnêtement, ce roman se lit volontiers. Il ne faut pas cracher à 100% sur ce texte parce qu’il y a écrit Marie Lopez sur la couverture. Cela dit, oui, il est bourré de défauts : l’écriture n’est pas toujours fluide, certaines phrases sont parfois lourdes, parfois simplistes, des mots pseudo cool et anglophones font tâche, surtout par rapport à la poésie que veut faire dégager ce texte en permanence, les portraits-croisés restent laborieux, des personnages clichés, des thèmes survolés. Un roman plutôt agréable à lire mais il prouve qu’on ne s’improvise pas écrivain…

Carnet de routes de Marie Lopez – Anne Carrière éditions 2016

Heather par-dessus tout (Heather, the Totally) de Matthew Weiner

Matthew Weiner (le créateur de la série Mad Men) a publié en 2017 un premier roman prometteur qui mérite d’être promu. Heather par-dessus est un court, intense et étouffant roman qui suit sur plusieurs années une famille bourgeoise new-yorkaise, de la rencontre entre Mark et Karen jusqu’aux quatorze ans de leur fille Heather. Parallèlement, on suit également le parcours du jeune Bobby qui va bouleverser la vie de la famille de Heather. Heather se situe au-dessus des personnages par sa pureté, elle est aussi malgré elle le personnage qui va permettre de les réunir autour d’un drame. Tous les autres personnages, jamais épargnés par son auteur, agissent par une sorte d’animalité enfouie en eux. Surtout, la classe sociale à laquelle ils appartiennent les pousse à la destruction. Ainsi, nos pulsions sont-elles liées à notre milieu social ? Ces pulsions peuvent-elles se transformer au contact d’un milieu différent du sien ? Il est possible de deviner la fin du roman, pourtant, en sachant installer une tension permanente, Matthew Weiner parvient à scotcher son lecteur jusqu’à la dernière page. Il s’agit donc d’un roman addictif et accessible, présentant des personnages complexes face au déterminisme. Un vrai coup de coeur (qui mériterait selon moi une adaptation ciné).

Heather par-dessus tout, de Matthew Weiner – Gallimard, 2017.

Questions de caractère (Uncommon Type) de Tom Hanks

Au-delà de son immense talent, Tom Hanks est certainement l’un des grands acteurs hollywoodiens les plus sympathiques. Je suis tombée sur son recueil Questions de caractère totalement par hasard en traînant dans le rayon « librairies » de mon Géant Casino ! Je n’ai pas hésité à l’acheter, surtout après constaté qu’il s’agissait de nouvelles (j’aime particulièrement cette forme littéraire encore trop sous-estimée). Pour son premier coup d’essai littéraire, Tom Hanks s’appuie sur un concept plutôt plaisant : la machine à écrire, sous toutes ses formes, se retrouve dans les dix-sept histoires. Elle est parfois au coeur des récits ou alors Tom Hanks joue avec les différentes typographies vintage. Le projet ressemble à l’image qu’on a de Tom Hanks dans ses films (et en plus, le cinéma revient également souvent au fil des nouvelles) : candeur, tendresse et archaïsme y trouvent leur place. Pourtant, la sauce ne prend pas vraiment. On va dire que Tom Hanks est meilleur acteur qu’écrivain. L’ensemble est plutôt inégal : certaines nouvelles sont plutôt plaisantes tandis que d’autres (pour ne pas dire « la majorité ») m’ont laissée sur ma faim. Je pensais terminer rapidement le recueil et en fait à force je l’ai laissé de côté pour lire d’autres ouvrages.

 

Questions de caractère de Tom Hanks – Seuil, 2017

Consumés de David Cronenberg

Au lieu de sortir un nouveau long-métrage, David Cronenberg a publié en 2016 son premier roman Consumés. Il expliquait aux journalistes que son histoire n’était pas adaptable pour le cinéma. Sans surprise, en reprenant ses thèmes habituels, le réalisateur canadien raconte ici une histoire tordue qui mélange cancer, cannibalisme, sexe et nouvelles technologies. Je fais toujours de mon mieux pour terminer un roman (et c’est la même chose pour les films). Même en me forçant, je n’ai tout simplement pas pu aller au bout. On m’avait pourtant prévenu (et même défié) : « Tina, tu ne réussiras pas à le terminer ». Sur le moment, cette remarque m’avait fait rire étant donné que j’abandonne rarement mes lectures. Là il ne s’agit pas d’une lecture dite « difficile », Consumés est surtout une oeuvre indigeste, un des pires romans que j’ai pu lire jusqu’à présent. En dehors de s’appuyer sur le nom de Cronenberg pour vendre, je ne comprends pas trop pourquoi les éditeurs ont laissé ce texte dans cet état-là (et encore, j’imagine qu’ils ont dû faire des corrections !). Ce pénible récit est mal construit, les personnages sont inintéressants, on ne comprend pas où l’auteur, qui caricature tous les thèmes qui traversent ses films, veut nous mener. Un désastre.

 

Consumés de David Cronenberg – Gallimard, 2016

Mort de Bunny Munro de Nick Cave

Pour les quatre premiers exemples cités ci-dessus, oui, j’ai voulu lire les textes parce que c’était untel ou untel qui avait pris la plume. Ce n’est pas le cas ici, étant donné que je ne connais pas plus que ça le travail musical de Nick Cave. Je suis tombée sur ce bouquin par hasard en fouinant dans les différents rayons de ma médiathèque. J’ai alors flashé sur le triste lapin sur la couverture est ce qui m’a donné envie de m’intéresser au roman de Nick Cave. « Triste » est effectivement ce qui traverserait a priori ce texte. Mais cela ne le rend pas pour autant bon. Il aurait pu l’être mais Nick Cave s’acharne à rendre des passages très vulgaires (et non « crus »). J’ai même eu l’impression que le type s’était engagé dans une course contre la montre pour pouvoir placer le plus de phrases tournant autour du sexe dégueulasse dans son bouquin. Pour moi, il n’a pas su trouver la juste limite entre la noirceur et le dégoût, il n’a pas non plus le talent d’un Bukowski pour se permettre autant de trash pour du trash finalement. Le Bunny Munro du titre est alors un personnage rapidement imbuvable, je ne suis jamais parvenue à le comprendre ou autre. Résultat ? J’avais juste hâte qu’il crève comme on me l’annonçait sur la couverture.

Mort de Bunny Munro de Nick Cave – Flammarion, 2010

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Je lis…

… plutôt des livres papier.

Je ne vais pas vous faire dire que j’adore les livres papier pour leur odeur. C’est faux. Je ne vais pas non plus vous dire que j’adore collectionner les belles éditions à tout prix. Oui, ça m’arrive d’en acheter pour embellir ma bibliothèque mais ça reste rare (entre nous, le livre de poche permet de faire de sacrées économies). Je dois tout simplement admettre que j’ai juste un côté très matérialiste concernant mon amour pour les oeuvres littéraires et cinématographiques. Cela peut paraître idiot mais j’ai l’impression de mieux soutenir ces oeuvres (et les artistes) en possédant l’objet chez moi. J’aime aussi le fait de pouvoir les consulter quand j’en ai envie (pour mon plaisir, pour mon travail ou autre) ou avoir le pouvoir de les prêter aux gens de confiance pour leur faire partager des objets culturels qui me semblent intéressants.

Cela dit, même si je lis moins de textes sur la Kindle, j’apprécie tout de même son côté potentiellement ludique, notamment avec le calcul de pages par pourcentage et la possibilité de consulter un dictionnaire pendant leur lecture.

Matilda – TriStar Pictures

… en réfléchissant à mes pauses.

J’aimerais avoir la possibilité de lire un roman en un laps de temps limité (c’est la grande différence avec les films), malheureusement entre le manque de temps, la fatigue et tout simplement le manque d’envie selon les jours et les heures, cela n’est pas toujours possible. Quand je me lance dans une lecture, j’ai besoin de savoir quand vais-je y faire des pauses. Avant d’ouvrir le manuscrit, je repère la page qui marquera ma pause dans ma lecture du jour. Les chapitres pas trop longs facilitent évidemment la tâche. Mais face à des bouquins sans délimitation précise ou avec des écarts trop longs entre les parties / chapitres, je suis obligée de trouver une solution afin de ne pas perturber ma lecture. En général, je compte le nombre de pages que je compte lire par rapport à mon temps disponible et je m’arrête à un nombre se terminant par zéro. Allez savoir pourquoi, ça me motive, je me sens apaisée une fois que j’ai établi ce petit objectif !

… parfois à haute voix.

Cela va de soi que je pratique ce type de lecture chez moi quand je suis seule dans une pièce (remarque, ça peut être marrant de lire à haute voix dans la rue ou dans les transports en commun). Je ne lis évidemment pas non plus un bouquin entier en parlant toute seule, sinon je n’aurais pas déjà lu 30 bouquins cette année. Mais de temps en temps, ça m’arrive de lire quelques passages juste pour le plaisir – bref, je deviens à ce moment-là une sorte de comédienne en plein délire (j’aime être ridicule sans témoin). Je vous explique mon délire : pour moi, lire n’est pas limité à une activité visuelle. Les mots sont aussi faits pour être entendus. La lecture a un aspect musical qu’on néglige trop (en dehors de la poésie et éventuellement du théâtre). Un essai, un roman, une nouvelle, une autobiographie… peuvent aussi être agréables à l’oreille (et j’ai même envie de dire « doivent »). En fait, chaque texte peut être poétique sans qu’on le soupçonne dans une simple lecture traditionnellement silencieuse.

The King’s Speech – Wild Bunch Distribution

… pour travailler mon anglais.

Depuis le collège, j’ai toujours aimé l’anglais, même si je n’ai pas vraiment l’occasion de le parler quotidiennement. Comme beaucoup d’étudiants, j’ai continué à suivre des cours dans cette matière à la fac en option, j’ai également pu continuer à lire des oeuvres en anglais dans le cadre de mes études en littérature comparée. Je prenais également déjà l’habitude de lire de temps en temps des romans en anglais (pour ne rien arranger, il existe une très chouette librairie anglaise dans ma ville natale). Cela dit, toutes les bonnes aventures s’achèvent. La lecture de romans en VO me permet de maintenir mon niveau (certes uniquement dans la compréhension de l’écrit mais c’est toujours mieux que rien !). J’essaie de lire quasiment tous les jours un roman en anglais, même si ce n’est que quelques petites pages. J’essaie de trouver un rythme entre le plaisir de lecture et l’apprentissage / les révisions (vérifier de temps en temps un mot dans le dico). Je ne lis pas en majorité des romans anglophones dans l’année (3 ou 4 par an contre trente voire même quarante ouvrages en français par an) mais je trouve que c’est toujours satisfaisant de parvenir au bout d’une lecture qui n’est pas rédigée dans notre langue maternelle. Petit regret : ne pas avoir réussi à maintenir ce cap pour d’autres langues étrangères.

… plusieurs livres à la fois

J’ai pris cette habitude à la fac (j’étais en lettres modernes) histoire de mieux organiser mon travail. Depuis, je continue à multiplier les lectures. En fait, c’est comme si je regarde plusieurs séries télé à la fois ! Par contre, cela peut peut-être expliquer un des points précédents évoqués : le fait de devoir déterminer des pauses précises. Petite précision : je n’encourage pas la quantité pour la quantité, même si je me suis fixée un objectif sur mon compte Goodreads. Je suis tout simplement curieuse ! J’ai toujours envie de découvrir encore et encore des livres de tous les genres, de toutes les époques, de toutes les nationalités ! Il faut dire que je me suis mise à aimer la littérature relativement sur le tard, ma profession tourne en plus autour de cet amour pour cet art, donc je ne peux pas m’empêcher de vouloir vider mes piles de bouquins ! Du coup, quand je me retrouve à m’attaquer à des textes qui ont une sacrée longueur voire même des monuments de plus 1000 pages, je ne me vois pas lire QUE ça pendant un temps conséquent.

– par Florencia Viadana

Et toi, quel type de lecteur es-tu ?