Manchester by the Sea

réalisé par Kenneth Lonergan

avec Casey Affleck, Michelle Williams, Lucas Hedges, Kyle Chandler, Gretchen Mol, Matthew Broderick, Heather Burns…

Drame américain. 2h18. 2016.

sortie française : 14 décembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film ayant obtenu un Oscar

Après le décès soudain de son frère Joe, Lee est désigné comme le tuteur de son neveu Patrick. Il se retrouve confronté à un passé tragique qui l’a séparé de sa femme Randi et de la communauté où il est né et a grandi.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck, Lucas Hedges

Le script de Manchester by the sea faisait partie de la liste noire 2014 des meilleurs scénarios n’ayant pas pu être concrétisés. Heureusement qu’il a pu voir le jour : il a permis à son réalisateur-scénariste Kenneth Lonergan (le scénariste de Mafia Blues et Gangs of New York qui signe ici son troisième long-métrage après Tu peux compter sur moi et Margaret) de remporter l’Oscar du meilleur scénario original. Il ne s’agit pas du seul prix remporté au cours de la soirée : Casey Affleck, qui n’est décidément plus désigné comme le frère de Ben (et tant mieux), a remporté l’Oscar du meilleur acteur. Manchester by the sea (qui s’écrit en réalité avec des tirets) désigne le lieu où vivait Joe Chandler (incarné par… Kyle Chandler… Lonergan a-t-il choisi cet acteur par hasard ?). Avant son décès, il avait demandé à son frère Lee, qui habite désormais à Boston pour jouer les hommes à tout faire, de devenir le tuteur de son adolescent de fils Patrick. Lee doit retourner dans cette ville qui représente ce passé qu’il veut fuir. Je ne vais évidemment pas révéler ce qui s’est passé pour qu’il quitte cette ville (et donc aussi sa famille) mais il est évidemment que n’importe quel être humain aurait du mal à s’en remettre. On aurait pu s’attendre à toute une série de clichés. Habituellement, on voit des personnages de ce type en quête de rédemption qui va chercher à se racheter, à se pardonner et à aller de l’avant. Si son ex-femme Randi fait tout pour aller de l’avant, Lee reste jusqu’au bout un homme brisé. Ce n’est même plus un homme : il est devenu un fantôme et ne peut pas évoluer. Beaucoup diront que ce film est juste ultra dépressif. C’est sûr qu’il ne faut pas découvrir ce film quand on se sent mal ! Mais je l’ai trouvé dans la manière de décrire les réactions et les états des personnages très juste, proche de ce qui pourrait nous arriver dans notre propre vie. Je ne connaissais pas Kenneth Lonergan avant de regarder ce film mais j’ai tout de suite senti qu’il était dramaturge à côté de ses activités de cinéaste (je ne me suis donc pas trompée) : on sent qu’il y a derrière ce film un auteur. Son Oscar du scénario est alors logique et mérité : le film a beaucoup de qualités mais il doit beaucoup à sa qualité d’écriture.

Manchester By the Sea : Photo Michelle Williams

Au bout d’une heure, je ne vais pas vous mentir, je me suis demandée si la longueur était justifiée. Evidemment, comme dans n’importe quel long film, on peut toujours se demander s’il n’y a pas des scènes en trop (peut-être qu’il y a un peu trop de scènes au début du long-métrage). Cela dit, je comprends le choix de cette longueur même si l’histoire reste très basique et simple à résumer (dans le sens où il n’y a de rebondissements) : Lonergan veut que le spectateur prenne le temps de cerner les différents personnages. Surtout, l’écriture est très riche dans le sens où elle réussit à prendre en compte différents paradoxes sans jamais s’éparpiller. Par exemple, il y a cette opposition entre le feu et l’eau qui n’a rien de simpliste alors qu’on aurait pu tomber dans des pièges assez grossiers : c’est comme si Lee était sans cesse encerclé par des éléments montrant qu’il n’a vraiment pas sa place à Manchester. Surtout, les personnages jouent sur deux tableaux alors que leur douleur est commune. Ainsi, Lee est un homme qui reste dans l’immobilité tandis que Randi et Patrick avancent malgré la perte et la souffrance. Randi a beau être très attachée à Lee, sa nouvelle famille est désormais sa priorité. Quant à Patrick, il reste un adolescent qui doit devenir un adulte et surtout qui vit (petite amie, potes pour faire la fête, groupe de musique, hockey sur glace : bref une vie bien remplie pour un ado). Ses relations sexuelles (qui n’aboutissent jamais – est-ce une représentation du temps qu’il doit encore vivre ?), ses relations compliquées avec sa mère biologique (une ex-junkie qui vit avec un bigot), ses projets professionnels (avec le bateau), Patrick a des tas de projets : peu importe s’ils aboutissent ou non (même si encore une fois l’échec de certains de ses projets ont une signification), il n’est justement pas comme Lee un fantôme, juste un futur adulte qui se bouge. Ce personnage est aussi celui qui apporte un peu de fraîcheur et de légèreté dans un décor assez austère. Bref, ce choix de situer les personnages sur des tableaux et temporalités opposés renforcent encore plus la position figée de Lee. C’est aussi selon moi un bon moyen d’éviter que cet immobilisme devienne un handicap pour le film.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck

Comme je le disais plus haut, l’histoire en elle-même est plutôt « simple ». Alors pourquoi prendre le temps en l’étalant sur 2h20 ? Le passé a une place considérable dans la vie du personnage principal : il était alors logique de montrer certains éléments de cette existence sous forme de flashback. Ce procédé peut avoir ses limites ou casser le rythme du récit. Or, notamment grâce à un montage très réussi, les transitions entre le passé et le présent sont d’une grande fluidité. Tout en montrant les faits (là encore une sorte de paradoxe), on a vraiment l’impression d’entrer dans l’esprit de Lee : les flashback apparaissent toujours à des moments précis du présent, ils ne sont pas balancés n’importe comment juste pour contenter le spectateur en manque d’informations. Casey Affleck est excellent dans le rôle de Lee et son Oscar n’est selon moi pas volé. J’ai toujours aimé cet acteur (c’est mal de comparer mais j’ai toujours trouvé qu’il jouait mieux que son frère, c’est dit) qu’on a un peu trop souvent caricaturé comme l’acteur dépressif du cinéma indépendant qui mérite enfin cette reconnaissance de la profession. Son interprétation aurait pu être très caricaturale mais ce n’est pas du tout le cas. Certes, son personnage est dépressif. Il ne cause pas non plus beaucoup. Cela dit, dans des détails, il apporte de l’émotion et de la vérité à ce personnage sans jamais en faire des caisses. Certes, il s’agit aussi d’un film indépendant. Michelle Williams et Lucas Hedges accompagnent merveilleusement bien leur partenaire (et tous les deux ont mérité leur nomination aux Oscars). Williams apparaît finalement peu mais elle est bouleversante à chacune de ses apparitions. Quant à Hedges (vu dans Moonrise Kingdom et The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson), il est épatant ! Manchester by the Sea est donc un bouleversant film qui a le mérite de ne pas tomber dans le pathos et surtout qui ne correspond nécessairement à ce qu’on aurait pu attendre suite au synopsis. Il ne correspond justement ni aux standards du cinéma indépendant américain de ces dernières années ni même à ce que Hollywood aime habituellement.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck, Lucas Hedges

Mademoiselle (2016)

réalisé par Park Chan-Wook

avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Ha Jung-Woo, Cho Jin-Woong…

titre original : Agassi

Drame, romance, thriller coréen. 2h30. 2016.

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film LGBT

Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Mademoiselle : Photo Kim Tae-Ri

J’avais regretté d’avoir raté en salles le dernier long-métrage de Park Chan-Wook, Mademoiselle, présenté l’an dernier au festival de Cannes en compétition. Il s’agit d’un de mes réalisateurs préférés tout simplement. Il s’agit de l’adaptation du roman de Sarah Waters, Du bout des doigts (Fingersmith), publié en 2002. L’action du roman se situe dans l’Angleterre victorienne. Park Chan-Wook a transposé l’histoire dans la Corée des années 1930 pendant la colonisation japonaise. Mademoiselle est alors découpé très clairement en trois parties. Ces parties en question ont pour but de montrer à chaque fois un point de vue différent à partir de scènes qu’on a déjà vu (un procédé toujours intéressant même s’il n’a rien d’inédit). A noter qu’en terme de répartition de temps, les parties ne sont pas forcément très équilibrées (la dernière est plus courte et expéditive que les deux premières). Je ne crierais pas au chef-d’oeuvre comme j’ai pu le lire (pour moi Park Chan-Wook a fait mieux) mais il s’agit tout de même d’un très bon long-métrage qui mérite le coup d’oeil. La durée (2h30) me faisait peur et ne m’a pas aidée à devoir débloquer du temps pour aller le voir au cinéma. J’ai beau aimer Park Chan-Wook, j’avais trouvé son intéressant Thirst mais trop long (je le compare à celui-ci puisqu’il dure également 2h30). Evidemment, face à un film de 2h30, on se demande toujours si cette durée était toujours justifiée. Cela dit, contrairement à Thirst, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Tout semble couler de source et l’enchaînement des différentes parties se fait naturellement. Il faut dire que la mise en scène de Park Chan-Wook est, comme toujours, virtuose. L’histoire, qui mêle érotisme, passion et escroquerie (la recette qui tue) en elle-même est plutôt captivante. On rentre rapidement dans le coeur de l’intrigue, on nous présente d’emblée les personnages et leur rôle (a priori). Le film séduit également par son esthétisme soigné, élégant et transpirant la sensualité, thème au coeur même de l’oeuvre. Les décors, les costumes et la photographie se complètent merveilleusement bien dans cette entreprise visuelle. En y réfléchissant, Park Chan-Wook a touché des genres différents. Pourtant, sur le papier (j’ai des préjugés, c’est bien connu), avant de me lancer, j’avais du mal à l’imaginer dans un film avec un contexte et décor historique. Mais il s’en sort à merveille dans ce registre. Cela dit, comme je vous le disais, il ne s’agit pas pour moi d’un coup de coeur. Je ne sais pas si cela vient du film ou si c’est parce que je connais justement trop la filmographie de Park Chan-Wook mais j’ai rencontré un certain problème (même si encore une fois cela ne m’a pas non plus gâché mon visionnage mais je suis « obligée » de prendre en compte ce point).

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri

Le film m’a alors bien captivée sans aucun doute, en revanche il ne m’a pas non plus surprise alors qu’il est construit à partir de révélations, le but étant alors à l’origine de manipuler également les spectateurs, comme le sont les personnages. Je ne vais pas m’inventer une vie en prétendant avoir deviner tout le film mais j’avais effectivement compris le rôle de certaines scènes. Par exemple (pour ne citer que celui-ci), j’avais compris que les traces de sang sur le lit étaient issues d’une mise en scène et ne correspondaient pas à ce que le spectateur et Sookee peuvent s’imaginer. Mais au-delà de la remarque un peu simpliste de « ooohhh j’ai trouvé le comment du pourquoi, je suis trop forte, blablabla », les scènes s’enchaînent sans que je puisse avoir les réactions appropriées ou attendues. J’aurais voulu être sur le cul et avoir les yeux écarquillées à chaque révélation ou chaque nouveau point de vue. Le film est peut-être limite trop fluide et logique. Je tenais aussi à m’exprimer sur les scènes de sexe qui ont tout de même leur importance. Elles ont pour moi leur place dans le film puisque l’histoire tourne autour du désir, de la passion et de la naissance des sentiments entre deux personnages qui n’auraient rien à faire a priori ensemble (différences de sexe, pays, origine sociale et manipulations l’une envers l’autre). Cela dit, même si je comprends tout à fait la démarche du réalisateur de nous remontrer la scène d’un autre angle, comme il a pu le faire sur d’autres scène (le premier montre l’apprentissage de ce désir, le second plutôt l’explosion et la spontanéité des relations charnelles), je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une part de surenchère. Les scènes ne sont pas pourtant choquantes (nous ne sommes pas dans La Vie d’Adèle non plus), pas non plus vulgaires, on est dans quelque chose d’érotique et de sensuel. Mais comme dans Thirst (oui, on en revient toujours à lui), je me suis posée cette question concernant cette limite et généralement (en ne prenant pas systématiquement ce genre de scènes) Park Chan-Wook est un réalisateur qui tombe parfois dans certains excès. Et j’ai trouvé parfois qu’on n’en était pas si loin (mais après ça n’engage que moi) en étirant justement ces scènes en question – cela ne me semblait pas utile pour comprendre les réactions des personnages. Cela dit, ça reste pour moi un petit bémol qui ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. Au-delà de ses nombreuses qualités, aussi bien narratives que techniques (même pour ces fameuses scènes de sexe), Mademoiselle bénéficie d’un excellent casting.

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee

S.O.S. Fantômes (2016)

réalisé par Paul Feig

avec Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon, Leslie Jones, Chris Hemsworth, Charles Dance, Neil Casey, Michael K. Williams, Andy Garcia, Cecily Strong, Ed Begley Jr., Bill Murray, Dan Aykroyd, Sigourney Weaver, Ernie Hudson, Annie Potts, Ozzy Osbourne…

titre original : Ghostbusters

Comédie fantastique américaine. 2h. 2016.

sortie française : 10 août 2016

Movie Challenge 2017 : Une comédie

Erin et Abby écrivent ensemble un livre sur des phénomènes paranormaux. Mais l’ouvrage n’ayant aucun succès, elles tentent de reprendre une vie normale. Des années plus tard, les deux femmes renouent quand leur œuvre est sur le point d’être rééditée. Devenue une enseignante respectée, Erin ne veut plus en entendre parler. Pour annuler la publication, elle accepte d’aider sur Abby, qui travaille maintenant avec Jillian, sur une enquête paranormale. Là, elles sont confrontées à un fantôme. Elles décident alors de créer une agence de détectives spécialisée et tentent de développer des armes pour lutter contre l’invasion d’esprits qui se prépare… (résumé : Télérama)

S.O.S. Fantômes : Photo Kate McKinnon, Kristen Wiig, Leslie Jones (II), Melissa McCarthy

Je ne vais pas clamer haut et fort que je suis une fan absolue de Ghostbusters. Mais comme beaucoup de cinéphiles (et de spectateurs tout simplement), j’aime énormément le premier opus d’Ivan Reitman. J’ai découvert ce film culte enfant et j’aime le revoir dès qu’il est rediffusé à la télé. J’avoue que j’aime moins le deuxième opus (même si je le trouve tout de même très sympathique). S’attaquer à un reboot d’un film aussi culte (et débarquant des années après) était une tâche compliquée. J’étais moi-même très sceptique de voir ce projet (surtout quand on voit l’état actuel d’Hollywood sans inspiration qui ne fait que recycler de vieux films ou n’offre que des suites). J’avais aussi peur qu’on nous colle des femmes au casting pour parce qu’il fallait mettre des femmes (même si c’est une très bonne chose que Hollywood se réveille enfin), sans qu’il y ait derrière une démarche intéressante. Cela dit, les trop grandes remarques sexistes et même racistes à l’encontre du film (et de l’actrice Leslie Jones) avant même qu’il sorte dans les salles étaient vraiment violentes et rien que pour cette raison, j’avais finalement envie de soutenir ce projet même si encore une fois je n’étais pas rassurée. J’aime énormément Mes Meilleures Amies (Bridesmaids), j’apprécie Spy et Les Flingueuses qui m’ont également provoqué quelques fous rires et dans l’ensemble la nouvelle génération du Saturday Night Live (SNL pour les intimes) me séduit. Voir Paul Feig derrière la caméra réunissant Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon et Leslie Jones me réjouissait. Finalement, les critiques n’ont pas été désastreuses contrairement à ce qu’on attendait. Même des critiques sceptiques à l’origine (comme je l’étais) par le projet semblent avoir apprécié ce nouveau Ghostbusters. Bref, j’étais donc à la fois curieuse et un poil effrayée. Sans crier au chef-d’œuvre (il a ses imperfections), ce nouveau Ghostbusters m’a clairement plu et m’a agréablement surprise. Il n’a pas la prétention de faire oublier les films de Reitman, il assume ses clins d’œil, ses scènes parfois reprises des précédents volets et même ses sympathiques et rassurants caméos (Bill Murray, Dan Aykroyd, Annie Potts, Ernie Hudson, Sigourney Weaver et même le regretté Harold Ramis sous forme de statue !). Je n’ai pas eu la sensation qu’il cherchait à copier, juste de tenter de proposer une comédie différente par son ton (plus graveleux et potache) et les traits de son époque (la technologie – notamment Youtube – s’intègre dans le récit).

Bref, on respecte l’univers original tout en ajoutant sa touche personnelle et sa modernité. J’avais peur que le film soit trop nostalgique : il l’est certainement par moments mais il n’en abuse pas non plus. Je ne m’en suis jamais cachée : les comédies de Paul Feig me plaisent : cela fait du bien, dans le cadre de films à gros budget, de voir la femme valorisée. Pour moi, ce nouveau volet est bien une ode aux femmes fortes, solidaires, drôles, intelligentes, culottées  et indépendantes, le tout sans être un pamphlet qui aurait pu être pénible. Dans un film plus traditionnel, on aurait pu s’attendre à certains schémas du type l’une des héroïnes tombe amoureuse d’un beau gars fort et intelligent. Il n’y a pas d’histoire d’amour et le bonhomme séduisant présent est un pur idiot qui ne sait même pas ce qu’il fout là et porte des lunettes sans verre pour éviter de les salir : cette inversion des rôles (le secrétaire en question reprend le stéréotype habituel de la jeune potiche bêbête séduite par ses partenaires masculins) est donc assez pertinente. Esthétiquement, le film joue parfois avec le kitsch (comme pour rendre hommage à la saga très 80s) mais paradoxalement il est aussi bien foutu (en tout cas les effets spéciaux m’ont convaincue). Le petit reproche pourrais-je donc faire à ce Ghostbusters ? L’ensemble est divertissant mais j’ai parfois senti quelques baisses de rythme. Le casting est vraiment très bon, tirant véritablement le film vers le haut. Kristen Wiig s’en sort très bien dans le rôle de la scientifique coincée qui se retrouve dans des situations improbables. Et ses retrouvailles avec Melissa McCarthy, qui joue certes toujours grosso modo la même chose (mais je ne m’en lasse parce que la voir déblatérer autant de conneries à la seconde) mais qui est toujours aussi drôle, sont juste pour moi un pur bonheur. Leur complicité saute vraiment aux yeux ! Kate McKinnon (connue ces derniers temps pour ses imitations d’Hilary Clinton) est certainement une des très bonnes surprises de ce film, on peut même parler de révélation. Je ne pense pas être la seule à avoir eu un coup de cœur pour elle ! Leslie Jones complète bien ce quatuor assez équilibré même si elle est un peu plus en retrait et débarque plus tard dans l’histoire (je n’ai pas eu l’impression qu’il y en avait une qui tirait la couverture). Chris Hemsworth est également hilarant et irrésistible dans le rôle d’un bel abruti et j’espère que nous le verrons davantage dans un registre comique. Pour conclure, ce Ghostbusters au féminin est une bonne surprise qui ne mérite ni son lynchage ni son échec dans les salles obscures.

S.O.S. Fantômes : Photo Chris Hemsworth

The Secret Life of Words

réalisé par Isabel Coixet

avec Sarah Polley, Tim Robbins, Javier Cámara, Eddie Marsan, Julie Christie, Leonor Watling…

Drame, romance espagnol, irlandais. 1h55. 2004.

sortie française : 19 avril 2006

Movie Challenge 2017 : Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion 

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Un lieu isolé au milieu de la mer. Une plateforme pétrolière où ne vivent que des hommes, ceux qui y travaillent, et où vient d’avoir lieu un accident.
Une femme mystérieuse et solitaire, essayant d’oublier son passé, débarque sur la plateforme pour soigner un homme qui a temporairement perdu la vue. Entre eux se crée une étrange intimité, un lien fait de secrets, tissé de vérités, de mensonges, d’humour et de souffrance, qui ne les laissera pas indemnes et changera leur vie.

The Secret Life of Words avait remporté quatre Goyas (l’équivalent des César espagnols) en 2006 dont meilleur film, meilleure réalisatrice et meilleur scénario original. Produit par les frères Almodovar (la présence de Javier Camara est certainement liée à la présence des Almodovar dans la production), ce long-métrage tourné en langue anglaise marque aussi les retrouvailles de la réalisatrice Isabel Coixet avec l’actrice canadienne Sarah Polley après Ma vie sans moi (également produit par Pedro Almodovar). Il s’agit d’une jolie surprise qui mérite le coup d’œil. Pourtant, au départ j’étais assez sceptique : je m’attendais à un film assez pénible et ennuyeux : il faut avouer qu’un film se déroulant sur une plateforme pétrolière n’est pas ce qui lui a de plus attirant avec en plus un personnage principal qui ne cause pas des masses. Heureusement, ce ne fut pas le cas. Il dure presque deux heures mais je ne me suis pas ennuyée, je suis rentrée petit à petit dans l’histoire et j’avais envie de connaître les secrets des personnages, surtout celui d’Hanna (vu qu’on connait celui de Josef assez rapidement). Hanna est un personnage absolument bouleversant notamment par ses différents sens. Elle nous touche quand elle décide de ne plus rien écouter et de s’isoler en éteignant son appareil auditif. Elle nous intrigue quand elle mange comme quatre les délicieux plats de Simon, un cuisinier qui tente de donner du bonheur aux braves marins qui, eux-mêmes cachent leurs petits secrets (la nourriture semble aussi représenter littéralement une sorte d’appétit sexuel). Elle est émouvante quand elle décide de parler et même de se confier à Josef même quand elle ne dit pas totalement la vérité : des indices assez subtils permettent de comprendre la vérité face à des propos modifiés. Ce n’est pas donc pas toujours évident de capturer le non-dit sans tomber dans certains pièges mais Isabel Coixet relève ce défi haut la main. De plus, l’opposition entre Hanna et Josef aurait pu être très lourde : lui est un grand baraqué temporairement aveugle qui parle beaucoup, elle est toute frêle, sourde et silencieuse. Pourtant, cette opposition apparaît également avec habilité et même mieux : elle se transforme en complémentarité. Les sens sont alors un moyen pour les personnages de se réfugier suite à des histoires douloureuses et difficiles à exprimer.

The Secret Life of Words est un film d’une grande pudeur sachant pourtant exprimer l’indicible. Il a su allier histoire intime et Histoire avec un grand H (ici, on évoque la guerre des Balkans). Il trouve également un très bon équilibre entre les différentes émotions qu’il veut relever chez le spectateur. Il aurait pu être larmoyant et plombant, ce n’est pas du tout le cas. Ce film touche parce qu’il sonne vrai et juste que ce soit dans les dialogues ou encore les réactions des personnages. Il bouleverse également parce qu’il a su prendre en compte la place de la souffrance tout en offrant un minimum de l’espoir à ses personnages. Ainsi, la vie continue : les blessures ne pourront jamais totalement disparaître mais elles pourront tout de même être atténuées, la possibilité d’un bonheur et d’un avenir restant possible. On n’a pas besoin d’entendre ni de voir l’horreur qu’un individu peut vivre mais justement le fait qu’on n’en sache pas trop permet aux spectateurs de « visualiser » ce que personne ne voudrait voir. Le scénario m’a donc convaincue : on nous raconte finalement une belle histoire avec une apparente simplicité et efficacité mais qui est plus complexe qu’elle en a l’air jouant sans cesse avec une véritable intelligence avec les oppositions et les paradoxes. La place des dialogues et non-dialogues a aussi son importance, que ce soit pour appréhender les personnages ou encore pour évoquer le passé : Josef parle beaucoup pour ne pas dire la vérité, Hanna, elle, est dans l’incapacité de dire la vérité et doit utiliser des stratagèmes pour dire sa vérité (par exemple, quand elle évoque, dans une scène déchirante, un épisode qu’elle a vécu en utilisant la troisième personne). La mise en scène d’Isabel Coixet est en même temps sobre et délicate. A noter aussi l’importance du lieu assez particulier : une plateforme pétrolière. Cet endroit en question, assez dangereux, crée une sorte de huis-clos qui renforce l’isolement des personnages, isolement qui permet paradoxalement aussi à Hanna et Josef de se rapprocher et d’apprendre à communiquer, que ce soit verbalement ou par d’autres moyens. De plus, différentes nationalités se côtoient sur ce bateau : là encore, difficile de ne pas voir le parallèle entre les langues pratiquées par les quelques individus sur ce bateau et le sujet de la communication. L’actrice (et réalisatrice) canadienne Sarah Polley prouve qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération. Je regrette qu’on ne la voit pas plus souvent au cinéma. Elle aurait pu rendre son personnage glauque, pourtant, sans jamais en faire des tonnes ni tomber dans une certaine caricature, elle reste gracieuse et lumineuse. Tim Robbins est également comme souvent excellent dans le rôle a priori d’un grincheux mais qui a un grand coeur. Le couple Polley-Robbins fonctionne également : on a envie de voir leur couple triompher sur les blessures de la vie. Enfin, les seconds rôles, que ce soit Javier Camara, Eddie Marsan ou encore Julie Christie, sont également très bons.

The Secret life of words : Photo Sarah Polley

Alabama Monroe

réalisé par Felix Van Groeningen

avec Johan Heldenbergh, Veerle Baetens, Nell Cattrysse…

titre original : The Broken Circle Breakdown

Drame belge. 1h50. 2012.

sortie française : 28 août 2013

Didier et Élise vivent une histoire d’amour passionnée et rythmée par la musique. Lui, joue du banjo dans un groupe de Bluegrass Country et vénère l’Amérique. Elle, tient un salon de tatouage et chante dans le groupe de Didier. De leur union fusionnelle naît une fille, Maybelle qui tombe un jour malade…

Alabama Monroe : Photo Johan Heldenbergh, Veerle Baetens

Alabama Monroe est adapté de la pièce de théâtre The Broken Circle Breakdown Featuring the Cover-Ups of Alabama, écrite par Johan Heldenbergh et Mieke Dobbels. Nommé aux Oscars dans la catégorie « meilleur film en langue étrangère » (battu cette année-là par La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino), il a remporté en France le César du meilleur film étranger. Le titre original fait référence au groupe dans lequel jouent et chantent Didier et Elise. Elise est tatoueuse et se tatoue donc le corps à chaque nouvelle histoire d’amour. Didier, qui refuse d’avoir des tatouages, est passionné par le bluegrass, une sorte de variante de la country. Que signifie alors le titre français, Alabama Monroe ? Je précise que je ne spoile pas étant donné qu’on connait rapidement cette information dans le film (j’ai même envie de dire que c’est dans le synopsis) : le couple atypique formé par Elise et Didier perd leur fille Maybelle d’une leucémie. Elise, dans un délire spirituel après le décès de sa fille, change son nom en Alabama (en référence à l’état américain) et, dans un élan ironique, Monroe désigne la nouvelle identité de Didier (ici un clin d’œil à Bill Monroe, à l’origine du développement du bluegrass). Les deux titres sont donc intéressants (pour une fois, on ne jettera pas la pierre aux traducteurs) : la version originale met en avant l’importance de la musique pour les deux protagonistes principaux dans les différentes étapes de leur existence (la scène finale, très émouvante, est particulièrement parlante en ce qui concerne ce point en question). Le titre français privilégie plutôt l’union éternelle du couple d’une autre manière malgré une destruction inévitable. Alabama Monroe est en tout cas une belle réussite même s’il a selon moi ses défauts. Le montage est ce qui nous frappe le plus : par ce moyen, sa narration est volontairement déstructurée. J’y vois presque une sorte de connexion littérale avec le titre original de l’œuvre : il y a en tout cas une idée de circularité qui se brise, les choses ne se déroulant pas comme on le souhaiterait. Cela dit, si on comprend la démarche du réalisateur, ce montage ne fait pas toujours son petit effet (même si dans l’ensemble ce n’est pas non plus la catastrophe – encore une fois, j’ai aimé ce film). Je l’ai juste parfois trouvé confus, un peu en mode « n’importe quoi » par moments. Je me méfie toujours un peu de ces montages déstructurés qui peuvent être un moyen de cacher un scénario parfois faible. Cela dit, heureusement, le scénario est tout de même plutôt bon, le montage avec ses défauts n’apparaît pas comme un cache-misère.

Alabama Monroe : Photo Veerle Baetens

Certes, on nous présente une histoire assez classique (un couple qui traverse une insurmontable épreuve), proche par exemple de La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli (un couple qui s’aime au début sur fond de pop, un gamin qu tombe gravement malade, le couple qui en ressort détruit). Nous prenons tout de même un certain « plaisir » (je ne sais pas si c’est le mot le plus approprié) à la découvrir. Les personnages sont également attachants ayant une réelle épaisseur psychologique. De plus, leurs interprètes, Veerle Baetens (récompensée par un European Film Award) et Johan Heldenbergh (ce dernier étant le leader du véritable groupe The Broken Circle Bluegrass), sont remarquables. Ils sont évidemment très bons individuellement mais on croit aussi complètement à leur couple. Alabama Monroe bénéficie également d’une très belle mise en scène, qui a su prendre en compte les différentes émotions présentes dans le long-métrage (la douleur et le lyrisme). Le parallèle avec les Etats-Unis (qui permettent à ce couple de s’unir via la musique) est plutôt pertinent : ce pays représente aussi bien une forme de liberté et d’utopie que la désillusion (notamment avec des images à la télévision des tours du World Trade Centre s’écroulant comme le couple Elise-Didier). Il y a aussi tout le long du film (d’où aussi certainement ce montage en question) une idée de mort qui plane en permanence, comme si cette épreuve traversée par le couple était inévitable. On pense notamment à la présence de cet oiseau qui se heurte à la « terranda » (un mix entre la véranda et la terrasse) : il y a même une rencontre entre cette représentation de la mort et la petite Maybelle qui ne pourra pas échapper à son propre décès, comme s’il s’agissait d’une prédiction, d’un coup fatal du destin. Le film a beau avoir ses moments « joyeux » avec ses scènes musicales, ne pas être tire-larmes, il est pourtant tragique et ce point en question est très bien exploité. Malgré ses imperfections, Felix Van Groeningen (La Merditude des Choses, Belgica) signe un film bouleversant voire même par moments éprouvant. Alabama Monroe fait fusionner (à l’image du couple) avec une virtuosité parfois fragilisée l’amour et la mort sans jamais tomber dans le larmoyant ou too much (les séquences musicales alors qu’il aurait pu facilement tomber dans des pièges grossiers. Je ne sais pas du tout ce que donnait la pièce sur scène mais on n’a jamais l’impression d’assister à du théâtre filmé (ce qui n’est pas toujours évident) alors que le thème du spectacle est pourtant bien repris dans le long-métrage, donnant corps à l’intense histoire d’amour et histoire tout court d’Elise et Didier.

Alabama Monroe : Photo Veerle Baetens

Lion

réalisé par Garth Davis

avec Dev Patel, Sunny Pawar, Nicole Kidman, Rooney Mara, David Wenham, Priyanka Bose…

Drame, biopic, aventure américain, australien, britannique. 1h58. 2016.

sortie française : 22 février 2017

Une incroyable histoire vraie : à 5 ans, Saroo se retrouve seul dans un train traversant l’Inde qui l’emmène malgré lui à des milliers de kilomètres de sa famille. Perdu, le petit garçon doit apprendre à survivre seul dans l’immense ville de Calcutta. Après des mois d’errance, il est recueilli dans un orphelinat et adopté par un couple d’Australiens.
25 ans plus tard, Saroo est devenu un véritable Australien, mais il pense toujours à sa famille en Inde.
Armé de quelques rares souvenirs et d’une inébranlable détermination, il commence à parcourir des photos satellites sur Google Earth, dans l’espoir de reconnaître son village.
Mais peut-on imaginer retrouver une simple famille dans un pays d’un milliard d’habitants ?

Lion : Photo Dev Patel, Rooney Mara

Nommé six fois aux Oscars dont dans la catégorie « meilleur film », Lion fait partie des bonnes surprises de ce début d’année. Pourtant on pouvait craindre le pire : sur le papier, ce film, très vite comparé à Slumdog Millionaire (il a été nommé aux Oscars, ça se passe en Inde avec tout ce qu’on connait de là-bas, Dev Patel est au casting… bref, tout de suite les raccourcis), pouvait être très lourdingue. On ne va pas se mentir, ce premier long-métrage de Garth Davis (qui a réalisé quatre épisodes de la première saison de Top of the Lake) est assez académique et veut clairement nous tirer quelques larmes (visiblement cela a fonctionné sur certains spectateurs présents dans ma salle). Il a aussi ses quelques défauts. En effet, même si je ne me suis pas ennuyée (le film m’a même plutôt captivée), il me semble qu’il y a un déséquilibre entre les deux grandes parties, c’est-à-dire entre l’enfance de Saroo en Inde et sa vie à l’âge adulte en Australie. Je précise que je n’ai pas pu chronométrer,  je parle ici de ressenti, à me confirmer alors concernant cette organisation temporelle. J’ai eu l’impression que la première partie prenait bien son temps (ce qui est souvent justifié vu que beaucoup d’éléments seront repris pour l’enquête personnelle du personnage principal) tandis que la seconde (qui se déroule pourtant bien sur plusieurs années) m’a semblé un peu trop rapide par rapport à ce contenu. Cela dit, je ne vais pas non plus cracher sur ce film. Oui, il veut émouvoir ses spectateurs et même s’il n’est pas toujours subtil de ce côté-là (notamment avec les images d’archive avec le véritable Saroo et ses familles – même si je trouve ça choupi aussi), l’émotion est tout de même bien présente (non, je n’ai pas pleuré mais le film ne m’a pas laissée indifférente, loin de là). Lion est tiré de l’histoire vraie de Saroo Brierley, ce dernier l’ayant relatée dans son ouvrage Je voulais retrouver ma mère (A Long Way Home) publié en 2013. Cet aspect biographique ajoute aussi certainement à l’émotion voire même à ce côté tire-larmes facilement reprochable. Cela dit, on a quand même envie de dire : quelle histoire ! Je ne suis pas étonné qu’elle ait pu séduire Hollywood. Même s’il y a selon moi quelques déséquilibres, le scénario adapté par l’auteur australien Luke Davies (son nom ne vous dira peut-être rien mais un de ses romans, Candy, avec Heath Ledger et Abbie Cornish, avait été adapté au cinéma en 2006) retrace bien une histoire passionnante qui interroge sur la question des liens familiaux et qui met aussi en avant une triste réalité en Inde (même s’il ne s’agit pas non plus d’un scoop mais c’est tout de même bien d’en parler).

Lion : Photo Abhishek Bharate, Sunny Pawar

La mise en scène m’a agréablement surprise : elle est assez intéressante surtout dans le cadre d’une production assez « académique » et en plus il s’agit d’un premier long-métrage. Garth Davis parvient à saisir cette Inde trop grande pour un petit garçon, et hélas très pauvre, avec tout ce qui suit derrière (notamment la traite des enfants). J’avais peur qu’on tombe dans le misérabilisme, je dirais juste que Davis filmer ce pays sans concession. Et certaines scènes font mine de rien leur petit effet, on a parfois froid dans le dos. Ce travail de mise en scène également cohérent avec le très beau travail esthétique. Certes, on pourra toujours dire qu’il s’agit d’une sorte de grande pub pour Google Earth mais ce choix de photographie qui valorise très bien les espaces et aussi l’idée d’un voyage, qu’il soit géographique ou plus « métaphorique » : un voyage avec les souvenirs permettant de revenir aux sources. Ce plein de couleurs vives est logique pour filmer l’Inde et plus généralement le voyage. Je crois aussi que ce choix permet de créer une sorte de bulle pour le personnage principal face à ses souvenirs dans ce récit terriblement vrai. Dev Patel, récompensé par un BAFTA du meilleur acteur second rôle et nommé aux Oscars (et j’aurais préféré qu’il le remporte face au lauréat de Moonlight), est excellent dans le rôle de Saroo adulte. Il est à la fois si solaire et désespéré, il transmet beaucoup de sentiments et de questionnements d’une scène à l’autre; surtout, il parvient à exprimer son état obsessionnel. Le petit Sunny Pawar (Saroo enfant) porte bien son prénom : ce gamin est vraiment lumineux et naturel ! Malgré sa choucroute orange indescriptible et son Botox qui a massacré son visage (si joli autrefois), Nicole Kidman livre également une très bonne performance. Son personnage est déjà d’une grande humanité et son interprétation permet aussi de révéler ses faiblesses et blessures. Je regrette juste qu’on ne voit pas suffisamment le toujours aussi bon David Wenham et surtout la fascinante Rooney Mara. Pour conclure, Lion aurait pu être plombé par certains défauts, il est certain qu’il n’est pas parfait. Il remplit tout de même pour moi ses charges, en abordant avec aisance certains thèmes (les liens familiaux, la question des origines et de l’identité pour se construire, le rôle du numérique qui a son utilité ou encore les conséquences de la pauvreté, capable aussi de détruire une famille). Il aurait pu être superficiel mais il évite de tomber dans ce piège. Larmoyant, il l’est peut-être. Il reste tout de même émouvant grâce à une histoire finalement bien racontée. Bref, le film n’a rien de révolutionnaire mais pourtant je l’ai trouvé à sa manière assez bon.

Lion : Photo Nicole Kidman, Sunny Pawar

Le Verdict

réalisé par Sidney Lumet

avec Paul Newman, Charlotte Rampling, Jack Warden, James Mason, Milo O’Shea…

titre original : The Verdict

Drame américain. 2h. 1982.

sortie française : 16 février 1983

Avocat déchu et alcoolique, Frank Galvin racole ses clients dans les salons funéraires jusqu’au jour où il accepte de travailler sur l’affaire d’une jeune femme victime d’une erreur médicale et plongée dans le coma. Ce dossier qui risque de provoquer un scandale et de nuire à la réputation de l’hôpital, va être pour l’avocat l’occasion de retrouver sa dignité… ou de la perdre définitivement.

Le Verdict, nommé à cinq reprises aux Oscars dans les plus importantes catégories, est une adaptation du roman éponyme de Barry Reed, un ancien avocat. Cela peut expliquer la précision du scénario lorsqu’il aborde certains aspects juridiques. Sidney Lumet a été révélé par l’excellent Douze hommes en colère, certainement une des références du film du procès, un genre pas si évident à appréhender (pour ma part, j’aime énormément les films appartenant à ce genre). Comment rendre une oeuvre cinématographique alors que les films de procès partent toujours dans certains bavardages ou ont souvent un aspect assez théâtral (le métier d’avocat étant lui-même théâtral) ? Sidney Lumet réussit en tout cas parfaitement son pari. A travers ce film de procès, le réalisateur livre un portrait d’un homme en quête de rédemption par l’art de la justice de la quête de la vérité. Au début du long-métrage, Frank Galvin est un odieux personnage au fond du trou, passant plus de temps au bar à se bourrer la gueule et à s’inviter dans des enterrements pour racoler ses clients. On sait également qu’il avait failli être radié du barreau quelques années auparavant suite à une affaire qui a mal tourné. Le scénario, plutôt bien écrit et construit, cerne les différentes étapes de l’évolution de Frank dans son envie de se relever. La première partie expose la vie désastreuse de Frank. Ce dernier accepte une affaire proposée par son ancien partenaire Mickey. Il n’est pas censé la perdre : suite à une erreur d’anesthésie, Deborah Ann Kaye, qui devait accoucher à l’hôpital Ste-Catherine, a sombré dans un coma profond dont elle ne pourra pas s’en sortir. Sa soeur et son beau-frère ne cherchent pas au début à poursuivre les médecins coupables et veulent surtout une indemnisation. Pour résumer, Frank devra négocier une transaction et accepter le chèque de l’Archevêché de Boston qui est à la tête administrative de l’hôpital. Arrive alors la seconde étape : Frank n’accepte plus l’affaire par intérêt. Il a un déclic en « rencontrant » la victime à l’hôpital. Le goût de la vérité et de la justice finit par ressortir chez ce personnage qui se met à bosser pour de bon. Il refuse les dommages et intérêts prévus et compte mener une vraie bataille contre l’hôpital (défendu par un puissant cabinet d’avocats n’hésitant pas à user de stratagèmes douteux) en décidant d’aller au procès. Enfin, la troisième phase concerne la recherche d’un témoin clé qui devrait faire éclater la vérité : le procès trouvera alors son issue. Parallèlement à ce récit principal, notre personnage principal rencontre une certaine Laura Fischer.

Certes, Laura joue un petit rôle dans l’affaire que traite Frank. Surtout, ce personnage est surtout une sorte de reflet de la vie privée de Frank. Sa fonction de mise en parallèle avec un autre personnage aurait pu être gênant mais Laura ne se contente pas d’être un personnage-fonction. La scène finale (avec Laura qui téléphone à Frank) est très intéressante dans le sens où elle confirme pour de bon ce que va devenir Frank après cette affaire. Cette construction narrative, même si elle est structurée logiquement, m’a au début déstabilisée, comme si le film prenait un peu trop son temps pour installer son intrigue. Mais une fois qu’on a passé cette fameuse deuxième étape dans le récit, on comprend mieux où le film, qui devient de plus en plus captivant, nous amène. Comme le personnage principal, le spectateur prend conscience de certaines choses et a aussi envie de s’investir davantage dans l’affaire. La mise en scène est remarquable : solide, elle sait saisir l’espace d’une cour de justice tout en prenant en compte la place de son personnage. Ce point en question traduit bien également le travail des scénaristes qui ont su mettre en avant ce rapport entre un individu face à un système bien trop grand pour lui. A noter aussi un travail intéressant concernant la photographie et plus particulièrement l’éclairage. En effet, Lumet avait demandé à son directeur de la photo de s’inspirer du travail de Le Caravage. Effectivement, ce procédé de clair-obscur est bien présent dans le long-métrage et a un impact sur la manière de valoriser les lieux et décors. Paul Newman est impeccable dans le rôle de Frank Galvin, un personnage charismatique, profond, complexe et attachant. Son évolution au fil du film le rend encore plus humain. Il a clairement ses défauts : au-delà de noyer son mal-être dans l’alcool, même lorsqu’il veut retrouver sa dignité et pense certainement à la victime qu’il défend, il agit aussi par égoïsme : ce personnage touche parce qu’il n’est pas idéalisé. James Mason, dans l’un de ses derniers rôles de sa carrière, interprète avec intensité le rôle de l’avocat de la partie inverse. Charlotte Rampling est également convaincante dans le rôle de cette femme énigmatique et torturée. A noter également au casting la présence de Jack Warden et Ed Binns, qui faisaient partie du casting de Douze hommes en colère, ou encore les courtes présences de Bruce Willis et Tobin Bell ! Le Verdict est donc un film puissant et captivant à découvrir. On suit avec intérêt le portrait d’un homme qui retrouve foi devant une justice qui elle, justement, n’est pas toujours à la hauteur et s’éloigne de ce qui la définit.

Le Verdict : Photo Paul Newman, Sidney Lumet

Juste la fin du monde

réalisé par Xavier Dolan

avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux…

Drame canadien, français. 1h39. 2016.

sortie française : 21 septembre 2016 (7 février 2017 en dvd)

Un grand merci à Cinetrafic (dans le cadre de Dvdtrafic) qui propose des listes de films :

Et aussi merci à Diaphana (et sa page Facebook)

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Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.
Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel, Nathalie Baye

On aime ou on n’aime pas les films de Xavier Dolan (chez moi, c’est très aléatoire), le jeune réalisateur québécois a le mérite de ne pas laisser son public indifférent. Juste la fin du monde, une adaptation d’une pièce de Jean-Luc Lagarce (Dolan avait déjà adapté une de ses pièces avec Tom à la ferme) a su toucher le jury de Cannes présidé par le réalisateur australien George Miller. En revanche, la presse a été moins tendre avec Dolan, ce qui blessera au passage ce dernier (comme souvent). Le film a suscité une sorte de curiosité pas uniquement à cause de son prix ou de la carrière déjà solide de Dolan : son casting de grandes stars françaises l’a également aidé à trouver son public. Pour ma part, sans vouloir cracher sur elles à tout prix, je ne suis pas spécialement fan des acteurs du film, certaines d’entre elles m’ont même tendance à m’agacer la plupart du temps. Vu qu’avec Dolan, j’aime ses films une fois sur deux, le début du film m’a fortement inquiétée pour être honnête. La liste des potentiels défauts apparaît alors très rapidement : gros plans (le truc qui m’épuise selon les films, n’est-ce pas Kechiche ?), effet théâtral, personnages qui semblent clichés, hystérie et disputes en vue, évocation de la maladie etc. De plus, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la série Six Feet Under (même si finalement il s’agit d’un schéma assez courant) : juste une mère encore à la tête de la famille, un frère homosexuel (on pense à David Fisher) et qui revient chez lui après es années d’absence (comme Nate Fisher) et une soeur (à la Claire Fisher) un peu rebelle sur les bords qui connait très mal son frère aîné. Durant une bonne première partie du film, l’intrigue s’installe, on apprend à connaître les personnages mais en terme d’intrigue, on ne peut pas dire qu’on soit très avancé à ce stade du film. Finalement, petit à petit, je me suis surprise à être captivée par ce long-métrage, à me sentir concernée par le sort des personnages, à être bouleversée tout simplement. Je ne sais pas comment a fait Dolan pour réussir à montrer autant de vrai alors que tout aurait pu sonner très faux. Même si je n’aime pas nécessairement tout ce qu’il fait (même si encore une fois j’adore aussi certains de ses films), on doit aussi lui reconnaître une maturité pour comprendre les gens et les relations entre eux, notamment familiales.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel

On peut aussi reconnaître à Xavier Dolan une autre qualité, qui me semble très importante pour un réalisateur voire même pour un artiste tout simplement : il sait traiter des thèmes qui lui sont chers depuis le début de sa carrière (l’homosexualité, la différence et surtout les relations familiales voire même les relations entre mère et fils) tout en essayant de se renouveler. Mine de rien, il y arrive. Je ne me dis jamais avec lui (pour l’instant) qu’il fait systématiquement la même chose (même lorsque je n’apprécie pas nécessairement une de ses oeuvres). De plus, Dolan a déjà travaillé sur un texte de Lagarce, sur le travail d’adaptation d’une pièce théâtre. Pourtant, j’ai trouvé le résultat différent de Tom à la ferme. Est-ce lié au travail d’origine de Lagarce (vu que Dolan a tenu à conserver les dialogues originaux) ? Il faut en tout cas savoir que la pièce de Lagarce (qui avait été au programme du baccalauréat et même de l’agrégation pour la petite anecdote) avait une dimension autobiographique : il l’a écrite en se sachant atteint par le sida. Même sans connaître cette information, on sent qu’il y a un quelque chose de vrai dans ce qui est écrit. Finalement, j’en suis arrivée à la conclusion suivante : toutes les choses qu’on pourrait reprocher à Juste la fin du monde (reproches compréhensibles) seraient certainement volontaires et assumées par Dolan. Certes, les choix adoptés par le réalisateur québécois pourront fortement déplaire à certains spectateurs. Ils auraient pu me déplaire. On peut voir les ficelles, où Dolan veut en venir par les différents procédés qu’il met en place. Son film a quelque chose qui a l’air « simple » (et effectivement, il est accessible) et pourtant, par ces fameux procédés, il est bien plus complexe qu’il en a l’air. Dolan signe alors une oeuvre forte autour de la mort, pas uniquement physique. Il parle de la mort de la communication et pire que cela : la mort de la famille. Le langage ne passe pas uniquement par des dialogues extrêmement bien écrits : les plans, les personnages par leur stéréotype et leur apparence outrancière ou encore les choix musicaux (la playlist de Dolan reste toujours aussi pertinente et significative, contrairement à ce qu’on pourrait croire) pour ne citer que ces exemples en question sont finalement eux aussi un langage à part pour traduire ce problème de communication.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel, Léa Seydoux, Marion Cotillard, Nathalie Baye, Vincent Cassel

Par ailleurs, la fin du film m’a beaucoup plu, inattendue, et donnant encore plus de sens à un propos finalement universel. Il est intéressant d’observer (comme dans les autres films de Dolan, quand je vous dis qu’il reste cohérent avec ses précédents longs-métrages) un jeu avec le temps : on ne peut pas déterminer l’époque exacte. Le film peut très bien se dérouler de nos jours tout comme il pourrait visiblement se dérouler dans les années 90. Encore une fois, la musique a son importance tout comme le choix des costumes, voire même la photographie, lumineuse, qui donne parfois cette impression d’être dans un temps pasé. Enfin, Xavier Dolan est aussi un excellent directeur d’acteurs. Le film a d’énormes qualités, les interprétations en font partie, tirant encore plus l’ensemble vers le haut. Sur le papier, je n’aime pas vraiment les acteurs présents, en tout cas je ne vais pas voir un film pour eux. Je les ai trouvés tous très bons, que ce soit individuellement ou collectivement, alors que, paradoxalement, ils représentent une famille éclatée. J’ai même eu l’impression que Dolan avait réussi à transformer leurs défauts ou tics (pour moi) en un atout. Gaspard Ulliel m’a agréablement surprise dans le rôle principal, il est bouleversant, livrant une interprétation d’une grande sensibilité et subtilité. Pour être honnête, je serais vraiment heureuse qu’il remporte le César du meilleur acteur. J’ai l’impression d’avoir redécouvert cet acteur. Vincent Cassel me faisait peur, peur qu’il cabotine, qu’il soit dans son show. Les premières minutes m’ont effrayée. Mais petit à petit, l’acteur livre une performance sensible. Par ailleurs, je pourrais dire la même chose concernant Nathalie Baye : on redoute le côté show (notamment par son look outrancier) et au fil du film, elle dévoile quelque chose de plus profond. Marion Cotillard touche et étonne par sa grande douceur, sa timidité et sa sensibilité. Par ailleurs, elle fait aussi un très bon travail de langage (par son bégaiement) qui parait crédible à l’écran. Pour terminer, j’admets avoir encore eu du mal à Léa Seydoux : j’ai toujours l’impression qu’elle récite encore son texte, sa voix m’indique toujours une sorte de décalage. Cela dit, dans les scènes de dispute (durant la seconde partie), alors qu’elle aurait pu facilement être dans ce fameux décalage, être dans le surjeu, elle est étonnamment d’une grande justesse.

Juste La Fin Du Monde : Photo Marion Cotillard

The Nice Guys

réalisé par Shane Black

avec Russell Crowe, Ryan Gosling, Margaret Qualley, Kim Basinger, Angourie Rice, Matt Bomer, Ty Simpkins…

Comédie policière américaine. 1h56. 2016.

sortie française : 15 mai 2016

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Los Angeles. Années 70. Deux détectives privés enquêtent sur le prétendu suicide d’une starlette. Malgré des méthodes pour le moins « originales », leurs investigations vont mettre à jour une conspiration impliquant des personnalités très haut placées…

The Nice Guys : Photo Russell Crowe, Ryan Gosling

Cela peut paraître assez étonnant mais en dehors de l’excellent Kiss Kiss Bang Bang, je n’ai jamais été confrontée au travail de réalisateur et surtout de scénariste de Shane Black  (L’Arme Fatale, Last Action Hero, Le Dernier Samaritain) : bref, on ne me jette pas des tomates, ça peut arriver d’être à côté de la plaque. Je sais que certains cinéphiles sont allés voir The Nice Guys, présenté l’an dernier à Cannes en hors compétition (et qui devait être une série télé) parce que justement Black était derrière la caméra. Pour ma part, en plus des bonnes critiques que j’ai pu entendre, j’avais surtout hâte de voir le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling dans un buddy movie. On ne va pas tourner autour du pot pendant un siècle : sans crier au chef-d’oeuvre, j’ai bien aimé The Nice Guys (« la suite spirituelle de Kiss Kiss Bang Bang » selon Shane Black mai selon moi en moins noir) qui a déjà le mérite d’être un très bon divertissement, plus que la moyenne. L’histoire m’a tout de suite embarquée et on ne s’ennuie pas une seconde, le film étant suffisamment bien rythmé (le montage étant assez efficace) mais sans fatiguer non plus et permettant de garder une action lisible face à un enchaînement assez fou entre les rebondissements, les gags et des dialogues assez bien trouvés (on peut même parler d’un effet ping-pong). Le scénario a l’air léger, pourtant l’explosif mélange entre le message politique et l’univers du porno montre qu’il est plus ambitieux qu’il en a l’air et surtout qu’il sait plutôt bien jouer sur les oppositions (qui ne sont pas uniquement présentes dans le traditionnel duo du buddy movie). Le film joue aussi merveilleusement bien avec les différents codes grâce à une mise en scène habile. J’ai également beaucoup aimé la reconstitution de ce Los Angeles des années 1970, assez solaire et burlesque, parfois même jazzy sans que l’ensemble m’ait paru vide ou superficiel (même si paradoxalement le travail esthétique – volontairement clinquant – peut donner une impression contraire). Bref, techniquement le film est très maîtrisé sur de nombreux aspects et sert complètement à la fois le propos et le ton général (on pourra parler de coolitude). Le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling fonctionne également plus que très bien (même si j’admets avoir eu une préférence pour Gosling mais le duo m’a paru tout de même équilibré). Crowe joue très bien avec son côté brute pratiquement légendaire sans non plus tomber dans une mauvaise parodie de lui-même. Gosling prouve de nouveau qu’il a un réel potentiel comique. Comment ne pas rire devant son air Droopy et toutes les conneries qu’il débite dans le plus grand sérieux (oui, Ryan Gosling cause !) ?

The Nice Guys : Photo Margaret Qualley, Russell Crowe

On parle de duo (logique dans un buddy movie) mais à ce stade-là, avec la présence de la jeune Holly (jeune mais qui prend finalement les rênes des opérations), on pourrait même parler de trio. A mon avis, ce n’est pas un hasard si ce personnage a pratiquement le même prénom que son père (Holland) : elle a un visage de poupon, pourtant, « the guy », c’est elle dans l’histoire. On ne tombe pas dans le cliché de la pauvre gamine qui sert de rebondissement narratif (du genre, le cas typique : se faire kidnapper, le papounet devant la retrouver). Non, elle n’a pas ce rôle qui aurait pu être présent ou elle n’a pas ce pseudo rôle « féminin » comme on a l’habitude de le voir si souvent dans des grosses productions hollywoodiennes. Son interprète, l’australienne Angourie Rice, est par ailleurs une révélation et je suis certaine qu’on la reverra très vite sur les écrans. Cela dit, je n’ai pas adoré le film car j’ai eu l’impression d’avoir vu ce type de film des tonnes de fois. Encore une fois, j’ai conscience que Black a volontairement parodié / pastiché / rendu hommage (à voir selon les scènes – la frontière entre ces termes, dans le cadre de ce film, m’a semblé volontairement floue) aux films des années 1970, qu’il y a donc des traits très volontairement forcés : le film se veut tout simplement old school et ça aide évidemment à rendre le tout très agréable. Je sais aussi qu’il y a des tas de films qui fonctionnent de cette même manière (tout dépend évidemment des univers, des époques évoqués etc…). Je l’ai tout de même trouvé, par ces nombreux procédés, sans réelle surprise et un peu trop classique (même si pour moi, ce.terme n’a rien d’une insulte à l’origine), comme s’il lui manquait ce petit truc pour que je puisse réellement adorer. Peut-être que le film a été un peu trop survendu, en tout cas, je suis restée sur ma faim alors que je me suis tout de même éclatée tout le long. Peut-être justement aussi que le film, à force de vouloir être cool à tout prix et de nous étaler les différents procédés (bien) utilisés, atteint parfois ses limites. Après, il s’agit vraiment d’un petit bémol. Qu’on soit bien d’accord : The Nice Guys reste tout de même une belle réussite, une bonne comédie d’action sans prétention tout en alliant une certaine maîtrise technique et narrative. Ce film prouve qu’on est encore capable de réaliser de bons divertissements hollywoodiens sans tomber dans la stupidité et en maniant bien les différents codes et en gardant un minimum d’exigence.

The Nice Guys : Photo Angourie Rice, Ryan Gosling

Hard Day

réalisé par Kim Seong-hun

avec Lee Seon-gyoon, Cho Jin-woong, Shin Jung-Keun, Jeong Man-Sik…

titre original : Kkeut-kka-ji-gan-da

Film policier coréen. 1h50. 2014.

sortie française : 7 janvier 2015

Movie Challenge 2016 : Un film par un réalisateur asiatique

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En route pour assister aux funérailles de sa mère, et tandis qu’il est visé par une enquête pour corruption, le commissaire KO Gun-su renverse accidentellement un homme. Pour se couvrir, il décide de cacher le corps dans le cercueil de sa mère.
Lorsque l’affaire est découverte, on nomme son partenaire pour mener l’enquête. Et quand l’unique témoin de l’accident l’appelle pour le faire chanter, Gun-su comprend qu’il n’est pas au bout de ses peines…

Hard Day : Photo

Hard Day, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du festival de Cannes en 2014 (et grand succès au box-office coréen), est le premier long-métrage de Kim Seong-hun. Etant une amoureuse du cinéma coréen – en particulier du polar coréen (peut-être que vous le saviez déjà – si vous me suivez depuis un moment maintenant) – et face à des critiques plutôt positives (que ce soit dans la presse ou au sein de la blogosphère), j’avais très envie de découvrir ce film. Sans crier au chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit dans ce genre (en tout cas, de mon côté, il ne s’agit pas d’un coup de coeur contrairement à de nombreux films coréens – arrive-t-il après la bataille ?), Hard Day est une jolie réussite qui mérite le coup d’oeil si on s’intéresse un minimum aux polars coréens. Je suis certaine qu’on continuera à entendre parler de Kim Seong-hun et de ses prochains projets à venir (notamment son film Tunnel qui, j’espère, aura une sortie en France) même si pour l’instant il ne rivalise pas avec les plus grands, mais bon ce n’est que le début, soyons patients. Il est difficile de raconter l’histoire dans le sens où un événement en déclenche un autre. Mais en tout cas elle est très bien racontée, le scénario étant bien ficelé et en donnant l’impression que le tout tient la route (alors qu’en y repensant avec du recul, l’histoire est très grossière et invraisemblable !). J’y vois un bel hommage au superbe After Hours de Martin Scorsese (même si Kim Seong-hun revendique davantage des clins d’oeil aux films des frères Coen, effectivement on sent aussi leur influence). Le réalisateur réussit à décrire la spirale infernale et explosive dans laquelle est inscrite le personnage principal (on se demande vraiment comment il va faire pour se sentir de cette merde internationale). Il y a quelque chose de classique et en même temps l’inventivité est bien présente. Il parvient plutôt bien à mêler les différents genres (décidément, c’est une sorte de caractéristique du cinéma coréen actuel) sans qu’on ait l’impression d’être face à un travail trop bordélique (parce qu’il est un chouïa me semble-t-il). Ainsi, Hard Day (ça devrait plutôt être « Hard Days » si on y réfléchit bien) est un polar assez sérieux et classique (alors que dans une pure comédie, le scénario aurait été différent) n’hésitant pas à intégrer un humour, parfois noir, parfois loufoque voire même un peu absurde par moments. Ainsi, la scène où le personnage principal doit cacher le corps dans le cercueil de sa propre mère est vraiment hilarante !

Hard Day : Photo

De la part d’un jeune réalisateur, la mise en scène m’a paru très efficace et plutôt bien maîtrisée. Surtout, quel punch ! De plus, il réussit aussi à instaurer une véritable tension la plupart du temps. J’étais toujours stressée pour le personnage principal ! Surtout, au-delà du mélange des genres, passant ainsi du suspense à l’humour, il y a derrière un véritable discours social (décidément, la police coréenne est vraiment pourrie jusqu’au cou). Esthétiquement, le film est également soigné tout en parvenant bien à exposer le côté rock’n’roll du récit. L’acteur principal Lee Seon-gyoon (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est excellent et tient parfaitement bien son rôle du début jusqu’à la fin. Son personnage est très attachant même s’il n’est pas non plus irréprochable. On est très loin de l’image habituelle (et hollywoodienne) du bon flic qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui doit à tout prix sauver la planète seul avec ses gros bras musclés. Bref, on est face à un anti-héros par excellence. Par contre, pour être totalement honnête, je n’ai pas tant apprécié que ça le méchant qui manque selon moi du charisme (même s’il fait des trucs vraiment méchants) et qui frôle parfois la caricature. Pourtant, son interprète Cho Jin-woong (vu récemment dans le très bon Monster Boy de Joon-Hwan Jang et Mademoiselle de Park Chan-wook) n’est pas à blâmer, c’est plus la manière dont le personnage est qui m’a « dérangée ». De plus, alors que le film possède d’indéniables qualités et qu’il reste assez plaisant et même divertissant, il me semble qu’il y a une sorte de coup de mou durant sa seconde partie (j’ai senti de mon côté quelques longueurs) même si l’ensemble reste tout de même très bien rythmé. Peut-être que le film souffre juste de ses trop nombreux rebondissements (du genre le type est mort n’était en fait pas mort, vraiment trop gros pour y croire, ça rallonge inutilement le film), comme s’il avait du mal à trouver une vraie fin. C’est dommage car à cause de ces détails, Hard Day n’est pas le film culte qu’il aurait pu être. Ce n’est pas non plus grave, le résultat reste tout de même vraiment à la hauteur, prouvant qu’on a bien un réalisateur à surveiller de près.

Hard Day : Photo

Les Animaux Fantastiques

réalisé par David Yates

avec Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Dan Fogler, Alison Sudol, Colin Farrell, Ezra Miller, Samantha Morton, Jon Voight, Carmen Ejogo, Johnny Depp, Ron Perlman, Jenn Murray, Faith Wood-Blagrove, Zoë Kravitz…

titre original : Fantastic Beasts and Where to Find Them

Film fantastique, aventure britannique, américain. 2h13. 2016.

sortie française : 16 novembre 2016

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New York, 1926. Le monde des sorciers est en grand danger. Une force mystérieuse sème le chaos dans les rues de la ville : la communauté des sorciers risque désormais d’être à la merci des Fidèles de Salem, groupuscule fanatique des Non-Maj’ (version américaine du « Moldu ») déterminé à les anéantir. Quant au redoutable sorcier Gellert Grindelwald, après avoir fait des ravages en Europe, il a disparu… et demeure introuvable.
Ignorant tout de ce conflit qui couve, Norbert Dragonneau débarque à New York au terme d’un périple à travers le monde : il a répertorié un bestiaire extraordinaire de créatures fantastiques dont certaines sont dissimulées dans les recoins magiques de sa sacoche en cuir – en apparence – banale. Mais quand Jacob Kowalski, Non-Maj’ qui ne se doute de rien, libère accidentellement quelques créatures dans les rues de la ville, la catastrophe est imminente. Il s’agit d’une violation manifeste du Code International du Secret Magique dont se saisit l’ancienne Auror Tina Goldstein pour récupérer son poste d’enquêtrice. Et la situation s’aggrave encore lorsque Percival Graves, énigmatique directeur de la Sécurité du MACUSA (Congrès Magique des États-Unis d’Amérique), se met à soupçonner Norbert… et Tina.
Norbert, Tina et sa sœur Queenie, accompagnés de leur nouvel ami Non-Maj’ Jacob, unissent leurs forces pour retrouver les créatures disséminées dans la nature avant qu’il ne leur arrive malheur. Mais nos quatre héros involontaires, dorénavant considérés comme fugitifs, doivent surmonter des obstacles bien plus importants qu’ils n’ont jamais imaginé. Car ils s’apprêtent à affronter des forces des ténèbres qui risquent bien de déclencher une guerre entre les Non-Maj’ et le monde des sorciers.

Les Animaux fantastiques : Photo Eddie Redmayne

Comme vous l’avez pu le constater sur le blog, je suis une grande fan de Harry Potter. J’attendais donc logiquement avec beaucoup d’impatience l’un des films événements de 2016, Les Animaux Fantastiques. Dans les romans et films, le personnage de Norbert Dragonneau (Newt Scamander en VO) est mentionné parmi les auteurs des ouvrages que doit acheter le jeune Harry et ses camarades doit se procurer à Poudlard dans le cadre de ses études. J. K. Rowling avait écrit le court texte Les Animaux Fantastiques en 2001 pour la bonne cause : 80% des profits sont directement reversés à des associations de protection de l’enfance à travers le monde. Evidemment, comme n’importe quelle saga de cette envergure, on pouvait se dire qu’engendrer toute une nouvelle série de films (cinq en tout) était encore un moyen de prendre les spectateurs pour des pigeons. De plus, même si j’ai tout de même aimé certains des films de la saga qu’il a réalisés, David Yates n’est pas pour moi le meilleur réalisateur de la saga (même si je dois admettre qu’il connait désormais très bien l’univers). Très vite, j’ai tout de même été rassurée : c’est J.K. Rowling qui s’est occupée elle-même du scénario. On pouvait se demander si la romancière pouvait être capable de devenir scénariste puisqu’il ne s’agit pas de son métier de base. Pour résumer, Les Animaux Fantastiques se déroulent avant l’arrivée de Harry Potter à Poudlard (c’est-à-dire 70 ans avant). J. K. Rowling formule la chose autrement : elle présente le projet comme l’équivalent d’une « extension de l’univers » de Harry Potter. L’action ne se déroule pas en Grande-Bretagne mais cette fois-ci aux Etats-Unis (même si on suit donc quelques personnages britanniques). A partir de là, et cela se vérifie à l’écran, J.K. Rowling a le mérite de ne pas vouloir créer à tout prix un copier-coller de la saga Harry Potter. Certes, on reconnait de nombreux éléments de la saga mais ils apparaissent par petites touches. Je pense donc qu’on peut tout à fait suivre Les Animaux Fantastiques sans connaître la saga Harry Potter. Et en même temps, grâce à ces clins d’oeil, les fans de la première heure pourront être nostalgiques.

Les Animaux fantastiques : Photo Alison Sudol, Dan Fogler, Katherine Waterston

J.K. Rowling ne se contente pas alors de satisfaire les fans et les nons-fans de la saga. Elle réussit aussi à satisfaire tous les types de public : les petits et les plus grands. Ainsi, la double lecture concernant les différentes réflexions proposées fonctionne totalement. Au-delà de savoir faire plaisir à tout le monde – ce qui n’est pas si évident à faire – on s’aperçoit finalement à quel point Rowling a encore beaucoup d’imagination et qu’elle a encore des choses à dire sur son propre univers (surtout quand on sait qu’elle reprend des petits détails à droite et à gauche de ses bouquins). Les Animaux Fantastiques a beau être un produit commercial (on ne va pas se mentir), le vrai point fort de ce film est de sentir une patte d’auteur. Au-delà de nous présenter une histoire qui tient debout et des personnages attachants, J.K. Rowling réussit à évoquer des sujets forts dans une oeuvre aussi populaire (et le contexte historique me semble également important). Elle a toujours voulu développer dans Harry Potter des thèmes importants et d’une grande richesse, la saga étant plus profonde qu’elle en a l’air. Au fil des années, que ce soit notamment plus récemment avec la pièce Harry Potter and The Cursed Child et maintenant avec cette adaptation des Animaux Fantastiques, Rowling, reconnue publiquement pour défendre de nombreuses causes, se cache de moins en moins pour évoquer certains sujets et défend toujours les gens différents qui veulent résister face au système. La résistance, l’écologie ou encore les effets de la maltraitance (pour ne citer que ça même s’il y en a d’autres) font partie des thèmes bien abordés dans ce long-métrage. Ainsi, l’histoire se met bien en place mais sans trop perdre de temps non plus (personnellement je suis entrée tout de suite dans le film). Le film parvient à se regarder que ce soit en tant qu’unique film ou premier volet d’une longue saga à venir. La mise en scène de David Yates suit également plutôt bien. Certes, elle n’a rien de révolutionnaire. Mais elle tient tout de même la route surtout par rapport à ce qu’on attend de ce type de grande production. Je dois même dire que Yates s’en sort même mieux que sur certains volets de Harry Potter qu’il a signés !

Les Animaux fantastiques : Photo Dan Fogler, Eddie Redmayne

Malgré quelques longueurs (du genre t’as l’impression qu’il y a trois fins) et quelques personnages pas suffisamment développés (je pense notamment à celui incarné par Colin Farrell – la performance n’est pas honteuse, loin de là mais du coup on s’attendait à mieux), Les Animaux Fantastiques est un très bon divertissement défendant de véritables causes, très rythmé, mêlant assez bien des moments drôles et d’émotion. Surtout, et c’est ce qu’on recherchait en allant voir ce film : il y a de la magie. Je ne vous parle pas nécessairement que d’effets spéciaux qui envoient du pâté (tout en gardant de la lisibilité durant des scènes d’action efficaces sans jamais nous fatiguer). Non, je vous parle d’une ambiance, d’un petit quelque chose qui fait qu’on adhère au film. J’ai également été bluffée par la reconstitution du New York des années 20 et plus généralement par certains choix esthétiques (j’ai notamment trouvé la photographie très belle). Les fameuses créatures du titre ne m’ont également pas déçue que ce soit esthétiquement ou encore dans leur utilisation dans l’intrigue. Enfin, le casting ne m’a pas déçue, bien au contraire. Eddie Redmayne (qui incarne Newt Scamander) est selon moi un bon choix : au-delà de sa classe et de son côté indéniablement britannique, il parvient à mêler la malice et l’innocence, deux qualités qui me semblent importantes dans l’univers de Harry Potter. J’ai également bien aimé ses partenaires, que ce soit Katherine Waterston (oui c’est bien la fille de Sam) attachante malgré sa froideur (certains diront qu’elle est lisse) ou encore sa « soeur » dans le film, la pétillante et charmante Alison Sudol. Comme beaucoup de spectateurs, j’ai eu un vrai coup de coeur pour Dan Fogler (que je ne connaissais pas auparavant). Et quelle bonne idée d’avoir développer un rôle de moldu, il en était temps ! Je crois qu’on s’attache facilement à ce personnage parce qu’il représente le spectateur qui se retrouve face à un monde merveilleux. Ezra Miller est également la bonne idée de ce casting, nickel dans un rôle sombre. Bref, j’attends du coup avec beaucoup d’impatience la suite des aventures de Newt et compagnie (surtout que la fin de ce premier opus semble donner des indications pour le deuxième film à venir).

Les Animaux fantastiques : Photo Colin Farrell, Ezra Miller

Equals

réalisé par Drake Doremus

avec Nicholas Hoult, Kristen Stewart, Guy Pearce, Jacki Weaver, Kate Lyn Sheil, Aurora Perrineau, Toby Huss, Scott Lawrence…

Film de science-fiction, romance américain. 1h40. 2015.

sortie française : 20 décembre 2016

equals

Dans un monde où les sentiments sont considérés comme une maladie à éradiquer, Nia et Silas tombent éperdument amoureux. Pour survivre, ils devront cacher leur amour et résister ensemble.

Equals : Photo Kristen Stewart, Nicholas Hoult

Encore un film sorti directement en e-cinema (c’est décidément la nouvelle tendance…), ça commence à m’énerver et à me faire peur concernant l’avenir du cinéma. Surtout que ce Equals ne méritait vraiment pas un tel sort. Décidément, les films de Drake Doremus, réalisateur de Like Crazy (avec le regretté Anton Yelchin) et Breathe In (pas encore vu), ne parviennent pas à trouver leur place dans les salles françaises ce qui est regrettable. Je n’attendais pourtant rien de ce film – je ne sais pas pourquoi mais je faisais une sorte de rapprochement avec Perfect Sense de David MacKenzie (et qui m’a fortement déplu). La science-fiction est pour moi un genre casse-gueule (même si j’aime un certain nombre d’oeuvres de SF) dans le sens où, personnellement, j’ai toujours besoin d’un minimum de précision et d’information (pourtant je ne prétends pas être une experte scientifique) même lorsque ce genre en question ne sert que de prétexte au récit. On est plus ou moins dans ce même cas dans Equals : la science-fiction est un moyen de rendre le scénario de Nathan Parker (scénariste de l’excellent Moon de Duncan Jones) plus crédible tout en créant une ambiance glaçante. Certes, j’ai tout de même trouvé que le scénario, par rapport à son contexte de science-fiction, aurait pu être un peu plus dessiné, plus précis me semble-t-il (après encore une fois, c’est peut-être moi qui me complique la vie). Cela dit, l’histoire en elle-même m’a emportée. Certes, elle est plutôt simple et est même assez universelle : elle présente une histoire d’amour impossible et interdite dans un monde où les sentiments et l’amour sont bannis. On pourra évidemment faire des rapprochements avec certains événements historiques. Bref, le monde présenté n’a rien de nouveau lorsqu’on connait plus ou moins les codes de la science-fiction : il s’agit d’un monde froid, tout en blanc, où tout semble figé. On a beau connaître ce motif typique de la SF, là encore il ne s’agit pas d’une barrière puisque l’histoire fonctionne et qu’on s’attache rapidement aux personnages (pourtant on ne connait pas grand chose sur eux) qui veulent vivre leurs vies avec son lot d’émotions, avec ses hauts et ses bas. Le pari était tout de même risqué : étant donné qu’on est dans un univers froid, aseptisé et sans émotion (en dépit d’un petit groupe de personnages résistant contre ces règles), le film aurait pu être sans émotion (c’est comme filmer un film sur l’ennui sans être chiant : c’est pas évident). Heureusement, à l’image des personnages principaux, on ressent beaucoup d’émotions : je suis clairement sortie de ce film assez émue.

Equals : Photo Kristen Stewart

Les rebondissements ne sont également pas « dingues » (dans le sens où le schéma narratif reste assez classique) mais encore une fois, et c’est le principal : ils fonctionnent. Son classicisme et son apparente froideur n’empêchent alors pas de créer une ambiance et de l’émotion. Ainsi, le film est également assez sensuel. Les scènes d’amour ne sont jamais gratuites, il y a même une certaine beauté dans ces scènes en question et même – quitte à me répéter – encore une fois quelque chose de bouleversant. Il n’y a également jamais de mièvrerie. Au-delà de choix pertinents concernant les décors et la photographie, la mise en scène est plutôt bonne et d’une grande efficacité tout en gardant une certaine sensibilité (de ce que je connais de Drake Doremus, il y a eu de sacrés progrès de ce côté-là et une ambition davantage affichée). Le travail de mise en scène est d’autant plus intéressant dans le cadre d’un huis clos. J’ai également beaucoup aimé la bande-originale signée par Dustin O’Halloran (à l’origine des BO des précédents films de Drake Doremus) et Sascha Ring (compositeur des films Les Chevaliers Blancs de Joachim Lafosse et Leopardi : Il Giovane Favoloso de Mario Martone). Certes, on entend surtout le même thème (ou encore des thèmes similaires) mais cette musique est très envoûtante et met bien en relief l’ambiance générale du film et les sentiments des personnages. Le rythme n’est pas nécessairement rapide, pourtant je ne me suis pas ennuyée. Il faut dire que le film dépasse à peine les 1h30 et que les différents rebondissements sont bien répartis. Surtout les acteurs sont vraiment impeccables. Même les gens qui n’aiment pas plus que ça Kristen Stewart d’habitude (j’en fais partie – même si je reconnais qu’elle choisit de mieux en mieux ses films et qu’on voit de plus en plus ce dont elle est réellement capable) pourraient être surpris par sa performance ! Le couple qu’elle forme avec Nicholas Hoult (un acteur dont j’ai toujours apprécié) est très touchant, on sent réellement l’alchimie entre les deux personnages. Enfin, les seconds rôles (notamment aux australiens Guy Pearce – déjà dans Breathe In – et Jacki Weaver), sont également plutôt bons. Equals est donc la bonne surprise de cette fin d’année qui parvient merveilleusement à mêler une forme froide aux tons glaciaux (avec une dominance pour le blanc et le bleu) et des personnages dans une relation intense et chaleureuse. Il est d’une grande humanité, dans lequel les émotions sont indispensables pour se sentir vivant.

Equals : Photo Kristen Stewart

Divines

réalisé par Houda Benyamina

avec Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Jisca Kalvanda, Kevin Mischel, Farid Larbi…

Drame français. 1h45. 2016.

sortie française : 31 août 2016 (sortie dvd : 3 janvier 2017)

interdit aux moins de 12 ans

Film vu dans le cadre de Dvdtrafic : un grand merci à Cinetrafic ainsi qu’à Diaphana.

Cinetrafic propose plusieurs listes qui pourraient vous intéresser : le meilleur des films dramatiques français, les meilleurs films dramatiques de 2016 et les meilleurs films dramatiques français de 2016.

divines

Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

Divines : Photo Oulaya Amamra

Divines n’était pas un film qui m’attirait pour plusieurs raisons. La première raison concerne la réaction plus que survoltée de la réalisatrice Houda Benyamina au festival de Cannes lorsqu’elle a reçu la Caméra d’or. J’aime bien la spontanéité (parfois ça fait du bien dans des univers guindés) mais son hystérie m’avait réellement agacée (le discours en question avait été particulièrement long et ponctué de phrases pas d’une grande finesse). De plus, je redoutais de voir une sorte de retour de Bande de filles de Céline Sciamma (oui le point commun un peu bateau de départ : une réalisatrice signe un film avec des jeunes filles dans une cité), un de mes cauchemars de 2014 et je ne suis pas non plus spécialement fan de La Haine de Mathieu Kassovitz (ni plus généralement des films sur la cité). Divines n’est pas un film parfait mais il s’agit d’une très bonne surprise (venant d’être nommée aux Golden Globes dans la catégorie « meilleur film étranger »). Il faut aussi se remettre dans le contexte qu’il s’agit d’un premier long-métrage. Certes, parfois Houda Benyamina se laisse déborder par son énergie. On pourra aussi dire que certaines intentions sont peut-être parfois un peu trop appuyées. Mais dans l’ensemble, au-delà d’une fraîcheur qui décoiffe, ce qui m’a sauté aux yeux est la cohérence même entre les différents axes narratifs, les thèmes abordés et les genres qui s’entrechoquent alors qu’on aurait pu reprocher à la réalisatrice de s’éparpiller. En effet, le film démarre comme une énième chronique sociale, puis il tend davantage vers le thriller coup de poing (oui, certaines scènes sont violentes) en passant par la romance. Mais surtout, pour moi, Divines est une tragédie moderne dans un univers pas nécessairement associé à ce genre « noble ». Le film devait s’intituler Bâtardes (en référence à l’insulte régulière que reçoit Dounia) mais le titre Divines montre bien justement cette envie de rendre les personnages plus élevés même si leur statut social les empêche d’accéder à ce rêve. La rencontre entre Dounia et le jeune danseur Djigui est intéressante : Djigui est celui qui représente la possibilité de sortir d’un certain schéma social via l’art et un travail acharné. Dounia rêve de féminité (même si elle ne l’avoue pas publiquement en préférant porter de larges joggings et garder les cheveux attachés par exemple), d’amour (même chose), de gagner bien sa vie (il faut bien voir une des premières scènes où on a pourtant envie de la gifler face au manque de respect flagrant face à une de ses profs), d’avoir un vrai beau logement (il faut dire qu’elle vit clairement dans un bidonville).

Divines : Photo Déborah Lukumuena, Jisca Kalvanda, Oulaya Amamra

Dounia préfère choisir une voie illégale, certainement plus « facile » (« Money, money, money » comme elle aime le dire avec sa meilleure amie). Le scénario, au-delà de mêler avec une certaine habilité plusieurs genres et points narratifs, comporte un discours politique puissant (clairement autour du déterminisme social) qui appuie encore plus la dimension tragique de cette oeuvre. La mise en scène de Houda Benyamina n’est certes pas parfaite mais son énergie constante est à prendre en compte et on peut même remarquer des tentatives plus qu’intéressantes. Si je ne suis pas très convaincue par le générique avec le téléphone portable (même si l’idée reste louable), en revanche j’ai énormément aimé cette fameuse séquence « avec » la Ferrari, très créative et porteuse de sens par rapport aux ambitions des héroïnes. Houda Benyamina a également su cerner et dessiner ses personnages féminins qui sont finalement assez complexes. Même si elle se revendique humaniste, elle représente désormais pour moi une figure féministe et son film va logiquement dans ce sens. Ce film fait d’ailleurs du bien dans le paysage cinématographique actuel de ce point de vue en question (même si nous sommes d’accord que les bonnes intentions ne font pas les bons films comme j’aime bien le répéter). Les personnages féminins présentés ne sont pas des anges (elles sont dans l’illégalité et peuvent être très agressives gratuitement), on pourrait même les détester vu le comportement qu’elles peuvent adopter. Mais elles sont toutes attachantes, même avec leurs actes totalement condamnables. Par ailleurs, l’amitié entre Dounia et Maimouna est très touchante et forte. Les actrices (parce que je parle des personnages féminins mais les acteurs, dont Kevin Mischel et Farid Larbi, sont également concernés) sont d’ailleurs toute formidables, surtout en tête Oulaya Amamra (frangine de la réalisatrice) qui est bluffante. J’espère qu’elle remportera le César du meilleur espoir féminin (et elle a ses chances). Pour conclure, Divines reste une belle surprise cinématographique de l’année (on peut même parler de coup de poing) prouvant de nouveau qu’il y a encore des talents en France. L’ensemble, bien rythmé et captivant, est attachant, engagé et puissant, nous faisant voguer dans différentes émotions (je dois même avouer avoir été assez émue par la fin – quelques larmounettes en ce qui me concerne). On pourra alors se féliciter de voir une jeune réalisatrice avoir « du clito » !

Divines : Photo Kevin Mischel, Oulaya Amamra

Folles de Joie

réalisé par Paolo Virzi

avec Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti, Sergio Albelli, Marisa Borini…

titre original : La Pazza Gioia

Comédie dramatique italienne, française. 1h51. 2016.

sortie française : 8 juin 2016 (sortie dvd : 2 novembre 2016).

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Le film est présent sur le site de Cinetrafic qui vous présente différentes listes dont : films 2016. Un grand merci également à Bac Films (voici son site et sa page facebook).

entre copines
les sorties ciné de 2017

folles

Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d’amitié. Une après-midi, elles décident de s’enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu’est le monde des gens « sains».

Folles de Joie : Photo Valeria Bruni Tedeschi

Je ne suis pas très fan de La Prima Cosa Bella (très primé en Italie), en revanche par le même réalisateur, j’avais eu un véritable coup de coeur pour Les Opportunistes (Il Capitale Umano). J’étais donc curieuse de découvrir Folles de joie, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au dernier festival de Cannes. Paolo Virzi réunit deux actrices qu’il avait déjà dirigées (et toutes les deux récompensées par un Donatello grâce à lui) : Valeria Bruni Tedeschi et Micaela Ramazzotti (cette dernière étant également l’épouse de Virzi). L’histoire est assez basique (apparemment, l’histoire serait assez similaire à celle de Une journée de fous de Howard Zieff avec Michael Keaton (si des gens l’ont vu, à me confirmer l’information ou non) : Paolo Virzi met en scène deux femmes enfermées dans une institution psychiatrique qui finissent par s’y échapper. Le duo formé par Bruni Tedeschi et Ramazzotti est intéressant pour plusieurs raisons. La première concerne le ton général du film, une comédie dramatique (chacune semble incarner un genre en particulier), la seconde est un moyen de voir différents points de vue sur la folie. Beatrice (Valeria Bruni Tedeschi) est une femme exubérante et qui parle beaucoup et fort (et qui s’invente aussi une vie). L’actrice dit s’être inspirée de Blanche DuBois, le personnage culte de la pièce de Tennesse Williams, Un Tramway nommé Désir. Il y a bien une part de tragique dans ce film et les personnages. Pourtant, Beatrice a quelque chose qui ressemble plus à des actrices de la comédie italienne. Malgré toutes les épreuves qu’elle endure (la psychiatrie, c’est quand même pas de la tarte !), elle a quelque chose de solaire. En clair, c’est elle qui nous fait rire, c’est presque une incarnation même de la folie en tant qu’objet comique. Donatella (Micaela Ramazzotti) est tout le contraire de Beatrice. Elle est sombre avec sa couleur de cheveux noire, (loin de la blondeur de Beatrice), ses tatouages, sa maigreur (la silhouette de sa collègue est plus généreuse), son histoire (sans spoiler) est également beaucoup plus glauque ! Donatella est alors plutôt une représentation plus tragique de la folie. On a donc déjà vu mille fois (que ce soit qu’avec des femmes, des hommes ou mix) des duos de personnages très différents et qui finissent par devenir amis. C’est clairement ce qui se passe dans ce film (là par contre, cela n’a rien d’un scoop, on pouvait s’en douter avant même de regarder le film). Pas évident de re-exploiter ce thème en question (ce n’est d’ailleurs pas un reproche – il n’y a pas non plus des millions de thèmes) mais Paolo Virzi s’en sort plus que bien.

Folles de Joie : Photo Micaela Ramazzotti, Valeria Bruni Tedeschi

Les deux femmes sont donc opposées mais parviennent aussi à être complémentaires : il s’agit d’un schéma classique qui a le mérite de fonctionner, d’avoir du charme et de mêler réellement différentes émotions. Folles de joie doit donc beaucoup à ses personnages, bien dessinés et à ses actrices, toutes les deux formidables et investies. J’avais peur qu’elles en fassent des caisses. Certes, les deux actrices (enfin surtout Valeria Tedeschi Bruni) sont très expressives mais elles n’ont rien de pantins qui s’animent dans tous les ses comme on aurait pu le craindre, elles donnent simplement vie à des personnages peu ordinaires. Mais heureusement, le long-métrage ne repose pas que sur ces deux femmes très attachantes et fragiles. En mettant en scène deux femmes atteintes de troubles mentaux, Paolo Virzi parvient à retranscrire une sorte de tourbillon intérieur qui ne veut qu’être extériorisé, en signant un film assez bien rythmé sur différents niveaux. La mise en scène a quelque chose de classique (mais elle reste bien dans son genre) mais elle permet aux spectateurs de souffler un peu face à tant d’agitations. Le scénario m’a semblé assez inspiré et crédible, permettant aux personnages d’évoluer à travers leur cavale. Le choix de la photographie est également intéressant, soulignant autant des scènes lumineuses que sombres, encore une fois toujours à l’image du mental des deux personnages féminins. A travers ce (vague) mélange assez réussi de Thelma & Louise de Ridley Scott et Vol au-dessus d’un nid de coucou de Milos Forman (même si Folles de joie n’atteint évidemment pas le niveau de ces deux films en question), Paolo Virzi filme deux femmes, certes malades, qui ont soif de liberté. Pourquoi les a-t-on privées de ce pouvoir de liberté ? La société n’est-elle pas parfois responsable des maux, en particulier celles des femmes, davantage victimes de certains faits ? Le film est aussi une ode au bonheur : le bonheur (l’amitié peut contribuer au bonheur), c’est aussi un formidable accès à la liberté. La liberté, ce n’est pas uniquement une question de ne pas pouvoir sortir d’un lieu ou de pouvoir bénéficier de droits : c’est aussi pouvoir trouver une paix intérieure et accepter certaines choses qui nous dépassent. Mêlant merveilleusement bien drame, comédie et road-movie, traitant plutôt bien son sujet et présentant des personnages attachants très bien interprétés, Folles de joie est une des bonnes surprises cannoises venue tout droit d’Italie qui décidément nous livre toujours chaque année quelques pépites.

Folles de Joie : Photo Micaela Ramazzotti, Valeria Bruni Tedeschi

 

Les Enfants du Paradis / Les Hauts de Hurlevent (1939)

Les Enfants du Paradis

réalisé par Marcel Carné

avec Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Maria Casares…

Drame, romance français. 3h. 1945.

sortie française : 15 mars 1945

Movie Challenge 2016 : Un film français

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Paris, 1828. Sur le boulevard du Crime, au milieu de la foule, des acteurs et des bateleurs, le mime Baptiste Deburau, par son témoignage muet, sauve Garance d’une erreur judiciaire. C’est ici que commencent les amours contrariées de Garance, femme libre et audacieuse, et de Baptiste qu’elle intimide et qui n’ose lui déclarer sa flamme. Mais aussi ceux de Nathalie, la fille du directeur du théâtre, qui aime Baptiste, et Frédérick Lemaître, un jeune acteur prometteur, qui entame une liaison avec Garance, tandis que cette dernière aime aussi Baptiste en secret.

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Les Enfants du Paradis, considéré par un grand nombre de cinéphiles et de critiques comme un des chefs-d’oeuvre indispensables à regarder, est une des rares grandes productions françaises qui a pu être tournée durant la Seconde Guerre Mondiale, pendant l’occupation allemande. Il dure également trois heures étant donné qu’il est découpé en deux actes : « Le Boulevard du Crime » et « L’Homme Blanc ». Ainsi, six années séparent ces deux axes de narration. Ce film a été scénarisé par Jacques Prévert qui s’est basé sur des personnages ayant réellement existé (le mime Baptiste Deburau, Frédérick Lemaître, Lacenaire…) même s’il y a aussi des personnages totalement inventés pour l’oeuvre. La patte du poète se ressent par la qualité des dialogues (chaque mot a son importance et a une musicalité, notamment aidée par la voix identifiable des interprètes) et le déroulement même du scénario (nommé à l’Oscar du meilleur scénario original) : l’histoire est a priori simple (au début, on se demande même pourquoi elle s’étale sur une certaine durée) et pourtant la complexité et l’humanité des personnages sont bien présentes. Après, pour être totalement honnête (c’est pour cela que je n’arrive pas à adorer ce film, même si j’ai tout de même beaucoup aimé et qu’il faut évidemment le voir pour sa culture), j’ai senti une sorte de « déséquilibre » entre la première et seconde partie : la première m’a plus emportée que la seconde. Quitte à passer pour une chieuse, je l’admets : j’ai senti quelques longueurs. La mise en scène est maîtrisée, les mouvements de caméra virtuoses, les décors et costumes époustouflants de beauté, la photographie splendide ou encore la musique sublime : tous ces ingrédients mis ensemble permettent aux spectateurs d’être en immersion dans le monde du spectacle. La vie et les sentiments des personnages sont mouvementés d’où certainement l’un des parallèles avec le spectacle (même s’il n’y a certainement pas que ce parallèle en question). Par ailleurs, le film a beau mettre en scène du théâtre parlé et le mime (un mélange efficace), il reprend logiquement certains de ses codes, il reste avant tout cinématographique et évite par conséquent les éventuels pièges tendus. Enfin, Les Enfants du Paradis, film à la fois poétique et émouvant sur une histoire d’amour impossible, est porté par une très bonne distribution même si (on ne me tape pas) j’ai eu un peu de mal avec l’interprétation d’Arletty (après je ne dis pas qu’elle joue comme une patate, loin de là !), qui a pourtant une voix et un accent mythiques, qui contribuent certainement à la magie du film

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Les Hauts de Hurlevent

réalisé par William Wyler

avec Merle Oberon, Laurence Olivier, David Niven…

titre original : Wuthering Heights

Drame américain. 1h43. 1939.

sortie française : 3 mai 1939

Movie Challenge 2016 : Un film en noir et blanc

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Mr. Earnshaw a deux enfants : le fils aîné, Hindley, et une fille, Catherine. Un jour, il ramène d’un voyage un enfant abandonné de six ans, Heathcliff, dont l’origine est inconnue, et qu’il traite comme son second fils. Hindley entre rapidement en conflit avec Heathcliff et, lorsqu’à la mort de ses parents il devient le maître de la maison, il traite Heathcliff comme un vulgaire domestique.

Catherine devient ravissante ; elle est courtisée par un riche héritier, qu’elle épousera au grand dam d’Heathcliff, qui a toujours été amoureux d’elle. Pourtant, Catherine aussi l’aime passionnément depuis toujours… (résumé : Wikipédia)

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William Wyler est le premier réalisateur à avoir adapté, en version parlante, l’unique roman d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent, un sommet de la littérature britannique. Nommé huit fois aux Oscars (dont dans les catégories « meilleur film » et « meilleur réalisateur »), il remporte celui de la meilleure photographie noir et blanc. Ce long-métrage marque aussi le premier rôle de Laurence Olivier (nommé ici pour la première fois de sa carrière aux Oscars) au cinéma. Je n’ai pas lu le roman d’origine ni vu d’autres adaptations cinématographiques. Les puristes semblent contester cette version, lui reprochant d’être trop édulcorée et d’avoir trop coupé beaucoup de passages (la version de Wyler ne traite que 16 chapitres sur 34, donc délaisse la seconde génération des personnages). Je ne peux pas comparer avec ce que je ne connais pas mais en tout cas cette version m’a donné envie de lire (enfin) le roman de Brontë. Je ne crierai pas au chef-d’oeuvre (et j’avoue ne pas savoir concrètement si ce film est classé dans les chefs-d’oeuvre). Le film est un peu court (il ne dure « que » 1h40) par rapport à son ambition de grand film tragique et romantique. Même quand on n’a pas lu le bouquin, on sent qu’il manque des éléments narratifs. Vous allez me dire que je chipote vu que j’ai plutôt tendance à reprocher à des films d’être trop longs ! En tout cas, j’ai senti que c’était un bon film mais j’en attendais un chouïa plus. Plus long, je suis certaine qu’il aurait gagné en puissance (même s’il en a déjà). Le film m’a en tout cas beaucoup plu. De base, même si je n’ai pas tout vu (loin de là), j’aime bien en général le Hollywood classique des années 1930 (les films avaient tellement de charme !) et ici je n’ai pas été déçue. Le long-métrage enchaîne les qualités : la mise en scène est maîtrisée et élégante, l’histoire (racontée sous forme de flashbacks) est très captivante, les personnages forts en richesse, les décors absolument fantastiques, la photographie splendide, les costumes magnifiques et la musique (on a sorti pour l’occasion les violons) correspond aux émotions véhiculées. On retrouve bien une atmosphère gothique et les thèmes abordés (notamment le racisme, les conventions et différences sociales ou encore la fraternité) sont également bien traités. Enfin, Les Hauts de Hurlevent est un film poignant bénéficiant d’un beau casting. Merle Oberon (j’avoue tout : je la découvre dans ce film) et Laurence Olivier forment un couple évident de complicité et de passion (même si, en toute honnêteté, l’interprétation d’Olivier prend parfois le dessus) et David Niven complète également bien le casting.

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