Le Procès du Siècle

réalisé par Mick Jackson

avec Rachel Weisz, Timothy Spall, Tom Wilkinson, Andrew Scott, Mark Gatiss, Alex Jennings, Caren Pistorius, Harriet Walter, Jack Lowden…

titre original : Denial

Drame judiciaire, biopic américain, britannique. 1h50. 2016.

sortie française : 26 avril 2017

Deborah Lipstadt, historienne et auteure reconnue, défend farouchement  la mémoire de l’Holocauste.

Elle se voit confrontée à un universitaire extrémiste, avocat de thèses controversées sur le régime nazi, David Irving, qui la met au défi de prouver l’existence de la Shoah.

Sûr de son fait, Irving assigne en justice Lipstadt, qui se retrouve dans la situation aberrante de devoir prouver l’existence des chambres à gaz. Comment, en restant dans les limites du droit, faire face à un négationniste prêt à toutes les bassesses pour obtenir gain de cause, et l’empêcher de profiter de cette tribune pour propager ses théories nauséabondes ?

Le Procès du siècle : Photo Rachel Weisz

J’ai cru que je n’allais pas pouvoir découvrir Le Procès du Siècle dans les salles. Il est sorti chez moi très vite une seule petite semaine très récemment et je n’ai pas l’impression qu’il ait marché dans le reste du pays. Je ne m’attendais pas à un grand film qui a selon moi ses défauts. Mais il mérite tout de même d’être vu et même d’exister. Ce long-métrage est tiré du récit vrai de l’historienne Deborah Lipstadt (professeur en études juives qui a beaucoup travaillé sur la question du négationnisme) qui a raconté son combat dans Denial : Holocaust History on Trial. Elle retrace le procès en diffamation que lui a intenté l’essayiste négationniste David Irving (qui se prend vaguement pour un historien). Cette histoire s’est déroulée de 1994 (date où Lipstadt traite Irving de propagandiste négationniste et pro-nazi) : ce dernier porte plainte contre elle et l’éditeur britannique Penguin Books pour diffamation en 1996) jusqu’en 2000 (date du verdict du procès). Cela paraît hallucinant d’avoir dû dans les 1990 prouver l’existence de la Shoah, on se demande comment on peut en arriver là. Ce film est important même s’il vaut ce qu’il vaut (enfin selon moi car je suis sûre qu’il y a aussi des gens qui ont réellement aimé le résultat) : nous sommes actuellement dans une époque où on voit du complot absolument partout. Certes, Internet n’était pas présent dans nos vies (comme ça l’est maintenant). Cette affaire pourrait alors être une sorte de représentation des dérives de la liberté d’opinion : déformer l’histoire pour affirmer sa propre idéologie n’a justement rien d’une opinion. J’ai toujours été sensible aux films de procès même si c’est toujours un grand défi : il s’agit d’un genre forcément « bavard ». Comment ne pas ennuyer le spectateur ? Comment ne pas tomber non plus dans un exercice purement théâtral ? Certes, la mise en scène, qui est tout de même tout à fait correcte, par Mick Jackson (qui avait réalisé Bodyguard et Volcano… ça se saurait si ces deux films brillaient par leur réalisation) ne m’a pas spécialement éblouie (c’est principalement pour cette raison que je n’ai pas trop élevé ma note, je m’attendais à un chouïa mieux de ce côté-là). Cela dit, sans faire partie des meilleurs films de procès, les scènes se déroulant au tribunal restent tout de même très chouettes quand on aime ce genre cinématographique. Le tout est d’autant plus hallucinant que les répliques que s’envoient les deux parties ont réellement été prononcées durant le véritable procès (on peut retrouver ces échanges dans les archives officielles).

Le Procès du siècle : Photo Timothy Spall

Le Procès du Siècle reste trop académique et surtout (parce que l’académisme, quand il est bien fait, ne me dérange pas non plus) manque un peu d’émotion, ce qui est fortement dommage face à une telle histoire : j’aime sa dimension « nécessaire » qui prend parfois trop le dessus sur la question plus « artistique » (en toute honnêteté, j’ai même parfois eu l’impression d’être face à un téléfilm – certes de bonne facture). En revanche, il a le mérite de soulever beaucoup d’interrogations. Comme je le disais, il pointe du doigt certaines dérives de la notion même de liberté. De plus, si ce procès a été nécessaire pour la mémoire des victimes et de leurs familles, il n’est pas non plus totalement un succès : on ne change pas quelqu’un et encore moins son idéologie. En tout cas il s’agit d’un travail de longue haleine (d’autres films montrent cette possible évolution) et assez complexe. D’autant plus qu’on a du mal à cerner totalement la personnalité de David Irving : le film balaie volontairement ce point, étant donné qu’on voit ce personnage à partir du regard de Deborah (il faut dire que cette dernière a beaucoup participé à l’élaboration du scénario). Le Procès du Siècle est en tout cas porté par un excellent casting. Rachel Weisz (avec ses horribles cheveux roux bizarroïdes et ses foulards très chics) est remarquable dans le rôle de cette historienne combative, qui va aussi devoir apprendre à se taire (pour les bienfaits du procès) alors que la rhétorique fait partie de ses talents de prédilection. Le duel entre Timothy Spall (qui affronte déjà le personnage incarné Weisz) et Tom Wilkinson durant les scènes de procès est d’une grande intensité, les deux acteurs étant particulièrement brillants et à l’aise dans ce type d’exercice très oratoire. Dans les seconds rôles, j’ai particulièrement aimé l’interprétation d’Andrew Scott en avocat et j’étais ravie de retrouver son ancien partenaire de Sherlock Mark Gatiss. Le Procès du Siècle (quel titre pompeux en français…) est donc un film plutôt oubliable, même assez lisse par sa forme mais qui mérite d’exister, même s’il aurait pu être mieux selon moi. Il aurait pu être pénible avec son côté très didactique, il se laisse tout de même volontiers regarder (les 1h50 sont passées plutôt rapidement de mon côté même si le rythme n’est pas nécessairement rapide) et reste très intéressant.

Le Procès du siècle : Photo Tom Wilkinson

Before I Wake

réalisé par Mike Flanagan

avec Kate Bosworth, Jacob Tremblay, Thomas Jane, Dash Mihok…

Thriller, épouvante-horreur, drame améicain. 1h37. 2016.

sortie française (Netflix) : 28 avril 2017

Un jeune couple adopte un petit garçon orphelin dont les rêves et cauchemars prennent vie chaque nuit lorsqu’il dort.

Before I Wake : Photo Jacob Tremblay, Kate Bosworth, Thomas Jane

Before I Wake devait au départ porter un titre latin, Somnia, comme les deux premiers films de Mike Flanagan (que je n’ai pas encore vus): Absentia et Oculus (en « VF » The Mirror). Je ne sais pas s’il s’agit d’un signe mais Before I Wake est un film qui ne méritait pas de sortir directement sur Netflix. Certes, le film n’est pas un chef-d’oeuvre, loin de là. Mais il reste intéressant et mérite malgré tout des spectateurs. En découvrant ce long-métrages, j’ai naturellement établi des connexions avec d’autres films. En ce qui concerne le point sur les rêves et les cauchemars qui prennent place dans la réalité, il est évident de penser aux Griffes de la Nuit du regretté Wes Craven. Visiblement (puisque je ne l’ai pas encore vu mais il est sur ma liste des films à regarder depuis des lustres), il se rapprocherait de L’Echelle de Jacob d’Adrian Lyne. Concernant la part métaphorique et les relations entre une mère et son enfant, j’ai surtout pensé au surprenant film australien de Mister Babadook de Jennifer Kent. Effectivement, sans vous spoiler l’intrigue, je peux vous dire que le film est très réussi en ce qui concerne ce dernier point. En effet, si on devait retenir quelque chose d’essentiel pour désigner les qualités de ce film, nous tiendrons surtout en compte cette relation forte entre ce garçon étrange, unique et dans un sens effrayant malgré lui (Cody) et cette mère (Jessie) qui doit apprendre à gérer la perte accidentelle de son enfant biologique (Sean). Je connaissais mal Kate Bosworth jusqu’à présent mais elle m’a agréablement surprise dans le rôle de cette mère bouleversée qui s’accroche à ce qu’elle peut et qui doit. Elle est attachante même si certains de ses actes peuvent être douteux (Cody devient très rapidement un moyen pour faire « revenir » le petit Sean). Jacob Tremblay, la révélation de Room, est également épatant et prouve de nouveau qu’une grande carrière l’attend. Bref, certaines séquences sont assez poétiques, notamment avec la présence de ces papillons volontairement magnifiés : on voit bien qu’ils sortent tout droit de l’imagination mais esthétiquement ils arrivent à s’intégrer dans la réalité des personnages. Cela dit, ce qui peut expliquer ma déception voire même dans un sens ma frustration, c’est que j’ai l’impression que le réalisateur n’assumait pas totalement cette part de métaphore. Le film m’a paru par moments bancal notamment dans sa construction et surtout dans la manière de passer du réel au fantastique. En effet, le film prend le temps de placer son histoire qui a l’air très réaliste, même lorsqu’on découvre le don surnaturel de Cody (notamment quand ce dernier rêve de papillons et de Sean).

Before I Wake : Photo Kate Bosworth

Puis, lorsque ce sont cette fois-ci ses cauchemars qui prennent place (et qui auront des conséquences irréversibles sur la réalité), on tombe clairement plus dans le fantastique (pourtant, en théorie on était déjà entré en contact ce genre) voire même dans l’épouvante-horreur (rien de bien méchant, je vous rassure – et c’est même logique par rapport à ce que le film veut raconter). Mais finalement, une fois qu’on nous dévoile le comment du pourquoi, notamment en ce qui concerne l’origine du monstre du cauchemar (on nous confirme donc bel et bien la dimension métaphorique tout en nous présentant bien des scènes issues du fantastique), je trouve qu’il y a une sorte de déséquilibre. Déséquilibre en question qui est pour moi confirmé à la dernière scène même si l’horreur semble être un mauvais souvenir (après, cette fin me semble assez ouverte). Bref, j’ai l’impression que le réalisateur passe parfois à côté de ses objectifs comme s’il n’assumait pas certains de ses partis pris (par exemple, dans le même genre, vu que j’en parlais plus haut, un Mister Babadook est pour moi plus réussi dans le sens où il suit réellement son idée). Cela est vraiment dommage car le film a énormément de potentiel et reste plaisant à regarder alors qu’il n’est pas spécialement rythmé ou n’est pas très effrayant : on aurait pu s’ennuyer ou trouver, or ce n’est pas le cas. La mise en scène est parfois bien réfléchie et le scénario tient plutôt debout. De plus, Flanagan parvient à créer une atmosphère et surtout s’intéresse aux personnages et à leurs ressentis. Je ne connais pas spécialement la filmographie de Flanagan mais je sens qu’il a du potentiel. Peut-être juste qu’il a beaucoup d’ambitions mais reste encore un jeune réalisateur qui n’a pas totalement les armes pour arriver à son but. Before I Wake a le mérite de vouloir se détacher d’un certain cinéma d’horreur actuel qui veut séduire les jeunes. Il prend même dans un sens certains risques en n’hésitant à supprimer certains personnages. (suppression que je n’avais pas vu venir). Peut-être suis-je sévère parce que j’en attendais trop, que je sentais que le film pouvait aller plus loin dans son exploration de sa dimension dramatique et poétique. S’il a selon moi ses défauts, Before I Wake reste un film à la fois sombre et lumineux qui joue avec différents types de langage (notamment l’étymologie littérale et l’interprétation des rêves). S’il ne m’a pas totalement convaincue (et franchement ça me fait mal au coeur – j’ai énormément hésité concernant la notation ça se joue à rien pour être honnête), je reste persuadée qu’il séduira d’autres spectateurs.

Before I Wake : Photo Antonio Evan Romero, Kate Bosworth

Fahrenheit 451

réalisé par François Truffaut

avec Oskar Werner, Julie Christie, Cyril Cusack…

Film de science-fiction britannique, français. 1h52. 1966.

sortie française : 11 septembre 1966

Movie Challenge 2017 : Un film adapté d’un livre que j’ai lu

Dans un pays indéfini, à une époque indéterminée, la lecture est rigoureusement interdite : elle empêcherait les
gens d’être heureux. La brigade des pompiers a pour seule mission de traquer les gens qui possèdent des livres et
de réduire ces objets en cendres.
Guy Montag, pompier zélé et citoyen respectueux des institutions, fait la connaissance de Clarisse, une jeune institutrice qui le fait douter de sa fonction. Peu à peu, il est à son tour gagné par l’amour des livres.

Fahrenheit 451 est l’adaptation du roman éponyme (et emblématique) de Ray Bradbury. Au premier abord, on n’imagine pas nécessairement François Truffaut, figure phare de la Nouvelle Vague, signer une oeuvre de science-fiction (enfin sur le papier car personnellement j’ai du mal à y voir totalement de la science-fiction en regardant cette oeuvre et je pense que c’était aussi une volonté de Truffaut). Après, on me dira que ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur de ce mouvement s’attaque à la science-fiction : par exemple, Godard l’a fait avec Alphaville. J’étais donc curieuse de connaître la vision du réalisateur sur cette oeuvre de Bradbury que j’adore (un de mes romans préférés). Il s’agit de la première excursion de Truffaut à l’étranger (le film ayant été tourné à Londres). Ce long-métrage marque aussi les retrouvailles entre Truffaut et Oskar Werner, les deux ayant travaillé ensemble pour Jules et Jim. Dans l’ensemble, sans dire que le résultat est mauvais (même s’il a tout de même certains défauts), ce Fahrenheit 451 m’a pas mal déçue. Je précise que je ne suis pas forcément une puriste des adaptations de romans mais j’ai senti Truffaut pas à l’aise avec un genre qu’il n’aimait pas de base (c’était même lui qui le disait dans des interviews) et certainement pas à l’aise non plus plus généralement avec la grandeur même du projet, qui a coûté cher pour l’époque, avec son lot d’effets spéciaux (alors qu’on n’est justement pas face à un film à spectacle). J’espère ce que je vais dire ne va pas trop « choquer » mais honnêtement, en regardant ce film, je me suis dit qu’une nouvelle adaptation serait une bonne chose ! Je me suis même dit que Equilibrium de Kurt Wimmer était finalement une meilleure « adaptation » que ce film de Truffaut. J’ai mis du temps à entrer dans le film qui m’a paru assez long (pas non plus interminable mais j’ai tout de même regardé de temps en temps ma montre) : heureusement, sa seconde partie m’a plus intéressée et permet de rattraper les mauvaises impressions du début. Visuellement, s’il était certainement intéressant pour l’époque, actuellement il a pas mal vieilli, certains effets sont même assez kitsch. C’est même assez étonnant de voir ce type d’effets alors que l’ensemble du film est esthétiquement assez « simple » dans le sens où il y a plutôt une envie de retranscrire un certain réalisme. Mais heureusement, d’autres scènes sont assez puissantes et rattrapent les quelques couacs. La scène de l’autodafé dans la bibliothèque vaut par exemple le coup d’oeil et même la fin avec le groupe qui apprend les textes par coeur oralement pour les conserver est également très belle.

De plus, les décors restent tout de même très réussis : ils permettent de rendre l’univers encore plus froid et monotone. La musique inquiétante de Bernard Hermann (le compositeur fétiche d’Alfred Hitchcock – Truffaut était un grand admirateur du maître du suspense) trouve également parfaitement sa place dans le film. Surtout, le propos relevé dans le roman de Bradbury (la destruction de la culture et du savoir pour contrôler l’individu) reste tout de même pertinent, nécessaire et intemporel (moins que dans le bouquin mais tout de même bien présent) : la dénonciation du fascisme fonctionne bien (il est impossible de ne pas voir un rapprochement entre les nazis qui eux-mêmes ont brûlé des livres). En parlant d’intemporalité, un autre point m’a semblé intéressant : certes, on voit bien qu’il y a une envie de placer l’histoire dans un futur. Mais en même temps, il n’est pas nécessairement très dessiné (comme on pourrait l’imaginer dans un gros blockbuster). Ce futur en question est finalement d’actualité, que ce soit « l’actualité » au moment de la sortie du film (le côté sixties en ressort par moments) ou même notre actualité de 2017 : bref, ce monde retranscrit par Truffaut n’est peut-être pas si éloigné de ce que le spectateur connait dans sa réalité. A noter aussi les choix troublants des livres brûlés : et même Chroniques Martiennes et Fahrenheit 451 de Bradbury ! On trouve également un exemplaire des Cahiers du Cinéma (on y trouve dessus une photo d’A bout de souffle de Jean-Luc Godard). Concernant le casting, sans dire qu’il est mauvais (il ne faut pas non plus exagéré), Werner n’est pas très à l’aise dans le rôle de Montag (même Truffaut n’était pas convaincu par sa prestation). Il faut dire que le personnage n’est pas ici particulièrement intéressant et manque de consistance. En revanche, Julie Christie, qui interprète deux personnages (Truffaut voulait éviter l’éternelle opposition entre une brune et une blonde et créer une sorte de trouble : l’effet est plutôt réussi), est bien plus convaincante. Pour conclure, Fahrenheit 451 est un film intéressant, qui fait son petit effet mais qui ne remplit pas totalement ses promesses même s’il reste fidèle au texte d’origine. Est-il imparfait parce qu’on s’attend justement à autre chose vu qu’on sait à quel point le roman de Bradbury est majeur dans le domaine de la science-fiction ? Cela reste tout de même une jolie ode à la littérature traversant le temps et les générations qui prouve bien qu’elle a un pouvoir énorme sur notre liberté.

Célibataire, mode d’emploi

réalisé par Christian Ditter

avec Dakota Johnson, Rebel Wilson, Alison Brie, Leslie Mann, Damon Wayans Jr., Anders Holm, Nicholas Braun, Jake Lacy…

titre original : How To Be Single

Comédie américaine. 1h50. 2016.

sortie française : 2 mars 2016

Movie Challenge 2017 : Un feel-good movie

Il y a toutes sortes de manières de vivre en célibataire. Il y a ceux qui s’y prennent bien, ceux qui s’y prennent mal… Et puis, il y a Alice. Robin. Lucy. Meg. Tom. David… À New York, on ne compte plus les âmes en peine à la recherche du partenaire idéal, que ce soit pour une histoire d’amour, un plan drague… ou un mélange des deux ! Entre les flirts par SMS et les aventures d’une nuit, ces réfractaires au mariage ont tous un point commun : le besoin de redécouvrir le sens du mot célibataire dans un monde où l’amour est en constante mutation. Un vent de libertinage souffle de nouveau sur la ville qui ne dort jamais !

Célibataire, mode d'emploi : Photo Dakota Johnson, Rebel Wilson

Christian Ditter n’est pas pour moi un nom inconnu : c’était lui qui avait réalisé la sympathique comédie romantique Love, Rosie (avec Lily Collins et Sam Claflin), une adaptation d’un roman de Cecilia Ahern directement sorti en dvd chez nous. C’est principalement pour cette raison que j’ai voulu regarder Célibataire, mode d’emploi, adapté du premier roman de Liz Tuccillo. Tuccillo est connue pour avoir travaillé sur la série de HBO Sex & the City en tant que scénariste ou pour avoir co-écrit avec Greg Behrendt Laisse tomber, il te mérite pas ! / He’s Just Not that Into You (adapté au cinéma sous le titre français Ce que pensent les hommes). Honnêtement, en dehors de ce petit argument, Célibataire, mode d’emploi me faisait plus fuir qu’autre chose : le film avait l’air d’être un mélange d’ambiance et de vulgarité pour montrer ce qu’est la femme actuelle (je m’étouffe), tout ce dont je me méfie. Les premières minutes ne m’ont pas du tout rassurée avec Rebel Wilson… qui fait du Rebel Wilson show comme un peu trop souvent. Elle emmène notre héroïne Alice, interprétée par Dakota Johnson (jusqu’à présent, je n’avais pas encore vu son « talent » ou quelque chose dans ce genre-là), se déchaîner dans des clubs ou bars, se bourrer la gueule et coucher avec n’importe qui. Le film suit également parallèlement deux autres histoires secondaires. D’un côté, Lucy (Alison Brie) croise constamment la route de Tom, ce dernier finissant par tomber amoureux d’elle. De l’autre, on s’intéresse à la grande soeur d’Alice, Meg (Leslie Mann), un médecin qui pense avant tout à sa carrière à sa vie personnelle. Jusqu’au jour où devenir mère devient une obsession. Célibataire, mode d’emploi n’est finalement pas la grosse daube prévue. Certes, on ne va pas se mentir : c’est pas la comédie du siècle, loin de là. En même temps, je ne pense pas que le film prétend révolutionner quoi que ce soit. Cela dit, il tente de proposer un propos différent à travers le portrait plus ou moins croisé de quatre femmes. Et ce propos en question est plutôt positif pour la représentation de la femme d’aujourd’hui. Comment une femme peut-elle être heureuse tout en préservant son indépendance ? Etre en couple est-il alors compatible avec cette indépendance ? En partant sur quatre portraits de femmes de 25 à 40 ans environ (même si encore une fois le film privilégie davantage l’histoire d’Alice), Célibataire, mode d’emploi montre les différentes possibilités d’un épanouissement de la femme moderne sans être prisonnière de sa vie amoureuse.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Alison Brie

Alice enchaîne les histoires amoureuses mais comprend qu’elle peut être heureuse sans hommes (la demoiselle devenant dépendante affective), les relations amoureuses n’étant pas toujours source de bonheur. Robin, elle, privilégie clairement le travail et les amitiés à l’amour : c’est ça qui la rend heureuse. L’amitié est aussi une belle valeur qu’on ne doit pas négliger. Meg pense que le bonheur réside dans le célibat et finit par confondre indépendance et solitude. Elle a fini par nier ses propres désirs, s’enfermant dans ses convictions.  Bref, on peut être une femme indépendante, en étant épanouie dans un travail passionnant tout en ayant envie de maternité. Grâce au personnage de Meg, sans tomber dans la contradiction, le film a le mérite de ne pas être culpabilisant envers certaines femmes et ne tombe pas dans de l’extrémisme. Le casting est plutôt bon. On ne va pas dire que les acteurs vont remporter un Oscar, les personnages ne sont pas non plus d’une grande profondeur mais ils sont tous bons pour ce genre de film assez léger. Leurs personnages sont plutôt attachants. Dakota Johnson m’avait agacée voire même inquiétée dans la saga Cinquante Nuances. Finalement, elle ne sort pas si mal. Elle est plutôt fraîche et attachante dans le rôle de cette jeune femme qui cherche finalement le bonheur et la liberté. Comme je le disais au début, Rebel Wilson fait du Rebel Wilson. Je l’aime bien mais il faut avouer qu’elle se répète au fil des films. Cela dit, alors que ça partait plutôt mal, son personnage devient plus intéressant. Elle n’est pas uniquement une fêtarde déjantée qui aime bien coucher à droite et à gauche. La fin, qui permet d’en savoir définitivement plus ce personnage, m’a par ailleurs surprise. Alison Brie est toujours aussi pétillante et confirme bien ici son potentiel. Son duo avec Anders Holm fonctionne avec elle et là encore son personnage surprend, le film montre de nouveau qu’il n’est pas aussi prévisible qu’il en a l’air. Enfin, Leslie Mann est certainement celle qui se détache pour moi du lot (même si encore une fois le reste du casting est plutôt bon). Certes, Célibataire, mode d’emploi ne frappe pas nécessairement pour ses qualités cinématographiques – même si globalement le travail (par rapport à ce qu’on attend de ce type de production) reste très correct. Il est certain qu’il vise au premier abord un public féminin. Il s’agit d’un sympathique film, bien rythmé, plutôt divertissant, qui n’est pas aussi tarte qu’il en a l’air même s’il n’est pas non plus révolutionnaire. J’aimerais bien connaître l’avis des mecs mais je n’ai pas eu l’impression que le public masculin était si négligé que ça.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Leslie Mann

Bridget Jones’s Baby

réalisé par Sharon Maguire

avec Renée Zellweger, Colin Firth, Patrick Dempsey, Emma Thompson, Jim Broadbent, Shirley Henderson, Gemma Jones, James Callis, Celia Imrie, Sarah Solemani…

Comédie romantique britannique, américain. 2h. 2016.

sortie française : 5 octobre 2016

Movie Challenge 2017 : Une suite de film

Après avoir rompu avec Mark Darcy, Bridget se retrouve de nouveau célibataire, 40 ans passés, plus concentrée sur sa carrière et ses amis que sur sa vie amoureuse. Pour une fois, tout est sous contrôle ! Jusqu’à ce que Bridget fasse la rencontre de Jack… Puis retrouve Darcy… Puis découvre qu’elle est enceinte… Mais de qui ???

Bridget Jones Baby : Photo Colin Firth, Patrick Dempsey, Renée Zellweger

J’assume : je suis une grande fan de Bridget Jones. Je me reconnais toujours dans cette héroïne qui ressemble finalement à beaucoup de femme. J’ai adoré la trilogie écrite par Helen Fielding. Concernant les adaptations sur grand écran, j’aime surtout le premier film (la suite me paraît ratée, ce qui est dommage – le bouquin L’âge de raison était bien plus drôle). Pour ce troisième volet au cinéma, Sharon Maguire (réalisatrice du premier film) n’adapte cette fois-ci pas un des romans. Pourtant, il existe bien un troisième roman, Bridget Jones : Folle de lui (Bridget Jones : Mad about the Boy) sorti en 2013. Dans cette suite, Bridget a bien évolué : elle est veuve (ce qui a crée du remous chez les fans – pour ma part, ce choix était pour moi judicieux même s’il fait mal au cœur), a deux gosses, a vieilli et doit faire face à son époque : Twitter, les toy-boys, les lunettes de vue, les rides etc… Les scénaristes ont décidé d’imaginer la vie de Bridget (également vieillie mais un peu plus jeune) avant le troisième roman. Effectivement, c’était alléchant d’imaginer Bridget enceinte (surtout après ses aventures dans le 2e tome avec notamment le test de grossesse). J’étais contente même de retrouver ma bonne copine face au temps et tout ce qui suit derrière. Avoir peur de ce projet était totalement légitime : une suite des années après, avec une histoire « originale », ça restait assez casse-gueule. Bridget Jones’s Baby – oui je mets volontairement en avant le titre original et non cette pseudo « traduction » franco-anglaise déplorable – n’est vraiment pas la catastrophe annoncée, loin de là. Sans être révolutionnaire et très prévisible, ce film remplit ses charges de sympathique comédie romantique. J’ai beau aimé Bridget au cinéma, le visage de Renée Zellweger qui a beaucoup changé à cause de la chirurgie esthétique : je me fous de ce peut faire l’actrice avec son corps, c’est son choix. Mais j’avais tout simplement peur de ne plus retrouver Bridget. Heureusement, j’ai été très vite rassurée : l’actrice a gardé son jeu et surtout j’ai tout de même retrouvé ses charmantes expressions. Le reste du casting est également très bon. Colin Firth est toujours aussi à l’aise dans le rôle de Mark Darcy et Patrick Dempsey s’en sort également très bien dans le rôle de cet amant américain attendrissant, un peu envahissant aussi et très porté sur les méthodes très à la mode concernant le bien-être. Certes, l’ancien docteur Mamour ne nous fait pas oublier Hugh Grant, le personnage de  ce dernier étant décédé (la scène de l’enterrement au début du film est au passage très drôle) mais il s’en sort tout de même bien et s’intègre très bien dans un univers que nous connaissons très bien.

Bridget Jones Baby : Photo Emma Thompson, Renée Zellweger

De plus, le duel entre Darcy et Jack Qwant m’a semblé intéressant. Dans les précédents volets, la guéguerre entre Darcy et Daniel Cleaver était volontairement puérile et surtout Cleaver incarne une figure de connard goujat. Qwant est au contraire un personnage plus respectueux et mature. Certes il fait quelques erreurs mais on le voit plus comme un humain. Jim Broadbent et Gemma Jones sont toujours aussi plaisants dans le rôle des parents de Bridget même si on les voit peu. Sarah Solemani (Lizzie de la série The Wrong Mans) est également un bon second rôle. Enfin, impossible de passer à côté d’Emma Thompson (également co-scénariste) en gynécologue qui doit faire face à Bridget, une patiente pas comme les autres ! Au passage, les quelques petites apparitions d’Ed Sheeran sont également plutôt amusantes. Le film est donc agréable à regarder, parfois drôle et même assez touchant. Pourtant, je ne suis pas sortie totalement emballée ni satisfaite. Déjà, même si encore une fois j’ai passé un bon moment, j’ai trouvé ce film un peu trop long, on sent bien passer les deux bonnes heures. Il faut dire que l’intrigue met mine de rien pas mal de temps à se mettre en place… pour finalement un résultat très prévisible. Mais ce qui m’a le plus énervée, c’est la sensation de retourner en arrière. En effet, après le deuxième volet, qui mettait déjà le couple Bridget-Darcy à l’épreuve, on devait penser que c’était réglé une bonne fois pour toutes (et le troisième bouquin nous confirmait bien cela). Or, finalement on est obligé de se retaper leurs problèmes, comme si les deux premiers films n’avaient vraiment servis à rien. Pourquoi ce choix de triangle amoureux ? Dans le même genre (et suite en plus), le film de Marylou Berry, Joséphine s’arrondit, pourtant pas non plus une comédie romantique révolutionnaire, fonctionnait mieux sans « trahir » les spectateurs (oui, « trahir », je n’ai pas peur d’utiliser certains mots). Cela n’empêche pas au film de Berry d’avancer avec son lot de péripéties ! Surtout, vu l’âge de Bridget, je ne comprends pas pourquoi les scénaristes ont tenu de ne pas avoir attendu pour adapter le troisième tome. Le seul argument que je vois était le suivant : il fallait Colin Firth. Enfin, dans le troisième roman, les questions de l’âge, de la séduction, de la technologie et autres dérives de notre époque étaient bien mieux traitées que dans le film qui esquisse certains points sans y aller non plus franchement – en dehors de quelques scènes notamment dans le journal dans lequel bosse Bridget.

Bridget Jones Baby : Photo Colin Firth, Renée Zellweger

Moonlight

réalisé par Barry Jenkins

avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Naomie Harris, Janelle Monáe, Andre Holland, Jaden Piner, Jharrel Jerome…

Drame américain. 1h50. 2016.

sortie française : 1 février 2017

moonlight

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert, Mahershala Ali

Moonlight, déjà lauréat du Golden Globe du meilleur drame, a gagné l’Oscar du meilleur film (dans la plus grande confusion… j’en rigole encore !) face à son grand concurrent, La La Land. Il a aussi remporté deux autres importantes récompenses, à savoir celles du meilleur acteur dans un second rôle (pour Mahershala Ali) et du meilleur scénario adapté. Il a aussi cartonné aux Independent Spirit Awards et a évidemment récompensé ailleurs. Le succès de ce petit film peut surprendre, Barry Jenkins étant un réalisateur inconnu aux yeux du public (et même auprès des cinéphiles) et surtout le sujet est tout de même assez lourd et même puissant, il a même quelque chose de nécessaire. En effet,  un grand nombre de drames apparaît dans le scénario (ça pourrait presque faire penser à Precious de Lee Daniels) : un gamin afro-américain qui découvre son homosexualité dans une communauté qui rejette cette identité s’isole de plus en plus face au harcèlement et au comportement désastreux et destructeur de sa mère qui se drogue, se prostitue et le maltraite. Moonlight est à l’origine une pièce du dramaturge Tarell Alvin McCraney, In Moonlight Black Boys Look Blue. Elle fait aussi écho aux vies de l’auteur de la pièce et du réalisateur de son adaptation (les deux ne se connaissant pas) : ils ont fréquenté la même école et le même collège à Liberty City (Miami) et leurs mères ont toutes les deux rencontré des problèmes avec la drogue (la mère de Jenkins a surmonté sa toxicomanie tout en restant séropositive pendant 24 ans, celle de McCraney est morte du Sida). Moonlight mérite-t-il alors toutes les louanges qu’il a reçues et surtout son Oscar du meilleur film ? Pour moi non. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, loin de là (je lui reconnais volontiers des qualités). Son Oscar du meilleur film me semble tout de même plus symbolique voire même politique (notamment une réaction à la polémique « Oscars So White » survenue l’an dernier qui reste malgré tout encore présente dans nos esprits) que cinématographique même si je suis certaine que beaucoup de gens trouveront ce prix mérité pour des raisons plus artistiques. Il faut dire que Moonlight a un petit quelque chose de révolutionnaire mine de rien : le casting est entièrement de couleur noire.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert

Moonlight est construit en trois parties clairement affichées et nommées : la première, « Little », suit Chiron enfant, lorsqu’il rencontre Juan, un dealer cubain qui deviendra pour lui la figure paternelle qui lui manque. Il ne comprend pas pourquoi on le traite de « tapette ». Dans la deuxième partie, « Chiron », le personnage principal devenu adolescent, se fait encore harceler par ses camarades de classe. Son homosexualité ne fait que se confirmer par un véritable contact physique. Enfin, la dernière partie, « Black », nous présente toujours ce fameux Chiron devenu adulte et méconnaissable, éloigné de sa ville d’origine. En mode gros dur, sa route recroise celle de son premier amant. J’appelle ça des parties, mais on pourrait les nommer des chapitres voire même des actes : si le film n’a pas l’air littéraire, il a pourtant une construction qui fait penser à cet art. Je savais, par par son prix aux Oscars, qu’il s’agissait d’une adaptation mais pas nécessairement d’une pièce. Pourtant, durant ma séance, j’ai fini par comprendre ce lien avec le théâtre et pas uniquement par cette forme assez visible : la manière d’aborder le personnage principal, le rythme de certaines répliques etc… Cela dit, je ne fais pas ici de reproches, mais plus un constat de mon ressenti. Il y a donc derrière un réel travail intéressant d’écriture (et je comprends davantage son Oscar de la meilleure adaptation même si je n’ai pas vu la pièce d’origine) même si paradoxalement ce sont aussi certainement des éléments liés à cette écriture qui m’ont gênée. Les dialogues m’ont semblé assez justes et les effets d’écho plutôt pertinents : ainsi, même lorsque l’histoire se déroule sur plus de dix ans, on ne perd pas non plus en route certaines informations qu’on a reçues et qu’on aurait pu oublier. Par exemple, même lorsqu’on ne voit plus à l’écran Juan, que ce soit dans la seconde ou troisième partie, on a l’impression qu’il est toujours présent au côté de Chiron. Mais je reste partagée sur l’utilisation des différentes ellipses. Certes, pour gagner du temps (pas évident de retracer la vie d’un personnage sur une quinzaine d’années voire peut-être plus), les ellipses étaient évidemment nécessaires. Il y a une idée de se concentrer sur l’essentiel.

Moonlight : Photo Naomie Harris

Cela dit, par ce choix, selon moi, Chiron est un personnage qui manque de développement, même un peu de consistance. De plus, j’étais frustrée de ne plus voir les personnages secondaires, même si encore une fois le scénario fait des efforts pour qu’on ne les oublie pas. Mais cet effet n’est hélas pas totalement réussi. J’ai également ressenti une autre frustration : le film n’étant pas hyper rythmé (ça ne m’a pas aidée à l’apprécier convenablement), à chaque fois que je commençais à entrer dans l’histoire, en la trouvant intéressante, on nous la brise justement par ces ellipses. Je suis d’ailleurs partagée sur la fin, j’ai l’impression que je n’ai pas la même interprétation que la plupart de mes copains blogueurs. La mise en scène est plutôt intéressante dans le sens où on sent que rien n’est laissé au hasard, il y a même des symboliques assez fortes (cette scène de baignade au début est très riche sur différents niveaux). Cela dit, à l’image de son sens esthétique (on passe parfois un peu trop brutalement à des scènes très réalistes à d’autres bien plus soignées et colorées ou encore il y a des effets de style un peu surperflus), elle reste pour moi parfois maladroite. Heureusement, le casting est très bon. Parmi les personnalités non connues par le grand public, le trio Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes est impeccable. Individuellement, chaque interprète est effectivement remarquable mais ce qui l’est encore plus c’est de constater la cohérence d’interprétation entre ces trois acteurs. Même si je reproche un certain manque de développement chez Chiron, en revanche on ressent pourtant bien à l’écran une certaine évolution qui fonctionne justement grâce à cette succession d’acteurs. Le changement d’acteurs ne choque jamais, on voit tout le temps à l’écran Chiron et non des trois acteurs qui interprètent un même rôle. Et cela est encore plus fort lorsqu’on sait que Hibbert, Sanders et Rhodes ne se sont pas rencontrés sur le tournage. Oscarisé, Mahershali Ali (qu’on voit hélas trop peu) est impeccable dans le rôle de ce personnage qui n’a rien d’un enfant de choeur et pourtant qui accompagne merveilleusement bien Chiron qui s’interroge sur son identité. J’étais heureuse de retrouver à l’écran dans les dernières Andre Holland, qu’on voit décidément de plus en plus. Enfin, parmi les rôles féminins, Naomie Harris (nommée aux Oscars) et Janelle Monáe sont également impeccables.

Moonlight : Photo Andre Holland, Trevante Rhodes

La La Land

réalisé par Damien Chazelle

avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, J.K. Simmons, Rosemarie DeWitt, Finn Wittrock, Callie Hernandez, Sonoya Mizuno…

Comédie musicale, romance américaine. 2h08. 2016.

sortie française : 25 janvier 2017

lalaland

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions.
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance.
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Le deuxième long-métrage de Damien Chazelle, Whiplash, qui avait permis à J.K. Simmons (présent dans La La Land le temps de quelques scènes) de remporter l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, m’avait énormément plu, on pouvait même parler de coup de coeur. Je suis donc allée voir La La Land non pas principalement à cause du buzz (qui finit par écoeurer) et toutes les nombreuses récompenses qu’il récolte à son passage mais avant tout parce que je sais à quel point Chazelle est un jeune réalisateur ambitieux et talentueux âgé seulement de 32 ans. La La Land donne littéralement le « la » avec cette impressionnante scène d’ouverture sur une autoroute (avec Another Day of Sun). Hélas, mon enthousiasme n’a pas tenu la distance au fur et à mesure de l’histoire, construite sur un schéma saisonnier. La La Land ne manque pourtant pas de qualités. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas ce film, on doit reconnaître à Damien Chazelle et toute son équipe un travail colossal et très réfléchi. Esthétiquement et techniquement, le film est absolument époustouflant et d’une grande précision, dans lequel tout (et je n’exagère pas quand je dis « tout ») semble avoir une signification. Le jeu avec les couleurs est notamment très pertinent par rapport à l’évolution et aux pensées des personnages (je ne peux que vous inviter à regarder la vidéo pertinente du Fossoyeur de Films). Le long-métrage traite aussi de sujets universels qui pourront toucher divers spectateurs : comment réaliser ses rêves qui peuvent paraître démesurés (à l’image de l’esthétique) lorsqu’on rencontre des désillusions et des obstacles ? Un rêve professionnel est-il toujours compatible avec sa vie privée ? En fonction des choix que l’on fait à un moment de sa vie, ne finit-on pas par rêver de sa vie ? Finalement, on retrouve des thèmes communs avec le précédent long-métrage de Chazelle. Comme dans Whiplash, il y a bien cette question du sacrifice qui revient dans l’esprit des personnages. Le titre est par ailleurs assez intéressant à analyser par rapport aux thèmes mis en avant par Chazelle. Il fait référence à Los Angeles (on pourrait presque lire le titre L.A. L.A. Land) et plus généralement, il s’agit aussi d’un clin d’oeil à une expression qui désigne une situation déconnectée de la réalité.

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

La ville américaine, celle de tous les rêves qu’on peut réaliser, est donc très bien valorisée, dans le sens où elle a l’air hors du commun avec ses couleurs très pétantes et plus généralement tout semble démesuré. Mais je ne vais pas tourner du pot pendant une plombe : La La Land m’a fortement déçue (et le buzz autour a certainement accentué ma déception même si je l’aurais certainement eue). Et je suis déçue d’être déçue quand je vois de telles qualités en face de moi. Croyez-moi, je n’ai pas envie de balancer des saloperies sur ce film (même si en sortant de la salle, j’ai clairement dit que je n’avais pas du tout aimé ce film, depuis mon avis a peu évolué) parce qu’il a la cote partout (parce qu’on a l’impression que chaque année je m’amuse à être la vieille bique solo face contre tout le monde qui vénère LE film de l’année, mais non je ne suis pas comme ça). Plusieurs éléments m’ont réellement posé problème durant ma séance au point de gâcher les qualités pourtant bien présentes. Dans un premier temps, et c’est particulièrement problématique dans le cadre d’une comédie musicale, je reste assez sceptique en ce qui concerne la musique justement. Certes, j’aime vraiment certains titres (je les écoute même actuellement chez moi) : Another Day of Sun, Someone in the Crowd ou encore City of Stars (et je n’ai retenu que ceux-là, ce qui n’est pas bon signe). Mais dans le contexte du film, la musique ne m’a pas plus emballée que ça, surtout lorsque certains morceaux reviennent plus fois sans réelle variation. Ce qui m’a également déçue est la banalité de l’histoire par rapport à la forme du film. On va me dire que le 3/4 des films ont des histoires très classiques et je suis entièrement d’accord avec vous. Ce que je veux dire, c’est que selon moi la forme a priori assez spectaculaire, le choix justement de réaliser une comédie musicale, devrait nous faire « oublier » cet aspect assez classique. Or, je me suis vraiment dit en sortant de la salle « tout ça pour ça ». Après j’ai aussi conscience du projet même de Chazelle : une comédie musicale plus « réaliste » (les personnages ne dansent pas comme des balles, une grande partie du film qui ne contient pas nécessairement de scènes musicales etc…).

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Cela peut donc paraître paradoxal vu que je disais juste avant que le film avait un côté hors du commun (en tout cas visuellement). Peut-être que j’exprime mal mon idée, peut-être que je dois aussi admettre qu’il ne m’a tout simplement pas touchée. Du coup, peut-être que je me suis focalisée sur cette idée parce que le film ne parvenait tout simplement à m’emballer autant que je le souhaitais. Il faut dire que je me suis pas mal ennuyée durant ma séance. J’ai dû vérifier plusieurs fois la durée en sortant de la salle. Sincèrement, et sans exagérer, je pensais que ce long-métrage durait au moins 2h30. Or, il ne dure que deux grosses heures. Et je les ai bien senties ! En plus, pour ne rien arranger, j’ai eu l’impression que l’histoire mettait un certain temps à se mettre en place. Là encore, je respecte la démarche de Chazelle d’instaurer une démarche malgré tout à peu près réaliste (même si le film ne donne de nouveau pas cette impression via cette esthétique) dans le sens où un couple met du temps à se trouver et passe par différentes étapes (au passage, je ne suis pas d’accord avec les critiques évoquant un coup de foudre). Je pensais que le schéma saisonnier donnerait de l’élan au scénario, or je n’ai pas trouvé que c’était spécialement le cas. Le couple formé par Mia et Sebastien est mignon et même très attachant (la scène finale, qui a pu bouleverser certains spectateurs, est assez significative). Mais le film est même parfois trop concentré sur tous les deux. Ainsi, les personnages secondaires ne parviennent pas à exister alors que j’ai l’impression qu’ils avaient bien un intérêt pour appuyer certains propos (je pense notamment au rôle de la soeur, elle-même en couple). Il n’y a d’ailleurs pas que les personnages qui sont noyés par certains éléments. Je n’ai pas spécialement une grande culture en comédie musicale  mais on sent qu’il y a une voire même plusieurs références à chaque scène. J’imagine que cela a du sens pour Chazelle, toujours dans ce jeu et même cette frontière entre illusion et réalité, le cinéma et particulièrement Hollywood étant une machine à rêves. Mais au bout d’un moment, j’ai trouvé que ça envahissait l’écran, comme si Chazelle nous étalait à tout prix son savoir.

La La Land : Photo Callie Hernandez, Emma Stone, Sonoya Mizuno

Face à ce lot de reproches que je fais au film (même si encore une fois, à côté je complimente aussi d’autres éléments), je dois par contre admettre les très bonnes interprétations de Ryan Gosling et Emma Stone. Je ne m’en suis jamais cachée, j’ai toujours aimé Gosling (non, je ne suis pas une midinette, heiiiiin) et il s’en sort ici à merveille dans ce rôle de jazzman (avec son éternel air Droopy qui lui va si bien) qui semble un peu hautain mais qui a un amour profond pour la musique qu’il défend et qu’il a dans la peau. Emma Stone, c’est une histoire plus compliquée entre elle et moi. Je l’ai toujours trouvée très rafraîchissante, avec un vrai potentiel mais dans certains films, je ne vois parfois que des tics et mimiques en tout genre. Pourtant, Stone m’a ici bluffée. Elle n’a pas l’air de livrer une interprétation extraordinaire dans le sens où elle n’est finalement pas dans de la sur-performance comme on a l’habitude de le voir. Par ailleurs, elle n’a pas non plus une voix époustouflante et ne fait pas des pas impressionnants (et on peut d’ailleurs dire la même chose concernant Gosling). Pourtant, Emma Stone est juste parfaite dans le rôle de Mia. J’ai envie de dire : elle est Mia. Là encore, cela s’applique aussi à Gosling mais Emma Stone a quelque chose en elle (que ce soit physiquement ou vocalement par exemple) un mélange assez intriguant entre la modernité et une image classique de la femme des années 50, voire même 60. Surtout, pour conclure ce billet sur une note positive, il y a une vraie bonne alchimie entre Gosling et Stone, déjà présente dans leur première collaboration, la bonne surprise Crazy, Stupid, Love de John Requa et Glenn Ficarra (bon, par contre, je mets à la poubelle Gangster Squad de Ruben Fleischer qui marquait leur seconde collab’). Pour conclure, en toute honnêteté, je n’ai pas spécialement aimé La La Land et j’imagine que la masse d’excellentes critiques ne m’a certainement aidée à l’apprécier. J’aurais réellement aimé partager l’enthousiasme des fans, être touchée par cette histoire d’amour certes classique (mais pour moi, durant ma séance, juste banale) mais qui a quelque chose d’universel mais ce ne fut pas le cas malgré un magnifique couple de cinéma qui crève l’écran. Mais je ne peux que m’incliner face à cette masse de boulot qui apparaît à chaque plan.

La La Land : Photo Emma Stone

Deadpool

réalisé par Tim Miller

avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein, Gina Carano, Brianna Hildebrand, T. J. Miller…

Comédie d’action, fantastique américain. 1h48. 2016.

sortie française : 10 février 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film d’action / d’aventure

deadpool

Deadpool, est l’anti-héros le plus atypique de l’univers Marvel. A l’origine, il s’appelle Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire. Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d’un humour noir survolté, Deadpool va traquer l’homme qui a bien failli anéantir sa vie.

Deadpool : Photo Brianna Hildebrand, Ryan Reynolds

Je ne comptais pas spécialement regarder Deadpool, film très attendu par de nombreux spectateurs (vous connaissez maintenant ma relation avec les films de super-héros), le hasard m’a mis sur le chemin de ce long-métrage. Ce personnage, issu de l’univers Marvel, a été crée par l’auteur et dessinateur Rob Liefeld et le scénariste Fabian Nicieza. Le personnage de Deadpool était présent dans un autre film, X-Men Origins : Wolverine de Gavin Hood. Ryan Reynolds l’incarnait déjà à l’époque. Il faut savoir que Deadpool n’aurait coûté « que » 50 millions de dollars, ce qui reste « peu » comparé à d’autres films de super-héros (par exemple, Avengers : L’Ere d’Ultron de Joss Whedon et The Dark Knight Rises de Christopher Nolan ont coûté 250 millions de dollars). Evidemment, ce point n’excuse pas tout mais nous pouvons tout de même apprécier la démarche. De plus, le film a aussi été classé R aux Etats-Unis (les mineurs de moins de 17 ans doivent être accompagnés d’un adulte) alors que d’habitude les studios tentent d’éviter ce type de situation. Il est par ailleurs devenu le plus gros succès au box-office mondial pour un long-métrage classé R (le film est effectivement violent comme promis). Enfin, Deadpool est aussi devenu le plus gros succès de la saga X-Men. Je n’attendais donc rien de ce film mais dans l’ensemble, sans crier au génie (je lui ai tout de même trouvé des défauts) ou sans me réconcilier avec les films de super-héros je l’ai trouvé assez sympathique, frais et léger. Il a le mérite d’être parfois drôle et sans prétention même s’il présente à sa façon son ambition (en gros, celui d’un film de super-héros avec de l’action tout en étant cool et même « osé » et d’éviter la convention). Je ne pense pas qu’il révolutionne quoi que ce soit mais il a le mérite de tenter de casser certains codes habituels. J’avais un peu peur que le film tombe dans la surenchère avec son lot de répliques assez grossières / trashouilles et graveleuses (vu que ce genre de films semble être à la mode depuis quelques années) mais dans l’ensemble ça passe comme une lettre à la Poste. En tant que comédie, même si c’est un peu (et volontairement) vulgaire (ce n’est pourtant pas ma came d’habitude), on peut même dire que le film est à peu près réussi. Je sais que c’est aussi la tendance de coller des références à tout et n’importe quoi (c’est parfois ce qui me gêne dans la pop culture), ça peut rapidement me gaver mais là encore elles sont plutôt pertinentes. De plus, les scènes d’action secouent, on en prend plein la vue ! Cela dit, qu’est-ce qui cloche alors dans Deadpool ? On est dans une origins story (because, you know, on ne parle plus français) dans tout ce qu’il y a de plus chiant.

Deadpool : Photo Morena Baccarin, Ryan Reynolds

J’ai l’impression d’avoir vu ce type d’histoire mille fois, presque une case obligée du film de super-héros (je crois que c’est ça qui me gonfle le plus dans ce genre en question). Selon moi, on voit les limites du scénario qui est vraiment sauvé par de bons dialogues et non par sa narration : le film commence pratiquement par la fin (quand on prend le film dans sa globalité) et reste le 3/4 du temps en suspension. Vous allez me dire : ce n’est pas le seul film au monde qui reprend cette structure pseudo déstructurée. Je suis d’accord avec ce point (parce que je sais anticiper les reproches qu’on pourrait me faire). Mais j’ai vraiment eu l’impression que le film faisait du surplace. Résultat : malgré l’humour omniprésent, le rythme s’essouffle et j’ai senti quelques longueurs. Le film n’est pourtant pas non plus très long (surtout pour un film de super-héros) et sur le papier il n’aurait pas dû avoir ce souci de rythme. Finalement, c’est plus ce choix narratif qui est superficiel que le nombre de « fuck » présent qui « m’effrayait » au départ. La mise en scène est en tout cas plutôt bonne, surtout par rapport à ce qu’on attend habituellement de ce genre de production. On peut en tout cas remercier Ryan Reynolds, décidément coltiné aux films adaptés de comics (Blade : Trinity, X-Mens Origins : Wolverine, Green Lantern et R.I.P.D. Brigade Fantôme, rien que ça!). Très investi dans le projet depuis pratiquement dix ans (il en est le co-producteur), et récemment nommé aux Golden Globes pour son interprétation (dans la catégorie « comédie »), l’acteur canadien est très bon et surprenant dans le rôle-titre (figure de l’anti-héros par excellence). Pour moi, même si le film a ses qualités, Reynolds porte pas mal le long-métrage sur ses épaules (pourtant je n’aime pas trop cette expression). On ressent vraiment son implication et depuis quelques années, l’acteur a vraiment su améliorer son jeu (avant, je trouvais qu’il jouait comme une huître). De plus, décidément, Reynolds sait bien jouer avec sa voix (détail important vu qu’il porte le 3/4 du temps son costume, donc on privilégie la VO) comme il nous l’avait déjà prouvé The Voices de Marjane Satrapi. Je suis un peu plus partagée sur certains rôles secondaires, surtout en ce qui concerne Ed Skrein. L’acteur britannique n’est pas mauvais en soi, c’est juste que son rôle est trop caricatural et paradoxalement trop effacé (Deadpool doit rester la star de son propre film) pour convaincre totalement. A surveiller donc Deadpool 2, évidemment en préparation…

Deadpool : Photo Ryan Reynolds

Avanti !

réalisé par Billy Wilder

avec Jack Lemmon, Juliet Mills, Clive Revill…

Comédie américaine. 2h18. 1972.

sortie française : 23 septembre 1973

Movie Challenge 2016 : Un film avec un acteur que j’adore

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La partie de golf de Wendell Armbruster Jr., P.D.G. de 37 sociétés, est brutalement interrompue par la mort de son père survenue en Italie. Wendell saute dans l’avion et apprend que l’auteur de ses jours fréquentait une certaine Mrs Piggott alors qu’il était censé suivre une cure de bains de boue. De plus, il affronte Pamela, romantique et donc digne fille de Mrs Piggot qu’il se met illico à détester et qu’il surnomme « grosses fesses ». Mais très vite, d’autres rapports s’installent entre eux…

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Jusqu’à présent, de ce que j’ai pu voir, j’ai toujours aimé le cinéma de Billy Wilder, une vraie référence pour moi en tant que cinéphile. Et j’aime aussi énormément Jack Lemmon, un de mes acteurs préférés (et pour moi, malgré le succès qu’il a eu, j’ai toujours l’impression qu’on l’oublie un peu lorsqu’on veut évoquer les plus grands acteurs du cinéma). Vous imaginez bien que j’ai souvent aimé (on peut même dire adoré) les différentes collaborations entre Jack Lemmon et Billy Wilder : Certains l’aiment chaud, Irma La Douce ou encore La Garçonnière. J’étais donc enthousiaste à l’idée de découvrir Avanti, qui marque la neuvième collaboration entre Wilder et son scénariste attitré, I.A.L. Diamond. Les deux compères adaptent la pièce homonyme de Samuel A. Taylor (qui avait collaboré sur le scénario de Sueurs Froides / Vertigo d’Alfred Hitchcock). Sabrina était déjà une adaptation d’une oeuvre de cet auteur (Sabrina Fair). Pour la petite anecdote, dans une interview pour Positif, Billy Wilder avait dit les propos suivants concernant le personnage principal de Avanti : « C’est au commencement le héros de La Garçonnière s’il ne s’était pas révolté ». En tout cas, Avanti a rencontré un certain succès à sa sortie : il a permis à Jack Lemmon de remporter le Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie (dans toute sa carrière, il en a remporté six !). Le film avait également décroché d’autres nominations aux Golden Globes (dans les catégories meilleurs film dans une comédie, actrice, acteur dans un second rôle, réalisateur et scénario). J’avais vraiment envie d’aimer ce film comme j’ai aimé les autres longs-métrages de Billy Wilder. Comme je l’ai dit, je n’ai pas vu tous les films de Wilder mais de ce que j’ai pu voir, il me semble que ce Avanti est un film mineur de sa carrière. Hélas, j’ai été assez déçue par ce film même s’il n’est pas non plus déplaisant à regarder (on peut même dire qu’il est assez sympathique). Je l’ai même regardé deux fois pour voir si je n’étais pas passée à côté de quelque chose la première fois. Hélas, je crois que je n’accroche pas plus que ça à l’histoire. Pourtant, sur le papier elle n’a rien de repoussante : il s’agit d’une comédie romantique assez classique, comme j’ai pu le voir des tonnes de fois. Mais je ne parviens pas totalement à y adhérer même si elle reste charmante. En plus, le film a du fond et les personnages ont tout pour plaire. De plus, les paysages italiens sont splendides et jouent un rôle important dans le déroulement de l’histoire avec toute l’atmosphère qui va avec, les accents, les chansons, le soleil, la mer, bref cet exotisme est assez agréable, il faut bien le reconnaître.

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Après tout, le film met en avant les différences culturelles pour pouvoir livrer une critique sociale assez fine (comme souvent chez Wilder) : les Américains sont vus comme des gens coincés et tiraillés par leurs différentes obligations (familiales et professionnelles) ne s’évadant jamais d’un triste quotidien tandis qu’en Italie (et plus généralement en Europe – Pamela étant britannique) les gens prennent le temps de vivre. Par ailleurs, toujours en Italie (en tout cas dans la vision proposée par Wilder), l’adultère n’est pas nécessairement quelque chose de condamnable, il prend même une dimension romantique, une sorte d’alternative et d’évasion à une vie pesante. Mais il me semble aussi que le jeu des stéréotypes italiens est assez lourd, le vaudeville en lui-même trop appuyé, certains gags tombent parfois à plat (même si, heureusement, certaines scènes restent tout de même plutôt drôles). Surtout j’ai trouvé Avanti affreusement long. Pratiquement 2h20 ! On les sent bien ! Le film ne manque pourtant pas de rythme si on regarde bien (sur le papier, je ne trouve pas qu’il y ait de temps mort) : les différents éléments narratifs s’enchaînent, les gags et quiproquos aussi. Mais c’est juste qu’il s’attarde trop inutilement sur certains éléments (certes sur certains gags qui auraient pu être plus drôles avec un effet de rapidité mais plus généralement sur la relation entre Wendell et Pamela alors qu’on sait d’avance comment l’histoire va plus ou moins se terminer) alors qu’on aurait enlevé facilement une bonne trentaine de minutes ! Ce sentiment d’étirement est assez désagréable. J’imagine que la durée peut être justifiée : en Italie, on doit prendre littéralement le temps de vivre. Sauf que ça ne fait pas nécessairement du bien aux spectateurs et que ça finit par desservir le film. Ca casse vraiment toutes les bonnes choses qui ont été mises en place et plus généralement le ton frais et léger. Heureusement, les personnages sont également plutôt sympas et attachants. Jack Lemmon est excellent (comme toujours) dans le rôle de Wendell Armbruster jr. (le nom a quelque chose d’assez « agressif » à l’image du personnage durant la première partie du film), un riche PDG toujours pressé et coincé parfois un peu aigri, qui va finir par s’ouvrir, se relâcher et goûter au bonheur. Juliet Mills (une découverte en ce qui me concerne) est également une très bonne surprise dans le rôle de Pamela Piggott (le nom me semble assez ironique par rapport à ses « problèmes » physiques), une femme « ronde » (je dirais plus avec des formes), tantôt coincée par son corps et les différents régimes qu’elle poursuit, tantôt libérée (je pense à la scène où elle se déshabille et se baigne finalement sans complexes dans la mer).

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Clerks

réalisé par Kevin Smith

avec Brian O’Halloran, Jeff Anderson, Jason Mewes, Kevin Smith, Marilyn Ghigliotti, Lisa Spoonauer…

Comédie américaine. 1h32. 1994.

sortie française : 9 novembre 1994

Movie Challenge 2017 : Un premier film

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Dante est caissier dans une épicerie du New Jersey. Randal est employé dans le vidéo-club voisin. Les deux amis débattent regulièrement des sujets les plus divers. Et parfois, la routine laisse place à des journées pour le moins étonnantes…

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Clerks (en VF Clerks – Les Employés Modèles) est le premier long-métrage de Kevin Smith (de lui, je n’avais vu que Dogma dont je garde plutôt un bon souvenir) qui marque aussi le premier opus du View Askewniverse : il s’agit de l’univers crée par Smith lui-même, donnant ainsi une continuité entre la plupart de ses œuvres. On retrouve alors certains points communs entre la plupart des longs-métrages de Kevin Smith, notamment en ce qui concerne certains personnages clés, comme Jay et Silent Bob, qui dealent de la drogue devant le Quick Stop, une petite épicerie se situant dans le New Jersey. Clerks met en scène deux employés de cette épicerie, Dante Hicks et Randal Graves. Il s’agit d’un film fauché (ce qui explique principalement l’utilisation du noir et blanc, pas forcément là à l’origine pour des raisons esthétiques) où, pour la petite anecdote, la bande-originale a coûté plus cher que le film lui-même (fait assez rare voire même exceptionnel dans l’histoire du cinéma). Il faut aussi savoir que Kevin Smith travaillait dans le fameux Quick Stop du film pendant le tournage (il tournait les scènes de 22h30 à 5h30). Même si ça n’excuse pas tout, loin de là, ce côté très simple, fait artisanalement, entre potes, rend Clerks très sympathique. Il n’y a pas que ça qui rend ce film sympathique : il l’est, tout simplement, par son ton, ses personnages qui sont de véritables losers (et leurs interprètes, pas nécessairement très connus, surtout à la sortie du film, sont également très bons). Je ne sais pas trop pourquoi mais cela m’a fait penser par moments aux films de Tarantino, surtout à ses débuts. Cela dit, je ne parviens pas à comprendre le statut culte de Clerks (qui a même eu droit à sa suite en 2006) qui me semble un peu surestimé. Certes, l’humour reste toujours quelque chose de discutable et surtout de très personnel. J’ai conscience que je ne suis peut-être pas sensible de base à un humour assez gras, pour ne pas dire lourd et/ou vulgaire. Ca m’a parfois fait rire, parfois (et surtout sourire) mais ce n’est pas pour moi la comédie la plus drôle que j’ai pu voir de tous les temps ni plus généralement la plus réussie. Clerks, qui a quelque chose de grunge par moments (ça doit être lié à son époque), est un film multipliant les références de la culture geek (ce qui peut expliquer en partie de ce statut de film culte). Surtout, et étonnamment, la plus grande référence à retenir est celle à la Divine Comédie de Dante : un des personnages principaux se prénomme donc Dante (comme vous l’aurez constaté) et le film est construit en neuf scènes, en parallèle des neuf cercles de l’Enfer, du texte de Dante.

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Le scénario est donc faussement construit à partir de cette structure dantesque (le quotidien de ces deux employés est aussi un enfer mais d’une grande et banale médiocrité) en réalité il manque cruellement de consistance, l’écriture paraît alors bancale. Il s’agit plus d’une succession de scènes sans réels liens entre elles (en tout cas il s’agit de mon impression générale), on peut même parler par moments de films à sketchs (même si ce n’est pas tout à fait le cas techniquement parlant mais en tout cas il n’y a pas réellement d’intrigue). Du coup, par moments, j’étais « perdue » dans le sens où je ne réussissais pas réellement à m’intéresser au sort des personnages, à leurs problèmes (ou non-problèmes dans un sens). Il y a même des moments où j’oubliais que l’intrigue se déroulait sur une seule journée ! Je ne me suis ennuyée mais le rythme n’est pas non très soutenu, ce qui ne m’a pas non plus aidée à apprécier pleinement ce film qui se veut anecdotique. La mise en scène, même si elle paraît simple, est finalement plus efficace et réussie que le scénario pourtant tant vanté, surtout par ces quelques scènes clés assez marquantes. Ce qui saute aux yeux ? Les nombreux plans fixes. Kevin Smith (qui incarne donc le fameux Silent Bob) parvient bien à montrer un certain malaise chez les personnages, littéralement immobiles et qui ne comptent pas se sortir de cette situation misérable. On est finalement loin du côté geek cool comme on a tendance à le voir un peu partout depuis (que ce soit au cinéma ou à la télé) maintenant pas mal d’années : les situations ont beau être cocasse, les personnages présentés sont assez réalistes, voire même assez fatalistes. Quelque part, j’ai même envie de dire que j’ai davantage retenu cette noirceur que tous les procédés comiques, même si j’imagine, en me mettant dans la peau d’un fan, que c’est justement cette combinaison entre la culture geek et la noirceur qui sont à l’origine du succès de ce long-métrage. Le noir et blanc n’avait peut-être pas à l’origine d’intérêt esthétique, il faut pourtant constater qu’il est aussi à l’origine de ce malaise présent tout le long. Clerks a certainement ses qualités, qui fait son petit effet (j’imagine qu’il n’aurait pas rencontré ce succès), pas déplaisant en ce qui me concerne mais je ne suis pas non plus totalement emballée par le résultat final même si certains éléments de mon ressenti trouvent leur place dans ce qu’a voulu raconter Kevin Smith dans ce petit long-métrage qui a le mérite d’être sans prétention.

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Elle

réalisé par Paul Verhoeven

avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny, Charles Berling, Virginie Efira, Christian Berkel, Judith Magre, Jonas Bloquet, Alice Isaaz, Vimala Pons, Stéphane Bak, Raphaël Lenglet…

Thriller français, allemand. 2h10. 2015.

sortie française : 25 mai 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Elle : Photo Isabelle Huppert

On parle beaucoup de Elle en bien depuis sa présentation en compétition au festival de Cannes. Adapté du roman « Oh… » de Philippe Djian (auteur de 37°2 le matin et aussi parolier de Stéphane Eicher), au passage récompensé par le prix Interallié, il marque aussi le retour de Paul Verhoeven après Black Book (2006) qui avait révélé Carice Van Houten et le moins connu Tricked (2012). Le réalisateur néerlandais ne fait pas son retour n’importe où : en France. C’est la première fois qu’il tourne chez nous alors. Ce choix, assez risqué de la part d’un réalisateur ne maîtrisant pas notre langue (le tournage n’a pas été évident à cause de ce point en question) est logique puisque le roman se déroule lui-même en France. Certes, avec un peu d’imagination, le livre aurait certainement pu se dérouler ailleurs (avec un autre type de travail d’adaptation). Mais il faut avouer que l’histoire de Djian est très ancrée dans la culture française, surtout dans son observation et sa critique noire sur la bourgeoise de notre pays (mais encore une fois, ce n’était pas non plus hyper problématique). Ce n’est pas sa narration qui posait problème mais plus le manque de moral totalement assumé qui empêchait notamment Verhoeven de réaliser son film aux Etats-Unis (et cela aurait conduit également à des soucis financiers). Isabelle Huppert est actuellement nommée aux Golden Globes pour sa performance et on la verra peut-être concourir aux Oscars (même si le film n’a rien d’américain… ne cherchons pas plus à comprendre cette nécessité aux Américains de se prendre clairement pour les rois du monde). Il faut avouer qu’elle est formidable et que le prix d’interprétation n’aurait pas été volé (et on croise les doigts pour elle pour les Césars). Pour être honnête, c’est le seul  prix que j’aurais remis à Cannes. Encore une fois, sans faire de lèche au jury de George Miller, alors que beaucoup criaient au scandale de voir son absence (certains lui auraient déjà remis la Palme), pour ma part, je comprends l’absence de Elle dans le palmarès. Pas pour des raisons morales ou « féministes » ou quelque chose dans ce genre (parce que, de ma part, on pouvait s’attendre à ce genre de réactions mais pas de ça ici, je vous rassure). Non. La preuve, c’est que le roman de Philippe Djian m’a plutôt plu. J’avais pris un certain plaisir à suivre le tourbillon intérieur de cette femme torturée, malade et victime, qui décide d’agir à sa façon face au viol et plus généralement face à son passé douloureux. Le film de Paul Verhoeven est pourtant assez fidèle au texte : même histoire (même si, ici, Michèle n’est pas narratrice mais elle apparaît dans tous les plans), même pays, mêmes personnages.

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Etrangement, je ne trouve pas que le film de Verhoeven fonctionne aussi que le texte d’origine, comme si je voyais sur l’écran tous les défauts que j’aurais pu pourtant voir chez Djian (même si je détecte aussi des défauts qui appartiennent, selon moi, uniquement au film). Pourtant, j’admets qu’il a ses qualités et que j’avais vraiment envie d’aimer ce film. L’histoire, malgré sa violence (physique et psychologique), reste « plaisante » à suivre (je sais que le terme peut paraître étrange) dans le sens où on rentre rapidement dedans (le film s’ouvre directement sur la première scène de viol). Le film a beau dépasser les deux heures, on ne s’ennuie pas devant cette histoire assez tragique. Le livre l’était déjà, Paul Verhoeven a le mérite d’avoir renforcer le cynisme. Le ton abordé ne rend pas totalement l’histoire nauséabonde alors qu’elle l’est bien sur le papier. J’avais évidemment peur que le film soit confus dans son propos, qu’il banalise le viol mais évidemment les féministes ne doivent pas s’en faire sur ce point. Il faut dire que Michèle, le personnage principal, qui souffre réellement de la situation, fait tout pour ne pas dramatiser l’inimaginable. Il y a un vrai décalage entre la réalité et ce qu’elle veut montrer et prouver aux autres. La scène où elle raconte durant un repas avec des collègues et amis d’un air totalement détaché qu’elle a été violée est limite drôle grâce à ce décalage en question. Il n’y a également pas de surprise (même sans avoir lu le roman) concernant l’identité même du violeur mais cela n’est pas important. Au contraire, cela contribue encore plus à la psychologie complexe de Michèle qui entre clairement dans une sorte de jeu sado-masochiste (même si encore une fois elle condamne son violeur). Cela dit, même si je me posais déjà certaines questions durant ma lecture (et avec le recul je pense que c’est aussi pour cette raison que je ne l’ai pas non plus adorée), j’avoue que je reste un peu sceptique justement sur cette psychologie en question. Certes, le portrait de femme livré dans le long-métrage est intéressant. Je comprends qu’on puisse être fasciné par les différentes facettes présentées par Michèle. Les rôles féminins intéressants restent encore insuffisants dans le cinéma. J’ai parfois eu l’impression que sa complexité justifiait parfois un peu tout et n’importe quoi. On pourra toujours me balancer « ouais, tu comprends, elle est torturée à cause de ça et ci », j’avoue que je n’ai pas toujours trouvé ses réactions très crédibles. De toute façon, contrairement au bouquin, j’ai justement eu du mal avec les personnages. Pourtant, en regardant bien, il y a ces possibles mêmes défauts dans le roman.

Elle : Photo Isabelle Huppert

La différence est juste que Djian comprend mieux la subtilité que Verhoeven (dans le cadre de cette oeuvre). J’ai trouvé les personnages et leurs relations d’un cliché ! C’est étrange en plus de ressentir ce type d’impression quand on voit les efforts de l’équipe à rendre les personnages complexes paradoxaux mais aussi tout le travail concernant le traitement pourtant parfois pertinent des différents thèmes abordé. Paul Verhoeven et David Birke n’hésitaient également pas à crier sur tous les toits à quel point ils avaient été pertinents en modifiant une petite chose du roman : chez Djian, Michèle travaillait dans une société du cinéma (elle bossait même sur des scénarios). Dans Elle, elle travaille dans l’univers du jeu vidéo. Evidemment, je conçois l’argument de Verhoeven, jugeant le manque de challenge et de visualisation dans le travail de Michèle dans le bouquin. Mais sans être méchante, sans vouloir m’attaquer au physique (car Isabelle Huppert est une très belle femme respirant l’intelligence) ou quoi que ce soit dans ce genre, quand je vois Huppert, je ne l’imagine pas une seule seconde bosser dans le milieu du jeu vidéo ! Surtout alors que le film est très subversif, je suis restée sur ma faim. Dans le roman, tout s’enchaîne et je ne me suis pas posée de questions sur ce que je ressentais durant ma lecture. Or, alors que le film est fidèle au texte, j’ai trouvé qu’il y avait une rupture. Encore une fois, je ne me suis pas ennuyée, loin de là. Je dirais juste que le film commence très bien, qu’il m’avait plutôt enthousiasmé et que j’ai perdu cet enthousiasme en question durant sa seconde partie. Clairement, étrangement, je suis restée sur ma faim. Cela me désole réellement d’avoir un avis mitigé car il y a un vrai bon boulot de mise en scène, un ton qui fonctionne et qui tire certainement le film vers le haut, une envie de raconter une histoire complexe (et j’adore les histoires complexes) mêlant le sexe, la mort, la violence (bref des thèmes puissants), de mettre aussi en tête un personnage qui mérite tant d’exister à l’écran. Je parle beaucoup des choses qui ne m’ont pas plu notamment dans son écriture mais le film a de réelles qualités même dans ce même domaine que je pointe pourtant du doigt depuis quelques lignes. Je suis même à la première à être déçue par ma déception. Encore une fois, Isabelle Huppert est incroyable dans ce rôle pas évident et pas toujours compréhensible comme vous avez pu le constater et le reste du casting est également à la hauteur de nos attentes.

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Absolutely Fabulous : Le Film

réalisé par Mandie Fletcher

avec Jennifer Saunders, Joanna Lumley, Julia Sawalha, Jane Horrocks, June Whitfield, Chris Colfer, Kate Moss, Lulu, Emma Bunton, Barry Humphries, Celia Imrie, Gwendoline Christie, Mark Gatiss, Jon Hamm, Graham Norton, Kathy Burke, Suki Waterhouse, Lily Cole, Alexa Chung, Stella McCartney, Alesha Dixon, Jerry Hall, Perez Hilton, Jean-Paul Gaultier, Joan Collins…

titre original : Absolutely Fabulous, The Movie

Comédie britannique, américaine. 1h26. 2016.

sortie française : 7 décembre 2016

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Edina et Patsy mènent toujours la grande vie à laquelle elles sont habituées, virevoltant entre paillettes et glamour, dépensant, buvant et sortant dans les endroits les plus branchés de Londres. Mais quand elles poussent accidentellement Kate Moss dans la Tamise lors d’une soirée de lancement so à la mode, elles se retrouvent au coeur d’une tempête médiatique autour de la disparition prématurée du top model et sont poursuivies sans relâche par les paparazzi. Fuyant sans un sou sur la Côte d’Azur, le paradis des milliardaires, elles échafaudent un plan pour rendre leur échappée permanente et mener la belle vie pour toujours !

Absolutely Fabulous : Le Film : Photo Jennifer Saunders, Joanna Lumley

Je ne m’en suis jamais cachée : Absolutely Fabulous fait partie de mes séries préférées depuis très longtemps. Il s’agit pour moi d’une véritable référence que ce soit dans l’univers comique ou celui de la télévision. Gabriel Aghion avait déjà proposé une adaptation cinématographique (donc française) de la série avec Josiane Balasko et Nathalie Baye : une véritable catastrophe de A à Z (pour moi, un des pires films de tous les temps, au moins ça). Cela me rassurait de voir une nouvelle (et vraie) adaptation de la série par la même équipe (attendue depuis plusieurs longues années). C’est même plus qu’une adaptation sur grand écran : il s’agit d’une suite des aventures d’Edina et Patsy. La série s’adresse selon moi avant tout à ses fans. Certes, j’imagine qu’on peut suivre le film sans avoir vu la série (s’il y a des spectateurs dans ce cas, votre point de vue m’intéresse !) mais je pense qu’on passe tout de même à côté de certains éléments, comme l’évolution des personnages au fil du temps ou encore certains clins d’oeil. Le film part déjà avec un petit handicap même si ce n’est pas non plus dramatique. Partons du principe que ce film est pour les fans : est-il bon pour cette partie des spectateurs ? J’ai eu du mal à m’exprimer sur ce que j’ai vu et je vais le dire tout de suite : je ne peux pas être objective sur ce film. Je suis trop attachée à la série et aux personnages pour oser m’attaquer au long-métrage, ce qui peut expliquer cette petite moyenne que je lui accorde. Pourtant, je reste lucide : cette adaptation n’est pas très réussie. Je sais que d’autres fans de la série n’ont pas hésité à être plus sévères que moi et je ne peux que comprendre leur opinion. Il vaut mieux en tout voir et revoir la série, avec ses quelques épisodes spéciaux plutôt que ce film. Au moins, on se marrait tout le long avec un immense plaisir. Dans le cas du film, je ne pourrais pas dire que mon expérience a été similaire. Etant donné que je suis fan de la série, j’ai parfois vaguement ri ou plutôt souri car certaines scènes me faisaient penser à certains épisodes ou parce que je connais déjà les personnages avec leurs frasques et leurs traits caractéristiques. La base même de ce scénario est (ou aurait pu être) plutôt marrant (surtout quand on connait l’univers de la série) : Edina et Patsy auraient tué LA figure marquante de la mode : Kate Moss. Hélas, ce point de départ n’est pas très bien exploité alors que cela aurait pu permettre de créer un film complètement barré. Le film met trop de temps à démarrer sans aucune réelle raison (du coup on perd beaucoup en rythme). Il faut dire que c’est typiquement le genre de films qui préfère accumuler les guest stars au profit d’un vrai bon scénario.

Absolutely Fabulous : Le Film : Photo Emma Bunton, Jennifer Saunders, Joanna Lumley

Dans le même genre (une comédie avec un duo déjanté dans le milieu de la mode et tout un défilé de stars), même si je sais qu’il a été décrié (je me sens seule à le défendre mai j’assume), j’ai préféré cette année Zoolander 2 de Ben Stiller (même si je préfère évidemment le premier opus). Ici, certes, certaines apparitions sont « intéressantes » dans le sens où on repère le clin d’oeil à certains épisodes (les présences d’Emma Bunton et de Lulu sont donc justifiées), d’autres sont amusantes (l’apparition de Jon Hamm par exemple). Mais dans l’ensemble on ne peut pas s’empêcher de se dire qu’il y a trop de stars qui envahissent l’écran inutilement ou qui ne parviennent pas suffisamment à nous amuser. Il y a finalement presque une contradiction avec ce que la série avait l’habitude de critiquer, comme si le film était tombé dans les pièges même de la célébrité et de vouloir plaire à tout prix à tout le monde en délaissant la qualité. Cela est encore plus « rageant » quand on sait que la série avait justement évité ses pièges pendant pratiquement cinq saisons (même si la dernière était déjà un peu en dessous) : il y a toujours des célébrités invitées au cours des épisodes sans que cela gâche tout ce qui avait été mis en place. Surtout, et c’est ma principale critique : ça manque d’humour. C’est parfois amusant mais c’est tellement en dessous de ce que la série était capable d’offrir. Les gags sont très limités et peu inventifs. Cela dit, au-delà de ma nostalgie peu objective, quelque chose tout de même m’a plu et c’est certainement ce point en question qui a motivé Dawn French & Jennifer Saunders (les créatrices de la série) à écrire ce film : « l’approfondissement » de la relation entre Edina et Patsy. La série, pourtant excellente, visait davantage la stupidité et la superficialité des personnages que leur amitié, même si ce point était pourtant traité. Le film va cette fois-ci selon moi plus loin dans le traitement de cette amitié. D’habitude on rit de leurs bêtises. Cette fois-ci, même si cela n’enlève pas l’idée de comédie, on sent que les scénaristes ont eu envie de rendre cette amitié plus émouvante. En tout cas, sans aller à utiliser ce terme, effectivement, j’ai tout été touchée par cette relation durable, renforcée par les différentes épreuves. Heureusement aussi, le casting reste toujours bon – en tout cas du côté des rôles principaux. Si l’histoire n’est pas ce que j’ai vu de plus excitant (pour ne pas dire décevante), Jennifer Saunders et surtout Joanna Lumley sont toujours au taquet et reprennent toujours aussi bien leurs personnages cultes !

Absolutely Fabulous : Le Film : Photo Jennifer Saunders, Joanna Lumley

Amies malgré lui / Imperium

Amies malgré lui

réalisé par Susanna Fogel

avec Leighton Meester, Gillian Jacobs, Adam Brody, Gabourey Sidibe, Abby Elliott, Greer Grammer, Julie White, Kate McKinnon…

titre original : Life Partners

Comédie américaine. 1h37. 2014.

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L’amitié entre Sasha et Paige est remise en question lorsque Paige se met en couple avec Tim…

Amies malgré lui : Photo

Amies malgré lui n’a pas connu de sortie cinéma (vu que c’est désormais la nouvelle tendance). Un sujet bateau sur le papier, des acteurs finalement peu connus en dehors de quelques jeunes amateurs de séries télé (Newport Beach et Community ici) et un titre (que ce soit en version originale ou française) qui n’attire pas des masses non plus : voilà ce qui peut vaguement expliquer cette sortie en e-cinema. Etait-ce réellement justifié, au-delà du problème financier ? Si on part du principe qu’une sortie en e-cinema est moins noble qu’une sortie au cinéma (je ne partage pas cet avis, je reprends plus une certaine idée générale que les spectateurs lambda pourraient avoir), non ce n’était pas justifié de ne pas le diffuser dans le cinéma. Certes, Amies malgré lui n’a rien de révolutionnaire (et ne prétend pas l’être) mais n’est pas en-dessous de nombreux films sortant chaque année au cinéma dans ce même genre. La « particularité » de ce film concerne son traitement concernant l’homosexualité. En effet, cela fait du bien de voir un film (même s’il n’est pas le seul – heureusement, les mentalités changent petit à petit au fil du temps) qui met en scène des lesbiennes sans être militant (contrairement à ce qui était indiqué dans certains synopsis) ou inclure cette homosexualité comme moteur du récit (même si je n’ai évidemment rien contre ce type de films non plus) : Sasha, qui est lesbienne, est mis au même niveau que sa meilleure amie Paige, hétérosexuelle. Amies malgré lui parle donc avant tout d’une amitié mise à l’épreuve. On pourrait croire (et c’est d’ailleurs ce que croit Sasha) c’est la nouvelle situation amoureuse de Paige, qui s’engage sérieusement avec quelqu’un, qui bousille petit à petit l’amitié entre les deux jeunes femmes. Mais le film montre finalement autre chose, avec une certaine efficacité : c’est notre propre construction identitaire, elle-même remise en question, qui peut fragiliser nos relations même avec les êtres les plus chers. Le scénario n’est pas fou en terme de rebondissements, la mise en scène manque certainement de consistance (même si je n’ai pas trouvé le résultat lamentable de ce côté-là) mais l’histoire m’a plutôt plu et les sujets sont assez bien traités. Il s’agit donc d’un petit film sympathique, certes facilement oubliable, mais pas mal fait dans son genre, que ce soit dans la défense de son sujet ou plus généralement en terme de « divertissement ». Enfin, le film est servi par un bon casting, on ressent notamment bien la complicité entre Leighton Meester et Gillian Jacobs. Pour la petite anecdote (ou le petit rappel, tout dépend le point de vue), Leighton Meester est l’épouse d’Adam Brody.

Amies malgré lui : Photo Gillian Jacobs, Leighton Meester


Imperium 

réalisé par Daniel Ragussis

avec Daniel Radcliffe, Toni Collette, Tracy Letts, Sam Trammell…

Drame, thriller américain. 1h50. 2016.

sortie (e-cinema) : 1 novembre 2016

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Un agent du FBI infiltre un groupe de suprématistes pour empêcher un attentat.

Imperium : Photo Daniel Radcliffe, Devin Druid, Pawel Szajda

Comme vous savez, je suis de près (quand je le peux) la carrière de Daniel Radcliffe. Je l’assume totalement : j’ai vu Imperium, directement sorti en e-cinema, uniquement pour l’acteur britannique. Là encore, on voit les désastres de l’évolution du cinéma : ce film mériterait-il de sortir en e-cinema, sans passer par la case salle de cinéma ? S’il n’a rien d’extraordinaire – comme beaucoup de films en e-cinema ou sortis directement en dvd – là encore, il ne méritait pas un tel sort. Certes, le schéma de Imperium est assez classique : un agent du FBI se fait passer pour un suprématiste pour empêcher un attentat de la part de ce groupe extrémiste. Il n’y a pas d’évolution du personnage principal : il se contente de devoir réussir sa mission. On a du mal à le connaître si ce n’est – et c’est certainement le point fort de ce petit film – qu’il arrive à comprendre la démarche de ces suprématistes (sans pour autant les excuser). Le scénario manque certainement de profondeur, la mise en scène n’est pas folle (même si le travail reste honnête) mais le tout a le mérite de bien traiter son sujet. Il ne s’agit pas simplement de parler de dire bêtement « regardez comme il y a de méchants néonazis / racistes dans notre monde » Le but de ce film est plutôt de dénoncer le réel danger de ce type de mouvement (le discours pouvant certainement être élargi en fonction du groupe extrémiste). On s’aperçoit alors que ceux qui ont l’air le plus dangereux ne sont pas nécessairement ceux qui le sont le plus. Il faut davantage se méfier des gens qui ont l’air de se fondre dans ce qu’on attend habituellement dans la société et qui se servent justement de leur statut social et de leur intelligence pour manipuler des esprits plus faibles et faire passer des messages plus que douteux. C’est pour cela que l’agent du FBI parvient à cerner ce type de personnalité : pourquoi ces extrémistes ne se servent-ils pas de leur intelligence pour une cause bien meilleure ? Le film prend alors en compte que pour le point de vue de ces extrémistes, il s’agit d’une cause pouvant permettre de rendre le monde « meilleur ». Encore une fois, je trouve que ça fait forcément réfléchir à certains événements qui se déroulent depuis un certain temps. Dans le rôle principal, Daniel Radcliffe s’en sort très bien. S’il n’y a pas de réelle évolution dans son personnage, il parvient tout de même à montrer plusieurs traits de sa personnalité (par une sorte de mise en abyme, le personnage devant jouer la comédie pour atteindre son objectif). Les seconds rôles, comme Toni Collette en agent du FBI pugnace ou encore Sam Trammell assez angoissant, sont également très bons.

Imperium : Photo

Inferno / Doctor Strange

Inferno

réalisé par Ron Howard

avec Tom Hanks, Felicity Jones, Omar Sy, Ben Foster, Irrfan Khan, Sidse Babett Knudsen, Ana Ularu…

Thriller, policier américain. 2h02. 2016.

sortie française : 9 novembre 2016

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Dans Inferno, le célèbre expert en symbologie suit la piste d’indices liés au grand Dante lui-même. Robert Langdon se réveille dans un hôpital italien, frappé d’amnésie, et va devoir collaborer avec le docteur Sienna Brooks pour retrouver la mémoire. Tous deux vont sillonner l’Europe dans une course contre la montre pour déjouer un complot à l’échelle mondiale et empêcher le déchaînement de l’Enfer…

Inferno : Photo Felicity Jones, Tom Hanks

Ron Howard avait adapté Da Vinci Code et Anges et Démons de Dan Brown en 2006 et 2009. Il s’intéresse tout logiquement aux nouvelles aventures de Robert Langdon, toujours avec Tom Hanks (il s’agit de la troisième adaptation mais en réalité, en fonction de sa publication, il est le quatrième tome de la saga). J’avais auparavant une « dent » contre le film Da Vinci Code, maintenant je le trouve un peu plus acceptable (même s’il est très en-dessous du roman); et j’ai toujours aimé Anges et Démons (film et livre). Bref, Inferno est en tout cas dans la même lignée des deux précédents longs-métrages (même s’il est en-dessous de Anges et Démons). Dans ce nouveau volet, tout va assez vite : notre héros est en danger dès le début du film : qui lui veut du mal ? D’où lui viennent ses « visions » et hallucinations ? Le film reprend alors les mêmes ingrédients : rapport avec la culture (ici on retrouve notamment un lien avec Inferno / L’Enfer de Dante ou encore on se balade dans des musées), mystères en tout genre, messages à décrypter, personnages qui cachent leur jeu, voyages et collaborations internationales etc… L’ensemble m’a paru bien rythmé et dynamique (même si tout va vite – peut-être limite trop), la mise en scène assez efficace dans son genre (même si elle n’a rien de révolutionnaire, nous sommes bien d’accord), l’histoire en elle-même est aussi assez plaisante même s’il n’y a pas de réelles surprises (on peut deviner qui cache quoi par exemple). Esthétiquement, il y a quelques séquences (je pense aux visions de Robert Langdon) assez réussies. Cela dit, les différents thèmes abordés (par exemple la surpopulation) ne sont pas suffisamment développés et exploités : par conséquent, Inferno ne parvient pas à être autre chose qu’un divertissement sympa. C’est dommage. Côté casting, Tom Hanks est toujours à l’aise dans le rôle du célèbre professeur de symbologie de Harvard. Dans l’ensemble, le reste du casting suit plutôt bien : Felicity Jones – bon, elle a toujours l’air ébahie par tout et n’importe quoi mais elle apporte une certaine fraîcheur, Ben Foster – même si on le voit peu (et que par flashback) ou encore Sidse Babett Knudsen (la Danoise qu’on voit absolument partout en ce moment). Cela dit, sans faire du french bashing, les films américains ne mettent pas nécessairement en avant le talent de Omar Sy, décidément cantonné à des rôles secondaires pas très développés et vraiment caricaturaux. Bref, Inferno n’est pas le divertissement du siècle, loin de là : une fois vu, on l’aura oublié. Mais pour moi, le job est pas mal fait et pour être honnête, je n’en attendais pas spécialement plus !

Inferno : Photo Omar Sy

Doctor Strange

réalisé par Scott Derrickson

avec Benedict Cumberbatch, Chiwetel Ejiofor, Tilda Swinton, Rachel McAdams, Mads Mikkelsen, Benedict Wong, Amy Landecker, Scott Adkins, Benjamin Bratt, Michael Stuhlbarg…

Film fantastique, action américain. 1h55. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

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Doctor Strange suit l’histoire du Docteur Stephen Strange, talentueux neurochirurgien qui, après un tragique accident de voiture, doit mettre son égo de côté et apprendre les secrets d’un monde caché de mysticisme et de dimensions alternatives. Basé à New York, dans le quartier de Greenwich Village, Doctor Strange doit jouer les intermédiaires entre le monde réel et ce qui se trouve au-delà, en utlisant un vaste éventail d’aptitudes métaphysiques et d’artefacts pour protéger le Marvel Cinematic Universe.

Doctor Strange : Photo Benedict Cumberbatch

Hollywood s’intéresse depuis plusieurs années aux adaptations de Marvel. Doctor Strange, créé par Steve Ditko, n’échappe pas à la règle. Je ne m’en suis jamais cachée : j’ai toujours eu du mal avec les adaptations de comics au cinéma, je ne me suis jamais « battue » pour en voir au cinéma alors que beaucoup pensent qu’il s’agit des films-EVENEMENTS de l’année. Le hasard (on m’a emmenée le voir) m’a permis d’aller voir Doctor Strange qui n’était pas prévu au programme de mon côté. Hélas, ce n’est pas ce film qui va réellement me réconcilier avec les Marvel et compagnie. Il s’agit pour moi d’un long-métrage assez sympathique, plutôt divertissant (ce qui n’est pas si mal) mais à mon avis ça a du mal à aller plus loin (comme hélas un peu trop de blockbusters – même si je ne veux pas non plus coller des étiquettes à tous les films de cette catégorie). Il y a plein d’effets spéciaux et des décors impressionnants qui nous permettent d’en prendre plein la vue (du genre la ville se tord dans tous les sens à la Inception) – c’est un peu fatigant à la longue mais ça marche sur écran (même si je n’ai pas testé avec la 3D) et j’ai envie de dire que c’est bien fait. L’histoire en elle-même est plutôt intéressante et plaisante même si elle ne respire non plus une folle originalité. La mise en scène est aussi très efficace et propre pour ce type de production, en tout cas je n’en attendais pas spécialement plus. L’ensemble est plutôt bien rythmé et le ton adopté est plutôt sympa avec quelques touches d’humour (certes, ce n’est pas d’une grande subtilité mais ça fonctionne). Dans l’ensemble, le casting est plutôt à la hauteur de nos attentes. Benedict Cumberbatch s’est fait connaître en incarnant Sherlock Holmes dans l’excellente série BBC Sherlock. Doctor Strange n’est pas si éloigné de Sherlock (des personnages brillants mais cyniques, égocentriques et prétentieux). Du coup, l’acteur britannique est très à l’aise dans le rôle principal ! Les seconds rôles sont également plutôt convaincants, notamment de la reine des déguisements Tilda Swinton (même si on regrettera de voir de nouveau du white washing de peur de froisser un certain public et de pouvoir mieux ramasser des dollars). Cela dit, on regrettera de croiser des personnages assez creux ou pas suffisamment exploités (je pense notamment au docteur Christine Palmer (interprétée par toujours la rafraîchissante Rachel McAdams) ou encore le méchant de l’histoire (incarné par le charismatique Mads Mikkelsen). Finalement, les personnages ne sont pas exploités à l’image du scénario et des différents thèmes abordés.

Doctor Strange : Photo Benedict Cumberbatch, Rachel McAdams

Avant toi / Un homme à la hauteur

Avant toi

réalisé par Thea Sharrock

avec Emilia Clarke, Sam Claflin, Janet McTeer, Charles Dance, Matthew Lewis, Brendan Coyle, Jenna Coleman, Vanessa Kirby, Joanna Lumley…

titre original : Me Before You

Comédie dramatique, romance britannique, américain. 1h50. 2016.

sortie française : 22 juin 2016

avantoi

Une charmante petite ville de l’Angleterre rurale. Si elle est originale et artiste dans l’âme, Louisa « Lou » Clark, 26 ans, n’a aucune ambition particulière. Elle se contente d’enchaîner les boulots pour permettre à ses proches de joindre les deux bouts.
Jeune et riche banquier, Will Traynor était un garçon plein d’audace et d’optimisme jusqu’à ce qu’il se retrouve paralysé, suite à un accident survenu deux ans plus tôt. Devenu cynique, il a renoncé à tout et n’est plus que l’ombre de lui-même.
Autant dire que ces deux-là auraient pu ne jamais se rencontrer. Mais lorsque Lou accepte de travailler comme aide-soignante auprès de Will, elle est bien décidée à lui redonner goût à la vie. Et peu à peu, les deux jeunes gens s’éprennent passionnément l’un de l’autre. La force de leur amour pourra-t-elle survivre à leur destin qui semble inexorable ?

Avant toi : Photo Emilia Clarke

Avant toi est l’adaptation du roman à succès du même nom, écrit par Jojo Moyes, ici scénariste. La sortie du film (je ne crois pas que le livre ait soulevé un quelconque problème) a suscité une petite polémique de la part de certaines associations défendant la cause des handicapés : Will Traynor, le personnage très lourdement handicapé suite à un accident, souhaite mourir. Certains y auraient donc vu un message négatif à l’égard des handicapés, qui ne pourraient donc pas vivre à cause de leur maladie. Je comprends tout à fait la colère de ces handicapés qui se battent tous les jours pour avancer et faire des choses certainement inimaginables pour nous qui n’avons pas de problèmes physiques. Cela dit, sans vouloir défendre bêtement ce film, ce point ne m’a pas plus traversé que l’esprit en le regardant. J’y ai plus vu un moyen de parler de l’euthanasie (dans le film, le garçon en question n’est pas un simple handicapé, on voit clairement sa souffrance et les médecins précisent aussi que sa santé est en jeu). Certes, je dis pas que le film est d’une immense profondeur mais il veut déjà ouvrir un certain débat, donner un message positif (oui, oui !) sur un sujet assez lourd avec un ton plutôt léger. On ne va pas se mentir, on est dans la même veine qu’une autre adaptation de roman à succès, Nos étoiles contraires de Josh Boone. Cela dit, même s’il est tire-larmes (non, je n’ai pas pleuré, non je ne suis pas un monstre), Avant toi m’a tout de même davantage parlé – peut-être parce que l’héroïne a grosso modo mon âge, que je m’habille aussi bizarrement qu’elle et que je me suis aussi posée les même questions. Il n’y a pas un travail fou côté mise en scène mais pour ce qu’on demande et ce qu’on attend, ça passe à peu près. Le scénario est évidemment assez prévisible mais l’histoire m’a tout de même plutôt plu, on ne s’ennuie pas malgré tout. Les personnages sont assez attachants et plutôt bien incarnés, en plus par deux stars de saga. La première, Emilia Clarke, interprète la pétillante Lou. Ca fait du bien de la voir dans un rôle plus frais que celui qu’elle tient dans Game of Thrones. Cela dit, la madame a un sérieux problème avec ses sourcils qui bougent dans tous les sens ! Son partenaire de Hunger Games, Sam Claflin, s’en sort également très mieux en évitant notamment de tomber dans la surenchère. Les seconds rôles (on retrouvera notamment un certain Matthew Lewis – coucou Neville Londubat !) complètement plutôt bien la distribution. La question qu’on peut désormais se poser est la suivante : la suite, Après toi, verra-t-elle le jour ? Sans dire que je me battrais pour aller le voir, je ne suis pas du tout contre cette idée.

Avant toi : Photo Emilia Clarke, Sam Claflin


Un homme à la hauteur

réalisé par Laurent Tirard

avec Jean Dujardin, Virginie Efira, Cédric Kahn, César Domboy, Stéphanie Papanian, François-Dominique Blin, Manöelle Gaillard, Bruno Gomila, Eric Berger…

Comédie romantique française. 1h40. 2016.

sortie française : 4 mai 2016

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Diane est une belle femme. Une très belle femme. Brillante avocate, elle a de l’humour et une forte personnalité. Et comme elle vient de mettre un terme à un mariage qui ne la rendait pas heureuse, la voilà enfin libre de rencontrer l’homme de sa vie. Le hasard n’existant pas, Diane reçoit le coup de fil d’un certain Alexandre, qui a retrouvé le portable qu’elle avait égaré. Très vite, quelque chose se passe lors de cette conversation téléphonique. Alexandre est courtois, drôle, visiblement cultivé… Diane est sous le charme. Un rendez-vous est rapidement fixé. Mais la rencontre ne se passe pas du tout comme prévu…

Un homme à la hauteur : Photo Jean Dujardin, Virginie Efira

Laurent Tirard aime décidément les petits ! Réalisateur du Petit Nicolas et de sa suite, il s’attaque au remake du film argentin Corazón de León réalisé par Marcos Carnevale en 2014, avec Guillermo Fracella (vu dans El Clan de Pablo Trapero et Dans ses yeux de Juan José Campanella). Ce long-métrage n’est jamais sorti en France mais je serais curieuse de voir ce qu’il vaut ! Jean Dujardin reprend alors le rôle tenu par Fracella. Oui, il joue bien le rôle d’un homme de petite taille. Pour créer cette illusion, plusieurs techniques ont été déployées, c’est-à-dire qu’on se retrouve face à un mélange numérique et « artisanal ». Je suis vraiment partagée sur le résultat. Sur certaines scènes, j’étais vraiment impressionnée par le résultat. En revanche, sur d’autres, j’étais trop focalisée sur le trucage. On pourra toujours débattre sur la question suivante : aurait-on pu mettre à la place un véritable petit acteur au lieu de procéder à tout ce trucage ? Nous savons bien que d’un point de vue strictement commercial, c’est compliqué ! L’histoire en elle-même est sympathique même si elle n’échappe pas au schéma éternel et pas toujours folichon de la comédie romantique (on n’échappe également pas à quelques moments de niaiserie durant la seconde partie). De plus, il faut avouer qu’on se pose quelques questions par rapport au statut social d’Alexandre. Alexandre a beau être quelqu’un de très charmant (dans tous les sens du terme), on peut comprendre que Diane soit séduite par cet homme. Cela dit, Alexandre réussit à séduire sa dulcinée en réalisant des actions qui coûtent de l’argent et qui ne sont pas donc à la portée de tous. Diane aurait-elle pu être séduite par un homme de cette même taille et les autres critères physiques qui vont avec (parce qu’Alexandre a quand même des atouts « malgré » sa petite taille : plutôt belle gueule, pas gros ni gringalet : c’est d’ailleurs presque le souci des effets spéciaux dans le sens où on voit qu’il s’agit d’un corps ne souffrant pas de problème de taille) mais qui n’aurait pas eu le même compte en banque ? Je ne sais pas. Du coup, je ne sais pas si ce choix est volontaire – et pourrait donc avoir une signification par rapport à ce que voulait dire le réalisateur – ou s’il s’agit d’une réelle maladresse. En tout cas, le couple formé par Jean Dujardin et Virginie Efira (cette dernière étant désormais une habituée des comédies romantiques) fait des étincelles. Pour conclure, Un homme à la hauteur est une sympathie comédie romantique certes pas révolutionnaire, notamment dans son traitement sur la différence et le regard des autres, mais qui fonctionne plutôt bien.

Un homme à la hauteur : Photo Jean Dujardin, Virginie Efira