Moi, Tonya

réalisé par Craig Gillepsie

avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Cailin Carver, Bobby Cannavale, Mckenna Grace…

titre original : I, Tonya

Comédie dramatique, biopic américain. 2h. 2017.

sortie française : 21 février 2018

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Moi, Tonya : Photo Margot Robbie

Nous connaissons quasiment tous l’affaire Harding-Kerrigan qui avait fait le tour du monde : six semaines avant les Jeux olympiques d’hiver de 1994 (et plus précisément la veille des championnats américains permettant la qualification pour ces fameux JO), Nancy Kerrigan est agressée et blessée au genou avec une barre de fer. L’enquête révèle alors l’implication de l’entourage de Tonya Harding, sa grande rivale. Moi, Tonya revient alors sur cette affaire ou plutôt : comment la jeune femme en est arrivée à une telle chute ? Est-elle vraiment responsable des faits reprochés ? Craig Gillepsie (réalisateur du génial Une fiancée pas comme les autres ou en VO Lars and the Real Girl – chers fans de Ryan Gosling, jetez-vous sur ce film) livre un portrait saisissant de cette femme vue à l’époque comme la grande méchante de l’histoire : il est certain qu’il y a un parti pris, celui de réhabiliter l’ancienne sportive. Battue par sa mère qui voulait absolument en faire une bête de patinage, également régulièrement tabassée par son abruti de mari, rejetée par le milieu du patinage artistique parce qu’elle ne vient pas d’un milieu assez chic, Tonya Harding en a bavé déjà bien avant l’éclatement même de l’affaire. Le réalisateur livre un anti-biopic, en s’amusant notamment à jouer entre les différentes pistes, c’est-à-dire en mêlant des éléments réels à d’autres qui seraient plus de l’ordre du mensonge. Qu’est-ce qui est alors vrai dans ce biopic qui, par définition, a pour but de retracer un événement réel ? L’exercice est alors plutôt bien exécuté à l’écran. La mise en scène souvent virtuose (notamment sur les scènes de patinage) ainsi que son montage effréné sont remarquables. Beaucoup de critiques ont comparé ce film aux Affranchis de Martin Scorsese et cela peut se comprendre même si Gillepsie n’atteint clairement pas la maestria du réalisateur Italo-américain. Cela dit, si je devais établir une comparaison qui me semble davantage plus cohérente, je la ferais alors avec l’univers des frères Coen notamment pour son humour « absurde » et coriace (même si utiliser la maltraitance en guise d’humour me gêne) et en situant le récit chez les Rednecks. Le ton surprend (surtout face à une histoire banalement tragique) mais est finalement cohérent avec la personnalité même de Tonya Harding.

Moi, Tonya : Photo Allison Janney

Moi, Tonya part d’un projet intéressant (les beaux portraits de femme au cinéma restent rares) mais qui finit rapidement par ne pas être aussi pertinent que prévu. Les différents thèmes abordés retiennent l’attention, en particulier en ce qui concerne la figure féminine bafouée dans les médias : c’est effectivement Tonya qui s’en est encore pris plein la gueule et non ceux qui ont réellement organisé cette agression. Qu’elle ait fait le coup ou non, peu importe le degré d’implication, ne change finalement pas grand-chose, elle n’était pas la seule responsable. Cela dit, même si le discours autour des inégalités de chance de réussite suscite l’intérêt, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver ces thèmes survolés, tout comme le fait de ne jamais réellement aborder sa confrontation avec Nancy Kerrigan. Oui, le film préfère se concentrer sur un point de vue et c’est tout à son honneur. En revanche, ignorer la rivale (enfin presque, hein) qui incarne l’antithèse même de Tonya Harding me semble absurde. On ne s’est pas seulement insurgés parce que la bande à Harding a tabassé une concurrente : on s’est insurgés à l’époque parce qu’on s’était attaqué à la fille chérie du patinage, issue d’un bon milieu et qui le montrait bien en apparence. De plus, la seconde partie du film a tendance à pêcher justement parce que le réalisateur ne sait justement plus comment traiter ses thèmes et continue à s’acharner sur un humour qui finit par perdre son grinçant. En fait, en dehors de nous présenter Harding comme une grande victime qui fait tout pour rester debout jusqu’au bout, on a l’impression que Gillepsie ne sait plus quoi dire alors que les thèmes mis en place et mal exploités prouvent pourtant qu’il y avait de quoi rendre le propos bien plus consistant. En revanche, côté interprétations, Moi, Tonya ne comporte aucune fausse note. Margot Robbie livre une surprenante interprétation, confirmant bel et bien qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération. Elle n’a pas volé sa nomination aux Oscars dans le rôle de Tonya Harding. Je n’aurais même pas protesté en cas de victoire (même si je suis très contente pour Frances McDormand pour son 3 Billboards). Sa partenaire Allison Janney (qui, elle, en a remporté un pour ce film en mars dernier), est également impeccable (et méconnaissable). Cela fait plaisir de voir cette actrice sous-estimée et sans cesse collée aux seconds rôles atteindre une certaine reconnaissance par la profession. Enfin, Sebastien Stan (le Bucky de Captain America) complète avec conviction ce trio de tête. Ayant le mérite de présenter un sport peu mis en scène au cinéma, Moi, Tonya est alors un anti-biopic intéressant notamment formellement mais oubliable parce qu’il n’exploite pas suffisamment ses différents thèmes mis en place, qui aurait pu rendre cette oeuvre bien plus puissante.

Moi, Tonya : Photo

Publicités

Newness

réalisé par Drake Doremus

avec Nicholas Hoult, Laia Costa, Pom Klementieff, Jessica Henwick, Danny Huston, Matthew Gray Gubler…

Drame, romance américain. 1h52. 2017.

sortie française (Netflix) : 6 février 2018

Séance commune avec Lilylit

L’histoire d’un couple dans un Los Angeles contemporain, en prise avec la culture des rencontres en ligne et les réseaux sociaux.

Newness : Photo

Drake Doremus n’est pas encore d’un grand réalisateur (le sera-t-il un jour ? C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter). Mais son travail ne me laisse jamais indifférente : j’ai toujours envie de suivre son travail de près au fil des années. Une certaine honnêteté et une pointe d’intelligence et de délicatesse sont perceptibles dans son cinéma. Surtout, ce réalisateur a le mérite d’avoir un univers bien à lui (ce qui n’est pas donné à tout le monde même quand on a du talent), que ce soit à travers ses thèmes (des relations d’amour perturbées et/ou malsaine), avec un véritable sens de l’esthétique (assez froid – le bleu semble décidément être sa couleur phare). Décidément, ses longs-métrages ont toujours du mal à être distribués en France (traduction : ils ne sont jamais sortis dans une salle obscure chez nous, les distributeurs privilégiant sans cesse la VOD à la place). Même si j’ai à chaque fois quelques reproches à faire à ses longs-métrages (je suis une chieuse, c’est bien connu), j’y adhère tout de même toujours un minimum. Surtout, je trouve cela regrettable qu’ils ne parviennent pas à être projetés dans les cinémas : je suis certaine que cela permettrait à Doremus d’être un réalisateur davantage connu en France – en tout cas il le mériterait. Drake Doremus est fasciné (traumatisé ?) par les couples d’aujourd’hui, principalement âgés entre 20 et 30 piges. Il avait déjà dénoncé les complications d’un amour à distance dans Love Crazy avec Anton Yelchin (à noter au passage la dédicace à l’acteur décédé trop jeune à la fin de Newness). La difficulté d’afficher ses sentiments dans une société aseptisée était au coeur de sa jolie tentative SF Equals (avec déjà à l’affiche Nicholas Hoult). On pense aussi à Breathe In qui, à travers une romance entre une jeune étrangère (l’habituée Felicity Jones) et un quadragénaire, expose les failles d’un couple et d’une famille au bord de la crise de nerfs qui se réfugie aussi derrière des illusions. Newness entre logiquement dans la filmographie du réalisateur. En effet, Doremus s’attaque désormais aux applications (et sites) de rencontre. S’ils peuvent permettre à deux êtres de se rencontrer et de vivre des choses ensemble, le constat sur ces applis reste amer. Les personnages l’utilisent quand ils s’ennuient, que ce soit durant leur célibat ou lorsqu’ils sont en couple : qu’est-ce qui le plus inquiétant entre les deux ?. Alors que le téléphone est l’outil représentant la communication, il sert aux personnages à fuir leurs relations au lieu de les résoudre en se parlant.

L’ensemble m’a plutôt plu dans le sens où Drake Doremus cerne plutôt bien le fonctionnement compliqué et malsain des jeunes couples que ce soit à cause de la technologie ou même à cause de leur vision de l’amour et du sexe (je ne veux pas non plus faire de généralités mais il faut avouer que le constat reste alarmant). A plusieurs reprises je me suis dit « mais oui, c’est tellement ça ! ». On me dira que je juge les personnages et leur mode de vie, cela n’est pas entièrement faux. Au début, les personnages m’ont réellement irritée, j’avais l’impression que je devais en vouloir au film plus globalement. Mais je me suis aperçue plus tard que c’était peut-être un choix de la part du réalisateur pour nous faire réagir : il fallait accepter que les personnages puissent faire de mauvais choix et réfléchir comme leurs pieds gauches. Cela dit, ce long-métrage comporte bien pour moi quelques réels défauts, même si, là encore, j’ai eu du mal au début à savoir s’il s’agissait de points négatifs ou positifs. La place du sexe est pour moi autant intéressante que problématique, comme si le réalisateur n’avait pas totalement su trancher. Le sexe se justifie dans le sens où ces sites de rencontre sont avant tout des catalogues pour assouvir des besoins, pas réellement pour construire une relation amoureuse avec quelqu’un. Il y a un côté « zapping » qui inquiète. Le sexe est aussi une solution pour fuir ses problèmes, comme ces sites de rencontre : la limite entre les deux est presque volontairement floue. Cela dit, même si la démarche est compréhensible, le scénario semble justement atteindre ses limites en nous proposant systématiquement le schéma suivant : dispute, sexe, conflit, baise. On ne peut en tout cas pas passer à côté de la qualité des interprétations. Le couple formé par Nicholas Hoult et Laia Costa (la fabuleuse actrice espagnole de l’épatant long-métrage allemand en plan-séquence Victoria de Sebastian Schipper) est tout simplement évident. Leur attachement l’un à l’autre tout comme la fusion plus charnelle qui les unit crèvent les yeux. Hoult et Costa ont d’autant plus de mérites en incarnant des personnages relativement peu sympathiques. Plutôt bien mis en scène, Newness parvient donc à nous intéresser et à toucher grâce à son sujet actuel, n’hésitant pas à plonger ses personnages dans un monde qui provoque le malaise parce que ce monde décrit est malheureusement si vrai. Hélas, Newness semble pas totalement abouti à cause d’une écriture parfois maladroite malgré ses quelques pertinentes idées.

Lady Bird

réalisé par Greta Gerwig

avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Lucas Hedges, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Lois Smith…

Comédie dramatique américaine. 1h34. 2017.

sortie française : 28 février 2018

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

Lady Bird : Photo Danielle Macdonald, Saoirse Ronan

L’actrice Greta Gerwig, certainement une des figures les plus emblématiques du cinéma indépendant américain (Frances Ha de Noah Baumbach, To Rome With Love de Woody Allen ou encore 20th Century Women de Mike Mills), était déjà passée derrière la caméra accompagnée par Joe Swanberg (désormais connu pour avoir crée la surprenante série Easy). Ils avaient alors co-réalisé Hannah Takes the Stairs et Nights and Weekends. Cette fois-ci, Gerwig se retrouve seule à la réalisation avec ce Lady Bird, lauréats des Golden Globe de la meilleure comédie et de la meilleure actrice dans une comédie. Pour la première fois également, dans le cadre d’une réalisation, elle ne passe plus devant la caméra. Lady Bird était certainement un projet qui devait tenir à coeur pour la réalisatrice vu qu’elle puise beaucoup dans son propre vécu. En effet, comme son héroïne Christine (qui veut qu’on la surnomme Lady Bird), elle a vécu à Sacramento et est allée dans une école catholique pour filles. Sa mère (c’était elle qui s’appelait Christine pour la petite anecdote) était, comme le personnage de Laurie Metcalf, infirmière. Cela dit, Gerwig ne veut pas qu’on voit Lady Bird comme une pure autobiographie malgré ces éléments intéressants à connaître pour appréhender la démarche plus intime : elle dit elle-même que sa Lady Bird est une sorte d’alter-ego fantasmée. La sincérité du projet est réellement touchante, tout comme l’amour que la réalisatrice porte pour Sacramento, enjolivée par une chouette photographie à l’argentique. En dehors des derniers mouvements #MeToo qui peut expliquer le comment du pourquoi, il est étonnant (et un peu énervant) de voir la réalisatrice nommer dans la catégorie « meilleurs réalisateurs(trices) » alors que la mise en scène, tout juste correcte pour rester gentille (on sent Gerwig appliquée mais ça n’excuse pas tout), n’est certainement pas le point fort de ce long-métrage. L’écriture est ce qui anime Greta Gerwig, cela se ressent, notamment dans la description des relations entre Christine et sa mère (pour la petite anecdote, le film devait à l’origine se nommé « Mères et filles »). C’est certainement l’élément le plus intéressant de ce film honnête mais assez banal et manquant d’enjeux. Gerwig réussit plutôt bien à exposer les rapports complexes entre la fille et la figure maternelle, entre amour profond et conflit, ce dernier certainement lié à des problèmes de communication. Le choix du pseudo de l’héroïne pourrait également paraître lourd avec cette métaphore de quitter le nid et de prendre son envol (tout comme, au passage, la fin où elle accepte finalement son véritable prénom). Pourtant, en fouillant bien, ce choix est un peu plus creusé.

Lady Bird : Photo Saoirse Ronan

Le pseudo « Lady Bird » marque évidemment la rupture avec la famille (c’est elle qui prénomme l’enfant) tout comme il peut être en lien avec la tradition catholique (notre héroïne est scolarisée dans une école religieuse). En effet, chez les chrétiens, le nom de confirmation est aussi ce qui vous fait basculer dans la vie d’adulte, comme le cherche Christine (au prénom déjà littéralement christique). Mais on peut aussi voir aussi dans ce « Lady Bird » un nom de rockstar. Et dans un sens, cette Christine est aussi une petite rockstar à sa façon (en tout cas cherche parfois à l’être), rebelle aux cheveux grossièrement colorés en rouge. Malgré tous ces bons points intéressants, je ne sais pas si je commence à ressentir une certaine lassitude d’un certain cinéma indépendant américain, mais la sauce n’a pas tellement pris. Greta Gerwig ne renouvelle pas non plus le teen-movie (genre qui, de toute façon, a du mal à trouver un nouveau souffle). On retrouve alors tous les mêmes clichés possibles de ces deux visions du cinéma : le ton pseudo cynique, une scène de fête, la première relation sexuelle, la copine qui a des problèmes de poids (elle se fâche puis finalement non, parce que l’héroïne retrouve le droit chemin des valeurs et tout ça), la peste superficielle (qui, forcément, baise beaucoup), le beau gosse pseudo artiste et philosophe alors que – spoilers – c’est un connard. Pour ne rien arranger, le film a beau ne pas dépasser les 1h30, des longueurs se font clairement sentir (heureusement, la seconde partie est un peu plus intéressante). Bref, même si l’ensemble n’est pas mauvais et qu’il y a même des points défendables, j’ai un peu du mal à comprendre pourquoi ce film en particulier, et pas un autre du même genre, atterrit aux Oscars, pourquoi il semble être au coeur d’une hype (comme trop de films actuellement – un par semaine, on en est là). Lady Bird n’a donc rien du film absolument génial qu’on loue tant depuis des lustres même s’il y a des choses intéressantes. L’ensemble est alors trop anecdotique et manque d’universalité pour convaincre réellement. Il doit beaucoup à la qualité de son casting. Saoirse Ronan endosse le rôle de « Lady Bird » comme un gant, elle parvient à rendre son personnage, pourtant antipathique et aux problèmes limités, attachant. Décidément, depuis ses débuts, l’actrice irlandaise ne me déçoit pas, bien au contraire. Le talent de Laurie Metcalf (qu’on voit un peu partout dans des films et séries, comme Desperate Housewives ou Scream 2) est également enfin reconnu, cela fait plaisir. Ensemble, Ronan et Metcalf produisent au moins quelques jolies petites étincelles.

Lady Bird : Photo Saoirse Ronan

[MC2018] Enfants non accompagnés

réalisé par Paul Feig

avec Dyllan Christopher, Wilder Valderrama, Tyler James Williams, Paget Brewster, Rob Corddry, Kristen Wiig…

titre original : Unaccompanied Minors

Comédie familiale américaine. 1h30. 2006.

sortie française (VOD) : 17 avril 2011

Un film se déroulant à Noël ou le soir de la Saint-Sylvestre

A la veille de Noël, une tempête de neige s’abat sur l’aéroport menaçant les départs en vacances de tous les passagers en attente.
Alors qu’ils se rendaient chez leur père, Deux « enfants non accompagnés » (UM), Spencer et sa petite soeur Katherine, se retrouvent bloqués et acheminés vers la salle des UM de l’aéroport, où sont réunis une douzaine d’enfants sans surveillance venus de tout les Etats-Unis.
Au milieu d’une ambiance survoltée, Spencer va se démener pour retrouver la liberté à l’aide de quatre enfants : Grace, la pauvre petite fille riche, Donna la petite frappe, Charlie la grosse tête et Timothy, le fan de comics. Tous ensemble, ils vont devoir surmonter leur différence et apprendre à s’entraider pour échapper aux autorités de l’aéroport, Oliver Porte, le responsable grognon des relations clientèle, son assistant larbin Zach Van Bourke, ainsi que tous les vigiles.

Dans l’ensemble, sans crier au génie, les comédies de Paul Feig (Mes Meilleures Amies, SpyLes Flingueuses, SOS Fantômes) me plaisent bien (pour certaines, on peut même dire « beaucoup »). A sa façon et plutôt modestement, il a su donner une sorte de nouvel élan à la comédie américaine, en mettant en scène des personnages féminins bien plus intéressants qu’elles en ont l’air, le tout sur un humour pas forcément très fin (qui « appartiendrait » selon certains à un univers masculin). J’étais alors curieuse de découvrir ses précédents longs-métrages dans le sens où je voulais voir s’il avait déjà cet univers avant de se faire connaître. Et heureusement qu’il y a Netflix pour me sauver : j’ai pu en rattraper un (qui est donc au coeur de ma chronique d’aujourd’hui comme vous l’aurez compris). Récolter des infos sur ce film en question relèverait presque de l’exploit ! Rien que sur le papier, Enfants non accompagnés ne correspond pas forcément à l’image qu’on se fait des films de Feig (et après l’avoir vu, je vous le confirme). On est très loin des films très féminins pour lesquels Feig est connu, peut-être même aux yeux de certains « féministes » possiblement revendiqués et surtout ayant un ton « trash ». Comme son titre l’indique, Enfants non accompagnés est un film qui a pour personnages principaux des enfants (seuls). Il s’adresse également à un jeune public notamment par ses gags et même par son histoire. Je n’ai pas pu m’empêcher d’établir un petit rapprochement (certainement facile) avec le film culte de Chris Columbus Maman j’ai raté l’avion (Home Alone). En effet, on retrouve ce même monde d’enfants livrés face à eux-mêmes le jour de Noël après ne pas avoir réussi à monter dans l’avion. On ne voit quasiment pas d’adultes à l’écran : le seul qui a un rôle un peu plus « important » est celui qui est censé gérer ce groupe d’enfants à l’aéroport. Mais cela dit, son interprète Wilmer Valderrama (Fez dans la série culte That’s 70s Show) a un visage assez enfantin, son personnage se range également rapidement du côté des enfants et apprécie la magie de Noël : lui-même est une sorte de grand gosse. Maman j’ai raté l’avion montrait alors comment le petit Kevin se débrouillait une fois rentré chez lui entre autres.

Ici, les gamins doivent apprendre à devenir à être dégourdis au sein même du lieu qui les abandonne. Le film de Paul Feig prend également une autre direction par rapport au long-métrage culte de Chris Columbus même si la critique autour de la non-préoccupation des enfants dans notre société occidentale reste finalement similaire. J’avoue avoir eu peur en découvrant les premières minutes du long-métrage, trop enfantin à mon goût (et avec les gags qui vont avec). De plus, les enfants ne sont pas forcément ni très intéressants (un peu trop stéréotypés et « gnangnan ») ni très bien interprétés (par ailleurs, on ne sait pas vraiment ce que sont devenus leurs interprètes). Et encore, on ne s’arrête pas là concernant les défauts évidents que comporte ce film. Pourtant, alors que c’était relativement mal parti, petit à petit, la sauce a fini prendre : justement, tout ce que je disais auparavant sur la dimension potentiellement « sociétale » (à mettre avec de gros guillemets évidemment) finit par prendre forme dans cette comédie sans prétention, qu’on pourrait mal juger à cause de son apparence gentillette. La seconde partie est certainement plus « intéressante » avec un discours plus « adulte » se combinant plutôt bien avec un univers et des gags enfantins. Les enfants se retrouvent effectivement à voyager seuls pour pouvoir rejoindre l’un de leurs parents souvent à l’autre bout du pays : ce sont tous des enfants de divorcés. Malgré ses airs mignons et sans accabler ni faire culpabiliser les parents divorcés (incarnés au passage par les seuls acteurs un peu « connus » : Rob Corddry, Paget Brewster et même Kristen Wiig), Enfants non accompagnés n’est pas un film si idiot contrairement à ce qu’on pourrait croire au premier abord, il évoque un sujet moins facile qu’on pourra le penser, sans faire pleurer dans les chaumières. Plutôt divertissant et rythmé, Enfants non accompagnés ne plaira certainement pas à tout le monde, certains le trouveront trop enfantin et ne parviendront pas à aller au-delà. Il s’agit d’un film plutôt moyen mais qui doit, selon moi, être pris pour ce qu’il est, à savoir une sympathique comédie familiale avant tout destiné pour un jeune public.

Last Flag Flying

réalisé par Richard Linklater

avec Steve Carell, Bryan Cranston, Laurence Fishburne…

Comédie dramatique américaine. 2h04. 2017.

sortie française : 17 janvier 2018

 

En 2003, Larry « Doc » Sheperd, un ancien médecin de la Navy, retrouve Sal Nealon, un gérant de bar et le révérend Richard Mueller. Tous les trois ont combattu ensemble au Vietnam mais ils ne s’étaient pas revus depuis trente ans. Larry est venu leur demander de l’accompagner aux funérailles de son fils, mort au combat en Irak et dont le corps vient d’être rapatrié aux Etats-Unis. Sur la route, l’émotion se mêle aux fous-rires car les trois hommes voient leurs souvenirs remonter et ils retrouvent leur camaraderie…

Last Flag Flying : Photo Bryan Cranston, Steve Carell

Last Flag Flying est l’adaptation du roman éponyme de Darryl Ponicsan (ce dernier en est également le co-scénariste). Ce texte en question est en fait la suite d’un autre roman : The Last Detail, adapté au cinéma en 1973 (La Dernière Corvée en VF – ce qui explique au passage le sous-titre « écho » présent sur l’affiche française La Dernière Tournée) par Hal Ashby avec dans les rôles principaux Jack Nicholson, Otis Young et Randy Quaid. Cela dit, Richard Linklater, réalisateur de films cultes hilarants (Rock Academy), d’une trilogie romantique tendre (les Before…), parfois « expérimentaux » (Boyhood), voire même étranges (A Scanner Darkly), n’a pas souhaité que son Last Flag Flying soit une suite du long-métrage d’Ashby. Avec son affiche française ringarde et datée (je n’arrive pas du tout à savoir si ce choix est volontaire ou non), le dernier film de Linklater est sorti discrètement chez nous malgré un casting masculin très attirant : malgré la réelle sympathie que j’ai en général pour le travail de Linklater (qui a le mérite d’avoir une filmographie personnelle et variée), je me suis intéressée à Last Flag Flying principalement pour ton trio prestigieux. Je ne dirais pas que le film est principalement sauvé par son casting et ses personnages (car je trouve toujours cet argument limité) mais il faut avouer qu’il s’agit au moins d’un point fort. Le trio formé par Steve Carell (décidément de plus en plus à l’aise dans des rôles dramatiques depuis Foxcatcher), Bryan Cranston et Laurence Fishburne fonctionne formidablement bien : il y a une belle complicité entre ces trois grands acteurs. Même s’ils tombent parfois dans un certain cabotinage (cela annonce déjà les réelles lourdeurs présentes tout le long du long-métrage), leurs interprétations sont remarquables. Leurs personnages sont tous très attachants, ayant chacun leurs histoires (la perte d’un fils, l’alcoolisme, la rédemption par la religion), leurs blessures et surtout leur propre vision du monde (ils sont, respectivement, médecin, barman et pasteur). Le propos en lui-même est plutôt « intéressant », notamment en établissant ce parallèle entre la guerre du Vietnam au cours des années 1970 et la guerre d’Irak dans les années 2000. Linklater dénonce plutôt bien l’absurdité de la guerre et surtout l’hypocrisie même de l’armée, qui parle d’héroïsme là où il n’y en a pas. Bon, il n’y a aucun génie là-dedans, ni dans sa démonstration ni dans sa mise en scène (mais j’imagine qu’on ne demande pas autant au réalisateur même si on l’a connu plus inspiré), mais je dois admettre que cela fonctionne un minimum.

Last Flag Flying : Photo Bryan Cranston, Laurence Fishburne

Le long-métrage pointe alors du doigt les échecs des gouvernements américains depuis plus de trente ans : rien n’a changé et ce sont finalement avant tout de simples individus (avant d’être des soldats) qui en prennent plein la gueule à la place. En dehors de ces quelques éléments notables, je n’ai pas non plus trouvé ce Last Flag Flying bien fou contrairement à ce que j’ai pu lire et entendre à droite et à gauche. Oui, l’ensemble se laisse volontiers regarder, oui parfois on rit avec les personnages, oui il y a même éventuellement quelques petites scènes touchantes, oui quelques répliques sont bien senties. Mais je trouve ça assez limité ! La modestie et la sincérité même du projet n’excusent pas non plus certains défauts à mes yeux. Après, à l’origine, je n’aime pas non plus les oeuvres qui forcent trop sur la nostalgie : en dehors du fait que ce sentiment a tendance à me déplaire, la manière dont Linklater en parle est assez lourde. De plus, même si je n’irais pas à dire que je me suis ennuyée, le film m’a paru bien trop long par rapport au peu qu’il raconte. Je suis persuadée qu’il aurait gagné en force et en efficacité en étant plus condensé. J’ai également été assez déçue par l’aspect road-movie. Beaucoup y ont vu une certaine originalité car une partie du film se déroule dans le train : pour ma part, cela ne m’a pas particulièrement frappée. En général, le road-movie n’est pas uniquement un moyen de se déplacer physiquement et géographiquement, c’est aussi une métaphore d’une évolution des personnages : le voyage géographique doit leur faire prendre conscience de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils veulent changer. Si cet aspect est bel et bien présent dans le film, il reste tout de même traiter de manière assez faiblarde : la mise en scène de Linklater tout comme le scénario (assez prévisible) manquent de relief pour valoriser ce point qui me semble pourtant sur le papier assez important. Oeuvre certainement honnête mais mineure et oubliable dans la riche et électrique filmographie de Richard Linkalter, Last Flag Flying n’est pas inintéressant mais est surtout porté par la justesse de son casting. Malgré la réelle sympathie dégagée tout le long du métrage, le discours sur cette Amérique ordinaire face à ses désillusions n’est pas suffisamment bien traité (en tout cas trop faiblement), ce qui explique certainement le peu d’intérêt que je peux porter à ce film.

Last Flag Flying : Photo Laurence Fishburne, Steve Carell

Stronger

réalisé par David Gordon Green

avec Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany, Miranda Richardson…

Drame, biopic américain. 2h. 2017.

sortie française : 7 février 2018

En ce 15 avril 2013, Jeff Bauman est venu encourager Erin qui court le marathon : il espère bien reconquérir celle qui fut sa petite amie. Il l’attend près de la ligne d’arrivée quand une bombe explose. Il va perdre ses deux jambes dans l’attentat. Il va alors devoir endurer des mois de lutte pour espérer une guérison physique, psychologique et émotionnelle.

Stronger : Photo Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany

L’histoire de Jeff Bauman a fait le tour du monde. Après avoir perdu ses deux jambes lors des attentats de Boston en 2013, Bauman a réussi à apporter des informations précieuses au FBI pour arrêter les terroristes. Les Américains l’ont alors considéré comme un héros, Bauman faisant alors des apparitions médiatiques un peu partout (le film expose évidemment cette problématique). Le personnage de Bauman apparaissait déjà dans Traque à Boston (Peter Berg, 2017), interprété par Dan Whelton. Je n’attendais pas spécialement la sortie de Stronger, au moins je ne peux pas parler de déception ou quoi que ce soit : j’ai vu à l’écran tout ce que j’imaginais du film avant même de le voir, en me basant sur le synopsis et la bande-annonce. J’étais même capable d’anticiper toutes les étapes du scénario (en précisant que je ne connaissais pas l’histoire de ce jeune homme) : les pleurs, les disputes, les reproches, les moments de désespoir et d’espoir etc… Certes, ce sont des étapes logiques face à un tel traumatisme qui bouleverse autant la vie de Bauman que celle de sa famille et de ses proches. Cela reste forcément regrettable de constater autant de prévisibilités. Le résultat est par conséquent plutôt tire-larmes : par conséquent, cela m’a empêchée d’être réellement bouleversée par cette belle leçon de vie sur le papier. Cela dit, quelques séquences restent plutôt touchantes (je pense notamment à la rencontre entre Jeff et son sauveur Carlos). Concernant la mise en scène, je suis partagée. Je ne m’attendais pas spécialement à voir un travail très ambitieux par rapport au sujet et à la manière dont le film a été vendu. Je ne peux donc pas non plus parler de déception puisque je n’attendais rien côté mise en scène : on sait très bien quand on va voir ce genre de films que l’oeuvre va surtout tenir sur la qualité même de l’histoire. Paradoxalement, même si la mise en scène est dans l’ensemble simplement correcte, il y a pourtant mine de rien bel et bien quelques petites tentatives plus ambitieuses qui fonctionnent discrètement. Je pense notamment à la séquence où Jeff et son ex se retrouvent à l’hôpital : le personnel hospitalier s’occupe alors des bandages de Jeff, ce dernier demande alors à Erin de l’épauler pendant ce moment en évitant de regarder ses jambes. Le travail autour des bandages qui apparaît en arrière-fond s’apparente alors à une sorte de décor presque artificiel implanté, presque comme s’il s’agissait d’un fond vert. Jeff se sent hors de son corps à cet instant et rien que ce petit détail de mise en scène, pas forcément visible au premier abord, être cohérente avec la phase psychologique du protagoniste.

Stronger : Photo Jake Gyllenhaal, Miranda Richardson, Tatiana Maslany

Il y en a un autre aussi (que je n’avais pas remarqué seule, heureusement qu’on me l’a signalé) au début du film, lorsque Jeff n’a pas encore été victime de l’attentat. Il s’arrête quelques secondes sur une sorte de butte me semble-t-il : il se retrouve alors derrière une sorte de grillage. Or, dans le plan  en question, la barre horizontale blanche du grillage semble « couper » une partie des jambes du personnages, là où on lui coupera littéralement ses jambes suite à l’attentat. Bref, il n’y a pas tout à jeter, ça étonne presque de voir ces quelques bonnes idées se retrouver parmi d’autres certainement beaucoup plus plates. Même si d’autres films ont certainement mieux traiter cette question autour de la notion de « héros » (récemment, Un jour dans la vie de Billy Lynn d’Ang Lee), la vraie bonne idée (et certainement réel intérêt qu’on peut trouver au long-métrage) est d’avoir évoqué ce sujet en question et non pas se focaliser uniquement sur le handicap (même si le résultat reste larmoyant). Jeff Bauman est alors un héros ordinaire malgré lui, qui doit apprendre à accepter l’amour que des inconnus lui portent et surtout à accepter qu’on puisse le voir comme un symbole. Il est un poil regrettable de voir le film prendre une direction finale patriotique, d’autant plus que son portrait général de Boston post-attentat est plutôt intéressant (la communauté est, par sa bienveillance et générosité extrême, lourde, trop pour les petites épaules de Jeff). Heureusement, les interprétations sont largement à la hauteur. Jake Gyllenhaal prouve de nouveau à quel point il choisit bien ses rôles qu’il incarne toujours avec conviction et crédibilité. Tatiana Maslany, surtout connue par un certain public pour la série Black Orphan, est également remarquable. Cela fait du bien en plus de voir, alors qu’on a l’habitude du contraire, une fille plutôt banale physiquement, sans réels artifices, ce qui facilite certainement pour les spectateurs une certaine identification. En mère un poil alcoolo et possessive, Miranda Richarson (méconnaissable) complète merveilleusement bien la distribution. A noter pour la petite anecdote la présence d’acteurs non-professionnels interprétant leur propre rôle (ex : plusieurs membres du personnel hospitalier). Stronger est un petit film plutôt correct et oubliable remplissant le cahier des charges qui ne parvient pas réellement à transcender son sujet malgré une démarche honnête et respectueuse par rapport au véritable Jeff Bauman et plus globalement aux victimes des attentats.

Stronger : Photo

[MC2018] The Escort

réalisé par Will Slocombe

avec Lyndsy Fonseca, Michael Doneger, Bruce Campbell…

Comédie, romance américaine. 1h30. 2015.

sortie française (VOD) : 12 septembre 2016

Un film qui n’est pas sorti dans les salles en France

Un journaliste accro au sexe et en manque de bonne histoire décide de s’inscrire dans une agence d’escort-girl.

The Escort : Photo Lyndsy Fonseca, Michael Doneger

The Escort est un sympathique petit film indépendant sorti directement en VOD (il est notamment disponible sur Netflix à l’heure actuelle). Je ne sais pas s’il méritait nécessairement de sortir dans une salle française (il faut dire que pas grand-monde ne l’aurait vu, déjà qu’il a du mal à se trouver une place parmi les VOD) mais il reste regrettable qu’il ne soit pas plus connu. Certes, l’ensemble ne marquera pas forcément les esprits mais il n’est pas non plus inintéressant malgré quelques défauts notables indéniables. Le scénario a été écrit par l’acteur principal, le méconnu Michael Doneger (il incarne le journaliste obsédé sexuel loser qui va s’intéresser à Veronica pour écrire l’article de sa vie). Si son interprétation reste tout juste correcte (il faut dire qu’il n’a pas non plus un charisme imposant), son travail en tant que scénariste reste intéressant. Certes, The Escort est, à l’image d’un Pretty Woman de Garry Marshall, plus une comédie romantique bien rythmée sans prétention autour d’une prostituée qu’une simple comédie présentant éventuellement la réalité souvent difficile et sombre du plus vieux métier du monde. Certes, on aurait pu s’attendre à davantage d’approfondissement (notamment autour du sexe exposé sur Internet, sujet intéressant mais vite zappé). Certaines scènes nous présentent possiblement les différents obstacles rencontrées par les prostituées (violence de certains clients, problème du consentement, la question d’un mac ou non) mais cela reste tout de même très édulcoré par rapport à la réalité que vivent ces femmes, même parmi les prostituées de luxe (petit rappel notamment avec The Girlfriend Experience de Steven Soderbergh). Son regard sur la prostitution n’est finalement pas ce qu’il y a de plus pertinent ni révolutionnaire. En revanche, le film gagne des points lorsqu’il aborde plus globalement la question de la surconsommation de sexe. Le film tente d’aborder d’autres sujets (certes autour du sexe, au moins il ne s’éparpille pas) et ne se limite pas à une simple observation sur la vie d’une prostituée : cela touchera davantage plus de gens.

C’est certainement aussi par cette interrogation que le personnage de Veronica nous paraît d’emblée sympathique. Le procédé est plutôt pertinent : on (« on » étant général) aurait tendance à émettre un mauvais jugement envers Veronika à cause de sa profession. Or, est-ce que les assoiffés de sexe consommateurs des applis de rencontre « valent-ils mieux » que des personnes qui se font payer pour avoir des relations sexuelles (tout comme on peut faire le parallèle avec les clients qui payent pour avoir des relations sexuelles même si le film ne prend pas en compte ce point de vue) ? La réflexion autour de la surconsommation de sexe via un parallèle entre les deux personnages principaux n’est pas révolutionnaire mais elle reste tout de même suffisamment pertinente. Le sujet peut faire fuir (tout comme son titre), on s’attend sur le papier à un film « osé » : il n’y a quasiment pas de scènes de sexe, juste une seule (et elle est assez drôle). Le but est de signer un film universel autour de notre rapport avec le sexe sur un ton léger, il n’y a pas la volonté de mettre mal à l’aise le public et de tomber facilement dans une ambiance glauque (même si encore une fois, on est certainement loin d’une triste réalité). La mise en scène de Will Slocombe (inconnu au bataillon) n’est en revanche pas bien folichonne. Cela dit, étant donné qu’elle reste tout de même correcte, on n’est pas non plus choqué par le résultat par rapport à ce qu’on attendait du film. Je disais auparavant que le personnage de Veronika/Natalie était sympathique notamment via le parallèle établi entre elle (et sa profession) et le journaliste (et ce qu’il fait dans sa vie privée). Cela dit, cela serait une réflexion limitée. Veronika a tout ce qu’il faut pour qu’on s’attache à elle. Et son actrice, Lyndsy Fonseca (vue, entre autres, dans Kick Ass 1 et 2 ou encore The Ward), aide aussi énormément à la trouver sympathique et charismatique. Enfin, dans les seconds rôles, face à tant de gens méconnus voire même pas du tout connus, on retrouve le toujours agréable Bruce Campbell dans un rôle littéralement cool (il incarne plus précisément le père du journaliste). Bref, The Escort n’est donc pas le film du siècle, mais il vaut tout de même le coup d’oeil pour ses thèmes abordés, surtout pour la rencontre de deux consommateurs de sexe.

A Ghost Story

réalisé par David Lowery

avec Casey Affleck, Rooney Mara, Liz Franke…

Drame, fantastique américain. 1h32. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu’il aime, et qui toutes deux lui échappent inéluctablement, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux ineffables questionnements de l’existence et à son incommensurabilité.

A Ghost Story : Photo Casey Affleck, Rooney Mara

Après Les Amants du Texas (Ain’t Them Bodies Saint, 2013), David Lowery réunit de nouveau Casey Affleck et Rooney Mara : A Ghost Story a suscité le buzz dès sa présentation dans les festivals (il est reparti avec plusieurs prix au festival du film américain de Deauville, dont le Prix du Jury). C’est certainement grâce à ce buzz en question qu’il a pu être distribué dans les salles françaises (il était probablement destiné à la VOD, ce qui aurait été fortement regrettable). Mais je me méfie toujours de la hype autour de certains films (certainement une manière de me protéger en cas de déception). J’ai lu des critiques radicalement opposées concernant ce film. Pour ma part, je ne choisis pas réellement mon camp, je suis juste mitigée : je reconnais au long-métrage de Lowery un certain nombre de qualités indéniables, je comprends aussi qu’on puisse en ressortir bouleversé. Mais je ne suis pas non plus totalement emballée, pas convaincue par tous les points : j’admets aussi que je suis sortie du film assez indifférente d’un point de vue purement émotionnel. Pour construire l’identité de son personnage principal, David Lowery reprend une image du fantôme très commune, autant énigmatique qu’enfantine : une entité portant un drap blanc. Difficile de juger l’interprétation de Casey Affleck (en ce moment dans de sales draps – pas pu m’empêcher de faire cette vanne) qui passe plus du 3/4 du film sous ce drap. Cela dit, l’utilisation de ce long tissu qui traîne (visiblement difficile pour les costumiers à le fabriquer, on ne l’aurait pas forcément imaginé) est remarquable dans le sens où il parvient à installer à lui-seul une atmosphère si particulière, entre la poésie, l’hypnose et le malaise. Sur le papier, difficile de s’attacher à cette entité, en sachant qu’on ne connait pas spécialement la vie de cet homme avant sa mort, en dehors de quelques moments durant sa vie de couple (sa femme est incarnée par Rooney Mara – je l’aime toujours mais elle minaude de plus en plus). Pourtant, rien que par ces yeux ronds noirs étrangement expressifs, c’est tout le contraire qui se produit. Ne pas connaître la vie de cet homme avant son décès accidentel est à double-tranchant. D’un côté, on peut très bien se contrefoutre du sort de cet esprit errant. Mais cela est aussi un moyen de rendre le propos plus universel, chacun étant voué à la mort. Revenons maintenant sur le format, le film étant filmé en 4/3 et avec un cadre vignette aux bords arrondis (comme certains filtres sur Instagram : oui, il s’agit d’un raccourci purement gratuit).

A Ghost Story : Photo Rooney Mara

Selon le réalisateur, ce format renforcerait pour le spectateur une impression de confinement et de claustrophobie. Mais paradoxalement, cette sensation serait également adoucie par les bouts non rectangulaires : la mort est alors un concept « glauque » que libérateur. Même si je n’ai pas pu m’empêcher au bout d’un moment de trouver ce choix de format un peu gratuit (dans le sens où j’avais l’impression que c’était aussi une manière pour le film de se détacher et de faire « parler » de lui), dans l’ensemble, il parvient tout de même à prendre sens par rapport au propos et au ressenti possible. Globalement, au-delà de ce choix, le film est remarquable esthétiquement, appuyé par une fantastique photographie et un fabuleux travail de lumière. Il est certain qu’il participe à ce sentiment constant de poésie, de mysticisme et de noirceur. Je pourrais dire tout ce que je veux concernant ce film, mais en 2017 c’est certainement, de ce point de vue-là, le plus beau long-métrage que j’ai vu. Le long-métrage, bénéficiant d’une mise en scène consistante, est accompagné par une remarquable bande-originale signée par Daniel Hart. Bref, il ne manque pas de qualités mais selon moi, un peu comme je l’expliquais déjà juste avant, elles peuvent être vues comme des défauts (et vice versa). Revenons par exemple sur les longueurs et les plans fixes qui semblent avoir divisé le public. A l’origine, je ne suis pas contre ces choix, loin de là. Ils restent notamment cohérents par rapport à l’ambiance générale installée dès le début. On a beaucoup critiqué la scène de la tarte que j’ai pourtant adoré : tout le monde s’est acharné sur cette scène en critiquant sa longueur. Mais pour ma part, le réalisateur a cerné toute la souffrance dans cet acte de boulimie (le tout avec le fantôme qui observe comme nous en silence et sans bouger) qui se déroule paradoxalement dans un laps de temps très court (bah oui parce que s’empiffrer d’une tarte au chocolat pour 6-8 personnes en cinq minutes, c’est très – très – court). En revanche, par exemple, la scène du monologue, qui explique en quelque sorte l’ensemble du film (mais pourquoi faire ça ? Ca casse tout le mystère et surtout tout le cheminement personnel du spectateur par rapport à la réflexion initiale autour de la mort et de la vie), est juste interminable ! Enfin, si je vois où Lowery veut en venir par rapport à la boucle temporelle (en essayant de créer un suspense alors qu’on peut deviner rapidement cet élément en étant observateur), je ne suis pas non plus totalement convaincue par la manière de l’introduire. Pour ses idées de mise en scène et ses choix esthétiques, pour son beau message qui parlera personnellement à chaque spectateur, pour son ambition, A Ghost Story mérite d’être vu. Il s’agit indéniablement d’une expérience à part même si je ne suis pas nécessairement convaincue par certains points et que je n’ai pas été totalement embarquée par toutes les propositions.

A Ghost Story : Photo

Le Grand Jeu (2017)

réalisé par Aaron Sorkin

avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, Chris O’Dowd…

titre original : Molly’s Game

Drame, biopic américain. 2h20. 2017.

sortie française : 3 janvier 2018

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Aaron Sorkin est un scénariste réputé depuis plusieurs années, que ce soit à la télévision (A la Maison Blanche, The Newsroom) ou au cinéma (il a remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté pour son travail sur The Social Network de David Fincher). Il passe désormais derrière la caméra (même s’il est aussi chargé, sans surprise, du scénario). Le Grand Jeu est inspiré de l’histoire vraie de Molly Bloom (oui, elle s’appelle comme le célèbre personnage du roman Ulysse de James Joyce), cette ancienne skieuse devenue organisatrice de parties de poker pour stars. Parmi ces stars, on retrouvait notamment Tobey Maguire (visiblement, même s’il n’est pas jamais nommé – comme les autres célébrités,  « Joueur X », interprété par Michael Cera, semble être une sorte de représentation de l’acteur de Spiderman), Leonardo DiCaprio, Ben Affleck, Macauley Culkin ou encore Matt Damon. Elle se fait finalement arrêter en 2013 pour ses parties illégales. Ses liens avec la mafia russe n’ont également pas arrangé les choses. Sorkin adapte en partie son autobiographie : je dis bien « en partie » puisque le film s’intéresse aussi à ce qui se passe après la sortie de ce livre (dans le film, son avocat lit même son bouquin). Je suis ressortie de la salle très partagée. Dans l’ensemble, j’ai été surprise de ne pas avoir senti de longueurs alors que le film dure tout de même 2h20. 2h20 pour un film qui ne raconte finalement pas grand-chose sans m’ennuyer relève presque de « l’exploit ». Pour une première réalisation, Aaron Sorkin s’en tire plutôt bien. Certes, la mise en scène n’est pas non plus extraordinaire. Beaucoup diront que Sorkin n’est pas un David Fincher ou un Danny Boyle (Sorkin avait aussi écrit pour lui avec Steve Jobs). Certes, ce n’est pas faux. Mais il n’y a rien de honteux, loin de là : son travail reste plutôt bon. En tout cas, si le film a selon moi beaucoup de défauts, la mise en scène n’est pas selon moi ce qui est à pointer du doigt. Le Grand Jeu bénéficie d’excellentes interprétations.J’aime beaucoup Jessica Chastain (enfin l’actrice, parce que la personnalité publique auto-proclamée porte-parole de toutes les causes commence un peu à me taper sur le système : voilà, c’est dit, je me sens mieux) et sans surprise, elle livre une impeccable interprétation. 

Le Grand jeu : Photo Idris Elba, Jessica Chastain

Cela dit, j’ai été « perturbée » par  sa perruque parfois un peu trop visible et ses décolletés un peu trop mis en avant : certes, son personnage, vulgaire, est assume sa féminité physique dans un milieu très masculin mais j’ai trouvé cet aspect parfois trop surligné. Pour la petite anecdote, c’est la véritable Molly Bloom qui souhaitait voir Chastain interpréter son rôle. J’ai surtout été épatée par la performance d’Idris Elba, tout particulièrement charismatique dans le rôle de l’avocat de l’héroïne. A la sortie de ma séance, je me souvenais même plus de lui que de Chastain. Dans un rôle secondaire, on est toujours content de retrouver ce bon vieux Kevin Costner. Le problème de ce dernier n’est pas son interprétation, loin de là. L’utilisation de son personnage est en revanche gênante. La scène de la patinoire est juste une immense blague et fait perdre à elle-seule tout crédit au film déjà suffisamment bancal : Molly retrouve son bon vieux père un peu par hasard dans ce petit bled qu’est New York à la patinoire, il lui fait alors en trois minutes sa psychothérapie. Vous comprenez, Molly elle se venge des hommes parce que son père était trop autoritaire et en plus c’était un salaud parce qu’il trompait sa femme. Molly trempe dans des affaires douteuses parce qu’elle n’a pas été réussi à être la championne de ski qu’elle aurait dû devenir. Bref, ça m’a fatiguée, même un épisode de 7 à la maison était plus subtil. Et c’est là où je veux commencer à pointer les nombreux défauts de ce long-métrage divertissant mais oubliable et discutable pour différentes raisons. La construction du film est en elle-même bordélique en s’éparpillant sur différents niveaux temporels, sans cesse entremêlés : l’enfance et l’adolescence de Molly en tant que skieuse en partie conseillée et entraînée par son père (leurs relations sont donc assez compliquées), la réussite de Molly dans son « travail » et la possible chute de Molly avec ses problèmes judiciaires. Décidément, on ne veut plus réaliser de biopics traditionnels. La nouvelle mode est de déconstruire à tout prix les histoires linéaires.

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Cela dit, le schéma adopté par Sorkin est juste ultra casse-gueule. Pour moi, il passe par ce procédé parce qu’en réalité, la réelle histoire de Molly n’est finalement pas plus que palpitante que cela quand on y réfléchit bien. On ne peut pas s’empêcher de trouver cette structure faussement compliquée pour pas grand-chose, pour combler du vide. Le montage et la voix-off, qui pourraient éventuellement expliquer le rythme du film, sont également à remettre en cause (et je relie les deux défauts ensemble). Le montage semble parfois hasardeux : on passe parfois d’une scène à l’autre un peu en mode « ploum ploum ploum » parce qu’on a l’impression que Sorkin ne parvient pas à se sortir de son schéma narratif inutilement compliqué. Cette voix-off est également discutable : a priori, elle n’est pas déplaisante, elle est plutôt endiablée (même s’il vaut mieux ne pas avoir une dent contre les films bavards, heureusement pour moi, je ne fais pas partie de cette catégorie). Mais elle est trop littéraire dans le sens où on a l’impression d’entendre les extraits de son bouquin juste directement transposés à l’écran. Sorkin ne joue alors pas suffisamment avec cet élément. La voix-off aurait pu par exemple être en décalage avec les images ou quelque chose de ce style. Mais en fait non. Elle ne permet pas aux images de parler d’elles-mêmes. Elle surajoute de l’information inutilement, elle ne nous aide pas non plus à mieux cerner la personnalité de Molly Bloom. Justement, rebondissons sur ce dernier point : le personnage en lui-même est problématique et pas uniquement à cause d’une psychologie digne de Doctossimo concernant ses relations avec son papounet (comme si ça excusait déjà tous ses actes). Certes, cela peut être intéressant de voir une femme qui assume sa féminité évoluer dans un univers très masculin. Mais elle n’a aucun mérite dans sa réussite ou quand elle parvient à se sortir du pétrin : c’est un personnage qui est bien plus passif qu’on veut nous le faire croire. Surtout, tout est fait pour enlever toute responsabilité à ce personnage. La fin, qui nous la présente comme une battante, une winner (alors que sa réussite est discutable), va encore plus dans ce sens et cela m’a dérangée. Le Grand Jeu est un film très décevant qu’on oubliera assez vite…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Jumanji : Bienvenue dans la jungle

réalisé par Jake Kasdan

avec Dwayne Johnson, Jack Black,Kevin Hart, Karen Gillan, Nick Jonas, Bobby Cannavale, Alex Wolff, Rhys Darby, Missy Pyle…

titre original : Jumanji : Welcome to the jungle

Fantastique, action américain. 2h. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

Le destin de quatre lycéens en retenue bascule lorsqu’ils sont aspirés dans le monde de Jumanji. Après avoir découvert une vieille console contenant un jeu vidéo dont ils n’avaient jamais entendu parler, les quatre jeunes se retrouvent mystérieusement propulsés au cœur de la jungle de Jumanji, dans le corps de leurs avatars. Ils vont rapidement découvrir que l’on ne joue pas à Jumanji, c’est le jeu qui joue avec vous… Pour revenir dans le monde réel, il va leur falloir affronter les pires dangers et triompher de l’ultime aventure. Sinon, ils resteront à jamais prisonniers de Jumanji…

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Dwayne Johnson, Jack Black, Karen Gillan, Kevin Hart, Nick Jonas

Jumanji, adapté du roman de Chris Van Allsburgh, est un film tellement culte pour une génération (et certainement encore plus depuis le décès du regretté Robin Williams), qu’on le pensait intouchable. Sans surprise, le scénario suivant s’est déroulé ainsi : tout d’abord, on a gueulé suite à l’annonce du projet (« gnagnagna on touche pas à Jumanji« ), puis pratiquement toute la Twittosphère – avec parfois les mêmes qui gueulaient auparavant – s’est extasiée rien qu’après l’avant-première. Je dis bien le terme « extasier » car je ne comprends pas réellement les très bonnes critiques à l’égard de cette suite. Certes, ce Jumanji : Bienvenue dans la jungle se défend sur certains points. Si le film démarre pratiquement tout de suite après les événements du premier opus (enfin, son introduction : le reste du film se déroule de nos jours), il a le mérite de vouloir s’en détacher. Changer de matériau (passer du jeu de société au jeu vidéo) aide certainement à vouloir se différencier de l’original. Le premier Jumanji misait sur la venue du fantastique dans un monde réel tandis que cette suite met en scène des personnages réels dans un monde virtuel et fantastique. Bref, le début de cette suite fait finalement presque penser à une sorte de mélange entre Tron et The Breakfast Club que réellement à Jumanji. Et le reste du film est plutôt une comédie d’action survoltée alors que le premier opus était plutôt une comédie dite « familiale »). La mise en scène des avatars des quatre adolescents joueurs dans le jeu est également une certaine bonne idée. Et cette bonne idée est en partie bien exécutée par le choix même des acteurs, tous très bons. Ainsi, l’avatar choisi est complètement différent de ce que sont les ados qui jouaient à l’origine derrière leurs consoles. Ainsi, le grand baraqué Dwayne Johnson au regard de braise (on adore ses auto-parodies) est l’avatar d’un petit gringalet geek sans amis, Jack Black (avec le physique qu’on lui connait) est en réalité le personnage d’une ado superficielle accro à son portable et à ses selfies sur Instagram, le petit Kevin Hart avec son énorme sac à dos représente en réalité un baraqué sportif et Karen Gillian est une héroïne sexy, bad-ass, sachant se battre alors que la jeune fille qui se cache derrière ce personnage est timide, mal fagoté, détestant faire du sport. Si cette suite diffère du long-métrage de Joe Johnston, elle tente de garder le même type de moral : le jeu est littéralement un moyen ludique pour retenir des leçons de vie.

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Dwayne Johnson

Bref, le message sur l’acceptation de soi est simple mais il passe plutôt bien dans le cadre de cette comédie d’action tous publics sans prise de tête. Alors, pourquoi ne suis-je pas totalement convaincue ? J’ai tenté de ne pas faire de rapprochement avec le premier Jumanji, surtout que cette suite refuse de lui ressembler. Mais ce film de Jake Kasdan a beau remplir ses fonctions de gros divertissement, il ne possède pas le charme de celui de Johnston. Attention, je n’idéalise pas le Jumanji avec Robin Williams : c’est un film qui peut paraître un peu niais et même très enfantin et les effets spéciaux ont pris un coup de vieux. Mais j’ai beau le voir et le revoir, il possède toujours autant de charme. Or, ce Jumanji : Bienvenue dans la jungle n’a pas ce charme en question. Je ne pense pas non plus qu’il traversera le temps comme le précédent film. Surtout, le film de Johnston parvenait à présenter de nombreux obstacles du début jusqu’à la fin. Or, je n’ai pas du tout ressenti ce danger permanent dans le long-métrage de Kasdan. On a l’impression que les personnages passent toutes les épreuves les doigts dans le nez (alors qu’ils perdent des vies comme dans une partie de jeu vidéo) en seulement quelques heures. On finit presque par se demander pourquoi le personnage incarné par Nick Jonas est resté bloqué des années et des années dans ce jeu alors que la bande de The Rock te règle ça en un temps record. Le méchant est également décevant, il ne semble pas si dangereux et effrayant contrairement au Chasseur. Enfin, je reste un poil sceptique sur la soi-disant amélioration des effets spéciaux. Certes, dans cette suite, ils sont beaucoup moins kitsch que dans le premier volet et ils sont adaptés par rapport à l’univers des jeux vidéos. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de trouver l’environnement relativement laid avec cette surcharge de numérique. Finalement, même si les décors et les effets spéciaux étaient désuets, je trouve l’environnement du premier film plus satisfaisant, surtout concernant le côté exotique de l’aventure. Bref, pour conclure, Jumanji : Bienvenue dans la jungle n’est pas la catastrophe qu’on aurait pu avoir face à notre méfiance naturelle désormais face aux suites (remakes ou autres). Mais je ne suis pas non plus un certain emballement général que j’ai pu constater par la blogosphère cinéphile.

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Karen Gillan

La Promesse de l’aube

réalisé par Eric Barbier

avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Pawel Puchalski, Nemo Schiffman, Jean-Pierre Darroussin, Didier Bourdon, Finnegan Oldfield, Catherine McCormack…

Comédie dramatique française. 2h10. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

De son enfance difficile en Pologne en passant par son adolescence sous le soleil de Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur en Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale… Romain Gary a vécu une vie extraordinaire. Mais cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui un des romanciers majeurs du XXème siècle, à la vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Mais cet amour maternel sans bornes sera aussi son fardeau pour la vie…

La Promesse de l'aube : Photo Pierre Niney

Cela fait un petit moment que je m’intéresse à cette nouvelle adaptation de La Promesse de l’aube (Jules Dassin en avait signé une première en 1970 avec Melina Mercouri dans le rôle principal). J’avais signalé l’information à la fin de mon mémoire (en master 1) en 2015 en apprenant le projet. Je me situais dans une position pas toujours évidente en tant que spectatrice-lectrice. D’un côté, je devais découvrir le film comme une spectatrice lambda, sans prendre en compte de ce que je savais du texte d’origine et de l’auteur. De l’autre, je ne pouvais pas non plus ignorer mon expérience de lectrice-étudiante acharnée sur ce roman autobiographique pendant des mois. J’ai pu voir le film en avant-première en présence d’Eric Barbier ainsi que du très sympathique Pierre Niney. Les différentes réponses que le réalisateur a données, notamment à des fans et connaisseurs du roman et plus globalement de Romain Gary (qui avaient l’air sceptiques sur certains points) m’ont bien confirmé un petit souci d’interprétation du texte (ou en tout cas un refus de le mettre en scène). En effet, cette adaptation prend certainement un peu trop le roman au tout premier degré, tel qu’on le ferait étudier à des collégiens de 3e dans le cadre d’une séquence sur l’autobiographie. Par ailleurs, le long-métrage n’a pas pour simple ambition d’être uniquement une adaptation du texte de Gary : il exploite aussi le côté « biopic ». Vous allez me dire, Barbier adapte une autobiographie donc c’est logique qu’il y ait cette dimension biopic dans le long-métrage, les frontières entre les termes étant parfois floues. Mais le film aurait pu très bien exister sans ce côté-là non plus parfois très appuyé (notamment la fin). Bref, on ne va donc pas tourner autour du pot : oui, La Promesse de l’aube est une adaptation très classique, peut-être même un peu trop scolaire (et qu’on diffuse volontiers durant les cours de français, oui on a TOUS connu ça). La voix-off ne nous aide pas non plus à nous détacher de cette vision très académique. Oui, j’aurais également aimé qu’on prenne plus en compte la dimension plus profonde et, à mon avis, plus intéressante du texte de Gary. La mise en scène d’Eric Barbier n’est pas très inventive, loin de là. Elle reste tout de même adaptée par rapport à ce qu’on attend de ce type de grande production (qu’on ne voit pas tout le temps en France). Bref, Barbier remplit le cahier des charges mais ne parvient pas à aller au-delà.

La Promesse de l'aube : Photo Charlotte Gainsbourg, Pawel Puchalski

Cela dit, on ne peut pas non plus cracher sur tout. Si ce long-métrage filmé platement se veut parfois un peu larmoyant, on sera en revanche plus séduit par les scènes davantage « humoristiques ». On remarque également de beaux décors, une chouette reconstitution historique, des scènes de guerre certes pas spectaculaires mais soignées ou encore une photographie bien choisie. Dans l’ensemble, nous pouvons également dire que le film remplit son contrat de film grand public : le romanesque, l’action, « l’émotion », le sujet fort (les relations fortes et compliquées de Gary qui ne vit qu’à partir des rêves de sa mère possessives), il y a sur le papier beaucoup de choses qui peuvent plaire et qui fonctionnent un minimum  à l’écran. Les 2h10 passent également relativement vite, l’histoire restant tout de même assez prenante. Côté interprétation, je suis assez partagée. Je vais commencer par le gros point positif de la distribution : Charlotte Gainsbourg. Tout simplement phénoménale. Une de ses plus belles interprétations de sa carrière (dommage que ce soit pour un film moyen). Je ne voyais pas spécialement Gainsbourg incarner ce personnage (et pourtant, j’aime globalement bien cette actrice). Mais finalement, ce rôle à contre-emploi de sa personnalité lui va à merveille ! L’amour maternel profond et sincère, la sévérité ou encore la théâtralité dans le bon sens du terme (certainement le seul indice possible à détecter concernant la mythomanie présente dans le texte d’origine) sont ce qui définissent le personnage de Nina Kacew. Son interprétation aurait pu être très grossière, notamment avec ce travail sur l’accent (au passage, épatant). Mais Gainsbourg livre une composition bien plus pertinente et apporte à cette oeuvre assez académique une réelle émotion. Pierre Niney est également remarquable dans le rôle de Romain Gary, presque une évidence. Le jeune acteur franco-polonais Pawel Puchalski (interprétant Romain Gary enfant) est également impressionnant pour son jeune âge. En revanche, Nemo Schiffman (Gary adolescent) m’a moins convaincue mais il faut dire aussi qu’on ne le voit pas non plus des masses (et c’est finalement un peu la même chose pour Finnegan Oldfield). Surtout, on se demande ce que foutent Didier Bourdon et Jean-Pierre Darroussin, pratiquement des erreurs de casting. La Promesse de l’aube est une adaptation un peu trop sage du chef-d’oeuvre de Romain Gary : un peu trop convenu et manquant un peu de personnalité, le travail de Barbier reste tout de même propre et agréable.

La Promesse de l'aube : Photo Pierre Niney

The Girlfriend Experience / Comment se faire larguer en dix leçons

The Girlfriend Experience

réalisé par Steven Soderbergh

avec Sasha Grey, Chris Santos, Philip Eytan…

Drame américain. 1h20. 2009.

sortie française : 8 juillet 2009

Movie Challenge 2017 : Un film qui a inspiré une série

Chelsea est call-girl de luxe à Manhattan. A ses clients, elle offre bien plus que de banales relations sexuelles : elle leur propose d’être pour eux la compagne d’un soir. C’est la « Girlfriend Experience »… Chelsea est convaincue de maîtriser sa vie. Son business marche bien, elle gagne 2000 dollars de l’heure et son petit ami accepte même sa manière de vivre. Mais quand on multiplie les rencontres, on ne sait jamais sur qui l’on va tomber…

Girlfriend Experience : Photo Sasha Grey

The Girlfriend Experience a bénéficié d’une sortie confidentielle. Pourtant, ce film a su attirer un petit public curieux. Surtout, une série anthologique s’est inspirée de ce long-métrage. J’ai toujours un peu d’appréhension avant de découvrir une oeuvre qui parle de sexe et de prostitution. Toujours peur qu’on tombe dans la pure vulgarité. Surtout avec la présence de Sasha Grey (ex-actrice porno) au casting. Petite précision qui pourra peut-être vous aider : j’ai regardé la version « alternative non censurée ». Ne vous fiez pas à ce titre « putaclic » : visiblement, il s’agit en fait d’un autre montage proposé par Soderbergh. Je ne sais pas à quel point ce montage est différent de la première version, mon avis se base donc sur cette deuxième version (même si je suis persuadée que mon appréciation ne serait pas si différente en regardant l’autre version). Je m’attendais à un film putassier : bonne nouvelle, il ne l’est pas. Soderbergh ne cherche pas à tomber dans le sensationnel. Son approche est pratiquement « documentaire » (notamment par les échanges entre Chelsea et le journaliste). Cela permet aux spectateurs d’entrer dans une autre partie de l’intimité de l’héroïne (intimité qui ne devient plus sexuelle mais psychologique). Le fait d’avoir choisi une actrice porno (Sasha Grey s’en sort finalement plutôt bien) est assez pertinent car nous pouvons également établir un lien entre l’industrie du porno et celui de la prostitution. Ainsi, le film est présenté à partir du point de vue de Chelsea. Aux yeux des spectateurs, elle n’est pas un objet sexuel mais bien une femme avec sa sensibilité, ses problèmes, ses peurs et ses doutes. On a envie de connaître la « vraie Chelsea ». De plus, Soderbergh ne montre jamais de scènes de sexe et ce n’est pas plus mal : le film évite de tomber dans le voyeurisme, ce qui aurait pu être contradictoire avec le propos sur lequel nous pouvons mieux nous concentrer. Ainsi, entre plusieurs entretiens avec ce journaliste, le film alterne les moments de vie privée de Chelsea avec son copain (ce dernier accepte son travail très tabou) et ses différents rendez-vous professionnels : elle ne doit pas seulement coucher avec ses clients, elle doit aussi faire comme si elle était leur petite amie (sortir avec eux au resto, les écouter se plaindre de leur boulot). La portée sociale du film est très appuyée, parfois même un peu trop : les différentes répliques tournant autour des problèmes économiques sont omniprésent même si on comprend bien le lien établi avec la probable situation économique de Chelsea. Au-delà de son propos parfois trop démonstratif, The Girlfriend Experience est surtout frustrant : ne dépassant à peine les 1h10, on ne peut pas s’empêcher de trouver le film inabouti alors qu’il a un énorme potentiel.

Girlfriend Experience : Photo Sasha Grey


Comment se faire larguer en dix leçons

réalisé par Donald Petrie

avec Kate Hudson, Matthew McConaughey, Adam Goldberg, Kathryn Hahn…

titre original : How to Lose a Guy in 10 Days

Comédie romantique américaine. 1h50. 2003.

sortie française : 11 juin 2003

Movie Challenge 2017 : Un film sorti l’année de mes 10 ans (2003)

Andie Anderson, une belle et talentueuse journaliste, est chargée par sa rédactrice en chef de livrer un compte-rendu personnel et documenté sur tout ce qui peut faire échouer une histoire d’amour. Andie dispose de dix jours pour faire la conquête d’un mâle, puis accumuler toutes les gaffes possibles qui le feront fuir dare-dare…
La journaliste jette alors son dévolu sur le fringant Benjamin Barry, un des publicitaires les plus en vue de l’agence Warren… sans se douter que celui-ci a fait le pari inverse : séduire Andie et la rendre, en dix jours, follement amoureuse de lui…

Comment se faire larguer en 10 leçons : Photo Kate Hudson, Matthew McConaughey

Avant d’obtenir un Oscar (pour Dallas Buyers Club) et de bâtir une filmographie plus intéressante, Matthew McConaughey ne jouait pas dans des chefs-d’oeuvre, loin de là. Il y a dix ans, n’oublions pas qui était notre cher Matthew : il était perçu comme un surfeur sans cerveau draguant tout ce qui bouge. Bref, pas étonnant qu’il ait fini dans la comédie romantique Comment se faire larguer en dix leçons (le titre faisant référence à l’article rédigé par le personnage féminin). A priori, le titre ne donne pas envie, la présence de Kate Hudson (actrice très moyenne à la filmographie très moyenne) n’aide pas non plus à s’intéresser à ce film qui a l’air de faire fuir. Cette comédie romantique a plutôt de mauvaises notes lorsqu’on fouille vite fait sur le Net. Pourtant, elle est plutôt plaisant et même parfois drôle. Je ne dis pas qu’elle a révolutionné son genre (et finalement peu de films parviennent réellement à renouveler le genre), loin de là. Mais elle n’est pas non plus épouvantable contrairement à ce qu’on pourrait croire. Soyons honnêtes, long-métrage déborde de clichés : les personnages sont tous beaux, gagnet visiblement bien leurs vies (elle est journaliste, il travaille dans la publicité), l’amie d’Andie est une niaise qui fait fuir les hommes etc… Mais justement, sans forcément dire que l’exécution est malicieuse (il s’agit d’une romcom très lambda), il me semble que ce film a parfaitement conscience que l’intrigue tourne autour de clichés justement. Si on ne s’extasie pas sur la mise en scène (en même temps, on n’en attendait pas tant), le scénario, pourtant prévisible, reste intéressant dans le sens où chaque personnage veut piéger l’autre. Si le film se situe dans une époque contemporaine, je n’ai pas pu m’empêcher à certaines comédies romantiques bien plus anciennes : je trouve qu’on retrouve cette vieille tradition qui donne un petit charme en plus. La première partie est à mon avis plus réussie par son aspect comédie rythmée que la seconde qui tombe plus dans la romance très attendue qui finit parfois par s’étirer. Si le final est prévisible avec un schéma ultra classique, il ne met pas non plus mal à l’aise, en s’étendant pas trop dans la mièvrerie. Le couple formé McConaughey et Kate Hudson fonctionne également bien. Il y a une réelle complicité entre ces deux acteurs qui sont sur la même longueur d’ondes (ils sont tous les deux beaux, grands, blonds et un poil superficiels). Bref, une romcom pas révolutionnaire mais qui sait remplir son rôle de chick film en connaissant visiblement ses limites.

Comment se faire larguer en 10 leçons : Photo Kate Hudson, Matthew McConaughey

Le Musée des Merveilles

réalisé par Todd Haynes

avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore, Jaden Michael, Michelle Williams, Tom Noonan, Amy Hargreaves, Cory Michael Smith…

Drame américain. 1h57. 2017.

titre original : Wonderstruck

sortie française : 15 novembre 2017

Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Le Musée des merveilles : Photo Julianne Moore

Présenté au dernier festival de Cannes en compétition, Le Musée des Merveilles, reparti les mains vides, semblait avoir réjoui (et même ému) les festivaliers. Adapté du roman illustré Wonderstruck de Brian Selznick (auteur de l’excellent L’Invention d’Hugo Cabret, très bien adapté par Scorsese), également scénariste ici, Le Musée des Merveilles n’est pas le grand film émouvant tant vendu. Todd Haynes (Velvet GoldmineCarol, I’m not there) nous a habitués à tellement mieux auparavant. Sa collaboration avec Selznick ne produit pas autant d’étincelles que prévu. Certes, l’ensemble n’est pas mauvais, certains points sont heureusement plutôt intéressants. Le film est un poil long (surtout par rapport à ce qu’il raconte) mais il n’est pas non plus pénible à suivre (même s’il aurait pu être plus passionnant). Il aurait pu être plus désagréable à regarder par rapport à son montage, permettant d’alterner entre deux époques différentes : d’un côté, l’histoire de Rose dans les années 1920 en noir et blanc (et présentée comme dans un film muet de l’époque), de l’autre celle de Ben dans les années 1970. Le film est esthétiquement intéressant, dans le sens où plusieurs niveaux d’esthétiques sont justement proposées par l’alternance des époques mais sans qu’il n’y ait réellement un manque de cohérence entre les deux. Il faut dire que le film bénéficie de belles reconstitutions historiques ainsi qu’une jolie photographie. Une des dernières scènes (avec l’histoire de la maquette) est également rempli de trouvailles visuelles. Il y a également des parallèles établis pertinents, comme par exemple la fin du cinéma muet qui représente comme la fin du propre monde de la petite Rose ou encore le rôle de Space Oddity (même si, concernant l’utilisation de cette chanson, on en a fait un chouïa des caisses selon moi) qui semble marquer la fin du monde de Ben. De plus, une bonne partie du film fonctionne également grâce à l’excellente musique de Carter Buwell. Elle exprime bien les émotions des personnages et accompagne les différents déroulements de l’intrigue. Elle s’intègre en réalité comme partie intégrante du scénario. Et justement, alors que ceci fonctionne une bonne partie du film, le réalisateur se concentre durant la deuxième partie du film un peu plus sur l’histoire de Ben. Les dialogues reprennent le dessus… et ce n’est pas forcément une très bonne idée dans le sens où cela casse une certaine dynamique à peu près plaisante mise en place.

Le Musée des merveilles : Photo Jaden Michael, Oakes Fegley

Globalement, le scénario n’exploite pas si bien que ça tout le potentiel même de cette rencontre entre deux mondes. Paradoxalement, j’ai autant trouvé ce film assez « simpliste » que faussement laborieux : pour moi, le scénario propose un cheminement avec des obstacles et diverses révélations… sauf qu’il n’y a pas vraiment de surprises, on comprend vite le lien entre les personnages assez rapidement. Le traitement sur le rôle et la place du fameux Musée des Merveilleux est assez faiblard dans le sens où on s’en fiche relativement de cette histoire qui connecte tous les personnages. Cette accumulation de défauts nous empêche d’être totalement embarqués et convaincus par cette histoire qui se veut poétique et émouvante mais qui ne l’est jamais réellement. La petite Millicent Simmonds (réellement sourde dans la vie), qui s’en tire par ailleurs plus que bien, interprète un personnage plutôt attachant. En revanche, je ne pourrais pas dire autant de bien concernant Ben et Jamie. Je ne remets pas en question les interprétations correctes d’Oakes Fegley et de Jaden Michael mais plutôt la caractérisation et les réactions parfois d’une stupidité sans nom (au point de me prendre un sérieux fou rire). Par exemple, Ben (gamin avec un air hargneux – ça n’a pas arrangé mes affaires) décide de passer un coup de fil la nuit (???) un jour d’orage ???) et en devient sourd : tu as presque envie de lui dire « ET BAH BRAVO MON GRAND ! ». Ou alors il dit des trucs tellement évidents du genre « Je suis affamé » juste après avoir entendu gargouiller son ventre à des kilomètres ou « J’ai envie de dormir » après avoir bruyamment bâillé. Pire, son ami Jamie est juste un gros psychopathe/stalkeur (il le connaît depuis 2 heures et ça y est, « tu veux être mon ami ?? » et se met à le suivre partout avec son appareil photo !) et ça ne choque personne visiblement ! Certes, peut-être que je m’arrête sur des détails mais je vous assure qu’ils ont perturbé mon visionnage ! Je suis finalement plus convaincue par le casting côté adultes (même si on voit trop peu la charismatique Michelle Williams), surtout par Julianne Moore qui assure totalement dans ce double-rôle, surtout dans le deuxième où elle apporte un peu d’émotion à ce film qui en manque. Hélas, malgré parfois quelques bonnes idées parfois bien exécutées, Le Musée des Merveilles n’émerveille pas comme prévu. Un Todd Haynes mineur dans sa fabuleuse carrière.

Le Musée des merveilles : Photo Millicent Simmonds

Epouse-moi mon pote

réalisé par Tarek Boudali

avec Tarek Boudali, Philippe Lacheau, Charlotte Gabris, Andy Rowski, David Marsais, Julien Arruti, Baya Belal, Philippe Duquesne, Zinedine Soualem, Ramzy Bedia…

Comédie française. 1h32. 2017.

sortie française : 25 octobre 2017

Yassine, jeune étudiant marocain vient à Paris faire ses études d’architecture avec un visa étudiant. Suite à un événement malencontreux, il rate son examen, perd son visa et se retrouve en France en situation irrégulière. Pour y remédier, il se marie avec son meilleur ami. Alors qu’il pense que tout est réglé, un inspecteur tenace se met sur leur dos pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un mariage blanc…

Epouse-moi mon pote : Photo Philippe Lacheau, Tarek Boudali

La comédie française actuelle fait peur pour différentes raisons. Souvent pas drôle (toujours un comble pour une comédie) et remplie de lourdeurs, elle véhicule en plus des idées plus que douteuses. Faisons le bilan de notre année difficile pour la comédie française : l’apologie du viol dans Gangsterdam, le sexisme dans Si j’étais un homme ou encore le racisme (surtout envers les Roms) dans A bras ouverts. Le sujet et la bande-annonce de Epouse-moi mon pote faisait vraiment craindre le pire : on mixe alors des sujets délicats, c’est-à-dire l’immigration, le blanc blanc et l’homosexualité. Même si j’avais plutôt apprécié les comédies de l’équipe de Philippe Lacheau et Tarek Boudali (Babysitting 1 et 2, Alibi.com), vu les critiques parfois très négatives que j’ai vues à son égard, j’avais préféré zapper Epouse-moi mon pote. J’ai continué pendant ce temps à éplucher les différentes critiques qui dénonçaient l’homophobie du film, j’ai également suivi les échanges parfois plus que houleux entre ceux qui ont haï le film et ceux qui ont eu un avis plus nuancé. Finalement, ma mère (oui, ça devient presque un running gag) a eu la riche idée d’aller le voir et évidemment elle avait besoin de quelqu’un pour l’accompagner. Bref, je m’étais un peu spoiler le film mais ce n’était pas totalement inintéressant d’avoir en tête les différents avis sur ce film. Je ne suis pas là pour dire qui a tort ou raison, je vais pas m’amuser à citer les critiques que j’ai trouvées pertinentes et celles dont je ne partage pas l’avis. Si je comprends la démarche des critiques qui ont été choquées, je me range étonnamment du côté des critiques un peu plus nuancées. Je n’aime pas nécessairement cet argument habituellement, mais cette fois-ci le premier mot qui m’est vraiment venu à l’esprit est « maladroit ». Sans vouloir dédouaner à tout prix le réalisateur (je vais quand même revenir sur les choses qui ne vont pas), je pense sincèrement que la démarche ne se voulait pas offensante (bon après ça n’excuse pas tout non plus : je suis certaine qu’il y avait aussi de bonnes intentions dans les films nazes que j’ai cités plus haut). J’ai perçu le scénario de la manière suivante : les deux personnages sont effectivement des homophobes, des ignorants sur la vie des homosexuels (qui vivent normalement). Lisa, la copine de Fred, tente par moments de raisonner ses amis, de leur faire comprendre qu’être gay ne signifie pas de se déguiser en Village People (pour reprendre à peu près de tête la réplique).

Epouse-moi mon pote : Photo

Il aurait certainement fallu encore plus insister sur cette remise en question qui peut paraître encore un peu faible, les personnages pourraient prendre encore plus conscience de leur homophobie (même si le discours de Yassine dans la boîte commence à aller dans ce sens – mais il ne va pas totalement au bout de la problématique). Le problème également, et c’est certainement pour cela qu’il y autant de polémiques – la plupart compréhensibles – c’est l’image générale des homosexuels. En dehors du couple de lesbiennes (rembarrant également le personnage principal par sa bêtise homophobe) assimilé à une apparence « normale », et même du couple final qui se comporte comme un couple lambda, tous les autres personnages homosexuels sont forcément tous clichés ou exubérants, voire même tous « pervertis ». Ca casse forcément toute la critique autour des personnages principaux qui sont homophobes. Mais je reste persuadée qu’il y a par-ci par-là des indices qui vont dans ce sens. Cela dit, très honnêtement (et c’est loin d’être la première fois que cela m’arrive durant une séance – j’en profite pour le signaler), la salle était à mon avis plus homophobe que ce film (oui ça reste inquiétant). Cela dit, en terme de comédie, Epouse-moi mon pote reste étonnamment encourageante. En fait, j’ai retrouvé les mêmes sentiments que j’avais eus face aux Babysitting et Alibi.com. Certes, il y a des choses qui ne vont pas : comme on l’a dit, il y a beaucoup de clichés, d’exagérations, des situations improbables (on a du mal à imaginer l’inspecteur de l’immigration se foutre dans autant de situations gênantes – même si certaines d’entre elles m’ont fait marrer), c’est certain. Mais je reste toujours « étonnée » par la fraîcheur des films de l’équipe Lacheau / Boudali. Surtout, ce qui me frappe et ce qui peut expliquer aussi mon avis un peu plus nuancé, c’est de voir qu’il y a une mécanique qui fonctionne toujours aussi bien de leur part : les gags rebondissent bien par rapport à d’autres qu’on a vu précédemment, un élément qui peut paraître anodin va également servir plus tard dans le récit etc… Et oui, du coup, malgré de réels problèmes qui ne peuvent être mis de côté, le film a parfois réussi à me faire rire. De plus, sur le thème de l’immigration, je trouve qu’on ne s’en sort pas si mal que ça (je dis pas non plus que c’est super profond ou quoi que ce soit, hein, ne vous faites pas des films sur mes propos). Servi par une distribution très convaincante (petite mention spéciale à Charlotte Gabris), Epouse-moi mon pote souffre hélas de quelques maladresses impossibles à ignorer mais il ne s’agit pas pour moi de la grande catastrophe annoncée. 

Epouse-moi mon pote : Photo Charlotte Gabris, Philippe Lacheau

CoeXister

réalisé par Fabrice Eboué

avec Fabrice Eboué, Ramzy Bedia, Jonathan Cohen, Guillaume de Tonquédec, Audrey Lamy, Mathilde Seigner, Amelle Chahbi…

Comédie française. 1h30. 2017.

sortie française : 11 octobre 2017

Sous la pression de sa patronne, un producteur de musique à la dérive décide de monter un groupe constitué d’un rabbin, un curé et un imam afin de leur faire chanter le vivre-ensemble. Mais les religieux qu’il recrute sont loin d’être des saints…

Coexister : Photo Guillaume De Tonquédec, Jonathan Cohen, Ramzy Bedia

Après Case Départ et Le Crocodile du Botswanga (deux jolis petits succès dans l’Hexagone – que je n’ai pas encore vus au passage), CoExister est le troisième long-métrage de l’humoriste et acteur Fabrice Eboué. Plus précisément, il marque même sa première réalisation en solo, les deux premiers ayant été co-réalisés par Lionel Steketee (qui, visiblement, se perd dans le DC Universe française : Les Nouvelles Aventures de Cendrillon et trèèès bientôt Alad’2, youpi la joie). Eboué explique que l’idée de son nouveau long-métrage est née à partir du succès du groupe musical Les Prêtres (jusque-là ça se voit). Ce qui a surtout intrigué l’acteur-réalisateur est l’histoire de l’un des membres du groupe : parmi eux, le séminariste a quitté sa vie d’homme d’église à la fin de la tournée. Eboué a donc remplacé cette histoire incroyable de trois prêtres par les trois représentants des principales religions monothéistes. Dans le lot, nous avons un faux-imam (rôle spécialement écrit pour Ramzy dont on sent sans cesse une folle affection pour lui de la part du réalisateur), une sorte de clin d’oeil à Rabbi Jacob de Gérard Oury. On aurait pu craindre le pire surtout vu l’état de la comédie française actuellement, n’hésitant pas à utiliser des clichés sur les religions, on aurait même pu tomber dans le racisme. Certes, CoExister n’est pas un chef-d’oeuvre dans son genre (en même temps, il s’agit d’un film sans prétention) : c’est un film certainement plutôt oubliable. Mais il a le mérite d’être plutôt drôle et bienveillant. A l’image du personnage qu’il incarne (un producteur de musique neutre concernant une éventuelle confession religieuse), Eboué ne prend pas parti pour aucun personnage ni concrètement aucune religion. Il sait rire des travers de chaque représentant de ces religions avec leurs bons et leurs mauvais côtés, en rappelant qu’ils ont beau être des hommes de Dieu, ils sont avant tout des hommes. D’ailleurs, une certaine prise de distance est présente dans les descriptions des personnages « religieux » : comme on l’a dit, l’imam est un imposteur alcoolique (Ramzy ultra sympathique et charismatique), le rabbin (Jonathan Cohen, excellent dans ce rôle survolté) n’exerce plus depuis une circoncision ratée qui l’a traumatisé et l’a plongé dans une sorte de dépression et le prêtre (Guillaume de Tonquédec, un choix évident) va être confronté à la tentation. Il n’y a donc pas de quoi s’offusquer devant CoExister dont on peut relever deux principaux axes.

Coexister : Photo Ramzy Bedia

Tout d’abord, on relève une critique contre l’industrie musicale prête à tout pour amasser du pognon quitte à s’attaquer aux figures religieuses qu’on croyait justement inattaquables et incompatibles avec ce type d’activités. Certes, Eboué s’est amusé avec un certain décalage : justement, malgré le succès des Prêtres, on a du mal à imaginer une compatibilité entre la foi et le mode de fou de ces hommes et une sorte de vie de popstars. Mais finalement, pour en arriver à notre deuxième point, le discours est plus universel : au fond, même si on a beaucoup parlé de religion, il ne s’agit pas d’un film sur la religion qu’on pratique, celle qu’on représente ou tout simplement qui anime notre foi. C’est un film sur la cohésion de plusieurs individus pour une même cause. Si l’industrie musicale est déviante, la musique que le groupe chante, en délivrant des messages de paix et de tolérance, fait du bien au public. Parlons justement de musique. Le film n’a pas de prétention à être une oeuvre musicale, on regrettera peut-être de ne pas voir suffisamment de prestations musicales. Cela est un peu frustrant car la chanson principale (également intitulée « CoExister ») rentre vite dans le crâne (et cela est une bonne chose dans le sens où on doit croire au succès fou de ce groupe atypique) ou encore, la reprise de Savoir Aimer de Florent Pagny sous forme de clip est très drôle dans le sens où on reconnaît tous les tics habituels de ces vidéos en question. Je suis également un peu plus mitigée concernant les rôles féminins, pas bien mis en avant (et je ne dis pas ça par militantisme ou quoi que ce soit). Sabrina, l’assistante du producteur, incarnée par la pétillante et hilarante Audrey Lamy. Je comprends l’envie de confronter les figures religieuses à cette jeune femme très libérées sexuellement : là encore, il y a certainement matière pour rire de ce décalage. Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver cet aspect du scénario un peu lourd par moments. Je ne suis pas nécessairement fan de Mathilde Seigner (même si je ne comprends pas non plus le bashing autour d’elle) mai je l’ai trouvée très convaincante dans le rôle de cette patronne tyrannique. C’est vraiment dommage de ne pas avoir exploiter du tout ce personnage qui avait selon moi largement sa place dans l’histoire. Je ne parle pas non plus d’Amelle Chabhi (compagne d’Eboué – j’aime les potins) dont le personnage ne sert strictement à rien. Enfin, pour émettre une dernière remarque, selon moi délire aurait pu certainement aller encore plus loin, le scénario étant peut-être un poil trop classique (il n’y a concrètement pas de grosses surprises narratives). Dans l’ensemble, CoExister est une jolie comédie portant des valeurs bienveillantes alors que le sujet restait casse-gueule. 

Coexister : Photo Audrey Lamy, Fabrice Eboué, Guillaume De Tonquédec, Jonathan Cohen, Ramzy Bedia