The Circle

réalisé par James Ponsoldt

avec Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega, Karen Gillan, Ellar Coltrane, Patton Oswalt, Bill Paxton, Glenne Headly…

Thriller, science-fiction, drame américain, émirati. 1h50. 2017.

sortie française : 12 juillet 2017

Les Etats-Unis, dans un futur proche. Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant au monde. Pour elle, c’est une opportunité en or ! Tandis qu’elle prend de plus en plus de responsabilités, le fondateur de l’entreprise, Eamon Bailey, l’encourage à participer à une expérience révolutionnaire qui bouscule les limites de la vie privée, de l’éthique et des libertés individuelles. Désormais, les choix que fait Mae dans le cadre de cette expérience impactent l’avenir de ses amis, de ses proches et de l’humanité tout entière…

The Circle : Photo Emma Watson

Depuis quelques années, les romans dystopiques passent pratiquement tous par la case « adaptation cinématographiques ». Celui de Dave Eggers (pour la petite anecdote, il est également le co-scénariste de Away We Go, réalisé par Sam Mendes), Le Cercle. Je suis allée voir ce film complètement par hasard, je n’avais pas spécialement prévu de le découvrir, j’ai juste accompagné quelqu’un. Je savais à peine de quoi ça parlait : j’avais juste constaté sur les réseaux sociaux un accueil assez mitigé. Peut-être parce que je ne m’attendais à rien que j’ai finalement bien apprécié The Circle. Certes, il s’agit d’un film imparfait et certainement rapidement oubliable. Parmi les défauts les plus notables, le début est un peu long à se mettre en place. On pourra également toujours clamer son manque d’originalité : n’a-t-on pas déjà vu mille fois ces films reprenant le même schéma que 1984 de George Orwell ? Je n’ai jamais regardé Black Mirror mais les fans de la série semblent avoir fait des rapprochements entre les deux oeuvres. Bref, effectivement, nous n’apprendrons rien de bien nouveau dans The Circle : oui, la technologie à outrance bouffe nos vies privées qui ne sont de toute façon plus privées et ces données en question permettront aux hautes instances de manipuler le peuple. Cela dit, même si le sujet n’a donc rien de révolutionnaire, j’ai tout de même été prise dans l’histoire. On ne peut pas s’empêcher de se dire que le film n’est pas si futuriste que ça. Comment ne pas penser aux youtubeurs quand Mae se filme H24 et partage absolument toute sa vie (pas toujours intéressante) ? Comment ne pas y voir un énorme clin d’oeil à Steve Jobs qui faisait ses shows lorsqu’il présentait un nouveau produit ? Google et Facebook sont aussi clairement évoqués. Beaucoup de spectateurs verront les références (placées sans aucune subtilité) : le film a le mérite d’être accessible mais sans tomber dans le film pour adolescents (parce que je m’attendais à ça vu la vague de young adult adaptées). La mise en scène n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout à fait efficace. Le résultat m’a encore plus étonnée en sachant que c’était James Ponsoldt derrière la caméra. Evidemment, je préférais quand il signait des films indépendants personnels et subtils comme par exemple The Spectacular Now (avec Miles Teller et Shailene Woodley) ou encore Smashed (avec Mary Elizabeth Winstead et Aaron Paul). Evidemment que cette réalisation pour The Circle est moins personnelle, on sent beaucoup moins sa patte. Cela dit, pour une grosse machine, il ne s’en sort pas si mal que ça.

The Circle : Photo Tom Hanks

Cela dit, son accessibilité joue à The Circle certains tours : l’ensemble manque alors de subtilité, les explications peuvent sembler grossières. Par contre, contrairement à ce que reprochent certaines critiques, le personnage de Mae est intéressant (j’aime jouer les avocates du diable). Il ne s’agit que d’un ressenti personnel en sachant que je n’ai pas lu le roman donc je ne connais pas les intentions d’origine de l’auteur. Je suis persuadée que des spectateurs s’attendaient à un personnage dans la même veine qu’une Katniss. Attention spoilers : Or, Mae m’a paru complexe et surtout son traitement n’a rien de manichéen. Mae est une jeune femme intelligente mais qui, malgré l’amour que ses parents lui portent et deux amis importants, se sent assez seule. Elle a un cerveau, elle voit bien que certaines choses clochent dans l’entreprise, on la prévient même de ce qui se passe en privé et se rend bien compte que la situation est anormale. Mae est autant un personnage manipulée / manipulable qu’un personnage qui manipule elle-même les autres pour son propre intérêt (ne plus être seule et savourer le pouvoir via la technologie). Elle atterrit dans cette entreprise et monte les échelons par hasard mais finit par prendre le dessus et profiter de la situation pour son propre intérêt. Elle contribue complètement au système qui pourtant lui fait du mal. Je ne suis donc pas d’accord (mais il ne s’agit vraiment que de mon ressenti) concernant la fin qui m’a paru logique. Et je trouve que le traitement de Mae rend le film certes imparfait un peu plus intéressant que prévu. J’aime beaucoup Watson en tant que jeune femme (je ne m’en cache pas) mais en tant qu’actrice je ne suis pas toujours convaincue par ses prestations mais là je trouve qu’elle s’en sort bien surtout que son rôle n’est pas si simple contrairement à ce qu’on pourrait croire. Tom Hanks est également très convaincant dans le rôle de ce PDG star a priori cool et même généreux en public (en même temps, je n’ai jamais vu Hanks mal jouer). Cela dit, il est regrettable que son personnage ne soit pas plus développé tout comme celui tenu par John Boyega (je ne pensais pas qu’il serait autant absent). Dans les seconds rôles, Ellar Coltrane (et oui, il s’agit du gamin de Boyhood de Richard Linklater) et Karen Gillan s’en sortent également pas trop mal. The Circle n’a donc rien de révolutionnaire (et je ne crois pas qu’il avait cette prétention), il a ses défauts, il ne nous apprendra également rien sur son sujet mais reste tout à fait correct et crédible par rapport à ce qu’on attend éventuellement de ce type de production.

The Circle : Photo

L’Attaque des Donuts Tueurs / Alibi.com

réalisé par Scott Wheeler

avec Justin Ray, Kayla Compton, Michael Swan…

titre original : Attack of the Killer Donuts

sortie française (VOD) : 9 avril 2017

Un incident scientifique transforme d’innocents Donuts en tueurs assoiffés de sang. Le sort de leur paisible petite ville dépend à présent de Johnny, Michelle et Howard.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo Justin Ray, Kayla Compton

Il est toujours difficile de « noter » un nanar : peut-on les mettre au même niveau que des films « normaux » et traditionnels ? Peut-on moralement attribuer une meilleure note à des nanars qu’à des films qui devraient être bons sur le papier ? Il faut donc prendre ma note avec certaines pincettes, en se mettant en tête que ce genre de films reste à part. Je ne connais pas nécessairement tous les nanars possibles mais je sais faire la différence entre le nanar volontaire et assumé (le délirant Zombeavers) et l’involontaire (le magique The Room de Tommy Wiseau). L’Attaque des Donuts Tueurs entre dans la première catégorie : le spectateur sait parfaitement à quoi s’attendre (rien que le titre est un bon indicateur ou alors le spectateur en question est juste à côté de la plaque). Oui, on sait très bien que le scénario ne va pas voler très haut, les effets spéciaux vont être cheap, les personnages auront des réactions débiles et ça ne va même pas faire peur. Les choix exagérés, décalés ou même carrément stupides sont donc totalement assumés par le réalisateur. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le film a été présenté au festival de l’Alpe d’Huez : il s’agit avant tout d’une comédie potache parodiant grossièrement le cinéma d’horreur. On retrouve alors volontairement beaucoup de clichés ou images : la blonde aux gros seins bête et méchante, les trois mecs pseudo rappeurs également stupides, le patron à moumoute (ai-je encore besoin de préciser que cet homme est également complètement con ?), le scientifique qui fait n’importe quoi ou le méchant concurrent de la boutique de luxe de donuts, vegan, bio et compagnie. Evidemment le long-métrage n’est pas toujours à une contradiction près et a certainement des défauts qui ne sont pas toujours volontaires ou liés au grand délire général (et il faut avouer que c’est parfois difficile de distinguer le bon et le mauvais à cause de son statut de nanar assumé). En effet, certains dialogues semblent interminables, les acteurs surjouent ou encore les donuts sont déjà garnis, colorés et décorés en sortant directement de la friteuse (et je ne commente évidemment les effets spéciaux, ça va de soi qu’ils sont pourris) ! Comme dans Zombeavers, L’attaque des tueurs donuts est un bon plaisir coupable, qui assume sa crétinerie et qui est drôle dans son genre même si son humour ne plaira certainement pas à tout le monde. J’ai même envie de dire qu’il est étonnamment créatif en dépit de son manque de moyens. Mais justement, dans un sens, j’aurais voulu que ce délire aille encore plus loin, que le réalisateur exploite encore plus le potentiel que ce film.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo


réalisé par Philippe Lacheau

avec Philippe Lacheau, Elodie Fontan, Julien Arruti, Tarek Boudali, Nathalie Baye, Didier Bourdon, Medi Sadoun, Vincent Desagnat, Nawell Madani, Philippe Duquesne, Alice Dufour, JoeyStarr, Kad Merad, Norman Thavaud, Chantal Ladesou, Michèle Laroque, Laouni Mouhid…

Comédie française. 1h30. 2017.

sortie française : 15 février 2017

Greg a fondé une entreprise nommée Alibi.com qui crée tout type d’alibi. Avec Augustin son associé, et Medhi son nouvel employé, ils élaborent des stratagèmes et mises en scène imparables pour couvrir leurs clients. Mais la rencontre de Flo, une jolie blonde qui déteste les hommes qui mentent, va compliquer la vie de Greg, qui commence par lui cacher la vraie nature de son activité. Lors de la présentation aux parents, Greg comprend que Gérard, le père de Flo, est aussi un de leurs clients…

Alibi.com : Photo Julien Arruti, Philippe Lacheau, Tarek Boudali

Si je ne suis pas une grande adepte de nos comédies françaises actuelles, sans crier au génie révolutionnaire, j’adhère plutôt aux films de (et avec) Philippe Lacheau (qui se retrouve cette fois-ci seul derrière la caméra sans son compère Nicolas Benamou). Alibi.com est finalement dans la même veine que Babysitting 1 et 2. Si vous n’avez pas aimé le diptyque à succès (peut-être un jour une trilogie ?), je serais étonnée que vous puissiez aimer ce Alibi.com. Lacheau est toujours très inspiré par la comédie américaine actuelle, c’est-à-dire un peu « trash » tout comme il n’hésite pas à rendre hommage au cinéma des années 80 (le personnage principal voue clairement un culte à cette période, en particulier à Street Fighter). A travers ces inspirations en question, on sent une envie de la part de Lacheau d’apporter du sang neuf à la comédie française, d’être moins ringarde. Bon, je n’irai pas à dire que la comédie française va mieux grâce à l’ex-membre de la Bande à Fifi, il ne faut pas déconner non plus. Alibi.com a le mérite d’être une comédie fraîche et sans prétention, plutôt bien interprétée, la jeune génération s’en sort étonnamment plus que les acteurs davantage confirmés (Baye et Bourdon peinent parfois même s’ils ne sont pas catastrophiques, loin de là) : Elodie Fontan manque parfois de justesse mais sa fraîcheur et son honnêteté d’interprétation me séduisent à chaque fois, Lacheau plutôt crédible en sorte de geek et gars toujours fourré dans des situations improbable, Nawell Madani est la bonne surprise du casting en chanteuse bimbo (oui je kiffe son entêtant Marre des michtos ), Julien Arruti et Tarek Boudali (également anciens membres de la Bande à Fifi)  sont également plutôt drôles. A noter au début quelques guests sympathiques (presque dommage qu’on n’ait pas plus exploités certains d’entre eux). Bref, ce n’est déjà pas si mal (je n’en demandais pas plus – peut-être que je dit ça parce que je suis vraiment blasée par l’état de la comédie française actuelle). L’histoire est plutôt séduisante, une sorte de vaudeville moderne bien rythmée et jamais ennuyeuse, même si son potentiel comique n’est pas assez exploité. Je suis toujours partagée sur l’utilisation d’un humour gras et parfois en dessous de la ceinture : il y a des fois où ça m’a fait marrer, et d’autres non (le gag avec le caniche est de mauvais goût par exemple). Bref, faire de l’humour à la Apatow, pourquoi pas (c’est visiblement la nouvelle lubie en France) mais il faut encore savoir le maîtriser, ce qui n’est pas totalement le cas.

Alibi.com : Photo Élodie Fontan, Nathalie Baye, Philippe Lacheau

The Edge of Seventeen

réalisé par Kelly Fremont Craig

avec Hailee Steinfeld, Haley Lu Richardson, Blake Jenner, Woody Harrelson, Kyra Sedgwick, Alexander Calvert, Hayden Szeto…

Comédie dramatique américaine. 1h48. 2016.

sortie française (VOD) : 16 mars 2017

Nadine et Krista découvrent le monde merveilleux du lycée. Mais leur belle amitié est mise à mal lorsque la première apprend que la seconde sort avec son grand frère…

The Edge of Seventeen : Photo

The Edge of Seventeen fait partie de cette longue liste de films qui ne trouve pas leur place dans les salles de cinéma françaises. Et comme souvent, même quand je n’aime pas nécessairement les films qui passent par cette case, je trouve cela regrettable que ce premier long-métrage ne soit pas distribué dans les salles obscures alors que ces dernières projettent de nombreuses daubes. De plus, ce film en question est co-produit par James L. Brooks, le réalisateur des formidables Pour le pire et le meilleur et Tendres Passions. En revanche, si je trouve cela regrettable que ce film n’ait pas connu de sortie dans les salles, ce n’est pas pour autant que je l’ai réellement apprécié. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, ni même d’une déception (je n’en attendais rien même si j’avais eu vent de quelques bonnes critiques m’invitant à le découvrir). L’ensemble se laisse évidemment regarder dans le sens où l’histoire se laisse volontiers suivre, le ton en lui-même est léger comme dans n’importe quel teen-movie qu’on pourrait regarder, le tout est également bien rythmé, c’est même parfois drôle (parfois). Mais qu’est-ce qui cloche alors ? Le personnage principal. Nadine est incarnée par la toujours pétillante Hailee Steinfeld, nommée aux Golden Globes dans la catégorie « meilleure actrice dans une comédie » pour son interprétation. Le problème ne vient pas de sa performance : elle joue bien le rôle qu’on lui a attribué. Le reste de la distribution est par ailleurs très bien, que ce soit parmi les jeunes acteurs (Haley Lu Richardson et Blake Jenner, choupis en jeune couple lisse, ou encore Hayden Szeto en ado sensible et maladroit) ou les plus confirmés (Woody Harrelson, parfait en prof cynique balançant quelques bonnes punchlines, Kyra Sedgwick touchante en mère dépassée). Mais le personnage de Nadine est vraiment insupportable. Certes, j’imagine que cette personnalité en question a du sens : il n’y a qu’à voir une des conclusions du film, c’est-à-dire lorsque Nadine se rend compte qu’elle se plaint beaucoup et surtout lorsque cette dernière constate que les autres autour d’elle peuvent souffrir sans forcément jacasser toute la sainte-journée. Mais cette jeune fille qui se plaint tout le temps pour tout et n’importe quoi n’est pas du tout attachante. J’adore pourtant les personnages cyniques, hors de la norme, mais avec Nadine, le contact ne passe pas. J’ai parfaitement conscience que je vais dire un truc méchant : Nadine n’a pas d’amis (en dehors de sa meilleure amie Krista et d’Erwin le gars de sa classe qui veut la pécho) et on comprend qu’elle n’en ait pas. L’égoïsme de ce personnage semble vaguement se justifier par son passé familial, c’est-à-dire le décès brutal de son père.

The Edge of Seventeen : Photo Blake Jenner, Haley Lu Richardson

Cette information a quelque chose de superficiel comme si cela devait justifier ses réactions complètement stupides et sa tendance à absolument tout dramatiser. Après, encore une fois, on peut accepter que cette rébellion sans cause, prouvant l’immaturité de l’adolescente, fasse partie du postulat de départ (il n’y a qu’à voir le décalage avec la scène d’intro qui présente Nadine comme une suicidaire et plus tard la réalité des faits qui conduit notre héroïne à prononcer des paroles aussi graves) mais il aurait vraiment fallu rendre la jeune fille plus attachante et ayant plus de consistance. Dans différents synopsis que j’ai pu lire, Nadine est présentée comme une jeune dépressive mais en regardant le film, je n’ai pas plus ressenti cette dépression, juste de la bêtise et de l’exaspération. En fait, je me suis sentie comme une adulte réac’, ne parvenant pas à prendre réellement au sérieux la possible souffrance de cette adolescente. Je ne dis pas que le film est nécessairement mal écrit mais il y a selon moi des choses plus que maladroites dans la construction de ce personnage. Cela n’a jamais été impossible d’exposer des personnages imparfaits et même pénibles tout en les rendant attachants. Or, Kelly Fremont Craig (également scénariste) ne parvient pas à relever ce défi ce qui plombe vraiment son film. Pour ne rien arranger, depuis un certain temps (c’était déjà mon type de ressenti devant l’acclamé Monde de Charlie de Stephen Chbosky), je commence à me lasser des teen-movies filmés à la mode des années 1980 ou rappelant sans cesse cette période. Peut-être que je me focalise sur ce point parce que je n’ai pas plus accroché que ça à ce film (après tout, récemment, dans la série 13 Reasons Why, je valorisais ce point en question) mais je commence à trouver cette utilisation too much. Alors on pourra me dire par a+b que je suis une grosse gourdasse parce qu’il y a voyons des chansons récentes dans la bande-originale (vous avez remarqué vous aussi que la reconstitution des années 80 passe souvent par les choix musicaux). La gourdasse en question vous répond qu’elle croyait que le film se passait dans les années 80 (et pas qu’à cause de la musique – les décors et le look de l’héroïne à tous les âges m’ont déroutée) pendant un bon moment jusqu’à ce qu’elle réalise qu’il se déroule de nos jours. Bref, j’ai trouvé l’ensemble sympathique, pas forcément mal fait mais rien de bien exceptionnel non plus, de plus profond ou de différent de ce qu’on a pu voir auparavant dans la même veine, n’échappant pas non plus à certains clichés.

The Edge of Seventeen : Photo Hailee Steinfeld, Hayden Szeto

Faut pas lui dire / The Boyfriend

FAUT PAS LUI DIRE

réalisé par Solange Cicurel

avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour, Tania Garbaski, Brigitte Fossey, Arié Elmaleh, Fabrizio Rongione, Benjamin Bellecour, Laurent Capelluto, Stéphane Debac,  Charlie Dupont…

Comédie française, belge. 1h36. 2017.

sortie française : 4 janvier 2017

Laura, Eve, Anouch et Yaël sont quatre cousines, très différentes et très attachantes, qui ont un point commun : elles mentent, mais toujours par amour ! Quand les trois premières découvrent quelques semaines avant le mariage de leur petite cousine que son fiancé parfait la trompe, elles votent à l’unisson « Faut pas lui dire » !

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Tania Garbarski

Faut pas lui dire est le premier long-métrage de Solange Cicurel, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles spécialisée dans le droit des étrangers. Elle avait signé auparavant un court-métrage intitulé Einstein était un Réfugié. Pour ce film, la réalisatrice s’est donc inspirée de son ancien métier pour son intrigue : en effet, le personnage incarné par la chanteuse Jenifer est une avocate redoutable spécialisée dans les divorces. Plus généralement le film tourne autour de mensonges et de secrets. La réalisatrice est donc partie du principe (en reprenant donc ses propos) qu’un mensonge n’était pas quelque chose de malfaisant à l’origine, qu’on mentait majoritairement pour protéger les gens qu’on aime. Bref, rien de bien révolutionnaire à l’horizon, certains ont même dit que ça ressemblait à Comme t’y es belle (toujours pas vu, ouais je suis encore à la ramasse). Effectivement, des films et des séries avec une bande de quatre femmes ayant des problèmes qu’avec les mecs (par contre, pas de soucis financiers : elles sont forcément avocates ou toubibs et on se demande même quand elles bossent par moments !), on en trouve à la pelle ! Bref, ça ne respire pas l’originalité, la mise en scène n’est pas dingue, le scénario non plus d’ailleurs (mais le travail n’est pas non plus mauvais), mais honnêtement en tant que petit divertissement ce film passe tout à fait : dans son genre, j’ai en tout cas vu bien pire et je ne me suis pas ennuyée, c’est déjà pas si mal. Je m’attendais à un résultat bien plus dégueulasse. L’ensemble reste plutôt bien rythmé, les personnages plutôt sympathiques et attachants. Le film a le mérite d’être nuancé avec les personnages en question : chacun fait ses erreurs et a ses torts, que ce soit les femmes ou les hommes. Evidemment, il n’y a pas de grandes surprises narratives mais la fin m’a tout de même plu. J’attendais évidemment au tournant la chanteuse Jenifer, ici dans un vrai premier rôle au cinéma (elle avait déjà fait son incursion mais dans des rôles plus secondaires) et qui est la réelle « star » de ce film (même s’il y a de bons acteurs et des confirmés dans la distribution). J’ai essayé d’être la plus honnête possible en ne prenant pas en compte mon avis sur la chanteuse (qui m’insupporte). En réalité, je suis partagée sur son interprétation : il y a des scènes où elle est étonnamment à l’aise (notamment dans une scène de procès plutôt drôle – même si je ne sais pas si la scène en question est crédible) et d’autres où elle est complètement à côté de la plaque. Cette irrégularité dans son jeu m’a parfois dérangée. En revanche, le reste du casting (franco-belge à l’image de la production) assure plutôt bien.

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Stéphanie Crayencour, Tania Garbarski


THE BOYFRIEND – POURQUOI LUI ?

réalisé par John Hamburg

avec Bryan Cranston, James Franco, Megan Mullaly, Zoey Deutch, Keegan-Michael Key, Cedric The Entertainer, Griffin Gluck, Adam Devine, Andrew Rannells, Kaley Cuoco…

titre original : Why Him ?

sortie française : 25 janvier 2017

Un père de famille emmène sa famille visiter sa fille à Noël et se retrouve en compétition avec le petit-ami de celle-ci, un jeune devenu milliardaire grâce à internet.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo James Franco, Zoey Deutch

The Boyfriend – Pourquoi lui ? (et oui, nous avons encore traduit un titre anglais par une sorte de titre anglais, quelle intelligence !) fait partie de cette vague de comédies américaines actuelles qui a du mal à se renouveler : des films à l’humour en dessous de la ceinture. La présence de la caricature de l’artiste arty et paradoxal James Franco devant la caméra (il m’agace mais je le trouve tout de même talentueux : ma contradiction m’achèvera un de ces quatre) ou encore voir au générique « sur une idée de Jonah Hill » ne me rassuraient pas des masses. On ne va pas se mentir : The Boyfriend est une comédie lourde. Les blagues sont assez potaches, ça tourne pas mal autour de la bite, du caca et tout ça (la scène d’ouverture donne la couleur !). Certaines m’ont fait rire, d’autres moins. Bref, j’ai connu bien pire et bien mieux : ça se laisse regarder même si ça ne casse pas des briques. Après si on n’est vraiment pas fan de cet humour assez grossier (ce que je peux comprendre, il y a des fois où ça peut déranger très fortement : là ça allait en l’occurence), on ne va pas se mentir : vous allez détester de A à Z. De toute façon, les scénaristes assument totalement cet humour vulgaire. Le duo formé par James Franco (parfait en gars très cool et paradoxalement d’un angélisme déconcertant) et Bryan Cranston (toujours très bien dans le rôle du père protecteur coincé) fonctionne très bien – on va dire que le film est principalement sauvé par la complicité et l’énergie de ces deux derniers. Megan Mullaly, qui faisait déjà des merveilles dans quelques épisodes de Parks & Recreation, est également très drôle dans le rôle classique de la mère coincée qui finit par se lâcher. En revanche, je suis un peu moins convaincue par la jeune Zoey Deutch, qui manque de charisme. Le scénario n’est évidemment pas fou mais l’ensemble se laisse regarder volontiers et c’est plutôt rythmé (le film durant deux bonnes heures, cela étant nécessaire). L’apparition de certains membres du groupe Kiss est également amusante. En tout cas, je ne me suis pas ennuyée et je n’en attendais pas plus : je savais où je mettais les pieds. Cela dit, juste une chose me « dérange » tout de même dans The Boyfriend (même s’il ne s’agit pas du seul film concerné par ce problème – mais là ça m’a fortement frappée) : ce film est une énorme glorification du capitalisme (ne croyez pas non plus que je suis en rouge à manifester pour le moindre truc mais voir que le pognon était roi à ce point m’a bien gênée) même s’il critique paradoxalement les hipsters et les nouveaux riches.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo Bryan Cranston, Griffin Gluck, James Franco, Megan Mullally, Zoey Deutch

Le Procès du Siècle

réalisé par Mick Jackson

avec Rachel Weisz, Timothy Spall, Tom Wilkinson, Andrew Scott, Mark Gatiss, Alex Jennings, Caren Pistorius, Harriet Walter, Jack Lowden…

titre original : Denial

Drame judiciaire, biopic américain, britannique. 1h50. 2016.

sortie française : 26 avril 2017

Deborah Lipstadt, historienne et auteure reconnue, défend farouchement  la mémoire de l’Holocauste.

Elle se voit confrontée à un universitaire extrémiste, avocat de thèses controversées sur le régime nazi, David Irving, qui la met au défi de prouver l’existence de la Shoah.

Sûr de son fait, Irving assigne en justice Lipstadt, qui se retrouve dans la situation aberrante de devoir prouver l’existence des chambres à gaz. Comment, en restant dans les limites du droit, faire face à un négationniste prêt à toutes les bassesses pour obtenir gain de cause, et l’empêcher de profiter de cette tribune pour propager ses théories nauséabondes ?

Le Procès du siècle : Photo Rachel Weisz

J’ai cru que je n’allais pas pouvoir découvrir Le Procès du Siècle dans les salles. Il est sorti chez moi très vite une seule petite semaine très récemment et je n’ai pas l’impression qu’il ait marché dans le reste du pays. Je ne m’attendais pas à un grand film qui a selon moi ses défauts. Mais il mérite tout de même d’être vu et même d’exister. Ce long-métrage est tiré du récit vrai de l’historienne Deborah Lipstadt (professeur en études juives qui a beaucoup travaillé sur la question du négationnisme) qui a raconté son combat dans Denial : Holocaust History on Trial. Elle retrace le procès en diffamation que lui a intenté l’essayiste négationniste David Irving (qui se prend vaguement pour un historien). Cette histoire s’est déroulée de 1994 (date où Lipstadt traite Irving de propagandiste négationniste et pro-nazi) : ce dernier porte plainte contre elle et l’éditeur britannique Penguin Books pour diffamation en 1996) jusqu’en 2000 (date du verdict du procès). Cela paraît hallucinant d’avoir dû dans les 1990 prouver l’existence de la Shoah, on se demande comment on peut en arriver là. Ce film est important même s’il vaut ce qu’il vaut (enfin selon moi car je suis sûre qu’il y a aussi des gens qui ont réellement aimé le résultat) : nous sommes actuellement dans une époque où on voit du complot absolument partout. Certes, Internet n’était pas présent dans nos vies (comme ça l’est maintenant). Cette affaire pourrait alors être une sorte de représentation des dérives de la liberté d’opinion : déformer l’histoire pour affirmer sa propre idéologie n’a justement rien d’une opinion. J’ai toujours été sensible aux films de procès même si c’est toujours un grand défi : il s’agit d’un genre forcément « bavard ». Comment ne pas ennuyer le spectateur ? Comment ne pas tomber non plus dans un exercice purement théâtral ? Certes, la mise en scène, qui est tout de même tout à fait correcte, par Mick Jackson (qui avait réalisé Bodyguard et Volcano… ça se saurait si ces deux films brillaient par leur réalisation) ne m’a pas spécialement éblouie (c’est principalement pour cette raison que je n’ai pas trop élevé ma note, je m’attendais à un chouïa mieux de ce côté-là). Cela dit, sans faire partie des meilleurs films de procès, les scènes se déroulant au tribunal restent tout de même très chouettes quand on aime ce genre cinématographique. Le tout est d’autant plus hallucinant que les répliques que s’envoient les deux parties ont réellement été prononcées durant le véritable procès (on peut retrouver ces échanges dans les archives officielles).

Le Procès du siècle : Photo Timothy Spall

Le Procès du Siècle reste trop académique et surtout (parce que l’académisme, quand il est bien fait, ne me dérange pas non plus) manque un peu d’émotion, ce qui est fortement dommage face à une telle histoire : j’aime sa dimension « nécessaire » qui prend parfois trop le dessus sur la question plus « artistique » (en toute honnêteté, j’ai même parfois eu l’impression d’être face à un téléfilm – certes de bonne facture). En revanche, il a le mérite de soulever beaucoup d’interrogations. Comme je le disais, il pointe du doigt certaines dérives de la notion même de liberté. De plus, si ce procès a été nécessaire pour la mémoire des victimes et de leurs familles, il n’est pas non plus totalement un succès : on ne change pas quelqu’un et encore moins son idéologie. En tout cas il s’agit d’un travail de longue haleine (d’autres films montrent cette possible évolution) et assez complexe. D’autant plus qu’on a du mal à cerner totalement la personnalité de David Irving : le film balaie volontairement ce point, étant donné qu’on voit ce personnage à partir du regard de Deborah (il faut dire que cette dernière a beaucoup participé à l’élaboration du scénario). Le Procès du Siècle est en tout cas porté par un excellent casting. Rachel Weisz (avec ses horribles cheveux roux bizarroïdes et ses foulards très chics) est remarquable dans le rôle de cette historienne combative, qui va aussi devoir apprendre à se taire (pour les bienfaits du procès) alors que la rhétorique fait partie de ses talents de prédilection. Le duel entre Timothy Spall (qui affronte déjà le personnage incarné Weisz) et Tom Wilkinson durant les scènes de procès est d’une grande intensité, les deux acteurs étant particulièrement brillants et à l’aise dans ce type d’exercice très oratoire. Dans les seconds rôles, j’ai particulièrement aimé l’interprétation d’Andrew Scott en avocat et j’étais ravie de retrouver son ancien partenaire de Sherlock Mark Gatiss. Le Procès du Siècle (quel titre pompeux en français…) est donc un film plutôt oubliable, même assez lisse par sa forme mais qui mérite d’exister, même s’il aurait pu être mieux selon moi. Il aurait pu être pénible avec son côté très didactique, il se laisse tout de même volontiers regarder (les 1h50 sont passées plutôt rapidement de mon côté même si le rythme n’est pas nécessairement rapide) et reste très intéressant.

Le Procès du siècle : Photo Tom Wilkinson

Before I Wake

réalisé par Mike Flanagan

avec Kate Bosworth, Jacob Tremblay, Thomas Jane, Dash Mihok…

Thriller, épouvante-horreur, drame améicain. 1h37. 2016.

sortie française (Netflix) : 28 avril 2017

Un jeune couple adopte un petit garçon orphelin dont les rêves et cauchemars prennent vie chaque nuit lorsqu’il dort.

Before I Wake : Photo Jacob Tremblay, Kate Bosworth, Thomas Jane

Before I Wake devait au départ porter un titre latin, Somnia, comme les deux premiers films de Mike Flanagan (que je n’ai pas encore vus): Absentia et Oculus (en « VF » The Mirror). Je ne sais pas s’il s’agit d’un signe mais Before I Wake est un film qui ne méritait pas de sortir directement sur Netflix. Certes, le film n’est pas un chef-d’oeuvre, loin de là. Mais il reste intéressant et mérite malgré tout des spectateurs. En découvrant ce long-métrages, j’ai naturellement établi des connexions avec d’autres films. En ce qui concerne le point sur les rêves et les cauchemars qui prennent place dans la réalité, il est évident de penser aux Griffes de la Nuit du regretté Wes Craven. Visiblement (puisque je ne l’ai pas encore vu mais il est sur ma liste des films à regarder depuis des lustres), il se rapprocherait de L’Echelle de Jacob d’Adrian Lyne. Concernant la part métaphorique et les relations entre une mère et son enfant, j’ai surtout pensé au surprenant film australien de Mister Babadook de Jennifer Kent. Effectivement, sans vous spoiler l’intrigue, je peux vous dire que le film est très réussi en ce qui concerne ce dernier point. En effet, si on devait retenir quelque chose d’essentiel pour désigner les qualités de ce film, nous tiendrons surtout en compte cette relation forte entre ce garçon étrange, unique et dans un sens effrayant malgré lui (Cody) et cette mère (Jessie) qui doit apprendre à gérer la perte accidentelle de son enfant biologique (Sean). Je connaissais mal Kate Bosworth jusqu’à présent mais elle m’a agréablement surprise dans le rôle de cette mère bouleversée qui s’accroche à ce qu’elle peut et qui doit. Elle est attachante même si certains de ses actes peuvent être douteux (Cody devient très rapidement un moyen pour faire « revenir » le petit Sean). Jacob Tremblay, la révélation de Room, est également épatant et prouve de nouveau qu’une grande carrière l’attend. Bref, certaines séquences sont assez poétiques, notamment avec la présence de ces papillons volontairement magnifiés : on voit bien qu’ils sortent tout droit de l’imagination mais esthétiquement ils arrivent à s’intégrer dans la réalité des personnages. Cela dit, ce qui peut expliquer ma déception voire même dans un sens ma frustration, c’est que j’ai l’impression que le réalisateur n’assumait pas totalement cette part de métaphore. Le film m’a paru par moments bancal notamment dans sa construction et surtout dans la manière de passer du réel au fantastique. En effet, le film prend le temps de placer son histoire qui a l’air très réaliste, même lorsqu’on découvre le don surnaturel de Cody (notamment quand ce dernier rêve de papillons et de Sean).

Before I Wake : Photo Kate Bosworth

Puis, lorsque ce sont cette fois-ci ses cauchemars qui prennent place (et qui auront des conséquences irréversibles sur la réalité), on tombe clairement plus dans le fantastique (pourtant, en théorie on était déjà entré en contact ce genre) voire même dans l’épouvante-horreur (rien de bien méchant, je vous rassure – et c’est même logique par rapport à ce que le film veut raconter). Mais finalement, une fois qu’on nous dévoile le comment du pourquoi, notamment en ce qui concerne l’origine du monstre du cauchemar (on nous confirme donc bel et bien la dimension métaphorique tout en nous présentant bien des scènes issues du fantastique), je trouve qu’il y a une sorte de déséquilibre. Déséquilibre en question qui est pour moi confirmé à la dernière scène même si l’horreur semble être un mauvais souvenir (après, cette fin me semble assez ouverte). Bref, j’ai l’impression que le réalisateur passe parfois à côté de ses objectifs comme s’il n’assumait pas certains de ses partis pris (par exemple, dans le même genre, vu que j’en parlais plus haut, un Mister Babadook est pour moi plus réussi dans le sens où il suit réellement son idée). Cela est vraiment dommage car le film a énormément de potentiel et reste plaisant à regarder alors qu’il n’est pas spécialement rythmé ou n’est pas très effrayant : on aurait pu s’ennuyer ou trouver, or ce n’est pas le cas. La mise en scène est parfois bien réfléchie et le scénario tient plutôt debout. De plus, Flanagan parvient à créer une atmosphère et surtout s’intéresse aux personnages et à leurs ressentis. Je ne connais pas spécialement la filmographie de Flanagan mais je sens qu’il a du potentiel. Peut-être juste qu’il a beaucoup d’ambitions mais reste encore un jeune réalisateur qui n’a pas totalement les armes pour arriver à son but. Before I Wake a le mérite de vouloir se détacher d’un certain cinéma d’horreur actuel qui veut séduire les jeunes. Il prend même dans un sens certains risques en n’hésitant à supprimer certains personnages. (suppression que je n’avais pas vu venir). Peut-être suis-je sévère parce que j’en attendais trop, que je sentais que le film pouvait aller plus loin dans son exploration de sa dimension dramatique et poétique. S’il a selon moi ses défauts, Before I Wake reste un film à la fois sombre et lumineux qui joue avec différents types de langage (notamment l’étymologie littérale et l’interprétation des rêves). S’il ne m’a pas totalement convaincue (et franchement ça me fait mal au coeur – j’ai énormément hésité concernant la notation ça se joue à rien pour être honnête), je reste persuadée qu’il séduira d’autres spectateurs.

Before I Wake : Photo Antonio Evan Romero, Kate Bosworth

Fahrenheit 451

réalisé par François Truffaut

avec Oskar Werner, Julie Christie, Cyril Cusack…

Film de science-fiction britannique, français. 1h52. 1966.

sortie française : 11 septembre 1966

Movie Challenge 2017 : Un film adapté d’un livre que j’ai lu

Dans un pays indéfini, à une époque indéterminée, la lecture est rigoureusement interdite : elle empêcherait les
gens d’être heureux. La brigade des pompiers a pour seule mission de traquer les gens qui possèdent des livres et
de réduire ces objets en cendres.
Guy Montag, pompier zélé et citoyen respectueux des institutions, fait la connaissance de Clarisse, une jeune institutrice qui le fait douter de sa fonction. Peu à peu, il est à son tour gagné par l’amour des livres.

Fahrenheit 451 est l’adaptation du roman éponyme (et emblématique) de Ray Bradbury. Au premier abord, on n’imagine pas nécessairement François Truffaut, figure phare de la Nouvelle Vague, signer une oeuvre de science-fiction (enfin sur le papier car personnellement j’ai du mal à y voir totalement de la science-fiction en regardant cette oeuvre et je pense que c’était aussi une volonté de Truffaut). Après, on me dira que ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur de ce mouvement s’attaque à la science-fiction : par exemple, Godard l’a fait avec Alphaville. J’étais donc curieuse de connaître la vision du réalisateur sur cette oeuvre de Bradbury que j’adore (un de mes romans préférés). Il s’agit de la première excursion de Truffaut à l’étranger (le film ayant été tourné à Londres). Ce long-métrage marque aussi les retrouvailles entre Truffaut et Oskar Werner, les deux ayant travaillé ensemble pour Jules et Jim. Dans l’ensemble, sans dire que le résultat est mauvais (même s’il a tout de même certains défauts), ce Fahrenheit 451 m’a pas mal déçue. Je précise que je ne suis pas forcément une puriste des adaptations de romans mais j’ai senti Truffaut pas à l’aise avec un genre qu’il n’aimait pas de base (c’était même lui qui le disait dans des interviews) et certainement pas à l’aise non plus plus généralement avec la grandeur même du projet, qui a coûté cher pour l’époque, avec son lot d’effets spéciaux (alors qu’on n’est justement pas face à un film à spectacle). J’espère ce que je vais dire ne va pas trop « choquer » mais honnêtement, en regardant ce film, je me suis dit qu’une nouvelle adaptation serait une bonne chose ! Je me suis même dit que Equilibrium de Kurt Wimmer était finalement une meilleure « adaptation » que ce film de Truffaut. J’ai mis du temps à entrer dans le film qui m’a paru assez long (pas non plus interminable mais j’ai tout de même regardé de temps en temps ma montre) : heureusement, sa seconde partie m’a plus intéressée et permet de rattraper les mauvaises impressions du début. Visuellement, s’il était certainement intéressant pour l’époque, actuellement il a pas mal vieilli, certains effets sont même assez kitsch. C’est même assez étonnant de voir ce type d’effets alors que l’ensemble du film est esthétiquement assez « simple » dans le sens où il y a plutôt une envie de retranscrire un certain réalisme. Mais heureusement, d’autres scènes sont assez puissantes et rattrapent les quelques couacs. La scène de l’autodafé dans la bibliothèque vaut par exemple le coup d’oeil et même la fin avec le groupe qui apprend les textes par coeur oralement pour les conserver est également très belle.

De plus, les décors restent tout de même très réussis : ils permettent de rendre l’univers encore plus froid et monotone. La musique inquiétante de Bernard Hermann (le compositeur fétiche d’Alfred Hitchcock – Truffaut était un grand admirateur du maître du suspense) trouve également parfaitement sa place dans le film. Surtout, le propos relevé dans le roman de Bradbury (la destruction de la culture et du savoir pour contrôler l’individu) reste tout de même pertinent, nécessaire et intemporel (moins que dans le bouquin mais tout de même bien présent) : la dénonciation du fascisme fonctionne bien (il est impossible de ne pas voir un rapprochement entre les nazis qui eux-mêmes ont brûlé des livres). En parlant d’intemporalité, un autre point m’a semblé intéressant : certes, on voit bien qu’il y a une envie de placer l’histoire dans un futur. Mais en même temps, il n’est pas nécessairement très dessiné (comme on pourrait l’imaginer dans un gros blockbuster). Ce futur en question est finalement d’actualité, que ce soit « l’actualité » au moment de la sortie du film (le côté sixties en ressort par moments) ou même notre actualité de 2017 : bref, ce monde retranscrit par Truffaut n’est peut-être pas si éloigné de ce que le spectateur connait dans sa réalité. A noter aussi les choix troublants des livres brûlés : et même Chroniques Martiennes et Fahrenheit 451 de Bradbury ! On trouve également un exemplaire des Cahiers du Cinéma (on y trouve dessus une photo d’A bout de souffle de Jean-Luc Godard). Concernant le casting, sans dire qu’il est mauvais (il ne faut pas non plus exagéré), Werner n’est pas très à l’aise dans le rôle de Montag (même Truffaut n’était pas convaincu par sa prestation). Il faut dire que le personnage n’est pas ici particulièrement intéressant et manque de consistance. En revanche, Julie Christie, qui interprète deux personnages (Truffaut voulait éviter l’éternelle opposition entre une brune et une blonde et créer une sorte de trouble : l’effet est plutôt réussi), est bien plus convaincante. Pour conclure, Fahrenheit 451 est un film intéressant, qui fait son petit effet mais qui ne remplit pas totalement ses promesses même s’il reste fidèle au texte d’origine. Est-il imparfait parce qu’on s’attend justement à autre chose vu qu’on sait à quel point le roman de Bradbury est majeur dans le domaine de la science-fiction ? Cela reste tout de même une jolie ode à la littérature traversant le temps et les générations qui prouve bien qu’elle a un pouvoir énorme sur notre liberté.

Célibataire, mode d’emploi

réalisé par Christian Ditter

avec Dakota Johnson, Rebel Wilson, Alison Brie, Leslie Mann, Damon Wayans Jr., Anders Holm, Nicholas Braun, Jake Lacy…

titre original : How To Be Single

Comédie américaine. 1h50. 2016.

sortie française : 2 mars 2016

Movie Challenge 2017 : Un feel-good movie

Il y a toutes sortes de manières de vivre en célibataire. Il y a ceux qui s’y prennent bien, ceux qui s’y prennent mal… Et puis, il y a Alice. Robin. Lucy. Meg. Tom. David… À New York, on ne compte plus les âmes en peine à la recherche du partenaire idéal, que ce soit pour une histoire d’amour, un plan drague… ou un mélange des deux ! Entre les flirts par SMS et les aventures d’une nuit, ces réfractaires au mariage ont tous un point commun : le besoin de redécouvrir le sens du mot célibataire dans un monde où l’amour est en constante mutation. Un vent de libertinage souffle de nouveau sur la ville qui ne dort jamais !

Célibataire, mode d'emploi : Photo Dakota Johnson, Rebel Wilson

Christian Ditter n’est pas pour moi un nom inconnu : c’était lui qui avait réalisé la sympathique comédie romantique Love, Rosie (avec Lily Collins et Sam Claflin), une adaptation d’un roman de Cecilia Ahern directement sorti en dvd chez nous. C’est principalement pour cette raison que j’ai voulu regarder Célibataire, mode d’emploi, adapté du premier roman de Liz Tuccillo. Tuccillo est connue pour avoir travaillé sur la série de HBO Sex & the City en tant que scénariste ou pour avoir co-écrit avec Greg Behrendt Laisse tomber, il te mérite pas ! / He’s Just Not that Into You (adapté au cinéma sous le titre français Ce que pensent les hommes). Honnêtement, en dehors de ce petit argument, Célibataire, mode d’emploi me faisait plus fuir qu’autre chose : le film avait l’air d’être un mélange d’ambiance et de vulgarité pour montrer ce qu’est la femme actuelle (je m’étouffe), tout ce dont je me méfie. Les premières minutes ne m’ont pas du tout rassurée avec Rebel Wilson… qui fait du Rebel Wilson show comme un peu trop souvent. Elle emmène notre héroïne Alice, interprétée par Dakota Johnson (jusqu’à présent, je n’avais pas encore vu son « talent » ou quelque chose dans ce genre-là), se déchaîner dans des clubs ou bars, se bourrer la gueule et coucher avec n’importe qui. Le film suit également parallèlement deux autres histoires secondaires. D’un côté, Lucy (Alison Brie) croise constamment la route de Tom, ce dernier finissant par tomber amoureux d’elle. De l’autre, on s’intéresse à la grande soeur d’Alice, Meg (Leslie Mann), un médecin qui pense avant tout à sa carrière à sa vie personnelle. Jusqu’au jour où devenir mère devient une obsession. Célibataire, mode d’emploi n’est finalement pas la grosse daube prévue. Certes, on ne va pas se mentir : c’est pas la comédie du siècle, loin de là. En même temps, je ne pense pas que le film prétend révolutionner quoi que ce soit. Cela dit, il tente de proposer un propos différent à travers le portrait plus ou moins croisé de quatre femmes. Et ce propos en question est plutôt positif pour la représentation de la femme d’aujourd’hui. Comment une femme peut-elle être heureuse tout en préservant son indépendance ? Etre en couple est-il alors compatible avec cette indépendance ? En partant sur quatre portraits de femmes de 25 à 40 ans environ (même si encore une fois le film privilégie davantage l’histoire d’Alice), Célibataire, mode d’emploi montre les différentes possibilités d’un épanouissement de la femme moderne sans être prisonnière de sa vie amoureuse.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Alison Brie

Alice enchaîne les histoires amoureuses mais comprend qu’elle peut être heureuse sans hommes (la demoiselle devenant dépendante affective), les relations amoureuses n’étant pas toujours source de bonheur. Robin, elle, privilégie clairement le travail et les amitiés à l’amour : c’est ça qui la rend heureuse. L’amitié est aussi une belle valeur qu’on ne doit pas négliger. Meg pense que le bonheur réside dans le célibat et finit par confondre indépendance et solitude. Elle a fini par nier ses propres désirs, s’enfermant dans ses convictions.  Bref, on peut être une femme indépendante, en étant épanouie dans un travail passionnant tout en ayant envie de maternité. Grâce au personnage de Meg, sans tomber dans la contradiction, le film a le mérite de ne pas être culpabilisant envers certaines femmes et ne tombe pas dans de l’extrémisme. Le casting est plutôt bon. On ne va pas dire que les acteurs vont remporter un Oscar, les personnages ne sont pas non plus d’une grande profondeur mais ils sont tous bons pour ce genre de film assez léger. Leurs personnages sont plutôt attachants. Dakota Johnson m’avait agacée voire même inquiétée dans la saga Cinquante Nuances. Finalement, elle ne sort pas si mal. Elle est plutôt fraîche et attachante dans le rôle de cette jeune femme qui cherche finalement le bonheur et la liberté. Comme je le disais au début, Rebel Wilson fait du Rebel Wilson. Je l’aime bien mais il faut avouer qu’elle se répète au fil des films. Cela dit, alors que ça partait plutôt mal, son personnage devient plus intéressant. Elle n’est pas uniquement une fêtarde déjantée qui aime bien coucher à droite et à gauche. La fin, qui permet d’en savoir définitivement plus ce personnage, m’a par ailleurs surprise. Alison Brie est toujours aussi pétillante et confirme bien ici son potentiel. Son duo avec Anders Holm fonctionne avec elle et là encore son personnage surprend, le film montre de nouveau qu’il n’est pas aussi prévisible qu’il en a l’air. Enfin, Leslie Mann est certainement celle qui se détache pour moi du lot (même si encore une fois le reste du casting est plutôt bon). Certes, Célibataire, mode d’emploi ne frappe pas nécessairement pour ses qualités cinématographiques – même si globalement le travail (par rapport à ce qu’on attend de ce type de production) reste très correct. Il est certain qu’il vise au premier abord un public féminin. Il s’agit d’un sympathique film, bien rythmé, plutôt divertissant, qui n’est pas aussi tarte qu’il en a l’air même s’il n’est pas non plus révolutionnaire. J’aimerais bien connaître l’avis des mecs mais je n’ai pas eu l’impression que le public masculin était si négligé que ça.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Leslie Mann

Bridget Jones’s Baby

réalisé par Sharon Maguire

avec Renée Zellweger, Colin Firth, Patrick Dempsey, Emma Thompson, Jim Broadbent, Shirley Henderson, Gemma Jones, James Callis, Celia Imrie, Sarah Solemani…

Comédie romantique britannique, américain. 2h. 2016.

sortie française : 5 octobre 2016

Movie Challenge 2017 : Une suite de film

Après avoir rompu avec Mark Darcy, Bridget se retrouve de nouveau célibataire, 40 ans passés, plus concentrée sur sa carrière et ses amis que sur sa vie amoureuse. Pour une fois, tout est sous contrôle ! Jusqu’à ce que Bridget fasse la rencontre de Jack… Puis retrouve Darcy… Puis découvre qu’elle est enceinte… Mais de qui ???

Bridget Jones Baby : Photo Colin Firth, Patrick Dempsey, Renée Zellweger

J’assume : je suis une grande fan de Bridget Jones. Je me reconnais toujours dans cette héroïne qui ressemble finalement à beaucoup de femme. J’ai adoré la trilogie écrite par Helen Fielding. Concernant les adaptations sur grand écran, j’aime surtout le premier film (la suite me paraît ratée, ce qui est dommage – le bouquin L’âge de raison était bien plus drôle). Pour ce troisième volet au cinéma, Sharon Maguire (réalisatrice du premier film) n’adapte cette fois-ci pas un des romans. Pourtant, il existe bien un troisième roman, Bridget Jones : Folle de lui (Bridget Jones : Mad about the Boy) sorti en 2013. Dans cette suite, Bridget a bien évolué : elle est veuve (ce qui a crée du remous chez les fans – pour ma part, ce choix était pour moi judicieux même s’il fait mal au cœur), a deux gosses, a vieilli et doit faire face à son époque : Twitter, les toy-boys, les lunettes de vue, les rides etc… Les scénaristes ont décidé d’imaginer la vie de Bridget (également vieillie mais un peu plus jeune) avant le troisième roman. Effectivement, c’était alléchant d’imaginer Bridget enceinte (surtout après ses aventures dans le 2e tome avec notamment le test de grossesse). J’étais contente même de retrouver ma bonne copine face au temps et tout ce qui suit derrière. Avoir peur de ce projet était totalement légitime : une suite des années après, avec une histoire « originale », ça restait assez casse-gueule. Bridget Jones’s Baby – oui je mets volontairement en avant le titre original et non cette pseudo « traduction » franco-anglaise déplorable – n’est vraiment pas la catastrophe annoncée, loin de là. Sans être révolutionnaire et très prévisible, ce film remplit ses charges de sympathique comédie romantique. J’ai beau aimé Bridget au cinéma, le visage de Renée Zellweger qui a beaucoup changé à cause de la chirurgie esthétique : je me fous de ce peut faire l’actrice avec son corps, c’est son choix. Mais j’avais tout simplement peur de ne plus retrouver Bridget. Heureusement, j’ai été très vite rassurée : l’actrice a gardé son jeu et surtout j’ai tout de même retrouvé ses charmantes expressions. Le reste du casting est également très bon. Colin Firth est toujours aussi à l’aise dans le rôle de Mark Darcy et Patrick Dempsey s’en sort également très bien dans le rôle de cet amant américain attendrissant, un peu envahissant aussi et très porté sur les méthodes très à la mode concernant le bien-être. Certes, l’ancien docteur Mamour ne nous fait pas oublier Hugh Grant, le personnage de  ce dernier étant décédé (la scène de l’enterrement au début du film est au passage très drôle) mais il s’en sort tout de même bien et s’intègre très bien dans un univers que nous connaissons très bien.

Bridget Jones Baby : Photo Emma Thompson, Renée Zellweger

De plus, le duel entre Darcy et Jack Qwant m’a semblé intéressant. Dans les précédents volets, la guéguerre entre Darcy et Daniel Cleaver était volontairement puérile et surtout Cleaver incarne une figure de connard goujat. Qwant est au contraire un personnage plus respectueux et mature. Certes il fait quelques erreurs mais on le voit plus comme un humain. Jim Broadbent et Gemma Jones sont toujours aussi plaisants dans le rôle des parents de Bridget même si on les voit peu. Sarah Solemani (Lizzie de la série The Wrong Mans) est également un bon second rôle. Enfin, impossible de passer à côté d’Emma Thompson (également co-scénariste) en gynécologue qui doit faire face à Bridget, une patiente pas comme les autres ! Au passage, les quelques petites apparitions d’Ed Sheeran sont également plutôt amusantes. Le film est donc agréable à regarder, parfois drôle et même assez touchant. Pourtant, je ne suis pas sortie totalement emballée ni satisfaite. Déjà, même si encore une fois j’ai passé un bon moment, j’ai trouvé ce film un peu trop long, on sent bien passer les deux bonnes heures. Il faut dire que l’intrigue met mine de rien pas mal de temps à se mettre en place… pour finalement un résultat très prévisible. Mais ce qui m’a le plus énervée, c’est la sensation de retourner en arrière. En effet, après le deuxième volet, qui mettait déjà le couple Bridget-Darcy à l’épreuve, on devait penser que c’était réglé une bonne fois pour toutes (et le troisième bouquin nous confirmait bien cela). Or, finalement on est obligé de se retaper leurs problèmes, comme si les deux premiers films n’avaient vraiment servis à rien. Pourquoi ce choix de triangle amoureux ? Dans le même genre (et suite en plus), le film de Marylou Berry, Joséphine s’arrondit, pourtant pas non plus une comédie romantique révolutionnaire, fonctionnait mieux sans « trahir » les spectateurs (oui, « trahir », je n’ai pas peur d’utiliser certains mots). Cela n’empêche pas au film de Berry d’avancer avec son lot de péripéties ! Surtout, vu l’âge de Bridget, je ne comprends pas pourquoi les scénaristes ont tenu de ne pas avoir attendu pour adapter le troisième tome. Le seul argument que je vois était le suivant : il fallait Colin Firth. Enfin, dans le troisième roman, les questions de l’âge, de la séduction, de la technologie et autres dérives de notre époque étaient bien mieux traitées que dans le film qui esquisse certains points sans y aller non plus franchement – en dehors de quelques scènes notamment dans le journal dans lequel bosse Bridget.

Bridget Jones Baby : Photo Colin Firth, Renée Zellweger

Moonlight

réalisé par Barry Jenkins

avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Naomie Harris, Janelle Monáe, Andre Holland, Jaden Piner, Jharrel Jerome…

Drame américain. 1h50. 2016.

sortie française : 1 février 2017

moonlight

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert, Mahershala Ali

Moonlight, déjà lauréat du Golden Globe du meilleur drame, a gagné l’Oscar du meilleur film (dans la plus grande confusion… j’en rigole encore !) face à son grand concurrent, La La Land. Il a aussi remporté deux autres importantes récompenses, à savoir celles du meilleur acteur dans un second rôle (pour Mahershala Ali) et du meilleur scénario adapté. Il a aussi cartonné aux Independent Spirit Awards et a évidemment récompensé ailleurs. Le succès de ce petit film peut surprendre, Barry Jenkins étant un réalisateur inconnu aux yeux du public (et même auprès des cinéphiles) et surtout le sujet est tout de même assez lourd et même puissant, il a même quelque chose de nécessaire. En effet,  un grand nombre de drames apparaît dans le scénario (ça pourrait presque faire penser à Precious de Lee Daniels) : un gamin afro-américain qui découvre son homosexualité dans une communauté qui rejette cette identité s’isole de plus en plus face au harcèlement et au comportement désastreux et destructeur de sa mère qui se drogue, se prostitue et le maltraite. Moonlight est à l’origine une pièce du dramaturge Tarell Alvin McCraney, In Moonlight Black Boys Look Blue. Elle fait aussi écho aux vies de l’auteur de la pièce et du réalisateur de son adaptation (les deux ne se connaissant pas) : ils ont fréquenté la même école et le même collège à Liberty City (Miami) et leurs mères ont toutes les deux rencontré des problèmes avec la drogue (la mère de Jenkins a surmonté sa toxicomanie tout en restant séropositive pendant 24 ans, celle de McCraney est morte du Sida). Moonlight mérite-t-il alors toutes les louanges qu’il a reçues et surtout son Oscar du meilleur film ? Pour moi non. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, loin de là (je lui reconnais volontiers des qualités). Son Oscar du meilleur film me semble tout de même plus symbolique voire même politique (notamment une réaction à la polémique « Oscars So White » survenue l’an dernier qui reste malgré tout encore présente dans nos esprits) que cinématographique même si je suis certaine que beaucoup de gens trouveront ce prix mérité pour des raisons plus artistiques. Il faut dire que Moonlight a un petit quelque chose de révolutionnaire mine de rien : le casting est entièrement de couleur noire.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert

Moonlight est construit en trois parties clairement affichées et nommées : la première, « Little », suit Chiron enfant, lorsqu’il rencontre Juan, un dealer cubain qui deviendra pour lui la figure paternelle qui lui manque. Il ne comprend pas pourquoi on le traite de « tapette ». Dans la deuxième partie, « Chiron », le personnage principal devenu adolescent, se fait encore harceler par ses camarades de classe. Son homosexualité ne fait que se confirmer par un véritable contact physique. Enfin, la dernière partie, « Black », nous présente toujours ce fameux Chiron devenu adulte et méconnaissable, éloigné de sa ville d’origine. En mode gros dur, sa route recroise celle de son premier amant. J’appelle ça des parties, mais on pourrait les nommer des chapitres voire même des actes : si le film n’a pas l’air littéraire, il a pourtant une construction qui fait penser à cet art. Je savais, par par son prix aux Oscars, qu’il s’agissait d’une adaptation mais pas nécessairement d’une pièce. Pourtant, durant ma séance, j’ai fini par comprendre ce lien avec le théâtre et pas uniquement par cette forme assez visible : la manière d’aborder le personnage principal, le rythme de certaines répliques etc… Cela dit, je ne fais pas ici de reproches, mais plus un constat de mon ressenti. Il y a donc derrière un réel travail intéressant d’écriture (et je comprends davantage son Oscar de la meilleure adaptation même si je n’ai pas vu la pièce d’origine) même si paradoxalement ce sont aussi certainement des éléments liés à cette écriture qui m’ont gênée. Les dialogues m’ont semblé assez justes et les effets d’écho plutôt pertinents : ainsi, même lorsque l’histoire se déroule sur plus de dix ans, on ne perd pas non plus en route certaines informations qu’on a reçues et qu’on aurait pu oublier. Par exemple, même lorsqu’on ne voit plus à l’écran Juan, que ce soit dans la seconde ou troisième partie, on a l’impression qu’il est toujours présent au côté de Chiron. Mais je reste partagée sur l’utilisation des différentes ellipses. Certes, pour gagner du temps (pas évident de retracer la vie d’un personnage sur une quinzaine d’années voire peut-être plus), les ellipses étaient évidemment nécessaires. Il y a une idée de se concentrer sur l’essentiel.

Moonlight : Photo Naomie Harris

Cela dit, par ce choix, selon moi, Chiron est un personnage qui manque de développement, même un peu de consistance. De plus, j’étais frustrée de ne plus voir les personnages secondaires, même si encore une fois le scénario fait des efforts pour qu’on ne les oublie pas. Mais cet effet n’est hélas pas totalement réussi. J’ai également ressenti une autre frustration : le film n’étant pas hyper rythmé (ça ne m’a pas aidée à l’apprécier convenablement), à chaque fois que je commençais à entrer dans l’histoire, en la trouvant intéressante, on nous la brise justement par ces ellipses. Je suis d’ailleurs partagée sur la fin, j’ai l’impression que je n’ai pas la même interprétation que la plupart de mes copains blogueurs. La mise en scène est plutôt intéressante dans le sens où on sent que rien n’est laissé au hasard, il y a même des symboliques assez fortes (cette scène de baignade au début est très riche sur différents niveaux). Cela dit, à l’image de son sens esthétique (on passe parfois un peu trop brutalement à des scènes très réalistes à d’autres bien plus soignées et colorées ou encore il y a des effets de style un peu surperflus), elle reste pour moi parfois maladroite. Heureusement, le casting est très bon. Parmi les personnalités non connues par le grand public, le trio Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes est impeccable. Individuellement, chaque interprète est effectivement remarquable mais ce qui l’est encore plus c’est de constater la cohérence d’interprétation entre ces trois acteurs. Même si je reproche un certain manque de développement chez Chiron, en revanche on ressent pourtant bien à l’écran une certaine évolution qui fonctionne justement grâce à cette succession d’acteurs. Le changement d’acteurs ne choque jamais, on voit tout le temps à l’écran Chiron et non des trois acteurs qui interprètent un même rôle. Et cela est encore plus fort lorsqu’on sait que Hibbert, Sanders et Rhodes ne se sont pas rencontrés sur le tournage. Oscarisé, Mahershali Ali (qu’on voit hélas trop peu) est impeccable dans le rôle de ce personnage qui n’a rien d’un enfant de choeur et pourtant qui accompagne merveilleusement bien Chiron qui s’interroge sur son identité. J’étais heureuse de retrouver à l’écran dans les dernières Andre Holland, qu’on voit décidément de plus en plus. Enfin, parmi les rôles féminins, Naomie Harris (nommée aux Oscars) et Janelle Monáe sont également impeccables.

Moonlight : Photo Andre Holland, Trevante Rhodes

La La Land

réalisé par Damien Chazelle

avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, J.K. Simmons, Rosemarie DeWitt, Finn Wittrock, Callie Hernandez, Sonoya Mizuno…

Comédie musicale, romance américaine. 2h08. 2016.

sortie française : 25 janvier 2017

lalaland

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions.
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance.
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Le deuxième long-métrage de Damien Chazelle, Whiplash, qui avait permis à J.K. Simmons (présent dans La La Land le temps de quelques scènes) de remporter l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, m’avait énormément plu, on pouvait même parler de coup de coeur. Je suis donc allée voir La La Land non pas principalement à cause du buzz (qui finit par écoeurer) et toutes les nombreuses récompenses qu’il récolte à son passage mais avant tout parce que je sais à quel point Chazelle est un jeune réalisateur ambitieux et talentueux âgé seulement de 32 ans. La La Land donne littéralement le « la » avec cette impressionnante scène d’ouverture sur une autoroute (avec Another Day of Sun). Hélas, mon enthousiasme n’a pas tenu la distance au fur et à mesure de l’histoire, construite sur un schéma saisonnier. La La Land ne manque pourtant pas de qualités. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas ce film, on doit reconnaître à Damien Chazelle et toute son équipe un travail colossal et très réfléchi. Esthétiquement et techniquement, le film est absolument époustouflant et d’une grande précision, dans lequel tout (et je n’exagère pas quand je dis « tout ») semble avoir une signification. Le jeu avec les couleurs est notamment très pertinent par rapport à l’évolution et aux pensées des personnages (je ne peux que vous inviter à regarder la vidéo pertinente du Fossoyeur de Films). Le long-métrage traite aussi de sujets universels qui pourront toucher divers spectateurs : comment réaliser ses rêves qui peuvent paraître démesurés (à l’image de l’esthétique) lorsqu’on rencontre des désillusions et des obstacles ? Un rêve professionnel est-il toujours compatible avec sa vie privée ? En fonction des choix que l’on fait à un moment de sa vie, ne finit-on pas par rêver de sa vie ? Finalement, on retrouve des thèmes communs avec le précédent long-métrage de Chazelle. Comme dans Whiplash, il y a bien cette question du sacrifice qui revient dans l’esprit des personnages. Le titre est par ailleurs assez intéressant à analyser par rapport aux thèmes mis en avant par Chazelle. Il fait référence à Los Angeles (on pourrait presque lire le titre L.A. L.A. Land) et plus généralement, il s’agit aussi d’un clin d’oeil à une expression qui désigne une situation déconnectée de la réalité.

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

La ville américaine, celle de tous les rêves qu’on peut réaliser, est donc très bien valorisée, dans le sens où elle a l’air hors du commun avec ses couleurs très pétantes et plus généralement tout semble démesuré. Mais je ne vais pas tourner du pot pendant une plombe : La La Land m’a fortement déçue (et le buzz autour a certainement accentué ma déception même si je l’aurais certainement eue). Et je suis déçue d’être déçue quand je vois de telles qualités en face de moi. Croyez-moi, je n’ai pas envie de balancer des saloperies sur ce film (même si en sortant de la salle, j’ai clairement dit que je n’avais pas du tout aimé ce film, depuis mon avis a peu évolué) parce qu’il a la cote partout (parce qu’on a l’impression que chaque année je m’amuse à être la vieille bique solo face contre tout le monde qui vénère LE film de l’année, mais non je ne suis pas comme ça). Plusieurs éléments m’ont réellement posé problème durant ma séance au point de gâcher les qualités pourtant bien présentes. Dans un premier temps, et c’est particulièrement problématique dans le cadre d’une comédie musicale, je reste assez sceptique en ce qui concerne la musique justement. Certes, j’aime vraiment certains titres (je les écoute même actuellement chez moi) : Another Day of Sun, Someone in the Crowd ou encore City of Stars (et je n’ai retenu que ceux-là, ce qui n’est pas bon signe). Mais dans le contexte du film, la musique ne m’a pas plus emballée que ça, surtout lorsque certains morceaux reviennent plus fois sans réelle variation. Ce qui m’a également déçue est la banalité de l’histoire par rapport à la forme du film. On va me dire que le 3/4 des films ont des histoires très classiques et je suis entièrement d’accord avec vous. Ce que je veux dire, c’est que selon moi la forme a priori assez spectaculaire, le choix justement de réaliser une comédie musicale, devrait nous faire « oublier » cet aspect assez classique. Or, je me suis vraiment dit en sortant de la salle « tout ça pour ça ». Après j’ai aussi conscience du projet même de Chazelle : une comédie musicale plus « réaliste » (les personnages ne dansent pas comme des balles, une grande partie du film qui ne contient pas nécessairement de scènes musicales etc…).

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Cela peut donc paraître paradoxal vu que je disais juste avant que le film avait un côté hors du commun (en tout cas visuellement). Peut-être que j’exprime mal mon idée, peut-être que je dois aussi admettre qu’il ne m’a tout simplement pas touchée. Du coup, peut-être que je me suis focalisée sur cette idée parce que le film ne parvenait tout simplement à m’emballer autant que je le souhaitais. Il faut dire que je me suis pas mal ennuyée durant ma séance. J’ai dû vérifier plusieurs fois la durée en sortant de la salle. Sincèrement, et sans exagérer, je pensais que ce long-métrage durait au moins 2h30. Or, il ne dure que deux grosses heures. Et je les ai bien senties ! En plus, pour ne rien arranger, j’ai eu l’impression que l’histoire mettait un certain temps à se mettre en place. Là encore, je respecte la démarche de Chazelle d’instaurer une démarche malgré tout à peu près réaliste (même si le film ne donne de nouveau pas cette impression via cette esthétique) dans le sens où un couple met du temps à se trouver et passe par différentes étapes (au passage, je ne suis pas d’accord avec les critiques évoquant un coup de foudre). Je pensais que le schéma saisonnier donnerait de l’élan au scénario, or je n’ai pas trouvé que c’était spécialement le cas. Le couple formé par Mia et Sebastien est mignon et même très attachant (la scène finale, qui a pu bouleverser certains spectateurs, est assez significative). Mais le film est même parfois trop concentré sur tous les deux. Ainsi, les personnages secondaires ne parviennent pas à exister alors que j’ai l’impression qu’ils avaient bien un intérêt pour appuyer certains propos (je pense notamment au rôle de la soeur, elle-même en couple). Il n’y a d’ailleurs pas que les personnages qui sont noyés par certains éléments. Je n’ai pas spécialement une grande culture en comédie musicale  mais on sent qu’il y a une voire même plusieurs références à chaque scène. J’imagine que cela a du sens pour Chazelle, toujours dans ce jeu et même cette frontière entre illusion et réalité, le cinéma et particulièrement Hollywood étant une machine à rêves. Mais au bout d’un moment, j’ai trouvé que ça envahissait l’écran, comme si Chazelle nous étalait à tout prix son savoir.

La La Land : Photo Callie Hernandez, Emma Stone, Sonoya Mizuno

Face à ce lot de reproches que je fais au film (même si encore une fois, à côté je complimente aussi d’autres éléments), je dois par contre admettre les très bonnes interprétations de Ryan Gosling et Emma Stone. Je ne m’en suis jamais cachée, j’ai toujours aimé Gosling (non, je ne suis pas une midinette, heiiiiin) et il s’en sort ici à merveille dans ce rôle de jazzman (avec son éternel air Droopy qui lui va si bien) qui semble un peu hautain mais qui a un amour profond pour la musique qu’il défend et qu’il a dans la peau. Emma Stone, c’est une histoire plus compliquée entre elle et moi. Je l’ai toujours trouvée très rafraîchissante, avec un vrai potentiel mais dans certains films, je ne vois parfois que des tics et mimiques en tout genre. Pourtant, Stone m’a ici bluffée. Elle n’a pas l’air de livrer une interprétation extraordinaire dans le sens où elle n’est finalement pas dans de la sur-performance comme on a l’habitude de le voir. Par ailleurs, elle n’a pas non plus une voix époustouflante et ne fait pas des pas impressionnants (et on peut d’ailleurs dire la même chose concernant Gosling). Pourtant, Emma Stone est juste parfaite dans le rôle de Mia. J’ai envie de dire : elle est Mia. Là encore, cela s’applique aussi à Gosling mais Emma Stone a quelque chose en elle (que ce soit physiquement ou vocalement par exemple) un mélange assez intriguant entre la modernité et une image classique de la femme des années 50, voire même 60. Surtout, pour conclure ce billet sur une note positive, il y a une vraie bonne alchimie entre Gosling et Stone, déjà présente dans leur première collaboration, la bonne surprise Crazy, Stupid, Love de John Requa et Glenn Ficarra (bon, par contre, je mets à la poubelle Gangster Squad de Ruben Fleischer qui marquait leur seconde collab’). Pour conclure, en toute honnêteté, je n’ai pas spécialement aimé La La Land et j’imagine que la masse d’excellentes critiques ne m’a certainement aidée à l’apprécier. J’aurais réellement aimé partager l’enthousiasme des fans, être touchée par cette histoire d’amour certes classique (mais pour moi, durant ma séance, juste banale) mais qui a quelque chose d’universel mais ce ne fut pas le cas malgré un magnifique couple de cinéma qui crève l’écran. Mais je ne peux que m’incliner face à cette masse de boulot qui apparaît à chaque plan.

La La Land : Photo Emma Stone

Deadpool

réalisé par Tim Miller

avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein, Gina Carano, Brianna Hildebrand, T. J. Miller…

Comédie d’action, fantastique américain. 1h48. 2016.

sortie française : 10 février 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film d’action / d’aventure

deadpool

Deadpool, est l’anti-héros le plus atypique de l’univers Marvel. A l’origine, il s’appelle Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire. Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d’un humour noir survolté, Deadpool va traquer l’homme qui a bien failli anéantir sa vie.

Deadpool : Photo Brianna Hildebrand, Ryan Reynolds

Je ne comptais pas spécialement regarder Deadpool, film très attendu par de nombreux spectateurs (vous connaissez maintenant ma relation avec les films de super-héros), le hasard m’a mis sur le chemin de ce long-métrage. Ce personnage, issu de l’univers Marvel, a été crée par l’auteur et dessinateur Rob Liefeld et le scénariste Fabian Nicieza. Le personnage de Deadpool était présent dans un autre film, X-Men Origins : Wolverine de Gavin Hood. Ryan Reynolds l’incarnait déjà à l’époque. Il faut savoir que Deadpool n’aurait coûté « que » 50 millions de dollars, ce qui reste « peu » comparé à d’autres films de super-héros (par exemple, Avengers : L’Ere d’Ultron de Joss Whedon et The Dark Knight Rises de Christopher Nolan ont coûté 250 millions de dollars). Evidemment, ce point n’excuse pas tout mais nous pouvons tout de même apprécier la démarche. De plus, le film a aussi été classé R aux Etats-Unis (les mineurs de moins de 17 ans doivent être accompagnés d’un adulte) alors que d’habitude les studios tentent d’éviter ce type de situation. Il est par ailleurs devenu le plus gros succès au box-office mondial pour un long-métrage classé R (le film est effectivement violent comme promis). Enfin, Deadpool est aussi devenu le plus gros succès de la saga X-Men. Je n’attendais donc rien de ce film mais dans l’ensemble, sans crier au génie (je lui ai tout de même trouvé des défauts) ou sans me réconcilier avec les films de super-héros je l’ai trouvé assez sympathique, frais et léger. Il a le mérite d’être parfois drôle et sans prétention même s’il présente à sa façon son ambition (en gros, celui d’un film de super-héros avec de l’action tout en étant cool et même « osé » et d’éviter la convention). Je ne pense pas qu’il révolutionne quoi que ce soit mais il a le mérite de tenter de casser certains codes habituels. J’avais un peu peur que le film tombe dans la surenchère avec son lot de répliques assez grossières / trashouilles et graveleuses (vu que ce genre de films semble être à la mode depuis quelques années) mais dans l’ensemble ça passe comme une lettre à la Poste. En tant que comédie, même si c’est un peu (et volontairement) vulgaire (ce n’est pourtant pas ma came d’habitude), on peut même dire que le film est à peu près réussi. Je sais que c’est aussi la tendance de coller des références à tout et n’importe quoi (c’est parfois ce qui me gêne dans la pop culture), ça peut rapidement me gaver mais là encore elles sont plutôt pertinentes. De plus, les scènes d’action secouent, on en prend plein la vue ! Cela dit, qu’est-ce qui cloche alors dans Deadpool ? On est dans une origins story (because, you know, on ne parle plus français) dans tout ce qu’il y a de plus chiant.

Deadpool : Photo Morena Baccarin, Ryan Reynolds

J’ai l’impression d’avoir vu ce type d’histoire mille fois, presque une case obligée du film de super-héros (je crois que c’est ça qui me gonfle le plus dans ce genre en question). Selon moi, on voit les limites du scénario qui est vraiment sauvé par de bons dialogues et non par sa narration : le film commence pratiquement par la fin (quand on prend le film dans sa globalité) et reste le 3/4 du temps en suspension. Vous allez me dire : ce n’est pas le seul film au monde qui reprend cette structure pseudo déstructurée. Je suis d’accord avec ce point (parce que je sais anticiper les reproches qu’on pourrait me faire). Mais j’ai vraiment eu l’impression que le film faisait du surplace. Résultat : malgré l’humour omniprésent, le rythme s’essouffle et j’ai senti quelques longueurs. Le film n’est pourtant pas non plus très long (surtout pour un film de super-héros) et sur le papier il n’aurait pas dû avoir ce souci de rythme. Finalement, c’est plus ce choix narratif qui est superficiel que le nombre de « fuck » présent qui « m’effrayait » au départ. La mise en scène est en tout cas plutôt bonne, surtout par rapport à ce qu’on attend habituellement de ce genre de production. On peut en tout cas remercier Ryan Reynolds, décidément coltiné aux films adaptés de comics (Blade : Trinity, X-Mens Origins : Wolverine, Green Lantern et R.I.P.D. Brigade Fantôme, rien que ça!). Très investi dans le projet depuis pratiquement dix ans (il en est le co-producteur), et récemment nommé aux Golden Globes pour son interprétation (dans la catégorie « comédie »), l’acteur canadien est très bon et surprenant dans le rôle-titre (figure de l’anti-héros par excellence). Pour moi, même si le film a ses qualités, Reynolds porte pas mal le long-métrage sur ses épaules (pourtant je n’aime pas trop cette expression). On ressent vraiment son implication et depuis quelques années, l’acteur a vraiment su améliorer son jeu (avant, je trouvais qu’il jouait comme une huître). De plus, décidément, Reynolds sait bien jouer avec sa voix (détail important vu qu’il porte le 3/4 du temps son costume, donc on privilégie la VO) comme il nous l’avait déjà prouvé The Voices de Marjane Satrapi. Je suis un peu plus partagée sur certains rôles secondaires, surtout en ce qui concerne Ed Skrein. L’acteur britannique n’est pas mauvais en soi, c’est juste que son rôle est trop caricatural et paradoxalement trop effacé (Deadpool doit rester la star de son propre film) pour convaincre totalement. A surveiller donc Deadpool 2, évidemment en préparation…

Deadpool : Photo Ryan Reynolds

Avanti !

réalisé par Billy Wilder

avec Jack Lemmon, Juliet Mills, Clive Revill…

Comédie américaine. 2h18. 1972.

sortie française : 23 septembre 1973

Movie Challenge 2016 : Un film avec un acteur que j’adore

avanti

La partie de golf de Wendell Armbruster Jr., P.D.G. de 37 sociétés, est brutalement interrompue par la mort de son père survenue en Italie. Wendell saute dans l’avion et apprend que l’auteur de ses jours fréquentait une certaine Mrs Piggott alors qu’il était censé suivre une cure de bains de boue. De plus, il affronte Pamela, romantique et donc digne fille de Mrs Piggot qu’il se met illico à détester et qu’il surnomme « grosses fesses ». Mais très vite, d’autres rapports s’installent entre eux…

avanti1

Jusqu’à présent, de ce que j’ai pu voir, j’ai toujours aimé le cinéma de Billy Wilder, une vraie référence pour moi en tant que cinéphile. Et j’aime aussi énormément Jack Lemmon, un de mes acteurs préférés (et pour moi, malgré le succès qu’il a eu, j’ai toujours l’impression qu’on l’oublie un peu lorsqu’on veut évoquer les plus grands acteurs du cinéma). Vous imaginez bien que j’ai souvent aimé (on peut même dire adoré) les différentes collaborations entre Jack Lemmon et Billy Wilder : Certains l’aiment chaud, Irma La Douce ou encore La Garçonnière. J’étais donc enthousiaste à l’idée de découvrir Avanti, qui marque la neuvième collaboration entre Wilder et son scénariste attitré, I.A.L. Diamond. Les deux compères adaptent la pièce homonyme de Samuel A. Taylor (qui avait collaboré sur le scénario de Sueurs Froides / Vertigo d’Alfred Hitchcock). Sabrina était déjà une adaptation d’une oeuvre de cet auteur (Sabrina Fair). Pour la petite anecdote, dans une interview pour Positif, Billy Wilder avait dit les propos suivants concernant le personnage principal de Avanti : « C’est au commencement le héros de La Garçonnière s’il ne s’était pas révolté ». En tout cas, Avanti a rencontré un certain succès à sa sortie : il a permis à Jack Lemmon de remporter le Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie (dans toute sa carrière, il en a remporté six !). Le film avait également décroché d’autres nominations aux Golden Globes (dans les catégories meilleurs film dans une comédie, actrice, acteur dans un second rôle, réalisateur et scénario). J’avais vraiment envie d’aimer ce film comme j’ai aimé les autres longs-métrages de Billy Wilder. Comme je l’ai dit, je n’ai pas vu tous les films de Wilder mais de ce que j’ai pu voir, il me semble que ce Avanti est un film mineur de sa carrière. Hélas, j’ai été assez déçue par ce film même s’il n’est pas non plus déplaisant à regarder (on peut même dire qu’il est assez sympathique). Je l’ai même regardé deux fois pour voir si je n’étais pas passée à côté de quelque chose la première fois. Hélas, je crois que je n’accroche pas plus que ça à l’histoire. Pourtant, sur le papier elle n’a rien de repoussante : il s’agit d’une comédie romantique assez classique, comme j’ai pu le voir des tonnes de fois. Mais je ne parviens pas totalement à y adhérer même si elle reste charmante. En plus, le film a du fond et les personnages ont tout pour plaire. De plus, les paysages italiens sont splendides et jouent un rôle important dans le déroulement de l’histoire avec toute l’atmosphère qui va avec, les accents, les chansons, le soleil, la mer, bref cet exotisme est assez agréable, il faut bien le reconnaître.

avanti2

Après tout, le film met en avant les différences culturelles pour pouvoir livrer une critique sociale assez fine (comme souvent chez Wilder) : les Américains sont vus comme des gens coincés et tiraillés par leurs différentes obligations (familiales et professionnelles) ne s’évadant jamais d’un triste quotidien tandis qu’en Italie (et plus généralement en Europe – Pamela étant britannique) les gens prennent le temps de vivre. Par ailleurs, toujours en Italie (en tout cas dans la vision proposée par Wilder), l’adultère n’est pas nécessairement quelque chose de condamnable, il prend même une dimension romantique, une sorte d’alternative et d’évasion à une vie pesante. Mais il me semble aussi que le jeu des stéréotypes italiens est assez lourd, le vaudeville en lui-même trop appuyé, certains gags tombent parfois à plat (même si, heureusement, certaines scènes restent tout de même plutôt drôles). Surtout j’ai trouvé Avanti affreusement long. Pratiquement 2h20 ! On les sent bien ! Le film ne manque pourtant pas de rythme si on regarde bien (sur le papier, je ne trouve pas qu’il y ait de temps mort) : les différents éléments narratifs s’enchaînent, les gags et quiproquos aussi. Mais c’est juste qu’il s’attarde trop inutilement sur certains éléments (certes sur certains gags qui auraient pu être plus drôles avec un effet de rapidité mais plus généralement sur la relation entre Wendell et Pamela alors qu’on sait d’avance comment l’histoire va plus ou moins se terminer) alors qu’on aurait enlevé facilement une bonne trentaine de minutes ! Ce sentiment d’étirement est assez désagréable. J’imagine que la durée peut être justifiée : en Italie, on doit prendre littéralement le temps de vivre. Sauf que ça ne fait pas nécessairement du bien aux spectateurs et que ça finit par desservir le film. Ca casse vraiment toutes les bonnes choses qui ont été mises en place et plus généralement le ton frais et léger. Heureusement, les personnages sont également plutôt sympas et attachants. Jack Lemmon est excellent (comme toujours) dans le rôle de Wendell Armbruster jr. (le nom a quelque chose d’assez « agressif » à l’image du personnage durant la première partie du film), un riche PDG toujours pressé et coincé parfois un peu aigri, qui va finir par s’ouvrir, se relâcher et goûter au bonheur. Juliet Mills (une découverte en ce qui me concerne) est également une très bonne surprise dans le rôle de Pamela Piggott (le nom me semble assez ironique par rapport à ses « problèmes » physiques), une femme « ronde » (je dirais plus avec des formes), tantôt coincée par son corps et les différents régimes qu’elle poursuit, tantôt libérée (je pense à la scène où elle se déshabille et se baigne finalement sans complexes dans la mer).

avanti3

Clerks

réalisé par Kevin Smith

avec Brian O’Halloran, Jeff Anderson, Jason Mewes, Kevin Smith, Marilyn Ghigliotti, Lisa Spoonauer…

Comédie américaine. 1h32. 1994.

sortie française : 9 novembre 1994

Movie Challenge 2017 : Un premier film

clerks2

Dante est caissier dans une épicerie du New Jersey. Randal est employé dans le vidéo-club voisin. Les deux amis débattent regulièrement des sujets les plus divers. Et parfois, la routine laisse place à des journées pour le moins étonnantes…

clerks1

Clerks (en VF Clerks – Les Employés Modèles) est le premier long-métrage de Kevin Smith (de lui, je n’avais vu que Dogma dont je garde plutôt un bon souvenir) qui marque aussi le premier opus du View Askewniverse : il s’agit de l’univers crée par Smith lui-même, donnant ainsi une continuité entre la plupart de ses œuvres. On retrouve alors certains points communs entre la plupart des longs-métrages de Kevin Smith, notamment en ce qui concerne certains personnages clés, comme Jay et Silent Bob, qui dealent de la drogue devant le Quick Stop, une petite épicerie se situant dans le New Jersey. Clerks met en scène deux employés de cette épicerie, Dante Hicks et Randal Graves. Il s’agit d’un film fauché (ce qui explique principalement l’utilisation du noir et blanc, pas forcément là à l’origine pour des raisons esthétiques) où, pour la petite anecdote, la bande-originale a coûté plus cher que le film lui-même (fait assez rare voire même exceptionnel dans l’histoire du cinéma). Il faut aussi savoir que Kevin Smith travaillait dans le fameux Quick Stop du film pendant le tournage (il tournait les scènes de 22h30 à 5h30). Même si ça n’excuse pas tout, loin de là, ce côté très simple, fait artisanalement, entre potes, rend Clerks très sympathique. Il n’y a pas que ça qui rend ce film sympathique : il l’est, tout simplement, par son ton, ses personnages qui sont de véritables losers (et leurs interprètes, pas nécessairement très connus, surtout à la sortie du film, sont également très bons). Je ne sais pas trop pourquoi mais cela m’a fait penser par moments aux films de Tarantino, surtout à ses débuts. Cela dit, je ne parviens pas à comprendre le statut culte de Clerks (qui a même eu droit à sa suite en 2006) qui me semble un peu surestimé. Certes, l’humour reste toujours quelque chose de discutable et surtout de très personnel. J’ai conscience que je ne suis peut-être pas sensible de base à un humour assez gras, pour ne pas dire lourd et/ou vulgaire. Ca m’a parfois fait rire, parfois (et surtout sourire) mais ce n’est pas pour moi la comédie la plus drôle que j’ai pu voir de tous les temps ni plus généralement la plus réussie. Clerks, qui a quelque chose de grunge par moments (ça doit être lié à son époque), est un film multipliant les références de la culture geek (ce qui peut expliquer en partie de ce statut de film culte). Surtout, et étonnamment, la plus grande référence à retenir est celle à la Divine Comédie de Dante : un des personnages principaux se prénomme donc Dante (comme vous l’aurez constaté) et le film est construit en neuf scènes, en parallèle des neuf cercles de l’Enfer, du texte de Dante.

clerkss

Le scénario est donc faussement construit à partir de cette structure dantesque (le quotidien de ces deux employés est aussi un enfer mais d’une grande et banale médiocrité) en réalité il manque cruellement de consistance, l’écriture paraît alors bancale. Il s’agit plus d’une succession de scènes sans réels liens entre elles (en tout cas il s’agit de mon impression générale), on peut même parler par moments de films à sketchs (même si ce n’est pas tout à fait le cas techniquement parlant mais en tout cas il n’y a pas réellement d’intrigue). Du coup, par moments, j’étais « perdue » dans le sens où je ne réussissais pas réellement à m’intéresser au sort des personnages, à leurs problèmes (ou non-problèmes dans un sens). Il y a même des moments où j’oubliais que l’intrigue se déroulait sur une seule journée ! Je ne me suis ennuyée mais le rythme n’est pas non très soutenu, ce qui ne m’a pas non plus aidée à apprécier pleinement ce film qui se veut anecdotique. La mise en scène, même si elle paraît simple, est finalement plus efficace et réussie que le scénario pourtant tant vanté, surtout par ces quelques scènes clés assez marquantes. Ce qui saute aux yeux ? Les nombreux plans fixes. Kevin Smith (qui incarne donc le fameux Silent Bob) parvient bien à montrer un certain malaise chez les personnages, littéralement immobiles et qui ne comptent pas se sortir de cette situation misérable. On est finalement loin du côté geek cool comme on a tendance à le voir un peu partout depuis (que ce soit au cinéma ou à la télé) maintenant pas mal d’années : les situations ont beau être cocasse, les personnages présentés sont assez réalistes, voire même assez fatalistes. Quelque part, j’ai même envie de dire que j’ai davantage retenu cette noirceur que tous les procédés comiques, même si j’imagine, en me mettant dans la peau d’un fan, que c’est justement cette combinaison entre la culture geek et la noirceur qui sont à l’origine du succès de ce long-métrage. Le noir et blanc n’avait peut-être pas à l’origine d’intérêt esthétique, il faut pourtant constater qu’il est aussi à l’origine de ce malaise présent tout le long. Clerks a certainement ses qualités, qui fait son petit effet (j’imagine qu’il n’aurait pas rencontré ce succès), pas déplaisant en ce qui me concerne mais je ne suis pas non plus totalement emballée par le résultat final même si certains éléments de mon ressenti trouvent leur place dans ce qu’a voulu raconter Kevin Smith dans ce petit long-métrage qui a le mérite d’être sans prétention.

kevin

Elle

réalisé par Paul Verhoeven

avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny, Charles Berling, Virginie Efira, Christian Berkel, Judith Magre, Jonas Bloquet, Alice Isaaz, Vimala Pons, Stéphane Bak, Raphaël Lenglet…

Thriller français, allemand. 2h10. 2015.

sortie française : 25 mai 2016

interdit aux moins de 12 ans

elle

Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Elle : Photo Isabelle Huppert

On parle beaucoup de Elle en bien depuis sa présentation en compétition au festival de Cannes. Adapté du roman « Oh… » de Philippe Djian (auteur de 37°2 le matin et aussi parolier de Stéphane Eicher), au passage récompensé par le prix Interallié, il marque aussi le retour de Paul Verhoeven après Black Book (2006) qui avait révélé Carice Van Houten et le moins connu Tricked (2012). Le réalisateur néerlandais ne fait pas son retour n’importe où : en France. C’est la première fois qu’il tourne chez nous alors. Ce choix, assez risqué de la part d’un réalisateur ne maîtrisant pas notre langue (le tournage n’a pas été évident à cause de ce point en question) est logique puisque le roman se déroule lui-même en France. Certes, avec un peu d’imagination, le livre aurait certainement pu se dérouler ailleurs (avec un autre type de travail d’adaptation). Mais il faut avouer que l’histoire de Djian est très ancrée dans la culture française, surtout dans son observation et sa critique noire sur la bourgeoise de notre pays (mais encore une fois, ce n’était pas non plus hyper problématique). Ce n’est pas sa narration qui posait problème mais plus le manque de moral totalement assumé qui empêchait notamment Verhoeven de réaliser son film aux Etats-Unis (et cela aurait conduit également à des soucis financiers). Isabelle Huppert est actuellement nommée aux Golden Globes pour sa performance et on la verra peut-être concourir aux Oscars (même si le film n’a rien d’américain… ne cherchons pas plus à comprendre cette nécessité aux Américains de se prendre clairement pour les rois du monde). Il faut avouer qu’elle est formidable et que le prix d’interprétation n’aurait pas été volé (et on croise les doigts pour elle pour les Césars). Pour être honnête, c’est le seul  prix que j’aurais remis à Cannes. Encore une fois, sans faire de lèche au jury de George Miller, alors que beaucoup criaient au scandale de voir son absence (certains lui auraient déjà remis la Palme), pour ma part, je comprends l’absence de Elle dans le palmarès. Pas pour des raisons morales ou « féministes » ou quelque chose dans ce genre (parce que, de ma part, on pouvait s’attendre à ce genre de réactions mais pas de ça ici, je vous rassure). Non. La preuve, c’est que le roman de Philippe Djian m’a plutôt plu. J’avais pris un certain plaisir à suivre le tourbillon intérieur de cette femme torturée, malade et victime, qui décide d’agir à sa façon face au viol et plus généralement face à son passé douloureux. Le film de Paul Verhoeven est pourtant assez fidèle au texte : même histoire (même si, ici, Michèle n’est pas narratrice mais elle apparaît dans tous les plans), même pays, mêmes personnages.

ellea

Etrangement, je ne trouve pas que le film de Verhoeven fonctionne aussi que le texte d’origine, comme si je voyais sur l’écran tous les défauts que j’aurais pu pourtant voir chez Djian (même si je détecte aussi des défauts qui appartiennent, selon moi, uniquement au film). Pourtant, j’admets qu’il a ses qualités et que j’avais vraiment envie d’aimer ce film. L’histoire, malgré sa violence (physique et psychologique), reste « plaisante » à suivre (je sais que le terme peut paraître étrange) dans le sens où on rentre rapidement dedans (le film s’ouvre directement sur la première scène de viol). Le film a beau dépasser les deux heures, on ne s’ennuie pas devant cette histoire assez tragique. Le livre l’était déjà, Paul Verhoeven a le mérite d’avoir renforcer le cynisme. Le ton abordé ne rend pas totalement l’histoire nauséabonde alors qu’elle l’est bien sur le papier. J’avais évidemment peur que le film soit confus dans son propos, qu’il banalise le viol mais évidemment les féministes ne doivent pas s’en faire sur ce point. Il faut dire que Michèle, le personnage principal, qui souffre réellement de la situation, fait tout pour ne pas dramatiser l’inimaginable. Il y a un vrai décalage entre la réalité et ce qu’elle veut montrer et prouver aux autres. La scène où elle raconte durant un repas avec des collègues et amis d’un air totalement détaché qu’elle a été violée est limite drôle grâce à ce décalage en question. Il n’y a également pas de surprise (même sans avoir lu le roman) concernant l’identité même du violeur mais cela n’est pas important. Au contraire, cela contribue encore plus à la psychologie complexe de Michèle qui entre clairement dans une sorte de jeu sado-masochiste (même si encore une fois elle condamne son violeur). Cela dit, même si je me posais déjà certaines questions durant ma lecture (et avec le recul je pense que c’est aussi pour cette raison que je ne l’ai pas non plus adorée), j’avoue que je reste un peu sceptique justement sur cette psychologie en question. Certes, le portrait de femme livré dans le long-métrage est intéressant. Je comprends qu’on puisse être fasciné par les différentes facettes présentées par Michèle. Les rôles féminins intéressants restent encore insuffisants dans le cinéma. J’ai parfois eu l’impression que sa complexité justifiait parfois un peu tout et n’importe quoi. On pourra toujours me balancer « ouais, tu comprends, elle est torturée à cause de ça et ci », j’avoue que je n’ai pas toujours trouvé ses réactions très crédibles. De toute façon, contrairement au bouquin, j’ai justement eu du mal avec les personnages. Pourtant, en regardant bien, il y a ces possibles mêmes défauts dans le roman.

Elle : Photo Isabelle Huppert

La différence est juste que Djian comprend mieux la subtilité que Verhoeven (dans le cadre de cette oeuvre). J’ai trouvé les personnages et leurs relations d’un cliché ! C’est étrange en plus de ressentir ce type d’impression quand on voit les efforts de l’équipe à rendre les personnages complexes paradoxaux mais aussi tout le travail concernant le traitement pourtant parfois pertinent des différents thèmes abordé. Paul Verhoeven et David Birke n’hésitaient également pas à crier sur tous les toits à quel point ils avaient été pertinents en modifiant une petite chose du roman : chez Djian, Michèle travaillait dans une société du cinéma (elle bossait même sur des scénarios). Dans Elle, elle travaille dans l’univers du jeu vidéo. Evidemment, je conçois l’argument de Verhoeven, jugeant le manque de challenge et de visualisation dans le travail de Michèle dans le bouquin. Mais sans être méchante, sans vouloir m’attaquer au physique (car Isabelle Huppert est une très belle femme respirant l’intelligence) ou quoi que ce soit dans ce genre, quand je vois Huppert, je ne l’imagine pas une seule seconde bosser dans le milieu du jeu vidéo ! Surtout alors que le film est très subversif, je suis restée sur ma faim. Dans le roman, tout s’enchaîne et je ne me suis pas posée de questions sur ce que je ressentais durant ma lecture. Or, alors que le film est fidèle au texte, j’ai trouvé qu’il y avait une rupture. Encore une fois, je ne me suis pas ennuyée, loin de là. Je dirais juste que le film commence très bien, qu’il m’avait plutôt enthousiasmé et que j’ai perdu cet enthousiasme en question durant sa seconde partie. Clairement, étrangement, je suis restée sur ma faim. Cela me désole réellement d’avoir un avis mitigé car il y a un vrai bon boulot de mise en scène, un ton qui fonctionne et qui tire certainement le film vers le haut, une envie de raconter une histoire complexe (et j’adore les histoires complexes) mêlant le sexe, la mort, la violence (bref des thèmes puissants), de mettre aussi en tête un personnage qui mérite tant d’exister à l’écran. Je parle beaucoup des choses qui ne m’ont pas plu notamment dans son écriture mais le film a de réelles qualités même dans ce même domaine que je pointe pourtant du doigt depuis quelques lignes. Je suis même à la première à être déçue par ma déception. Encore une fois, Isabelle Huppert est incroyable dans ce rôle pas évident et pas toujours compréhensible comme vous avez pu le constater et le reste du casting est également à la hauteur de nos attentes.

ellie