Le 15h17 pour Paris

réalisé par Clint Eastwood

avec Spencer Stone, Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Judy Greer, Thomas Lennon, Tony Hale…

titre original :  The 15:17 to Paris

Drame américain. 1h34. 2018.

sortie française : 7 février 2018

Dans la soirée du 21 août 2015, le monde, sidéré, apprend qu’un attentat a été déjoué à bord du Thalys 9364 à destination de Paris. Une attaque évitée de justesse grâce à trois Américains qui voyageaient en Europe. Le film s’attache à leur parcours et revient sur la série d’événements improbables qui les ont amenés à se retrouver à bord de ce train. Tout au long de cette terrible épreuve, leur amitié est restée inébranlable. Une amitié d’une force inouïe qui leur a permis de sauver la vie des 500 passagers…

Le 15h17 pour Paris : Photo Anthony Sadler, Spencer Stone

Un film de Clint Eastwood était auparavant un événement, particulièrement en France. Mais depuis quelques films, les choses sont plus compliquées, comme si on venait soudainement de se rappeler de quelle branche politique appartient l’acteur-réalisateur. Avant même la sortie de ce 15h17 pour Paris, film passé inaperçu et gros bide au box-office, les mauvaises critiques se manifestaient, Eastwood aurait signé un film douteux et facho. Ces critiques en question m’avaient découragée en février dernier à découvrir en salles ce film. Mais j’ai finalement décidé de le rattraper : je devais savoir si j’étais en accord avec toutes ces voix négatives ou non. Et en réalité, même s’il trouve vite ses limites, ce nouveau long-métrage n’est pas du tout catastrophique, loin de là. Et surtout, je n’ai pas spécialement vu le propos douteux tant décrit, je ne suis pas sûre qu’on ait vu le même film. Certes, Clint Eastwood nous présente deux (sur trois) personnages qui travaillent pour l’armée américaine. Mais ce n’est pas parce qu’ils font partie de ce corps de métier qu’Eastwood loue à tout prix la puissance de l’armée américaine, même s’il a de l’admiration pour elle. Mais on peut avoir de l’admiration pour l’armée sans être à tout prix facho ou autre. Et surtout, encore une fois, ce n’est pas le propos. Nous ne sommes pas dans American Sniper qui avait causé tant de polémiques à sa sortie (mais qui avait remporté un beau succès au box-office : on a l’impression qu’Eastwood en paye aujourd’hui le prix). La mise en scène de l’armée (et tout le parcours qui va avec, notamment avec la formation) explique comment ces hommes très ordinaires ont réussi à devenir les acteurs d’un événement littéralement extraordinaires. Surtout, le long-métrage parle de hasard qui les amène à devenir ces héros malgré eux. Ce traitement du hasard fonctionne justement plutôt bien, par petites touches. On pourrait croire que ce voyage en Europe est complètement inutile, juste pour combler du vide. Non, toutes leurs rencontres en Europe, ce clin d’oeil à Hitler, la manière dont les amis se retrouvent durant ce voyage etc… marquent ce flot de hasards les amenant à un point précis. En réalité, il faut se mettre plusieurs choses dans la tête car il y a selon moi trop d’incompréhensions autour de ce film. Tout d’abord si le film s’intitule bien Le 15h17 pour Paris, qui met en avant ce fameux point précis historique suite à une succession de hasards, le film n’a pas pour volonté de tourner autour de cet événement en question. C’est aussi pour cette raison que le terroriste n’est qu’une silhouette qui ne mérite pas qu’on s’y attarde car au fond, le film ne parle pas de terrorisme : cela aurait finalement pu être un autre type d’événement.

Le 15h17 pour Paris : Photo Spencer Stone

Il ne faut pas non se méprendre sur les intentions d’Eastwood sur la question de l’héroïsme : ainsi, il est intéressant de placer des personnages américains, des militaires en plus, dans un acte héroïque en Europe. C’est là où le voyage en Europe peut aussi apporter quelque chose dans le récit. Les Américains représentent souvent cette figure de sauveurs dans l’Histoire (le discours sur leur intervention pendant la Seconde Guerre Mondiale est particulièrement pertinent), quitte à en rajouter des caisses et à déformer la réalité : c’est comme si l’événement raconté dans le film avait le mérite de remettre quelques points sur les « i ». Et c’est pour cela que le procès intenté à Eastwood n’a pas lieu d’être. Les personnages n’ont pas sauvé les gens du Thalys parce qu’ils étaient les fameux Américains sauveurs. Ils n’ont justement pas agi par ego ou par patriotisme, mais avant tout parce qu’ils étaient à un tel endroit à un tel moment. Ils ont avant tout agi par humanité et instinct, et non par leur nationalité. Le mélange de cultures par le passage entre plusieurs continents est alors en réalité plutôt une ode à la tolérance : peu importe nos origines, nous pouvons ensemble combattre un même ennemi pour instaurer la paix. Le 15h17 pour Paris mérite également d’être vu pour  son mélange saisissant entre la fiction et la réalité. Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sadler jouent leurs propres rôles et revivent, par la fiction, cet événement aussi glorieux que traumatisant.Je ne dis pas que cela excuse certaines imperfections du film mais j’aime cette interrogation sur la frontière floue entre la fiction et la réalité : nous sommes littéralement les acteurs de notre propre vie. Et mine de rien, les acteurs s’en sortent plus que bien face à un exercice qui n’est pas si simple contrairement à ce qu’on pourrait le croire. En revanche, les jeunes acteurs incarnant les protagonistes durant leur enfance sont ultra mauvais (et physiquement, on a parfois du mal à réaliser la correspondance avec leurs personnages adultes).De plus, le rendu en lui-même n’est pas toujours palpitant.Certes, Clint Eastwood traite son sujet avec une réelle pertinence. Justement, par son travail vacillant entre la fiction et un exercice proche du documentaire, la mise en scène est plutôt intéressante, répondant à son projet d’origine. Mais pourtant ni le traitement du sujet ni sa mise en scène pourtant cohérente ne rendent ce long-métrage réellement passionnant. Avec un tel potentiel et surtout un réalisateur de talent derrière la caméra, il est tellement regrettable de ne pas avoir un film plus puissant tout simplement. Or là il s’agit juste d’un film mineur dans la carrière d’Eastwood. Enfin, on peut regretter la mise en avant de Spencer alors qu’il y a bien eu trois héros intervenant dans le Thalys ce jour-là. Pour conclure, j’encourage les spectateurs ayant trop écouté les mauvaises critiques (ce qui peut se comprendre) à donner sa chance à ce film qui a rencontré un bide injustifié pour se faire leur propre opinion.

Le 15h17 pour Paris : Photo Alek Skarlatos, Anthony Sadler

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[MC2018] Petit Paysan

réalisé par Hubert Charuel

avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners, Isabelle Candelier…

Drame français. 1h30. 2017.

sortie française : 30 août 2017

Un film qui m’a déçue

Pierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Sa vie s’organise autour de sa ferme, sa sœur vétérinaire et ses parents dont il a repris l’exploitation. Alors que les premiers cas d’une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l’une de ses bêtes est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il n’a rien d’autre et ira jusqu’au bout pour les sauver.

Petit Paysan : Photo

Sorti discrètement à la fin des vacances d’été, Petit Paysan a rapidement réussi à se faire un petit nom grâce à un bouche-à-oreilles efficace durant les festivals (dont Cannes dans la case « La Semaine de la Critique »). Son succès s’est particulièrement confirmé à la dernière cérémonie des César. Le film est ainsi reparti avec trois grandes statuettes : meilleur premier film (et oui, j’étais contente qu’il gagne face à Grave, je suis vilaine), meilleur acteur et meilleure actrice dans un second rôle. Pour ce premier long-métrage, Hubert Charuel s’est inspiré de sa propre histoire et expérience (même si le film ne prétend pas s’inscrire dans une démarche purement autobiographique). En effet, il est le fils d’un couple d’agriculteurs et lui-même a travaillé dans le secteur de l’élevage laitier avant de s’orienter vers des études de cinéma (lui aussi sort de la Fémis : décidément, cette école est de plus en plus mise en avant). Plusieurs anecdotes sont intéressantes pour appréhender la démarche du jeune réalisateur (et aussi pour illustrer la crédibilité générale du film). Tout d’abord, il a tourné dans la ferme familiale. En parlant de famille, le père du personnage principal est interprété par le propre paternel du réalisateur. Sa mère fait aussi partie de la partie, en interprétant la contrôleuse de la ferme. Sur le papier, beaucoup de choses pouvaient me séduire dans la démarche de Petit Paysan. En effet, en nous dressant le portrait d’un homme attaché à son métier (et les animaux), Hubert Charuel tire la sonnette d’alarme sur la situation des agriculteurs ignorés de tous, pris dans l’engrenage de la solitude. L’évolution du scénario m’a également rappelé un événement qui a secoué le monde agricole quelques années auparavant (et qui a toujours des conséquences actuellement, même si on en parle moins) : la « vache folle ». De plus, le film évoque plus globalement l’inquiétude de ce corps de métier face aux nombreuses restrictions qui ne leur permet pas de vivre de leur passion correctement. Hubert Charuel a alors le mérite de mettre en avant une figure peu prisée (et même méprisée) par le cinéma et plus globalement par les médias.

Petit Paysan : Photo

La première partie du film expose bien ce triste postulat de départ, s’inscrivant a priori dans le drame social. Puis, le film bascule plutôt sur le papier dans le thriller psychologique. Si ce choix de basculement pouvait être logique et compréhensible par rapport au propos défendu par le réalisateur. Les contraintes sociales des agriculteurs ont fini par faire naître chez eux la peur et la paranoïa. Cela dit, si les intentions sont plutôt bonnes, la mise en pratique n’est hélas pas très satisfaisante. Effectivement, dans l’ensemble, Petit Paysan m’a plutôt mitigée. Je suis même assez étonnée de sa bonne réputation face à ce film qui manque, selon moi, de consistance. La première partie est donc plutôt réussie avec cette approche naturaliste, durant laquelle la documentation sur l’environnement (qui ressort sans qu’on connaisse le passé du réalisateur) prend le dessus – même si des éléments de la seconde partie apparaissent déjà discrètement mais sûrement. La seconde partie se veut plus intense, allant vers le thriller, voire même dans l’horreur. L’horreur, s’il y en a pas, n’apparaît pas grossièrement. J’apprécie la démarche du réalisateur de ne pas avoir trop accentuer sur l’horreur en tant que genre pour faire jouer sur un autre niveau de peur. Cependant, à force de jouer sur la subtilité reposant sur une peur invisible et inconnue,le réalisateur semble lui-même avoir trop peur des différents genres abordés. Par conséquent, même si l’évolution du scénario est plutôt intéressante, le film a du mal à ne pas se sortir de son schéma de « film d’auteur social ». J’ai eu du mal à ressentir de la peur ou à sentir une pression monter malgré la tragédie réelle du personnage principale, tout comme j’ai du mal à y voir là-dedans un quelconque film qui se voudrait « hybride ». Par ailleurs c’est à partir de cette deuxième partie, selon moi pas suffisamment aboutie, où j’ai fini par décrocher. Ainsi, au-delà de problèmes rythmiques le scénario est trop bancal et sa mise en scène, pourtant correcte (surtout avec une économie de moyens), n’a rien non plus de palpitant. Résultat : son film n’est pas mauvais, mais je ne dirais pas qu’il est particulièrement bon non plus. Il est pour moi trop maladroit (est-ce lié au manque d’expérience du réalisateur derrière la caméra ?), ne parvient pas réellement à répondre aux intentions de départ et s’avère alors oubliable. En revanche, je suis entièrement convaincue par les interprétations des charismatiques Swann Arlaud (première fois que je le vois réellement dans un premier rôle : une belle révélation en ce qui me concerne) et Sara Giraudeau qui n’ont pas volé leurs récompenses aux César.

Petit Paysan : Photo

The Rider

réalisé par Chloe Zhao

avec Brady Jandreau, Lilly Jandreau, Tim Jandreau…

Drame, western américain. 1h44. 2017.

sortie française : 28 mars 2018

Le jeune cowboy Brady, étoile montante du rodéo, apprend qu’après son tragique accident de cheval, les compétitions lui sont désormais interdites. De retour chez lui, Brady doit trouver une nouvelle raison de vivre, à présent qu’il ne peut plus s’adonner à l’équitation et la compétition qui donnaient tout son sens à sa vie. Dans ses efforts pour reprendre en main son destin, Brady se lance à la recherche d’une nouvelle identité et tente de définir ce qu’implique être un homme au coeur de l’Amérique.

The Rider : Photo Brady Jandreau

Depuis son premier film Les Chansons que mes frères m’ont apprises (présenté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs ainsi qu’à Sundance), la réalisatrice sino-américaine Chloe Zhao avait déjà intégré discrètement mais sûrement le cercle des noms du cinéma indépendant à retenir. Avec The Rider, lauréat du Grand Prix au festival du cinéma américain de Deauville (et également passé par la case Cannes, toujours dans la même catégorie), Zhao ne fait que confirmer son statut. Le projet de The Rider a pour but de mêler la réalité à la fiction (on a presque envie de parler d’une cohabitation entre la fiction et le documentaire) : la réalisatrice s’est inspirée du parcours de son acteur principal Brady Jandreau pour écrire le scénario. Comme le personnage qu’il interprète (Brady Blackburn – à noter au passage que le reste du casting a également conservé leurs véritables prénoms pour leurs personnages), le cowboy a failli mourir d’un accident de rodéo et a passé trois jours dans le coma, son cerveau ayant subi une hémorragie interne : ses médecins lui ont fortement conseillé de ne plus monter sur un cheval. Or, la relation qu’il a avec les chevaux représente justement toute sa vie : sans ça, il n’est plus rien aux yeux de la société. On retrouve alors parmi tous ces acteurs non professionnels le propre entourage de Brady Jandreau dont son père (également cowboy) et sa soeur Lilly atteinte du syndrome d’Asperger. Cela dit, et c’est aussi ce qui nous permet de rappeler la part fictive jamais lointaine, quelques faits ont été modifiés pour les besoins du film. Ainsi, Lane Scott, l’ami de Brady, ne s’est pas retrouvé lourdement handicapé suite à un accident de rodéo comme le suggère le long-métrage, mais à cause d’un accident de voiture. Si vous me demandez si je vous conseille ce film, ma réponse sera alors : « oui ». Mais je ne peux pas non plus dire que j’ai réellement aimé ce film. C’est typiquement le genre de films où je suis limite embarrassée de dire que je ne partage pas le grand enthousiasme général de la critique (presse et blogosphère). Parce que ce film en question a d’indéniables qualités que je ne peux que reconnaître. J’ai beaucoup de respect pour le projet et la démarche de Chloe Zhao qui sait indéniablement jouer entre les genres pour mieux déconstruire le rêve américain tel qu’on se l’imagine. Elle filme magnifiquement les paysages sans en faire trop non plus (l’approche reste naturaliste).

The Rider : Photo Brady Jandreau

La photographie est particulièrement belle, jouant sans cesse entre la luminosité et les ombres, allant de pair avec la mélancolie de Brady qui continue de croire en ses rêves. De plus, les jeux d’ombre sont souvent intéressants pour suggérer la violence (certes peu présente) dans certaines scènes. Ils ne servent pas uniquement de beaux décors : ils aident à mieux cerner ce Brady, indissociable de cet environnement. Il n’y a qu’à le voir quand il est forcé de travailler loin des chevaux, dans un supermarché (presque un synonyme à lui seul de la ville et de tout ce qui va avec) : l’ennui le guette, le jeune homme fait alors tout pour trouver de l’action et de l’adrénaline, quitte à scanner rapidement des articles dans son magasin. L’autre bon point intéressant, bien qu’il ne soit pas suffisamment souligné (et qui complète certainement toute la réflexion autour du rêve américain brisé et de l’appropriation du mythe américain) concerne l’origine même des personnages : ces cowboys sont d’origine amérindiennes. Cela ne frappe pas particulièrement les spectateurs puisque les personnages (et, rappelons-le surtout, les véritables interprètes se fondant dans cette fiction) sont américanisés, probablement par adaptation. Or, le réel lien gardé avec cette culture amérindienne, première véritable trace de l’Amérique, est celui avec les chevaux justement. Le drame dépasse même l’intimité : il traduit cette disparition des Amérindiens, si peu nombreux et invisibles, qui se raccrochent à des rêves, presque même des clichés primaires sur l’Amérique. Comment continuer à vivre lorsqu’on nous retire ce qui nous constitue ? Nous retirer cette chose nous prive-t-il alors de liberté ? Faut-il alors baisser les bras et prendre des risques s’il n’y a que ça qui nous fait vivre ? Si le film ne le dit jamais frontalement, le suicide n’est pourtant jamais bien loin. Les thèmes abordés sont donc alors indéniablement riches, le film est certainement pertinent à plusieurs reprises mais il est regrettable que The Rider ne m’ait pas plus passionnée que ça, ni réellement émue. Seules les quelques scènes entre Brady et son ami Lane ont su tirer quelque chose en moi mais dans l’ensemble je ne peux pas dire que le film m’ait réellement touchée. Finalement, cette émotion, je la ressens davantage pendant que j’écris cette chronique, en prenant conscience de tout ce qu’implique ce projet cinématographique. Si le film est dans l’ensemble plutôt délicat et qu’il aborde certains thèmes avec intelligence, je suis en revanche moins convaincue par le parallèle entre l’homme et le cheval qui ne m’a pas non plus paru si fou que ça (sans dire que c’est mal fait ou quoi que ce soit) contrairement à ce que j’ai pu lire à droite et à gauche. Après, j’ai peut-être conscience de passer ici pour une chieuse même si j’aurais certainement souhaité vivre une expérience plus intense. A voir tout de même.

The Rider : Photo

Ready Player One

réalisé par Steven Spielberg

avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn, Mark Rylance, Lena Waithe, Simon Pegg, T.J. Miller…

Science-fiction, action américain. 2h20. 2018.

sortie française : 28 mars 2018

2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l’OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l’œuf de Pâques numérique qu’il a pris soin de dissimuler dans l’OASIS. L’appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu’un jeune garçon, Wade Watts, qui n’a pourtant pas le profil d’un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant…

Ready Player One : Photo Tye Sheridan

Selon la promotion constructive des Youtubeurs sponsorisés par Warner Bros. (oui, je trolle gratuitement), Ready Player One est « juste incroyable […] allez le voir quand il sort. Voilà » ou encore « c’est un chef-d’oeuvre : vous pouvez abandonner, on ne fera rien de mieux cette année ». Rien que ça. Et globalement, la blogosphère cinéphile est hyper emballée, criant elle aussi au film de l’année. Je me méfie toujours de la hype en général. Cela dit, au-delà du projet gigantesque de vouloir réunir dans une oeuvre autant de clins d’oeil à la pop culture (ce qui tombe bien vu que c’est la tendance actuelle), le film est surtout réalisé par Steven Spielberg, décidément très productif cette année (The Post/Pentagon Papers est sorti en janvier dernier). Etant donné qu’il est lui-même un incroyable artiste et créateur ayant considérablement nourri cette même pop culture des années 80 (j’ai logiquement grandi avec ses films comme un certain nombre de spectateurs) qui inspire désormais la nouvelle génération, Spielberg adapte logiquement le roman à succès d’Ernest Cline (Player One en VF). Pour ma part, il s’agit d’une des oeuvres de Spielberg les moins satisfaisantes que j’ai pu voir. Et il est pour moi en partie sauvé par le savoir-faire indéniable du réalisateur. La mise en scène est impeccable, les différentes séquences autour des deux premières énigmes le démontrent particulièrement. Cela dit, dans l’ensemble, sans dire que tout est mauvais ou quoi que ce soit, non, Ready Player One ne m’a pas convaincue et pas uniquement à cause de ses multiples références à la pop culture selon moi mal gérées. Je ne dis pas que cette surabondance était inutile à l’origine. La pop culture, dans laquelle les personnages ont toujours baigné (ce qui est dramatique si on s’interroge sur la créativité originale), permet d’échapper à une réalité moins plaisante. Cela dit, si ces pistes-là peuvent être intéressantes à exploiter, dans l’ensemble, ces différentes intertextualités fonctionnent très rarement : elles ne nourrissent pas tant que ça le scénario ni ne dessinent pas nécessairement bien le fameux contexte. Je ne pouvais pas m’empêcher de me dire qu’on aurait pu remplacer ces oeuvres citées par d’autres types de références vu le traitement plutôt superficiel le trois-quart du temps.

Ready Player One : Photo

Ce fameux contexte, déjà lourdement situé dès le début par une immonde voix-off, est justement problématique car il reste trop flou. Je n’ai jamais réellement cru en ce monde réel croulant sous la pollution et la surpopulation : on n’a même jamais l’impression que ce soit si terrible que ça (je veux bien croire que les personnages se sont habitués à cette situation mais tout de même, ça n’excuse pas tout non plus). On se demande d’ailleurs comment ces gens très pauvres vivant dans des taudis peuvent se payer ce matériel hautement technologique. En fait, seuls les décors présentés au début du long-métrage aident au début le spectateur à s’imprégner légèrement de ce contexte social, démographique et autre. Mais en dehors de ça, on n’en fait pas grand-chose. On est même surpris de voir à la fin du film la police débarquer alors que le monde présenté a l’air a priori sans loi. Cela est tellement décevant de sa part car Spielberg a déjà touché à la science-fiction : ses précédentes oeuvres étaient bien plus riches rien que de ce côté-là. Rien que pour ça, je bondis quand on parle de meilleur film de Spielberg ! Par ailleurs, il y a selon moi un déséquilibre concernant l’alternance entre le monde virtuel et le monde réel : on a presque l’impression d’assister davantage à un film d’animation qu’à une oeuvre qui alterne réalité et « fiction ». De plus, même si en tant que spectatrice, je n’ai évidemment pas la prétention de vouloir refaire le film à ma sauce, ce monde virtuel présenté et cette galerie de geeks ne me paraissent pas crédibles. L’OASIS n’est présenté qu’avec ses bons côtés et des enjeux ultra limités. J’imagine qu’on veut satisfaire le grand public, mais justement, j’ai l’impression qu’à force de vouloir contenter tout le monde, le film n’obtient pas cette force qu’il aurait pu avoir. Enfin, ce qui m’a certainement le plus énervée concerne le propos final : de mon point de vue, je ne comprends pas que Spielberg soit aussi paternaliste avec son public. Et je reste gentille car j’étais à deux doigts de le traiter de vieux con (allez, vieux schnock si on veut être plus sympa). Pourtant, Ready Player One partait plutôt bien (si on s’en tient au propos). En effet, j’avais peur qu’il ne soit qu’une ode sans nuance aux geeks (vu les premiers retours que j’avais lus qui allaient dans ce sens). Au début, il trouve alors un bon équilibre entre la bienveillance et une certaine lucidité sur le monde virtuel. Mais sa fin, d’une naïveté dépassée, détruit cette bienveillance mise en place, qui semble avoir considérablement séduite le public geek (ce qui se comprend : l’image du geek étant souvent négative au cinéma). Il est regrettable de voir un résultat aussi bancal, voire même réac’, alors que la question de l’héritage, via le personnage de Halliday (incarné par un impeccable Mark Rylance, le seul à se détacher véritablement du lot), est en revanche plutôt intéressante dans le sens où ce personnage incarnerait une sorte de double de Spielberg. 

Ready Player One : Photo Mark Rylance

Steven Spielberg est le maître de ce divertissement de masse – qui a su garder sa patte d’auteur –  qui a fait rêver tant de générations et qui en fera encore rêver même certainement après sa mort. Il ne s’est pourtant jamais caché face à la politique douteuse des studios, même s’il est paradoxalement « responsable » de certaines dérives actuelles à Hollywood (directement ou non). Beaucoup parlent de « film testament ». Je n’irais pas jusque-là mais il est certain que le réalisateur s’interroge sur son propre héritage. Les autres personnages sont malheureusement très décevants, sans aucune personnalité, creux, à la limite de la stupidité et sans sentiments (du genre, un membre de ta famille meurt mais bon on s’en bat les ovaires). En dehors de la charismatique Olivia Cooke (que j’aurais aimé voir davantage même si la romance avec un agaçant Tye Sheridan est traitée avec deux pieds gauches – on voit hélas plus son avatar hyper moche), le reste du casting est tout juste correct pour rester gentille et on ne peut pas leur en vouloir, vu la stupidité constante des personnages (qui en plus de ça ont le cul borné de nouilles : ils se sont connus par le virtuel mais habitent comme par hasard pas loin des uns et des autres mais passons). Et sans faire la relou de service, pour un film qui se veut « révolutionnaire » (ou en tout cas est perçu de la sorte), voir ENCORE ces mêmes clichés sur certaines communautés est vraiment agaçant. On a aussi envie d’exploser la gueule aux personnages lorsqu’ils ne peuvent pas s’empêcher d’expliquer ce qu’ils voient alors qu’ils ne devraient pas avoir besoin de le dire vu qu’ils sont entre geeks (« ohhh la moto d’Akira » fait partie de ces répliques lourdement appuyées). Ready Player One est donc pour moi une belle déception même si on peut reconnaître le talent indéniable de Spielberg dans une mise en scène inspirée et bien meilleure que son scénario trop simpliste et maladroit, aux enjeux limités, tel un scénario basique de jeu vidéo. Parmi les quelques prouesses techniques, on retiendra notamment une scène formidable rendant merveilleusement hommage à un autre maître du cinéma (un de mes réalisateurs préférés – encore une fois, j’évite de spoiler). C’est peut-être aussi la limite de cet exercice d’intertextualités : on aura beau me prouver par a+b que Spielberg aime les jeux vidéos, il reste bien plus à l’aise quand il joue avec des intertextualités cinématographiques.

Ready Player One : Photo Olivia Cooke, Tye Sheridan

Moi, Tonya

réalisé par Craig Gillepsie

avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Cailin Carver, Bobby Cannavale, Mckenna Grace…

titre original : I, Tonya

Comédie dramatique, biopic américain. 2h. 2017.

sortie française : 21 février 2018

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Moi, Tonya : Photo Margot Robbie

Nous connaissons quasiment tous l’affaire Harding-Kerrigan qui avait fait le tour du monde : six semaines avant les Jeux olympiques d’hiver de 1994 (et plus précisément la veille des championnats américains permettant la qualification pour ces fameux JO), Nancy Kerrigan est agressée et blessée au genou avec une barre de fer. L’enquête révèle alors l’implication de l’entourage de Tonya Harding, sa grande rivale. Moi, Tonya revient alors sur cette affaire ou plutôt : comment la jeune femme en est arrivée à une telle chute ? Est-elle vraiment responsable des faits reprochés ? Craig Gillepsie (réalisateur du génial Une fiancée pas comme les autres ou en VO Lars and the Real Girl – chers fans de Ryan Gosling, jetez-vous sur ce film) livre un portrait saisissant de cette femme vue à l’époque comme la grande méchante de l’histoire : il est certain qu’il y a un parti pris, celui de réhabiliter l’ancienne sportive. Battue par sa mère qui voulait absolument en faire une bête de patinage, également régulièrement tabassée par son abruti de mari, rejetée par le milieu du patinage artistique parce qu’elle ne vient pas d’un milieu assez chic, Tonya Harding en a bavé déjà bien avant l’éclatement même de l’affaire. Le réalisateur livre un anti-biopic, en s’amusant notamment à jouer entre les différentes pistes, c’est-à-dire en mêlant des éléments réels à d’autres qui seraient plus de l’ordre du mensonge. Qu’est-ce qui est alors vrai dans ce biopic qui, par définition, a pour but de retracer un événement réel ? L’exercice est alors plutôt bien exécuté à l’écran. La mise en scène souvent virtuose (notamment sur les scènes de patinage) ainsi que son montage effréné sont remarquables. Beaucoup de critiques ont comparé ce film aux Affranchis de Martin Scorsese et cela peut se comprendre même si Gillepsie n’atteint clairement pas la maestria du réalisateur Italo-américain. Cela dit, si je devais établir une comparaison qui me semble davantage plus cohérente, je la ferais alors avec l’univers des frères Coen notamment pour son humour « absurde » et coriace (même si utiliser la maltraitance en guise d’humour me gêne) et en situant le récit chez les Rednecks. Le ton surprend (surtout face à une histoire banalement tragique) mais est finalement cohérent avec la personnalité même de Tonya Harding.

Moi, Tonya : Photo Allison Janney

Moi, Tonya part d’un projet intéressant (les beaux portraits de femme au cinéma restent rares) mais qui finit rapidement par ne pas être aussi pertinent que prévu. Les différents thèmes abordés retiennent l’attention, en particulier en ce qui concerne la figure féminine bafouée dans les médias : c’est effectivement Tonya qui s’en est encore pris plein la gueule et non ceux qui ont réellement organisé cette agression. Qu’elle ait fait le coup ou non, peu importe le degré d’implication, ne change finalement pas grand-chose, elle n’était pas la seule responsable. Cela dit, même si le discours autour des inégalités de chance de réussite suscite l’intérêt, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver ces thèmes survolés, tout comme le fait de ne jamais réellement aborder sa confrontation avec Nancy Kerrigan. Oui, le film préfère se concentrer sur un point de vue et c’est tout à son honneur. En revanche, ignorer la rivale (enfin presque, hein) qui incarne l’antithèse même de Tonya Harding me semble absurde. On ne s’est pas seulement insurgés parce que la bande à Harding a tabassé une concurrente : on s’est insurgés à l’époque parce qu’on s’était attaqué à la fille chérie du patinage, issue d’un bon milieu et qui le montrait bien en apparence. De plus, la seconde partie du film a tendance à pêcher justement parce que le réalisateur ne sait justement plus comment traiter ses thèmes et continue à s’acharner sur un humour qui finit par perdre son grinçant. En fait, en dehors de nous présenter Harding comme une grande victime qui fait tout pour rester debout jusqu’au bout, on a l’impression que Gillepsie ne sait plus quoi dire alors que les thèmes mis en place et mal exploités prouvent pourtant qu’il y avait de quoi rendre le propos bien plus consistant. En revanche, côté interprétations, Moi, Tonya ne comporte aucune fausse note. Margot Robbie livre une surprenante interprétation, confirmant bel et bien qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération. Elle n’a pas volé sa nomination aux Oscars dans le rôle de Tonya Harding. Je n’aurais même pas protesté en cas de victoire (même si je suis très contente pour Frances McDormand pour son 3 Billboards). Sa partenaire Allison Janney (qui, elle, en a remporté un pour ce film en mars dernier), est également impeccable (et méconnaissable). Cela fait plaisir de voir cette actrice sous-estimée et sans cesse collée aux seconds rôles atteindre une certaine reconnaissance par la profession. Enfin, Sebastien Stan (le Bucky de Captain America) complète avec conviction ce trio de tête. Ayant le mérite de présenter un sport peu mis en scène au cinéma, Moi, Tonya est alors un anti-biopic intéressant notamment formellement mais oubliable parce qu’il n’exploite pas suffisamment ses différents thèmes mis en place, qui aurait pu rendre cette oeuvre bien plus puissante.

Moi, Tonya : Photo

Newness

réalisé par Drake Doremus

avec Nicholas Hoult, Laia Costa, Pom Klementieff, Jessica Henwick, Danny Huston, Matthew Gray Gubler…

Drame, romance américain. 1h52. 2017.

sortie française (Netflix) : 6 février 2018

Séance commune avec Lilylit

L’histoire d’un couple dans un Los Angeles contemporain, en prise avec la culture des rencontres en ligne et les réseaux sociaux.

Newness : Photo

Drake Doremus n’est pas encore d’un grand réalisateur (le sera-t-il un jour ? C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter). Mais son travail ne me laisse jamais indifférente : j’ai toujours envie de suivre son travail de près au fil des années. Une certaine honnêteté et une pointe d’intelligence et de délicatesse sont perceptibles dans son cinéma. Surtout, ce réalisateur a le mérite d’avoir un univers bien à lui (ce qui n’est pas donné à tout le monde même quand on a du talent), que ce soit à travers ses thèmes (des relations d’amour perturbées et/ou malsaine), avec un véritable sens de l’esthétique (assez froid – le bleu semble décidément être sa couleur phare). Décidément, ses longs-métrages ont toujours du mal à être distribués en France (traduction : ils ne sont jamais sortis dans une salle obscure chez nous, les distributeurs privilégiant sans cesse la VOD à la place). Même si j’ai à chaque fois quelques reproches à faire à ses longs-métrages (je suis une chieuse, c’est bien connu), j’y adhère tout de même toujours un minimum. Surtout, je trouve cela regrettable qu’ils ne parviennent pas à être projetés dans les cinémas : je suis certaine que cela permettrait à Doremus d’être un réalisateur davantage connu en France – en tout cas il le mériterait. Drake Doremus est fasciné (traumatisé ?) par les couples d’aujourd’hui, principalement âgés entre 20 et 30 piges. Il avait déjà dénoncé les complications d’un amour à distance dans Love Crazy avec Anton Yelchin (à noter au passage la dédicace à l’acteur décédé trop jeune à la fin de Newness). La difficulté d’afficher ses sentiments dans une société aseptisée était au coeur de sa jolie tentative SF Equals (avec déjà à l’affiche Nicholas Hoult). On pense aussi à Breathe In qui, à travers une romance entre une jeune étrangère (l’habituée Felicity Jones) et un quadragénaire, expose les failles d’un couple et d’une famille au bord de la crise de nerfs qui se réfugie aussi derrière des illusions. Newness entre logiquement dans la filmographie du réalisateur. En effet, Doremus s’attaque désormais aux applications (et sites) de rencontre. S’ils peuvent permettre à deux êtres de se rencontrer et de vivre des choses ensemble, le constat sur ces applis reste amer. Les personnages l’utilisent quand ils s’ennuient, que ce soit durant leur célibat ou lorsqu’ils sont en couple : qu’est-ce qui le plus inquiétant entre les deux ?. Alors que le téléphone est l’outil représentant la communication, il sert aux personnages à fuir leurs relations au lieu de les résoudre en se parlant.

L’ensemble m’a plutôt plu dans le sens où Drake Doremus cerne plutôt bien le fonctionnement compliqué et malsain des jeunes couples que ce soit à cause de la technologie ou même à cause de leur vision de l’amour et du sexe (je ne veux pas non plus faire de généralités mais il faut avouer que le constat reste alarmant). A plusieurs reprises je me suis dit « mais oui, c’est tellement ça ! ». On me dira que je juge les personnages et leur mode de vie, cela n’est pas entièrement faux. Au début, les personnages m’ont réellement irritée, j’avais l’impression que je devais en vouloir au film plus globalement. Mais je me suis aperçue plus tard que c’était peut-être un choix de la part du réalisateur pour nous faire réagir : il fallait accepter que les personnages puissent faire de mauvais choix et réfléchir comme leurs pieds gauches. Cela dit, ce long-métrage comporte bien pour moi quelques réels défauts, même si, là encore, j’ai eu du mal au début à savoir s’il s’agissait de points négatifs ou positifs. La place du sexe est pour moi autant intéressante que problématique, comme si le réalisateur n’avait pas totalement su trancher. Le sexe se justifie dans le sens où ces sites de rencontre sont avant tout des catalogues pour assouvir des besoins, pas réellement pour construire une relation amoureuse avec quelqu’un. Il y a un côté « zapping » qui inquiète. Le sexe est aussi une solution pour fuir ses problèmes, comme ces sites de rencontre : la limite entre les deux est presque volontairement floue. Cela dit, même si la démarche est compréhensible, le scénario semble justement atteindre ses limites en nous proposant systématiquement le schéma suivant : dispute, sexe, conflit, baise. On ne peut en tout cas pas passer à côté de la qualité des interprétations. Le couple formé par Nicholas Hoult et Laia Costa (la fabuleuse actrice espagnole de l’épatant long-métrage allemand en plan-séquence Victoria de Sebastian Schipper) est tout simplement évident. Leur attachement l’un à l’autre tout comme la fusion plus charnelle qui les unit crèvent les yeux. Hoult et Costa ont d’autant plus de mérites en incarnant des personnages relativement peu sympathiques. Plutôt bien mis en scène, Newness parvient donc à nous intéresser et à toucher grâce à son sujet actuel, n’hésitant pas à plonger ses personnages dans un monde qui provoque le malaise parce que ce monde décrit est malheureusement si vrai. Hélas, Newness semble pas totalement abouti à cause d’une écriture parfois maladroite malgré ses quelques pertinentes idées.

Lady Bird

réalisé par Greta Gerwig

avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Lucas Hedges, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Lois Smith…

Comédie dramatique américaine. 1h34. 2017.

sortie française : 28 février 2018

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

Lady Bird : Photo Danielle Macdonald, Saoirse Ronan

L’actrice Greta Gerwig, certainement une des figures les plus emblématiques du cinéma indépendant américain (Frances Ha de Noah Baumbach, To Rome With Love de Woody Allen ou encore 20th Century Women de Mike Mills), était déjà passée derrière la caméra accompagnée par Joe Swanberg (désormais connu pour avoir crée la surprenante série Easy). Ils avaient alors co-réalisé Hannah Takes the Stairs et Nights and Weekends. Cette fois-ci, Gerwig se retrouve seule à la réalisation avec ce Lady Bird, lauréats des Golden Globe de la meilleure comédie et de la meilleure actrice dans une comédie. Pour la première fois également, dans le cadre d’une réalisation, elle ne passe plus devant la caméra. Lady Bird était certainement un projet qui devait tenir à coeur pour la réalisatrice vu qu’elle puise beaucoup dans son propre vécu. En effet, comme son héroïne Christine (qui veut qu’on la surnomme Lady Bird), elle a vécu à Sacramento et est allée dans une école catholique pour filles. Sa mère (c’était elle qui s’appelait Christine pour la petite anecdote) était, comme le personnage de Laurie Metcalf, infirmière. Cela dit, Gerwig ne veut pas qu’on voit Lady Bird comme une pure autobiographie malgré ces éléments intéressants à connaître pour appréhender la démarche plus intime : elle dit elle-même que sa Lady Bird est une sorte d’alter-ego fantasmée. La sincérité du projet est réellement touchante, tout comme l’amour que la réalisatrice porte pour Sacramento, enjolivée par une chouette photographie à l’argentique. En dehors des derniers mouvements #MeToo qui peut expliquer le comment du pourquoi, il est étonnant (et un peu énervant) de voir la réalisatrice nommer dans la catégorie « meilleurs réalisateurs(trices) » alors que la mise en scène, tout juste correcte pour rester gentille (on sent Gerwig appliquée mais ça n’excuse pas tout), n’est certainement pas le point fort de ce long-métrage. L’écriture est ce qui anime Greta Gerwig, cela se ressent, notamment dans la description des relations entre Christine et sa mère (pour la petite anecdote, le film devait à l’origine se nommé « Mères et filles »). C’est certainement l’élément le plus intéressant de ce film honnête mais assez banal et manquant d’enjeux. Gerwig réussit plutôt bien à exposer les rapports complexes entre la fille et la figure maternelle, entre amour profond et conflit, ce dernier certainement lié à des problèmes de communication. Le choix du pseudo de l’héroïne pourrait également paraître lourd avec cette métaphore de quitter le nid et de prendre son envol (tout comme, au passage, la fin où elle accepte finalement son véritable prénom). Pourtant, en fouillant bien, ce choix est un peu plus creusé.

Lady Bird : Photo Saoirse Ronan

Le pseudo « Lady Bird » marque évidemment la rupture avec la famille (c’est elle qui prénomme l’enfant) tout comme il peut être en lien avec la tradition catholique (notre héroïne est scolarisée dans une école religieuse). En effet, chez les chrétiens, le nom de confirmation est aussi ce qui vous fait basculer dans la vie d’adulte, comme le cherche Christine (au prénom déjà littéralement christique). Mais on peut aussi voir aussi dans ce « Lady Bird » un nom de rockstar. Et dans un sens, cette Christine est aussi une petite rockstar à sa façon (en tout cas cherche parfois à l’être), rebelle aux cheveux grossièrement colorés en rouge. Malgré tous ces bons points intéressants, je ne sais pas si je commence à ressentir une certaine lassitude d’un certain cinéma indépendant américain, mais la sauce n’a pas tellement pris. Greta Gerwig ne renouvelle pas non plus le teen-movie (genre qui, de toute façon, a du mal à trouver un nouveau souffle). On retrouve alors tous les mêmes clichés possibles de ces deux visions du cinéma : le ton pseudo cynique, une scène de fête, la première relation sexuelle, la copine qui a des problèmes de poids (elle se fâche puis finalement non, parce que l’héroïne retrouve le droit chemin des valeurs et tout ça), la peste superficielle (qui, forcément, baise beaucoup), le beau gosse pseudo artiste et philosophe alors que – spoilers – c’est un connard. Pour ne rien arranger, le film a beau ne pas dépasser les 1h30, des longueurs se font clairement sentir (heureusement, la seconde partie est un peu plus intéressante). Bref, même si l’ensemble n’est pas mauvais et qu’il y a même des points défendables, j’ai un peu du mal à comprendre pourquoi ce film en particulier, et pas un autre du même genre, atterrit aux Oscars, pourquoi il semble être au coeur d’une hype (comme trop de films actuellement – un par semaine, on en est là). Lady Bird n’a donc rien du film absolument génial qu’on loue tant depuis des lustres même s’il y a des choses intéressantes. L’ensemble est alors trop anecdotique et manque d’universalité pour convaincre réellement. Il doit beaucoup à la qualité de son casting. Saoirse Ronan endosse le rôle de « Lady Bird » comme un gant, elle parvient à rendre son personnage, pourtant antipathique et aux problèmes limités, attachant. Décidément, depuis ses débuts, l’actrice irlandaise ne me déçoit pas, bien au contraire. Le talent de Laurie Metcalf (qu’on voit un peu partout dans des films et séries, comme Desperate Housewives ou Scream 2) est également enfin reconnu, cela fait plaisir. Ensemble, Ronan et Metcalf produisent au moins quelques jolies petites étincelles.

Lady Bird : Photo Saoirse Ronan

[MC2018] Enfants non accompagnés

réalisé par Paul Feig

avec Dyllan Christopher, Wilder Valderrama, Tyler James Williams, Paget Brewster, Rob Corddry, Kristen Wiig…

titre original : Unaccompanied Minors

Comédie familiale américaine. 1h30. 2006.

sortie française (VOD) : 17 avril 2011

Un film se déroulant à Noël ou le soir de la Saint-Sylvestre

A la veille de Noël, une tempête de neige s’abat sur l’aéroport menaçant les départs en vacances de tous les passagers en attente.
Alors qu’ils se rendaient chez leur père, Deux « enfants non accompagnés » (UM), Spencer et sa petite soeur Katherine, se retrouvent bloqués et acheminés vers la salle des UM de l’aéroport, où sont réunis une douzaine d’enfants sans surveillance venus de tout les Etats-Unis.
Au milieu d’une ambiance survoltée, Spencer va se démener pour retrouver la liberté à l’aide de quatre enfants : Grace, la pauvre petite fille riche, Donna la petite frappe, Charlie la grosse tête et Timothy, le fan de comics. Tous ensemble, ils vont devoir surmonter leur différence et apprendre à s’entraider pour échapper aux autorités de l’aéroport, Oliver Porte, le responsable grognon des relations clientèle, son assistant larbin Zach Van Bourke, ainsi que tous les vigiles.

Dans l’ensemble, sans crier au génie, les comédies de Paul Feig (Mes Meilleures Amies, SpyLes Flingueuses, SOS Fantômes) me plaisent bien (pour certaines, on peut même dire « beaucoup »). A sa façon et plutôt modestement, il a su donner une sorte de nouvel élan à la comédie américaine, en mettant en scène des personnages féminins bien plus intéressants qu’elles en ont l’air, le tout sur un humour pas forcément très fin (qui « appartiendrait » selon certains à un univers masculin). J’étais alors curieuse de découvrir ses précédents longs-métrages dans le sens où je voulais voir s’il avait déjà cet univers avant de se faire connaître. Et heureusement qu’il y a Netflix pour me sauver : j’ai pu en rattraper un (qui est donc au coeur de ma chronique d’aujourd’hui comme vous l’aurez compris). Récolter des infos sur ce film en question relèverait presque de l’exploit ! Rien que sur le papier, Enfants non accompagnés ne correspond pas forcément à l’image qu’on se fait des films de Feig (et après l’avoir vu, je vous le confirme). On est très loin des films très féminins pour lesquels Feig est connu, peut-être même aux yeux de certains « féministes » possiblement revendiqués et surtout ayant un ton « trash ». Comme son titre l’indique, Enfants non accompagnés est un film qui a pour personnages principaux des enfants (seuls). Il s’adresse également à un jeune public notamment par ses gags et même par son histoire. Je n’ai pas pu m’empêcher d’établir un petit rapprochement (certainement facile) avec le film culte de Chris Columbus Maman j’ai raté l’avion (Home Alone). En effet, on retrouve ce même monde d’enfants livrés face à eux-mêmes le jour de Noël après ne pas avoir réussi à monter dans l’avion. On ne voit quasiment pas d’adultes à l’écran : le seul qui a un rôle un peu plus « important » est celui qui est censé gérer ce groupe d’enfants à l’aéroport. Mais cela dit, son interprète Wilmer Valderrama (Fez dans la série culte That’s 70s Show) a un visage assez enfantin, son personnage se range également rapidement du côté des enfants et apprécie la magie de Noël : lui-même est une sorte de grand gosse. Maman j’ai raté l’avion montrait alors comment le petit Kevin se débrouillait une fois rentré chez lui entre autres.

Ici, les gamins doivent apprendre à devenir à être dégourdis au sein même du lieu qui les abandonne. Le film de Paul Feig prend également une autre direction par rapport au long-métrage culte de Chris Columbus même si la critique autour de la non-préoccupation des enfants dans notre société occidentale reste finalement similaire. J’avoue avoir eu peur en découvrant les premières minutes du long-métrage, trop enfantin à mon goût (et avec les gags qui vont avec). De plus, les enfants ne sont pas forcément ni très intéressants (un peu trop stéréotypés et « gnangnan ») ni très bien interprétés (par ailleurs, on ne sait pas vraiment ce que sont devenus leurs interprètes). Et encore, on ne s’arrête pas là concernant les défauts évidents que comporte ce film. Pourtant, alors que c’était relativement mal parti, petit à petit, la sauce a fini prendre : justement, tout ce que je disais auparavant sur la dimension potentiellement « sociétale » (à mettre avec de gros guillemets évidemment) finit par prendre forme dans cette comédie sans prétention, qu’on pourrait mal juger à cause de son apparence gentillette. La seconde partie est certainement plus « intéressante » avec un discours plus « adulte » se combinant plutôt bien avec un univers et des gags enfantins. Les enfants se retrouvent effectivement à voyager seuls pour pouvoir rejoindre l’un de leurs parents souvent à l’autre bout du pays : ce sont tous des enfants de divorcés. Malgré ses airs mignons et sans accabler ni faire culpabiliser les parents divorcés (incarnés au passage par les seuls acteurs un peu « connus » : Rob Corddry, Paget Brewster et même Kristen Wiig), Enfants non accompagnés n’est pas un film si idiot contrairement à ce qu’on pourrait croire au premier abord, il évoque un sujet moins facile qu’on pourra le penser, sans faire pleurer dans les chaumières. Plutôt divertissant et rythmé, Enfants non accompagnés ne plaira certainement pas à tout le monde, certains le trouveront trop enfantin et ne parviendront pas à aller au-delà. Il s’agit d’un film plutôt moyen mais qui doit, selon moi, être pris pour ce qu’il est, à savoir une sympathique comédie familiale avant tout destiné pour un jeune public.

Last Flag Flying

réalisé par Richard Linklater

avec Steve Carell, Bryan Cranston, Laurence Fishburne…

Comédie dramatique américaine. 2h04. 2017.

sortie française : 17 janvier 2018

 

En 2003, Larry « Doc » Sheperd, un ancien médecin de la Navy, retrouve Sal Nealon, un gérant de bar et le révérend Richard Mueller. Tous les trois ont combattu ensemble au Vietnam mais ils ne s’étaient pas revus depuis trente ans. Larry est venu leur demander de l’accompagner aux funérailles de son fils, mort au combat en Irak et dont le corps vient d’être rapatrié aux Etats-Unis. Sur la route, l’émotion se mêle aux fous-rires car les trois hommes voient leurs souvenirs remonter et ils retrouvent leur camaraderie…

Last Flag Flying : Photo Bryan Cranston, Steve Carell

Last Flag Flying est l’adaptation du roman éponyme de Darryl Ponicsan (ce dernier en est également le co-scénariste). Ce texte en question est en fait la suite d’un autre roman : The Last Detail, adapté au cinéma en 1973 (La Dernière Corvée en VF – ce qui explique au passage le sous-titre « écho » présent sur l’affiche française La Dernière Tournée) par Hal Ashby avec dans les rôles principaux Jack Nicholson, Otis Young et Randy Quaid. Cela dit, Richard Linklater, réalisateur de films cultes hilarants (Rock Academy), d’une trilogie romantique tendre (les Before…), parfois « expérimentaux » (Boyhood), voire même étranges (A Scanner Darkly), n’a pas souhaité que son Last Flag Flying soit une suite du long-métrage d’Ashby. Avec son affiche française ringarde et datée (je n’arrive pas du tout à savoir si ce choix est volontaire ou non), le dernier film de Linklater est sorti discrètement chez nous malgré un casting masculin très attirant : malgré la réelle sympathie que j’ai en général pour le travail de Linklater (qui a le mérite d’avoir une filmographie personnelle et variée), je me suis intéressée à Last Flag Flying principalement pour ton trio prestigieux. Je ne dirais pas que le film est principalement sauvé par son casting et ses personnages (car je trouve toujours cet argument limité) mais il faut avouer qu’il s’agit au moins d’un point fort. Le trio formé par Steve Carell (décidément de plus en plus à l’aise dans des rôles dramatiques depuis Foxcatcher), Bryan Cranston et Laurence Fishburne fonctionne formidablement bien : il y a une belle complicité entre ces trois grands acteurs. Même s’ils tombent parfois dans un certain cabotinage (cela annonce déjà les réelles lourdeurs présentes tout le long du long-métrage), leurs interprétations sont remarquables. Leurs personnages sont tous très attachants, ayant chacun leurs histoires (la perte d’un fils, l’alcoolisme, la rédemption par la religion), leurs blessures et surtout leur propre vision du monde (ils sont, respectivement, médecin, barman et pasteur). Le propos en lui-même est plutôt « intéressant », notamment en établissant ce parallèle entre la guerre du Vietnam au cours des années 1970 et la guerre d’Irak dans les années 2000. Linklater dénonce plutôt bien l’absurdité de la guerre et surtout l’hypocrisie même de l’armée, qui parle d’héroïsme là où il n’y en a pas. Bon, il n’y a aucun génie là-dedans, ni dans sa démonstration ni dans sa mise en scène (mais j’imagine qu’on ne demande pas autant au réalisateur même si on l’a connu plus inspiré), mais je dois admettre que cela fonctionne un minimum.

Last Flag Flying : Photo Bryan Cranston, Laurence Fishburne

Le long-métrage pointe alors du doigt les échecs des gouvernements américains depuis plus de trente ans : rien n’a changé et ce sont finalement avant tout de simples individus (avant d’être des soldats) qui en prennent plein la gueule à la place. En dehors de ces quelques éléments notables, je n’ai pas non plus trouvé ce Last Flag Flying bien fou contrairement à ce que j’ai pu lire et entendre à droite et à gauche. Oui, l’ensemble se laisse volontiers regarder, oui parfois on rit avec les personnages, oui il y a même éventuellement quelques petites scènes touchantes, oui quelques répliques sont bien senties. Mais je trouve ça assez limité ! La modestie et la sincérité même du projet n’excusent pas non plus certains défauts à mes yeux. Après, à l’origine, je n’aime pas non plus les oeuvres qui forcent trop sur la nostalgie : en dehors du fait que ce sentiment a tendance à me déplaire, la manière dont Linklater en parle est assez lourde. De plus, même si je n’irais pas à dire que je me suis ennuyée, le film m’a paru bien trop long par rapport au peu qu’il raconte. Je suis persuadée qu’il aurait gagné en force et en efficacité en étant plus condensé. J’ai également été assez déçue par l’aspect road-movie. Beaucoup y ont vu une certaine originalité car une partie du film se déroule dans le train : pour ma part, cela ne m’a pas particulièrement frappée. En général, le road-movie n’est pas uniquement un moyen de se déplacer physiquement et géographiquement, c’est aussi une métaphore d’une évolution des personnages : le voyage géographique doit leur faire prendre conscience de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils veulent changer. Si cet aspect est bel et bien présent dans le film, il reste tout de même traiter de manière assez faiblarde : la mise en scène de Linklater tout comme le scénario (assez prévisible) manquent de relief pour valoriser ce point qui me semble pourtant sur le papier assez important. Oeuvre certainement honnête mais mineure et oubliable dans la riche et électrique filmographie de Richard Linkalter, Last Flag Flying n’est pas inintéressant mais est surtout porté par la justesse de son casting. Malgré la réelle sympathie dégagée tout le long du métrage, le discours sur cette Amérique ordinaire face à ses désillusions n’est pas suffisamment bien traité (en tout cas trop faiblement), ce qui explique certainement le peu d’intérêt que je peux porter à ce film.

Last Flag Flying : Photo Laurence Fishburne, Steve Carell

Stronger

réalisé par David Gordon Green

avec Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany, Miranda Richardson…

Drame, biopic américain. 2h. 2017.

sortie française : 7 février 2018

En ce 15 avril 2013, Jeff Bauman est venu encourager Erin qui court le marathon : il espère bien reconquérir celle qui fut sa petite amie. Il l’attend près de la ligne d’arrivée quand une bombe explose. Il va perdre ses deux jambes dans l’attentat. Il va alors devoir endurer des mois de lutte pour espérer une guérison physique, psychologique et émotionnelle.

Stronger : Photo Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany

L’histoire de Jeff Bauman a fait le tour du monde. Après avoir perdu ses deux jambes lors des attentats de Boston en 2013, Bauman a réussi à apporter des informations précieuses au FBI pour arrêter les terroristes. Les Américains l’ont alors considéré comme un héros, Bauman faisant alors des apparitions médiatiques un peu partout (le film expose évidemment cette problématique). Le personnage de Bauman apparaissait déjà dans Traque à Boston (Peter Berg, 2017), interprété par Dan Whelton. Je n’attendais pas spécialement la sortie de Stronger, au moins je ne peux pas parler de déception ou quoi que ce soit : j’ai vu à l’écran tout ce que j’imaginais du film avant même de le voir, en me basant sur le synopsis et la bande-annonce. J’étais même capable d’anticiper toutes les étapes du scénario (en précisant que je ne connaissais pas l’histoire de ce jeune homme) : les pleurs, les disputes, les reproches, les moments de désespoir et d’espoir etc… Certes, ce sont des étapes logiques face à un tel traumatisme qui bouleverse autant la vie de Bauman que celle de sa famille et de ses proches. Cela reste forcément regrettable de constater autant de prévisibilités. Le résultat est par conséquent plutôt tire-larmes : par conséquent, cela m’a empêchée d’être réellement bouleversée par cette belle leçon de vie sur le papier. Cela dit, quelques séquences restent plutôt touchantes (je pense notamment à la rencontre entre Jeff et son sauveur Carlos). Concernant la mise en scène, je suis partagée. Je ne m’attendais pas spécialement à voir un travail très ambitieux par rapport au sujet et à la manière dont le film a été vendu. Je ne peux donc pas non plus parler de déception puisque je n’attendais rien côté mise en scène : on sait très bien quand on va voir ce genre de films que l’oeuvre va surtout tenir sur la qualité même de l’histoire. Paradoxalement, même si la mise en scène est dans l’ensemble simplement correcte, il y a pourtant mine de rien bel et bien quelques petites tentatives plus ambitieuses qui fonctionnent discrètement. Je pense notamment à la séquence où Jeff et son ex se retrouvent à l’hôpital : le personnel hospitalier s’occupe alors des bandages de Jeff, ce dernier demande alors à Erin de l’épauler pendant ce moment en évitant de regarder ses jambes. Le travail autour des bandages qui apparaît en arrière-fond s’apparente alors à une sorte de décor presque artificiel implanté, presque comme s’il s’agissait d’un fond vert. Jeff se sent hors de son corps à cet instant et rien que ce petit détail de mise en scène, pas forcément visible au premier abord, être cohérente avec la phase psychologique du protagoniste.

Stronger : Photo Jake Gyllenhaal, Miranda Richardson, Tatiana Maslany

Il y en a un autre aussi (que je n’avais pas remarqué seule, heureusement qu’on me l’a signalé) au début du film, lorsque Jeff n’a pas encore été victime de l’attentat. Il s’arrête quelques secondes sur une sorte de butte me semble-t-il : il se retrouve alors derrière une sorte de grillage. Or, dans le plan  en question, la barre horizontale blanche du grillage semble « couper » une partie des jambes du personnages, là où on lui coupera littéralement ses jambes suite à l’attentat. Bref, il n’y a pas tout à jeter, ça étonne presque de voir ces quelques bonnes idées se retrouver parmi d’autres certainement beaucoup plus plates. Même si d’autres films ont certainement mieux traiter cette question autour de la notion de « héros » (récemment, Un jour dans la vie de Billy Lynn d’Ang Lee), la vraie bonne idée (et certainement réel intérêt qu’on peut trouver au long-métrage) est d’avoir évoqué ce sujet en question et non pas se focaliser uniquement sur le handicap (même si le résultat reste larmoyant). Jeff Bauman est alors un héros ordinaire malgré lui, qui doit apprendre à accepter l’amour que des inconnus lui portent et surtout à accepter qu’on puisse le voir comme un symbole. Il est un poil regrettable de voir le film prendre une direction finale patriotique, d’autant plus que son portrait général de Boston post-attentat est plutôt intéressant (la communauté est, par sa bienveillance et générosité extrême, lourde, trop pour les petites épaules de Jeff). Heureusement, les interprétations sont largement à la hauteur. Jake Gyllenhaal prouve de nouveau à quel point il choisit bien ses rôles qu’il incarne toujours avec conviction et crédibilité. Tatiana Maslany, surtout connue par un certain public pour la série Black Orphan, est également remarquable. Cela fait du bien en plus de voir, alors qu’on a l’habitude du contraire, une fille plutôt banale physiquement, sans réels artifices, ce qui facilite certainement pour les spectateurs une certaine identification. En mère un poil alcoolo et possessive, Miranda Richarson (méconnaissable) complète merveilleusement bien la distribution. A noter pour la petite anecdote la présence d’acteurs non-professionnels interprétant leur propre rôle (ex : plusieurs membres du personnel hospitalier). Stronger est un petit film plutôt correct et oubliable remplissant le cahier des charges qui ne parvient pas réellement à transcender son sujet malgré une démarche honnête et respectueuse par rapport au véritable Jeff Bauman et plus globalement aux victimes des attentats.

Stronger : Photo

[MC2018] The Escort

réalisé par Will Slocombe

avec Lyndsy Fonseca, Michael Doneger, Bruce Campbell…

Comédie, romance américaine. 1h30. 2015.

sortie française (VOD) : 12 septembre 2016

Un film qui n’est pas sorti dans les salles en France

Un journaliste accro au sexe et en manque de bonne histoire décide de s’inscrire dans une agence d’escort-girl.

The Escort : Photo Lyndsy Fonseca, Michael Doneger

The Escort est un sympathique petit film indépendant sorti directement en VOD (il est notamment disponible sur Netflix à l’heure actuelle). Je ne sais pas s’il méritait nécessairement de sortir dans une salle française (il faut dire que pas grand-monde ne l’aurait vu, déjà qu’il a du mal à se trouver une place parmi les VOD) mais il reste regrettable qu’il ne soit pas plus connu. Certes, l’ensemble ne marquera pas forcément les esprits mais il n’est pas non plus inintéressant malgré quelques défauts notables indéniables. Le scénario a été écrit par l’acteur principal, le méconnu Michael Doneger (il incarne le journaliste obsédé sexuel loser qui va s’intéresser à Veronica pour écrire l’article de sa vie). Si son interprétation reste tout juste correcte (il faut dire qu’il n’a pas non plus un charisme imposant), son travail en tant que scénariste reste intéressant. Certes, The Escort est, à l’image d’un Pretty Woman de Garry Marshall, plus une comédie romantique bien rythmée sans prétention autour d’une prostituée qu’une simple comédie présentant éventuellement la réalité souvent difficile et sombre du plus vieux métier du monde. Certes, on aurait pu s’attendre à davantage d’approfondissement (notamment autour du sexe exposé sur Internet, sujet intéressant mais vite zappé). Certaines scènes nous présentent possiblement les différents obstacles rencontrées par les prostituées (violence de certains clients, problème du consentement, la question d’un mac ou non) mais cela reste tout de même très édulcoré par rapport à la réalité que vivent ces femmes, même parmi les prostituées de luxe (petit rappel notamment avec The Girlfriend Experience de Steven Soderbergh). Son regard sur la prostitution n’est finalement pas ce qu’il y a de plus pertinent ni révolutionnaire. En revanche, le film gagne des points lorsqu’il aborde plus globalement la question de la surconsommation de sexe. Le film tente d’aborder d’autres sujets (certes autour du sexe, au moins il ne s’éparpille pas) et ne se limite pas à une simple observation sur la vie d’une prostituée : cela touchera davantage plus de gens.

C’est certainement aussi par cette interrogation que le personnage de Veronica nous paraît d’emblée sympathique. Le procédé est plutôt pertinent : on (« on » étant général) aurait tendance à émettre un mauvais jugement envers Veronika à cause de sa profession. Or, est-ce que les assoiffés de sexe consommateurs des applis de rencontre « valent-ils mieux » que des personnes qui se font payer pour avoir des relations sexuelles (tout comme on peut faire le parallèle avec les clients qui payent pour avoir des relations sexuelles même si le film ne prend pas en compte ce point de vue) ? La réflexion autour de la surconsommation de sexe via un parallèle entre les deux personnages principaux n’est pas révolutionnaire mais elle reste tout de même suffisamment pertinente. Le sujet peut faire fuir (tout comme son titre), on s’attend sur le papier à un film « osé » : il n’y a quasiment pas de scènes de sexe, juste une seule (et elle est assez drôle). Le but est de signer un film universel autour de notre rapport avec le sexe sur un ton léger, il n’y a pas la volonté de mettre mal à l’aise le public et de tomber facilement dans une ambiance glauque (même si encore une fois, on est certainement loin d’une triste réalité). La mise en scène de Will Slocombe (inconnu au bataillon) n’est en revanche pas bien folichonne. Cela dit, étant donné qu’elle reste tout de même correcte, on n’est pas non plus choqué par le résultat par rapport à ce qu’on attendait du film. Je disais auparavant que le personnage de Veronika/Natalie était sympathique notamment via le parallèle établi entre elle (et sa profession) et le journaliste (et ce qu’il fait dans sa vie privée). Cela dit, cela serait une réflexion limitée. Veronika a tout ce qu’il faut pour qu’on s’attache à elle. Et son actrice, Lyndsy Fonseca (vue, entre autres, dans Kick Ass 1 et 2 ou encore The Ward), aide aussi énormément à la trouver sympathique et charismatique. Enfin, dans les seconds rôles, face à tant de gens méconnus voire même pas du tout connus, on retrouve le toujours agréable Bruce Campbell dans un rôle littéralement cool (il incarne plus précisément le père du journaliste). Bref, The Escort n’est donc pas le film du siècle, mais il vaut tout de même le coup d’oeil pour ses thèmes abordés, surtout pour la rencontre de deux consommateurs de sexe.

A Ghost Story

réalisé par David Lowery

avec Casey Affleck, Rooney Mara, Liz Franke…

Drame, fantastique américain. 1h32. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu’il aime, et qui toutes deux lui échappent inéluctablement, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux ineffables questionnements de l’existence et à son incommensurabilité.

A Ghost Story : Photo Casey Affleck, Rooney Mara

Après Les Amants du Texas (Ain’t Them Bodies Saint, 2013), David Lowery réunit de nouveau Casey Affleck et Rooney Mara : A Ghost Story a suscité le buzz dès sa présentation dans les festivals (il est reparti avec plusieurs prix au festival du film américain de Deauville, dont le Prix du Jury). C’est certainement grâce à ce buzz en question qu’il a pu être distribué dans les salles françaises (il était probablement destiné à la VOD, ce qui aurait été fortement regrettable). Mais je me méfie toujours de la hype autour de certains films (certainement une manière de me protéger en cas de déception). J’ai lu des critiques radicalement opposées concernant ce film. Pour ma part, je ne choisis pas réellement mon camp, je suis juste mitigée : je reconnais au long-métrage de Lowery un certain nombre de qualités indéniables, je comprends aussi qu’on puisse en ressortir bouleversé. Mais je ne suis pas non plus totalement emballée, pas convaincue par tous les points : j’admets aussi que je suis sortie du film assez indifférente d’un point de vue purement émotionnel. Pour construire l’identité de son personnage principal, David Lowery reprend une image du fantôme très commune, autant énigmatique qu’enfantine : une entité portant un drap blanc. Difficile de juger l’interprétation de Casey Affleck (en ce moment dans de sales draps – pas pu m’empêcher de faire cette vanne) qui passe plus du 3/4 du film sous ce drap. Cela dit, l’utilisation de ce long tissu qui traîne (visiblement difficile pour les costumiers à le fabriquer, on ne l’aurait pas forcément imaginé) est remarquable dans le sens où il parvient à installer à lui-seul une atmosphère si particulière, entre la poésie, l’hypnose et le malaise. Sur le papier, difficile de s’attacher à cette entité, en sachant qu’on ne connait pas spécialement la vie de cet homme avant sa mort, en dehors de quelques moments durant sa vie de couple (sa femme est incarnée par Rooney Mara – je l’aime toujours mais elle minaude de plus en plus). Pourtant, rien que par ces yeux ronds noirs étrangement expressifs, c’est tout le contraire qui se produit. Ne pas connaître la vie de cet homme avant son décès accidentel est à double-tranchant. D’un côté, on peut très bien se contrefoutre du sort de cet esprit errant. Mais cela est aussi un moyen de rendre le propos plus universel, chacun étant voué à la mort. Revenons maintenant sur le format, le film étant filmé en 4/3 et avec un cadre vignette aux bords arrondis (comme certains filtres sur Instagram : oui, il s’agit d’un raccourci purement gratuit).

A Ghost Story : Photo Rooney Mara

Selon le réalisateur, ce format renforcerait pour le spectateur une impression de confinement et de claustrophobie. Mais paradoxalement, cette sensation serait également adoucie par les bouts non rectangulaires : la mort est alors un concept « glauque » que libérateur. Même si je n’ai pas pu m’empêcher au bout d’un moment de trouver ce choix de format un peu gratuit (dans le sens où j’avais l’impression que c’était aussi une manière pour le film de se détacher et de faire « parler » de lui), dans l’ensemble, il parvient tout de même à prendre sens par rapport au propos et au ressenti possible. Globalement, au-delà de ce choix, le film est remarquable esthétiquement, appuyé par une fantastique photographie et un fabuleux travail de lumière. Il est certain qu’il participe à ce sentiment constant de poésie, de mysticisme et de noirceur. Je pourrais dire tout ce que je veux concernant ce film, mais en 2017 c’est certainement, de ce point de vue-là, le plus beau long-métrage que j’ai vu. Le long-métrage, bénéficiant d’une mise en scène consistante, est accompagné par une remarquable bande-originale signée par Daniel Hart. Bref, il ne manque pas de qualités mais selon moi, un peu comme je l’expliquais déjà juste avant, elles peuvent être vues comme des défauts (et vice versa). Revenons par exemple sur les longueurs et les plans fixes qui semblent avoir divisé le public. A l’origine, je ne suis pas contre ces choix, loin de là. Ils restent notamment cohérents par rapport à l’ambiance générale installée dès le début. On a beaucoup critiqué la scène de la tarte que j’ai pourtant adoré : tout le monde s’est acharné sur cette scène en critiquant sa longueur. Mais pour ma part, le réalisateur a cerné toute la souffrance dans cet acte de boulimie (le tout avec le fantôme qui observe comme nous en silence et sans bouger) qui se déroule paradoxalement dans un laps de temps très court (bah oui parce que s’empiffrer d’une tarte au chocolat pour 6-8 personnes en cinq minutes, c’est très – très – court). En revanche, par exemple, la scène du monologue, qui explique en quelque sorte l’ensemble du film (mais pourquoi faire ça ? Ca casse tout le mystère et surtout tout le cheminement personnel du spectateur par rapport à la réflexion initiale autour de la mort et de la vie), est juste interminable ! Enfin, si je vois où Lowery veut en venir par rapport à la boucle temporelle (en essayant de créer un suspense alors qu’on peut deviner rapidement cet élément en étant observateur), je ne suis pas non plus totalement convaincue par la manière de l’introduire. Pour ses idées de mise en scène et ses choix esthétiques, pour son beau message qui parlera personnellement à chaque spectateur, pour son ambition, A Ghost Story mérite d’être vu. Il s’agit indéniablement d’une expérience à part même si je ne suis pas nécessairement convaincue par certains points et que je n’ai pas été totalement embarquée par toutes les propositions.

A Ghost Story : Photo

Le Grand Jeu (2017)

réalisé par Aaron Sorkin

avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, Chris O’Dowd…

titre original : Molly’s Game

Drame, biopic américain. 2h20. 2017.

sortie française : 3 janvier 2018

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Aaron Sorkin est un scénariste réputé depuis plusieurs années, que ce soit à la télévision (A la Maison Blanche, The Newsroom) ou au cinéma (il a remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté pour son travail sur The Social Network de David Fincher). Il passe désormais derrière la caméra (même s’il est aussi chargé, sans surprise, du scénario). Le Grand Jeu est inspiré de l’histoire vraie de Molly Bloom (oui, elle s’appelle comme le célèbre personnage du roman Ulysse de James Joyce), cette ancienne skieuse devenue organisatrice de parties de poker pour stars. Parmi ces stars, on retrouvait notamment Tobey Maguire (visiblement, même s’il n’est pas jamais nommé – comme les autres célébrités,  « Joueur X », interprété par Michael Cera, semble être une sorte de représentation de l’acteur de Spiderman), Leonardo DiCaprio, Ben Affleck, Macauley Culkin ou encore Matt Damon. Elle se fait finalement arrêter en 2013 pour ses parties illégales. Ses liens avec la mafia russe n’ont également pas arrangé les choses. Sorkin adapte en partie son autobiographie : je dis bien « en partie » puisque le film s’intéresse aussi à ce qui se passe après la sortie de ce livre (dans le film, son avocat lit même son bouquin). Je suis ressortie de la salle très partagée. Dans l’ensemble, j’ai été surprise de ne pas avoir senti de longueurs alors que le film dure tout de même 2h20. 2h20 pour un film qui ne raconte finalement pas grand-chose sans m’ennuyer relève presque de « l’exploit ». Pour une première réalisation, Aaron Sorkin s’en tire plutôt bien. Certes, la mise en scène n’est pas non plus extraordinaire. Beaucoup diront que Sorkin n’est pas un David Fincher ou un Danny Boyle (Sorkin avait aussi écrit pour lui avec Steve Jobs). Certes, ce n’est pas faux. Mais il n’y a rien de honteux, loin de là : son travail reste plutôt bon. En tout cas, si le film a selon moi beaucoup de défauts, la mise en scène n’est pas selon moi ce qui est à pointer du doigt. Le Grand Jeu bénéficie d’excellentes interprétations.J’aime beaucoup Jessica Chastain (enfin l’actrice, parce que la personnalité publique auto-proclamée porte-parole de toutes les causes commence un peu à me taper sur le système : voilà, c’est dit, je me sens mieux) et sans surprise, elle livre une impeccable interprétation. 

Le Grand jeu : Photo Idris Elba, Jessica Chastain

Cela dit, j’ai été « perturbée » par  sa perruque parfois un peu trop visible et ses décolletés un peu trop mis en avant : certes, son personnage, vulgaire, est assume sa féminité physique dans un milieu très masculin mais j’ai trouvé cet aspect parfois trop surligné. Pour la petite anecdote, c’est la véritable Molly Bloom qui souhaitait voir Chastain interpréter son rôle. J’ai surtout été épatée par la performance d’Idris Elba, tout particulièrement charismatique dans le rôle de l’avocat de l’héroïne. A la sortie de ma séance, je me souvenais même plus de lui que de Chastain. Dans un rôle secondaire, on est toujours content de retrouver ce bon vieux Kevin Costner. Le problème de ce dernier n’est pas son interprétation, loin de là. L’utilisation de son personnage est en revanche gênante. La scène de la patinoire est juste une immense blague et fait perdre à elle-seule tout crédit au film déjà suffisamment bancal : Molly retrouve son bon vieux père un peu par hasard dans ce petit bled qu’est New York à la patinoire, il lui fait alors en trois minutes sa psychothérapie. Vous comprenez, Molly elle se venge des hommes parce que son père était trop autoritaire et en plus c’était un salaud parce qu’il trompait sa femme. Molly trempe dans des affaires douteuses parce qu’elle n’a pas été réussi à être la championne de ski qu’elle aurait dû devenir. Bref, ça m’a fatiguée, même un épisode de 7 à la maison était plus subtil. Et c’est là où je veux commencer à pointer les nombreux défauts de ce long-métrage divertissant mais oubliable et discutable pour différentes raisons. La construction du film est en elle-même bordélique en s’éparpillant sur différents niveaux temporels, sans cesse entremêlés : l’enfance et l’adolescence de Molly en tant que skieuse en partie conseillée et entraînée par son père (leurs relations sont donc assez compliquées), la réussite de Molly dans son « travail » et la possible chute de Molly avec ses problèmes judiciaires. Décidément, on ne veut plus réaliser de biopics traditionnels. La nouvelle mode est de déconstruire à tout prix les histoires linéaires.

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Cela dit, le schéma adopté par Sorkin est juste ultra casse-gueule. Pour moi, il passe par ce procédé parce qu’en réalité, la réelle histoire de Molly n’est finalement pas plus que palpitante que cela quand on y réfléchit bien. On ne peut pas s’empêcher de trouver cette structure faussement compliquée pour pas grand-chose, pour combler du vide. Le montage et la voix-off, qui pourraient éventuellement expliquer le rythme du film, sont également à remettre en cause (et je relie les deux défauts ensemble). Le montage semble parfois hasardeux : on passe parfois d’une scène à l’autre un peu en mode « ploum ploum ploum » parce qu’on a l’impression que Sorkin ne parvient pas à se sortir de son schéma narratif inutilement compliqué. Cette voix-off est également discutable : a priori, elle n’est pas déplaisante, elle est plutôt endiablée (même s’il vaut mieux ne pas avoir une dent contre les films bavards, heureusement pour moi, je ne fais pas partie de cette catégorie). Mais elle est trop littéraire dans le sens où on a l’impression d’entendre les extraits de son bouquin juste directement transposés à l’écran. Sorkin ne joue alors pas suffisamment avec cet élément. La voix-off aurait pu par exemple être en décalage avec les images ou quelque chose de ce style. Mais en fait non. Elle ne permet pas aux images de parler d’elles-mêmes. Elle surajoute de l’information inutilement, elle ne nous aide pas non plus à mieux cerner la personnalité de Molly Bloom. Justement, rebondissons sur ce dernier point : le personnage en lui-même est problématique et pas uniquement à cause d’une psychologie digne de Doctossimo concernant ses relations avec son papounet (comme si ça excusait déjà tous ses actes). Certes, cela peut être intéressant de voir une femme qui assume sa féminité évoluer dans un univers très masculin. Mais elle n’a aucun mérite dans sa réussite ou quand elle parvient à se sortir du pétrin : c’est un personnage qui est bien plus passif qu’on veut nous le faire croire. Surtout, tout est fait pour enlever toute responsabilité à ce personnage. La fin, qui nous la présente comme une battante, une winner (alors que sa réussite est discutable), va encore plus dans ce sens et cela m’a dérangée. Le Grand Jeu est un film très décevant qu’on oubliera assez vite…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Jumanji : Bienvenue dans la jungle

réalisé par Jake Kasdan

avec Dwayne Johnson, Jack Black,Kevin Hart, Karen Gillan, Nick Jonas, Bobby Cannavale, Alex Wolff, Rhys Darby, Missy Pyle…

titre original : Jumanji : Welcome to the jungle

Fantastique, action américain. 2h. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

Le destin de quatre lycéens en retenue bascule lorsqu’ils sont aspirés dans le monde de Jumanji. Après avoir découvert une vieille console contenant un jeu vidéo dont ils n’avaient jamais entendu parler, les quatre jeunes se retrouvent mystérieusement propulsés au cœur de la jungle de Jumanji, dans le corps de leurs avatars. Ils vont rapidement découvrir que l’on ne joue pas à Jumanji, c’est le jeu qui joue avec vous… Pour revenir dans le monde réel, il va leur falloir affronter les pires dangers et triompher de l’ultime aventure. Sinon, ils resteront à jamais prisonniers de Jumanji…

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Dwayne Johnson, Jack Black, Karen Gillan, Kevin Hart, Nick Jonas

Jumanji, adapté du roman de Chris Van Allsburgh, est un film tellement culte pour une génération (et certainement encore plus depuis le décès du regretté Robin Williams), qu’on le pensait intouchable. Sans surprise, le scénario suivant s’est déroulé ainsi : tout d’abord, on a gueulé suite à l’annonce du projet (« gnagnagna on touche pas à Jumanji« ), puis pratiquement toute la Twittosphère – avec parfois les mêmes qui gueulaient auparavant – s’est extasiée rien qu’après l’avant-première. Je dis bien le terme « extasier » car je ne comprends pas réellement les très bonnes critiques à l’égard de cette suite. Certes, ce Jumanji : Bienvenue dans la jungle se défend sur certains points. Si le film démarre pratiquement tout de suite après les événements du premier opus (enfin, son introduction : le reste du film se déroule de nos jours), il a le mérite de vouloir s’en détacher. Changer de matériau (passer du jeu de société au jeu vidéo) aide certainement à vouloir se différencier de l’original. Le premier Jumanji misait sur la venue du fantastique dans un monde réel tandis que cette suite met en scène des personnages réels dans un monde virtuel et fantastique. Bref, le début de cette suite fait finalement presque penser à une sorte de mélange entre Tron et The Breakfast Club que réellement à Jumanji. Et le reste du film est plutôt une comédie d’action survoltée alors que le premier opus était plutôt une comédie dite « familiale »). La mise en scène des avatars des quatre adolescents joueurs dans le jeu est également une certaine bonne idée. Et cette bonne idée est en partie bien exécutée par le choix même des acteurs, tous très bons. Ainsi, l’avatar choisi est complètement différent de ce que sont les ados qui jouaient à l’origine derrière leurs consoles. Ainsi, le grand baraqué Dwayne Johnson au regard de braise (on adore ses auto-parodies) est l’avatar d’un petit gringalet geek sans amis, Jack Black (avec le physique qu’on lui connait) est en réalité le personnage d’une ado superficielle accro à son portable et à ses selfies sur Instagram, le petit Kevin Hart avec son énorme sac à dos représente en réalité un baraqué sportif et Karen Gillian est une héroïne sexy, bad-ass, sachant se battre alors que la jeune fille qui se cache derrière ce personnage est timide, mal fagoté, détestant faire du sport. Si cette suite diffère du long-métrage de Joe Johnston, elle tente de garder le même type de moral : le jeu est littéralement un moyen ludique pour retenir des leçons de vie.

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Dwayne Johnson

Bref, le message sur l’acceptation de soi est simple mais il passe plutôt bien dans le cadre de cette comédie d’action tous publics sans prise de tête. Alors, pourquoi ne suis-je pas totalement convaincue ? J’ai tenté de ne pas faire de rapprochement avec le premier Jumanji, surtout que cette suite refuse de lui ressembler. Mais ce film de Jake Kasdan a beau remplir ses fonctions de gros divertissement, il ne possède pas le charme de celui de Johnston. Attention, je n’idéalise pas le Jumanji avec Robin Williams : c’est un film qui peut paraître un peu niais et même très enfantin et les effets spéciaux ont pris un coup de vieux. Mais j’ai beau le voir et le revoir, il possède toujours autant de charme. Or, ce Jumanji : Bienvenue dans la jungle n’a pas ce charme en question. Je ne pense pas non plus qu’il traversera le temps comme le précédent film. Surtout, le film de Johnston parvenait à présenter de nombreux obstacles du début jusqu’à la fin. Or, je n’ai pas du tout ressenti ce danger permanent dans le long-métrage de Kasdan. On a l’impression que les personnages passent toutes les épreuves les doigts dans le nez (alors qu’ils perdent des vies comme dans une partie de jeu vidéo) en seulement quelques heures. On finit presque par se demander pourquoi le personnage incarné par Nick Jonas est resté bloqué des années et des années dans ce jeu alors que la bande de The Rock te règle ça en un temps record. Le méchant est également décevant, il ne semble pas si dangereux et effrayant contrairement au Chasseur. Enfin, je reste un poil sceptique sur la soi-disant amélioration des effets spéciaux. Certes, dans cette suite, ils sont beaucoup moins kitsch que dans le premier volet et ils sont adaptés par rapport à l’univers des jeux vidéos. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de trouver l’environnement relativement laid avec cette surcharge de numérique. Finalement, même si les décors et les effets spéciaux étaient désuets, je trouve l’environnement du premier film plus satisfaisant, surtout concernant le côté exotique de l’aventure. Bref, pour conclure, Jumanji : Bienvenue dans la jungle n’est pas la catastrophe qu’on aurait pu avoir face à notre méfiance naturelle désormais face aux suites (remakes ou autres). Mais je ne suis pas non plus un certain emballement général que j’ai pu constater par la blogosphère cinéphile.

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Karen Gillan

La Promesse de l’aube

réalisé par Eric Barbier

avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Pawel Puchalski, Nemo Schiffman, Jean-Pierre Darroussin, Didier Bourdon, Finnegan Oldfield, Catherine McCormack…

Comédie dramatique française. 2h10. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

De son enfance difficile en Pologne en passant par son adolescence sous le soleil de Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur en Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale… Romain Gary a vécu une vie extraordinaire. Mais cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui un des romanciers majeurs du XXème siècle, à la vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Mais cet amour maternel sans bornes sera aussi son fardeau pour la vie…

La Promesse de l'aube : Photo Pierre Niney

Cela fait un petit moment que je m’intéresse à cette nouvelle adaptation de La Promesse de l’aube (Jules Dassin en avait signé une première en 1970 avec Melina Mercouri dans le rôle principal). J’avais signalé l’information à la fin de mon mémoire (en master 1) en 2015 en apprenant le projet. Je me situais dans une position pas toujours évidente en tant que spectatrice-lectrice. D’un côté, je devais découvrir le film comme une spectatrice lambda, sans prendre en compte de ce que je savais du texte d’origine et de l’auteur. De l’autre, je ne pouvais pas non plus ignorer mon expérience de lectrice-étudiante acharnée sur ce roman autobiographique pendant des mois. J’ai pu voir le film en avant-première en présence d’Eric Barbier ainsi que du très sympathique Pierre Niney. Les différentes réponses que le réalisateur a données, notamment à des fans et connaisseurs du roman et plus globalement de Romain Gary (qui avaient l’air sceptiques sur certains points) m’ont bien confirmé un petit souci d’interprétation du texte (ou en tout cas un refus de le mettre en scène). En effet, cette adaptation prend certainement un peu trop le roman au tout premier degré, tel qu’on le ferait étudier à des collégiens de 3e dans le cadre d’une séquence sur l’autobiographie. Par ailleurs, le long-métrage n’a pas pour simple ambition d’être uniquement une adaptation du texte de Gary : il exploite aussi le côté « biopic ». Vous allez me dire, Barbier adapte une autobiographie donc c’est logique qu’il y ait cette dimension biopic dans le long-métrage, les frontières entre les termes étant parfois floues. Mais le film aurait pu très bien exister sans ce côté-là non plus parfois très appuyé (notamment la fin). Bref, on ne va donc pas tourner autour du pot : oui, La Promesse de l’aube est une adaptation très classique, peut-être même un peu trop scolaire (et qu’on diffuse volontiers durant les cours de français, oui on a TOUS connu ça). La voix-off ne nous aide pas non plus à nous détacher de cette vision très académique. Oui, j’aurais également aimé qu’on prenne plus en compte la dimension plus profonde et, à mon avis, plus intéressante du texte de Gary. La mise en scène d’Eric Barbier n’est pas très inventive, loin de là. Elle reste tout de même adaptée par rapport à ce qu’on attend de ce type de grande production (qu’on ne voit pas tout le temps en France). Bref, Barbier remplit le cahier des charges mais ne parvient pas à aller au-delà.

La Promesse de l'aube : Photo Charlotte Gainsbourg, Pawel Puchalski

Cela dit, on ne peut pas non plus cracher sur tout. Si ce long-métrage filmé platement se veut parfois un peu larmoyant, on sera en revanche plus séduit par les scènes davantage « humoristiques ». On remarque également de beaux décors, une chouette reconstitution historique, des scènes de guerre certes pas spectaculaires mais soignées ou encore une photographie bien choisie. Dans l’ensemble, nous pouvons également dire que le film remplit son contrat de film grand public : le romanesque, l’action, « l’émotion », le sujet fort (les relations fortes et compliquées de Gary qui ne vit qu’à partir des rêves de sa mère possessives), il y a sur le papier beaucoup de choses qui peuvent plaire et qui fonctionnent un minimum  à l’écran. Les 2h10 passent également relativement vite, l’histoire restant tout de même assez prenante. Côté interprétation, je suis assez partagée. Je vais commencer par le gros point positif de la distribution : Charlotte Gainsbourg. Tout simplement phénoménale. Une de ses plus belles interprétations de sa carrière (dommage que ce soit pour un film moyen). Je ne voyais pas spécialement Gainsbourg incarner ce personnage (et pourtant, j’aime globalement bien cette actrice). Mais finalement, ce rôle à contre-emploi de sa personnalité lui va à merveille ! L’amour maternel profond et sincère, la sévérité ou encore la théâtralité dans le bon sens du terme (certainement le seul indice possible à détecter concernant la mythomanie présente dans le texte d’origine) sont ce qui définissent le personnage de Nina Kacew. Son interprétation aurait pu être très grossière, notamment avec ce travail sur l’accent (au passage, épatant). Mais Gainsbourg livre une composition bien plus pertinente et apporte à cette oeuvre assez académique une réelle émotion. Pierre Niney est également remarquable dans le rôle de Romain Gary, presque une évidence. Le jeune acteur franco-polonais Pawel Puchalski (interprétant Romain Gary enfant) est également impressionnant pour son jeune âge. En revanche, Nemo Schiffman (Gary adolescent) m’a moins convaincue mais il faut dire aussi qu’on ne le voit pas non plus des masses (et c’est finalement un peu la même chose pour Finnegan Oldfield). Surtout, on se demande ce que foutent Didier Bourdon et Jean-Pierre Darroussin, pratiquement des erreurs de casting. La Promesse de l’aube est une adaptation un peu trop sage du chef-d’oeuvre de Romain Gary : un peu trop convenu et manquant un peu de personnalité, le travail de Barbier reste tout de même propre et agréable.

La Promesse de l'aube : Photo Pierre Niney