Grave

réalisé par Julia Ducournau

avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabat Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Marion Vernoux, Bouli Lanners, Jean-Louis Sbille…

Epouvante-horreur, drame français, belge. 1h38. 2016.

sortie française : 15 mars 2017

interdit aux moins de 16 ans

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Grave : Photo

Difficile de passer à côté du phénomène Grave, grand vainqueur à Gérardmer cette année et présenté l’année précédente à la Semaine de la Critique à Cannes (pour ne citer que ces festivals). Il s’agit du premier long-métrage de l’ex-étudiante de la FEMIS, Julia Ducournau : elle avait co-signé Mange, un téléfilm pour Canal + en 2012 et un court-métrage intitulé Junior (et on retrouve dans le casting une certaine Garance Marillier). Grave, co-produit par Julie Gayet, a vite fait le buzz pour ses scènes cannibalistes. On a lu à plusieurs reprises (que ce soit dans la presse ou même sur les réseaux sociaux) que des spectateurs avaient gerbé à cause de certaines scènes visiblement insupportables. C’est pour cette raison que je n’ai pas tenu à découvrir ce film en salles, de peur que mon petit coeur, mon foie, mon estomac et mon cerveau (oui, tout ça) ne supportent pas ce choc (rappelez-vous que j’ai vu Salo de Pasolini en deux fois, le tout avec ma poubelle à côté parce que je sentais que j’allais physiquement dégueuler). Cela dit, entre temps, plusieurs blogueurs m’ont prévenue, je cite, qu’en fait il n’était pas si gore mais la fin était tout de même épicée. J’ai également bien retenu toutes les informations que j’ai lues (sans me spoiler) : le film ne serait pas à proprement parler gore malgré sa réputation. La réalisatrice dit elle-même qu’il s’agit plus d’un drame, parfois comique, mélangé au body horror. J’accepte tout à fait ce postulat et effectivement c’est ce qu’on constate très rapidement. Mais cela ne m’a pas empêchée d’être fortement déçue. En fait, j’ai l’impression d’avoir été confrontée à ma séance de It Follows (également un film de genre d’auteur absolument adoré pour tout le monde alors qu’il a pour moi un certain nombre de défauts / éléments problématiques) en terme de déception (ici encore plus élevée). Mon problème n’est pas nécessairement lié au manque de gore même si je reviendrai tout de même sur ce point. La mise en scène en elle-même n’est pas ce qui m’a gênée, je n’ai pas de reproche à lui faire, c’est peut-être même l’un des seuls points positifs que je relève. C’est globalement l’écriture qui m’a réellement chiffonnée. Cette oeuvre a été vantée pour son intelligence, sa psychologie et que sais-je. Justement, j’ai trouvé l’écriture terriblement pauvre, pas du tout fine et parfois même incohérente et tombant sans cesse dans la sur-référence.

Grave : Photo

Par exemple, l’héroïne se prénomme Justine en référence au personnage de Sade (déjà on y va avec de gros sabots – et c’est ça tout le long du film) nous est présentée comme une jeune fille intelligente (on comprend même qu’elle serait probablement surdouée) qui aurait même son petit caractère. Première question que je me suis automatiquement posée : pourquoi ne refuse-t-elle pas toutes les actions liées au bizutage (parce qu’elle ne résiste pas vraiment) ? On va me répondre : parce que justement, c’est à cause du bizutage qui fout la pression. Justement, le bizutage. La réalisatrice prétend que son film n’est pas sur le bizutage. Je veux bien la croire. Sauf que ce bizutage en question prend une place bien trop importante dans le film par rapport à ce que la réalisatrice a voulu raconter. Surtout, je n’ai pas cru une seule seconde à l’environnement. Pour le bizutage dans les grandes écoles, je suis parfaitement au courant de ce qui se passe, de la violence et de l’humiliation autour. Les visages ont beau être anonymes (le film ne se concentre que véritablement sur les trois personnages principaux), on ne croit pas que ces jeunes-là puissent être l’élite de la France (et j’ai même envie de dire que ça concerne aussi justement Justine, sa soeur et son coloc’ sans être méchante). Surtout, on retrouve tous les clichés possibles et insupportables (et je ne trouve pas que Ducournau en joue particulièrement bien) sur les films de campus. Il est aussi étrange de ne pas utiliser la prépa vétérinaire suffisamment à fond pour le scénario. Certes, Justine est une jeune végétarienne qui défend les animaux avec conviction. On ne peut que penser à cette scène où la jeune fille défend avec pertinence les animaux victimes de zoophilie en établissant une comparaison avec les victimes (humaines) de viol. Cela dit, cela me parait aberrant que face à sa faim grandissante Justine ne tente même pas de s’attaquer à un des animaux présents dans la prépa ou dans les alentours. Le traitement de la relation entre les soeurs m’a également semblé problématique. Je n’ai jamais eu l’impression d’être face à des soeurs tellement elles sont distantes ce qui est bizarre vu le secret familial qu’elles partagent. Les réactions d’Alexia ne m’ont pas paru crédibles : pourquoi ne l’empêche-t-elle de lutter contre le cannibalisme (et même l’incite) ? Pour se sentir moins seule (au passage, un sentiment pas réellement exploité que ce soit de son côté ou celui de Justine) ? Mouais.

Grave : Photo Garance Marillier

J’avoue que je n’ai en tout cas globalement pas cru aux réactions des personnages qui évoluent aussi vite qu’ils changent de chemises. Julia Ducournau a en tout cas insisté de nombreuses fois sur la profondeur de son film (à l’entendre, on a l’impression qu’elle a réinventé à elle seule le cinéma, elle est insupportable), sur les thèmes mis en avant, que son film ne parle finalement pas de cannibalisme etc. Donc on relève les principaux thèmes traités : le passage de l’adolescence à l’âge adulte, la découverte de la sexualité (avec un parallèle lourdingue avec l’animalité et la faim) et de son corps littéralement en mutation, l’héritage familial… Mais tous ces sujets en question sont pour moi traités sans aucune finesse et surtout superficiellement. Il parait aussi qu’il y avait un twist (on en revient donc au fameux drame autour du drame familial avec une mère étonnamment très peu présente). Il doit y en avoir un vu la scène finale (en mode : toi, spectateur, là, tu dois être sur le cul). Twist que j’ai deviné trèèèèès tôt. Revenons enfin au cannibalisme, qui est un prétexte pour évoquer d’autres sujets. Je n’ai pas de souci avec ça mais il y a un moment, il aurait tout de même fallu voir un minimum de scènes en rapport avec ce mal. De plus, à force de naviguer entre plusieurs genres sans réellement les exploiter (mais plutôt en les survolant), je n’ai finalement rien ressenti et encore moins une quelconque petite tension ou un sentiment de malaise. Au bout d’un moment, le fait que ce ne soit pas un pur film d’horreur n’excuse pas tout. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au surprenant We are what we are de Jim Mickle qui a de réelles similitudes avec Grave : un drame autour de deux soeurs cannibales à cause d’un héritage familial. Sur le principe donc, rien de gore (le film ne l’est pas et n’a qu’une petite interdiction qu’aux moins de 12 ans) mais pourtant le film tient bien ses promesses : une tension qui monte jusqu’au point final réellement cannibale, logique vu le mal qui ronge les protagonistes. Il manque ça à Grave : quand le meurtre inimaginable et final à cause des pulsions des personnages arrive pour de bon, on nous épargne tellement tout au nom du « drame » (comme si cela était incompatible alors que cela n’est pas nécessairement le cas) que finalement ça laisse indifférent alors que ça aurait dû envoyer du pâté ou cela aurait dû provoquer un électrochoc.

Grave : Photo

Je pense même à The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (l’exemple me paraît pertinent : le film, très esthétique comme celui de Ducournau, reprend le thème du cannibalisme) qui sur le principe n’est pas un proprement parler un film gore, loin de là. Mais là encore (même s’il a été très discuté), son final sait chambouler, le cannibalisme est bel et bien utilisé, il ne s’agit pas d’une fausse promesse. Revenons justement à l’esthétique (puisque j’établissais une comparaison avec l’esthétique très prononcée de Refn) : certes, on ne va pas se mentir, le film est très soigné de ce côté-là, l’équipe a très bien bossé, c’est indéniable. Je n’aime pas saloper le travail bien fait. Cela dit, je n’ai pas toujours trouvé ces choix en question toujours très pertinents ni d’une réelle profondeur dans le sens où j’avais vraiment l’impression de voir une sorte de caricature du film arty bobo (avec en plus des choix musicaux qui ne m’ont pas aidée à faire abstraction) : pour moi, on était plus proche de la prétention et de la complaisance que dans une quelconque démarche artistique qui devait accompagner une signification. Côté interprétation, je n’ai pas non plus été tant bluffée que ça par rapport à toutes les louanges que j’ai pu entendre. La jeune Garance Marilier et Rabat Naït Oufella ont certes une certaine fraîcheur qui permet de s’intéresser un peu à eux mais je n’ai pas trouvé qu’ils jouaient si bien que ça, j’ai retrouvé tous ces tics clichés d’acteurs de films d’auteur à la française. Quant à Ella Rumpf, j’ai vraiment trouvé qu’elle surjouait tout le long. tPour finir tout de même sur une touche un peu plus joyeuse (et pour éviter qu’un fan du film m’assassine à coup de batte de base-ball), parmi les petits points positifs que je relève (je ne suis pas totalement un monstre), la mise en scène est ambitieuse, le soin apporté à la photographie est également remarquable et enfin on ne peut qu’admirer le travail des maquilleurs sur quelques scènes.

Grave : Photo Garance Marillier

Hippocrate

réalisé par Thomas Lilti

avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Félix Moati, Carole Franck, Philippe Rebbot…

Comédie dramatique française. 1h42. 2014.

sortie française : 3 septembre 2014

Movie Challenge 2017 : Un film engagé

Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel, est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. Son initiation commence.

Hippocrate : Photo Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Reda Kateb

Présenté au festival de Cannes 2014 dans le cadre de la Semaine Internationale de la Critique, Hippocrate est un film qui semble marquer une frontière entre le film social et « autobiographique ». En effet, avant de se lancer dans le cinéma, le réalisateur Thomas Lilti était médecin et fils de médecin comme Benjamin, le personnage principal de ce long-métrage (Benjamin étant aussi au passage le second prénom du réalisateur). Lilti a aussi tenu à tourner dans l’ancien hôpital dans lequel il travaillait. La médecine est un sujet qui obsède encore le réalisateur (son dernier film étant Médecin de campagne). Par ailleurs, certaines vraies infirmières apparaissent au casting pour accentuer encore plus la crédibilité du récit. Mais on ne peut pas limiter Hippocrate à cet aspect très réaliste, à ce vécu qu’on ressent sans cesse, même si cette dimension est effectivement à prendre en compte par rapport à ce que le réalisateur a voulu pointer du doigt. Justement, ce long-métrage se présenterait avant tout comme un cri d’alarme : nous savons tous que les hôpitaux français se portent mal (nous n’avons pas attendu Hippocrate pour savoir ça). Comme dans beaucoup de milieux, on préfère privilégier le profit à la qualité et surtout à l’humanité. J’ai toujours été très sensible aux films engagés, appartenant au cinéma social, dénonçant les travers d’un pays ou d’un système. Je suis sensible au propos même de Hippocrate. J’adhère au propos mais pas nécessairement à la proposition « artistique » : ce n’est pas parce qu’on signe un film social, très réaliste, parfois proche du documentaire, qu’on doit négliger certains points. Déjà, pour être honnête, je me suis énormément ennuyée (en dehors de la fin, là au moins elle a su susciter un minimum mon intérêt). Cela paraît vraiment regrettable de ressentir ce type de désagrément alors que le film tend justement à nous montrer le rythme infernal du personnel. Je ne suis pas entrée dans le récit alors que paradoxalement on débute directement à l’hôpital en suivant Benjamin, ce jeune interne. Le spectateur est alors dans la même situation que Benjamin : on découvre en même temps que lui le réel fonctionnement d’un hôpital et ses petits secrets (notamment dans les moments de détente). Je comprends la démarche du réalisateur lorsqu’il nous montre différents moments : dans la vie d’un hôpital, il se passe forcément des événements sans lien les uns avec les autres. Mais je trouve que le film manque tout de même de fil rouge. Il arrive assez tard dans le film, ce qui rend le tout encore plus décousu, comme si les débats lancés (notamment sur l’euthanasie) sortaient de nulle part.

Hippocrate : Photo Vincent Lacoste

Même la toute fin semble bâclée, comme si les dernières minutes  du film n’avaient servi à rien. De plus, si j’applaudis le côté « réaliste », certaines scènes (notamment à la fin) m’ont paru très exagérées. J’ai même cherché des avis de médecin et d’internes : si beaucoup s’accordent sur la retranscription réaliste de leur profession, pas mal d’entre eux (même ceux qui ont apprécié le film) ont également trouvé cette fin pas toujours très crédible. Bref, le scénario m’a paru confus, ne laissant pas réellement les personnages exister à l’écran. Seul le personnage d’Abdel est intéressant et se détache du lot. Il faut aussi souligner au passage l’excellente interprétation de Reda Kateb qui avait remporté le César du meilleur acteur dans un second rôle. Je suis un peu plus sceptique concernant Vincent Lacoste. J’aime bien ce jeune acteur qui fait du bien au cinéma français, il ne joue pas si mal dans Hippocrate (même si sa nomination aux César me parait excessive). Mais je ne l’ai pas trouvé très à l’aise. J’aime bien son air à la ramasse mais là je ne sais pas s’il correspond réellement au personnage qu’il incarne (personnellement, malgré tout le bien que je pense de lui, je n’aimerais pas me faire soigner par Lacoste !). En plus, il fait vraiment jeune : son physique ne l’aide pas à s’approprier de son personnage me semble-t-il. Je ne parle même pas des seconds rôles vraiment invisibles, notamment celui tenu par Jacques Gamblin, qui incarne le père du héros. Or, dans le scénario, il y a, me semble-t-il, une piste concernant le lien entre père et fils dans le milieu professionnel et même une esquisse sur les magouilles que cette relation peut entraîner dans le monde du travail, en l’occurrence ici dans la médecine. De plus, si le travail concernant ce point n’a rien de honteux (surtout dans le cadre d’un film qui se veut réaliste), la mise en scène ne m’a pas non plus réellement totalement convaincue (j’avais parfois l’impression de regarder un téléfilm) même si on peut de nouveau reconnaître qu’elle capte bien l’urgence permanente dans un hôpital. Bref, l’ensemble est donc certainement assez réaliste, le message certainement fort et important mais il ne se passe rien. Je ne parle pas ici que de scénario qui m’a semblé assez vide, je parle de ressenti global. J’entends la colère du réalisateur mais je ne l’ai pas nécessairement ressentie. Et plus généralement, je n’ai pas ressenti d’autres types d’émotions. Encore une fois, je ne pense pas que son statut pseudo documentaire doit tout excuser. Il y a d’autres films qui s’inscrivent grosso modo dans la même veine et qui ont su provoquer chez moi beaucoup plus d’émotions et de réactions que celui-ci.

Hippocrate : Photo Reda Kateb

Raid Dingue

réalisé par Dany Boon

avec Alice Pol, Dany Boon, Michel Blanc, Yvan Attal, Sabine Azéma, Patrick Mille, François Levantal, Anne Marivin, Florent Peyre, Alain Doutey, François Vincentelli, Akim Omiri…

Comédie française. 1h45. 2016.

sortie française : 1 février 2017

Johanna Pasquali est une fliquette pas comme les autres. Distraite, rêveuse et maladroite, elle est d’un point de vue purement policier sympathique mais totalement nulle. Dotée pourtant de réelles compétences, sa maladresse fait d’elle une menace pour les criminels, le grand public et ses collègues.
Assignée à des missions aussi dangereuses que des voitures mal garées ou des vols à l’étalage, elle s’entraîne sans relâche pendant son temps libre pour réaliser son rêve : être la première femme à intégrer le groupe d’élite du RAID.
Acceptée au centre de formation du RAID pour des raisons obscures et politiques, elle se retrouve alors dans les pattes de l’agent Eugène Froissard (dit Poissard), le plus misogyne des agents du RAID. Ce duo improbable se voit chargé d’arrêter le redoutable Gang des Léopards, responsable de gros braquages dans les rues de la capitale.
Mais avant de pouvoir les arrêter, il faudrait déjà qu »ils parviennent à travailler en binôme sans s’entretuer au cours des entraînements ou des missions de terrain plus rocambolesques les unes que les autres.

RAID Dingue : Photo Alice Pol, Dany Boon

Je ne m’en suis jamais cachée : à l’origine, je ne suis pas une anti-Dany Boon (parce que j’ai l’impression que ça fait bien rager contre lui, du genre t’es un cinéphile plus légitime). Cela dit, il faut admettre que ses derniers films sont très décevants. Hélas, Raid Dingue s’inscrit dans cette même lignée. Certes, les scènes d’action sont étonnamment assez réussites. Je dois admettre que l’ensemble se laisse plutôt regarder (ce n’était pas le cas pour Supercondriaque en ce qui me concerne), c’est même plutôt bien rythmé, je ne me suis pas ennuyée. Mais je n’oublie pas qu’il s’agit à l’origine d’une comédie (on pourra toujours chipoter en précisant qu’il s’agit d’une comédie d’action) qui est donc censée nous faire marrer. J’ai parfois souri mais je ne peux pas dire que j’ai réellement ri (ou vraiment très peu). Dany Boon n’a jamais eu un humour fin mais là il est particulièrement trop lourd et caricatural. Au-delà de gags poussifs qui m’ont plus crispée qu’autre chose, je n’ai vraiment pas adhéré au scénario trop invraisemblable. On pourra toujours me dire qu’il ne s’agit que d’un film, j’ai besoin de croire un minimum à l’histoire qu’on me raconte. Or, cette histoire de fliquette maladroite, proche de l’incompétence, est complètement tirée par les cheveux. On a vraiment l’impression que ce manque de crédibilité est volontaire uniquement pour provoquer des gags. Pourtant, je suis persuadée qu’avec un meilleur scénario (cela sous-entend avec une histoire qui aurait tenu la route un minimum) il aurait pu être plus drôle. Le scénario est également raté dans le sens où la narration se perd dans différentes directions. En effet, une fois Johanna intégrée dans la formation, le scénario part dans tous les sens. En réalité, plusieurs pistes sont abordées mais Boon ne va pas au bout de ses propositions. Par exemple, se met en place une sorte de triangle amoureux entre Johanna, Eugène et Olivier Lopez (Florent Peyre) mais il n’est pas réellement exploité. Je pense aussi au psy du Raid, incarnée par Anne Marivin, juste là pour passer un coucou aux fans de Bienvenue chez les Ch’tis et non pour pour réellement servir le récit (honnêtement, la manière dont est introduit son personnage me faisait penser qu’il y avait un lien plus profond entre elle et Eugène). Même l’histoire avec les braqueurs n’est pas assez forte, on n’a jamais l’impression qu’elle sert de « fil rouge » ou quelque chose dans ce genre-là. Je n’ose même pas m’aventurer sur la scène avec la gay pride (et du repas qui suit), terriblement ringarde, inutile voire même à la limite de l’homophobie (je ne suis pourtant pas du genre à faire ce type d’accusation pour tout et n’importe quoi mais là ça m’a vraiment gênée).

RAID Dingue : Photo Alice Pol, Dany Boon

Bref, on a l’impression que les idées et les scènes s’enchaînent parfois sans réel lien entre elles, le film a alors un aspect assez bordélique qui a tendance à déranger. Raid Dingue veut évidemment rendre hommage à la police qui prend des risques pour la population. Je suis sûre que la démarche de Dany Boon est sincère et mine de rien, cette bonne intention fonctionne un minimum (même si les bonnes intentions ne transforment pas les films en chef-d’oeuvre, ça se saurait !) sur l’ensemble du film. En revanche, je suis bien plus sceptique lorsque l’acteur-réalisateur veut mettre en avant des femmes courageuses qui agissent pour le bien de leur pays et n’ont rien à envier aux hommes, il y a quelque chose de maladroit dans son discours. Je ne sais pas si on pouvait parler à l’origine de direction féministe dans le scénario mais en tout cas je ne trouve pas que Raid Dingue valorise si bien que ça les femmes, on a presque l’impression par moments qu’il raconte le contraire de ce qu’il veut réellement traiter ! Après tout, Johanna ne réussit que par son père qui est ministre et par un concours de circonstances. En parlant du père ministre, on voit qu’il y a certainement une sorte de critique des abus de pouvoir et du piston mais elle n’est pas suffisamment creusée. Pour terminer cette chronique, parlons maintenant du casting. Je suis partagée sur l’interprétation d’Alice Pol, une actrice qui ne me déplaît pas, loin de là. Même dans le très mauvais Supercondriaque, je trouve qu’elle a effectivement du potentiel. Elle dégage de la sympathie et est même plutôt pétillante. Je comprends en tout cas pourquoi Dany Boon a décidé de lui donner le premier rôle. Cela dit, elle ne peut pas livrer totalement une bonne performance : son personnage étant trop surécrit à l’image des gags, l’actrice finit par en faire des caisses. En revanche, sans dire qu’il est fabuleux, Dany Boon fait du Dany Boon : il ne surprend pas mais en faisant ce qu’il sait faire, il assure un minimum. A mon avis, ce sont surtout François Levantal et Michel Blanc, présents dans des seconds rôles, qui s’en sortent le mieux. En revanche, j’ai trouvé Sabine Azéma complètement à côté de la plaque (pourtant je l’aime bien d’habitude) et surtout Yvan Attal est juste insupportable (mais qu’est-ce qu’il joue mal !). Je regrette aussi de voir certains acteurs complètement sous-exploités, juste là parce qu’ils sont probablement potes avec Boon. Bref, pour ma part, rien de bien dingue dans cette énième comédie française ratée et surtout lourdingue…

RAID Dingue : Photo Alice Pol, François Levantal, Michel Blanc

La Fille inconnue

réalisé par Luc & Jean-Pierre Dardenne

avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémie Renier, Louka Minnella, Christelle Cornil, Nadège Ouedraogo, Olivier Gourmet, Fabrizio Rongione, Thomas Doret, Marc Zinga…

Drame belge, français. 1h46. 2016.

sortie française : 12 octobre 2016 (sortie dvd : 21 février 2017).


Vu dans le cadre de Dvdtrafic.

Un grand merci à Cinetrafic ainsi qu’à Diaphana (site + Facebook).

Cinetrafic vous propose plusieurs listes de films :

lafilleinconnue

Jenny, jeune médecin généraliste, se sent coupable de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune fille retrouvée morte peu de temps après. Apprenant par la police que rien ne permet de l’identifier, Jenny n’a plus qu’un seul but : trouver le nom de la jeune fille pour qu’elle ne soit pas enterrée anonymement, qu’elle ne disparaisse pas comme si elle n’avait jamais existé.

La Fille Inconnue : Photo Adèle Haenel

La Fille inconnue avait été présenté au festival de Cannes en compétition en 2016 mais était reparti les mains… et heureusement. Je ne vais pas tourner autour du pot : ce film m’a énormément déçue. Décidément, j’ai toujours autant de mal avec le cinéma des frères Dardenne. Cela peut paraître étonnant vu que j’aime d’habitude ce type de cinéma social, j’adore notamment les films de Ken Loach, justement souvent comparés à ceux des Dardenne. Pourtant j’aurais voulu apprécier ce long-métrage assez actuel : en effet, les réalisateurs se penchent ici sur l’identité d’une prostituée immigrée. Dans un premier temps, c’est elle la fameuse fille inconnue du titre. Mais petit à petit, cette fille en question pourrait aussi désigner Jenny, une jeune médecin qui se sent coupable de ne pas avoir ouvert les portes de son centre médical à cette prostituée la veille de son décès. Tout ce qu’elle veut savoir, c’est son nom pour qu’elle puisse être enterrée dignement et que sa famille puisse faire son deuil. Les gens interrogés redoutent de finir derrière les barreaux ou plus généralement avoir des ennuis. Jenny a le mérite de ne pas se prendre pour une pseudo-flic comme on a parfois l’habitude de le voir dans certains films. A partir de ce point de départ, La Fille inconnue est avant tout un film qui nous interpelle par rapport à la question de la responsabilité. Jenny décide d’agir et ne pense jamais à elle sans le sens où elle ne recherche pas de reconnaissance, de récompense ou de gratitude. Par ailleurs, elle exerce également son métier avec sincérité et implication (et je dirais même avec application). Il y a pour moi un parallèle entre la profession et le devoir de citoyen : elle agit comme une citoyenne en enquêtant tout comme elle fait son job comme on le dirait – même si elle le fait très bien (et que la caméra des Dardenne souligne ce fait) – lorsqu’elle travaille en tant que médecin. En tout cas La fille inconnue veut, sans être prétentieux (on peut au moins reconnaître cette qualité chez les Dardenne), montrer la part d’humanité nécessaire qui peut ressortir si chacun se préoccupait de ce qui se passe autour. L’humanité est ici liée à la question du devoir et de la prise de conscience. Jenny est alors une jeune femme ordinaire qui sort durant quelque temps de son existence assez banale pour faire quelque chose qui pourrait relever de l’extraordinaire, dans le sens où justement personne n’aurait agi comme elle face à ce type de situation. Pourtant, par les actes et les qualités certaines de son personnage principal, les frères Dardenne ne transforment pas nécessairement Jenny en femme héroïque : elle fait ce qu’elle doit faire selon sa conscience.

La Fille Inconnue : Photo Adèle Haenel, Olivier Bonnaud

Une fois qu’elle aura terminé de ce qu’elle doit faire (c’est-à-dire connaître l’identité de la fille inconnue), Jenny reprendra le cours de son existence où elle continuera, par de petites actions (et donc par son travail), à agir simplement de son côté, toujours dans le but d’aider les autres parce qu’elle a décidé que cela ferait partie de son quotidien. Cela dit, malgré de bonnes intentions et un message fort, ancré dans notre actualité, La Fille inconnue est un film vraiment déplaisant à regarder. Comme le précédent long-métrage des Dardenne, Deux jours, une nuit, le scénario est trop répétitif pour susciter un réel intérêt. En résumé, on voit Jenny poser la même question tout le long du film (« connaissez-vous cette fille ? » en montrant la photo à droite et à gauche aux gens). Si son acte part d’une noble attention, au bout d’un moment, on a juste envie de la gifler cette Jenny. On a envie de la secouer et de lui gueuler dessus « mais mêle-toi de ton cul ! ». On comprend même qu’elle se fasse menacer ! La mise en scène reste certainement honnête et cohérente avec cette image de cinéma social. Cela dit, je trouve qu’elle manque tout de même d’intensité même si la caméra suit de près ses personnages, surtout Jenny. Je n’ai pas vu beaucoup de films avec Adèle Haenel mais le peu que j’ai pu voir avec j’ai rapidement compris à quel point elle pouvait être talentueuse. Par ailleurs, j’avais principalement envie de découvrir La Fille inconnue principalement parce que l’actrice doublement Césarisée tenait le rôle principal. Je ne dirais pas qu’elle joue mal mais je ne l’ai pas trouvée très à l’aise dans ce rôle alors que sur le papier il y avait tout pour qu’elle puisse bien interpréter ce rôle (ce que je veux dire c’est que je ne pense pas qu’il s’agit ici d’une erreur de casting). Je comprends la démarche des Dardenne de dresser le portrait volontairement flou de leur héroïne : Jenny est juste pour nous les spectateurs un bon médecin bienveillant et humaine (même dans ses erreurs, c’est-à-dire lorsqu’elle refuse d’ouvrir la porte à cette jeune fille inconnue uniquement parce qu’elle veut respecter les règles). J’ai conscience que Jenny est elle aussi une fille inconnue, comme si elle devait renvoyer, par ses actes, à ce que devraient / pourraient faire les spectateurs aussi ordinaires qu’elle. Mais à force de ne rien savoir sur elle, on se fiche complètement d’elle.  A cause de ce scénario non seulement assez répétitif mais également tiré par les cheveux et de ce personnage féminin un peu trop flou, même si le sujet est fort, je n’ai pas été émue. Cela est réellement dommage vu qu’il s’agit finalement d’une ode à notre humanité qui doit se traduire par des actes et non par de la passivité. Le tout manque donc selon moi d’intensité sur un trop grand nombre de niveaux, on finit donc par s’ennuyer fermement et à passer à côté d’une oeuvre qui aurait dû être plus forte.

La Fille Inconnue : Photo Adèle Haenel, Jean-Michel Balthazar

Kill Your Darlings

réalisé par John Krokidas

avec Daniel Radcliffe, Dane DeHaan, Michael C. Hall, Jack Huston, Ben Foster, David Cross, Jennifer Jason Leigh, Elizabeth Olsen, Kyra Sedgwick, Erin Darke…

Drame, biopic américain. 1h43. 2013.

sortie française : 28 mai 2016 (vod)

Movie Challenge 2016 : Un biopic historique

killyourdarlings

Allen Ginsberg, Jack Kerouac, William Burroughs… ils sont les plus grands écrivains américains du 20ème siècle. Kill your Darlings retrace l’histoire de leur rencontre et de leur révolte contre la société américaine. Au milieu d’une frénésie de fêtes, d’alcool et de passions interdites, tous ces jeunes gens enflammés perdent peu à peu leurs repères… jusqu’au meurtre.

Kill Your Darlings - Obsession meurtrière : Photo Dane DeHaan, Daniel Radcliffe

Comme vous le savez certainement, j’aime la littérature (enfin dans un sens assez large, je ne prétends pas être Bernard Pivot – mais j’ai quand même été cinq ans étudiante en lettres) mais je ne me suis jamais intéressée à toute cette bande d’auteurs et de poètes de la Beat Generation (allez savoir pourquoi). Avec l’adaptation du roman de Jack Kerouac Sur la route par Walter Salles, j’avais déjà commencé (très vaguement) à m’initier doucement à ce mouvement littéraire même si finalement j’ai de nouveau repoussé mon envie de nouvelles découvertes littéraires (le film en question ne m’ayant pas plu). Kill Your Darlings, qui est basé sur Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines (écrit par Jack Kerouac et William Burroughs, publié qu’en 2012) pouvait être pour moi ce déclic que j’attendais tant. Je ne dois également m’en cacher : je l’ai aussi regardé pour Daniel Radcliffe (non ne faites pas genre que vous êtes surprise : si tu suis ce blog, tu es forcément au courant de mon crush pour lui). Ce long-métrage se présente comme une sorte de mix entre le biopic (même si pour le Movie Challenge, j’ai un peu arrondi la chose en le classant vaguement dans biopic historique) et le drame voire même le thriller. Je n’ai jamais rien eu contre les mélanges de genre, loin de là, mais j’ai senti le jeune et inexpérimenté réalisateur John Krokidas (il signe ici son premier long-métrage) trop hésitant entre les deux genres en question. Et pas qu’entre les genres d’ailleurs. Il est hésitant sur trop de choses, dans la manière d’aborder ses différents thèmes et même les personnages. Finalement Kill Your Darlings est un film très inintéressant qui ne nous aidera à nous intéresser à la Beat Generation (et à ses auteurs fondateurs) ni certainement aux fans de ce mouvement en question. Je me suis vraiment foutue royalement de ce qui pouvait bien se passer à l’écran. J’ai trouvé le film atrocement long, interminable ! L’intrigue met une plombe à se mettre en place. C’est méchant de dire ça mais je ne suis pas étonnée que ce film ait mis une plombe à sortir en vod en France (vous savez pourtant que ces nouveaux systèmes d’exploitation me gonflent profondément). Le pire, c’est quand le film tente vaguement de montrer la tension homosexuelle entre les différents personnages : ça tombe complètement à plat. Pareil d’ailleurs dès qu’on insère un peu des histoires de drogues dans le scénario : ça paraît trop superficiel. De plus, les relations entre les personnages sont soi-disant ambiguës, j’ai juste envie de dire : mouais.

Kill Your Darlings - Obsession meurtrière : Photo

Surtout, et c’est déjà ce que j’avais ressenti dans l’adaptation de Sur la route, c’est que ça manque de littérature alors qu’on parle bien d’auteurs hyper connus. Quand je dis ça, je ne m’attendais pas forcément à voir quelque chose de sirupeux. Ce que je veux dire, c’est qu’on finit par oublier qu’on parle ici d’auteurs engagés, qui ont changé une partie de la littérature. John Krokidas passe trop vite sur l’importance même de ces gens. Surtout quand on sait que ce fait finalement très anecdotique sur l’éditeur Lucien Carr (et l’assassinat qu’il a commis) a eu une influence importante pour les auteurs présents dans le film. Au-delà d’un mauvais traitement de sujet (pourtant à l’origine certainement intéressant), la mise en scène est assez décevante. Pas honteuse non plus (j’ai certainement vu pire) mais elle manque vraiment de consistance et surtout de personnalité. Cela dit, je dois admettre qu’il y a plutôt une sympathique reconstitution des années 40. Heureusement aussi, le casting reste tout de même assez bon (surtout face à un résultat assez mauvais) et tente vaguement de remonter le niveau. Daniel Radcliffe s’en sort plutôt bien dans le rôle d’Allen Ginsberg même si je l’ai trouvé parfois mal à l’aise (après c’est aussi le rôle qui veut donner cette impression de jeune garçon paumé). Pour être honnête, j’ai été plus impressionnée par ses partenaires, en particulier Dane DeHaan (décidément en ce moment on le voit partout) qui semble davantage être habité par son personnage. Il parvient bien à rendre son personnage en même temps attachant et fourbe. Michael C. Hall (la star des séries Dexter et Six Feet Under) livre également une remarquable interprétation vu les circonstances. Même si son personnage ne sont pas particulièrement bien écrit (un peu comme tous les personnages d’ailleurs), j’ai tout de même trouvé Jack Huston également bon en Jack Kerouac, en tout cas on sent que cet acteur a un vrai potentiel depuis un bon moment et qu’il vaut bien mieux que ce film médiocre. On voit peu Ben Foster (ici en William Burroughs) mais il assure une belle et énigmatique présence, on sent bien en peu de scènes le côté torturé du personnage. Enfin, Jennifer Jason Leigh et David Cross sont également bons (comme souvent) même si leurs rôles restent assez secondaires.

Kill Your Darlings - Obsession meurtrière : Photo

Tom à la ferme

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu, Manuel Tadros…

Thriller canadien, français. 1h42. 2012.

sortie française : 16 avril 2016

Chronique synchro avec celle de Lilylit

tom

Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

Quoiqu’il arrive, même lorsque je n’aime pas ses oeuvres, Xavier Dolan est un réalisateur qui ne me laisse pas indifférente. Alors qu’il n’avait écrit jusqu’à présent des scénarios originaux, Tom à la ferme marque la première expérience de Xavier Dolan en tant qu’adaptateur. Il s’attaque donc ici à l’adaptation de la pièce éponyme du dramaturge québécois Michel Marc Bouchard (décidément, Dolan aime bien le théâtre, je pense ici à la la sortie de son dernier film, Juste avant la fin du monde). Le long-métrage nous présente donc le fameux Tom du titre allant à la ferme (jusque là tout va bien…) se rendant à la campagne (lui qui est citadin) à l’enterrement de son amant. Le frère du décédé s’en mêle en le menaçant de ne pas dévoiler sa relation pour ne pas froisser la mère (l’homosexualité étant tabou dans ce milieu et le défunt ayant menti à sa famille sur sa sexualité). Le film présente donc une sorte de jeu de domination entre Tom et le fameux frère (qui se prénomme donc Francis), qui serait en réalité un homosexuel refoulé. J’ai lu une interview intéressante de Xavier Dolan où il développait certaines théories sur la sexualité et l’environnement. Il disait notamment que si lui, qui se sent à 100 % homosexuel, était entièrement entouré de femmes hétérosexuelles et que l’environnement favorisait de réels rapprochements et interrogations entre lui et les autres femmes en question, sans dire qu’il « deviendrait » hétérosexuel et sans parler de « pulsions », il pourrait éprouver une forme de désir envers une femme. La question du refoulement sexuel par rapport à l’environnement est donc intéressant sur le papier. En effet, pourquoi Francis, ce gars assez rustre (pour ne pas dire homophobe), est attiré par Tom ? Est-ce son environnement ? Est-il en réalité un homosexuel qui refuse de se l’avouer à cause du regard des autres (dont celui de sa mère) ? Ou encore pense-t-il retrouver une connexion avec son frère décédé en établissant lui-même une sorte de relation avec Tom ? Hélas, Tom à la ferme ne parvient pas pour moi à mettre en avant ces nombreuses interrogations qui ont pu nous traverser l’esprit. Le film aborde des thèmes intéressants, voire même profonds mais ils ne sont jamais réellement exploités. En fait, cette frustration que j’ai pu ressentir est pour moi clairement lié au scénario qui n’est pas réellement développé. Pour résumer, une fois la scène des funérailles passée, l’histoire ne décolle pas. On en reste un peu au synopsis d’origine.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

On pourra alors toujours trouver une réponse à ce « problème » : Dolan aurait alors voulu explorer les relations de domination entre les personnages ainsi que leur psychologie : cela serait alors cette partie psychologique, développant davantage les thèmes, notamment autour de la violence (« Tom à la ferme est un film sur la violence qu’entraîne l’intolérance » selon Dolan himself) qui devraient nourrir le scénario. Mais je trouve que cela ne fonctionne pas car les thèmes ne m’ont pas paru bien traités : pour moi, ils apparaissent juste en surface. La tension se traduit par la musique de Gabriel Yared, assez envahissante (mais pourtant pas mauvaise, loin de là, juste pas bien utilisée) et quelques références hitchcockiennes notamment la mère flippante à la Psychose, la possible relation « nécrophile » par la figure de Tom (qui « remplacerait » l’amant décédé) à la Vertigo ou encore (et même surtout) la course-poursuite dans les champs façon La Mort aux trousses. Mais Dolan n’est pas Hitchcock. Pour l’instant, j’ai envie de dire : le thriller, c’est pas le fort du réalisateur québécois. Il tente effectivement de faire monter la tension, de saisir l’esprit des personnages. Comme souvent, il y a des idées de mise en scène, une envie de créer (et cela est très noble de sa part) et encore une fois, vu tout ce que j’ai dit avant, il y a une envie de créer du débat, de faire réfléchir. Mais je trouve le résultat peu convaincant, comme si j’étais face à un film bourré de potentiel mais encore pas suffisamment abouti, encore au stade de réflexion. Je n’ai finalement ressenti que de l’ennui (le film n’est franchement pas rythmé), la fin arrive un peu trop brusquement en plus. Décidément je préfère quand Dolan signe des films certes longs mais passionnants et aboutis plutôt que des films plus courts mais plus pénibles à regarder et surtout inabouti. Côté casting, je suis également partagée même s’il y a du positif. Lise Roy et Evelyne Brochu, qui interprétaient déjà respectivement Agathe et Sara dans la pièce d’origine, sont remarquables. On retiendra évidemment la très bonne performance du saisissant Pierre-Yves Cardinal. En revanche, je reste plus réservée sur l’interprétation de Xavier Dolan. Selon moi, jusqu’à présent (il tenait le premier rôle dans ses précédents longs-métrages, J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires), il est bien meilleur réalisateur qu’acteur. Je ne dis pas qu’il joue comme une patate mais son interprétation ne m’a pas totalement convaincue. Pour ne rien arranger, il porte cette horrible couleur blé (ou perruque, je ne parviens pas à reconnaître l’illusion capillaire en question), probablement un clin d’oeil assez lourdingue avec le champ de blé, une des scènes les plus « marquantes » de ce film.

Tom à la ferme : Photo Lise Roy, Pierre-Yves Cardinal, Xavier Dolan

Perfect Sense

réalisé par David MacKenzie

avec Ewan McGregor, Eva Green, Ewen Bremner, Connie Nielsen, Stephen Dillane, Anamaria Marinca…

Drame, romance, science-fiction britannique, irlandais, suédois, danois. 1h32. 2011.

sortie française : 28 mai 2012

Movie Challenge 2016 : Un film se déroulant dans le futur

perfect

Au milieu d’un monde frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens, un cuisinier et une brillante chercheuse tombent amoureux…

Perfect Sense : Photo Eva Green

David MacKenzie, réalisateur de Les Poings contre les murs (Starred Up) ou plus récemment de Comancheria (Hell Or High Water), a réuni Ewan McGregor et Eva Green pour un nouveau film autour de la fin du monde et de la contagion (sur le papier). Ce sont décidément des sujets qui touchent beaucoup de réalisateurs depuis maintenant quelques années. Dans Perfect Sense, le mal en question est la perte de tous les sens au fil du temps. Cela dit, il ne s’agit pas à proprement parler d’un film de science-fiction. Disons que la science-fiction n’est qu’un prétexte pour évoquer d’autres sujets. Dans un premier temps, ce qui nous frappe le plus est la romance entre Michael et Susan. Comment s’aimer alors que le monde autour de nous est en train de s’effondrer ? Surtout, malgré le désastre présenté, le message est assez positif : l’homme peut toujours se relever face aux pires atrocités et devenir solidaire. J’aurais pu aimer sur le papier ce Perfect Sense qui a envie de proposer autre chose sur l’apocalypse. Le film semble d’ailleurs avoir son lot de fans. Pour ma part, j’ai vraiment eu du mal à aimer ce film qui m’a paru très long alors qu’il ne dépasse pas les 1h30. Le film a beau regorgé de bonnes idées, le résultat m’a paru très décevant. Sous prétexte qu’il ne s’agit pas concrètement d’un film de science-fiction (en tout cas la science-fiction doit rester secondaire si on comprend bien le projet de base), le scénario semble trop incomplet. On ne demandait évidemment pas de tout connaître en détails, d’avoir des descriptions à la Philip K. Dick (évidemment que notre part d’imagination doit avoir sa place !). Le scénario m’a juste semblé incroyablement vide et du coup pas du tout crédible. Peut-être que je cherche la petite bête, le film ne m’ayant pas suffisamment emportée pour que je puisse oublier quelques détails. J’ai du mal à comprendre comment les hommes deviennent avant tout agressifs puis perdent un de leurs sens. Pour ne rien arranger, la mise en scène de David MacKenzie, avec tous les effets techniques qui vont avec, est hyper prétentieuse. La réalisation, la photographie, le cadrage etc… l’ensemble de ce côté est plus que satisfaisant, il y a des gens qui savent bosser. Je ne vais pas remettre en question leur savoir-faire. En revanche, c’est la manière dont ce travail est mis en avant. David MacKenzie se prend vaguement pour Terrence Malick ou veut quelque chose dans cette même veine, du genre « expérimental ». Sur le papier, il fallait évidemment livrer un réel travail avec les images pour pouvoir retranscrire tous les sens.

Perfect Sense : Photo David MacKenzie, Ewan McGregor

Le défi était alors de taille mais selon moi il n’a pas du tout été relevé ! J’ai plus envie de dire qu’il s’agit plus d’un étalage de connaissances techniques (du genre je m’amuse à faire de la shaky cam sur un vélo) qu’un réel moyen de créer une quelconque vraie émotion, de la poésie ou autre chose d’ailleurs. Certaines scènes m’ont paru vraiment ridicules (du genre la crise où les personnages bouffent un bouquet de fleurs…), limite m’ont fait rire alors que j’aurais dû ressentir du désespoir par exemple. Pour ne rien arranger, on nous colle la voix-off hyper lourdingue par Eva Green (le tout accompagné par une musique du compositeur allemand Max Richter, certes jolie mais qui nous saoule et nous insupporte à forcer d’être répétée et répétée !). La voix de l’actrice en elle-même n’est pas dérangeante ni désagréable (elle a au moins son charme), c’est juste encore une fois la manière dont ce procédé est mis en avant. Le résultat se veut poétique par cette superposition d’images esthétisées (même si en choisissant de filmer un Glasgow assez gris et froid, cet aspect en question n’est pas toujours bien valorisé) et de voix déballant des phrases pseudo poétiques-philosophiques-intelligentes. Pour ma part, si cela a peut-être provoqué des émotions à des spectateurs, chez moi, cela m’a plus exaspérée qu’autre chose : en clair, ça vole aussi qu’une vidéo (et maintenant un bouquin) d’EnjoyPhoenix. La dénonciation de notre monde capitaliste ou encore la manière de voir un peu de beauté et certainement de bonté chez l’homme m’ont semblé si mal menées (surtout qu’on a quand même du mal à voir un élan de positivité si on se retrouvait réellement sans aucun de nos sens…). Cela dit, je retiens tout de même quelques éléments positifs même si le film m’a fortement déplu. La toute dernière partie consacrée aux dernières pertes de sens (l’ouïe et la vue) m’ont semblé mieux exploitée, avec cette fois-ci une réelle prise de risque artistique : il se passe enfin quelque chose qui ne se contente pas d’être superficiel, ça provoque enfin un peu d’émotion. Hélas, ce point arrive vraiment trop tard dans ce film qui m’a énormément ennuyée. J’aurais tellement aimé voir tout le film aller dans ce sens au lieu de faire du surplace avec de la poudre aux yeux et de ne rien exploiter des éléments pourtant exploitables. Enfin, l’autre point positif concerne les interprétations. Eva Green et Ewan McGregor, tous les deux très impliqués et convaincants, forment un très joli couple assez complice, on ressent une sorte d’alchimie entre eux.

Perfect Sense : Photo Eva Green, Ewan McGregor

Miss Peregrine et les enfants particuliers

réalisé par Tim Burton

avec Eva Green, Asa Butterfield, Ella Purnell, Samuel L. Jackson, Terence Stamp, Rupert Everett, Judi Dench, Allison Janney, Chris O’Dowd, Kim Dickens, Finlay MacMillan…

titre original : Miss Peregrine’s Home For Peculiar Children

Film fantastique américain, britannique, belge. 2h07. 2016.

sortie française : 5 octobre 2016

miss

À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs …  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Asa Butterfield, Ella Purnell, Eva Green, Lauren McCrostie, Pixie Davies

En dehors de quelques exceptions (qui ne sont cependant pas des chefs-d’oeuvre, je pense notamment, en ce qui me concerne, à Sweeney Todd), ça fait depuis pratiquement une quinzaine d’années que Tim Burton n’a plus d’inspiration, qu’il se recycle (et pourtant il a été longtemps un de mes réalisateurs préférés). Mais chez moi, malgré les déceptions que j’ai pu avoir ces dernières années, un Tim Burton suscite encore un intérêt chez moi, c’est toujours un événement. J’attends (faussement) naïvement son prochain vrai bijou. Cette fois-ci il adapte best-seller de l’auteur américain Ransom Riggs. Je me suis procurée le bouquin il y a déjà deux mois mais je vois l’adaptation de Burton, je n’ai pour l’instant pas envie de le lire même si j’ai peut-être tort ! Quand on n’a pas lu le bouquin qui sert de matériau, il est toujours difficile de savoir si le problème d’un film vient du texte d’origine ou du travail d’adaptation même si à ce stade-là je me dis que ça doit probablement venir des deux, d’où maintenant ma méfiance envers le roman (en réalité une trilogie). Cela me fait de la peine au fond de ne pas avoir accroché car je dois reconnaître qu’on reconnait par moments la patte de Tim Burton même si encore une fois je trouve qu’il recycle beaucoup d’idées. On sait par exemple son intérêt pour la photographie, en particulier pour les clichés étranges et même effrayants. Ca se ressent à l’écran et ça crée – heureusement – un joli moment cinématographique. Par ailleurs, on retrouve ces photographies dans l’ouvrage de Riggs. Je pense aussi à cette scène folle (une des meilleures du film même si les figurants ont l’air de faire leur jogging !) au parc d’attraction avec les squelettes qui débarquent et un caméo sympathique de Tim Burton himself ! Enfin, dans les thèmes abordés, on retrouve de nouveau des thèmes qui lui sont chers : la différence, le monde de l’enfance (et le passage vers l’âge adulte), le monstre ou encore la mort. Oui, les thèmes sont effectivement riches mais hélas on ne fait que les survoler. C’est forcément frustrant de passer à côté d’une éventuelle profondeur.

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Asa Butterfield, Eva Green

Au-delà de la non-exploitation des thèmes, ce qui m’a à la fois frustrée et foutue en boule, l’histoire ne m’a pas plus emballée que ça (d’où aussi mon appréhension pour découvrir le bouquin). Il faut dire qu’on met une plombe pour entrer dans l’histoire. La première partie ? On se dit tout le long « ah ce gosse, il aimait son grand-père ! Il est braaaave ». Puis une fois qu’on a vraiment découvert Miss Peregrine, les gosses, la maison, le voyage dans le temps et tout le reste qui va avec, sans aucune raison, il y a absolument tout qui s’enchaîne… Mais limite trop ! Je n’ai rien contre le fantastique, loin de là, mais on a vraiment l’impression de passer d’un monde à l’autre (du réel actuel sans magie et sombre à un autre très coloré dans un autre temps avec les bizarreries et autres choses merveilleuses) sans réelle transition. Limite on passe du coq à l’âne ! Surtout dans la deuxième partie, tout s’accélère au point qu’on ne comprend pas toujours tout ce qui se passe (ou alors je passe pour une demeurée… ce que je peux accepter !) ! On voit plein de monstres débouler à droite et à gauche, ça m’a fatiguée ! J’ai trouvé ça faussement compliqué cette histoire de boucle dans le temps, pas forcément très bien expliquée non plus. Surtout, je n’ai pas spécialement compris l’intérêt des particularités des enfants. Oui, on a compris le message autour de la différence voire même autour des victimes de la guerre, du nazisme notamment. Mais je ne trouve pas les pouvoirs de chacun très bien exploités. On a un peu l’impression que certains ont des pouvoirs parce que c’est cool mais au fond, en dehors d’une seule scène, on ne comprend pas trop leur utilité ni l’intérêt, même en ce qui concerne le héros. Pour certains (je pense notamment à Enoch ce chieur ou encore les jumeaux), on met une plombe à connaître leurs pouvoirs. La particularité des enfants m’a semblé du coup assez superficielle. On notera aussi au passage quelques incohérences notamment une liée aux chaussures de plomb d’Emma (un objet assez unique qu’on ne trouve pas comme ça dans un supermarché), celle qui peut s’envoler comme un ballon. Du genre, Burton prend le temps de nous montrer qu’elle ne les a plus, qu’elle les abandonne, que Jake la transporte juste après avec une corde vu qu’elle n’a plus de chaussures. Là on se dit « chouette, il a fait attention ». Et deux scènes plus tard, BIM ! Tu ne sais pas d’où elle les sort mais la meuf a soudainement retrouvé ses pompes !

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo

J’ai envie de dire du bien d’Eva Green (que j’aime de plus en plus alors qu’il y a quelques années j’avais du mal avec elle). Oui, elle joue bien, elle correspond bien à l’univers de Burton (sa deuxième incursion après le pas très bon Dark Shadows). Son interprétation est bonne, l’actrice est très charismatique, j’aime son côté sombre et sorti d’un autre temps, je n’ai pas de reproche à lui faire, le job est plus que bien fait. Je ne sais pas du tout comment apparaît son personnage dans le roman, je comprends aussi l’envie de mettre en avant les enfants particuliers. Mais on la voit tellement trop peu ! On a presque envie d’inscrire en premier dans le générique « Un oiseau » ! Le reste du casting ne m’a pas tellement impressionnée pour ne pas dire déçue. Pourtant, j’aime beaucoup certains acteurs. Par exemple, en méchant avec des yeux blancs et des dents de monstre sorti d’un dessin pour gosse, Samuel L. Jackson cabotine énormément ! J’ai également beaucoup de sympathie depuis un moment pour le jeune Asa Butterfield, on sait depuis un moment qu’il a du potentiel et pourrait avoir une carrière intéressante s’il ne fait pas trop de conneries. Mais là sans dire qu’il joue comme un pied, il ne m’a pas totalement convaincue, mais je pense que le personnage en lui-même n’est finalement pas très intéressant (en dehors de « c’est choupi, il aime son papi ! »). Le reste du casting n’est pas forcément mauvais mais je dirais que c’est sans plus, les acteurs passent, ils sont à peu près contents d’être dans le nouveau Tim Burton parce que, quand même, c’est Tim Burton, ils font donc le job. Seul Terence Stamp sort finalement un peu du lot. Pour sauver tout ça, en dehors de quelques thèmes intéressants mais qui auraient pu être mieux traités, de quelques scènes tout de même amusantes et pas trop mal foutues, je dois tout de même reconnaître un travail esthétique. Rien que visuellement on parvient à faire une distinction entre les deux mondes. Encore une fois on va aussi revenir au lien avec la photographie : il y a des scènes où on voit effectivement bien ce rapport et en général ces aspects sont plutôt bien mis en valeur (même s’il n’y en a pas des masses non plus).

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Eva Green

Cézanne et moi

réalisé par Danièle Thompson

avec Guillaume Canet, Guillaume Gallienne, Alice Pol, Déborah François, Sabine Azéma, Gérard Meylan, Laurent Stocker, Isabelle Candelier, Freya Mavor…

Biopic français. 1h54. 2016.

sortie française : 21 septembre 2016

cezanne

Ils s’aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosité, espoirs, doutes, filles, rêves de gloires, ils partageaient tout. Paul est riche. Emile est pauvre. Ils quittent Aix, « montent » à Paris, pénètrent dans l’intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l’absinthe, dessinent le jour des modèles qu’ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil… Aujourd’hui Paul est peintre. Emile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Emile lui a tout : la renommée, l’argent une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s’admirent, s’affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n’arrive pas à cesser de s’aimer.

Cézanne et moi : Photo Guillaume Gallienne

Quand on vient d’un endroit, on s’intéresse forcément un petit peu aux artistes « locaux ». Cézanne et Zola font partie des figures à connaître lorsqu’on vient d’Aix-en-Provence, en l’occurrence ma ville (même si je ne le crie pas sur tous les toits, ce n’est plus un scoop pour ceux qui suivent mon blog). Cette information peut avoir son importance : sans ça, je ne serais pas allée voir ce film, surtout au cinéma. Ces personnalités ont toujours suscité mon intérêt (sans prétendre avoir lu tout Zola ou avoir inspecté tous les tableaux de Cézanne), en revanche, de ce que j’ai vu, je trouve généralement le travail de Danièle Thompson assez médiocre. Je ne suis pas non plus très fan de Guillaume Canet et j’ai beau aimé Guillaume Gallienne, la bande-annonce ne m’avait pas rassurée sur sa présence dans ce projet. Hélas, j’avais bien senti la chose : Cézanne et moi est une déception. On tombe vraiment dans tout ce que je n’aime pas dans les biopics : faire du Paris-Match. On essaie vaguement de faire des parallèles entre les deux amis : l’un a du succès, l’autre non; l’un a une relation stable avec une femme, l’autre couche avec beaucoup de femmes; l’un est calme, l’autre colérique… Ca peut durer des heures. Et ce n’est pas très intéressant. Ces personnalités, pourtant intéressantes, sont limitées à des disputes et vaguement à des histoires de cul. On entend aussi un petit peu des discours sur l’art (je ne sais pas s’ils reprennent des paroles que Cézanne ou Zola auraient prononcées mais j’ai trouvé que ça sonnait faux) mais c’est à peu près tout. La dispute entre Cézanne et Zola a surtout éclatée à partir de la publication de L’Oeuvre (Cézanne s’est senti visé alors que Zola certainement aussi de lui-même). Sans être méchante, c’est pas ce que Zola a écrit de mieux. Se concentrer tout ce temps sur ce bouquin qui aboutit à une histoire très anecdotique entre les deux artistes, quelle perte de temps ! J’avoue ne pas avoir compris l’intérêt même de ce film. Je ne vois pas où ça veut en venir. Le but était de faire quoi avec cette sorte de biopic deux en un ?

Cézanne et moi : Photo Guillaume Gallienne

Ok, on nous montre une histoire d’amitié avec ses hauts et des bas, entre gloire, échecs et femmes. Mais après ? Danièle Thompson ne tire finalement rien de son histoire. Elle se contente de raconter quelque chose platement qu’on connait déjà. C’est dommage de ne pas avoir su creuser davantage. De plus, en sortant de ce film, qu’on connaisse déjà ou non Zola et Cézanne, on n’a pas envie de s’intéresser davantage à eux. Il faut dire que les interprétations n’aident pas non plus (même si les acteurs ne sont certainement pas aidés par le scénario assez plat). Guillaume Canet n’était à mon avis pas le meilleur choix pour incarner Emile Zola. Je veux bien qu’il incarne un personnage pudique et réservé. Mais là, l’acteur est ici trop lisse pour convaincre. Pour ne rien arranger, quand il joue l’écrivain vieux, il tente d’avoir une voix graaaaveeee avec des sileeeeences (tu ne sais pas d’où ça sort mais bon) que je ne saurais vous imiter par écrit (même si là je m’éclate à le refaire toute seule quitte à me bousiller la voix). Et mon dieu, mais on lui a fait quoi à son nez ? Et ce ventre super mal fait ? Ses lunettes ? Pas trop crédible tout ça. Ces gros plans sur ça m’ont perturbée ! En ce qui concerne Guillaume Gallienne, je suis un peu plus partagée. Je trouve ce gars talentueux et il y a des fois dans le film où cette trace de talent ressort. Ca rassure. Mais il faut savoir être honnête : ce talent en question n’apparaît pas tout le long du film. Loin de là. Déjà son accent du sud, très bof (en cabotinant). Mais pire : un coup, il a l’accent du sud, mais la scène suivante, on a l’impression de revoir la mère qu’il interprétait dans Les garçons et Guillaume, à table ! Du coup, ça donne un ensemble encore moins cohérent que ça ne l’est déjà. Alice Pol, que j’aime bien d’habitude, n’a rien à faire là. On a toujours l’impression qu’elle s’est trompée d’époque, son interprétation est anachronique. Quant à Déborah François, qui est pourtant une actrice douée, elle joue pas trop mal (par rapport au reste) mais on m’a tout de même laissée indifférente (mais son rôle ne l’aide pas à livrer une meilleure interprétation). Il n’y a pas que les interprétations qui coincent et déçoivent.

Cézanne et moi : Photo Guillaume Canet, Guillaume Gallienne

La structure du film est en elle-même incompréhensible, un moyen pour détourner l’attention « nooon mais mon film n’est pas classique, nananère ». Je vous fais un p’tit résumé : Cézanne et moi démarre grosso modo durant la dispute (donc les personnages ont déjà un certain âge – sans être non plus des vieux croûtons), puis on les voit enfants (oooh c’est beau l’amitié, on rigole en penchant sa tête en arrière et en ouvrant grand la bouche comme un imbécile), on les revoit durant la dispute, hop un flashback lorsqu’ils sont des jeunes adultes (oooh c’est beau l’amitié, on rigole en penchant sa tête en arrière et en ouvrant grand la bouche comme un imbécile – BIS)… Bref, vous avez compris le truc. MAIS (parce qu’il y a encore un « mais » dans ce bordel), sans aucune raison, il y a un moment où il n’y a plus de flashback ! On a envie de dire à cette chère Danièle Thompson : soit tu fais ton film entièrement en flashback soit tu fais un film linéaire ! Le cul entre deux chaises, c’est LA pire des idées ! Et encore si elle savait faire des films en flashback ! On a l’impression de passer du coq à l’âne ! Cela dit, dans cette marée de remarques négatives, j’ai tout de même quelques points positifs à défendre. Tout d’abord, étonnamment, je ne me suis pas ennuyée (malgré ses deux bonnes heures). Le film se laisse suivre. Certes, comme un film projeté durant les cours de français (oui, vous savez, ces films ultra classiques et littéraires en question pas toujours passionnants) mais je m’attendais à m’endormir. Ca n’a pas été le cas. Je dois aussi reconnaître un certain sens esthétique (de beaux décors – certains étant naturels -, de beaux costumes, des plats soignés et bien cadrés, une jolie photographie etc…), qui rattrape un ensemble assez plat notamment côté mise en scène. J’ai aimé ce côté solaire, qui rappelle forcément la Provence, mais sans que ça devienne non plus jaune criard comme le t-shirt de Brice de Nice. Même si ça n’excuse pas tout, ça sauve tout de même ce film vraiment faiblard. Sans ces quelques trucs qui ont l’air sur le papier des détails, le film passe de médiocre à juste mauvais et évite un zéro pointé de ma part.

Cézanne et moi : Photo Guillaume Canet, Guillaume Gallienne

Love

réalisé par Gaspar Noé

avec Karl Glusman, Aomi Muyock, Klara Kristin, Juan Saavedra, Gaspar Noé, Vincent Maraval, Stella Rocha…

Drame pornographique. 2h20. 2015.

sortie française : 15 juillet 2015

interdit aux moins de 18 ans

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Un 1er janvier au matin, le téléphone sonne. Murphy, 25 ans, se réveille entouré de sa jeune femme et de son enfant de deux ans. Il écoute son répondeur. Sur le message, la mère d’Electra lui demande, très inquiète, s’il n’a pas eu de nouvelle de sa fille disparue depuis longtemps. Elle craint qu’il lui soit arrivé un accident grave.
Au cours d’une longue journée pluvieuse, Murphy va se retrouver seul dans son appartement à se remémorer sa plus grande histoire d’amour, deux ans avec Electra. Une passion contenant toutes sortes de promesses, de jeux, d’excès et d’erreurs…

Love : Photo Aomi Muyock, Karl Glusman, Klara Kristin

A part de vivre dans une grotte, tout le monde a entendu parler de Love de Gaspar Noé, au coeur de nombreuses polémiques. Forcément, en le présentant comme un porno (c’est Noé lui-même qui lui dit), il fallait s’y attendre. Et en plus en 3D (même si je ne l’ai pas vu dans ces conditions mais ça va, je m’en remets). Le film a crée l’événement au Festival de Cannes durant la Séance de Minuit. Forcément (bis) bande de coquinous. Intéressant donc de voir un pénis en gros plan ? Mais noooon… Notre cher Gaspar Noé nous dira qu’il s’agit d’un film d’amour. On veut bien le croire. On va d’abord commencer dans ce billet par répondre à certaines questions phares qui apparaissent avant de regarder ce film : est-ce pornographique ? Voit-on vraiment du sexe comme on nous l’avait promis ? Je ne vais pas vous faire une liste de tout ce qu’on peut voir à l’écran comme actes sexuels non simulés. Je parle d’un point strictement « objectif », en me tenant à des définitions officielles : arrêtons de tourner autour du pot, oui c’est pornographique. Oui, il y a beaucoup de scènes de sexe très explicites. On voit tout, souvent en gros plan. Les présentations étant faites, on peut maintenant passer à mon avis. On nous avait promis un film certes pornographique mais il devait être concentré sur une histoire d’amour : c’était même une histoire d’amour avec du sexe. Gaspar Noé nous disait même qu’il s’agissait d’un film de Bisounours par rapport à ses autres films. Etant donné que je découvre Noé avec ce fameux Love, je veux bien le croire. Je veux bien aussi croire en ses intentions de base : après tout, le sexe fait partie de l’amour. Le problème principal (même s’il y en a d’autres selon moi) est que ce cher Gaspar semble avoir une vision très différente de la même de l’amour. Attention, je respecte ça, c’est son droit ! Mais cette vision en question fait un mal fou à son film et au propos qu’il a voulu véhiculé. Gaspar Noé nous présente donc un jeune couple qui décide d’alimenter sa vie sexuelle en organisant des parties de jambes en l’air avec une autre demoiselle. Bon, déjà, là on comprend qu’il y a un décalage entre sa vision de l’amour et de la sexualité et celle de la majorité des gens. Je ne juge pas les gens, chacun fait ce qu’il veut au pieu ! Mais il faut dire les choses : certaines pratiques ont beau être désacralisées de nos jours (il n’y a qu’à lire certains articles dans la presse), elles restent tout de même marginalisées (je prononce ce terme encore une fois sans jugement négatif ou quoi que ce soit mais plus par observation). En nous présentant alors ce couple (qui fonctionne donc à trois) comme une sorte de représentation de l’amour et de la sexualité universelle, on part du mauvais pied.

Love : Photo Aomi Muyock, Karl Glusman

S’il n’y a eu que ça, ça passerait. Le problème, c’est que de nombreux éléments vont dans ce sens : on est donc face à des jeunes parisiens-artistes-étudiants, qui vivent dans de beaux appartements – bref, le rêve ou alors ils ont des parents qui les aident très grassement -, qui prennent de la coke comme s’ils bouffaient du chocolat, qui baisent à droite et à gauche parce qu’ils ne sont pas foutus de se contrôler trois secondes. Evidemment tout le monde parle anglais couramment en France, c’est bien connu. Bref, si on est un spectateur à peu près lambda, on ne peut pas s’attacher à de tels personnages, elles ont tellement l’air de vivre dans un autre monde que celui de la plupart des êtres humains (et donc des spectateurs). Pour ne rien arranger, même si en soi il ne s’agit pas d’un défaut (je dirais même qu’il s’agit d’un des points forts de ce long-métrage raté à mes yeux comme vous l’aurez deviné), l’esthétique (très porté sur des tons chauds) fait penser à quelque chose de l’ordre du fantasme et encore une fois il y a quelque chose de l’ordre de l’irréel. Si je peux comprendre le choix esthétique purement lié à un des thèmes les plus importants de ce long-métrage, le « portrait » des personnages reste tout de même une sorte d’énigme, presque une contradiction à ce que Noé semble avoir voulu mettre en place initialement sur papier. Pire, Gaspar Noé tombe dans la crétinerie, le narcissisme et l’égocentrisme. Il est très fier par exemple d’avoir écrit un scénario tenant sur sept pauvres pages tout en étirant son film en looooongueur ! Sans déconner, je ne comprends pas comment ce Love peut durer plus de deux heures pour une histoire aussi creuse digne d’un candidat de Secret Story. C’est le néant ! C’est bien beau de nous montrer du cul pendant une plombe (ah il y en a, on ne nous a point menti !), de soigner l’esthétique qui relève certainement le niveau général de ce long-métrage, il aurait fallu nous proposer une bien meilleure histoire. On se fout complètement de ces personnages avec des problèmes qui nous paraissent lointaines et limite mineures pour nous évoluant dans une histoire qui a du mal à aller très loin. La voix-off de Karl Glusman qui joue comme un pied (il était pourtant pas mal dans The Neon Demon de Nicolas Winding Refn) est tout simplement insupportable, elle ressemble à une caricature ! C’est si mal écrit et si mal dit ! Glusman n’est d’ailleurs pas le seul à être mauvais : ses partenaires féminines (c’est moi ou elles ont déjà des noms d’actrices X ?) ne valent pas mieux. Je me demande comment elles pu réussir à mettre ne serait-ce un pied sur un plateau de tournage… (en dehors de l’argument « cul » bien sûr).

Love : Photo Karl Glusman

Outre les nombreuses crétineries présentes, Love est d’une grande prétention pour deux principales raisons. La première s’appelle Gaspar Noé. Il s’aime et aime se mettre en scène. Les caméos et références à leur petite personne ne sont pas toujours des éléments gênants dans des films mais tout dépend de la manière dont les choses sont représentées. Tout dépend aussi de la personne en question. On ne va pas se mentir : j’ai du mal avec Gaspar Noé. Je ne parle pas ici de ses qualités de réalisateur puisque je viens de découvrir son travail mais bien du personnage public. Rien qu’en interview, je le trouve insupportable. Hélas, les traits de sa personnalité qui ont tendance à m’agacer en dehors des plateaux semblent ressortir dans son propre long-métrage. En clair, il aime s’évoquer : le bébé s’appelle Gaspar, le réalisateur fait une apparition en incarnant un personnage qui prénomme… Noé, Murphy veut devenir cinéaste et veut faire un film avec « sang, du sperme et des larmes ». VOILA. Deuxièmement, je me suis demandé tout le long où était l’amour. Certes, je ne nie pas la relation entre Murphy et Electra mais je n’ai pas cru à leur histoire d’amour ni à de la passion, un comble pour un film qui s’intitule Love ! Gaspar Noé aura beau défendre son projet comme un film autour de l’amour avec du sexe, on y verra surtout un film sur le sexe, on finit par oublier l’amour dans tout ça. C’est vraiment dommage car encore une fois le projet de base était vraiment intéressant mais il n’est défendu que par un réalisateur qui s’aime un peu trop et surtout qui aime un peu trop la provocation. Cela dit, dans ce ratage, reste certains points positifs. La mise en scène reste tout de même assez maîtrisée. Puis, comme je l’avais dit plus haut, esthétiquement, c’est soigné et c’est vraiment le point fort du film. Je regrette juste des sortes de coupes noires durant certaines scènes avec une musique pseudo-sensuelle bien gonflante. Je m’attendais aussi à quelque chose de très misogyne et finalement je n’ai pas eu ce ressenti même si le rapport qu’a Gaspar Noé avec le sexe féminin reste tout de même étrange (elles ont toutes des foufounes très fournies façon 70s – ce qui n’est pas hyper crédible quand on sait que beaucoup de jeunes femmes s’épilent le maillot) mais j’imagine que c’est pour mieux promouvoir le pénis (qu’on voit vraiment partout – même au gros avec cette inutile scène d’éjaculation faciale en 3D… tu sens le fantasme à la Marc Dorcel) au cinéma, souvent censuré, alors que ce n’est pas nécessairement le cas pour le vagin.

Love : Photo Aomi Muyock, Karl Glusman

Café Society

réalisé par Woody Allen

avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell, Blake Lively, Parker Posey, Corey Stoll, Ken Stott, Anna Camp, Jeannie Berlin, Stephen Kunken, Paul Schneider…

Comédie dramatique américaine. 1h36. 2016.

sortie française : 11 mai 2016

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New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié.
Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

Tout d’abord, je souhaitais remercier Baz’art et Mars Distribution qui m’ont permis de remporter des places gratuites pour voir le dernier Woody Allen, Café Society, présenté en ouverture (hors compétition) au dernier Festival de Cannes. Les précédents films de Woody Allen, L’Homme Irrationnel, Magic in the Moonlight et Blue Jasmine m’avaient beaucoup plu, j’espérais voir ce Café Society dans la même lignée. Hélas, malgré les espoirs que j’avais à son égard face aux bonnes critiques que j’avais lues et entendues, ce nouveau Woody Allen m’a déçue. Ce qui m’avait plu dans ses précédents longs-métrages, c’est ce mélange entre une réflexion profonde et une histoire plaisante et rafraîchissante. Or, ce Café Society tente de nouveau d’allier ces deux éléments mais sans réellement parvenir à atteindre pleinement son but. Je ne me suis pas retrouvée comme un rat mort dans la salle, il y a des films qui m’ont bien plus désintéressée que celui-ci. Mais je n’ai clairement pas pris de plaisir devant. Le film a beau durer 1h30 (comme souvent chez Allen), j’avais hâte qu’il se termine. Pourquoi ? Parce qu’il présente une histoire d’amour impossible terriblement banale et pas plus intéressante en ce qui me concerne. C’est pour moi un peu trop anecdotique, ça manque de puissance. Pourtant, on retrouve les ingrédients typiques à la bonne recette habituelle de Woody Allen. Mais ça manque de charme, en tout cas il n’apparaît que superficiellement dans l’environnement et la reconstitution de l’époque (j’admets de très beaux décors et un excellent travail en ce qui concerne la photographie). Je ne dis pas que l’histoire ne permet éventuellement pas à une réflexion. On retrouve notamment l’éternelle question autour du choix que nous devons faire entre la passion et la raison. Il y a aussi une réflexion pourtant intéressante sur le papier autour de l’élévation sociale qui peut aussi jouer un rôle dans les décisions prises par les personnages. Mais ces réflexions ne sont pas parvenues à m’intéresser davantage au film en tant que narration à part entière. Quand on voit le niveau de réflexion des précédents films d’Allen, à côté, sans vouloir déconsidérer ce qu’il a voulu exprimer dans Café Society et en ayant conscience qu’on ne peut pas nécessairement comparer tous ses films même si la tentation est évidemment forte, je n’ai pas pu m’empêcher d’être déçue, d’attendre quelque chose de plus intense. Il y a du potentiel mais ce n’est pas pour moi plus creusé que ça. Ca m’a paru trop anecdotique pour que je puisse vraiment ressentir quelque chose de fort et intéressant.

Café Society : Photo Blake Lively, Jesse Eisenberg

Café Society manque pour de moi de punch et de fraîcheur, j’ai fini par me désintéresser de l’histoire principale (le triangle amoureux) car elle tourne en rond. Pour tout vous dire, j’ai même préféré l’histoire secondaire autour de la famille de Bobby (entre un frangin gangster qui bute absolument tout le monde, une mère juive dans tous ses clichés, un beau-frère intello etc…) qui au moins a le mérite d’offrir quelque chose de plus pimpant (avec, comme souvent chez Allen, quelques répliques bien senties) et surtout j’avais enfin l’impression que ça racontait quelque chose de plus croustillant ! Maintenant, passons au casting. Jesse Eisenberg s’en sort plutôt bien en sorte de double de Woody Allen (ce choix paraissait même évident). Il a le charisme, toujours un incroyable débit de paroles, son interprétation reste juste en suivant l’évolution de son personnage. Parmi les seconds rôles, j’ai également bien aimé l’interprétation du charismatique Steve Carell (de plus en plus à l’aise dans des rôles dramatiques), qui lui aussi est un grand bavard qui manie bien la parole (point évidemment très important dans un Woody Allen, ça fait toujours son petit effet). Il réussit très bien à montrer les deux facettes de son personnages, c’est-à-dire qu’il est sensible et torturé en privé, ne sachant pas quoi choisir entre la raison et la passion, mais confiant et autoritaire en public. Corey Stoll (qu’on voit décidément de plus en plus, que ce soit dans des films ou séries) dans le rôle du frangin gangster est également une des bonnes surprises de ce casting. En revanche, je reste un peu plus sceptique en ce qui concerne les actrices dont on a tant entendu parler. Je n’ai pas trouvé Kristen Stewart mauvaise dans le sens où elle parvient aussi, grâce à son interprétation, de montrer comment son personnage évolue. Cela dit, je trouve cette actrice, que ce soit physiquement ou aussi dans son interprétation, très anachronique. Déjà que les décors, bien qu’ils sont pourtant très beaux, et même certains costumes, ne me font pas toujours penser aux années 1930 à certains moments, (ce n’est que mon ressenti), on va dire que sa présence ne m’a pas particulièrement aidée à contrebalancer cette idée que j’avais déjà en tête. Enfin, en ce qui concerne Blake Lively, on sent son potentiel mais hélas son personnage est trop secondaire pour qu’on s’y intéresse plus que ça et je trouve cela dommage.

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

The Door (2016)

réalisé par Johannes Roberts

avec Sarah Wayne Callies, Jeremy Sisto, Suchitra Pillai-Malik…

titre original : The Other Side of the Door

Film d’horreur, épouvante-horreur britannique, indien. 1h36. 2015.

sortie française : 1 juin 2016

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Une famille américaine mène une paisible existence en Inde jusqu’à ce qu’un accident tragique prenne la vie de leur jeune fils. La mère, inconsolable, apprend qu’un rituel antique peut lui permettre de lui faire un dernier adieu. Elle voyage alors jusqu’à un ancien temple, où se trouve une porte qui sépare le monde des vivants et celui des morts. Mais quand elle désobéit à l’avertissement sacré de ne jamais ouvrir cette porte, elle bouleverse alors l’équilibre entre les deux mondes.

The Door : Photo Sofia Rosinsky

Vous avez l’habitude : j’ai très envie de raconter ma vie pour me justifier. Lâchons-nous puisqu’il n’y a pas grand-chose à dire sur ce film – au moins c’est dit. Comment ça se fait que j’ai pu aller voir ce film au cinéma alors que je suis carrément à la bourre ? Premièrement, parce que je n’ai pas pu voir le film que je devais voir grâce aux places que j’ai gagnées – je me suis aperçue au dernier moment qu’elles n’étaient pas valables le week-end (je reviendrai sur ce terrible épisode très bientôt soit ici soit sur Twitter, promis juré). Les autres films que je comptais voir avaient – vraiment – des horaires de merde. Voilà que la personne qui m’accompagne (en l’occurrence, ma propre soeur) me dit « tiens, The Door, c’est visiblement un film « d’horreur », ça te tente ? ». Je voyais vaguement l’affiche, je connaissais à peine le synopsis (j’avais vaguement compris qu’il y avait une histoire de môme mort qui décide de faire chier tout le monde en tant que fantôme ou entité diabolique, quelque chose comme ça) et comme je suis bon public, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Mais pour tout vous avouer, je ne serais jamais allée voir ce film volontairement. La promo est juste une cata. Je suis même étonnée que ce film ait réussi à trouver une sortie en salles – quand on sait qu’il y a de plus en plus de longs-métrages qui sortent directement en vod / dvd, on se pose des questions. Franchement, rien que ce titre « français » (vous savez donc qu’en France, nous avons le « don » de traduire un titre anglais par un autre anglais, because, you know, we speak English very very well of course – le tout dit avec un atroce accent) n’a rien de vendeur. Il doit y avoir trois cents films qui doivent probablement s’appeler The Door. Et surtout, ils devaient être désespérés pour mettre sur l’affiche « avec Sarah Wayne Callies (The Walking Dead). Non mais sérieusement ?? C’est le genre d’accroche qu’on met typiquement sur des direct-to-dvd ça ! Rien qu’avec ça, on sent que les gars qui bossent donc pour vendre ce film (visiblement ils ont mal fait leur boulot) n’y croient pas du tout. Et en général, c’est pas bon signe. Voilà qu’en faisant la file, je sens pas totalement le truc mais bon je reste optimiste et en plus ma place est gratuite ce jour-là (et ouais, c’est ça quand on parie en ligne sur les pronostics de Cannes sur la page Facebook de son cinéma !) alors j’e sais que je ne vais pas trop avoir les boules même s’il s’agit d’une grosse daube. Verdict : Sans dire qu’il s’agit du pire navet du siècle, c’était effectivement pas terrible !

The Door : Photo Sarah Wayne Callies

On connait tous la recette qui finit par nous épuiser : une malédiction, une mère qui chiale, des jumpscares. Encore, si le problème venait uniquement de son manque d’originalité, ça passerait s’il s’agissait d’un bon divertissement. Hélas, ce n’est pas vraiment le cas ici. Je ne dirais pourtant pas que je me suis ennuyée (c’est peut-être pour cette raison que je ne lui accorde une petite étoile), c’est-à-dire qu’à la fin de la séance je ne ressemblais pas à un rat mort. Mais en dehors de quelques scènes potables (notamment celle où on découvre comment le petit Oliver s’est tué), il ne s’agit pas d’un film très rythmé ni très effrayant. De plus, The Door se veut original en présentant son intrigue en Inde. Cela aurait pu permettre de rendre ce film plus intéressant, moins banal mais finalement, une fois qu’on a dépassé le stade du voyage dans le temple pour suivre un rituel indien et l’intervention d’un certain groupe d’indiens ayant des pratiques particulières, le réalisateur ne tire pas grand-chose de l’environnement dans lequel il situe l’action. L’exotisme finit par devenir superficiel. Il y a un moment où on se dit même que l’histoire aurait pu se dérouler dans n’importe quel autre pays. C’est dommage car à plusieurs reprises, on sent tout de même le potentiel qu’aurait pu avoir l’Inde sur l’intrigue. Pour ne rien arranger, on a donc dans le premier rôle Sarah Wayne Callies. Cette actrice est déjà en soi mauvaise. Pas plus que d’autres mais elle l’est. Et surtout, elle a une tête insupportable. Je ne veux pas m’attaquer à son physique, non. Je veux dire plus à ce qu’elle exprime à l’écran. A chaque fois que je la vois, que ce soit dans un film ou une série, c’est comme s’il y avait écrit sur son front « je suis une emmerdeuse de première ». En clair, cela signifie que dès qu’elle est dans un film, un blem’ va arriver. C’est physique, je n’y peux rien. De l’autre côté, on a Jeremy Sisto, un acteur que j’apprécie en général. Dans ce film, son interprétation n’est pas si mal que ça (par rapport à tout ce que j’ai exposé avant). Le problème est qu’on ne croit pas une seule seconde au couple (et par conséquent à la famille) qu’il forme avec la désespérante Sarah Wayne Callies. Heureusement, les seconds rôles, comme Suchitra Pillai-Malik par exemple, restent bons.

The Door : Photo Jeremy Sisto, Sarah Wayne Callies, Sofia Rosinsky

Elle est trop bien

réalisé par Robert Iscove

avec Freddie Prinze Jr., Rachael Leigh Cook, Jodi Lyn O’Keefe, Paul Walker, Matthew Lillard, Anna Paquin, Kevin Pollak, Usher Raymond, Clea DuVall, Sarah Michelle Gellar, Gabrielle Union, Kieran Culkin, Alexis Arquette…

titre original : She’s all that

Comédie romantique américaine. 1h35. 1999.

sortie française : 30 juin 1999

Movie Challenge 2016 : Un film se passant dans un lycée

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Parce que Taylor a rompu avec Zack, ce qui risque de lui faire perdre sa réputation de président de classe, d’étudiant d’honneur et de capitaine de l’équipe de football, il parie avec son meilleur ami et rival, Dean, que n’importe quelle fille, à condition d’être bien maquillée, peut remporter le concours de reine du bal de fin d’année. C’est alors que Laney Boggs croise leur route et tombe dans les filets des deux compères. Cette élève de dernière année, dont l’ambition est de décrocher une bourse pour entrer dans une école d’art, n’a pas de temps à consacrer à la toilette.

Elle est trop bien : Photo

Elle est trop bien serait une sorte de teen-movie culte (très « typique » des années 1990) malgré les mauvaises critiques que j’ai pu entendre. Disons que j’ai l’impression que c’est grâce à ses défauts que le film est aussi connu. Pour ma part, j’avais eu une « première » approche de ce film en regardant directement sa parodie, Sex Academy (Not Another Teen Movie) de Joel Gallin avec Chris Evans. La parodie m’avait vraiment fait marrer, malgré sa débilité constante et son humour assez lourd, j’avais réussi à faire quelques rapprochements avec d’autres teen-movies très connus et assez similaires visiblement. Mais sans avoir vu Elle est trop bien, LE film qui a vraiment servi de fil conducteur, j’avais l’impression de passer à côté de quelque chose, de quelques vannes aussi. Le Movie Challenge m’a donné une sacrée opportunité. Non, je ne peux crier un mensonge du style : « non mais en fait, ce film passait à la télé, on m’a ligotée et j’ai dû le regarder de force ». Certes, le Movie Challenge me donne la possibilité de regarder des classiques ou films cultes. Mais quand j’ai vu la catégorie « film qui déroule dans un lycée », j’ai tout de suite pensé à Elle est trop bien. Je sais qu’il y avait probablement des films plus intelligents à regarder mais je ne voulais tout simplement pas mourir bête et assouvir ma curiosité (ça va loin, je sais). Pour la note (même si je sais que ce n’est pas le truc le plus important), pour être honnête, j’ai été très embêtée car selon mon humeur (même si je suis souvent de bonne humeur, faut pas croire que je suis une grosse rageuse tout le temps), j’aurais été capable de lui accorder la moyenne (allez, jetez-moi des tomates pourries, profitez-en, ça n’arrivera pas tous les jours). Faut avouer : ça se laisse regarder. Je ne me suis jamais ennuyée, le concept en lui-même n’est pas si idiot que ça. D’ailleurs, Dix bonnes raisons de te larguer de Gil Gunger (avec Julia Stiles et le regretté Heath Ledger) reprend un peu cette trame qui peut rappeler des comédies shakespeariennes. On pensera évidemment aussi beaucoup au Pygmalion de George Bernard Show. Cela dit, sans crier au génie, le long-métrage de Gunger me semble plus ambitieux que ce Elle est trop bien, certes une rom-com sympathique (et pour être honnête, je comprends qu’il ait aussi ses fans) mais qui a des défauts gros comme un camion, il faut bien l’avouer (même si je m’attendais à un résultat vraiment plus dégueulasse).

Elle est trop bien : Photo Freddie Prinze Jr., Rachael Leigh Cook

L’histoire du pari n’était donc pas mauvaise en elle-même mais c’est son traitement qui ne parait pas crédible (et là je m’aperçois vraiment à quel point Sex Academy avait tapé là où il le fallait). Certes, l’héroïne Laney ne se met pas en valeur mais elle n’a absolument rien d’affreux. Il y a des filles dans son école qui ont un physique moins accepté par la société que le sien. Elle est censée être repoussante parce qu’elle porte des lunettes, qu’elle met des salopettes et qu’elle est artiste ! C’est le monde à l’envers ! Le point de départ se transforme ainsi très rapidement en grosse blague, même si j’accepte cette absurdité, le film étant encore une fois pas si désagréable que ça. Finalement, le film est alors très prévisible (ça encore, je ne vais pas trop taper dessus car je savais à quoi m’attendre). En revanche, la débilité de certaines scènes relèvent tout de même du génie dans un sens. Je pense notamment à l’émission avec Matthew Lillard qui ne tombe pas dans la parodie mais plutôt à quelque chose de grossier et honnêtement pas très drôle finalement ou encore cette affreuse scène avec des poils dans une pizza, tout ça pour nous dire que Taylor est un gars bien qui combat les horribles injustices qui se passent tous les jours dans les écoles et surtout dans les cantines, bref c’est le Batman de son lycée, capable de défendre le frangin de sa bien-aimée. De plus, l’ensemble est assez guimauve et rempli de clichés, que ce soit sur les adolescents, les rivalités garçons/filles, le lycée ou encore sur les artistes. Seul vrai point positif : la chorégraphie au bal de fin d’année n’est pas mal du tout ! Freddie Prinze Jr fait partie de ces figures phares de films pour ados dans les années 1990 puis est rapidement devenu un has-been (comme Sarah Michelle Gellar, son épouse, même si cette dernière avait plus de potentiel). Je l’avais déjà trouvé mauvais dans Souviens-toi l’été dernier de Jim Gillepsie et là il ne fait que confirmer l’impression que j’avais déjà sur lui. On a l’impression qu’il ne connait qu’une expression et encore je suis gentille. Sa partenaire Rachael Leigh Cook, sans dire qu’elle joue bien, sauve un peu le désastre côté casting et apporte une certaine fraîcheur malgré la « noirceur » de son personnage.

Elle est trop bien : Photo Freddie Prinze Jr., Paul Walker

Bowling

réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar

avec Catherine Frot, Mathilde Seigner, Firmine Richard, Laurence Arné, Alex Lutz…

Comédie française. 1h30. 2012.

sortie française : 18 juillet 2012

Movie Challenge 2016 : Un film basé sur des faits réels

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L’histoire se passe à Carhaix. En plein coeur de la Bretagne. Un petit hôpital, une maternité paisible. Pas beaucoup d’accouchements. Mathilde, sage-femme, Firmine, puéricultrice, et Louise, propriétaire du Bowling de Carhaix y vivent, heureuses et amies. Catherine, DRH, y est envoyée pour restructurer l’hôpital et surtout fermer à terme la maternité qui perd de l’argent. Quatre femmes dont l’âge, la personnalité, les origines sont différentes et qui vont pourtant former un quatuor fort en humanité et en humour pour défendre cette maternité. La vie, l’amour, l’amitié, la Bretagne et… le bowling !

Bowling : photo

Là, vous vous dites : « Tina est tombée bien bas ». Qu’est-ce qui m’a pris de regarder Bowling ? Sans être méchante et méprisante (après tout, j’aime bien les Tuche, hein), ça sentait la daube à trois mille kilomètres. L’affiche est moche, le titre est naze, le synopsis sent le déjà vu (une sorte de pseudo et vague mélange entre The Full Monty et The Big Lebowski mais alors vague mélange !) et puis rien que la présence de Mathilde Seigner peut faire fuir. Mais bon, quand il est passé sur NT1 un soir et que je ne me sentais pas de mettre à la télé un film super intelligent et complexe, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Et puis je voulais « vérifier » (en mode inspectrice) si c’était si naze que ça. Je reconnais que le film se laisse à peu près regarder un dimanche soir (ou autre jour d’ailleurs), en plus il ne dure pas trop longtemps non plus. On sent également derrière la sincérité de la réalisatrice (qui a un nom à rallonge, oh my god !) et l’investissement des actrices (même si je reviendrais sur leurs interprétations). Hélas, comme je l’avais senti, il ne s’agit pas d’une réussite. C’est dommage car Bowling est tiré d’un joli fait divers : en 2008, les habitants de la ville bretonne Carhaix se sont mobilisés en force et ont manifesté durant 17 semaines pour empêcher la fermeture du service de maternité d’un hôpital et ont réussi à obtenir gain de cause. Une belle histoire sociale et humaine donc à l’origine. Hélas, en voulant à tout prix faire une histoire à la Full Monty (une sorte de mode à la con ces derniers temps), MCMS (trop long à écrire ce nom) gâche tout le potentiel même de ce film. Au final, elle nous sert plus une petite comédie pseudo girly pas très drôle qu’une réelle comédie sociale. Alors, évidemment qu’on nous parle de cette histoire de fermeture de la maternité (avec des répliques foooortes : « Pour vous, on est des quilles, boum, strike, dégagez, on est des pions, tu changes de case et plus de problèmes »). Personnellement, à part la « métaphore » entre les quilles qui tombent et les gens qui vont perdre leur emploi, ou encore le parallèle entre compétition sportive et le combat pour sauver la maternité, je n’ai pas compris la place du bowling dans cette histoire. On a vraiment l’impression que cette idée sort un peu de nulle part !

Bowling : photo

Comme je le disais, la réalisatrice a gâché le potentiel de son histoire et au final nous sert une grosse soupe qui ressemble aux mauvais téléfilms de TF1. Certes, je ne m’attendais pas à une mise en scène de folie mais là elle est inexistante (mon dieu, les scènes de bowling…) et le scénario accumule rapidement les facilités et les clichés, ça dégoulinant de bons sentiments et c’est assez moralisateur (et limite culpabilisant pour certaines mères, passons). Les dialogues (comme vous l’avez constaté à la fin de mon précédent paragraphe) sonnent très faux ou/et sont grotesques, du coup, même si le film se laisse regarder, en revanche, il n’est pas vraiment drôle. On ne se sent du coup pas du tout concerné par le noble combat menée par les héroïnes à l’origine et le message autour de l’émancipation féminine est gâché par tant de maladresses. C’est dommage car malgré l’accumulation de scènes plutôt ridicules, d’autres sont amusantes, l’hommage à la Bretagne sympathique également mais l’ensemble n’est pas satisfaisant. Il parait aussi que MCMS a écrit le scénario en pensant aux actrices du film et c’est pour cette raison que les personnages portent le même prénom que leurs interprètes. Je veux bien la croire mais en tant que spectatrice qui n’a pas particulièrement apprécié ce film, le fait d’entendre le prénom des actrices m’a perturbée. Je ne pouvais pas m’empêcher de me dire : « les actrices sont mal dirigées donc il faut pas qu’on les appelle par leurs vrais prénoms pour qu’elles ne se sentent pas paumées ». Ca dessert encore plus le film ! Pourtant, les actrices ne sont pas si nulles que ça (sauf Seigner, elle m’insupporte de plus en plus). On sent également chez elles leur sincérité et même leur complicité. Je ne connais pas plus que ça Laurence Arné mais elle apporte une petite fraîcheur à cette comédie qui en manque tant. J’aime bien d’habitude Catherine Frot et Firmine Richard mais dans ce film elles ont tout de même tendance à se caricaturer (la première est toujours la DRH coincée bourgeoise, la seconde toujours l’infirmière Antillaise de service). La pire reste Mathilde Seigner. J’en peux plus qu’elle joue systématiquement la bonne femme pseudo grande gueule proche de la populace parce qu’elle a un grand coeur !

Bowling : photo

Ave, César !

réalisé par Joel et Ethan Coen

avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes, Scarlett Johansson, Channing Tatum, Tilda Swinton, Jonah Hill, Frances McDormand, Christophe Lambert, Heather Goldenhersh, Veronica Osorio, Max Baker, Ian McBlack, David Krumholtz, Alison Pill, Alex Karpovsky…

titre original : Hail, Caesar !

Comédie américaine, britannique. 1h40. 2016.

sortie française : 17 février 2016

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La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique.Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes, Burt Gurney. Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politique qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique AVE CÉSAR lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du Studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies, Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée.

Ave, César! : Photo George Clooney, Josh Brolin

Je suis une immense fan des frères Coen au point d’avoir vu toute leur filmographie. Certes, ils n’ont pas signé que des chefs-d’oeuvre mais j’arrive même à apprécier les quelques films moyens ou mineurs de leur carrière. J’avais donc très envie de découvrir leur dernière comédie, présentée en ouverture au dernier festival de Berlin (en hors compétition), qui présente un sacré casting dans lequel nous retrouvons beaucoup d’habitués de leur univers : Josh Brolin (No Country for Old Men, True Grit), George Clooney (O’Brother, Intolérable CruautéBurn After Reading), Scarlett Johansson (The Barber), Frances McDormand (Sang pour Sang, Fargo, Burn After Reading, The Barber etc… il s’agit de sa 8e collaboration avec les frangins) et Tilda Swinton (Burn After Reading). Selon les deux réalisateurs, Ave, César ! marque le dernier film de « la Trilogie des Idiots » après l’excellent O’Brother et le sympathique Burn After Reading. Hélas, je n’ai pas du tout aimé leur dernier long-métrage. Il s’agit pour moi d’une énorme déception : c’est réellement la première fois que je trouve un de leurs films mauvais. C’est encore une fois la preuve qu’un film bourré de stars n’est pas toujours un gage de qualité. Je me suis énormément ennuyée et je n’ai pas ri tant que ça. Certes, les scènes de tournage sont sympas. Le tournage du film avec le personnage de George Clooney qui incarne César peut effectivement les péplums de l’époque, la séquence musicale avec Channing Tatum en marin est fantastique et la scène avec Scarlett Johansson en sirène est également bien foutue esthétiquement. La scène de tournage avec Alden Ehrenreich en acteur de western ne sachant pas aligner trois mots sous la direction du so british Ralph Fiennes est vraiment excellente, certainement la seule qui m’a vraiment fait rire (avec ce qui suit derrière). Hélas, ce n’est pas parce que ces scènes-là sont réussies que le reste l’est. Il manque pour moi une véritable cohérence entre les scènes de tournage et celles en dehors du studio, mais surtout il n’y a pas de cohérence entre les différentes intrigues mises en place, c’est-à-dire entre la réunion des différentes autorités religieuses pour réaliser un film adapté de la Bible en Technicolor, le kidnapping de Baird Whitlock par des communistes, le secret de grossesse d’une star célibataire et le changement de registre d’un acteur de western. On a du coup l’impression d’assister à une alternance de sketchs pas du tout aboutis. Par conséquent, on connait mal les personnages et on n’a pas envie de s’intéresser à eux (et à leurs histoires).

Ave, César! : Photo Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes

Que ce soit les personnages, les différentes histoires à l’intérieur de la grande, les nombreuses références historiques (notamment le maccarthysme qui a condamné de nombreux artistes) et plus généralement les thèmes abordés (les conditions de travail des artistes, l’éternelle opposition entre l’art et le marketing), tout est survolé alors que ça méritait un meilleur traitement. C’est dommage car d’un point de vue esthétique, le film est plutôt réussi avec notamment des beaux costumes, d’imposants décors et une photographie soignée, le tout permettant vraiment aux spectateurs de retrouver une certaine image que nous avons en tête des films hollywoodiens des années 1950 sans qu’on tombe dans quelque chose de trop kitsch. En revanche, même si les scènes de tournage ont pour but de nous refaire vivre un instant le cinéma de cette époque, je ne savais pas trop comment réagir. Je ne savais pas s’il s’agissait d’un hommage, d’une caricature, d’une parodie ou des trois à la fois (ou même une autre option). Du coup, je pense que ça m’a bloquée pour apprécier totalement ces scènes mais même plus généralement le film. Je pense que c’est aussi pour cette raison que je n’ai ni retrouvé l’humour grinçant des Coen que j’aime tant ni leur noirceur. Enfin, étant donné que les stars ne font que passer, les interprétations ne sont pas non plus totalement satisfaites. Alden Ehrenreich (certainement la moins « star » du casting) est celui qui s’en sort à mon avis le mieux et qui a un rôle un peu plus consistant que les autres. Après, même s’ils ne m’ont pas non plus bluffés, George Clooney, Ralph Fiennes, Tilda Swinton et même Channing Tatum sont plutôt convaincants même s’ils ne sont pas non plus surprenants. En revanche, même si je n’ai strictement rien contre eux, je me suis vraiment demandée ce que faisaient dans ce film Frances McDormand et Jonah Hill. Déjà qu’on ne voit pas beaucoup en général les autres personnages, mais alors eux, c’est limite une blague. Je n’ai rien contre les apparitions de copains de réalisateurs ou même juste des apparitions sympas (comme celle de Christophe Lambert notamment) mais eux n’apportent vraiment rien et on se demande vraiment ce qu’ils foutent sur l’affiche (que ce soit leurs noms ou la gueule de Hill). En revanche, je trouve Scarlett Johansson toujours aussi mauvaise même si on la voit peu (heureusement, parce que là, ça aurait été le pompon). Pourtant, son personnage était sur le papier intéressant (pour le cinéma, elle est glamour alors qu’en dehors du tournage elle parle comme un camionneur) mais je trouve son interprétation vraiment fausse. Quant à Josh Brolin, il est certes plutôt bon, comme souvent, mais pour moi il n’a pas suffisamment les épaules pour porter totalement ce film en tant que personnage principal qui relie tous les autres.

Ave, César! : Photo Scarlett Johansson