Mother!

réalisé par Darren Aronofsky

avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer, Brian Gleeson, Domhnall Gleeson, Kristen Wiig…

Drame, thriller américain. 2h. 2017.

sortie française : 13 septembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

Un couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

Mother! : Photo Javier Bardem, Jennifer Lawrence

(Oui, ce long disclaimer – même autres remarques ailleurs – au début de ce billet ne s’attaque pas directement au film mais j’avais besoin de dire certaines choses qui commençaient vraiment à m’énerver et même à me peser. Et comme c’est encore mon lieu personnel d’expression – car certains l’auraient visiblement oublié – je me permets d’écrire ces choses durant ce billet). 

Je m’en suis jamais cachée : je n’aime pas les films d’Aronofsky. Tout est absolument douloureux et grossier dans son cinéma. Peut-être pire, je n’aime pas tous les débats méprisants autour de ses films : si on a le malheur de dire qu’on n’aime pas ce qu’il fait (comme si le bonhomme était intouchable), on s’en prend en général plein la gueule. Je me rappelle encore de la sortie de Black Swan : selon certaines personnes, si on avait osé dire qu’on n’avait pas aimé ce film (ce qui est notre plus strict droit), on était forcément des imbéciles incultes (et évidemment des faux cinéphiles, sinon c’est pas marrant) ne comprenant rien au cinéma ou ce genre de réflexions complètement condescendantes (le fameux et éternel « noooon mais t’as pas compris », t’en fais pas, je suis pas une nouille). Hélas, ce que je craignais avec Mother! est arrivé : non seulement le film fut pour moi une torture à la fois involontairement hilarante et véritablement consternante, mais en plus (même si je tenais à préciser qu’il y a aussi de gentils cinéphiles fans du film, capables d’en discuter normalement sans te cracher dessus et heureusement !) j’ai subi de près et de loin certaines réactions vraiment désagréables et qui me donnent encore moins envie d’être sympa avec Aronofsky : « ouuais les gens qui ont pas aimé Mother!, vous êtes fermés d’esprit, vous avez rien compris blablabla » (recrache mon thé à l’instant – surtout quand tu vois le non-sens de la discussion). Je suis vraiment heureuse de savoir que j’ai visiblement le cerveau d’une moule, merci bien. On a aussi eu sur les réseaux sociaux l’immense colère (comme si le gars menait le combat de sa vie) de la part d’un youtubeur (j’ai la flemme de le citer) qui a visiblement pris la pastèque depuis sa rencontre avec Aronofsky en personne (alors que son seul argument était « MAIS CE FILM EST FOUUUUUUU ») : bref, chaque magazine qui a osé dire du mal de Mother! était forcément composée de journalistes cons et évidemment plus globalement (spectateurs compris – donc vous et moi) si on n’a pas aimé le film, alors on a forcément tort. C’est vraiment fabuleux de voir des gens soi-disant ouverts d’esprit nous donner des leçons sur le bon goût alors qu’on a le droit de le détester. Mais peut-on en vouloir totalement à ces personnes alors que le réalisateur en question a lui-même les chevilles qui ont enflé ? Parce que c’est ça qui est particulièrement insupportable dans le cinéma d’Aronofsky :  je sens à quel point le réalisateur crie d’un air pédant « JE FAIS MON CHEF-D’OEUVRE » à chaque scène. Cela a toujours été le cas dans sa filmographie mais alors avec Mother! il a atteint des sommets inimaginables et insoupçonnables.

Mother! : Photo Jennifer Lawrence

Le pire, c’est que je ne suis pas allée voir Mother! en me disant que j’allais casser à tout prix sur Aronofsky (quel serait mon intérêt ? Me torturer ? Dépenser mon argent n’importe comment ?). C’est même complètement faux : j’avais vraiment envie d’être optimiste, d’aimer ce film, de me réconcilier avec son réalisateur, comme ce fut le cas récemment avec certains réalisateurs que je n’aime habituellement pas comme par exemple Inarritu et Sofia Coppola, dont j’ai apprécié respectivement The Revenant et Les Proies. Aronofsky ne manque pas d’ambition, c’est tout à son honneur et normalement c’est le genre d’initiatives qui me plait. Mais l’ambition n’est pas non plus synonyme de prétention : hors visiblement, depuis un certain temps (enfin, depuis toujours – oh je suis méchante), le réalisateur semble confondre les deux termes. C’est extrêmement pénible quand tu as l’impression que le type t’explique (ou plutôt t’expose) tout ce qu’il a voulu dire au lieu justement de laisser parler les images : on est à deux doigts d’avoir des sous-titres explicatifs et de nous distribuer une Bible en sortant de la salle. Evidemment, chacun peut avoir sa propre interprétation sur cette oeuvre qui joue jusqu’au bout (et littéralement trop) avec les allégories. Attention, je comprends que des spectateurs aient pu être déroutés et qu’ils n’aient rien compris, sur ça j’ai aucun souci, je ne vous traite pas du tout d’imbéciles. Je vous parle là de mon ressenti par rapport aussi aux autres réactions : je n’ai pas trouvé le film si « compliqué » que ça dans le sens où les thématiques et références sont aussi lourdes que des pas d’éléphant. Je ne pense pas qu’il faut être un grand spécialiste en théologie et philosophie pour voir à peu près où le réalisateur veut en venir, les références bibliques utilisées étant utilisées à outrance (et non, cela ne rend pas son film meilleur ni plus intéressant). Aucun personnage ne porte de nom prouvant notamment leur représentation allégorique : le personnage incarné par Jennifer Lawrence (au passage, excellente – ouais j’ose un compliment dans ce bordel rempli de négativités) est la fameuse mère du titre. Concrètement, elle le devient relativement tard dans le film. Elle est alors la mère de plusieurs « concepts » : elle est la mère-nature / Gaïa (il faut une destruction pour la nature reprenne ses droits face à une humanité en perdition) mais aussi la mère de l’inspiration (en gros la muse). Quant au personnage masculin interprété par Javier Bardem (qui lui par contre ne joue pas spécialement bien), par son métier d’écrivain, il est le symbole de l’artiste face à la page blanche qui retrouve l’inspiration par sa muse (selon ses propos et notamment aussi par la seule relation sexuelle / viol que le couple aura : la création naît à partir de la souffrance) : son roman est littéralement son bébé qu’il a « accouché » via sa muse (on reprend le concept de la maïeutique). Il y a alors certainement une interrogation sur la réception d’une oeuvre : l’appartenance au public ne détruit-elle pas littéralement l’oeuvre / le bébé ? On peut même aller plus loin en se demandant si Bardem n’est pas carrément Dieu (son bureau pourrait représenter le Paradis) ou un prophète (tout dépend des scènes selon moi).

Mother! : Photo

Enfin, face à ce grand chaos critiquant certainement aussi la folie religieuse qui mène à la perte de l’humanité, on retrouve d’autres figures bibliques connues : Adam (Ed Harris), à qui il manque effectivement une côte, Eve (Michelle Pfeiffer), qui enfreint la seule règle de la maison (le coeur est le fruit défendu) et leurs fils Abel et Caïn (avec l’épisode du meurtre). Jusque-là, au moins dans ces quelques grandes lignes, je pense que les quelques pistes ne sont pas non plus si inaccessibles que ça. Et sur le papier, cela aurait pu donner un film réellement intéressant en terme de réflexion. Mais je reproche vraiment l’exécution outrancière et finalement dans un sens (malgré son côté faussement complexe) simpliste de cette relecture (même Noé était une relecture moins grossière de la Bible et pourtant c’était très loin d’être fin !). Certains seront certes sensibles face aux choix extrêmes d’Aronofsky (et malgré ma colère qui peut se ressentir au cours de ce billet, je respecte et comprends tout à fait qu’on adhère au projet – du moment qu’on n’insulte pas ceux qui n’y adhèrent justement pas du tout), pour ma part je les ai trouvés complètement grotesques. Encore une fois, tout est tellement surligné que cela en devient usant : la tâche de sang sur le tapis qui ressemble à une vulve (le nombre de fois où on a ce plan – impossible de ne pas capter la lourde image) en est un parfait exemple. Il est aussi évident que le film fonctionne sur un cycle (et j’ose même un rapprochement avec le cycle menstruel – allez tout est possible au point où on en est) : cela n’était par exemple pas une mauvaise idée mais à l’écran ça ne passe pas si bien que ça. Je ne prétends pas être un génie, loin de là, mais j’ai rapidement compris le comment du pourquoi (notamment avec l’histoire avec le coeur) : hélas, Aronofsky dévoile certains indices bien trop tôt. Par conséquent, la fin ne m’a pas du tout surprise alors qu’elle aurait dû me couper le souffle (je pense que c’était dans les intentions du réalisateur vu comme la fin est amenée). J’aimerais aussi revenir sur un thème visiblement important dans le long-métrage : la femme et surtout son rapport avec l’homme. Aronofsky et Lawrence affirment qu’il s’agit d’un film féministe. Qu’il y ait une réflexion sur la domination masculine sur la femme, aussi bien dans un cercle familial que dans un cadre professionnel, me paraît évident. Je suis déjà étonnée qu’on parle de muse (même si je l’ai moi-même dit juste au-dessus) : on le décèle entre les lignes mais concrètement, même si le personnage de Bardem dit vaguement à sa femme qu’elle est à l’origine de son inspiration (et sa grossesse semble aller dans ce sens), on a quand même du mal à voir ne serait-ce une scène confirmant que Lawrence inspire effectivement réellement son mari. L’inspiration éventuelle n’est que dans la souffrance et la violence : Aronofsky passerait presque pour un emo. Pendant deux heures, on voit surtout Jennifer Lawrence faire du ménage (je vous assure que ça m’a gonflée de la voir nettoyer pendant le 3/4 du film) et s’en prendre plein la gueule. S’il y a bien une réflexion autour de la place de la femme dans l’humanité, j’ai quand même du mal à y voir là-dedans du féminisme (je ne vais pas non plus vous mentir : oui, le mot « misogynie » m’est même venu en tête pendant la séance).

Mother! : Photo Jennifer Lawrence

Aronofsky a voulu faire du féminisme et le revendique :  le problème, c’est qu’à force de prendre un malin plaisir à humilier son personnage féminin, sa démarche devient totalement contre-productive. On a aussi presque l’impression qu’il règle ses comptes, qu’il y a quelque chose derrière qui devient profondément narcissique et non justement universel contrairement aux références qu’il utilise. Parce que Bardem n’incarne pas uniquement un Dieu, un prophète ou que sais-je. Pour moi, c’est aussi clairement Aronofsky en personne (et c’est un comble pour un film qui se veut féministe et dénoncer aussi la domination masculine). Un film peut provoquer le malaise, bousculer, je le conçois et c’est chouette même quand cela arrive. Mais là il ne m’a pas mise mal à l’aise pour des raisons artistiques mais pour des raisons éthiques. Je me suis même retrouvée presque dans la même position que dans (le détestable) L’Amant Double de François Ozon où j’ai l’impression qu’on peut tout justifier, que ce soit en terme de débilités ou d’acharnement envers ses personnages, soi-disant au nom de l’art : je trouve ça facile au bout d’un moment. Finalement, dans tout ça, on a parlé que de la métaphore et ce n’est pas surprenant puisque c’est ce qui ressort d’ailleurs majoritairement dans les différents avis exprimés : le film ne nous pousse pas à aller ailleurs, il ne se base pratiquement sur cette lecture. Or, un film ne peut pas non plus se résumer qu’à ça au bout d’un moment surtout quand la relecture n’est pas particulièrement bonne ni révolutionnaire (il y a des films de relecture / très référencés bien plus réussis de ce côte-là). Faire un film allégorique sur la Bible, ça a de la gueule mais c’est pas pour ça que ça en fait un bon film. Il ne peut pas non plus se résumer à sa promotion putassière comme ce fut le cas sur Black Swan (oui, cette remarque est purement gratuite). La mise en scène en elle-même n’a donc rien de réellement problématique, notamment avec la gestion d’un espace envahi. Mais là encore, on en a trop à l’écran (j’en ai même éclaté de rire au bout d’un moment – la dernière fois que j’ai ri comme ça, c’était pendant ma séance de Lucy) pour appuyer un discours déjà bien lourd et pénible. Par contre, je suis vraiment sceptique sur les effets spéciaux ainsi que sur l’utilisation abusive de gros plans sur Jennifer Lawrence (même si je peux comprendre la démarche et l’effet produit). Finalement, tous les autres aspects notamment techniques (le travail sur le son est bon par exemple) ne parviennent pas à éclater face à un propos prétentieux, indigeste, carrément insupportable et dans tout ça… vain.

Mother! : Photo Jennifer Lawrence

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Gangsterdam / Si j’étais un homme

Gangsterdam

réalisé par Romain Levy

avec Kev Adams, Côme Levin, Manon Azem, Hubert Koundé, Mona Walravens, Patrick Timsit, Manu Payet, Rutger Hauer…

Comédie française. 1h37. 2016.

sortie française : 9 mars 2017

Ruben, Durex et Nora sont tous les trois étudiants en dernière année de fac. Par manque de confiance en lui, Ruben a déjà raté une fois ses examens. Même problème avec Nora, à qui il n’ose avouer ses sentiments. Et ce n’est pas Durex son ami d’enfance, le type le plus gênant au monde, qui va l’aider…Lorsqu’il découvre que Nora est aussi dealeuse et qu’elle part pour Amsterdam afin de ramener un tout nouveau type de drogue, Ruben prend son courage à deux mains et décide de l’accompagner. Ce voyage à Amsterdam, c’est le cadre idéal pour séduire enfin Nora, dommage pour lui que Durex s’incruste dans l’aventure. Alors que tous les trois découvrent la capitale la plus dingue d’Europe, leur vie va franchement se compliquer quand ils vont réaliser que la drogue qu’ils viennent de récupérer appartient aux plus grands criminels d’Amsterdam…Très vite Ruben, Durex et Nora vont comprendre que pour retrouver leur vie d’avant, ils vont devoir cesser d’être des blaireaux, pour devenir de vrais héros.

Gangsterdam : Photo Côme Levin, Hubert Koundé, Kev Adams, Manon Azem, Mona Walravens


Si j’étais un homme

réalisé par Audrey Dana

avec Audrey Dana, Eric Elmosnino, Alice Belaïdi, Christian Clavier, Antoine Gouy, Joséphine Drai…

Comédie française. 1h39. 2017.

sortie française : 22 février 2017

Qui n’a jamais imaginé ce que ça ferait d’être dans la peau du sexe opposé, ne serait-ce qu’une journée ? Eh bien, pas Jeanne !
Fraichement divorcée, séparée de ses enfants une semaine sur deux, pour elle les mecs c’est fini, elle ne veut plus jamais en entendre parler. Mais un beau matin, sa vie s’apprête à prendre un drôle de tournant, à première vue rien n’a changé chez elle… à un détail près !
De situations cocasses en fous rires avec sa meilleure amie, de panique en remise en question avec son gynéco, notre héroïne, tentera tant bien que mal de traverser cette situation pour le moins… inédite.

Si j'étais un homme : Photo Audrey Dana, Christian Clavier


Je vais être honnête dès le début de ce billet : vu les tas de mauvaises critiques et même de polémiques que j’ai pu lire autour de Gangsterdam de Romain Lévy (Radiostars) et Si j’étais un homme d’Audrey Dana (Sous les jupes des filles), je ne m’attendais pas à découvrir de bons films. Attention : je ne les ai pas regardés pour les casser à tout prix, juste pour savoir si tout ce qu’on disait sur eux étaient justifiés. On aurait pu dire que ces deux films en question étaient tout simplement deux comédies pas drôles, pas rythmées, tout simplement ratées et on ne serait pas allés plus loin. Mais certains éléments scénaristiques sont réellement douteux et il est finalement normal qu’on les pointe du doigt : je suis pour la liberté d’expression mais cela ne doit pas conduire les créateurs à devenir irresponsables. Le premier film pose problème parce qu’il fait l’apologie du viol, le second se mélange sur des notions sur le genre. Dans Gangsterdam, qui prétend rendre hommage à l’humour d’Apatow et compagnie (déjà que je n’aime pas tout le temps ce type d’humour, imaginez quand cet hommage foire complètement), le meilleur pote de Kev Adams (qui est comme d’habitude : il joue mal une scène sur deux), surnommé Durex (bonjour la subtilité), est un personnage raciste, misogyne, homophobe et j’en passe. Les blagues sur le viol, les femmes, les homosexuels et autres communautés sont lourdes et même provoquent le malaise mais au pire (j’ai bien dit « au pire ») on peut mettre ça sur le compte de ce personnage complètement débile et douteux : après tout, quand le personnage en question demande lourdement « est-ce qu’on la viole ? » ou encore « je parlais de viol cool », ses amis ne le cautionnent pas. Je n’excuse pas la scène qui participe selon moi à la culture du viol et qui n’a rien de drôle mais je ne crie pas totalement au scandale par rapport à la narration.  Mais plus on avance, plus le film s’enfonce. Surtout avec une scène juste inexcusable. Pas ratée. Inexcusable, j’insiste sur le terme. Ce même Durex (Côme Levin incarne pourtant bien le connard de service, ce n’est pas lui le problème) propose à ses camarades sa merveilleuse idée pour punir les méchants sans qu’on les tue : « Sinon il suce son pote et on est pénard. On filme et on le met sur le Cloud. Avec un dossier comme ça, il ne viendra plus jamais nous faire chier ». En gros, histoire de tout contextualiser et de rapporter tous les faits, il faut forcer le méchant trafiquant à pratiquer une fellation à son homme de main.

Gangsterdam : Photo Côme Levin, Kev Adams, Manon Azem

Parce que « si tu veux rester vivant, tu fous sa bite dans ta bouche et tu suces ». Jusqu’à présent, les amis de Durex n’approuvaient pas son comportement ni ses propos écoeurants. Cette fois-ci, ces mêmes personnes l’applaudissent et même rigolent tous en choeur : non seulement ces personnages sont juste abjects mais en plus de cela, ils retournent leur veste et de caractérisation en peu de temps. Je suis sûre aussi que les ados qui l’ont vu en salle se sont également marrés (ce qui me fait mal au coeur). Sauf qu’il s’agit d’un viol. Et ce viol en question n’est jamais condamné. Cette scène devient encore plus irresponsable et douteuse quand on voit à quel point Internet, les réseaux sociaux et compagnie sont devenus des moyens de pression et de harcèlement envers ces mêmes ados qui regardent majoritairement ce film. La réaction du réalisateur  pour se défendre avec son producteur est tout simplement inquiétante et dangereuse (déjà que j’avais trouvé son Radiostars sexiste mais au moins regardable). Surtout, il faut se dire qu’il y a derrière cette histoire quatre scénaristes. Que faut-il en penser ? Ils se sont mis à quatre pour penser à tant de débilités dont certaines sont nauséabondes ? Personne n’est intervenu pour dire « oh Polo, là tu fais vraiment de la merde ? ». Passons maintenant au film d’Audrey Dana qui nous livre décidément du féminisme de comptoir. On voit effectivement où elle veut en venir (il faut dire que ce n’est pas non plus d’une grande subtilité) : les femmes sont littéralement capables d’avoir des couilles dans la vie au quotidien. Mais si on suit le raisonnement d’Audrey Dana, un vagin ne suffirait pas aux femmes pour prendre confiance en elles. Sachez donc qu’il nous faudrait une bite (j’insiste sur ce mot puisqu’il est répété 150 fois pour nous faire « rire ») pour arrêter de nous cacher derrière les vêtements les plus improbables, avoir des cheveux super propres et brillants, répondre aux gens, les reluquer aussi. En gros, un pénis donnerait des neurones en plus à celui qui le possède (parce que Jeanne n’est pas juste larguée avec ses deux minots – elle est juste conne sans sa teub). Sinon, vu que rien n’est drôle, les acteurs se contentent de tirer la grimace comme sur l’affiche (qu’est-ce qui est passé par la tête des jurés du festival d’Huez de récompenser Alice Belaïdi ?) pour dire aux spectateurs, probablement autant consternés que moi face à tant de débilités et de vide, que la scène est drôle. Manquerait plus que les rires en fond comme dans les sitcoms tellement on prend les spectateurs pour des cons.

Si j'étais un homme : Photo Alice Belaïdi, Audrey Dana

L’Amant Double

réalisé par François Ozon

avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Myriam Boyer, Jacqueline Bisset, Dominique Reymond…

Drame, thriller, érotique français. 1h47. 2017.

sortie française : 26 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Je vous conseille aussi de lire l’excellent billet de Suzy Bishop : je partage son point de vue de A à Z.

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Bon, il va y avoir une tonne de spoilers car à ce stade-là, je n’en ai plus rien à foutre : je suis extrêmement énervée contre Ozon que j’ai envie de surnommer « Le Bouffon ».  Je ne prétends pas avoir vu tous les films du monde, loin de là. Présenté en compétition à Cannes cette année, L’Amant Double (adaptation d’un court roman de Joyce Carol Oates) n’a rien remporté  si ce n’est la Palme du film le plus stupide de 2017. Et il fait certainement partie des films les plus stupides tout court que j’ai pu voir dans ma courte existence (enfin j’ai pratiquement un quart de siècle). Je n’avais rien contre Ozon auparavant, désormais je ne peux plus me le voir en peinture. Pourquoi suis-je allée voir L’Amant Double au cinoche ? Parce que je ne suis pas allée à Cannes pendant le festival (je n’ai jamais réalisé ce rêve – c’est sur ma Bucket List désormais) et que je voulais vivre mon moment à moi avec mes vêtements H&M dans ma petite salle de cinéma de province. François Ozon a déjà été au coeur d’une grosse polémique à la sortie du moyen Jeune et Jolie : la prostitution était selon lui un fantasme commun à de nombreuses femmes (je ne l’ai toujours pas digéré). Il ne comprend décidément rien aux femmes. Et dans l’Amour Double, il nous le confirme. Le personnage principal, Chloé, est une jeune femme très perturbée et fragile. La liste ? Elle tire toujours la gueule (tous les personnages tirent également cette même tronche pour nous montrer qu’on est dans un drame inquiétant et troublant), elle se fait couper les cheveux à la garçonne, elle a des cernes jusqu’aux pieds et se plaint de douloureux maux de ventre. Surtout, elle sort avec son psy (la déontologie, c’est pas son délire) puis couche avec le jumeau de ce dernier. Jusque-là, limite on pourrait se dire que ce n’est pas si terrible que ça, qu’il n’y a pas de quoi être scandalisé. Et je n’avais pas envie d’être scandalisée. On pourrait se dire (et c’est visiblement le but) que Chloé est à la recherche d’une sexualité (elle se libère quand elle est avec le méchant jumeau – son mec actuel ne la faisant pas jouir des masses). Sauf que les scènes avec le jumeau sont nauséabondes. Je vous fais un résumé vite fait de l’évolution de Chloé : Chloé est au début du film une femme au physique « masculin ». Elle rencontre le jumeau de son mec Paul, un certain Louis. Elle se retrouve donc dans sa belle chambre à côté de son cabinet. Il lui touche le sexe alors qu’elle ne veut pas (et lui dit), il continue, elle se débat puis… prend du plaisir. Elle revient alors les jours suivants, elle ose même porter des jupes.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Problème majeur : L’Amant Double ne condamne jamais cette agression sexuelle, que dis-je, même viol. Chloé est d’ailleurs sans cesse « violée » (oui, oui, j’ai conscience du terme que j’utilise) par le regard du réalisateur. Il n’y a qu’à voir ces deux scènes « choc » : une des premières scènes est une transition entre l’oeil de l’héroïne et son clitoris (rien que là, je me suis dit que ça n’allait pas le faire). L’autre qui « marque » est un autre type de transition : entre la bouche de Chloé et de nouveau son clitoris (via un plan au fond de sa gorge et de son corps). Même si j’ai du mal avec les scènes de viol (comme tout être humain – enfin je crois), je ne condamne pas les films pour ça du moment que le propos est clair de la part du réalisateur. Mais là la vision d’Ozon est plus que douteuse (et je reste gentille). Je ne vois pas où il remet en question les actes du personnage. J’ai l’impression que cet aspect abject est justifiable pour une soi-disant tension érotique. Tu sens limite le réalisateur te donner des leçons « nooon mais t’as pas compris, en fait, mon film est super complexe, t’as compris que dalle, tu vois le mal partout ». Justement, j’enchaîne avec ça : il n’y a d’ailleurs aucune tension sexuelle. Il y a beau y avoir un sacré nombre de scènes de cul (et de viol dans le lot), qu’elles appartiennent à la réalité ou au fantasme (voire même au cauchemar), on ne ressent rien si ce n’est du malaise, du glauque mais j’ai envie de dire dans le mauvais sens du terme. Le malaise, c’est bien d’en ressentir mais encore une fois quand les intentions sont clarifiées par le réalisateur. Au-delà du sexisme omniprésent et de la dangerosité véhiculée (je ne sais même pas si Ozon en a conscience), L’Amant Double est juste pour moi raté cinématographiquement. Certes, je serais de mauvaise foi concernant la mise en scène et l’esthétique : de ce côté-là, c’est très soigné et même réfléchi. Il y a évidemment un soin accordé aux miroirs, à la symétrie, au dédoublement (voire même à bien plus), aux décors en général, à la photographie. Mais à cause d’un scénario complètement débile, même certains de ses effets et toutes ces quelques éventuelles bonnes choses mises en place sont tout simplement cassés. Tout devient d’une grossièreté consternante. Je me suis même surprise à rire durant la séance, je me suis même carrément tapée un fou rire en sortant de la salle (juste pour évacuer tout ce que j’avais vu auparavant). Non, le film d’Ozon n’est pas le fameux thriller (pardon frileuuur) érotico-mystérico-gore–troublant-bizarroïde-de-mes-couilles vendu. Tu as juste l’impression d’assister à une parodie du cinéma français d’auteur mixée à une parodie des films de De Palma.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Tous les pires clichés qu’on a en tête concernant les jumeaux y sont. Les personnages boivent tous les soirs, quoiqu’il arrive, du vin voire même du champagne (comme si on faisait tous ça tous les jours, ça se saurait). Qu’on ne me sorte pas non plus qu’il y a de la psychologie dans ce film : il y a limite plus de psychologie dans un épisode des Anges de la téléréalité ! On ne croit en rien dans ce film : ni à l’histoire d’amour entre Chloé et Paul, ni à l’histoire toxique entre Chloé et Louis, ni aux termes psychologiques utilisés par Paul, soi-disant un excellent psy (il raconte des banalités, pas besoin d’être psy pour dire de la merde pareille). Le pire ? La fameuse fin. J’appelle ça l’effet Dallas, un nom gentil pour éviter de dire que ça s’appelle clairement du foutage de gueule en puissance. Les fins du style « c’est tout dans sa tête », ça peut être très chouette. J’aime plein de films qui reprennent ce schéma. Mais il faut que ça soit bien foutu, qu’il y ait de la cohérence et aussi un minimum d’explications. Là on nous balance le fameux « touist » sauf qu’on se demande si ça tient debout. Si c’est dans sa tête, que foutait Chloé durant ses journées (déjà qu’elle n’en fout pas une) ? Comment ça se fait que les meilleurs toubibs que Chloé a consultés soient passés à côté de son cas médical ? Dois-je également revenir sur le tout dernier plan avec le double de Chloé qui fait péter la glace : quelle métaphore de la mort, Chloé s’est donc libérée, elle peut baiser avec Paul. Le pire, c’est que des métaphores aussi grossières que celle-ci, il y en a tout le long du film ! Dois-je vraiment revenir sur le rôle lourdingue du chat ? Encore une fois, ça se croit malin et fin psychologue, on croit rêver ! Pour rendre son film soi-disant intelligent, Ozon multiplie les pistes et les thèmes : le rapport entre l’esprit et le corps, connaître l’autre en passant par la connaissance de soi, le renversement des rôles, les différents aspects de notre personnalité (et de la sexualité) et on pourrait continuer encore longtemps. Mais les exploite-t-il vraiment non ? Pour moi, non, ils sont traités superficiellement. Au passage, je me demande toujours l’utilité de la voisine dans le scénario. L’Amant Double est un film interminable (j’ai cru qu’il durait plus de deux heures, c’était l’enfer) et minable, souvent involontairement drôle et même pas sauvé par son couple (ou trouple ?) d’acteurs qui fait de son mieux en interprétant des personnages dont on n’a finalement pas envie de se préoccuper. Il confond beaucoup de notions, notamment une qui me paraît essentielle : sexe brutal avec consentement et viol/agression sexuelle. Bref, beaucoup de queues, mais la tête, c’est pas encore ça…

L'Amant Double : Photo Marine Vacth

A bras ouverts

réalisé par Philippe de Chauveron

avec Christian Clavier, Ary Abittan, Elsa Zylberstein, Cyril Lecomte, Nanou Garcia…

Comédie française. 1h32. 2016.

sortie française : 5 avril 2017

Figure de la scène littéraire et médiatique française, Jean-Etienne Fougerole est un intellectuel humaniste marié à une riche héritière déconnectée des réalités. Alors que Fougerole fait la promotion dans un débat télévisé de son nouveau roman « A bras ouverts », invitant les plus aisés à accueillir chez eux les personnes dans le besoin, son opposant le met au défi d’appliquer ce qu’il préconise dans son ouvrage. Coincé et piqué au vif, Fougerole prend au mot son adversaire et accepte le challenge pour ne pas perdre la face. Mais dès le soir-même, on sonne à la porte de sa somptueuse maison de Marnes-la-coquette… Les convictions des Fougerole vont être mises à rude épreuve !

À bras ouverts : Photo Ary Abittan

Je ne comptais pas aller regarder A bras ouverts, encore moins au cinéma, surtout après avoir lu et vu de nombreuses critiques plus que négatives à son égard, notamment celle de InThePanda. Ma mère (pas facho et que j’aime beaucoup au passage) s’en est mêlée : elle est gentille mais elle aime beaucoup (trop) toutes ces comédies franchouillardes que je rejette tant. Et elle a un don particulier pour me laisser convaincre de l’accompagner. Malheureusement, comme prévu, les mauvaises critiques avaient vu juste. Le point de départ était pourtant « intéressant » dans le cadre d’une comédie, même s’il n’est pas non plus bien révolutionnaire : pousser des gens soi-disant ouverts d’esprit face à leur réel état d’esprit. Les dix premières minutes passent à peu près : nous sommes face à une caricature (certes pas très fine mais ça passe) d’une sorte de BHL qui parle beaucoup (surtout pour bien se faire voir et booster les ventes de son livre), on peut même dire qu’il est une sorte de donneur de leçons mais qui n’applique pas ses propres théories jusqu’au jour où il est pris au piège par un opposant politique (là ici une sorte de caricature du FN). Dans le même genre, autant privilégier l’excellent Devine qui vient dîner… de Stanley Kramer ou même plus récemment le plutôt sympathique Le Grand Partage d’Alexandra Leclerc qui ont le mérite de montrer une vraie confrontation des personnages face à la banalisation de leur pensée raciste et surtout une remise en question. C’est le principal problème de A bras ouverts (qui devait s’intituler à l’origine Sivouplééé… oui on sentait déjà le coup foireux venir) : en dehors du fils (même si cela reste minime), on ne remet pratiquement jamais en question le couple Fougerole. Ils sont racistes et finalement tout leur donne raison ! Après tout, Babik est un personnage qui n’est jamais attachant. Sa caricature est très ratée dans le sens où son humanité reste assez minime et n’efface pas les défauts qui l’entourent : il est méchant, violent, misogyne, sale et parle comme un demeuré (et non comme un étranger) et encore je n’ai pas tout dit. Sa famille est également complètement barge (dans le mauvais sens du terme), notamment avec le type atteint mentalement et qui fout sa merde littéralement avec son cochon. La seule fois où Babik se montre à peu près humain est lorsqu’il empêche Erwan (qui intègre le groupe des Roms après avoir été expulsé de chez lui) de séduire et de coucher avec la femme de Jean-Etienne. Mais tu sens que c’est un peu ici un vague prétexte pour se justifier : « non on se moque pas des Roms, la preuve, le vrai méchant de l’histoire, c’est un Français ». Le mal reste fait. Je ne suis pas du genre à voir du racisme partout mais là j’ai vraiment ressenti une sorte de malaise tout le long du film.

À bras ouverts : Photo Christian Clavier, Elsa Zylberstein

Il y avait déjà eu un débat sur la réelle démarche du réalisateur dans son précédent long-métrage (que j’avais plutôt apprécié, je ne m’en cache pas), Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (avec déjà Clavier et Abittan). Mais j’avais plus l’impression qu’on riait du racisme et des clichés et surtout le film avait le « mérite » de faire évoluer les personnages. Là il n’y a pas d’évolution possible : les personnages sont juste tous cons jusqu’au bout ! Peut-être que le film n’arrive pas à fonctionner parce qu’il ne « tape » pas suffisamment sur différentes images de la société (contrairement toujours à Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?). En clair, il se fout de la gueule de l’hypocrisie des bobos et des Roms qui protègent leur famille (et maintenant les Fougerole en font partie) de manière douteuse. Il y a une petite pique envers le personnage FN qui est homosexuel. Je ne crois pas qu’il faut voir ici une remarque du style « l’homophobie c’est la lose » (contrairement à ce que dit InThePanda, c’est mon seul petit point de désaccord)  : j’imagine plus une envie de souligner une certaine hypocrisie d’un politique qui rejette certainement dans la sphère médiatique une communauté. Mais je comprends là aussi le reproche de certains détracteurs : ce point en question est de nouveau mené très maladroitement. La fin est également assez douteuse, comme si être proche d’un Rom était une malédiction. Au-delà d’une morale assez douteuse, A bras ouverts n’est tout simplement pas drôle (ce qui est problématique dans le cadre d’une comédie). La plupart des vannes tombe à plat et montre à quel point la comédie française ne se porte vraiment pas (même si ce n’est pas un scoop – et je n’ai pas encore vu Gangsterdam !). Quant aux interprétations, elles sont assez navrantes. Christian Clavier fait du Christian Clavier j’ai envie de dire mais en pire. Quand on le voit réagir avec le fameux cochon, on ne peut pas s’empêcher de penser à son personnage dans Les Bronzés font du ski ! T’as l’impression d’avoir pris un coup de vieux d’un coup sans avoir rien demandé ! Elsa Zylberstein (j’ai déjà du mal avec elle en temps normal) en fait – vraiment – des caisses dans le rôle de cette artiste contemporaine naze mal baisée (cette partie du scénario sur les moeurs des Fougerole m’a également bien gonflée au passage). Quant à Ary Abittan, il m’a juste… gênée. Il y a des fois où c’est le Abittan show (je pense notamment aux scènes où il chante du Fugain et compagnie) ! En même temps, sans vouloir les excuser (faut pas déconner non plus), leurs personnages sont si mal écrits que je ne vois pas comment un acteur aurait pu être bon dans ce fiasco.

À bras ouverts : Photo Ary Abittan

Cinquante Nuances plus sombres

réalisé par James Foley

avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Marcia Gay Harden, Kim Basinger, Bella Heathcote, Eric Johnson, Eloise Mumford, Luke Grimes, Victor Rasuk…

titre original : Fifty Shades Darker

Comédie dramatique romantique érotique américaine. 1h58. 2017.

sortie française : 8 février 2017

interdit aux moins de 12 ans

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C’est un Christian blessé qui tente de reconquérir Anastasia. Cette dernière exige un nouveau contrat avant de lui laisser une seconde chance. Mais une ombre surgit du passé de Christian et plane sur les deux amants, déterminée à détruire un quelconque espoir de vie commune.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

Suis-je maso ? Ne pouvais-je pas attendre la sortie en téléchargement pour le regarder tranquillement chez moi et éviter de payer pour voir quelque chose de mauvais ? Je ne devais d’ailleurs pas aller voir en salles Cinquante Nuances plus sombres, suite du médiocre Cinquante Nuances de Grey. D’autres films m’attendaient (et m’attendent encore) dans les salles obscures. Finalement, sans vous révéler le comment du pourquoi (1/ parce que ça ne vous regarde pas bande de coquins, 2/ parce qu’en plus on s’en balance de ma vie), je suis donc allée voir ce film, toujours adapté du nullissime « roman » éponyme de E. L. James (oui, en plus de ça, j’ai osé lire ce machin… là vous devez vous dire qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez moi). Pour ce deuxième volet, bye bye Sam Taylor-Johnson (ce qui n’est pas une mauvaise chose pour elle…) pour faire place derrière la caméra à un certain (en ce qui me concerne, un inconnu) James Foley. Ce changement a-t-il été bénéfique ? Pas du tout ! Cinquante Nuances plus sombres est pour moi clairement pire que le premier volet (c’était déjà le cas du bouquin) en sachant que ce premier film atteignait déjà des sommets de conneries. Le début est problématique (enfin tout est problématique dans ce film, juste pour vous dire qu’on est dans le bain de la médiocrité dès le générique) : en effet, si vous vous souvenez de la fin du premier film (allez, oui, je prends le risque de vous spoiler, je suis vilaine), Ana quitte donc Christian, comprenant ENFIN qu’il était frappé et violent au pieu (et qu’il y prenait son pied). Chrissounet va-t-il reconquérir Ana ? Fin de suspense… Oui, au bout de dix minutes, ce problème est vite réglé. Vous le constatez en peu de temps : Ana est une jeune femme résistante. Grey achète tous les portraits d’Ana (affichés dans la galerie de José, l’ami photographe violeur mais pas trop – ce dernier ne lui ayant même pas demandé l’autorisation), s’incruste évidemment à cette expo très chic et demande à Ana de dîner ensemble. Juste un dîner (mais bien sûr). Et Ana accepte la proposition « parce qu’elle a faim ». Ca ne s’invente pas.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Jamie Dornan, Kim Basinger

Bref, tout ça pour dire qu’on en revient rapidement au même point, à part que ce psychopathe de Grey débarque avec sa barbe de trois jours et un pull tout moche. On commence aussi à connaître son passé, ce qui pourrait expliquer vaguement pourquoi Grey est très porté sur le sado-masochisme (vive la psychologie de comptoir). On commence alors à observer quelques grosses incohérences (là tu te dis que tout le monde s’en bat les ovaires sur ce tournage). En effet, dans les flashbacks, on nous montre un homme (certainement un mec de sa mère, une « pute camée ») brûler le corps du petit Christian avec des cigarettes. Dans le premier volet, normalement, si je n’ai pas raté un épisode, le torse de Christian était lisse comme un cul de bébé. Et vu que lui et Ana ne jouent pas au Scrabble, Ana aurait dû voir dès le premier opus les traces de brûlures sur le corps de son chéri. Or, elle ne découvre ça que dans ce deuxième opus ce qui semble TOTALEMENT illogique ! Autre exemple : Ana, se préparant à aller au bal masqué (nous y reviendrons), enfile un porte-jarretelles puis met sa robe argentée. Mais en sortant du bal, elle retire sa robe et paaaaf le porte-jarretelles a disparu ! Ou encore, pour vous citer un dernier exemple parmi tant d’autres, Christian revient comme s’il n’avait rien eu après un accident d’hélicoptère, il était même porté disparu mais tout va bien, il PETE LA FORME ! C’est aussi le monde des Bisounours dans lequel on gagne de l’argent facilement (et on l’étale également) grâce à un travail trop facilement obtenu. Je vous parlais un peu plus haut du jeune ami potentiellement violeur d’Ana, qui a le privilège d’exposer ses photographies dans une belle galerie d’art à son jeune âge alors que nous savons très bien que ce genre de cas reste extrêmement rare. Ana, elle, obtient par le hasard un important poste alors qu’elle débute son travail dans une maison d’édition (rachetée par… oh gros suspense de malade… CHRISTIAN GREY BORDEL !). Evidemment, niveau scène de sexe (parce qu’il faut en parler vu le sujet), comme dans le premier volet, c’est aussi cru qu’un épisode de Joséphine, Ange Gardien.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson

Je comprends la nécessité de limiter le contenu : il s’agit bien entendu d’un film commercial, le but étant de réunir un max de monde dans les salles et d’éviter une censure trop sévère. Mais on ne trouve que six pauvres courtes scènes de jambes qui n’ont rien d’excitantes. Plus on avance dans cette saga, plus on se demande vraiment où sont les fameuses scènes de SM. Encore une fois, une claque aux fesses et être vite fait attaché ne fait pas de vous des amateurs de cette sexualité dite hors-normes. Je ne vous raconte pas non plus la présence insupportable de musique pop du moment qui gâche ces scènes en question. Ce qui est encore plus navrant, c’est de constater par moments (je dis peut-être ça car je suis de nature optimiste, si si) qu’il y avait des possibilités de rendre le film un chouïa moins pire dans le sens où certaines scènes auraient pu être intéressantes si elles avaient été mieux exploitées. Je pense notamment à cette scène avec avec une ancienne soumise de Grey venue faire du mal à notre couple préféré (ou pas). Pour la calmer, Grey lui ordonne de se mettre à genoux, comme il avait certainement eu l’habitude de faire ce type de demande au pieu. C’est peut-être d’ailleurs la vraie seule scène avec un semblant de tension sexuelle (je dis bien un semblant). Au passage, cette ex-soumise en question (prénommée Leila) est la seule qui se détache un peu de ce carnage et qui a aussi un peu de potentiel même s il n’y a rien non plus de fabuleux, loin de là. Le scénario est une catastrophe, un grand vide inédit pour ma part (et pourtant j’en ai vu des films complètement vides). En clair, une fois les dix minutes passées (c’est-à-dire une fois le couple reformé), il ne se passe rien. Mais rien. Qu’est-ce qu’on s’emmerde ! On a vite fait deux histoires d’ex : d’un côté, on a une sorte de « fantôme » qui débarque et qui repart comme si elle sortait de Poudlard, de l’autre on trouve une vieille pédophile qui… fait peur (plus sa tronche que ses actes). Puis, là il y a aussi (toujours vite fait, bien entendu, ne creusons rien) une sombre histoire avec le patron pseudo sexy (un certain Jack) qui veut se taper / violer Ana (on parle toujours de la mauvaise image des femmes dans ce film, mais les hommes prennent aussi cher, ce sont forcément des tarés incapables de se tenir correctement, enfin surtout leur machin entre leurs jambes) et qui visiblement en veut aussi à Grey.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Bella Heathcote

Il n’y a concrètement pas d’intrigue dans ce film ! N’oublions pas que je suis allée voir Cinquante nuances plus sombres pour me marrer et de ce côté-là, j’ai eu ma dose de scènes et répliques involontairement hilarantes, ridicules et même inutiles Je pense notamment à la fameuse scène de bal masqué. On ne sait pas pourquoi tous ces gens sont déguisés juste pour une soirée organisée par les Grey, ça n’apporte rien. La mise en scène est totalement inexistante et on tente de cacher ce travail de cochon par des effets totalement superficiels. En effet, ce qui saute aux yeux (comme dans le premier volet) est cette lumière qui tente de nous en mettre plein la vue et cette photographie qui rend le film visuellement très lisse. Les acteurs ne peuvent pas bien jouer avec des personnages aussi insignifiants. Cela dit, suite aux carrières menées par Robert Pattinson et Kristen Stewart après Twilight, je n’ai pas envie de dire tant de saloperies que ça sur Jamie Dornan et Dakota Johnson. On ne va pas dire qu’ils jouent bien, non, ils jouent bien comme des patates, c’est un fait. Il n’y a toujours pas d’alchimie entre eux. Mais comment peuvent-ils de toute façon bien jouer avec des personnages aussi creux (même si Ana semble avoir un peu plus de personnalité par rapport au précédent volet – information à prendre tout de même avec des pincettes, surtout par rapport aux premières scènes du film) et une direction d’acteurs totalement à la ramasse ? Même une bonne actrice comme Marcia Gay Harden (décidément de plus en plus méconnaissable – et je ne vais pas m’attarder sur Kim Basinger, qui ressemble à Bogdanov) joue comme un pied. Cinquante Nuances plus sombres est sans surprise un très mauvais film mais paradoxalement il surprend par sa médiocrité qui dépasse tout ce dont on pouvait imaginer. Même pas divertissant, ce film défend en plus de ça des idées assez douteuses, voire même sexistes. Christian Grey est un psychopathe en puissance, qui est finalement plus flippant par son mode de vie au quotidien plutôt qu’au pieu. Et l’auteure du roman / le réalisateur / les scénaristes ne condamnent pas tant que ça le bonhomme puisqu’on lui donne raison de se méfier de tout le monde et de coller Anastasia. Allez, la saga est bientôt terminée…

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

Mon Roi

réalisé par Maïwenn

avec Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel, Louis Garrel, Isild Le Besco, Patrick Raynal, Paul Hamy, Yann Goven, Chrystèle Saint-Louis Augustin, Norman Thavaud…

Drame, romance français. 2h. 2015.

sortie française : 21 octobre 2015

Movie Challenge 2017 : Un film réalisé par une femme

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Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel

J’avais adoré Polisse, qui avait rencontré un joli succès en salles ainsi que le prix du jury à Cannes. Certes, il avait certainement ses défauts selon moi (faut savoir être honnête) mais il fonctionnait réellement dans le sens où il provoque diverses émotions et réflexions. En revanche, les critiques n’avaient pas été tendres avec Mon Roi, qui avait pourtant permis à son actrice principale, Emmanuelle Bercot (principalement connue pour son travail de scénariste et maintenant de réalisatrice notamment avec La Tête Haute et La Fille de Brest) de remporter le prix d’interprétation féminin (ex-aequo avec Rooney Mara pour Carol de Todd Haynes). J’avais juste remarqué que les sites / blogs / magazines féminins (voire même féministes) avaient plutôt défendu ce film. J’ai tout de même voulu voir ce que donnait ce long-métrage par pure curiosité. Hélas, les critiques cannoises avaient vu juste. Ce film n’avait rien à faire à Cannes et encore moins en compétition. Je le dis direct : il faut arrêter de voir du sexisme et de la misogynie partout (même s’il y a certainement des bouffons dans le lot, comme partout), parce qu’on ose dire que ce film n’est pas terrible. On ne dit pas qu’il est hystérique parce que c’est Maïwenn (et par extension, une réalisatrice) qui est derrière la caméra. Ni parce que le personnage principal est une femme (parce que Giorgio est dans son genre également très hystérique). Non, c’est juste une impression globale qui apparaît dès les premières minutes du film. En gros, pour Maïwenn, la passion, c’est baiser et se hurler dessus. Tout est noir ou blanc avec elle. Il n’y a aucune analyse ou réflexion pertinente. Le scénario se limite alors au schéma suivant : rencontre, baise, dispute, réconciliation (au pieu ou ailleurs d’ailleurs), dispute (avec hurlement comme toujours), grossesse, séparation, accouchement, réconciliation, dispute, divorce, baise, dispute. Et le film dure deux bonnes heures, bon sang ! Je vous assure qu’il m’a paru très long et répétitif. En plus, je déteste ces films qui enchaînent les scènes se déroulant sur plusieurs années (ici dix ans) comme on zapperait de chaîne à la télé.

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel

Je comprends que Maïwenn ne pouvait pas tout montrer de la vie de ce couple en deux heures, il fallait bien sélectionner certains événements qui sembleraient importants dans la construction et déconstruction de leur amour mais la sélection faite par la réalisatrice semble extrêmement réductrice. On observe aussi quelques indices pour montrer l’évolution (notamment physique) des personnages mais les ellipses sont pour moi mal gérées : t’as vraiment l’impression qu’on te balance les différentes scènes un peu n’importe comment, une sorte de best of (enfin, best, pas toujours) de leur vie épuisante. Le montage qui se concentre alors sur certains événements de la vie de Tony et Giorgio (qui n’est pas pour moi, contrairement à ce que j’ai lu, un pervers narcissique, juste un bouffon ou un connard pour moi, n’utilisons pas des termes scientifiques pour si peu) prouve encore plus à quel point Maïwenn ne maîtrise pas bien son sujet, qu’elle se laisse déborder, un peu comme ses personnages par leurs émotions. Enfin, la réalisatrice va nous sortir que son film est sur l’addiction (ici amoureuse / affective). Cela ne justifie pas tout au bout d’un moment, même si je ne nie pas que certaines relations puissent être destructrices. Tout est absolument grossier et creux. Même les significations plus psychologiques manquent cruellement de subtilités et de réelle recherche. Certes, dans Polisse, il y en avait déjà qui n’était pas d’une grande finesse (je dois l’admettre, même en ayant aimé le film). Mais ça restait tout de même un minimum pertinent. Là, dès les premières minutes du film, lorsqu’on découvre l’héroïne dans un centre de rétablissement suite à son accident de ski, on comprend à quel point ce qu’on va voir sera lourdingue. Par exemple, pour bien expliquer la démarche aux spectateurs, visiblement des demeurés, la psy demande pourquoi Tony s’est blessée au genou et par ailleurs : parce que genou, ça fait aussi « je-nous ». Elle et son couple. Boudi, ça part mal. L’accident de ski, là aussi, grosse métaphore de malade : il faut que Tony se relève littéralement après son histoire d’amour passionnelle et compliquée. Tony traîne aussi avec une bande de jeunes kékés alors qu’elle a quarante balais. Là encore quelle subtilité !

Mon Roi : Photo Isild Le Besco, Louis Garrel, Vincent Cassel

Allez, dernier exemple, juste pour qu’on s’éclate un peu : Tony (prénom / surnom cliché, à l’image de Giorgio, t’as l’impression d’être dans Confessions intimes) s’appelle en réalité Marie-Antoinette. Vous comprenez, à cause de Giorgio, son « roi » (des connards), elle en perdrait la tête ! Niveau prénom, Maïwenn n’a épargné personne, le môme de ce couple de hurleurs se prénommant Sinbad, vous avez bien lu, Sinbad (je m’excuse si des Sinbad me lisent). Que reste-t-il alors (un minimum) de ce que j’ai vu ? La mise en scène reste malgré tout assez correcte même si elle tombe parfois dans l’hystérie, à l’image de tout ce qu’il y a de présent à l’écran. Mais je dois avouer que ce n’est pas le pire, par rapport à tout ce qu’il y a d’horribles dans ce film. De plus, même si cela ne sauve pas en rien le film, les interprétations restent assez bonnes alors que les acteurs ne sont certainement pas aidés par le scénario et le peu de consistance des personnages. Certes, Emmanuelle Bercot ne mérite pas pour moi son prix d’interprétation cannois, assez excessif (j’ai envie de dire, comme le film). Elle passe beaucoup de temps à hurler, pleurer et tout ça : c’est un fait. Cela dit, je m’attendais tout de même à pire. On sent qu’elle est concernée par son personnage, elle livre étrangement une interprétation assez sincère et convaincante. Encore une fois, vu le contexte, je ne peux pas lui jeter des pierres. Avec un scénario mieux écrit, je suis certaine qu’elle aurait encore mieux jouer même si c’est déjà le cas. Vincent Cassel s’en sort également bien même s’il cabotine et qu’il joue ce genre de rôles depuis une plombe (il y a des fois où ça m’exaspère). Bref, il n’y a pas de subtilités dans le jeu de Bercot ni dans celui de Cassel, on est forcément dans quelque chose d’excessif mais les acteurs sont au moins dans ce qu’on leur demande et on peut tout de même se dire qu’ils sont crédibles. Même le couple qu’il forme à l’écran reste malgré tout crédible. Dans les seconds rôles, on notera la très bonne performance de Louis Garrel, qui fait preuve d’un naturel et d’un humour (oui, il est drôle, quel scoop !) qui fait du bien à cet ensemble pas toujours très digeste.

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot

Allez pour le plaisir, des extraits de mon live-tweet (cliquez sur les vignettes pour agrandir).

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Sisters

réalisé par Jason Moore

avec Amy Poehler, Tina Fey, Maya Rudolph, Ike Barinholtz, James Brolin, Dianne Wiest, John Cena, John Leguizamo, Greta Lee, Madison Davenport, Kate McKinnon…

Comédie américaine. 2h. 2015.

sortie française : 11 mai 2016

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Deux sœurs sont de retour chez leurs parents pour débarrasser leur ancienne chambre d’enfant avant que la maison familiale ne soit vendue. Dans l’espoir de revivre pour une nuit leurs années de gloire passées, elles organisent une soirée « de jeunes » avec leurs anciens camarades de lycée qui tourne rapidement en fiesta délirante et salutaire pour cette bande d’adolescents attardés.

Sisters : Photo Amy Poehler, Tina Fey

Tina Fey est la créatrice (et actrice aussi) des séries phares 30 Rock et Unbreakable Kimmy SchmidtAmy Poehler elle est à la tête de Parks and Recreation. Toutes les deux sont capables de faire des merveilles, que ce soit au sein du Saturday Night Live ou à la présentation de la cérémonie des Golden Globes. Il était déjà arrivé de voir Fey et Poehler au sein d’un même film mais jamais elles n’avaient formé de duo ensemble au cinéma dans les rôles principaux. Je comprends donc leur envie de se réunir et il faut avouer que ça avait de la gueule sur le papier. Puis, après avoir vu Sisters, on se dit que c’était la pire des idées. Je me demande pourquoi elles se sont foutues dans un tel merdier qui détruit toute leur bonne réputation et tout le travail qu’elles ont fourni jusqu’à présent. Pire, elles font même partie de la liste des producteurs ! Derrière la caméra, on retrouve Jason Moore, qui avait signé le sympathique mais surestimé Pitch Perfect et au scénario Paula Pell, qu’on a déjà vue dans des petits rôles notamment dans les deux séries des stars de ce film. Comment est-on arrivé à une vraie cata ? Beaucoup d’erreurs se sont accumulées jusqu’à ce qu’on ait droit à un machin (j’ose même pas nommer ça un film) indigeste. Je précise que je suis pourtant tolérante avec des comédies qui ne volent pas toujours haut, le principal étant que je me marre. Le problème ici est qu’il s’agit d’une comédie qui ne fait pas rire. Bref, pourquoi justement ce film n’est-il pas drôle ? Dès les premières minutes (et hélas ça se poursuit jusqu’aux dernières), des clichés gros comme des camions. Je veux bien accepter des clichés, qui peuvent même devenir un moteur dans les comédies mais là il y en a tellement que très rapidement on n’a même pas envie de croire à l’histoire qu’on nous propose. En clair, encore une éternelle opposition entre deux frangines (ooh surprise) de quarante balais frustrées : une est une infirmière divorcée coincée mais comme on dit chez moi, elle est brave, la seconde est une mère célibataire superficielle pas foutue de garder un emploi. Bref, leur vie est un bordel et décident d’en ajouter davantage suite à, diable, terrible annonce : leurs parents ont décidé de vendre la maison qui ont marqué leur enfance. « Tiens, si on décidait de foutre le bordel en organisant une fête comme des ados attardés alors qu’on a 40 piges et que c’est un peu pathétique de faire ça ? ».

Sisters : Photo Amy Poehler, Tina Fey

Je sais qu’il y a beaucoup de films déjà faits autour de ce sujet, c’est-à-dire des adultes qui ont une vie chiante qui décident de redevenir le temps d’un instant de redevenir des ados (nostalgiiiiieeeee qui me gave déjà bien à l’origine) et en général ce n’est pas très fin. Mais il y a eu quelques réussites. Là non seulement on est dans une situation qui nous paraît d’emblée bidon mais les éléments grossiers s’accumulent dans tous les sens du terme. On n’est pas simplement dans la bonne vieille histoire d’une nostalgie « oooh je veux revivre ma jeunesse ». Non, là ça se transforme en Projet X ! Et ça devient carrément LOURDINGUE (et en plus, qu’est-ce que le film est looong) ! Il n’y a que des vannes autant pourries (et vulgaires) les unes que les autres sur le sexe et la drogue, une accumulation improbable de problèmes (je veux bien croire que les films ne représentent pas la réalité mais là ça finit par piquer les yeux), le scénario n’ayant en fait strictement rien à raconter. Mais face à tout ça, on a droit à une fin hyper moralisatrice qui dégueule bien comme il le faut. C’est d’autant plus décevant quand on avait l’impression que Tina Fey et Amy Poehler qui, certes ne sont pas responsables directement de ce carnage complètement creux mais qui l’ont bien cautionné, auraient pu se foutre facilement de la gueule de ce genre de production. Les deux copines ne sont d’ailleurs pas au mieux de leur forme. Poehler fait le job. Quant à Fey, si au début elle passe à peu près dans cette caricature de dinde, elle devient vite insupportable en montrant certaines limites. Les rôles secondaires ne s’en sortent d’ailleurs pas mieux. Le pire, au fond, c’est que ça me fait de la peine de ne pas avoir aimer grand-chose dans ce « film » creux, sans intérêt, pas foutu de développer ses thèmes (notamment autour de la fameuse relation entre les soeurs !) parce que j’ai malgré tout toujours beaucoup d’affection pour Tina Fey et Amy Poehler qui sont capables d’être talentueuses et de participer à de bien meilleurs projets.

Sisters : Photo Amy Poehler, Tina Fey

Tale of Tales

réalisé par Matteo Garrone

avec Salma Hayek, Toby Jones, Vincent Cassel, John C. Reilly, Shirley Henderson, Hayley Carmichael, Bebe Cave, Jessie Cave, Stacy Martin, Christian Lees, Jonah Lees, Alba Rohrwacher, Guillaume Delaunay…

titre original : Il racconto dei racconti

Film fantastique italien, français, britannique. 2h14. 2014.

sortie française : 1 juillet 2015

Movie Challenge 2016 : Un film adapté d’un livre

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Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d’enfant… Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.

Tale of Tales : Photo Salma Hayek-Pinault

Cela fait un moment que j’aime beaucoup le travail de Matteo Garrone, le réalisateur de Gomorra et Reality, tous les deux couronnés par le Grand Prix au festival de Cannes, respectivement en 2008 (sous la présidence de Sean Penn) et 2012 (sous celle de Nanni Moretti). J’étais donc enthousiaste de voir de nouveau Garrone en compétition cannoise avec ce Tale of Tales, même si le fait d’avoir tourné en langue anglaise avec un casting international ne me rassurait pas bizarrement. Garrone adapte ici Le Pentamerone (ou Le Conte des Contes) de Giambattista Basile, qui regroupe une cinquantaine de contes. Le titre ne vous dira peut-être rien, pourtant cette oeuvre a inspiré un grand nombre d’auteurs : Charles Perrault, les frères Grimm, J. R. R. Tolkien ou encore J. K. Rowling. Hélas, ce dernier long-métrage de Garrone ne m’a pas vraiment emballée. Le réalisateur a clamé dans toutes ses interviews qu’il présente comme des tableaux, lui-même étant peintre à côté de ses activités de cinéaste. Certes, je dois reconnaître que le film est très réussi d’un point de vue esthétique. L’équipe a vraiment mis les moyens dans d’impressionnants décors et costumes, la photographie et la lumière rendent également ce film encore plus sublime. On sent effectivement le rapprochement avec la peinture. En dehors de ça, Tale of Tales ne m’a pas vraiment convaincue et j’ai même l’horrible sentiment qu’il s’agit d’un horrible gâchis. Pour moi, c’est la preuve vivante qu’un beau film d’un point de vue esthétique n’est pas nécessairement un gage de réussite. J’aurais voulu littéralement m’émerveiller devant toutes ces belles images qui présentent des rois et monstres en tout genre, hélas je me suis vraiment ennuyée et je trouve que ça manque d’émotion, de force, de puissance et de magie même, ce qui est un comble face à des contes ! J’ai l’impression que Garrone a eu du mal à trier parmi les nombreux contes et surtout son travail est hyper bordélique. Le long-métrage présente trois histoires de manière entrecroisée : la première présente une reine (Salma Hayek) obsédée par son désir d’enfant, la seconde met en scène un roi (Toby Jones) qui découvre une puce qui va grandir considérablement et enfin la troisième histoire est celle d’un roi libertin qui est séduit par le chant d’une femme sans savoir que cette dernière est âgée et pas franchement très bien conservée.

Tale of Tales : Photo Stacy Martin

Entrecroiser ces trois histoires aurait pu donner du rythme à ce film qui dépasse les deux heures. Or, je me suis beaucoup ennuyée car le montage n’est pas très bon. Je n’ai rien contre les films qui présentent ce type de schéma à condition qu’il n’y ait pas de déséquilibre dans la présentation des histoires. Or, non seulement, il y a ce problème d’équilibre mais en plus, en dehors de la toute fin, on a tout de même du mal à voir la réelle connexion entre chaque récit, il n’y a pas de réelle connexion narrative, on ne comprend pas toujours les passages d’une histoire à l’autre. Pire, on a même parfois la désagréable impression que ce long-métrage ne parle de rien. En fait, on sent que Garrone a voulu lier les trois histoires mais il n’a pas réussi à nous donner cette impression d’emboîtement, c’est-à-dire qu’on est face à trois contes mais pas à ce que nous promet le titre, un conte des contes. Cela est réellement dommage de voir un scénario qui manque de structure et du coup qui part dans tous les sens car du coup on ne perçoit pas toujours les efforts de mise en scène. De plus, à force de tout miser sur l’aspect merveilleux et par conséquent par l’esthétique, Matteo Garrone ne pense pas à creuser les différents thèmes abordés (ou plutôt, pour reprendre le langage littéraire, les morales), comme par exemple les conséquences de l’égoïsme au sein de sa famille (le père délaisse sa fille pour sa créature puis la laisse concrètement à une autre créature, la reine qui veut tellement tomber enceinte qu’elle envoie à la mort son mari, la lavandière devenue jeune qui met de côté sa soeur et son propre milieu social), par conséquent la remise en question des liens du sang ou encore les névroses de femmes à chaque étape de sa vie (l’envie de s’émanciper, le désir d’être mère, la peur de vieillir). C’est d’autant plus dommage lorsqu’on connait la dimension psychologique voire même psychanalytiques que nous pouvons rencontrer dans les contes. Les stars du film (Salma Hayek, Toby Jones, Vincent Cassel) font plutôt bien le boulot même si leurs interprétations n’ont rien de transcendantes (il faut dire que les personnages manque d’épaisseur, ça n’aide pas). J’ai été plus convaincue par des acteurs davantage méconnus comme Christian et Jonah Lee ou encore Bebe Cave. Pour conclure, Le Conte des Contes est certes une réussite esthétique, qui avait un réel potentiel mais qui selon moi n’est pas à la hauteur de ses ambitions.

Tale of Tales : Photo Vincent Cassel

 

Wild

réalisé par Jean-Marc Vallée

avec Reese Witherspoon, Laura Dern, Gaby Hoffmann, Thomas Sadoski, Michiel Huisman

Drame, biopic américain. 1h56. 2014.

sortie française : 14 janvier 2015

Wild

Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force. Une femme qui essaie de se reconstruire décide de faire une longue randonnée sur la côte ouest des Etats-Unis.

Wild : Photo Reese Witherspoon

Wild raconte l’histoire vraie de Cheryl Strayed (une romancière visiblement peu connue en France), qui avait raconté son expérience dans le livre du même nom. Je ne suis pas allée voir Wild en salles car je sentais le truc foireux arriver à des kilomètres : le film pompeux tiré d’une histoire vraie réalisé pour décrocher des Oscars et avec une actrice qui tente de se montrer pas glamour, même nous montrer ses cheveux gras. Le film est en plus réalisé par Jean-Marc Vallée dont le précédent film, le pour moi surestimé Dallas Buyers Club, a permis à Matthew McConaughey et Jared Leto de décrocher ces fameux Oscars en question. Wild a effectivement permis à Reese Witherspoon et Laura Dern d’être dans la fameuse course. Le film n’a pas obtenu d’autres nominations. En général (je dis bien en général, car il y a toujours des exceptions et tout ça), c’est pas bon signe quand les Oscars nomment uniquement les acteurs. Mais bon, le temps a passé et allez savoir pourquoi, j’ai fini par rattraper ce film qui me semblait dispensable. Hélas, j’avais bien senti le truc foireux. Sur le papier (et le titre n’arrange rien), on pourrait penser qu’il s’agit d’une sorte de Into the Wild. C’est vrai qu’il y a de vagues similitudes. Mais Wild est à des kilomètres du film de Sean Penn. Pourtant, lorsqu’on sait que c’est l’excellent auteur Nick Hornby qui s’est chargé de l’écriture du scénario, on a envie d’aimer un minimum ce film. L’ensemble n’est pourtant pas désagréable à regarder, je ne me suis pas spécialement emmerdée mais ça ne m’a pas du tout emballée, en dehors de regarder les très beaux paysages américains. Cela ne me dérange pas que le sujet en lui-même ne soit pas si neuf que ça (la redécouverte de soi dans la nature et en solitaire, le combat contre nos propres démons, la rédemption après la descente en Enfer etc…) mais c’est juste que c’est mal fait et le film n’apporte rien de plus à ces thèmes-là en question. L’écriture n’est pas du tout subtile, en tombant rapidement dans des sentiments totalement lourdingues et la mise en scène est vraiment plate (je faisais déjà ce reproche dans Dallas Buyers Club).

Wild : Photo Laura Dern

Je ne remets pas du tout la véracité des faits mais les éléments dramatiques s’accumulent tellement qu’on finit par se demander si l’histoire n’a pas été fabriquée de toutes pièces pour nous faire chialer à tout prix. Personnellement, même si mon jugement peut paraître sévère (après tout, on n’a pas forcément tous les mêmes réactions), je n’ai pas compris pourquoi Cheryl tombait dans l’addictions aux drogues et au sexe suite au décès de sa mère (forcément dramatique puisqu’elle meurt brutalement d’un cancer et a eu une vie de merde d’après ce que j’ai compris). Je veux dire, il faut avouer que vu comme c’est présenté dans le film, sa réaction paraît totalement disproportionnée. Evidemment, son passé dramatique nous ait présenté à travers de mauvais flashbacks sirupeux, très mal insérés dans le récit. Surtout, il y a un vrai problème dans ce film : le périple dans la nature. Comme je le disais, les paysages sont magnifiques, il y a même un moment où je me suis dit « tiens Tina, tu devrais faire ce genre de rando un de ces quatre ». Sauf que justement, je ne devrais pas avoir ce genre de pensées ! Je veux dire, sa randonnée ne devrait juste pas sembler facile, surtout quand on voit le tout petit gabarit de Witherspoon ! Alors, oui, on voit parfois Reese qui a mal au pied ou qui a du mal à supporter ce monstrueux sac à dos mais ça doit durer grand max cinq minutes. On ne sent pas du tout la fatigue, la sueur, la confrontation avec le physique. Cheryl a l’air de traverser les différents obstacles plutôt facilement. Contrairement à ce que je pensais avant de voir le film, Cheryl a même les cheveux propres alors qu’elle n’a pas vraiment l’occasion de se les laver (au fond, je dois être jalouse : au bout de trois jours quand tout va bien, mes cheveux sont déjà dégueu). Bref, ce que je veux dire, c’est que le film met en scène une femme qui est censée se retrouver parce qu’elle se retrouve volontairement seule dans la nature, or on n’a pas réellement l’impression que c’est cette confrontation avec la nature qui va permettre à Cheryl à se retrouver. Honnêtement, elle aurait pu rester chez elle en faisant appel à son passé, ça serait la même chose.

Wild : Photo Reese Witherspoon

De plus, Wild ne parle que de passé mais finalement quand on y pense, il ne parvient pas à évoquer le futur alors que Cheryl fait cette démarche sportive/spirituelle pour pouvoir aussi mieux aborder les années à venir. Le film se termine avec la voix off (déjà bien envahissante, du genre elle prend les spectateurs pour des demeurés pas capables de regarder correctement les images) qui nous balance vite fait deux infos sur ce qu’est devenue Cheryl… Déjà que le film n’est hyper passionnant (honnêtement, on se demande presque comment cette histoire a pu intéresser autant de gens, elle est déjà en soi pas intéressante et au fond ne méritait même pas d’être le sujet d’un film), là on reste totalement sur sa faim, on se dit pour de bon « tout ça pour ça ». De plus, difficile d’aimer ce film avec un personnage principal aussi tête-à-claques. Malgré tout ce qu’elle a vécu, je ne me suis pas du tout attachée à Cheryl. J’ai eu l’impression d’assister pendant deux bonnes heures au caprice d’une petite conne qui a déconné (ça fait beaucoup le mot « conne » dans une même phrase, désolée). Reese Witherspoon tente pourtant de faire exister ce personnage. Ce n’est pas qu’elle est mauvaise (j’apprécie cette actrice d’habitude) mais c’est juste qu’elle n’est pas crédible. Certes, sa démarche a l’air sincère (elle est tombée amoureuse du bouquin de Strayed et est même la productrice du film) mais elle n’aurait jamais dû se donner le rôle. Parfois, ça se transforme un peu au Reese Witherspoon show au point d’avoir des personnages secondaires inintéressants (on se demande vraiment pourquoi Dern a été nommée aux Oscars, j’ai rien contre elle pourtant). Je ne sais pas si on peut parler de déception vu que je sentais la nullité à des kilomètres, je dirais que mon visionnage n’a fait que confirmer mes mauvaises impressions (pourtant j’évite de juger un film que je n’ai pas vu, uniquement à cause de sa promo). L’ensemble est inintéressant, vide, même pas émouvant. Les beaux paysages ne font pas tout au bout d’un moment…

Wild : Photo Reese Witherspoon

A l’intérieur

réalisé par Julien Maury et Alexandre Bustillo

avec Alysson Paradis, Béatrice Dalle, Nathalie Roussel, François-Régis Marchasson, Jean-Baptiste Tabourin, Dominique Frot, Claude Lulé, Hyam Zaytoun, Tahar Rahim, Emmanuel Guez, Ludovic Berthillot, Emmanuel Lanzi, Nicolas Duvauchelle, Aymen Saïdi…

Thriller, épouvante-horreur français. 1h23. 2007.

sortie française : 13 juin 2007

interdit aux moins de 16 ans

A l'intérieur

Depuis la mort tragique de son mari dans un accident de voiture, Sarah est seule et malgré une mère omniprésente, c’est seule qu’elle passera son réveillon de Noël. Seule et enceinte. Cette nuit est la dernière que la jeune femme passera chez elle. Le lendemain matin, celle-ci doit entrer à l’hôpital pour accoucher. Dans sa maison, tout est calme. Jusqu’au moment où quelqu’un vient frapper à sa porte. Derrière, une femme prête à tout pour arracher l’enfant qu’elle porte en elle…

A l'intérieur : Photo Alexandre Bustillo, Béatrice Dalle, Julien Maury

A l’intérieur, sélectionné dans la Semaine de la Critique durant le 60e Festival de Cannes, est le premier long-métrage des réalisateurs Julien Maury et Alexandre Bustillo. Le film n’a pas rencontré un énorme succès en salle mais pourtant, même si ça commence à remonter, je me souviens de sa promotion lorsqu’il est sorti. Je savais que ça allait saigner (les making-of sur les techniques de maquillage m’avaient d’ailleurs captivée) mais je gardais espoir qu’il y ait autre chose que des litres d’hémoglobine, surtout que le film était si bien défendu par ses deux réalisateurs ainsi que par les deux actrices principales. Je ne m’attendais pas forcément à un chef-d’oeuvre mais au moins à un film correct, surtout que Bustillo est tout de même un ancien journaliste à Mad Movies. Sur le papier, le long-métrage est un huis-clos (à l’intérieur de la maison) qui met en scène une jeune femme enceinte sur le point d’accoucher durant la période de Noël. Sauf qu’une tarée veut l’éventrer pour récupérer l’enfant qu’elle porte (à l’intérieur de son corps). Bref, on aurait pu avoir une réflexion intéressante autour de la maternité avec notamment une symbolique intéressante à partir de cette fête par exemple. Je ne sais pas du tout si les réalisateurs avaient en tête un propos mais en tout cas la pseudo réflexion doit apparaître grand max cinq petites minutes ! Hélas, le but est surtout de voir de personnages baigner dans le sang. Il faut tout de même le dire : le scénario est pratiquement inexistant. Le film met bien une bonne demi-heure à démarrer. Parfois, ça peut être utile pour mettre en place l’histoire mais ce début montre juste des lacunes scénaristiques : en gros, il faut bien combler le temps pour éviter de réaliser un court-métrage.

A l'intérieur : Photo Alexandre Bustillo, Alysson Paradis, Julien Maury

Une fois qu’on pense l’histoire lancée pour de bon, finalement on s’aperçoit que ce n’est que du vent. En effet, une fois que le personnage interprété par Béatrice Dalle a commencé à s’attaquer au bidou d’Alysson Paradis, il ne se passe pas grand chose. Il s’agit surtout d’un grand jeu de cache-cache finalement assez prévisible et qui ennuie rapidement. Pour combler le vide du scénario, les réalisateurs enchaînent les scènes ultra violentes et surtout ultra débiles du genre le meurtre commis par Paradis dans la maison sur un membre de sa famille ou encore la scène avec les flics, pourtant déjà amochés et massacrés, qui se réveillent comme des zombies face à une Béatrice Dalle qui ressemble à un monstre. Vous allez me dire que ça aurait pu être intéressant d’exploiter ce motif du monstre, peut-être que pour les réalisateurs il y avait une sorte de métaphore ou quelque chose dans ce genre-là (j’essaie de comprendre des choses improbables, je ne suis pas si affreuse que ça !) mais la manière de mettre en scène les personnages rend la scène juste grotesque. Par ailleurs, il y a aussi d’autres scènes que j’ai trouvées totalement stupides : celles qui « présentent » le bébé dans le corps d’Alysson Paradis. Je dois avouer que j’ai failli hurler de rire quand j’ai vu le foetus chialer ou crier quand Béatrice Dalle donnait des coups dans le ventre de Paradis. Pour ne rien arranger, les images qui représentent ce foetus sont vraiment laides. S’il n’y avait que ça qui était laid dans ce film… Je ne parle pas que des litres de sang. Je pense tout de suite à cette sorte de fumée qui envahit la plupart des pièces de cette baraque. Alors, là encore, peut-être que les réalisateurs avaient quelque chose en tête dans le style foireux « la maison est comme une sorte de rêve/cauchemar » et hop on fait le lien avec Noël. Comme on dit, pourquoi pas. Là encore, j’essaie de comprendre l’incompréhensible mais cela ne justifie pas le ridicule même des scènes.

A l'intérieur : Photo Alexandre Bustillo, Alysson Paradis, Béatrice Dalle, Julien Maury

Pour ne rien arranger, j’ai aussi rencontré un énorme souci avec les dialogues. C’est simple : soit je ne comprenais rien parce que les acteurs ont décidément du mal à causer correctement soit les quelques répliques que j’arrivais à comprendre sont vraiment nazes et presque dignes d’un nanar. Petit best-of : « Connasse » ou encore « Qui voudrait baiser une tarée comme toi ? ». Dans les quelques critiques que j’ai pu lire, beaucoup ont salué les interprétations de Dalle et Paradis. Pour ma part, je n’ai pas été très convaincue par leurs prestations même si je ne crierais pas non plus à la catastrophe. Béatrice Dalle ne semble avoir été engagée uniquement parce qu’elle a l’air déglinguée. Mais je ne trouve pas qu’elle joue particulièrement bien, elle est même plutôt caricaturale (alors que, dans les interviews que j’ai pu lire, elle n’est justement pas censée jouer la « méchante femme »). D’après ce que j’ai compris, Alysson Paradis n’est pas censée interpréter un personnage sympathique et elle ne crie pas volontairement tout le temps. Sur le papier, cette inversion de traits de caractère aurait pu être très intéressante mais cela n’aide vraiment pas Paradis, même si je suis persuadée qu’elle n’a pas vraiment de talent. Il n’y a pas de nuance dans son jeu, elle veut trop rendre son personnage antipathique, voire même agressif et on a qu’une envie : qu’elle crève. Une interprétation plus solide aurait peut-être fonctionné. Pour conclure, A l’intérieur passe totalement à côté de son petit potentiel et ne sait jamais exploiter ses quelques bonnes idées qui semblent être mises en places (ou non, puisque parfois il s’agit, il me semble, de mon interprétation). Hélas, tout ça ne semble qu’être un prétexte pour filmer une boucherie sans intérêt et finalement plus ridicule que dégueulasse (même s’il faut tout de même avoir le coeur accroché, mais on se fait à tout). Le seul mérite de ce film ? Etre court…

A l'intérieur : Photo Alexandre Bustillo, Alysson Paradis, Julien Maury

Entre amis

réalisé par Olivier Baroux

avec Daniel Auteuil, Gérard Jugnot, François Berléand, Zabou Breitman, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey, Justine Bruneau de la Salle, Jean-Philippe Ricci…

Comédie française. 1h30. 2014.

sortie française : 22 avril 2015

Entre amis

Richard, Gilles et Philippe sont amis depuis près de cinquante ans. Le temps d’un été, ils embarquent avec leurs compagnes sur un magnifique voilier pour une croisière vers la Corse. Mais la cohabitation à bord d’un bateau n’est pas toujours facile. D’autant que chaque couple a ses problèmes, et que la météo leur réserve de grosses surprises… Entre rires et confessions, griefs et jalousies vont remonter à la surface. Chacun va devoir faire le point sur sa vie et sur ses relations aux autres. L’amitié résistera-t-elle au gros temps ?

Entre amis : Photo Daniel Auteuil, François Berléand, Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey

Aujourd’hui, je vous livre la critique de Entre amis (pétard, il est sorti pour mon anniversaire, je ne sais pas trop comment je dois voir la chose), nouvelle bouse d’Olivier Baroux, que j’aimais pourtant bien dans les sketchs de Kad & O. Là, je vois vos yeux s’écarquiller : mais comment ai-je pu aller voir ce machin ? Je ne vais pas forcément vous raconter ma vie dans les détails mais en gros, j’ai vu ce film à cause de ma mère. Le film passait pas loin de chez moi (les prix étaient en plus attractifs), ma maman avait beaucoup travaillé ces derniers temps, elle voulait juste se détendre en regardant un film pas trop intelligent. Bref, il ne faut pas me blâmer (j’ai fait mon devoir de fille, qui passe un « bon » moment avec sa mère) ni ma mère capable de regarder des débilités sans nom à cause de la fatigue (nous sommes tous passés par là, n’est-ce pas ?). Bref, je me doutais bien que je n’allais pas voir un très bon film, en vérité, rien ne m’inspirait : ni le titre, l’affiche, ni l’histoire, ni le casting, nada. De plus, la carrière d’Olivier Baroux en tant que « réalisateur » est à la limite du catastrophique (je sauverai à peu près Les Tuche et Mais qui a retué Pamela Rose ?, lourdingues mais à peu près sympathiques) : j’ai vu un bon morceau de L’Italien (je n’ose pas aller jusqu’au bout) qui était débile (pourtant les critiques n’étaient pas dégueulasses dans mes souvenirs) et Baroux avait touché le fond avec Ce soir je dors chez toi (là encore plutôt défendu par les critiques, je crois rêver…) et Safari (bon là c’est évident : c’est une daube). Je n’ai pas encore eu l’occasion de regarder On a marché sur Bangkok (je ne suis pas pressée…) mais il a une très mauvaise réputation (ce qui ne m’étonne pas). Pour ne rien arranger, même si elles ne détiennent pas forcément la vérité, les critiques n’ont pas épargné ce film. Et là il faut leur donner raison : c’est un naufrage (désolée, c’était facile)Entre amis ne va évidemment pas révolutionner la comédie française et n’avait certainement pas cette ambition. Rien de bien nouveau à l’horizon : trois vieux cons qui gagnent bien leur vie, en compagnie de leurs femmes (évidemment toutes bien plus jeunes qu’eux ou en tout cas sont quand même mieux conservées qu’eux – alors ok elles n’ont pas forcément la vingtaine mais je crois que ça veut en dire long), vont passer quelques jours ensemble en bateau (avec le soleil et tout ça – du genre on vous vend du rêve). Mais évidemment, ils vont se disputer et des merdes vont arriver en cours de route.

Entre amis : Photo Daniel Auteuil, François Berléand, Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey

Déjà, rien que le pitch exaspère. Je ne comprends pas déjà tous ces films de potes dont on se demande comment ces débiles ont pu rester amis durant tout ce temps. Mais bon, il y a des tas de films pas forcément originaux mais à peu près sympathiques ou tolérables. Non seulement il n’a rien de bien neuf mais en plus on ne passe pas un bon moment devant (même ma mère – très très bon public – était consternée). La mise en scène est naze mais jusque là, on n’est pas surpris et ce n’est pas forcément ce qu’il y a de pire. Dans la salle – ok, il n’y avait pas foule – les rires étaient très rares, ce qui devient gênant quand on sait qu’il s’agit à l’origine d’une comédie. Mais surtout, l’écriture du film est hyper lourde et d’une bêtise sans nom, tout est prévisible à des kilomètres, que ce soit le déroulement de l’histoire, les « gags » ou l’écriture même des personnages, tous très caricaturaux et tellement cons qu’on se contrefout de leur sort, on a envie qu’ils crèvent de noyade ou qu’ils s’étouffent en bouffant du thon. Il y a aussi quelques incohérences ou invraisemblances, du genre à la fin le personnage de Breitman qui réussit à appeler les secours via son portable en sachant que son téléphone est tellement trempé que cela m’étonnerait qu’il puisse encore marcher ! A cause d’une très mauvaise écriture, le film a du mal à divertir, surtout qu’il manque de rythme. Pour ne rien arranger, le casting est assez mauvais. Encore, les actrices s’en sortent pas si mal même si elles passent malgré elles pour les potiches de service. Même Mélanie Doutey qui a tendance à m’insupporter arrive à être à peu près spontanée. Par contre, les acteurs sont ultra mauvais et coulent pratiquement le film. Déjà, Berléand et Jugnot ont l’air de se demander ce qu’ils foutent là, ils ne sont pas inspirés, on sent qu’ils viennent que pour le chèque. Mais à côté d’Auteuil, Berléand et Jugnot mériteraient un César (bon j’exagère carrément, je veux juste vous montrer à quel point Auteuil est ultra mauvais). Je n’ai rien contre Daniel Auteuil, comme beaucoup, je l’ai aimé dans de nombreux films. Mais là depuis un certain temps, il m’agace et surtout il surjoue à mort et force son accent sudiste sans aucune raison. Le peu de gags qui auraient pu fonctionner tombent du coup complètement à plat parce que monsieur joue comme un pied…

Entre amis : Photo Daniel Auteuil, François Berléand, Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey

Maggie

réalisé par Henry Hobson

avec Arnold Schwarzenegger, Abigail Breslin, Joely Richardson, J.D. Evermore…

Drame, épouvante-horreur américain, suisse. 1h35. 2014.

sortie française : 27 mai 2015

Maggie

Alors qu’une terrible pandémie se propage à travers les États-Unis, le gouvernement impose de placer les malades infectés par le virus en quarantaine, où ils se transformeront en zombies, totalement retranchés du monde. Lorsque Maggie, 16 ans, apprend qu’elle a été contaminée, elle s’enfuit. Mais son père, Wade Vogel, est déterminé à la retrouver et à la protéger coûte que coûte, même s’il lui faut affronter les forces de police…

Maggie : Photo Abigail Breslin, Arnold Schwarzenegger

Etant une fan de films de zombie, j’étais très curieuse de découvrir Maggie, le premier long-métrage de Henry Hobson. Je préfère mettre les choses au clair : je savais très bien que je n’allais pas voir un film qui allait bouger et saigner dans tous les sens, j’avais conscience qu’il s’agissait avant tout d’un drame intimiste entre un père et sa fille en train de mourir. Mais cela ne me dérangeait pas de voir le genre « zombie » en second plan, comme prétexte. Même si ce n’est pas du Romero, je trouvais que ça restait tout de même une façon de s’inscrire dans ce genre si spécifique, de le renouveler, même si ce n’était pas nécessairement sa priorité. Hélas, Maggie est une énorme déception et passe pour moi à côté de ses objectifs. Encore une fois, ne pas voir les personnages se taper sur la gueule (ou plutôt mordre) ne me dérangeait pas du tout. Cependant, Hobson pense que le drame intimiste signifie emmerder les spectateurs. Je ne suis jamais parvenue à rentrer dans l’histoire pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le film est quand même très lent. Alors, certes, peut-être qu’on peut mettre cette lenteur en parallèle avec les pas lents des zombies voire même la longue agonie de la mourante du titre, mais là on patine pour de bon. Puis, il n’y a pas réellement d’histoire, en tout cas elle est mal développée. Effectivement, en voulant concentrer à tout prix son histoire entre ce père et sa fille, ce qui était encore une fois à l’origine légitime, Hobson ne raconte pas grand-chose, surtout il parvient trop rarement à poser des enjeux qui auraient pu un minimum nous intéresser et nous interroger. En effet, dès le début, on nous fait comprendre que la Maggie du titre est condamnée, qu’il n’y a aucune solution, aucun espoir possible. Certes, en montrant Wade (le père donc puisqu’il a un petit nom) retarder sans cesse la mise en quarantaine de sa fille, Hobson a certainement montré la difficulté de perdre un enfant, d’accepter sa mort et on pourrait même y voir une métaphore de l’euthanasie. Mais, et c’est là où j’en arrive à mon deuxième point, au fond, on se fiche totalement du sort des personnages, on ne sent pas suffisamment Wade se battre pour sa fille et les seuls moments de lutte ne sont pas toujours crédibles : en effet, à force de se dire qu’il ne s’agit pas d’un pur film de zombies, Hobson semble totalement oublier son contexte.

Maggie : Photo Abigail Breslin

En effet, au-delà de ne pas savoir grand-chose sur cette épidémie, le film tombe dans certaines incohérences. En effet, le seul intérêt de ce film tournerait donc autour de la mise en quarantaine des personnes infectées. Ce choix est logique car il faut bien protéger les populations. Or, un des flics répète un trop grand nombre de fois à Wade de placer sa fille en quarantaine. Pourtant, lorsque Maggie débarque à l’extérieur de la maison dans un état de transformation avancé, ce même flic en question se contente de dire à Wade : « bon allez je te laisse encore du temps, tu t’en occuperas quand le moment sera venu ». Il faut préciser qu’il y a eu juste avant deux zombies (pratiquement les seuls autres qu’on verra dans ce film) se promener parce que justement un des membres de cette famille a refusé de placer les contaminés en quarantaine. Le comportement du flic ne me paraît pas très cohérent, surtout dans un climat de peur (le départ de la belle-mère de Maggie, trop mal exploitée), qu’on a d’ailleurs du mal à ressentir. Quant aux quelques bonnes idées ou à certains choix artistiques, ils sont également peu approfondis. En effet, comme l’explique un des amis de Maggie, également condamné, la quarantaine serait un endroit déshumanisé, cela expliquerait alors l’acharnement de Wade à garder sa fille chez lui jusqu’au bout malgré le danger qu’il encourt pour lui et les autres. Mais il ne s’agit que de paroles, on a finalement aucune image concrète de ce lieu, même pas par notre imagination. Puis, voir petit à petit la transformation de Maggie, qui passe à travers différents sens, était à l’origine une bonne idée (surtout que je dois reconnaître le maquillage très réussi) mais encore une fois, à part en ce qui concerne les cinq dernières minutes du film, il n’y a pas vraiment de tension, donc finalement je suis restée trop pépère face à cette métamorphose trop inévitable. On sent aussi que Hobson s’est attaché à l’esthétique du film, notamment par ce gris qui domine le film, mais la mise en scène a du mal à exister, finalement cette couleur rend encore plus terne ce film, on a encore plus envie de quitter la salle en courant. Enfin, même s’ils ne jouent pas forcément mal, j’avoue que je n’ai pas été très convaincue par les performances d’Arnold Schwarzenegger (je n’ai rien contre lui – au contraire – mais là il est à la limite de la monoexpressivité) et d’Abigail Breslin (elle aussi je l’aime bien mais elle a du mal à s’imposer alors qu’elle incarne quand même la Maggie du titre !). A l’origine, Paddy Considine et Chloe Grace Moretz devaient jouer les rôles principaux. Je n’aime pas trop refaire le casting idéal après le film fait (après tout, c’est comme ça, il faut accepter les choses) mais je ne peux m’empêcher de trouver le casting initial plus intéressant sur le papier…

Maggie : Photo Arnold Schwarzenegger

The Room

réalisé par Tommy Wiseau

avec Tommy Wiseau, Juliette Danielle, Greg Sestero…

Drame américain. 1h40. 2003.

The Room

Johnny est fou amoureux de Lisa mais elle le trompe avec Mark, le meilleur ami de Johnny.

Room

Avant de commencer ma chronique, je tenais à remercier Borat pour m’avoir fait découvrir cette perle involontairement hilarante du début jusqu’à la fin ! Je vous conseille également de lire l’excellente critique de Nanarland et de regarder la critique vidéo (avec les sous-titres français pour vous aider) de Doug Walker du Nostalgia Critic (première partie ici et deuxième partie ). Ma chronique ne prétend pas rivaliser avec celles que je viens de citer mais elle a tout d’abord pour but de confirmer ce que tout le monde pense de ce film, puis peut inciter les gens qui ne connaissent pas ce film de le découvrir. Oui, je conseille de regarder un film clairement mauvais parce qu’on ne peut imaginer à quel point c’est possible de se rater à ce point. Déjà quand on regarde l’affiche, avec la gueule fatiguée en gros plan du mystérieux Tommy Wiseau (mais on sent que le gars se trouve beau), on se pose sérieusement des questions sur le contenu du film. Qui est alors ce fameux Wiseau ? Personne ne sait vraiment qui il est. On ne connait pas vraiment son âge, ni d’où il vient (mais son accent est effroyable), ni comment il a pu obtenir un budget de 6 millions de dollars (ce qui est énorme pour un petit film d’auteur avec que des acteurs inconnus !). Ce qui est sûr, c’est que le gars s’aime à mort malgré son look très particulier (je vais en rester là car je risque d’être blessante et je n’aime pas m’attaquer au physique des gens). Et il croit en son « talent » : il est ainsi l’acteur principal, le réalisateur, le producteur et le scénariste de ce film, rien que ça ! Et évidemment, il s’est attribué le beau rôle : celui de Johnny, un gars trop beau (enfin, pas selon mes goûts, mais encore une fois Wiseau a très confiance en lui : tant de narcissisme est magnifique à voir), qui sort avec cette pétasse de Lisa (bah je crois que c’est le message du film, non ?), qui le trompe avec son meilleur ami Mark (à lui, pas elle, hein). Mais pourquoi le trompe-t-elle alors qu’il est parfait, irréprochable, qu’il l’aime, lui offre des fleurs, la baise comme un dieu (oui, parce que Wiseau aime montrer son cul, il en est fier !) etc… ?

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A l’origine, il ne s’agit que d’une banale histoire d’adultère. Sauf que… certaines choses étranges (qui ont participé à la réputation de ce nanar) apparaissent au fil du film. Ainsi, certains personnages, dont on ne connaît pas vraiment leur identité, débarquent comme ça, sans aucune raison, chez Johnny et Lisa (ou plutôt « Hi Johnny », répété au moins 300 fois). Par exemple, on a aucune idée de l’identité de ce fameux Denny, ce voisin trèèèès bizarre (vraiment, le gars est effrayant avec son sourire de psychopathe) qui s’incruste vraiment chez Lisa et Johnny jusqu’au… pieu. Autre exemple : on passe d’une conversation à l’autre sans raison. Par exemple, la mère de Lisa évoque son cancer du sein, mais bon Lisa s’en fout royalement (elle n’a pas l’air trop touchée) et visiblement Wiseau aussi puisque cette information est totalement inutile ! Ou encore dans une autre scène, Johnny parle de ses problèmes au travail (au passage, on ne sait pas trop où il bosse, mais bon là encore une fois, on s’en cogne !) et puis tout d’un coup, sans aucune raison, il demande tout naturellement à Mark : « How is your sex life ? ». WHAAAT ? En parlant de sexe, il est alors intéressant de se pencher sur les scènes « érotiques » du film, nombreuses et inutiles (parce que là, c’est la cerise sur le gâteau). On a l’impression de revoir les téléfilms érotiques qui passaient sur M6 le dimanche soir, vous voyez le genre ? Le film date de 2003 mais il était déjà dépassé, les scènes en question sont d’une rare ringardise ! En plus, elles sont assez longues (en gros Wiseau met une plombe à filmer les « préliminaires », que c’est intéressant) et très répétitives (parfois on se demande si Wiseau n’a pas remis volontairement la même scène – histoire qu’on admire à plusieurs reprises son cul – je vous le confirme, il aime ses fesses). Elles sont également toutes mal filmées, du genre quand Mark et Lisa font l’amour dans les escaliers, la caméra filme surtout… la rampe des escaliers (c’est très… intéressant ?), ou encore Wiseau nous ressort tous les pires clichés possibles : musique épouvantablement niaise, le décor idyllique avec le voile blanc sur le lit etc… Evidemment, les relations entre Mark (l’amant au physique de mannequin) et Lisa ne se résument qu’à leurs nuits au lit, mais évidemment, le scénario étant très creux, on ne saura jamais rien de leur véritable relation (je pense qu’il n’y a rien à comprendre).

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Je me suis également marrée face à certains enchaînements, du genre après une scène de jambes en l’air entre Lisa et Johnny (donc jusque là tout va bien entre eux), Lisa va se plaindre auprès de sa mère « oooh Johnny is so boriiiing » (et cette relou de mère qui ne fait que répéter comme un perroquet « mais Johnny est bien blablabla », putain ta fille te dit qu’elle ne l’aime plus, écoute-la bordel !). Ce film, qui se prend beaucoup au sérieux (non, Wiseau, personne ne te croit quand tu parles de « comédie noire »), part vraiment dans des délires incroyables où le non-talent triomphe. Evidemment, face à un tel désastre « artistique » (mettons des guillemets un peu partout), les acteurs ne peuvent que jouer comme des cochons. Mais la palme revient de nouveau à Wiseau. Non seulement il a un accent improbable mais en plus il grogne sans aucune raison et on a l’impression que chaque mot est mal prononcé, a une mauvaise intonation, rien n’est naturel (ça a lui demandé des efforts pour manquer à ce point de spontanéité ?). Et attention, les gestes grotesques accompagnent les répliques de choc (la plus culte reste « YOU ARE TEARING ME APART, LISA » avec les cheveux et les bras qui se balancent fortement pour montrer son désarroi). En parlant de répliques, on remarquera également que certaines sont d’une rare évidence (« Mais il est mort ? », s’interroge Lisa en voyant le cadavre de son mec inanimé avec une balle dans la tête et ses vêtements baignant le sang, tout va bien – cette scène de mort est d’ailleurs incroyablement mal filmée avec les ralentis pourris et tout ça) ou encore que d’autres n’ont pas l’air… dans le bon ordre. Si, si ! Du coup, ça donne des scènes vraiment chelou ! Mais j’ai envie de dire, tout est bizarre dans ce film, on parle de beaucoup de sujets sans trop comprendre pourquoi, comme de football ou de drogue. Greg Sestero, qui « joue » Mark, a co-écrit (avec Tom Bissell) suite au « succès » de ce film (oui dans un sens, il a au moins le mérite d’avoir une réputation chez les amateurs de nanars !) The Disaster Artist (qui a remporté de sérieuses récompenses littéraires). D’après ce que j’ai lu, la société de production de Seth Rogen a acquis les droits du livre et on parle des frères Franco pour interpréter Wiseau et Sestero. En septembre dernier, on a appris que les scénaristes Scott Neustadter et Michael H. Weber devaient faire partie de l’aventure. Affaire à suivre…

Mark-and-Johnny

Post Tenebras Lux

réalisé par Carlos Reygadas

avec Adolfo Jimenez Castro, Natalia Acevedo, Rut Reygadas, Eleazar Reygadas…

Drame mexicain, français, allemand, néerlandais. 1h53. 2012. 

sortie française : 8 mai 2013

Post Tenebras Lux

Au Mexique, Juan et sa jeune famille ont quitté la ville pour s’installer à la campagne. Là, ils profitent et souffrent d’un monde qui voit la vie différemment. Juan se demande si ces mondes sont complémentaires, ou bien s’ils s’affrontent inconsciemment pour s’éliminer entre eux.

Post Tenebras Lux : Photo

A l’occasion du festival de Cannes, Arte a récemment diffusé en deuxième partie de soirée un film sorti plus que discrètement dans les salles françaises en 2013 : Post Tenebras Lux. Pourtant, le film avait remporté le Prix de la mise en scène à Cannes en 2012 malgré son accueil plus que chaotique pendant la projection. Je dois avouer que cette petite polémique a attiré mon attention, je voulais savoir si c’était si lamentable que ça ou au contraire, rejoindre les quelques critiques qui le défendent avec conviction. Effectivement, sur le papier, le prix de la mise en scène n’est pas forcément illogique car le travail de Reygadas est intéressant et par ailleurs esthétiquement le film est réussi. Ainsi, la précision des cadres, parfois aux contours flous, comme si les personnages étaient observés ou comme s’il s’agit d’un rêve, les jeux avec la symétrie, la sorte de séquence animée pour représenter le Diable, la photographie parfois sublime montrent que Reygadas et son équipe ne sont pas forcément une bande d’incapables et qu’ils avaient les cartes en main pour faire un grand film. Je n’ai en plus rien contre les films expérimentaux, surtout dans le but de montrer les actes destructeurs de l’homme (d’où la représentation du Diable), éternel insatisfait alors qu’il possède tout. Reygadas affirme également avoir voulu décrire un Mexique actuel sombre. Les intentions de Reygadas sont sur le papier louable, son savoir-faire est également indéniable. Cependant, comme beaucoup, je m’interroge sur la présence de ce film au palmarès cannois, bien qu’avec le recul et mes souvenirs j’arriverais à reconstituer le parcours de ce film.

Post Tenebras Lux : Photo

Apparemment, le président du jury Nanni Moretti ne serait pas plus fan que ça de ce film, ce serait certains membres du jury qui auraient bataillé pour le foutre au palmarès (et la conférence de presse du jury après le palmarès va plutôt dans ce sens). De plus, le réalisateur italien avait d’ailleurs avoué que ce film avait divisé le jury. Bref, déjà on sent qu’il y a quand même un souci. Je reviens sur le film après cette parenthèse. La technique et une soi-disant réflexion ne suffisent pas toujours. Etre déroutée ne me dérange pas, sortir des schémas narratifs habituels non plus. Cependant, cela ne signifie pas qu’il faut totalement se foutre de l’histoire ni des personnages. D’ailleurs, Reygadas dit qu’il a privilégié l’esthétique. Peut-être un peu trop au bout d’un moment. Je souhaitais avoir des sensations fortes, à l’image des cinq premières minutes, qui mettent en place une atmosphère envoûtante, probablement remplie de symboles mystiques (surtout avec un tel titre !). Or, le reste du film n’est surtout qu’ennui et prétention. J’ai vraiment passé un sale moment, l’impression d’avoir perdu deux heures de ma vie. Le plafond de ma chambre était parfois ma seule distraction tellement que ce film ne captive jamais. Il faut dire que Reygadas regarde plus son nombril que son film qui avait pourtant du potentiel. A force de vouloir bouleverser son schéma narratif, Reygadas ne propose qu’une succession de scènes sans lien entre elles (du genre tu passes d’une scène à l’autre d’un claquement de doigt, tu vois pas le rapport !) d’un ennui à mourir et sans saveur.

Post Tenebras Lux : Photo

Au programme (histoire que ceux qui n’auraient pas tenté de regarder ce film – à juste titre – comprennent mon calvaire) ? Des gens qui jouent au rugby, un passage aux alcooliques anonymes, le couple qui se dispute parce que madame ne veut pas baiser (elle est tout le temps fatiguée, peuchère, il doit se masturber tous les soirs, ooooh), une scène de partouze dans un sauna français (j’ai d’ailleurs toujours pas compris comment on est passé du Mexique à la France), des gosses qu’on giflerait volontiers (d’après ce que j’ai compris, les propres gosses du réalisateur – ça promet), le héros qui frappe ses chiens, sa femme qui massacre du Neil Young ou encore un arrachage de tête avec le sang qui dégouline sous la pluie. Voilà, ça c’est le scénario. Il n’y a pratiquement pas de rapport entre toutes ces scènes que je cite. Je veux bien croire qu’il y a une réflexion derrière ces scènes sans queue ni tête, j’ai essayé de la voir, je me suis documentée pour voir si je n’étais pas passée à côté de quelque chose, mais elle paraît bien mince. Faire des films beaux et ambitieux ne me dérange pas, au contraire, le cinéma est un art visuel, il ne faut pas l’oublier. Mais la prétention, le vide et le racolage m’énervent très sérieusement. A chaque scène Reygadas étale sa technique en méprisant son spectateur du genre « regardez ce que je sais faire, je fais du bizarre parce que c’est de l’art avec un grand A et ta gueule si tu n’as rien compris ou rien ressenti ». D’ailleurs, sa réponse aux journalistes qui avaient hué son film à Cannes était quand même méprisante (bien que ce genre d’accueil reste toujours difficile pour un réalisateur, je l’accorde). En étant trop prétentieux, Reygadas ne parvient pas à plonger ses spectateurs dans une sorte de voyage intérieur. D’ailleurs, il y a même un moment où je me suis demandée s’il s’agissait toujours des mêmes personnages ou carrément d’un autre film tellement que l’histoire est totalement dispatchée dans tous les coins (pour ne pas dire inexistante). Forcément, avec un manque cruel de scénario, qui fait un mal fou au film et au peu de choses valables mis en place, les personnages paraissent vides. On ne peut pas s’intéresser à eux. C’est vraiment regrettable car je suis sûre qu’un minimum de cohérence narrative aurait déjà relevé le niveau du film. Les acteurs sont également très mauvais, ils n’ont aucune idée de ce qu’ils font.

Post Tenebras Lux : Photo

Birdman

réalisé par Alejandro González Iñárritu

avec Michael Keaton, Edward Norton, Emma Stone, Naomi Watts, Zach Galifianakis, Andrea Riseborough, Amy Ryan, Lindsay Duncan…

Comédie dramatique américaine. 2h. 2014.

sortie française : 28 février 2015

Birdman

À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…
S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

Birdman : Photo Edward Norton, Michael Keaton

J’ai toujours eu du mal avec Alejandro González Iñárritu qui est selon moi un réalisateur surestimé. J’ai déjà un mal fou avec Amours Chiennes et 21 grammes et je n’aime vraiment pas Babel ni Biutiful. Cependant, avec ce Birdman oscarisé et tant aimé par la presse et également apprécié et défendu par mes amis cinéphiles, j’espérais sincèrement me réconcilier avec ce réalisateur. Birdman n’a pas été pour moi le film de la réconciliation. Au contraire, il m’a juste confirmé à quel point je déteste le cinéma d’Iñárritu qui est pour moi une grosse escroquerie. Je suis même sortie de la salle profondément ENERVEE (sincèrement, j’avais même envie de casser quelque chose ou de frapper quelqu’un). En écrivant cette critique, je sais parfaitement ce qui m’attend, certains voudront m’insulter, d’autres me balancer des tomates (pourries évidemment). Au moins, vous êtes prévenus. Comme d’habitude, Iñárritu utilise des procédés techniques juste pour pouvoir camoufler de sérieuses lacunes scénaristiques (surtout qu’il y a quand même eu quatre scénaristes !). A part dans Biutiful, les précédents longs-métrages d’Iñárritu misaient en partie sur un montage déstructuré. Cette fois-ci, le réalisateur mexicain privilégie un pseudo plan-séquence. Je n’ai rien contre cette exercice esthétique, notamment tout le long d’un film mais il faut encore qu’il soit bien fait et qu’il ait surtout une réelle signification. Ce plan-séquence est peut-être une représentation de l’esprit brouillée de cet acteur devenu dingue. Le problème justement, c’est que je n’ai fait que supposer, je n’ai pas vraiment ressenti cette dimension d’intériorité ou d’omniscience. De plus, ce plan-séquence n’est selon moi ni virtuose ni fluide, il est surtout ennuyeux et gerbant. J’ai finalement eu plus l’impression de regarder un exercice de style pénible et pas toujours bien maîtrisé en plus (merci aux cgi et les fondus noirs), qui donne plus le tournis qu’autre chose. Surtout, c’est surtout une belle occasion de camoufler un film creux mais qui va faire croire qu’il est intelligent (d’où l’escroquerie). Pire, Iñárritu se croit malin en mettant en arrière-fond du Carver et en multipliant les sujets.

Birdman : Photo Michael Keaton

La liste des thèmes abordés est très longue : déchéance d’un acteur, critique contre Hollywood qui multiplie les films de super-héros et plus généralement du star-system, les relations père-fille, la toxicomanie, la dénonciation des journalistes qui écrivent des articles sur des pièces qu’ils n’ont même pas vues, les problèmes d’ego, la soif de reconnaissance et envie de se faire aimer, critique de la télé-réalité, la schizophrénie, l’opposition entre acteurs de cinéma et acteurs de théâtre, les réseaux sociaux etc… Bref, rien d’original quand on regarde tout ça de près (même du vu et du revu) et en plus, ce n’est pas la première fois que le réalisateur nous envahit de thèmes. Souvenez-vous du désastreux Biutiful, bousillé par cette surcharge de sujets. Dans Birdman, c’est pour moi la même chose mais en pire. A force de parler de tout, finalement ce film ne parle de rien. On s’aperçoit que derrière un grand nombre d’artifices se cache une effroyable coquille vide. Contrairement à ce qu’on peut croire, je ne veux pas m’acharner contre Iñárritu. Je n’ai pas spécialement cherché à l’enfoncer encore plus. Mais il se trouve que j’avais chez moi depuis un moment le recueil de nouvelles de Raymond Carver, What we talk about when we talk about love (Parlez-moi d’amour) dont on retrouve le texte (qui porte le même titre que l’ouvrage) que Riggan Thomson adapte au théâtre. Pour être honnête, j’espérais même remonter la note de Birdman. Je me suis dit que je trouverai au moins un parallèle intéressant entre le texte de Carver et l’ensemble du film. Encore une fois, je n’ai pas été du tout convaincue par cette mise en abyme. Vous allez me dire : pas besoin de lire la nouvelle en question pour voir qu’il y a une mise en abyme, on la voit dans les scènes dans lesquelles les personnages jouent dans la pièce. Mais j’espérais vraiment avoir des réponses supplémentaires. Honnêtement, là encore, le lien entre la pièce/le texte de Carver et la vie de Thomson/le film d’Iñárritu est superficiel. Hop, une phrase par-ci, un passage par-là, on tente de piquer une réflexion intelligente dans le texte et d’en faire une bouillasse dans le film et basta. On est à la limite du foutage de gueule. De plus, je trouve cela étrange d’utiliser en arrière-fond du Carver alors que ce dernier est réputé pour son style minimaliste et surtout pour avoir dépeint la vie de gens modestes, ce qui ne correspond pas du tout aux ambitions du film ni à la description des protagonistes du film. Certes, Thomson adapte certainement du Carver pour montrer que lui, star d’un film de super-héros, est cultivé et peut créer des oeuvres intelligentes. Le problème, je crois surtout que c’est plutôt Iñárritu qui a choisi du Carver pour faire stylé et intelligent !

Birdman : Photo Michael Keaton

Je reviens sur certains thèmes qui apparaissent dans ce cafouillis de thèmes : Iñárritu semble critiquer le star-system, Hollywood et tout ça. Je n’ai rien contre ce type de critique, cela donne parfois des films au ton grinçant. Cependant, Iñárritu devient ici agressif voire même méprisant, t’as l’impression qu’il se sent au-dessus de tout le monde ! Je ne sais pas si c’est parce que j’étais énervée face à ce film si faux, du coup je ne savais pas du tout comment je devais réagir. Devais-je être triste pour les personnages ? Avoir de la sympathie ? Les trouver tous cons ? Devais-je également rire ? En tout cas, je suis restée vraiment neutre face à cette mascarade. En ce qui concerne d’ailleurs le côté comique, vu que des gens dans la salle se marraient, je reste quand même sceptique. Certes, comme beaucoup, je reconnais la scène avec Keaton pratiquement nu à Times Square réussie (mais bon une seule scène bonne sur deux heures de film, y a pas de quoi crier au génie) mais dans l’ensemble je n’ai pas trouvé les répliques très drôles. Je n’ai rien contre des phrases bourrées de gros mots (je dis moi-même trop de gros mots, j’essaie de me calmer) mais là j’ai senti les dialogues si surécrits qu’ils en deviennent limite vulgaires. La liste des défauts (toujours cette lignée de superficialité) continue, notamment avec cette batterie derrière utilisée derrière tout le long à peu près n’importe comment et n’importe quand, là encore ce son n’a en réalité aucun sens et ne semble être là que pour le style. J’ai évidemment tenté de me raccrocher au casting, plutôt joli sur le papier. Je ne veux pas paraître méchante car j’aime bien Michael Keaton et son comeback est selon moi une bonne nouvelle. Evidemment, comme il sait jouer, Keaton livre plutôt une bonne interprétation. Mais personnellement, sa performance ne m’a pas non plus éblouie (et pour moi, heureusement qu’il n’a pas eu l’Oscar…). Je ne comprends pas non plus les nominations aux Oscars et autres académies d’Emma Stone et d’Edward Norton. D’habitude, j’apprécie plutôt ces deux acteurs mais là je trouve qu’ils surjouent en permanence. Norton est juste bon quand il joue dans la pièce de Carver. Forcément, dans du Carver, il y a de la matière pour pouvoir livrer une bonne interprétation… Les autres seconds rôles (Naomi Watts, Andrea Riseborough, Zach Galifianakis etc…) ne sont pas forcément mauvais mais leurs rôles ne sont pas intéressants, on a l’impression que certains ont juste parfois leurs trois minutes de gloire en faisant leur caca nerveux et basta. Mais là encore, je crois que le problème est lié à un scénario chaotique. Pour conclure, comme vous l’aurez compris (ou alors vous avez lu cette critique les yeux fermés), j’ai détesté Birdman, un film que j’ai trouvé vide, prétentieux et tape-à-l’oeil, qui ne doit que ses récompenses grâce à des votants aussi mégalomanes que les personnages du film…

Birdman : Photo Emma Stone