A propos tinalakiller

Cinéphile qui doit encore mater plein de films et séries.

Le Grand Jeu (2017)

réalisé par Aaron Sorkin

avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, Chris O’Dowd…

titre original : Molly’s Game

Drame, biopic américain. 2h20. 2017.

sortie française : 3 janvier 2018

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Aaron Sorkin est un scénariste réputé depuis plusieurs années, que ce soit à la télévision (A la Maison Blanche, The Newsroom) ou au cinéma (il a remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté pour son travail sur The Social Network de David Fincher). Il passe désormais derrière la caméra (même s’il est aussi chargé, sans surprise, du scénario). Le Grand Jeu est inspiré de l’histoire vraie de Molly Bloom (oui, elle s’appelle comme le célèbre personnage du roman Ulysse de James Joyce), cette ancienne skieuse devenue organisatrice de parties de poker pour stars. Parmi ces stars, on retrouvait notamment Tobey Maguire (visiblement, même s’il n’est pas jamais nommé – comme les autres célébrités,  « Joueur X », interprété par Michael Cera, semble être une sorte de représentation de l’acteur de Spiderman), Leonardo DiCaprio, Ben Affleck, Macauley Culkin ou encore Matt Damon. Elle se fait finalement arrêter en 2013 pour ses parties illégales. Ses liens avec la mafia russe n’ont également pas arrangé les choses. Sorkin adapte en partie son autobiographie : je dis bien « en partie » puisque le film s’intéresse aussi à ce qui se passe après la sortie de ce livre (dans le film, son avocat lit même son bouquin). Je suis ressortie de la salle très partagée. Dans l’ensemble, j’ai été surprise de ne pas avoir senti de longueurs alors que le film dure tout de même 2h20. 2h20 pour un film qui ne raconte finalement pas grand-chose sans m’ennuyer relève presque de « l’exploit ». Pour une première réalisation, Aaron Sorkin s’en tire plutôt bien. Certes, la mise en scène n’est pas non plus extraordinaire. Beaucoup diront que Sorkin n’est pas un David Fincher ou un Danny Boyle (Sorkin avait aussi écrit pour lui avec Steve Jobs). Certes, ce n’est pas faux. Mais il n’y a rien de honteux, loin de là : son travail reste plutôt bon. En tout cas, si le film a selon moi beaucoup de défauts, la mise en scène n’est pas selon moi ce qui est à pointer du doigt. Le Grand Jeu bénéficie d’excellentes interprétations.J’aime beaucoup Jessica Chastain (enfin l’actrice, parce que la personnalité publique auto-proclamée porte-parole de toutes les causes commence un peu à me taper sur le système : voilà, c’est dit, je me sens mieux) et sans surprise, elle livre une impeccable interprétation. 

Le Grand jeu : Photo Idris Elba, Jessica Chastain

Cela dit, j’ai été « perturbée » par  sa perruque parfois un peu trop visible et ses décolletés un peu trop mis en avant : certes, son personnage, vulgaire, est assume sa féminité physique dans un milieu très masculin mais j’ai trouvé cet aspect parfois trop surligné. Pour la petite anecdote, c’est la véritable Molly Bloom qui souhaitait voir Chastain interpréter son rôle. J’ai surtout été épatée par la performance d’Idris Elba, tout particulièrement charismatique dans le rôle de l’avocat de l’héroïne. A la sortie de ma séance, je me souvenais même plus de lui que de Chastain. Dans un rôle secondaire, on est toujours content de retrouver ce bon vieux Kevin Costner. Le problème de ce dernier n’est pas son interprétation, loin de là. L’utilisation de son personnage est en revanche gênante. La scène de la patinoire est juste une immense blague et fait perdre à elle-seule tout crédit au film déjà suffisamment bancal : Molly retrouve son bon vieux père un peu par hasard dans ce petit bled qu’est New York à la patinoire, il lui fait alors en trois minutes sa psychothérapie. Vous comprenez, Molly elle se venge des hommes parce que son père était trop autoritaire et en plus c’était un salaud parce qu’il trompait sa femme. Molly trempe dans des affaires douteuses parce qu’elle n’a pas été réussi à être la championne de ski qu’elle aurait dû devenir. Bref, ça m’a fatiguée, même un épisode de 7 à la maison était plus subtil. Et c’est là où je veux commencer à pointer les nombreux défauts de ce long-métrage divertissant mais oubliable et discutable pour différentes raisons. La construction du film est en elle-même bordélique en s’éparpillant sur différents niveaux temporels, sans cesse entremêlés : l’enfance et l’adolescence de Molly en tant que skieuse en partie conseillée et entraînée par son père (leurs relations sont donc assez compliquées), la réussite de Molly dans son « travail » et la possible chute de Molly avec ses problèmes judiciaires. Décidément, on ne veut plus réaliser de biopics traditionnels. La nouvelle mode est de déconstruire à tout prix les histoires linéaires.

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Cela dit, le schéma adopté par Sorkin est juste ultra casse-gueule. Pour moi, il passe par ce procédé parce qu’en réalité, la réelle histoire de Molly n’est finalement pas plus que palpitante que cela quand on y réfléchit bien. On ne peut pas s’empêcher de trouver cette structure faussement compliquée pour pas grand-chose, pour combler du vide. Le montage et la voix-off, qui pourraient éventuellement expliquer le rythme du film, sont également à remettre en cause (et je relie les deux défauts ensemble). Le montage semble parfois hasardeux : on passe parfois d’une scène à l’autre un peu en mode « ploum ploum ploum » parce qu’on a l’impression que Sorkin ne parvient pas à se sortir de son schéma narratif inutilement compliqué. Cette voix-off est également discutable : a priori, elle n’est pas déplaisante, elle est plutôt endiablée (même s’il vaut mieux ne pas avoir une dent contre les films bavards, heureusement pour moi, je ne fais pas partie de cette catégorie). Mais elle est trop littéraire dans le sens où on a l’impression d’entendre les extraits de son bouquin juste directement transposés à l’écran. Sorkin ne joue alors pas suffisamment avec cet élément. La voix-off aurait pu par exemple être en décalage avec les images ou quelque chose de ce style. Mais en fait non. Elle ne permet pas aux images de parler d’elles-mêmes. Elle surajoute de l’information inutilement, elle ne nous aide pas non plus à mieux cerner la personnalité de Molly Bloom. Justement, rebondissons sur ce dernier point : le personnage en lui-même est problématique et pas uniquement à cause d’une psychologie digne de Doctossimo concernant ses relations avec son papounet (comme si ça excusait déjà tous ses actes). Certes, cela peut être intéressant de voir une femme qui assume sa féminité évoluer dans un univers très masculin. Mais elle n’a aucun mérite dans sa réussite ou quand elle parvient à se sortir du pétrin : c’est un personnage qui est bien plus passif qu’on veut nous le faire croire. Surtout, tout est fait pour enlever toute responsabilité à ce personnage. La fin, qui nous la présente comme une battante, une winner (alors que sa réussite est discutable), va encore plus dans ce sens et cela m’a dérangée. Le Grand Jeu est un film très décevant qu’on oubliera assez vite…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

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Coco (2017)

réalisé par Lee Unkrich et Adrian Molina

voix originales d’Anthony Gonzalez, Benjamin Bratt, Gael Garcia Bernal…

voix françaises d’Andrea Santamaria, Ary Abittan, François-Xavier Demaison…

Animation, aventure, fantastique américain. 1h45. 2017.

sortie française : 29 novembre 2017

coco

Depuis déjà plusieurs générations, la musique est bannie dans la famille de Miguel. Un vrai déchirement pour le jeune garçon dont le rêve ultime est de devenir un musicien aussi accompli que son idole, Ernesto de la Cruz.
Bien décidé à prouver son talent, Miguel, par un étrange concours de circonstances, se retrouve propulsé dans un endroit aussi étonnant que coloré : le Pays des Morts. Là, il se lie d’amitié avec Hector, un gentil garçon mais un peu filou sur les bords. Ensemble, ils vont accomplir un voyage extraordinaire qui leur révèlera la véritable histoire qui se cache derrière celle de la famille de Miguel…

Coco : Photo

Les grands studios d’animation commencent à prendre conscience depuis quelques années des différents changements de mentalité qui s’opèrent. Disney avait déjà fait quelques grands pas avec La Princesse et la Grenouille et Vaiana avec respectivement une héroïne afro-américaine et une autre polynésienne. Pixar entre dans cette même démarche en situant l’intrigue au Mexique pendant la Fête des Morts. Sorti en pleine ère Trump, le succès d’un film américain grand public privilégiant la culture mexicaine fait forcément sourire voire même plaisir. Avant de découvrir Coco (ils sont allés chercher loin ce titre, j’avoue être un peu déçue par ce choix), les deux derniers Pixar que j’avais étaient certes plutôt bons mais tout de même j’en garde encore un goût amer. Le Monde de Dory reste en-dessous du Monde de Nemo. Et je m’étais déjà longuement exprimée sur Vice Versa que je trouve toujours autant surestimé. J’aime les films de ce studio, Coco me faisait de l’oeil mais j’avais tout de même peur d’être encore déçue. Je le dis d’entrée : de mon point de vue (sans jouer les chieuses de service), Coco n’est pas pour moi un chef-d’oeuvre même si je sais que beaucoup le classent déjà dans cette catégorie. En revanche, je m’accorde à dire qu’il s’agit d’un très bon film qui mérite l’accueil qui lui a été réservé. Ce Coco me semble plus intéressant, sur de nombreux points, que les précédents longs-métrages de Pixar que j’ai cités. Pixar a toujours fait des merveilles sur l’esthétique, on connaît tous la qualité de leur travail. Mais là, le résultat est réellement époustouflant. Peut-être même une des plus belles réussites des studios concernant ce point. Basculant sans cesse entre des tons sombres et des couleurs vives, l’univers présenté, notamment le Pays des Morts, nous en met plein la vue. Ces couleurs entrent en cohérence avec l’un des propos du film : la Mort n’est pas nécessairement synonyme de tristesse puisqu’elle fait partie de la vie. Il n’y a que les couleurs flamboyantes qui ont su m’emballer. Les reliefs, la lumière ou encore les mouvements fluides de caméra permettent aussi de valoriser des décors fabuleux débordant d’une créativité folle. Comment ne pas être gaga devant le Monde des Morts et la passerelle entre les deux mondes ? Comment ne pas être époustouflé par la transformation corporelle de Miguel en guise de compte à rebours ? Chaque détail est pensé et bien exécuté à l’écran. Au-delà d’un travail visuel étonnant, l’histoire en elle-même est plaisante même si elle n’est pas non plus très surprenante.

Coco : Photo

Comme la plupart des Pixar, Coco parvient à toucher tous les publics. Surtout, parler de la mort aux enfants n’est pas une tâche facile. Certes, la manière de distribuer ce message reste relativement « simple » mais elle est tout de même très efficace. C’est sans chichi et ça va droit au coeur. Coco est alors indéniablement un magnifique spectacle bien rythmé assez poignant. Le résultat est bouleversant mais jamais macabre. Je ne dirais pas que j’ai pleuré comme une madeleine pendant des heures (en même temps, niveau émotion, difficile de faire concurrence à Là-Haut et Toy Story 3 !). Mais j’ai tout de même versé quelques larmes à la fin du long-métrage. Le film parvient à nous toucher en plein coeur pas uniquement par son thème principal, c’est-à-dire la mort  (cette présentation de ce concept reste joyeux et dédramatisé) mais plutôt par un autre thème (lié à celui de la mort) à déceler : celui du souvenir. Ce thème était déjà présent dans Vice Versa : si je trouve ce dernier effectivement surestimé, il gagne tout de même des points concernant sa vision juste sur le rôle des souvenirs. En effet, un souvenir qui touche est souvent composé par plusieurs émotions qui se côtoient et se mélangent. Coco reprend alors un message entrant la même veine. Le souvenir est en fait ce qui nous rend vivant. Le souvenir de nos proches morts est aussi ce qui les rend encore vivants dans nos coeurs. L’oubli est justement ce qui les enterre définitivement. Le long-métrage ne se contente alors pas de dédramatiser la mort, il célèbre aussi avec autant de joie que d’émotion la mémoire familiale tout comme il encourage à chacun de vivre sa passion telle qu’on le souhaite même si nos proches nous en dissuadent pour des raisons qui sont valables à leurs yeux (l’envie de protéger la famille, d’éviter éventuellement de refaire les mêmes erreurs faites par le passé, bref la question de la transmission familiale est toujours bien traitée). En revanche, je suis un peu déçue par la bande-originale. Peut-être que la VF ne m’a pas aidée à apprécier les différentes chansons (même si, côté dialogues, j’en suis tout à fait satisfaite !), fortement marquées par une musicalité hispanique. Mais aucune ne m’a vraiment marquée (en dehors de Remember me / Ne m’oublie pas même si personnellement je ne suis pas une grande fan de cette chanson) ce qui est tout de même regrettable dans un film mettant en scène un musicien (c’est peut-être même ce détail en question qui ne me pousse pas à adorer absolument ce film même s’il m’a beaucoup emballée). Magique, créatif, émouvant, Coco prouve bien que Pixar n’a pas perdu la main en proposant une oeuvre d’une grande richesse où les prouesses techniques et esthétiques servent un propos universel.

Coco : Photo

Les Quatre filles du Dr March (1994)

réalisé par Gillian Armstrong

avec Winona Ryder, Susan Sarandon, Christian Bale, Gabriel Byrne, Trini Alvadaro, Kirsten Dunst, Claire Danes, Samantha Mathis, Eric Stoltz…

titre original : Little Women

Comédie dramatique américaine. 1h55. 1994.

sortie française : 3 mai 1995

Movie Challenge 2017 : Un film se déroulant avant le XXe siècle

Pendant la guerre de Sécession, dans le Massachusetts, Mme March et ses quatre filles, Jo, Beth, Amy et Meg tentent de se débrouiller, tandis que leur père combat au front. Jo se découvre alors une passion pour l’écriture et rédige des pièces de théâtre que jouent ses soeurs en plus de son idylle avec leur voisin Laurie. Quand elle a l’opportunité de devenir écrivain, Jo s’en va à New York où elle rencontre le professeur Baher.

Les Quatre filles du Dr March, roman culte de Louisa May Alcott, a connu plusieurs adaptations cinématographiques. George Cukor en avait réalisé une en 1933 avec Katharine Hepburn dans le rôle de Jo. Puis, ce fut au tour de Mervyn LeRoy de s’en occuper en 1949 avec, entre autres, June Allyson, Elizabeth Taylor et Janet Leigh. En 1994, c’est-à-dire bien longtemps après ces premières adaptations assez rapprochées dans le temps, le roman d’Alcott est de nouveau au coeur d’une nouvelle version cinématographique. L’Australienne Gillian Armstrong (Oscar et Lucinda, Charlotte Gray, Au-delà de l’illusion) est cette fois-ci derrière la caméra. Sans vouloir faire du féminisme à deux balles, il s’agit d’un choix assez pertinent de constater cette fois-ci une réalisatrice derrière la caméra. Comme le titre l’indique aussi bien en français qu’en version originale même s’il diffère (Little Women), les jeunes filles et femmes sont au coeur de cette oeuvre. Nous pouvons devenir la femme qu’on doit être sans homme à la maison, même rêver d’une vie (notamment avec un homme) sans ce modèle masculin. Je n’ai pas encore lu le roman (mais j’ai acheté le bouquin pour réparer cette erreur !), ni vu les précédentes adaptations. Mais cette version des années 90, mettant en scène un sacré brochette d’actrices (et encore, en dehors de Ryder, il ne s’agissait pas forcément des stars que l’on connaît désormais) m’a enchantée ! Certes, la mise en scène est assez classique (ce qui n’a rien d’une tare non plus) et ce film a globalement un côté tout mignon qui agacera certainement certains spectateurs (même s’il relate parfois des événements moins « mignons »). Mais justement, ce côté « bonbon » et innocent a quelque chose de séduisant : il l’est mais il ne tombe pas non plus dans des excès de guimauve écoeurante. Il ne faut pas oublier que le roman peut être trouvable dans le rayon jeunesse, ce qui peut probablement justifier sa dimension inoffensive. Effectivement, les enjeux peuvent sembler minimes, un peu « neuneu ». Mais pourtant, l’arrière-fond ne l’est pas. Le contexte est bien pris en compte par la réalisatrice avec ces jeunes filles livrées à elles-mêmes : le père March – qui n’est donc pas docteur mais en réalité pasteur – a dû laisser sa femme et ses filles pour partir sur le front). Chacune tente alors de garder un semblant de vie normale. Si l’oeuvre aborde quelques histoires d’amour, les différents rêves qui permettraient à ces filles, à la fois fortes, intelligentes, instruites et manuelles, de s’accomplir entièrement ne se limitent justement pas à des histoires de romance et d’homme.

Jo March, sorte d’alter-ego d’Alcott (le roman est semi-autobiographique sur de nombreux points), est évidemment le personnage le plus intéressant (même si les autres soeurs sont attachantes) et c’est là où on comprend que l’oeuvre est justement moins niaise et gentillette qu’elle en a l’air. Grâce à ce garçon manqué très intelligent (qui se positionne comme le personnage principal parmi les autres soeurs March), Les Quatre Filles du Dr March est alors une jolie oeuvre douce féministe. S’il y a bien des romances dans le film, elles ne contredisent justement pas le propos fort de l’oeuvre. Je ne peux pas juger le travail d’adaptation mais le scénario parvient donc à faire cohabiter une impression de légèreté constante autour de la vie de ces filles et un propos fort valorisant la femme en dehors du mariage et du couple. Le film a un peu vieilli dans le sens où on voit que c’est un film datant des années 90 mais la reconstitution de l’époque reste agréable même si elle n’est pas non plus dingue. On ne se souvient pas nécessairement de l’unique nomination aux Oscars de Winona Ryder pour ce rôle (battue cette année-là par Jessica Lange pour le très méconnu Blue Sky). Il est regrettable qu’on ne connaisse pas davantage son interprétation à l’heure actuelle. J’ai toujours bien aimé Winona Ryder qui, malheureusement, n’a pas eu la carrière qu’elle méritait. J’ai eu l’impression de redécouvrir cette actrice dans le rôle de Jo March (et je m’aperçois de plus en plus que Keira Knightley est une sorte de mini-Winona !). Son personnage est certainement déjà sur le papier très attachant et son interprétation renforce encore plus cette impression. Le reste de la distribution (la petite peste Kirsten Dunst, la timide Claire Danes, le charmant Christian Bale, la remarquable Susan Sarandon…) est également impeccable, chacun trouve sa place sans se faire bouffer par Ryder. Bref, cette nouvelle version du roman culte de Louisa May Alcott n’est certainement pas un chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit mais l’ensemble est réellement plaisant tout en proposant un propos toujours actuel. 

Movie Challenge 2018 : c’est parti !

On vous l’avait promis : Lilylit et moi-même déclarons ouvert l’édition 2018 du Movie Challenge !

Le but du jeu est simple : découvrir 40 films pour 40 catégories différentes. Vous avez jusqu’au 31 décembre 2018 pour y arriver.

Au programme :

  • des catégories de l’édition 2016 font leur comeback
  • certaines catégories de l’édition 2017 sont toujours présentes
  • Et surtout de nouvelles catégories font leur apparition
  1. Un film dont tu voudrais changer la fin
  2. Un film qui t’a déçu(e)
  3. Un film qui a eu de mauvaises critiques
  4. Un film que personne ne s’attendait à ce que vous aimiez
  5. Un film européen hors France
  6. Un film ni américain ni européen
  7. Un film qui se déroule dans le milieu médical
  8. Un film dont un personnage a le même nom / surnom que toi
  9. Un film avec un verbe à l’infinitif dans le titre
  10. Un film avec une saison dans le titre
  11. Un film avec un prénom dans le titre
  12. Un film dont le titre comporte une couleur
  13. Un film dont le titre contient un numéro
  14. Un film réalisé par un acteur/une actrice qui joue dedans
  15. Un film réalisé par un non-réalisateur à l’origine (hors acteur et actrice)
  16. Un film muet
  17. Un documentaire
  18. Un court-métrage
  19. Un film sorti l’année de ton bac
  20. Un film primé à Berlin ou Venise
  21. Un film primé à Cannes :
  22. Un film ayant remporté l’Oscar du meilleur film
  23. Un premier film
  24. Un film engagé
  25. Un film qui vous a mis en colère
  26. Un film avec un personnage atteint d’un handicap (physique et / ou mental)
  27. Un film qui n’est pas sorti en salles en France
  28. Un film se déroulant dans un lycée / collège / université
  29. Un film avec un acteur que j’adore
  30. Un film avec une actrice que j’adore
  31. Un film sensuel :
  32. Un film qui dure minimum 3 heures
  33. Un film se déroulant pendant les fêtes de Noël ou pendant la Saint-Sylvestre
  34. Un remake ou film ayant été objet de remake
  35. Un film tiré de série / ayant inspiré une série
  36. Un film adapté d’un livre que j’ai lu
  37. Un film d’animation
  38. Un film dont le héros n’est pas humain
  39. Un film basé sur des faits réels
  40. Un film avec une bonne BO

Nous vous invitons évidemment à y participer. Et les manières pour jouer sont plutôt simples et nombreuses. Voici quelques exemples possibles (et j’imagine qu’il doit y en avoir d’autres) :

  • Poster sur votre blog les critiques des films vus
  • Juste signaler sur votre blog que vous participez au Movie Challenge et dire parfois (ou juste une fois) où vous en êtes
  • Juste nous dire (en n’oubliant pas de nous tagguer histoire qu’on vous voit mieux) où vous en êtes via les réseaux sociaux notamment sur Twitter ou Facebook
  • Manifester votre intérêt via des listes et / ou des critiques sur Sens Critique

Bref les possibilités restent multiples. Nous comptons vous donner une véritable liberté. Le principal est de faire ce Challenge pour vous. Pour vous amuser, vous ouvrir l’esprit, trouver un nouveau moyen de se cultiver, de regarder des films que vous n’osez pas encore regarder etc…

Nous restons à votre disposition pour répondre à toutes vos questions si vous en avez.

Si vous voulez y participer, manifestez-vous !

 

Jumanji : Bienvenue dans la jungle

réalisé par Jake Kasdan

avec Dwayne Johnson, Jack Black,Kevin Hart, Karen Gillan, Nick Jonas, Bobby Cannavale, Alex Wolff, Rhys Darby, Missy Pyle…

titre original : Jumanji : Welcome to the jungle

Fantastique, action américain. 2h. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

Le destin de quatre lycéens en retenue bascule lorsqu’ils sont aspirés dans le monde de Jumanji. Après avoir découvert une vieille console contenant un jeu vidéo dont ils n’avaient jamais entendu parler, les quatre jeunes se retrouvent mystérieusement propulsés au cœur de la jungle de Jumanji, dans le corps de leurs avatars. Ils vont rapidement découvrir que l’on ne joue pas à Jumanji, c’est le jeu qui joue avec vous… Pour revenir dans le monde réel, il va leur falloir affronter les pires dangers et triompher de l’ultime aventure. Sinon, ils resteront à jamais prisonniers de Jumanji…

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Dwayne Johnson, Jack Black, Karen Gillan, Kevin Hart, Nick Jonas

Jumanji, adapté du roman de Chris Van Allsburgh, est un film tellement culte pour une génération (et certainement encore plus depuis le décès du regretté Robin Williams), qu’on le pensait intouchable. Sans surprise, le scénario suivant s’est déroulé ainsi : tout d’abord, on a gueulé suite à l’annonce du projet (« gnagnagna on touche pas à Jumanji« ), puis pratiquement toute la Twittosphère – avec parfois les mêmes qui gueulaient auparavant – s’est extasiée rien qu’après l’avant-première. Je dis bien le terme « extasier » car je ne comprends pas réellement les très bonnes critiques à l’égard de cette suite. Certes, ce Jumanji : Bienvenue dans la jungle se défend sur certains points. Si le film démarre pratiquement tout de suite après les événements du premier opus (enfin, son introduction : le reste du film se déroule de nos jours), il a le mérite de vouloir s’en détacher. Changer de matériau (passer du jeu de société au jeu vidéo) aide certainement à vouloir se différencier de l’original. Le premier Jumanji misait sur la venue du fantastique dans un monde réel tandis que cette suite met en scène des personnages réels dans un monde virtuel et fantastique. Bref, le début de cette suite fait finalement presque penser à une sorte de mélange entre Tron et The Breakfast Club que réellement à Jumanji. Et le reste du film est plutôt une comédie d’action survoltée alors que le premier opus était plutôt une comédie dite « familiale »). La mise en scène des avatars des quatre adolescents joueurs dans le jeu est également une certaine bonne idée. Et cette bonne idée est en partie bien exécutée par le choix même des acteurs, tous très bons. Ainsi, l’avatar choisi est complètement différent de ce que sont les ados qui jouaient à l’origine derrière leurs consoles. Ainsi, le grand baraqué Dwayne Johnson au regard de braise (on adore ses auto-parodies) est l’avatar d’un petit gringalet geek sans amis, Jack Black (avec le physique qu’on lui connait) est en réalité le personnage d’une ado superficielle accro à son portable et à ses selfies sur Instagram, le petit Kevin Hart avec son énorme sac à dos représente en réalité un baraqué sportif et Karen Gillian est une héroïne sexy, bad-ass, sachant se battre alors que la jeune fille qui se cache derrière ce personnage est timide, mal fagoté, détestant faire du sport. Si cette suite diffère du long-métrage de Joe Johnston, elle tente de garder le même type de moral : le jeu est littéralement un moyen ludique pour retenir des leçons de vie.

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Dwayne Johnson

Bref, le message sur l’acceptation de soi est simple mais il passe plutôt bien dans le cadre de cette comédie d’action tous publics sans prise de tête. Alors, pourquoi ne suis-je pas totalement convaincue ? J’ai tenté de ne pas faire de rapprochement avec le premier Jumanji, surtout que cette suite refuse de lui ressembler. Mais ce film de Jake Kasdan a beau remplir ses fonctions de gros divertissement, il ne possède pas le charme de celui de Johnston. Attention, je n’idéalise pas le Jumanji avec Robin Williams : c’est un film qui peut paraître un peu niais et même très enfantin et les effets spéciaux ont pris un coup de vieux. Mais j’ai beau le voir et le revoir, il possède toujours autant de charme. Or, ce Jumanji : Bienvenue dans la jungle n’a pas ce charme en question. Je ne pense pas non plus qu’il traversera le temps comme le précédent film. Surtout, le film de Johnston parvenait à présenter de nombreux obstacles du début jusqu’à la fin. Or, je n’ai pas du tout ressenti ce danger permanent dans le long-métrage de Kasdan. On a l’impression que les personnages passent toutes les épreuves les doigts dans le nez (alors qu’ils perdent des vies comme dans une partie de jeu vidéo) en seulement quelques heures. On finit presque par se demander pourquoi le personnage incarné par Nick Jonas est resté bloqué des années et des années dans ce jeu alors que la bande de The Rock te règle ça en un temps record. Le méchant est également décevant, il ne semble pas si dangereux et effrayant contrairement au Chasseur. Enfin, je reste un poil sceptique sur la soi-disant amélioration des effets spéciaux. Certes, dans cette suite, ils sont beaucoup moins kitsch que dans le premier volet et ils sont adaptés par rapport à l’univers des jeux vidéos. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de trouver l’environnement relativement laid avec cette surcharge de numérique. Finalement, même si les décors et les effets spéciaux étaient désuets, je trouve l’environnement du premier film plus satisfaisant, surtout concernant le côté exotique de l’aventure. Bref, pour conclure, Jumanji : Bienvenue dans la jungle n’est pas la catastrophe qu’on aurait pu avoir face à notre méfiance naturelle désormais face aux suites (remakes ou autres). Mais je ne suis pas non plus un certain emballement général que j’ai pu constater par la blogosphère cinéphile.

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Karen Gillan

Bilan novembre / décembre 2017

Cinéma

Les films de 2017

Loving (Jeff Nichols) 1/4

Epouse-moi mon pote (Tarek Boudali) 2/4

Le Manoir (Tony Datis) 0/4

Au revoir là-haut (Albert Dupontel) 4/4

Jalouse (Stéphane et Davis Foenkinos) 3/4

A Beautiful Day (Lynne Ramsay) 1/4

Le Musée des Merveilles (Todd Haynes) 2/4

Song to Song (Terrence Malick) 0/4

Love Hunters (Ben Young) 3/4

Cherchez la femme (Sou Abadi) 2/4

Un jour dans la vie de Billy Lynn (Ang Lee) 3/4

Star Wars, épisode VIII : Les Dernier Jedi (Rian Johnson) 4/4

Jumanji : Bienvenue dans la jungle (Jake Kasdan) 2/4

Coco (Lee Unkrich, Adrian Molina) 3/4

A Ghost Story (David Lowery) 2/4

20th Century Women (Mike Mills) 3/4

Everything, Everything (Stella Meghie) 0/4

Spider-man : Homecoming (Jon Watts) 0/4

 

Rattrapages

Personal Shopper (Olivier Assayas, 2016) 1/4

Super Cash Me (Morgan Spurlock, 2011) 2/4

Kaboom (Gregg Araki, 2010) 3/4

800 Balles (Alex de la Iglesia, 2002) 3/4

The Witch (Robert Eggers, 2015) 4/4

Comment se faire larguer en 10 leçons ? (Donald Petrie, 2003) 2/4

The Girlfriend Experience (Steven Soderbergh, 2009) 2/4

Les Chansons d’amour (Christophe Honoré, 2007) 2/4

La Plus belle victoire (Richard Loncraine, 2003) 2/4

David Brent : Life on the Road (Ricky Gervais, 2016) 3/4

Vaiana, la légende au bout du monde (Ron Clements, John Musker, 2016) 3/4

Les Enquêtes du Département V : Miséricorde (Mikkel Norgaard, 2013) 3/4

Les Enquêtes du Département V : Profanation (Mikkel Norgaard, 2014) 3/4

Le Nouveau Stagiaire (Nancy Meyers, 2015) 2/4

Les Quatre filles du Dr March (Gillian Anderson, 1994) 3/4

22 Jump Street (Phil Lord, Chris Miller, 2014) 2/4

Terminator (James Cameron, 1984) 3/4

Reine de la nuit (Kim Je-Yeong, 2013) 1/4

Que le spectacle commence (Bob Fosse, 1979) 3/4

  

Télévision

You’re the Worst (saisons 3 et 4, 2016-2017) 4/4

Broadchurch (saison 3, 2017) 4/4

Thirteen (saison 1, 2016) 3/4

Vice Principals (saison 2, 2017) 4/4

Easy (saisons 1 et 2, 2016-2017) 3/4

Stranger Things (saison 1, 2016) 3/4

 vice 

Lectures

L’adversaire (Emmanuel Carrère, 2000) 4/4

Consumés (David Cronenberg, 2016) 0/4

La Délicatesse (David Foenkinos, 2009) 4/4

Ma mère avait raison (Alexandre Jardin, 2017) 3/4

Le Dernier Jour d’un condamné (Victor Hugo, 1829) 2/4

Le Livre de la jungle (Rudyard Kipling, 1894) 4/4

H.P. Lovecraft : Contre le monde, contre la vie (Michel Houellebecq, 1991, 2005 avec la préface de Stephen King) 4/4

Bilan 2017

C’est déjà l’heure du bilan de l’année !!!

The Square : Photo Dominic West, Terry Notary

J’en profite alors pour remercier très sincèrement chaque personne qui est passée sur mon blog, que ce soit régulièrement ou très occasionnellement, qu’elle se manifeste dans les commentaires ici, sur les réseaux sociaux ou au contraire préfère rester discrète.

Merci aussi aux belles rencontres que j’ai pu faire cette année, que ce soit virtuellement ou celles qui ont pu se concrétiser dans la vraie vie. J’espère que toutes ces bonnes choses positives vont continuer en 2018. Je continuerai également à publier de temps en temps des chroniques sur CineSeriesMag qui m’a très bien accueillie en juillet dernier.

Nous continuerons à se retrouver régulièrement sur ce blog l’an prochain. Bref, vous retrouverez comme d’habitude des critiques de films sortis en 2018 ainsi que les chroniques du Movie Challenge 2018 (les nouvelles arrivent bientôt). Je m’engage aussi à écrire une fois par mois un billet qui diffère des critiques. J’avais même pensé à publier mes nouvelles ou des billets humeur une fois par mois mais j’avoue avoir encore peur de ce petit changement.

120 battements par minute : Photo Nahuel Perez Biscayart

Passons maintenant aux choses sérieuses : le top 10 de l’année !

Je ne vais pas vous mentir, certains m’ont fait la remarque (et ils ont raison) : pour moi, 2017 n’a pas été une très bonne année cinéma. Je sais que certains affirmeront le contraire. Je pensais que j’étais devenue aigrie puis en revoyant mes anciens top des années précédentes, je m’aperçois que les films sortis cette année m’ont moins marquée, m’ont moins embarquée. Faire un top 10 a même été plutôt simple à faire pour une fois. Cela dit, je suis très fière de mettre en avant ces 10 films ci-dessous qui ont tous su provoquer quelque chose durant les différentes séances, parfois une émotion indescriptible.

Evidemment, il faut toujours prendre mes tops avec des pincettes : je n’ai vu que « 70 » films sortis en 2017. Je sais que certains parviennent à en voir 100 (et encore, ce n’est pas assez pour eux !) voire même 200 films de l’année. Je n’ai pas de super abonnement Gaumont/Pathé (et je ne souhaite pas l’avoir après une mûre réflexion car le cinéma n’est pas pour moi un art qui mérite d’être surconsommé), je n’ai pas non plus l’argent ni le temps (j’adore le cinéma, j’aime mon blog, mais profiter des gens que j’aime, prendre mon avenir en main, prendre aussi le temps d’écrire aussi mon roman, prendre l’air ailleurs que dans une salle sont aussi des choses importantes à mes yeux). Je suis dans mes chiffres habituels (peut-être un poil moins cette année) depuis 2009 où j’en vois en général entre 70 et 80. Selon moi, j’ai raté peu de films qui auraient éventuellement pu modifier un de mes classements (je pense là de tête à Blade Runner 2049, Mise à mort du cerf sacré et Faute d’amour). Il me semble que j’ai pu voir le bon échantillon de films que je devais voir pour me faire mon idée du cinéma en 2017. Et c’est déjà bien (même si pour d’autres non, ça ne sera jamais assez) car malheureusement pas tout le monde n’a cette possibilité de regarder ces fameux 70 petits films. 

 

♥Top 10♥

  1. The Square de Ruben Östlund
  2. 120 battements par minute de Robin Campillo
  3. The Lost City of Z de James Gray
  4. Que Dios Nos Perdone de Rodrigo Sorogoyen
  5. Nocturnal Animals de Tom Ford
  6. Good Time des frères Safdie
  7. Au revoir là-haut d’Albert Dupontel
  8. Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona
  9. It Comes At Night de Trey Edward Shults
  10. Dunkerque de Christopher Nolan

The Lost City of Z : Photo Charlie Hunnam, Tom Holland

Les années précédentes, j’avais pour habitude d’établir un flop 10 où je présentais les daubes les plus improbables vues au cours de l’année. Cette année, j’aurais volontiers mis : Gangsterdam / Si j’étais un homme, Le Manoir, A bras ouverts, Cinquante nuances plus sombres, Raid Dingue, Spider-Man : Homecoming ou encore Everything, Everything. (allez je dépose rapido ce mini flop non classé improvisé).

Mais étant donné que je garde un goût amer de 2017 (je parle toujours de cinéma), quitte à prendre le risque de me faire taper pour la nouvelle année, je préfère exposer 10 films bien réputés, que vous retrouverez certainement dans le top de mes camarades, que je n’ai pas forcément appréciés. Dans cette sélection, on va des films que j’ai profondément haï à des films que j’ai jugés « moyen » alors que la majorité a adoré. Point de provocation là-dedans, juste un moyen d’exposer mes trop nombreux désaccords qui ont aussi marqué mon année cinéma !

10 déceptions♦

  1. L’Amant double de François Ozon
  2. Song to Song de Terrence Malick
  3. Mother! de Darren Aronofsky
  4. Jackie de Pablo Larrain
  5. Loving de Jeff Nichols
  6. A Beautiful Day de Lynne Ramsay
  7. Grave de Julia Ducournau
  8. La La Land de Damien Chazelle
  9. Moonlight de Barry Jenkins
  10. Baby Driver d’Edgar Wright

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Roberto Álamo

N’hésitez pas à exposer vos propres top / flop / déceptions et on se dit donc à l’année prochaine !

Movie Challenge 2017 : c’est la fin !

Je ne conçois plus mon blog sans cette participation au Movie Challenge. Deuxième année que j’y participe avec un réel plaisir.

Tout d’abord, parce que je le fais avec Lily (petit rappel : j’avais décidé des choix des différentes catégories avec elle) mais aussi avec d’autres personnes : Beyond the LinesBoratGossip CocoLaurence et OlivierLaurentMartin. Le partage est pour moi quelque chose de très important. Echanger est la base même du blogging. Ce challenge permet encore plus de nous réunir autour d’une même passion, d’échanger, de discuter, de confronter des opinions.

Une catégorie peut donner des tas de possibilités de films à regarder. Le Movie Challenge nous incite alors à regarder des films qu’on n’aurait pas nécessairement cherché à regarder auparavant, qu’on repoussait éternellement. La curiosité est pour moi une qualité essentielle pour un cinéphile.

Pour ce bilan, histoire que ce soit encore plus « palpitant », j’ai décidé de classer les films par préférence (étant donné que je n’ai pas eu la possibilité de tous les chroniquer même si je compte le faire – en partie – au cours de janvier 2018, avant de démarrer sereinement la nouvelle édition, oui jamais 2 sans 3 !).

Elephant Man : Photo John Hurt

Nous vous annoncerons effectivement dès janvier 2018 avec ma copinaute Lily les nouvelles catégories de la prochaine édition du Movie Challenge. Au programme, pour vous faire impatienter:

  • des catégories de l’édition 2016 feront leur comeback
  • certaines catégories de l’édition 2017 seront toujours présentes
  • Et surtout de nouvelles catégories feront leur apparition

On en reparlera certainement très bientôt mais tout le monde peut participer à ce challenge bien entendu que ce soit via les blogs (et rien ne vous oblige à écrire systématiquement des critiques détaillées) ou les réseaux sociaux par exemple (ou même Sens Critique : je l’évoque vite fait car pour la version 2018, je vais aussi utiliser le système des listes pour continuer à faire mon Movie Challenge !).

BREF

Hunt For The Wilderpeople : Photo Julian Dennison

Voici le bilan des films vus par ordre de préférence !

  1. Un film en noir et blanc : Elephant Man de David Lynch
  2. Un film pas sorti dans les salles françaises : Hunt for the Wilderpeople de Taika Waititi
  3. Un film sorti cette année : Nocturnal Animals de Tom Ford
  4. Un film qui m’a fait pleurer : Premier contact de Denis Villeneuve
  5. Une comédie musicale : Ballroom Dancing de Baz Luhrmann
  6. Un film d’horreur : Suspiria de Dario Argento
  7. Un film d’animation : Ma vie de Courgette de Claude Barras
  8. Un film qui a reçu un Oscar : Manchester by the Sea de Kenneth Lonergan
  9. Un film avec un prénom dans le titre : Sils Maria d’Olivier Assayas
  10. Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion : The Secret Life of Words d’Isabel Coixet
  11. Un film européen hors France : Alabama Monroe de Felix Van Groeningen
  12. Un film recommandé par quelqu’un : Watchmen de Zack Snyder
  13. Un film se déroulant avant le XXe siècle : Les Quatre filles du Dr March de Gillian Armstrong
  14. Un film LGBT : Mademoiselle de Park Chan-wook
  15. Un film tourné dans un lieu où je suis allée : Intimité de Patrice Chéreau
  16. Un film avec une actrice que je déteste : Enemy de Denis Villeneuve
  17. Une Palme d’or : Que le spectacle commence ! de Bob Fosse
  18. Un film qui m’a fait pleurer de rire : David Brent : Life on the road de Ricky Gervais
  19. Un film de votre enfance : Vous avez un message de Nora Ephron
  20. Un film que mon père adore : Terminator de James Cameron
  21. Un film de procès : Le Verdict de Sidney Lumet
  22. Une comédie : Ghostbusters 3 de Paul Feig
  23. Un documentaire : Pulp, a film about life, death and supermarkets de Florian Habicht
  24. Un film d’un réalisateur que j’adore : 800 balles d’Alex de la Iglesia
  25. Un film français : Maman a tort de Marc Fitoussi
  26. Un film que j’aime bien secrètement : Marley & moi de David Frankel
  27. Un film adapté d’un livre que j’ai lu : Fahrenheit 451 de François Truffaut
  28. Film qui a inspiré une série télé (ou adapté d’une série) : The Girlfriend Experience de Steven Soderbergh
  29. Un film avec un mariage : Le Mariage de mon meilleur ami de P.J. Hogan
  30. Un feel-good movie : Célibataire, mode d’emploi de Christian Ditter
  31. Une suite : Bridget Jones’s Baby de Sharon Maguire
  32. Un film sorti l’année de mes 10 ans : Comment se faire larguer en 10 leçons de Donald Petrie
  33. Un thriller : La Fille du train de Tate Taylor
  34. Un film d’action : Deadpool de Tim Miller
  35. Un film qui se déroule dans le milieu sportif : La plus belle victoire de Richard Loncraine.
  36. Un premier film : Clerks de Kevin Smith
  37. Un remake : Les Proies de Don Siegel
  38. Un film engagé : Hippocrate de Thomas Lilti
  39. Un film par un réalisateur asiatique : Reine de la nuit de Kim Je-Yeong
  40. Un film réalisé par une femme : Mon Roi de Maïwenn

aaron

Vous avez un message

réalisé par Nora Ephron

avec Tom Hanks, Meg Ryan, Parker Posey, Steve Zahn, Greg Kinnear, Dave Chappelle, Heather Burns…

titre original : You’ve Got Mail

Comédie romantique américaine. 2h. 1998.

sortie française : 20 janvier 1999

Movie Challenge 2017 : Un film de mon enfance

Tous les deux sont libraires. Kathleen tient une échoppe au charme suranne, The Shop Around the Corner, et a initié aux joies de la lecture des ribambelles d’enfants tandis que Joe possède une chaîne de librairies de grande surface, Fox Books, qui a rapidement éliminé ses concurrentes. Kathleen hait plus que tout au monde Fox Books tandis que Joe attend nonchalamment de rayer des librairies celle de Kathlen. Ils ne se connaissent pas mais se croisent tous les jours et surtout comme dans le film de Lubitsch échangent une correspondance follement amoureuse par le biais d’Internet.

Vous avez un message : Photo

Des duos phares, notamment dans le domaine de la comédie romantique (terme évidemment très large) ont toujours existé et existeront toujours. Par exemple, depuis quelques années, on ne s’attarde que sur Ryan Gosling et Emma Stone qui forment certainement un des plus jolis couples de cinéma de ces dernières années. Pourtant, le couple Meg Ryan-Tom Hanks n’est pas si vieux (même si on se demande tous ce que devient Ryan) et a su nous faire rêver. Si on se souvient moins de leur première collaboration (Joe contre le volcan de John Patrick Shanley), en revanche leurs deux films suivants ensemble ont davantage marqué les esprits grâce à la regrettée Nora Ephron. Vous avez un message signe leur dernière collaboration à l’écran via le travail d’Ephron (je précise « à l’écran » vu que Tom Hanks a joué dans Ithaca, le premier long-métrage de l’actrice disparue des radars). Il s’agit du remake de l’excellent Rendez-vous d’Ernst Lubitsch, parfois plus connu sous son titre original The Shop around the corner. Ephron a repris le titre original de la première version pour baptiser la petite librairie de Kathleen, qui se bat contre une grosse librairie plus commerciale située juste en face de chez elle. Son concurrent est (sans surprise) Tom Hanks. Elle le déteste dans la vie. Sauf que, sans le savoir, elle discute tous les jours avec lui via un site Internet où chacun cache bien son identité. A partir du long-métrage de Lubitsch, Ephron ne s’est pas contentée de livrer une nouvelle version modernisée (on remplace les lettres par des mails). Elle rend hommage à ce vieux cinéma romantique qui n’existe définitivement plus (quel triste constat dans les années 90, alors maintenant !) mais aussi à New York. J’avais vu et aimé Vous avez un message quand j’étais encore enfant. Je me rappelais des différentes étapes de la romance entre Kathleen et Joe (on passe de la haine à l’amitié puis évidemment à l’amour : je ne pense pas faire des révélations de fou là). En revanche, je ne me rappelais pas des différents contextes abordés. Et ce sont ces contextes en question qui rendent Vous avez un message plus intéressant et pertinent qu’il en a l’air. Ephron a su capter ce monde en évolution via ce New York lui-même en mutation, via aussi Internet, ce nouveau moyen pour échanger et faire des rencontres inoubliables. Peut-être que les relations amoureuses, en tout cas la manière de les faire naître, sont elles-mêmes en évolution. Remaker un film ancien est aussi un moyen d’accompagner ce propos concernant ces évolutions qui parviennent toutes à se rejoindre.

Une bonne partie du film semble au premier abord être sévère contre les changements liés à la surconsommation. Petit à petit, lorsque Kathleen s’intéresse réellement à Joe (faisant de son côté le deuil de son héritage familial professionnel), elle va réaliser que la librairie-commerciale qu’il tient n’est pas si néfaste que cela. La réflexion d’Ephron sur les mutations n’est alors pas aussi manichéenne que prévue. Si certaines évolutions sont regrettables dans le sens où elles entraînent la chute d’un monde certainement plus authentique que celui dans lequel où on est actuellement (et dans lequel on était déjà à la fin des années 90), l’authenticité des gens existe toujours et peut resurgir justement grâce à cette évolution. Sans Internet (marque « phare  » du changement sans cesse mis en avant), Joe et Kathleen auraient-ils pu s’aimer ? Ils seraient certainement rester sur leurs préjugés. Ephron semble pratiquement proposer une sorte de complément à Nuits Blanches à Seattle avec ces mêmes Hanks et Ryan qui ne parviennent pas à se voir physiquement mais qui apprennent à communiquer et à se connaître via la radio. Bref, sans dire qu’il s’agit d’un film très intellectuel ou quoi que ce soit (je ne veux pas le rendre plus intelligent qu’il ne l’est), Vous avez un message aborde des thèmes avec une certaine habilité. J’ai tout de même conscience qu’il est imparfait, il souffre notamment de quelques déséquilibres rythmiques : par exemple, le rapprochement entre Joe et Kathleen arrive assez tard. Pour certains, il paraîtra encore un peu niais (il ne fera pas changer d’avis les gens qui détestent les comédies romantiques). Pourtant, même si les ordinateurs ont vieilli par rapport à notre époque, cette romcom dégage encore un charme intemporel, finalement comme dans Rendez-vous. La mise en scène d’Ephron n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout de même remplie de charme. Sa caméra capte aussi bien la magie de cette rencontre peu banale (surtout à la fin des années 90 où se rencontrer sur le Net était encore tabou) que celle de ce fameux New York dont on a déjà tant parlé. Et le couple Meg Ryan et Tom Hanks, entre attirance et chamailleries, est tout simplement une évidence. Vous avez un message reste selon moi une des dernières réelles bonnes comédies romantiques qui mérite d’être vue et revue avec de nouvelles perceptives rendant cette oeuvre plus riche qu’elle en a l’air.

Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi

réalisé par Rian Johnson

avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Mark Hamill, Adam Driver, Carrie Fisher, Kelly Marie Tran, Andy Serkis, Benicio Del Toro, Laura Dern, Domhnall Gleeson, Gwendoline Christie, Lupita Nyong’o, Anthony Daniels, Jimmy Vee, Billie Lourd, Justin Theroux…

titre original : Star Wars: The Last Jedi

Aventure, action, science-fiction américain. 2h32. 2017.

sortie française : 13 décembre 2017

Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo

Je vous le dis tout de suite : vous pouvez lire ma critique sans crainte, je ne vais pas m’amuser à vous spoiler. Ayant plutôt apprécié le précédent volet (Le Réveil de la Force) malgré quelques petites réserves (certaines étaient peut-être justifiées et d’autres non avec le recul : je m’en aperçois en relisant mon billet), et aimant globalement la saga Star Wars j’attendais énormément l’épisode VIII, Les Derniers Jedi. Depuis la renaissance de Star Wars à la fin des années 90/début des années 2000 (je précise vu que pour l’instant rien ne détrône la « vieille » trilogie), Les Derniers Jedi est mon épisode préféré (et je mets pas loin derrière La Revanche des Sith). Nous savons tous que cette nouvelle trilogie a été lancée pour des raisons commerciales (sinon je m’inquiète pour votre extrême naïveté). Pourtant je suis parvenue à déceler dans ce long-métrage un certain nombre de qualités, alliant à la fois l’esthétique, la technique et une certaine réflexion qui permet de faire naître de réelles émotions. Le but n’est évidement pas de chercher à tout justifier tous les points, de dire que le film est peut-être plus intelligent qu’il ne l’est : bref, je ne fais pas nécessairement partie des fans purs et durs qui le défendraient bec et ongles. Disons que les gros divertissements à gros budget ont tendance à m’agacer ou à me décevoir (quitte à passer pour une cinéphile chiante et compliquée), surtout ces derniers temps. Or, dans un premier temps, Les Derniers Jedi parvient déjà à remplir ses fonctions de gros divertissement. Le précédent volet remplissait déjà ses fonctions mais j’admets avoir parfois senti le temps passer alors qu’il ne dépassait pas les 2h10. Or, ce nouvel épisode, qui dure bien 2h30, est passé pour moi à la vitesse grand V ! Les Derniers Jedi a encore plus de mérite de ce côté-là vu ce qu’il raconte. C’est là où interviennent les fameuses mauvaises critiques justement. Et là aussi où rejoint mon deuxième bon point. Certains reprochent au scénario de ne présenter que des personnages en situation d’échec. Mais justement, c’est selon moi un sacré défi de parler d’échec tout en faisant évoluer les personnages ou du moins les faire confronter à leurs émotions, leurs qualités et leurs défauts. Je ne pense vraiment pas que les échecs des différents personnages sont vains et je suis persuadée qu’ils serviront aussi dans le prochain épisode. Autre bon point : tandis que l’épisode VII faisait trop écho à l’épisode IV, Les Nouveaux Jedi a moins ce côté faussement « copier-coller » avec le V. On sent au pire une inspiration mais cela ne va pas au-delà.

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo Daisy Ridley

Même si cela ne va pas changer mon avis global (que plus que positif), le seul vrai point où je suis éventuellement en adéquation avec les détracteurs concerne le duo Finn-Rose (cette dernière étant assez pénible et la manière dont se forme leur « couple » est un chouïa niaise). Mais il n’y a rien non plus d’alertant ou de honteux, surtout que le montage ne s’attarde pas non plus puisqu’il alterne plusieurs axes ! Star Wars sans son visuel extrêmement riche et ses effets spéciaux de folie (et aussi sans son imposante bande-originale) ne serait pas Star Wars. Certes, les incrustations de certaines créatures ne se fondent pas toujours bien dans les magnifiques décors mais ce sont des détails qui ne m’ont pas non plus gênée mon visionnage. Rian Johnson (Looper, Brick) parvient pourtant à nous surprendre par de formidables trouvailles visuelles. Comment ne pas penser à cette scène de dédoublement ? A cette prédominance de rouge sur certains scènes de combat ou de bataille ? Plus globalement, les scènes de combat (notamment la première : le film démarre directement !) sont toutes très réussies, folles mais lisibles. Face à un film aussi énorme et commercial, Johnson a le mérite de mettre sa patte, même si cela fait parfois grincer des dents. Enfin, le casting mêlant à la fois les anciennes figures de la saga et la nouvelle génération se défend plus que bien. La présence de Carrie Fisher a évidemment quelque chose de très émouvant quand on sait qu’on ne la verra pas dans l’épisode IX (et je me demande toujours comment J.J. Abrams va gérer ce problème). C’est encore plus chou de la voir jouer le temps de quelques scènes avec sa fille Billie Lourd. Mark Hamill m’a également agréablement surprise : il casse la baraque. Son interprétation est juste (certainement la plus belle composition de sa carrière) et son rôle captivant. Côté nouvelle génération, Oscar Isaac m’a également agréablement surprise. S’il était déjà remarquable dans le précédent volet, il l’est encore plus ici (son rôle prenant plus d’importance, son charisme aussi). Quant à Adam Driver, il confirme bien tout le bien que je pense de lui depuis plusieurs années. Certes, j’étais un poil sceptique sur son rôle dans Le Réveil de la Force (même si, comme je le disais dans l’intro, mon jugement était peut-être hâtif), je suis bien plus convaincue ici. Sans exagérer, il a tout d’un très grand acteur. J’ai l’impression que ces Derniers Jedi est l’épisode le plus détesté de la saga. Je suis certaine que cet épisode, interrogeant avec une certaine pertinence sur l’échec, l’héroïsme et les désillusions, sera réévalué dans un futur proche.

 

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo Adam Driver

La Promesse de l’aube

réalisé par Eric Barbier

avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Pawel Puchalski, Nemo Schiffman, Jean-Pierre Darroussin, Didier Bourdon, Finnegan Oldfield, Catherine McCormack…

Comédie dramatique française. 2h10. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

De son enfance difficile en Pologne en passant par son adolescence sous le soleil de Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur en Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale… Romain Gary a vécu une vie extraordinaire. Mais cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui un des romanciers majeurs du XXème siècle, à la vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Mais cet amour maternel sans bornes sera aussi son fardeau pour la vie…

La Promesse de l'aube : Photo Pierre Niney

Cela fait un petit moment que je m’intéresse à cette nouvelle adaptation de La Promesse de l’aube (Jules Dassin en avait signé une première en 1970 avec Melina Mercouri dans le rôle principal). J’avais signalé l’information à la fin de mon mémoire (en master 1) en 2015 en apprenant le projet. Je me situais dans une position pas toujours évidente en tant que spectatrice-lectrice. D’un côté, je devais découvrir le film comme une spectatrice lambda, sans prendre en compte de ce que je savais du texte d’origine et de l’auteur. De l’autre, je ne pouvais pas non plus ignorer mon expérience de lectrice-étudiante acharnée sur ce roman autobiographique pendant des mois. J’ai pu voir le film en avant-première en présence d’Eric Barbier ainsi que du très sympathique Pierre Niney. Les différentes réponses que le réalisateur a données, notamment à des fans et connaisseurs du roman et plus globalement de Romain Gary (qui avaient l’air sceptiques sur certains points) m’ont bien confirmé un petit souci d’interprétation du texte (ou en tout cas un refus de le mettre en scène). En effet, cette adaptation prend certainement un peu trop le roman au tout premier degré, tel qu’on le ferait étudier à des collégiens de 3e dans le cadre d’une séquence sur l’autobiographie. Par ailleurs, le long-métrage n’a pas pour simple ambition d’être uniquement une adaptation du texte de Gary : il exploite aussi le côté « biopic ». Vous allez me dire, Barbier adapte une autobiographie donc c’est logique qu’il y ait cette dimension biopic dans le long-métrage, les frontières entre les termes étant parfois floues. Mais le film aurait pu très bien exister sans ce côté-là non plus parfois très appuyé (notamment la fin). Bref, on ne va donc pas tourner autour du pot : oui, La Promesse de l’aube est une adaptation très classique, peut-être même un peu trop scolaire (et qu’on diffuse volontiers durant les cours de français, oui on a TOUS connu ça). La voix-off ne nous aide pas non plus à nous détacher de cette vision très académique. Oui, j’aurais également aimé qu’on prenne plus en compte la dimension plus profonde et, à mon avis, plus intéressante du texte de Gary. La mise en scène d’Eric Barbier n’est pas très inventive, loin de là. Elle reste tout de même adaptée par rapport à ce qu’on attend de ce type de grande production (qu’on ne voit pas tout le temps en France). Bref, Barbier remplit le cahier des charges mais ne parvient pas à aller au-delà.

La Promesse de l'aube : Photo Charlotte Gainsbourg, Pawel Puchalski

Cela dit, on ne peut pas non plus cracher sur tout. Si ce long-métrage filmé platement se veut parfois un peu larmoyant, on sera en revanche plus séduit par les scènes davantage « humoristiques ». On remarque également de beaux décors, une chouette reconstitution historique, des scènes de guerre certes pas spectaculaires mais soignées ou encore une photographie bien choisie. Dans l’ensemble, nous pouvons également dire que le film remplit son contrat de film grand public : le romanesque, l’action, « l’émotion », le sujet fort (les relations fortes et compliquées de Gary qui ne vit qu’à partir des rêves de sa mère possessives), il y a sur le papier beaucoup de choses qui peuvent plaire et qui fonctionnent un minimum  à l’écran. Les 2h10 passent également relativement vite, l’histoire restant tout de même assez prenante. Côté interprétation, je suis assez partagée. Je vais commencer par le gros point positif de la distribution : Charlotte Gainsbourg. Tout simplement phénoménale. Une de ses plus belles interprétations de sa carrière (dommage que ce soit pour un film moyen). Je ne voyais pas spécialement Gainsbourg incarner ce personnage (et pourtant, j’aime globalement bien cette actrice). Mais finalement, ce rôle à contre-emploi de sa personnalité lui va à merveille ! L’amour maternel profond et sincère, la sévérité ou encore la théâtralité dans le bon sens du terme (certainement le seul indice possible à détecter concernant la mythomanie présente dans le texte d’origine) sont ce qui définissent le personnage de Nina Kacew. Son interprétation aurait pu être très grossière, notamment avec ce travail sur l’accent (au passage, épatant). Mais Gainsbourg livre une composition bien plus pertinente et apporte à cette oeuvre assez académique une réelle émotion. Pierre Niney est également remarquable dans le rôle de Romain Gary, presque une évidence. Le jeune acteur franco-polonais Pawel Puchalski (interprétant Romain Gary enfant) est également impressionnant pour son jeune âge. En revanche, Nemo Schiffman (Gary adolescent) m’a moins convaincue mais il faut dire aussi qu’on ne le voit pas non plus des masses (et c’est finalement un peu la même chose pour Finnegan Oldfield). Surtout, on se demande ce que foutent Didier Bourdon et Jean-Pierre Darroussin, pratiquement des erreurs de casting. La Promesse de l’aube est une adaptation un peu trop sage du chef-d’oeuvre de Romain Gary : un peu trop convenu et manquant un peu de personnalité, le travail de Barbier reste tout de même propre et agréable.

La Promesse de l'aube : Photo Pierre Niney

Song to Song

réalisé par Terrence Malick

avec Rooney Mara, Michael Fassbender, Ryan Gosling, Natalie Portman, Cate Blanchett, Holly Hunter, Bérénice Marlohe, Val Kilmer, Lykke Li, Austin Amelio, Tom Sturridge, Iggy Pop, Patti Smith…

Drame, romance, musical américain. 2h08. 2017.

sortie française : 12 juillet 2017

Une histoire d’amour moderne, sur la scène musicale d’Austin au Texas, deux couples – d’un côté Faye et le chanteur BV, et de l’autre un magnat de l’industrie musicale et une serveuse – voient leurs destins et leurs amours se mêler, alors que chacun cherche le succès dans cet univers rock’n’roll fait de séduction et de trahison.

Song To Song : Photo Michael Fassbender, Rooney Mara, Ryan Gosling

Je connais encore mal la filmographie de Terrence Malick mais le peu de longs-métrages que j’ai pu voir de sa carrière m’avait clairement emballée. Cela dit, je ne m’étais pas encore attaquée à sa dernière « trilogie » (les deux premiers étant A la Merveille et Knights of Cup). Ce Song to Song (que j’ai rebaptisé de mon côté Baise to Baise – ceux qui l’ont vu comprendront) ne m’a pas du tout encouragée à regarder l’ensemble de cette trilogie. Certes, un certain talent de Malick, toujours aidé par une formidable équipe technique, est toujours détectable. La photographie (le triple oscarisé Emmanuel Lubezki est de la partie) est évidemment sensationnelle, sublimant autant les protagonistes que les décors. Mais cela va même au-delà d’une simple question esthétique. L’esthétique, qui se marie avec les choix de montage ou de narration, a pour but de faire sortir quelque chose, que ce soit pour les protagonistes ou les spectateurs, qui serait plutôt dans l’ordre de l’expérience, des sensations vertigineuses, du primitif ou encore l’exaltation des sens. Cela dit, j’ai beau comprendre la démarche du cinéaste, je n’y ai pas du tout adhéré (traduction : j’ai profondément détesté). Certains diront que nous sommes face à une oeuvre philo-existentialiste-poétique, pour ma part, j’étais tout simplement exaspérée ! Comment Malick peut-il autant se caricaturer ? Lui qui réalise des films si profonds, comment a-t-il pu réaliser une oeuvre aussi superficielle malgré toutes les bonnes intentions derrière ? Faisons un bref résumé de ce qu’on voit et entend à l’écran, qui peut déjà expliquer en partie mon exaspérations : des rockstars qui vivent dans le luxe, l’ennui, le malheur et le sexe (il n’y a pas plus cliché que ça), du sexe justement à tout bout de champ (avec des partouzes, des prostituées et tout le reste parce que vous comprenez : ce sont des rockstars) et le tout raconté sur une putain de voix-off insupportable comme dans les pubs Guerlain et co (du style « je chuchote des citations qu’on poste sur Facebook sur mon âme trop sombre »). Pire, le film s’étire sur plus de deux heures sur un montage fragmenté et sans réelle narration : ça donne encore plus l’impression de subir une interminable pub vaine, prétentieuse et superficielle. Le film en tant que sorte d’expérience a du mal à fonctionner à cause des personnages dont je me fous éperdument de leur sort de rockstars complètement pétées qui cherchent la plupart du temps leurs emmerdes. L’expérience ne fonctionne pas non plus car l’exercice de style atteint rapidement ses limites.

Song To Song : Photo Natalie Portman

Song to Song aurait pu me transporter, m’envoûter, m’embarquer dans un sentiment indescriptible. Mais, Malick est devenu prisonnier de cette esthétique qui fait désormais sa renommée. Certes, la narration se veut plus absente pour faire mieux ressortir les sensations exacerbées des personnages. Mais ce choix s’avère vite usant : les propos du réalisateur, s’enfonçant dans un délire métaphysique indigeste et lourdingue, paraissent vains. A l’image de ce montage, le film finit par tourner en rond. Je reviens aussi au rock : rarement je me suis autant foutue d’une bande-originale, elle m’est passée clairement au-dessus de la tête. Pire, Malick a le privilège d’avoir au casting de grands musiciens (Iggy Pop, Patti Smith…) mais on a l’impression qu’il ne sait pas comment caser ses nombreux potes. Du coup ils sont là mais on ne sait pas trop pourquoi. C’est pire qu’un caméo de Depardieu dans une mauvaise comédie française. Je n’ai même pas pu me réfugier du côté du casting, pourtant très beau sur le papier. Tout le monde fait des louanges sur Rooney Mara (dont la hype autour d’elle est en train de m’agacer – et pourtant j’aime paradoxalement beaucoup cette actrice). Alors oui, elle est talentueuse, oui elle est jolie : la caméra ne fait que la sublimer (et Malick est probablement amoureux d’elle – j’ai toujours du mal quand les réalisateurs filment une actrice comme s’il s’agissait de leur petite chose ou comme si elle était à tout prix au centre de toutes les attentions). Mais après, je n’ai pas du tout été gaga d’elle en la regardant jouer (ou plutôt minauder à voir basse en se roulant dans les rideaux parce que vous comprenez, son esprit est trop torturé). Il faut dire que je n’ai trouvé aucun personnage intéressant et les acteurs complètement à côté de la plaque. Ryan Gosling a l’air absent, Fassbender en fait des caisses dans le rôle du méchant gros dégueulasse de l’industrie musicale. Surtout, on a sans cesse l’impression que les femmes subissent les hommes et leurs sorts. Je n’ai jamais aimé Natalie Portman (donc déjà je dois prendre sur moi pour la supporter dans un rôle insupportable) et décidément les rôles de blondes cagoles (un peu comme l’horripilant My Blueberry Nights de Wong Kar-Wai) ne lui vont décidément pas du tout ! Et cette pauvre Cate Blanchett (dont le jeu n’est pas très bon pour une fois), on se demande presque ce qu’elle fout là dans cette galère !

Song To Song : Photo Rooney Mara

The Girlfriend Experience / Comment se faire larguer en dix leçons

The Girlfriend Experience

réalisé par Steven Soderbergh

avec Sasha Grey, Chris Santos, Philip Eytan…

Drame américain. 1h20. 2009.

sortie française : 8 juillet 2009

Movie Challenge 2017 : Un film qui a inspiré une série

Chelsea est call-girl de luxe à Manhattan. A ses clients, elle offre bien plus que de banales relations sexuelles : elle leur propose d’être pour eux la compagne d’un soir. C’est la « Girlfriend Experience »… Chelsea est convaincue de maîtriser sa vie. Son business marche bien, elle gagne 2000 dollars de l’heure et son petit ami accepte même sa manière de vivre. Mais quand on multiplie les rencontres, on ne sait jamais sur qui l’on va tomber…

Girlfriend Experience : Photo Sasha Grey

The Girlfriend Experience a bénéficié d’une sortie confidentielle. Pourtant, ce film a su attirer un petit public curieux. Surtout, une série anthologique s’est inspirée de ce long-métrage. J’ai toujours un peu d’appréhension avant de découvrir une oeuvre qui parle de sexe et de prostitution. Toujours peur qu’on tombe dans la pure vulgarité. Surtout avec la présence de Sasha Grey (ex-actrice porno) au casting. Petite précision qui pourra peut-être vous aider : j’ai regardé la version « alternative non censurée ». Ne vous fiez pas à ce titre « putaclic » : visiblement, il s’agit en fait d’un autre montage proposé par Soderbergh. Je ne sais pas à quel point ce montage est différent de la première version, mon avis se base donc sur cette deuxième version (même si je suis persuadée que mon appréciation ne serait pas si différente en regardant l’autre version). Je m’attendais à un film putassier : bonne nouvelle, il ne l’est pas. Soderbergh ne cherche pas à tomber dans le sensationnel. Son approche est pratiquement « documentaire » (notamment par les échanges entre Chelsea et le journaliste). Cela permet aux spectateurs d’entrer dans une autre partie de l’intimité de l’héroïne (intimité qui ne devient plus sexuelle mais psychologique). Le fait d’avoir choisi une actrice porno (Sasha Grey s’en sort finalement plutôt bien) est assez pertinent car nous pouvons également établir un lien entre l’industrie du porno et celui de la prostitution. Ainsi, le film est présenté à partir du point de vue de Chelsea. Aux yeux des spectateurs, elle n’est pas un objet sexuel mais bien une femme avec sa sensibilité, ses problèmes, ses peurs et ses doutes. On a envie de connaître la « vraie Chelsea ». De plus, Soderbergh ne montre jamais de scènes de sexe et ce n’est pas plus mal : le film évite de tomber dans le voyeurisme, ce qui aurait pu être contradictoire avec le propos sur lequel nous pouvons mieux nous concentrer. Ainsi, entre plusieurs entretiens avec ce journaliste, le film alterne les moments de vie privée de Chelsea avec son copain (ce dernier accepte son travail très tabou) et ses différents rendez-vous professionnels : elle ne doit pas seulement coucher avec ses clients, elle doit aussi faire comme si elle était leur petite amie (sortir avec eux au resto, les écouter se plaindre de leur boulot). La portée sociale du film est très appuyée, parfois même un peu trop : les différentes répliques tournant autour des problèmes économiques sont omniprésent même si on comprend bien le lien établi avec la probable situation économique de Chelsea. Au-delà de son propos parfois trop démonstratif, The Girlfriend Experience est surtout frustrant : ne dépassant à peine les 1h10, on ne peut pas s’empêcher de trouver le film inabouti alors qu’il a un énorme potentiel.

Girlfriend Experience : Photo Sasha Grey


Comment se faire larguer en dix leçons

réalisé par Donald Petrie

avec Kate Hudson, Matthew McConaughey, Adam Goldberg, Kathryn Hahn…

titre original : How to Lose a Guy in 10 Days

Comédie romantique américaine. 1h50. 2003.

sortie française : 11 juin 2003

Movie Challenge 2017 : Un film sorti l’année de mes 10 ans (2003)

Andie Anderson, une belle et talentueuse journaliste, est chargée par sa rédactrice en chef de livrer un compte-rendu personnel et documenté sur tout ce qui peut faire échouer une histoire d’amour. Andie dispose de dix jours pour faire la conquête d’un mâle, puis accumuler toutes les gaffes possibles qui le feront fuir dare-dare…
La journaliste jette alors son dévolu sur le fringant Benjamin Barry, un des publicitaires les plus en vue de l’agence Warren… sans se douter que celui-ci a fait le pari inverse : séduire Andie et la rendre, en dix jours, follement amoureuse de lui…

Comment se faire larguer en 10 leçons : Photo Kate Hudson, Matthew McConaughey

Avant d’obtenir un Oscar (pour Dallas Buyers Club) et de bâtir une filmographie plus intéressante, Matthew McConaughey ne jouait pas dans des chefs-d’oeuvre, loin de là. Il y a dix ans, n’oublions pas qui était notre cher Matthew : il était perçu comme un surfeur sans cerveau draguant tout ce qui bouge. Bref, pas étonnant qu’il ait fini dans la comédie romantique Comment se faire larguer en dix leçons (le titre faisant référence à l’article rédigé par le personnage féminin). A priori, le titre ne donne pas envie, la présence de Kate Hudson (actrice très moyenne à la filmographie très moyenne) n’aide pas non plus à s’intéresser à ce film qui a l’air de faire fuir. Cette comédie romantique a plutôt de mauvaises notes lorsqu’on fouille vite fait sur le Net. Pourtant, elle est plutôt plaisant et même parfois drôle. Je ne dis pas qu’elle a révolutionné son genre (et finalement peu de films parviennent réellement à renouveler le genre), loin de là. Mais elle n’est pas non plus épouvantable contrairement à ce qu’on pourrait croire. Soyons honnêtes, long-métrage déborde de clichés : les personnages sont tous beaux, gagnet visiblement bien leurs vies (elle est journaliste, il travaille dans la publicité), l’amie d’Andie est une niaise qui fait fuir les hommes etc… Mais justement, sans forcément dire que l’exécution est malicieuse (il s’agit d’une romcom très lambda), il me semble que ce film a parfaitement conscience que l’intrigue tourne autour de clichés justement. Si on ne s’extasie pas sur la mise en scène (en même temps, on n’en attendait pas tant), le scénario, pourtant prévisible, reste intéressant dans le sens où chaque personnage veut piéger l’autre. Si le film se situe dans une époque contemporaine, je n’ai pas pu m’empêcher à certaines comédies romantiques bien plus anciennes : je trouve qu’on retrouve cette vieille tradition qui donne un petit charme en plus. La première partie est à mon avis plus réussie par son aspect comédie rythmée que la seconde qui tombe plus dans la romance très attendue qui finit parfois par s’étirer. Si le final est prévisible avec un schéma ultra classique, il ne met pas non plus mal à l’aise, en s’étendant pas trop dans la mièvrerie. Le couple formé McConaughey et Kate Hudson fonctionne également bien. Il y a une réelle complicité entre ces deux acteurs qui sont sur la même longueur d’ondes (ils sont tous les deux beaux, grands, blonds et un poil superficiels). Bref, une romcom pas révolutionnaire mais qui sait remplir son rôle de chick film en connaissant visiblement ses limites.

Comment se faire larguer en 10 leçons : Photo Kate Hudson, Matthew McConaughey

Battle of the Sexes

réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris

avec Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough, Bill Pullman, Sarah Silverman, Alan Cumming, Elisabeth Shue, Austin Stowell, Natalie Morales, Eric Christian Olsen, Mickey Sumner, Jessica McNamee…

Biopic, comédie, comédie dramatique américaine, britannique. 2h. 2017.

sortie française : 22 novembre 2017

1972. La championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s’engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C’est alors que l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs, profondément misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l’affronter en match simple…

Battle of the Sexes : Photo Emma Stone, Steve Carell

Troisième long-métrage de Valerie Faris et Jonathan Dayton (réalisateurs du fantastique Little Miss Sunshine et de l’intéressant Elle s’appelle Ruby), Battle of the Sexes revient sur un fait historique qui a surtout marqué les Etats-Unis (d’après ce que j’ai compris, les Français ne s’en souviendraient pas ou même n’ont pas eu écho de cet événement). En 1973, Billie Jean King, star montante du tennis féminin affronte l’ancien numéro 1 Bobby Rings. 90 millions de téléspectateurs ont vu ce match qui ne se limitait pas à un affrontement sportif. Les réalisateurs parviennent alors à exposer les réels enjeux de ce match. Avant d’accepter de jouer ce match, Billie Jean King, à l’époque la joueuse la mieux payée, se battait déjà contre le sexisme dans le tennis. Elle réclamait notamment une égalité de salaires entre les joueurs et joueuses. Ce match représente alors le moyen de prouver que les femmes peuvent jouer aussi bien que les hommes. Il est certain que Faris et Dayton se concentrent davantage sur le personnage de Billie Jean que sur celui de Bobby Rings (le film démarre et se termine sur elle, et dans l’ensemble, elle est plus mis en avant – il faut dire que le chemin pour arriver à ce match passe certainement plus par elle), le traitement entre ces deux personnages est peut-être un poil inégalitaire (Rings paraît presque par moments un personnage secondaire vu le temps qu’on met à s’intéresser à ses motivations). On « sent » (enfin, disons que l’information en fin de générique ne surprend guère) que Billie Jean King et sa compagne de longue date ont été consultantes sur le tournage, pas uniquement par la précision des dates mais aussi par rapport à la place qu’a son personnage dans le récit. Cela dit, le sujet reste tout de même bien traité pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Battle of the Sexes n’oublie jamais qu’on parle d’une égalité entre les sexes et non d’une quelconque supériorité de la femme sur l’homme. Si on voit un peu moins Bobby Rings, il n’est pas non plus tant rabaissé que ça. Il n’est pas réellement le véritable « méchant » de l’histoire. Son machisme, à l’image de ce match, fait partie du show, du personnage qu’il incarne sur « scène ». Il ne veut pas tant que ça prouver une quelconque et soi-disant supériorité de l’homme. Il s’agit d’un homme d’une cinquantaine d’années qui se comporte surtout encore comme un gosse et surtout qui s’ennuie terriblement au boulot. Comment retrouver une vie normale quand on a vécu auparavant une existence qui ne l’était pas ? Rings veut avant tout se retrouver sa fierté sous les feux des projecteurs. Finalement, le véritable misogyne de l’histoire n’est pas toujours celui qui le clame le plus fort.

Battle of the Sexes : Photo Agnes Olech, Emma Stone, Natalie Morales, Sarah Silverman

Autre bon point (qui pourtant aurait pu en être un mauvais) : le rapport entre le match à portée féministe et la découverte de l’homosexualité de Billy Jean. La romance entre la sportive et sa coiffeuse aurait pu être hors sujet. Pourtant, elle trouve naturellement sa place. Le féminisme et le combat pour la cause LGBT sont en réalité si on se réfère de nouveau à l’histoire. Surtout, il y a une volonté de mettre en parallèle le mouvement politique et collectif et le combat intime de l’héroïne. Le parallèle en question ne paraît pas lourd. Il humanise même encore plus Billie Jean. Le sujet est donc bien traité sous un ton finalement assez léger, en y insérant beaucoup d’humour tout en n’oubliant jamais des enjeux derrière plus dramatiques. La mise en scène n’est peut-être pas hyper originale mais pourtant elle est plutôt bonne, entre son dynamisme et son approche parfois « documentaire » voire même télévisuelle (choix logique vu la médiatisation du match). Ce choix fonctionne d’autant plus face au fameux match tant attendu. On sait comment il s’est terminé (et on a envie de dire : heureusement qu’il s’est terminé de cette manière et pas que pour une question de féminisme, mais par rapport aussi aux âges des adversaires) mais pourtant les réalisateurs ont tout de même su créer ce suspense comme certainement à l’époque. De plus, la reconstitution des années 1970 est plutôt plaisante et l’ensemble est bien rythmé alors que le film dure deux bonnes heures. Le duel Emma Stone-Steve Carrel (les deux avaient déjà joué ensemble dans le remarquable Crazy, Stupid, Love de John Requa et Glenn Ficarra) fonctionne du tonnerre, entre la confrontation et une sorte d’affection et d’admiration non avouée. La presse a beaucoup parlé de Stone et Carrel (et en fait surtout de Stone) mais pourtant, le casting secondaire m’a également emballée. Je pense surtout à Bill Pullman, parfait en misogyne qui a l’air tout « propre » en apparence, à la formidable Sarah Silverman, soutien du groupe des joueuses au langage  et à la voix si identifiables, au délicat Alan Cumming ou encore à la toujours remarquable Andrea Riseborough. Battle of the Sexes ne marquera pas non plus tant que ça les esprits mais il a le mérite de remplir un grand nombre de ses objectifs, en étant un biopic au discours plus que jamais d’actualité, et s’intéressant à la fois à la portée collectif qu’aux parcours des individus.

Battle of the Sexes : Photo Eric Christian Olsen, Steve Carell

Le Musée des Merveilles

réalisé par Todd Haynes

avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore, Jaden Michael, Michelle Williams, Tom Noonan, Amy Hargreaves, Cory Michael Smith…

Drame américain. 1h57. 2017.

titre original : Wonderstruck

sortie française : 15 novembre 2017

Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Le Musée des merveilles : Photo Julianne Moore

Présenté au dernier festival de Cannes en compétition, Le Musée des Merveilles, reparti les mains vides, semblait avoir réjoui (et même ému) les festivaliers. Adapté du roman illustré Wonderstruck de Brian Selznick (auteur de l’excellent L’Invention d’Hugo Cabret, très bien adapté par Scorsese), également scénariste ici, Le Musée des Merveilles n’est pas le grand film émouvant tant vendu. Todd Haynes (Velvet GoldmineCarol, I’m not there) nous a habitués à tellement mieux auparavant. Sa collaboration avec Selznick ne produit pas autant d’étincelles que prévu. Certes, l’ensemble n’est pas mauvais, certains points sont heureusement plutôt intéressants. Le film est un poil long (surtout par rapport à ce qu’il raconte) mais il n’est pas non plus pénible à suivre (même s’il aurait pu être plus passionnant). Il aurait pu être plus désagréable à regarder par rapport à son montage, permettant d’alterner entre deux époques différentes : d’un côté, l’histoire de Rose dans les années 1920 en noir et blanc (et présentée comme dans un film muet de l’époque), de l’autre celle de Ben dans les années 1970. Le film est esthétiquement intéressant, dans le sens où plusieurs niveaux d’esthétiques sont justement proposées par l’alternance des époques mais sans qu’il n’y ait réellement un manque de cohérence entre les deux. Il faut dire que le film bénéficie de belles reconstitutions historiques ainsi qu’une jolie photographie. Une des dernières scènes (avec l’histoire de la maquette) est également rempli de trouvailles visuelles. Il y a également des parallèles établis pertinents, comme par exemple la fin du cinéma muet qui représente comme la fin du propre monde de la petite Rose ou encore le rôle de Space Oddity (même si, concernant l’utilisation de cette chanson, on en a fait un chouïa des caisses selon moi) qui semble marquer la fin du monde de Ben. De plus, une bonne partie du film fonctionne également grâce à l’excellente musique de Carter Buwell. Elle exprime bien les émotions des personnages et accompagne les différents déroulements de l’intrigue. Elle s’intègre en réalité comme partie intégrante du scénario. Et justement, alors que ceci fonctionne une bonne partie du film, le réalisateur se concentre durant la deuxième partie du film un peu plus sur l’histoire de Ben. Les dialogues reprennent le dessus… et ce n’est pas forcément une très bonne idée dans le sens où cela casse une certaine dynamique à peu près plaisante mise en place.

Le Musée des merveilles : Photo Jaden Michael, Oakes Fegley

Globalement, le scénario n’exploite pas si bien que ça tout le potentiel même de cette rencontre entre deux mondes. Paradoxalement, j’ai autant trouvé ce film assez « simpliste » que faussement laborieux : pour moi, le scénario propose un cheminement avec des obstacles et diverses révélations… sauf qu’il n’y a pas vraiment de surprises, on comprend vite le lien entre les personnages assez rapidement. Le traitement sur le rôle et la place du fameux Musée des Merveilleux est assez faiblard dans le sens où on s’en fiche relativement de cette histoire qui connecte tous les personnages. Cette accumulation de défauts nous empêche d’être totalement embarqués et convaincus par cette histoire qui se veut poétique et émouvante mais qui ne l’est jamais réellement. La petite Millicent Simmonds (réellement sourde dans la vie), qui s’en tire par ailleurs plus que bien, interprète un personnage plutôt attachant. En revanche, je ne pourrais pas dire autant de bien concernant Ben et Jamie. Je ne remets pas en question les interprétations correctes d’Oakes Fegley et de Jaden Michael mais plutôt la caractérisation et les réactions parfois d’une stupidité sans nom (au point de me prendre un sérieux fou rire). Par exemple, Ben (gamin avec un air hargneux – ça n’a pas arrangé mes affaires) décide de passer un coup de fil la nuit (???) un jour d’orage ???) et en devient sourd : tu as presque envie de lui dire « ET BAH BRAVO MON GRAND ! ». Ou alors il dit des trucs tellement évidents du genre « Je suis affamé » juste après avoir entendu gargouiller son ventre à des kilomètres ou « J’ai envie de dormir » après avoir bruyamment bâillé. Pire, son ami Jamie est juste un gros psychopathe/stalkeur (il le connaît depuis 2 heures et ça y est, « tu veux être mon ami ?? » et se met à le suivre partout avec son appareil photo !) et ça ne choque personne visiblement ! Certes, peut-être que je m’arrête sur des détails mais je vous assure qu’ils ont perturbé mon visionnage ! Je suis finalement plus convaincue par le casting côté adultes (même si on voit trop peu la charismatique Michelle Williams), surtout par Julianne Moore qui assure totalement dans ce double-rôle, surtout dans le deuxième où elle apporte un peu d’émotion à ce film qui en manque. Hélas, malgré parfois quelques bonnes idées parfois bien exécutées, Le Musée des Merveilles n’émerveille pas comme prévu. Un Todd Haynes mineur dans sa fabuleuse carrière.

Le Musée des merveilles : Photo Millicent Simmonds