A propos tinalakiller

Cinéphile qui doit encore mater plein de films et séries.

Epouse-moi mon pote

réalisé par Tarek Boudali

avec Tarek Boudali, Philippe Lacheau, Charlotte Gabris, Andy Rowski, David Marsais, Julien Arruti, Baya Belal, Philippe Duquesne, Zinedine Soualem, Ramzy Bedia…

Comédie française. 1h32. 2017.

sortie française : 25 octobre 2017

Yassine, jeune étudiant marocain vient à Paris faire ses études d’architecture avec un visa étudiant. Suite à un événement malencontreux, il rate son examen, perd son visa et se retrouve en France en situation irrégulière. Pour y remédier, il se marie avec son meilleur ami. Alors qu’il pense que tout est réglé, un inspecteur tenace se met sur leur dos pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un mariage blanc…

Epouse-moi mon pote : Photo Philippe Lacheau, Tarek Boudali

La comédie française actuelle fait peur pour différentes raisons. Souvent pas drôle (toujours un comble pour une comédie) et remplie de lourdeurs, elle véhicule en plus des idées plus que douteuses. Faisons le bilan de notre année difficile pour la comédie française : l’apologie du viol dans Gangsterdam, le sexisme dans Si j’étais un homme ou encore le racisme (surtout envers les Roms) dans A bras ouverts. Le sujet et la bande-annonce de Epouse-moi mon pote faisait vraiment craindre le pire : on mixe alors des sujets délicats, c’est-à-dire l’immigration, le blanc blanc et l’homosexualité. Même si j’avais plutôt apprécié les comédies de l’équipe de Philippe Lacheau et Tarek Boudali (Babysitting 1 et 2, Alibi.com), vu les critiques parfois très négatives que j’ai vues à son égard, j’avais préféré zapper Epouse-moi mon pote. J’ai continué pendant ce temps à éplucher les différentes critiques qui dénonçaient l’homophobie du film, j’ai également suivi les échanges parfois plus que houleux entre ceux qui ont haï le film et ceux qui ont eu un avis plus nuancé. Finalement, ma mère (oui, ça devient presque un running gag) a eu la riche idée d’aller le voir et évidemment elle avait besoin de quelqu’un pour l’accompagner. Bref, je m’étais un peu spoiler le film mais ce n’était pas totalement inintéressant d’avoir en tête les différents avis sur ce film. Je ne suis pas là pour dire qui a tort ou raison, je vais pas m’amuser à citer les critiques que j’ai trouvées pertinentes et celles dont je ne partage pas l’avis. Si je comprends la démarche des critiques qui ont été choquées, je me range étonnamment du côté des critiques un peu plus nuancées. Je n’aime pas nécessairement cet argument habituellement, mais cette fois-ci le premier mot qui m’est vraiment venu à l’esprit est « maladroit ». Sans vouloir dédouaner à tout prix le réalisateur (je vais quand même revenir sur les choses qui ne vont pas), je pense sincèrement que la démarche ne se voulait pas offensante (bon après ça n’excuse pas tout non plus : je suis certaine qu’il y avait aussi de bonnes intentions dans les films nazes que j’ai cités plus haut). J’ai perçu le scénario de la manière suivante : les deux personnages sont effectivement des homophobes, des ignorants sur la vie des homosexuels (qui vivent normalement). Lisa, la copine de Fred, tente par moments de raisonner ses amis, de leur faire comprendre qu’être gay ne signifie pas de se déguiser en Village People (pour reprendre à peu près de tête la réplique).

Epouse-moi mon pote : Photo

Il aurait certainement fallu encore plus insister sur cette remise en question qui peut paraître encore un peu faible, les personnages pourraient prendre encore plus conscience de leur homophobie (même si le discours de Yassine dans la boîte commence à aller dans ce sens – mais il ne va pas totalement au bout de la problématique). Le problème également, et c’est certainement pour cela qu’il y autant de polémiques – la plupart compréhensibles – c’est l’image générale des homosexuels. En dehors du couple de lesbiennes (rembarrant également le personnage principal par sa bêtise homophobe) assimilé à une apparence « normale », et même du couple final qui se comporte comme un couple lambda, tous les autres personnages homosexuels sont forcément tous clichés ou exubérants, voire même tous « pervertis ». Ca casse forcément toute la critique autour des personnages principaux qui sont homophobes. Mais je reste persuadée qu’il y a par-ci par-là des indices qui vont dans ce sens. Cela dit, très honnêtement (et c’est loin d’être la première fois que cela m’arrive durant une séance – j’en profite pour le signaler), la salle était à mon avis plus homophobe que ce film (oui ça reste inquiétant). Cela dit, en terme de comédie, Epouse-moi mon pote reste étonnamment encourageante. En fait, j’ai retrouvé les mêmes sentiments que j’avais eus face aux Babysitting et Alibi.com. Certes, il y a des choses qui ne vont pas : comme on l’a dit, il y a beaucoup de clichés, d’exagérations, des situations improbables (on a du mal à imaginer l’inspecteur de l’immigration se foutre dans autant de situations gênantes – même si certaines d’entre elles m’ont fait marrer), c’est certain. Mais je reste toujours « étonnée » par la fraîcheur des films de l’équipe Lacheau / Boudali. Surtout, ce qui me frappe et ce qui peut expliquer aussi mon avis un peu plus nuancé, c’est de voir qu’il y a une mécanique qui fonctionne toujours aussi bien de leur part : les gags rebondissent bien par rapport à d’autres qu’on a vu précédemment, un élément qui peut paraître anodin va également servir plus tard dans le récit etc… Et oui, du coup, malgré de réels problèmes qui ne peuvent être mis de côté, le film a parfois réussi à me faire rire. De plus, sur le thème de l’immigration, je trouve qu’on ne s’en sort pas si mal que ça (je dis pas non plus que c’est super profond ou quoi que ce soit, hein, ne vous faites pas des films sur mes propos). Servi par une distribution très convaincante (petite mention spéciale à Charlotte Gabris), Epouse-moi mon pote souffre hélas de quelques maladresses impossibles à ignorer mais il ne s’agit pas pour moi de la grande catastrophe annoncée. 

Epouse-moi mon pote : Photo Charlotte Gabris, Philippe Lacheau

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CoeXister

réalisé par Fabrice Eboué

avec Fabrice Eboué, Ramzy Bedia, Jonathan Cohen, Guillaume de Tonquédec, Audrey Lamy, Mathilde Seigner, Amelle Chahbi…

Comédie française. 1h30. 2017.

sortie française : 11 octobre 2017

Sous la pression de sa patronne, un producteur de musique à la dérive décide de monter un groupe constitué d’un rabbin, un curé et un imam afin de leur faire chanter le vivre-ensemble. Mais les religieux qu’il recrute sont loin d’être des saints…

Coexister : Photo Guillaume De Tonquédec, Jonathan Cohen, Ramzy Bedia

Après Case Départ et Le Crocodile du Botswanga (deux jolis petits succès dans l’Hexagone – que je n’ai pas encore vus au passage), CoExister est le troisième long-métrage de l’humoriste et acteur Fabrice Eboué. Plus précisément, il marque même sa première réalisation en solo, les deux premiers ayant été co-réalisés par Lionel Steketee (qui, visiblement, se perd dans le DC Universe française : Les Nouvelles Aventures de Cendrillon et trèèès bientôt Alad’2, youpi la joie). Eboué explique que l’idée de son nouveau long-métrage est née à partir du succès du groupe musical Les Prêtres (jusque-là ça se voit). Ce qui a surtout intrigué l’acteur-réalisateur est l’histoire de l’un des membres du groupe : parmi eux, le séminariste a quitté sa vie d’homme d’église à la fin de la tournée. Eboué a donc remplacé cette histoire incroyable de trois prêtres par les trois représentants des principales religions monothéistes. Dans le lot, nous avons un faux-imam (rôle spécialement écrit pour Ramzy dont on sent sans cesse une folle affection pour lui de la part du réalisateur), une sorte de clin d’oeil à Rabbi Jacob de Gérard Oury. On aurait pu craindre le pire surtout vu l’état de la comédie française actuellement, n’hésitant pas à utiliser des clichés sur les religions, on aurait même pu tomber dans le racisme. Certes, CoExister n’est pas un chef-d’oeuvre dans son genre (en même temps, il s’agit d’un film sans prétention) : c’est un film certainement plutôt oubliable. Mais il a le mérite d’être plutôt drôle et bienveillant. A l’image du personnage qu’il incarne (un producteur de musique neutre concernant une éventuelle confession religieuse), Eboué ne prend pas parti pour aucun personnage ni concrètement aucune religion. Il sait rire des travers de chaque représentant de ces religions avec leurs bons et leurs mauvais côtés, en rappelant qu’ils ont beau être des hommes de Dieu, ils sont avant tout des hommes. D’ailleurs, une certaine prise de distance est présente dans les descriptions des personnages « religieux » : comme on l’a dit, l’imam est un imposteur alcoolique (Ramzy ultra sympathique et charismatique), le rabbin (Jonathan Cohen, excellent dans ce rôle survolté) n’exerce plus depuis une circoncision ratée qui l’a traumatisé et l’a plongé dans une sorte de dépression et le prêtre (Guillaume de Tonquédec, un choix évident) va être confronté à la tentation. Il n’y a donc pas de quoi s’offusquer devant CoExister dont on peut relever deux principaux axes.

Coexister : Photo Ramzy Bedia

Tout d’abord, on relève une critique contre l’industrie musicale prête à tout pour amasser du pognon quitte à s’attaquer aux figures religieuses qu’on croyait justement inattaquables et incompatibles avec ce type d’activités. Certes, Eboué s’est amusé avec un certain décalage : justement, malgré le succès des Prêtres, on a du mal à imaginer une compatibilité entre la foi et le mode de fou de ces hommes et une sorte de vie de popstars. Mais finalement, pour en arriver à notre deuxième point, le discours est plus universel : au fond, même si on a beaucoup parlé de religion, il ne s’agit pas d’un film sur la religion qu’on pratique, celle qu’on représente ou tout simplement qui anime notre foi. C’est un film sur la cohésion de plusieurs individus pour une même cause. Si l’industrie musicale est déviante, la musique que le groupe chante, en délivrant des messages de paix et de tolérance, fait du bien au public. Parlons justement de musique. Le film n’a pas de prétention à être une oeuvre musicale, on regrettera peut-être de ne pas voir suffisamment de prestations musicales. Cela est un peu frustrant car la chanson principale (également intitulée « CoExister ») rentre vite dans le crâne (et cela est une bonne chose dans le sens où on doit croire au succès fou de ce groupe atypique) ou encore, la reprise de Savoir Aimer de Florent Pagny sous forme de clip est très drôle dans le sens où on reconnaît tous les tics habituels de ces vidéos en question. Je suis également un peu plus mitigée concernant les rôles féminins, pas bien mis en avant (et je ne dis pas ça par militantisme ou quoi que ce soit). Sabrina, l’assistante du producteur, incarnée par la pétillante et hilarante Audrey Lamy. Je comprends l’envie de confronter les figures religieuses à cette jeune femme très libérées sexuellement : là encore, il y a certainement matière pour rire de ce décalage. Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver cet aspect du scénario un peu lourd par moments. Je ne suis pas nécessairement fan de Mathilde Seigner (même si je ne comprends pas non plus le bashing autour d’elle) mai je l’ai trouvée très convaincante dans le rôle de cette patronne tyrannique. C’est vraiment dommage de ne pas avoir exploiter du tout ce personnage qui avait selon moi largement sa place dans l’histoire. Je ne parle pas non plus d’Amelle Chabhi (compagne d’Eboué – j’aime les potins) dont le personnage ne sert strictement à rien. Enfin, pour émettre une dernière remarque, selon moi délire aurait pu certainement aller encore plus loin, le scénario étant peut-être un poil trop classique (il n’y a concrètement pas de grosses surprises narratives). Dans l’ensemble, CoExister est une jolie comédie portant des valeurs bienveillantes alors que le sujet restait casse-gueule. 

Coexister : Photo Audrey Lamy, Fabrice Eboué, Guillaume De Tonquédec, Jonathan Cohen, Ramzy Bedia

Enemy

réalisé par Denis Villeneuve

avec Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Sarah Gadon, Isabella Rossellini…

Thriller canadien, espagnol. 1h30. 2013.

sortie française : 27 août 2014

Movie Challenge 2017 : Un film avec un acteur / une actrice que je déteste (M. Laurent)

Adam, un professeur discret, mène une vie paisible avec sa fiancée Mary. Un jour qu’il découvre son sosie parfait en la personne d’Anthony, un acteur fantasque, il ressent un trouble profond. Il commence alors à observer à distance la vie de cet homme et de sa mystérieuse femme enceinte. Puis Adam se met à imaginer les plus stupéfiants scénarios… pour lui et pour son propre couple.

Enemy : Photo Jake Gyllenhaal

Denis Villeneuve, un touche-à-tout (que ce soit pour les genres qu’il aborde et les différents publics visés selon les films) n’est plus le fameux réalisateur canadien qui monte : il est désormais un cinéaste qui compte. En dehors de quelques cinéphiles curieux (et évidemment des fans de Villeneuve), Enemy semble, par rapport à d’autres oeuvres de la filmographie du réalisateur, être passé un peu plus inaperçu. Pourtant, sans crier non plus au chef-d’oeuvre, Enemy, qui marque la seconde collaboration entre Villeneuve et Jake Gyllenhaal après l’excellent Prisoners, a quelque chose de fascinant. Il s’agit de l’adaptation du roman de José Saramago (Prix Nobel de Littérature en 1998) O Homem Duplicado (L’autre comme moi), publié en 2002. Il y a des tas d’oeuvres (cinématographiques ou autres) qui se sont déjà attaquées à la question du double, parfois accompagnées par celle de la schizophrénie. Cela pourrait créer une certaine lassitude ou même une méfiance par cette envie d’établir des comparaisons, conscientes ou non. Etrangement, durant mon visionnage, je n’étais pas du tout dans cette démarche. Le film ne déborde pas d’action et d’énergie, pourtant je me suis laissée embarquée par ce rythme lent et même hypnotique, prenant le temps de faire monter la tension. On peut sortir du film un peu décontenancé par ce qu’on a vu, dans un sens on vit presque une sorte d’expérience. Mais le processus pour reconstituer les différents indices pour trouver la « vérité » (en tout cas celle propre du spectateur, le film ne prétend pas répondre nécessairement de manière explicite à toutes nos interrogations) est magnétique. On pourra lui reprocher son côté un peu trop brute par moments, peut-être même sa dimension un peu trop métaphorique qui peut parfois empêcher la narration d’avancer (même si on est d’accord finalement que le film est plus « conceptuel » que purement narratif), il lui manque peut-être tout simplement ce petit quelque chose pour être totalement séduit. Mais rien ne semble être laissé au hasard et plusieurs visionnages semblent nécessaires pour ne pas passer à côté d’un détail. Le symbole de l’araignée (ici une représentation de la femme – sans cesse présente même si les rôles principaux sont masculins) fait évidemment partie de ces détails permettant aux spectateurs d’atteindre cette éventuelle vérité. Elle apparaît parfois discrètement, sauf à la fin. Je suis partagée justement sur sa dernière utilisation, certainement volontairement grotesque, presque proche d’une image kafkaïenne (image logique puisque le film plus globalement entre dans cette démarche).

Enemy : Photo Jake Gyllenhaal

D’un côté, concernant cette dernière métaphore visuelle, je comprends la démarche de Villeneuve par rapport aux personnages et plus globalement par rapport à la narration. De l’autre, cette image volontairement très absurde et grossière a tendance aussi à présenter une rupture par rapport à tout le reste du film, qui n’entre pas nécessairement dans ce ton. Là encore, évidemment, cette rupture est peut-être volontaire mais je n’y adhère pas nécessairement. La mise en scène de Denis Villeneuve est également toujours aussi remarquable, également toujours ancrée dans la précision. Avec lui, le duel intimiste et la dimension plus « collective » en filmant Toronto comme une grande ville étouffante labyrinthique (souvenons-nous de ce motif du labyrinthe déjà présent dans Prisoners) grisâtre (avec des tons jaunes tristes) finissent par se retrouver ensemble, l’une reflétant l’état de l’autre : la ville est une sorte de représentation psychique des personnages et ces derniers semblent aussi se perdre mentalement dans cette grande ville froide qui laisse place à la frustration. Par sa manière de représenter la ville, nous retrouvons un nouvel écho à l’araignée, ou plutôt à sa toile, toile qui peut aussi être une image de la psyché. Au-delà d’une écriture redoutable et d’une mise en scène réfléchie, les interprétations sont également plutôt bonnes, surtout celle de son acteur principal. Jake Gyllenhaal livre une double performance complémentaire impressionnante (tout en attribuant des caractéristiques propres à chaque personnage sans tomber dans la caricature) où il est notamment, pour ne citer que cet exemple, à la fois celui qui cherche à reconstituer le puzzle et celui au coeur de ce puzzle justement : la dualité est bien présente dans cette interprétation riche et intense. Il faut dire que les personnages qu’il interprète sont bien dessinés, aucun choix dans leurs caractéristiques n’est évidemment laissé au hasard (notamment dans les prénoms et les professions exercées). Je ne suis toujours pas convaincue par Mélanie Laurent même si je peux me réjouir de deux choses : déjà, on la voit peu donc elle ne m’a pas non plus gâchée le plaisir que j’ai ressenti en regardant le film. Surtout je « comprends » qu’elle soit au casting si on la place en parallèle avec la discrète (et talentueuse) Sarah Gadon qui, elle, livre une interprétation bien plus convaincante, toute en retenue. 

Enemy : Photo Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent

Bilan – octobre 2017

Cinéma

Les films de 2017

Ça (Andrés Muschietti, 2017) 3/4

Churchill (Jonathan Teplitzky, 2017) 1/4

The Meyerowitz Stories (New and selected) (Noah Baumbach, 2017) 1/4

Le Sens de la Fête (Eric Toledano, Olivier Nakache, 2017) 3/4

Primaire (Hélène Angel, 2017) 3/4

Coexister (Fabrice Eboué, 2017) 2/4

 

Rattrapages

Ça – « Il » est revenu (Tommy Lee Wallace, 1990) 2/4

Men & Chicken (Anders Thomas Jensen, 2015) 2/4

Aventure d’un soir (Max Nichols, 2014) 2/4

Le mariage de mon meilleur ami (P.J. Hogan, 1997) 2/4

Snowden (Oliver Stone, 2016) 3/4

Taking Off (Milos Forman, 1971) 3/4

Enemy (Denis Villeneuve, 2014) 3/4

Dans la peau d’une blonde (Blake Edwards, 1991) 3/4

Play (Ruben Östlund, 2011) 2/4

  

Télévision

Quadras (saison 1, 2017) 2/4

You’re the worst (saisons 1 et 2, 2014-2015) 4/4

 

Lectures

Autobiographie d’une courgette (Gilles Paris, 2002) 3/4

Brooklyn (Colm Tóibín, 2009) 3/4

The Girls (Emma Cline, 2016) 2/4

Une femme douce (Fiodor Dostoïevski, 1876) 2/4


Chroniques ailleurs : 

CineSeriesMag

La Mante

Churchill

Quadras

FuckingCinéphiles

Ca tourne à Manhattan


Movie Challenge 2017 

Les participants actuels : Beyond the LinesBoratGossip CocoLaurence et OlivierLaurentLilyMartin. N’hésitez pas nous rejoindre !

  1. Un film tiré d’une série/qui a inspiré une série
  2. Un premier film : Clerks de Kevin Smith (1994).
  3. Un film tourné dans un lieu où je suis allé(e) : Intimité de Patrice Chéreau (2001).
  4. Un film sorti l’année de mes dix ans
  5. Un film avec acteur/une actrice que je déteste : Enemy de Denis Villeneuve
  6. Un remake ou un film ayant été l’objet d’un remake : Les Proies de Don Siegel (1971)
  7. Un film qui se passe dans le milieu sportif
  8. Un film de procès : Le Verdict de Sidney Lumet (1982).
  9. Un film européen hors France : Alabama Monroe de Felix Van Groeningen (2012).
  10. Un film qui a reçu la Palme d’or
  11. Un documentaire : Pulp, a film about life, death and supermarkets de Florian Habicht (2014).
  12. Un film d’action/d’aventure : Deadpool de Tim Miller (2016).
  13. Un film qui a marqué mon enfance/mon adolescence
  14. Un film que j’aime bien secrètement : Marley & moi de David Frankel (2008).
  15. Un film français : Maman a tort de Marc Fitoussi (2016).
  16. Une suite de film : Bridget Jones’s Baby de Sharon Maguire (2016).
  17. Un film engagé : Hippocrate de Thomas Lilti (2014).
  18. Un film sorti cette année : Nocturnal Animals de Tom Ford (2017).
  19. Un film qui m’a fait pleurer : Premier Contact de Denis Villeneuve (2016).
  20. Un film qui m’a fait pleurer de rire
  21. Un film d’un réalisateur que j’adore
  22. Une comédie : S.O.S. Fantômes de Paul Feig (2016).
  23. Une comédie musicale : Ballroom Dancing de Baz Luhrmann (1992).
  24. Un film recommandé par quelqu’un : Watchmen de Zack Snyder (2009).
  25. Un film d’animation : Ma vie de Courgette de Claude Barras (2016).
  26. Un film que mon père adore
  27. Un film adapté d’un livre que j’ai lu : Fahrenheit 451 de François Truffaut (1966).
  28. Un film ayant obtenu un Oscar : Manchester by the Sea de Kenneth Lonergan (2016).
  29. Un film en noir et blanc : Elephant Man de David Lynch (1980).
  30. Un film réalisé par une femme : Mon Roi de Maïwenn (2015).
  31. Un film d’un réalisateur asiatique
  32. Un film d’horreur : Suspiria de Dario Argento (1977).
  33. Un film avec un mariage
  34. Un film LGBT : Mademoiselle de Park Chan-Wook.
  35. Un film avec un prénom dans le titre : Sils Maria d’Olivier Assayas (2014).
  36. Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion : The Secret Life of Words d’Isabel Coixet (2005).
  37. Un film qui se déroule avant le XXe siècle
  38. Un film policier/thriller : La Fille du train de Tate Taylor (2016).
  39. Un film feel-good : Célibataire, mode d’emploi de Christian Ditter (2016).
  40. Un film qui n’est pas sorti en salles en France : Hunt for the Wilderpeople de Taika Waititi (2016).

Le Sens de la Fête

réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache

avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Vincent Macaigne, Alban Ivanov, Eye Haidara, William Lebghil, Kevin Azaïs, Antoine Chappey, Benjamin Lavernhe, Suzanne Clément, Judith Chemla, Hélène Vincent, Gabriel Naccache, Sam Karmann…

Comédie française. 1h57. 2017.

sortie française : 4 octobre 2017

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête.

Le Sens de la fête : Photo Hélène Vincent, Kévin Azaïs

Le duo Eric Toledano-Olivier Nakache a fait beaucoup de bien dans le paysage de la comédie française. Certes, Samba (qui n’est pas une comédie) m’avait déçue et j’avais carrément détesté Je préfère qu’on reste amis. Cela dit, Intouchables est une bonne comédie même si son succès peut paraître démesuré. Surtout, j’ai toujours eu une folle affection pour Nos Jours Heureux et Tellement proches, deux films qui ont en commun le sens de la collectivité. Bonne nouvelle : Le Sens de la Fête entre dans cette même lignée. Certes, contrairement à beaucoup de personnes sur la blogosphère, je n’ai pas non plus eu le coup de coeur tant espéré. La première raison est son rapprochement avec un film que je déteste tant de tout mon coeur (je crois que la moitié de la planète est au courant) : Birdman. Certes, le film de Toledano et Nakache ne prétend pas reprendre l’exercice de style avec un (pseudo) unique plan-séquence. Mais pourtant, tout le long, on pense au film oscarisé, ce qui peut parfois faire sortir l’esprit de mon visionnaire. Comme dans le long-métrage d’Inarritu, il y a une sorte de caméra-fleuve au rythme similaire qui suit pratiquement sans cesse Max (Jean-Pierre Bacri), se confrontant à une multitude de personnages tous plus ou moins barrés. Pour couronner le tout, la bande-originale signée par Avishai Cohen nous fait penser à cette (putain de) batterie déjà présente dans Birdman. Je n’ai pas non plus apprécié la trame narrative autour de Suzanne Clément, un peu reléguée ici au plan de « potiche » alors qu’elle mérite tellement mieux ! Après, on peut effectivement voir où les réalisateurs veulent en venir dans le parallèle entre les catastrophes professionnelles et celles d’ordre personnel. Mais ça reste tout de même un point discutable selon moi. En dehors de ces quelques petits reproches, Le Sens de la fête est tout de même une très chouette comédie française, ce qui devient visiblement rare. Les réalisateurs nous prouvent qu’on est encore capable en France de faire un film populaire drôle sans tomber dans l’humour raciste, misogyne, homophobe et j’en passe. Le film réussit à parler à un large public sans forcément tomber dans un résultat trop consensuel. Surtout, s’il est merveilleux en terme d’humour, il sait aussi le mêler avec élégance et habileté à l’émotion. L’humour repose aussi bien sur des répliques cinglantes (dont seul Bacri a le secret pour les balancer) tout comme il fonctionne grâce à son rythme presque en cohérence avec la bande-originale. En réalité, c’est principalement la succession d’événements malheureux se déroulant sur une durée limité (à peine quelques heures) qui permet de faire ressortir différents ressorts comiques.

Le Sens de la fête : Photo Gilles Lellouche

Ainsi, les personnages, la plupart du temps assez attachants, ont certes tous des caractéristiques « stéréotypées », mais ils ne tombent non plus dans des excès ou même des clichés (dans le sens où les personnages restent crédibles) : le patron grincheux et sous pression, le photographe has-been pique-assiettes, le chanteur ringard qui massacre des chansons italiennes et veut faire tourner les serviettes, le prof de français (très à cheval sur le vocabulaire) dépressif serveur à ses heures perdues qui drague la mariée, le boulet de service qui comprend que dalle, l’employée énergique mais très grossière et grande-gueule, le marié imbuvable qui récite des discours interminables, la mariée toute douce mais soumise etc… Finalement, à l’intérieur de ce mariage sont représentées avec un mélange de tendresse et de satire différentes figures de notre société. L’humour repose aussi également sur des effets de répétition ou d’attente pour ne citer que ces exemples. En tout cas, tous ces différents effets comiques s’emboîtent malicieusement bien entre eux par une mécanique bien huilée au point d’en arriver à créer un climax fort en humour mais aussi en émotion. Oui, il y a bien une certaine émotion qui arrive parfois là on s’y attend le moins. Il touche aussi plus globalement pour le regard qu’il offre sur la collectivité (en n’oubliant jamais la place de l’individu dans le groupe) : si la bêtise de l’un d’entre eux peut avoir des conséquences sur les autres, ce sont aussi les erreurs de chacun qui permettent l’union, la solidarité et la force d’un groupe. La mise en scène est remarquable par sa fluidité parvenant à capter la pluralité des situations, le tout sur un fabuleux sens du tempo. Tous les acteurs, que ce soit les plus confirmés ou les moins connus (même si certains ont déjà une certaine reconnaissance), sont tous excellents. On a envie de dire que Jean-Pierre Bacri fait du Bacri : c’est pas faux mais il le fait tout de même toujours aussi bien, et peut-être même encore mieux que d’habitude (en fait, je ne vois pas qui d’autre aurait pu interpréter le rôle). Surtout, s’il est bien à la tête de cette grande troupe, il ne bouffe pas non plus les seconds rôles. Ce point était essentiel puisque le film parle justement de cohésion. Bacri n’est pas le seul à faire ce qu’il sait déjà faire (Lellouche, Rouve, Macaigne, Vincent… sont également concernés) mais on ne sent jamais de la lassitude ou une forme de paresse. Le Sens de la Fête est alors une formidable comédie parfois touchante, présentant parfois un regard désabusé sur notre société mais tout de même optimiste et surtout très humaine.

Le Sens de la fête : Photo Jean-Pierre Bacri

Primaire

réalisé par Hélène Angel

avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Albert Cousi, Ghillas Bendjoudi, Patrick d’Assumçao, Guilaine Londez, Olivia Côte, Laure Calamy, Antoine Gouy, Lucie Desclozeaux…

Comédie dramatique française. 1h45. 2016.

sortie française : 4 janvier 2017

Florence est une professeure des écoles dévouée à ses élèves. Quand elle rencontre le petit Sacha, un enfant en difficulté, elle va tout faire pour le sauver, quitte à délaisser sa vie de mère, de femme et même remettre en cause sa vocation. Florence va réaliser peu à peu qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre…

Primaire : Photo Sara Forestier

On a vu beaucoup de films se déroulant dans une école mettant souvent en scène des profs idéalistes (pour ne pas dire utopistes) qui réussissent à travailler dans un lieu finalement pas si pénible que ça par rapport à la réalité du métier. Et surtout ces profs en question sont vus comme des champions. Primaire, sorti dans l’indiscrétion au début de l’année, semble prendre un parcours plus réaliste. Hélène Angel s’est beaucoup documentée sur les métiers de l’enseignement, elle a également passé deux ans à observer des instituteurs. Cela se ressent durant notre visionnage : les termes utilisés  sont précis et surtout, contrairement à la majorité des films se déroulant dans des classes, il y a de la vie, sans cesse du bruit même dans les moments qui demanderaient du silence. J’ai passé six mois dans une école primaire en tant qu’animatrice, j’ai eu le temps d’observer tout ce qui pouvait se passer dans une classe mais aussi lus globalement dans une école. Il y a dans mon entourage un certain nombre de profs dont j’ai pu écouter leur ressenti sur leur métier et les films sur leur métier. Il me semble que Primaire est criant de vérité sur de nombreux points. Sur certaines scènes, notamment grâce à la mise en scène, a priori simple mais pourtant plus travaillée qu’elle en a l’air, on ne peut pas s’empêcher de constater que la démarche de la réalisatrice se rapproche de celle d’une documentariste. Cet aspect peut paraître rebuter certains spectateurs. En réalité, c’est ce qui donne de la crédibilité au film. Florence est certes une institutrice idéaliste et dévouée à son travail. Bref, tout ce qu’on aurait pu craindre comme je l’explique au début de ma chronique. On a peur de voir une éternelle prof sauveuse et wonder woman face au système. Certes, Florence veut être cette femme. Mais tout lui échappe au point de faire un burn out : les parents qui voient le mal partout, l’inspection à venir, un des gamins abandonné par sa mère, son propre gamin (dans sa classe) qui préférerait vivre d’aventures avec son père… Attention, Primaire est composé de moments de grâce, à l’image de la vie d’institutrice de Florence : le métier est ultra difficile, au point parfois de vouloir tout lâcher. Pourtant, ce sont ces petits moments de bonheur qui réconfortent et surtout qui rappellent pourquoi la jeune trentenaire a choisi ce métier et pas un autre. Le film en lui-même aborde un ton a priori « léger ». Pourtant il s’agit paradoxalement un des films les plus « sombres », justement par son réalisme, sur cette profession.

Primaire : Photo Sara Forestier

Primaire finit sur une touche d’espoir sur laquelle certains élèves se souviendront encore de leur apprentissage (et pas qu’avec Florence). J’ai lu des critiques disant que ce film était optimiste : la fin va effectivement dans ce sens-là. C’est peut-être mon seul vrai reproche que je fais au film : qu’il n’aille pas totalement au bout de sa démarche. Et encore, même dans mon reproche, j’ai envie de nuancer dans le sens où on ne connait pas forcément l’issue finale pour le petit Sacha et on nous pointe bien du doigt la situation très précaire des AVS qui pourtant jouent un rôle essentiel dans la vie des élèves handicapés. Mais je nuancerais tout de même mon avis sur ce point : selon moi, la force de ce film, certainement appuyée par un réalisme alarmant, est s’éloigner des clichés habituels. Oui, on peut faire ce travail avec passion, oui il y a des moments formidables dans la carrière d’un instit’ qui lui rappellent pourquoi il a choisi cette profession. Mais le désespoir face à aux situations familiales des gamins, les déceptions, la fatigue aussi bien physique que morale font basculer l’image parfois trop jolie des profs que nous montrent certains films. Ce discours déchirant de Florence, sans cesse en déformation professionnelle même dans un cadre privé, en salle des profs est criant de vérité : « on est décevants ». Comment faire son travail passionnément sans confondre tous les rôles ? Le discours n’est finalement pas moralisateur ou quoi que ce soit, il pointe une réalité avec ses hauts et ses bas. Bref, à part la fin qui est peut-être discutable, le scénario est bien écrit et la mise en scène plutôt bonne par rapport au projet global du film : une fiction le plus proche possible de la réalité sans non plus tomber dans les tics du film « façon documentaire ». Enfin, Sara Forestier est également un des atouts de ce qui pourrait finalement être une comédie (dramatique) sociale. Je n’ai rien contre cette actrice mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle aurait pu interpréter un tel rôle. Elle a su servir de son énergie (se transformant parfois en agressivité) pour donner du punch à son personnage très attachant tout en y ajoutant une douceur insoupçonnable. Je l’ai tout simplement trouvée investie dans son rôle et d’une belle luminosité et générosité. Les seconds rôles s’en tirent également très bien, notamment Laure Calamy, décidément la perle discrète du cinéma français (d’auteur), impeccable en mère indigne. Vincent Elbaz s’en sort également plutôt bien même si je suis un peu moins convaincue par la trame narrative (même si j’imagine qu’elle existe pour renforcer la part fictive du film, qui bascule

Primaire : Photo

La Fille du Train / Le Mariage de mon meilleur ami

La Fille du train

réalisé par Tate Taylor

avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett, Justin Theroux, Luke Evans, Allison Janney, Edgar Ramirez, Lisa Kudrow, Laura Prepon…

Thriller américain. 1h53. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film policier / thriller

Rachel prend tous les jours le même train et passe tous les jours devant la même maison. Dévastée par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaite… jusqu’au jour où elle est le témoin d’un événement extrêmement choquant et se retrouve malgré elle étroitement mêlée à un angoissant mystère.

La Fille du train : Photo Emily Blunt

Comme tout bon best-seller, La Fille du train de Paula Hawkins a eu droit à son adaptation cinématographique. Tandis que l’intrigue se déroulait à Londres dans le roman, elle se situe cette fois-ci dans le film à New York. Visiblement, en VO (et oui je suis passée par la case du mal : la VF), ce choix de transposition géographique prend un certain sens pour appuyer encore plus la solitude de Rachel, d’origine britannique (et incarnée par la britannique Emily Blunt). Le film est sorti un an après Gone Girl de David Fincher, qui était déjà lui-même une adaptation (Les Apparences, Gillian Flynn). Et La Fille du train version film a souffert de cette comparaison (complètement foireuse et superficielle – si vous voulez réellement le fond de ma pensée) avec l’excellent long-métrage de Fincher. Dans l’ensemble, si vraiment je m’en tiens au « divertissement », La Fille du train tient à peu près la route dans le sens où on a envie de connaître le comment du pourquoi. Beaucoup ont reproché au film d’être trop lent, personnellement je ne me suis pas particulièrement ennuyée malgré sa durée et son rythme pas nécessairement très rapide. La mise en scène de Tate Taylor (La Couleur des Sentiments, Get on up) n’est pas folle pour être honnête, elle manque de personnalité mais elle reste correcte : cela dit, il est certain qu’avec un autre réalisateur plus rôdé (tiens, le moment de revenir à Fincher ?), le film aurait pu être bien meilleur. Les personnages féminins sont intéressants même si on ne peut pas s’empêcher de tomber dans l’éternel portrait-croisé de la pauvre femme malheureuse (une alcoolique, des femmes malheureuses en ménage ou souffrant de baby-blues) : l’intention est louable mais j’ai toujours trouvé cet exercice très cliché. Je n’ai pas lu le bouquin, je ne sais pas du tout si le suspense est omniprésent dans ce matériau d’origine (je l’espère en tout cas). Le problème majeur du film concerne justement son manque de suspense, le scénario, certainement pas non plus aidé par un montage pas bien réfléchi, n’amenant pas très bien selon moi son intrigue. Honnêtement, j’avais compris relativement tôt le comment du pourquoi justement. Heureusement, malgré des défauts évidents et un ensemble assez oubliable (mais pas non plus lamentable), La Fille du train est porté par des interprétations plutôt solides, surtout celle de l’attachante et talentueuse Emily Blunt qui ne tombe pas dans la caricature dans son rôle d’alcoolique au chômage et mythomane.

La Fille du train : Photo Haley Bennett


Le Mariage de mon meilleur ami

réalisé par P. J. Hogan

avec Julia Roberts, Delmot Mulroney, Cameron Diaz, Rupert Everett, Rachel Griffiths, M. Emmet Walsh, Carrie Preston, Paul Giamatti….

Comédie romantique américaine. 1h40. 1997.

titre original : My Best Friend’s Wedding

sortie française : 1 octobre 1997

Movie Challenge 2017 : Un film avec un mariage

Julianne et Michael se sont connus étudiants et ont vécu une liaison amoureuse aussi brève que passionnée. Devant les hésitations de Julianne, ils décident de rompre mais de rester amis. Ils concluent alors un étrange pacte : si à vingt-huit ans aucun des deux n’a trouvé l’âme soeur, ils se marient ensemble. Mais voilà que quelques mois avant l’échéance, Michael se fiance avec Kimberly. Julianne aimerait bien tenter d’empêcher le mariage, si elle ne trouvait pas Kimberly si adorable…

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Cameron Diaz, Dermot Mulroney, Julia Roberts

Le réalisateur australien P.J. Hogan avait cassé la baraque en 1994 avec Muriel, cette comédie drôle et émouvante avec les excellentes Toni Collette et Rachel Griffiths. Je dois même dire qu’il s’agit de mes films de chevet : le film avait beau parler de mariage, il ne s’agissait pas à proprement parler d’une comédie romantique, il s’agissait finalement d’une ode à l’amitié et à l’indépendance. Dans le fond, dans une sorte de version américaine et avec une héroïne qui cette fois-ci correspond aux standards de beauté, Le Mariage de mon meilleur ami reprend des thématiques déjà présentes dans Muriel. Ce sont certainement un des seuls atouts de ce film qui surprend par sa fin loin des attentes habituelles des codes de la comédie romantique. Muriel et Le Mariage de mon meilleur ami mettent en scène des mariages impliquant de près ou de loin leurs héroïnes, ils donnent l’impression d’utiliser des codes de comédie romantique tout en sachant les détourner. Mais pourquoi Le Mariage de mon meilleur ami ne fonctionne pas aussi bien que Muriel ? Pourtant il s’agit d’une comédie avec le charme des années 90 plutôt fraîche, sympathique, rythmée, portée par de bonnes interprétations (notamment par la reine Julia hilarante et lumineuse dans ce rôle de peste ambulante). Même si la fin a le mérite de détourner les codes habituels de la comédie romantique (au fond… peut-on vraiment parler de comédie romantique ?), on ne peut pas s’empêcher de regarder… justement une romcom sympa mais sans plus, assez plate, n’évitant pas certains clichés et chichis hystériques. Ce constat est très sincèrement dommage car justement on sent qu’il y a une volonté, derrière ce petit divertissement en apparence, d’évoquer différents sujets moins superficiels que prévus. Ce film ne parle pas que d’un amour impossible à poursuivre. La confrontation entre les deux filles ennemies se battant pour le même homme ne se limite pas qu’à une question d’amour. Le personnage de Julia Roberts bosse énormément pour gagner sa vie tandis que celui de Cameron Diaz est une fille de milliardaire. Il y a aussi certainement un discours sur la femme moderne : certes, au fond, Julianne est un personnage pathétique, perdu, qui n’a pas su prendre les bonnes décisions au bon moment. Mais doit-on vraiment être triste pour elle ? N’est-elle pas aussi une représentation de la femme indépendante ? Bref, le film a beaucoup de potentiel, il est certainement moins bête qu’il en a l’air mais hélas il ne l’exploite pas autant qu’il le devrait.

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Julia Roberts, Rupert Everett

Ballroom Dancing

réalisé par Baz Luhrmann

avec Paul Mercurio, Tara Morice, Bill Hunter, Gia Carides…

titre original : Strictly Ballroom

Comédie romantique musicale. 1h34. 1992.

sortie française : 2 septembre 1992

ballroomj

L’histoire de Scott Hastings, jeune champion de danse qui se rebelle contre la toute-puissante Fédération en introduisant ses propres figures contre celles imposées par les concours.

 

Avec Moulin Rouge !, j’ai réellement pris conscience du talent qu’a Baz Luhrmann pour réunir, au coeur d’un objet cinématographique, des codes à la fois cinématographiques et musicaux. Ballroom Dancing (Strictly Ballroom) est le premier volet de la trilogie du Rideau Rouge (les deux suivants étant Roméo + Juliette et Moulin Rouge !). L’histoire n’est pas d’une très grande originalité pour être honnête : Scott Hastings est un danseur rebelle qui révolutionne le monde de la danse de salon en imposant ses propres figures. Mais à côté de cette première ligne directrice, s’ensuit aussi la romance entre Scott et Fran, une fille qui ne correspond pas du tout aux standards de beauté, encore moins à ceux de la danse. En plus de cela, elle ne danse justement pas très bien. On comprendra dans l’histoire pourquoi elle danse. Plus encore classique : transformer Fran en belle danse talentueuse. On a presque l’impression de revoir le schéma typique de scénario de comédie romantique avec la fameuse « moche » (qui n’était pas si moche que ça) devenir justement belle et talentueuse. Pourtant, on oublie très rapidement ce point qui aurait pu être problématique. Mieux, Luhrmann joue totalement avec ces clichés (que ce soit ceux que j’ai cités et tous les autres sans cesse présents dans le long-métrage) ou images toutes faites très exagérées. L’univers présenté est par ailleurs très coloré, déjanté voire même kitsch, les mouvements de caméra très rapides, la narration rappelle celle de certaines séries tv : bref, Ballroom Dancing est presque dans ce sens-là une parodie (de Dirty Dancing ?) mais sans en être totalement une non plus. C’est finalement un merveilleux mélange entre cette parodie, le kitsch outrancier, le film musical, le conte, les différentes cultures (quand l’Australie croise l’Espagne) tout en n’oubliant jamais de prendre en compte la partie plus « dramatique » de l’histoire. Tout ceci aurait pu qu’être une farce sur tous les niveaux sans se défaire de ces clichés tout comme le film aurait pu être d’une niaiserie sans nom. Pourtant, ni Scott ni Fran ne sont des personnages creux. Le film joue avec plusieurs types de clichés, notamment dans la narration, mais cela n’impacte pas les personnages qui ne tombent pas dans la caricature. Au contraire, ils sont touchants par les luttes qu’ils mènent par la danse. Scott Hastings (son nom de famille est-il si anodin que ça ?) touche par sa fougue et sa rébellion et Fran par son évolution sur tous les points (son changement physique est en adéquation avec ce qui se passe en elle intérieurement).

Et les méconnus (en tout cas en France) Paul Mercurio (également dans la vie danseur et chorégraphe et même juré dans la version australienne de Danse avec les stars !) et Tara Morice forment un couple sensationnel, une évidence (surtout durant la scène finale, absolument scotchante en tant qu’apothéose). Impossible également de ne pas parler de l’esthétique quand on évoque un film de Baz Luhrmann ! Certes, certains décors et costumes sont parfois volontairement kitsch (même s’il faut aussi se souvenir que le film n’a pas bénéficié du même budget qu’un Romeo + Juliette et surtout celui de Moulin Rouge!) mais cela n’empêche évidemment pas la beauté évidente des autres. Le sens de l’esthétique ressortait déjà dans ce premier long-métrage du réalisateur australien. Dès son premier film, Luhrmann savait déjà en mettre plein la vue et mêlait différentes disciplines artistiques sans jamais perdre en compte un objet cinématographique. Ce type d’exercice peut toujours paraître superficiel. Pourtant ce choix n’est pas gratuit : il souligne aussi bien la bêtise et la superficialité d’un certain milieu tout comme il magnifie les danses, capables de nous transcender. La mise en scène très dynamique, parfois même baroque, appuie encore plus cette beauté vive remplie de paillettes. Les danses hispaniques (flamenco, cha-cha-cha, rumba, samba, paso doble ), sont également très bien chorégraphiées dans le sens où elles sont lisibles et significatives par rapport aux sentiments des personnages. Ballroom Dancing inaugure incroyablement bien la trilogie du Rideau Rouge. Il n’aurait pu qu’être un film très classique et déjà-vu : le déroulé de son scénario n’est pas très surprenant, prétendre le contraire serait mentir. Mais l’énergie, la générosité et la passion exacerbée sous la caméra de Luhrmann, qui prouve déjà son savoir-faire, donne un rendu étonnant et détonnant. Il s’agit aussi d’une formidable ode aux règles qu’on doit parfois affranchir pour se libérer. Il faut parfois désobéir aux règles des concours de danse pour la révolutionner. Il faut parfois apprendre à se désobéir de ses propres règles, probablement construites par l’éducation qu’on a reçue, par sa culture d’origine ou même simplement par la peur, notamment celle de devenir une femme épanouie et mieux dans son corps.

 

The Square

réalisé par Ruben Östlund

avec Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West, Terry Notary…

Comédie suédoise. 2h22. 2017.

sortie française : 18 octobre 2017

Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.

The Square : Photo Claes Bang

J’ai suivi le dernier festival de Cannes uniquement sur les réseaux sociaux (promis, un jour j’y serai en chair et en os !). The Square semblait être une Palme surprise (je ne reprends que des intitulés de presse et autres) : le film suédois n’apparaissait pas réellement (ou en tout cas très rarement) dans les pronostics, et encore moins pour obtenir la Palme (la plupart jurait sur le magnifique 120 Battements par minute de Robin Campillo). Je suis donc allée le voir pour deux raisons : la première, comme vous l’avez deviné, est pour sa Palme (je suis forcément curieuse : je veux savoir, comme pratiquement tous les ans, si le jury a fait le bon choix ou au contraire s’il est complètement à côté de la plaque). La seconde est pour son réalisateur Ruben Östlund. Je n’avais vu qu’un seul de ses films avant de découvrir cette Palme : Snow Therapy (connu aussi pour son titre international « à la française » Force Majeure), qui avait été nommé aux Golden Globes. Ce film (que j’aimerais revoir) m’avait intriguée : je n’étais pas rentrée totalement dans l’histoire mais je ne pouvais pas nier ses qualités ni globalement cette proposition cinématographique. J’appréhendais de voir The Square vu ma petite expérience avec ce réalisateur mais finalement le choix du jury de Pedro Almodovar est très audacieux, loin des résultats attendus : les comédies sont rarement récompensées (notamment pour la Palme), surtout à Cannes. En réalité, selon moi, cette Palme n’est pas si surprenante que ça même si elle sort des conventions. Elle n’est pas surprenante parce que ce film est tout simplement bourré de qualités et qu’on ressort de la séance retourné. Je ne vais pas tourner autour du pot pendant 150 ans : The Square est, de loin, mon film préféré de 2017 (et pourtant, et vous le verrez en fin décembre pour le bilan annuel, j’ai eu de véritables coups de coeur pour d’autres films). Je comprends mieux pourquoi certains ont râlé face au palmarès cannois : ce film ne plaira clairement pas à tout le monde. On me dira que c’est le cas pour tous les films (ce qui est vrai) mais pour The Square, cette remarque aussi banale que bateau est pourtant réellement juste. Mais justement, le jury d’Almodovar n’a pas cédé à la facilité de l’émotion et c’est tellement rare que cela mérite d’être souligné. En terme de comédie, on n’a pas nécessairement l’habitude de voir certains mécanismes utilisés par Östlund dont on sent à chaque scène et même chaque plan l’exigence et surtout la signification ou le but en terme de sensations pour le spectateur.

The Square : Photo Dominic West, Terry Notary

On retrouve alors le côté froid de Snow Therapy, avec ses plans fixes qui accentuent chaque situation qui peut provoquer le malaise. Ce malaise est parfois terrifiant (la scène avec l’homme-singe m’a juste époustouflée – la performance hallucinante de Terry Notary, pourtant brève, n’y est pas étrangère) mais il est aussi à l’origine de nombreuses scènes hilarantes. La scène post-coït avec l’actrice de l’année Elisabeth Moss (remarquable dans les quelques scènes dans laquelle elle intervient) tenant à jeter elle-même le préservatif de son partenaire ou encore sa dispute dans le musée avec Christian avec, en arrière-fond, une des gardiennes qui y jette un coup d’oeil pour ne citer que celles-ci en sont de parfaits exemples. Le malaise n’apparaît pas uniquement dans la longueur des scènes fixes. Le discours social est certainement aussi ce qui peut déranger. Pour avoir assisté à quelques expositions d’art contemporain, les scènes présentant les différentes performances artistiques, les expositions très étranges ou encore plus même le concept même de The Square sont à peine exagérées : on est loin de la comédie bête se moquant grossièrement de ce milieu-là si facile à critiquer. Dire que The Square est une grosse critique de l’art contemporain ne serait pas totalement exact. Il se moque selon moi de certaines dérives de l’art contemporain, celle qui sait faire du buzz sans se préoccuper de ce qui se passe réellement dans le monde, celle qui prône des valeurs alors que ceux qui gèrent ces expositions ne les appliquent pas dans leur quotidien. Il n’y a pas de mépris pour l’art et en particulier pour l’art contemporain, il s’agit plus d’une critique de la bourgeoisie méprisante et ignorante via l’art contemporain qui reflète leurs propres bêtises. The Square, c’est quoi justement dans l’histoire ? Il s’agit d’un carré incitant à la bienveillance et la tolérance avec son prochain. Bref un joli concept ne reflétant pas du tout la réelle personnalité de Christian, préparant cette exposition. L’acteur danois Claes Bang est excellent dans le rôle de ce beau bourgeois intello quadragénaire lâche et contradictoire par rapport à ce qu’il prétend être et défendre en public. The Square livre plusieurs critiques qui s’emboîtent bien. On pourrait même être plus juste : le monde de l’art, évidemment pas épargné, permet de souligner un regard extrêmement sombre et pessimiste sur notre société, égoïste, irrespectueuse, qui communique avec les autres pour de mauvaises raisons. La mise en abyme fonctionne merveilleusement bien, le spectateur lui-même pouvant voir The Square comme une exposition géniale de 2h30 sur toutes les bêtises présentes dans notre société. 

The Square : Photo

Et quand Christian commence à prendre conscience de certaines fautes qu’il a pu commettre, il sera trop tard, ses actes ayant des conséquences. Ce point, justement, est l’autre qualité de ce scénario extrêmement riche et réfléchi, avec un effet d’entonnoir au fur et à mesure des scènes. Le scénario part sur un incident a priori anodin : Christian se fait voler son portefeuille et son téléphone par des pickpockets particulièrement rusés et organisés. Sauf qu’il ne va pas en rester là. Alors que toute personne sensée serait simplement allée voir la police, grâce à un de ses sous-fifres, Christian va tout faire pour retrouver ses affaires. Bref, entre cette petite histoire de vol, l’exposition et toutes les emmerdes qui vont suivre, Christian n’est pas au bout de ses peines. L’art devrait ouvrir l’esprit et nous sortir de nos préjugés. Pourtant, c‘est tout ce long déroulé des événements, avec toutes les conséquences qui vont sans cesse suivre et s’emboîter, qui va confronter le protagoniste à s’ouvrir au monde, à s’intéresser aux gens qui n’appartiennent pas à sa classe sociale. Le scénario est tout particulièrement élaboré dans lequel chaque scène porte une signification sur le discours général du film. Le réalisateur dissèque alors avec une rare pertinence les travers de la société, tout comme il livre un regard acide sur l’individu face à son animalité : finalement, on en revient toujours à Snow Therapy (je ne connais pas non plus encore bien la filmographie du réalisateur, mais en établissant quelques connexions entre ce film et The Square, on relève les thèmes qui fascinent Ruben Östlund). Nous relevons une réflexion pertinente sur la confiance perdue au coeur de nos sociétés occidentales : Christian ne fait pas confiance à des classes sociales différentes de  la sienne (l’incident avec les pickpockets en est un exemple). Les gens, qui ne s’intéressent pas forcément aux oeuvres d’art pour de bonnes raisons (coucou les pique-assiettes) ne peuvent plus avoir confiance en une oeuvre d’art pour des erreurs de communication. La mise en scène, dans le contrôle à la Haneke, est impeccable. A partir de plusieurs procédés (caméra fixe, hors-champ, happening), Ruben Östlund provoque sans cesse un malaise grinçant qui bouscule à la fois les personnages et les spectateurs. The Square est un long-métrage d’une terrible exigence sur l’art reflétant les travers de notre société absurde et égoïste, parvenant à trouver son équilibre entre la fiction, l’essai philosophique, la satire sociale et la comédie. 

 

The Square : Photo Claes Bang

Journal intime ouvert d’une petite cinéphile

→ Mon article ne porte pas entièrement sur le sexisme (même si j’y consacrerai une partie) mais après différentes concertations, je me joins aux articles « Sexisme, cinéma et blogosphère » de Suzy, Océane et Pauline dans lesquels je m’identifie sur de nombreux points. Voici notre introduction commune en guise de solidarité :

«Il y a eu quelques exceptions mais pour la plupart, j’ai été surprise par la représentation des personnages féminins dans ces films. J’espère qu’en incluant plus de femmes dans l’écriture, nous aurons plus de femmes comme celles que je rencontre dans ma vie quotidienne. Des femmes qui sont entreprenantes, qui ont du pouvoir, qui ne font pas que réagir aux hommes qui les entourent, qui ont leur propre point de vue» Jessica Chastain, Festival de Cannes 2017.

Alors que de plus en plus d’œuvres cinématographiques et, principalement, télévisuelles naissent entre les mains des femmes, un constat terrible et alarmant était rapidement fait par l’actrice américaine Jessica Chastain lors de la dernière conférence de presse du Festival de Cannes 2017.

Si l’actrice de Zero Dark Thirty, juriste lors de cette dernière édition, avait longuement insisté sur la représentation des personnages féminins à l’écran, il n’en ait pas moins qu’elle a su soulever un problème bien plus grand, bien plus étendu et qui peine à être résout : la place des femmes dans le domaine cinématographique.Si ça implique la maigre représentation des personnages féminins à l’écran, ça implique également toutes les coulisses du cinéma : l’écriture scénaristique, la production… et par extension, la critique journalistique. Tous les domaines du cinéma semble être profondément masculins.

Ici, il va être question de la dernière aborder, un simple point pour certains, un rôle majeur pour d’autres : la critique journalistique. C’est le rôle qu’on a choisi d’incarner dans le cinéma : Pauline, Océane, Suzy et moi. Mais comme l’a soulevé Jessica Chastain, la représentation des femmes est tout aussi catastrophique au sein de la critique. Un cercle vicieux qui ne semble pas vouloir changer.

Pire que ça, l’abondance de masculinité provoque des comportements machistes, sexistes et intolérables. Des réflexions déplacées au harcèlement, le sexisme ambiant a conquis un terrain qu’il est grand temps de reprendre de manière totalement égalitaire. Et comme pour tout, pour faire bouger les choses, il faut d’abord pointer du doigt les soucis qui empêchent l’évolution. C’est pour ça que nous avons décidé d’élever nos voix à travers nos expériences respectives au sein du journalisme spécialisé et de la blogosphère cinématographique.


Maintenant place à ce que j’ai à dire.

Je vous préviens, ça va être long, je vais parler de moi, de certains de mes complexes, de ma place dans la blogosphère cinéma, de mon sentiment de cinéphile en tant que jeune femme, de choix personnels et professionnels liés au cinéma. Bref, prends-toi du thé, un café ou même un verre de vin.

Depuis quelques mois, j’ai envie de vous confier certaines de mes pensées qui m’ont parfois pourri la vie. Je ne savais pas comment m’y prendre et surtout j’avais peur de passer pour une petite chieuse narcissique qui se plaignait pour rien. Le temps passe, certaines pensées s’accumulent avec le temps jusqu’à ce qu’on explose. On veut désamorcer ce quelque chose qui nous perturbe : il est temps de prendre des décisions dans sa vie pour avancer. Ce quelque chose n’a pas toujours de nom. Parce qu’il s’agit d’une succession de choses.

Sur Twitter, tout est parti d’une discussion autour du sexisme dans le milieu des blogs cinéma. Oui je l’évoquerais. A mon échelle. Mais ne vous attendez pas à des révélations de fou, à un tribune féministe ou quoi que ce soit ou vous allez être très déçus. C’est un problème parmi d’autres. Je parle finalement d’un tout aussi bien sociétal que strictement personnel. Je ne sais pas si des gens me comprendront ou se reconnaîtront dans ce que je vais écrire.  Je l’espère au fond de moi (en tout cas, je sais que les blogueuses que j’ai citées là-haut me comprennent et je les remercie très sincèrement). Mais si, ne serait-ce une seule personne, s’identifie à mon parcours, mes doutes et mes choix, ou juste comprend ma démarche, ça sera déjà de gagner.

Je vous parle donc ici à coeur ouvert d’une grande réflexion intérieure qui me pèse depuis des années. Je suis une cinéphile, pourtant je ne me suis jamais lancée dans le cinéma (terme évidemment très vague). Par exemple, je n’ai jamais fait d’études de cinéma. Cela fait aussi des années que je n’ai pas touché à ma caméra alors qu’adolescente, j’adorais expérimenter des choses, même si elles étaient mauvaises. Par exemple, je tentais d’écrire des scénarios après avoir dévoré des ouvrages du type Comment écrire un scénario ? Tout le monde sait ici que j’aime écrire. Je me suis aperçue très récemment que certains de mes brouillons étaient inconsciemment des esquisses de scénario. Comme quoi, c’est un projet qui ne parvient pas à me quitter même si je m’étais promis de ne plus y penser. Oui, carrément. Je l’ai même écrit noir sur blanc dans un de mes journaux intimes datant de 2015.

Je suis juste une petite blogueuse qui parle de films sur son petit blog personnel comme elle parlerait parfois à ses potes. J’ai récemment rejoint l’équipe de CineSeriesMag pour prouver aux autres et surtout à moi-même que j’avais d’autres ambitions (notamment professionnelles), que j’étais également capable de me remettre en question, de me mettre en danger, de recevoir des conseils, d’autres regards.

Vous allez me dire (et c’est peut-être la grande question qu’on pourra tirer de ce billet – si on doit en tirer quelque chose) : nos passions ne doivent pas obligatoirement devenir notre profession. Je me suis moi-même posée cette question. C’était même ma petite excuse pour ne pas voir la vérité, c’est-à-dire que j’étais assez frustrée. Frustration dont je suis en partie responsable. A l’heure actuelle, après moult décisions et rebondissements (même jusqu’en juillet dernier), je veux continuer à ce que le blogging prenne de la place de ma vie, une place encore plus grande. Participer à de plus gros projets, créer encore plus de liens avec des blogueurs.  J’assume de plus en plus cette passion alors qu’avant j’avais tendance à la cacher comme si c’était un crime. Et croyez-moi c’est pour moi déjà un grand pas. Et je sais que je suis capable d’en faire d’autres.

Ce billet a été inspiré à partir de deux réflexions lues et entendues qui ont fini par se rejoindre naturellement (oui, parce que j’ai commencé à écrire ce billet sans savoir que j’allais rejoindre les causes des blogueuses citées plus haut). La première est partie d’une question posée dans le cadre d’une réflexion profonde et psychanalytique sur ma petite personne : « Pourquoi les lettres modernes ? » en parlant de mes études. La deuxième fut donc la lecture d’un tweet de la part d’un de mes followers s’interrogeant sur le sexisme dans le monde des blogueurs cinéma. Je vous assure qu’en rejoignant les deux réflexions en moins de 24 heures, il y a eu un déclic en moi, un déclic que j’attendais depuis longtemps (et pourtant encore une fois il ne s’agit pas d’un billet féministe ou quoi que ce soit). Cela fait longtemps que j’ai des doutes, que je me pose des tas de questions, que je pète parfois mon câble (je suis méditerranéenne, on ne se refait pas) parce que je tente juste de savoir qui je suis et ce que je veux vraiment dans la vie. Je commence à y voir certaines réponses. Bref, ce billet va légèrement se transformer en 3615 ma vie.

Attirée par les lettres… grâce au cinéma

J’ai fait des études de lettres modernes comme certains le savent déjà. J’ai obtenu une licence de lettres modernes où j’ai suivi un parcours « enseignement ». J’hésitais entre ce domaine (principalement par sécurité – même si j’ai aussi le goût pour l’enseignement) et le journalisme (et à l’heure actuelle, je compte finalement… de combiner les deux, oui, oui). Parce que je voulais surtout faire du journalisme cinéma, pas nécessairement envie de m’occuper de tout le reste. Cela peut expliquer pourquoi je ne me suis pas totalement lancée à fond dans le journalisme (même si j’y avais déjà mis un pied en bossant pendant un an et demi dans le grand journal régional de chez moi – une riche expérience), comme si j’avais déjà pris conscience que quelque chose clochait. Bref, comme quoi, je tentais déjà, par ce rêve, de m’accrocher au cinéma.

Puis, un peu par hasard finalement, par insouciance aussi, je me suis lancée dans un master recherche en littérature comparée. Travailler sur mes mémoires a été passionnant, je ne peux pas le renier, je suis même fière de mon diplôme. Et pourtant j’ai souffert durant mes deux ans de master : je me demandais ce que je foutais là. J’avais gagné confiance en moi pendant mes trois ans de licence, et là en deux ans quelque chose en moi s’est cassé. Attention, je ne regrette pas mes études. Déjà, parce que ça sert à rien de raisonner comme ça. Ce n’est pas de toute façon pas un article pour dire que je regrette des choses : les choses sont désormais faites, j’avance avec ce que j’ai actuellement pour trouver l’avenir qui me pourra me combler entièrement. Je pars aussi du principe que je peux tirer du positif. Puis, pour des raisons très personnelles, faire des études me tenaient à coeur. Je ne voulais pas faire des études intellectuelles pour briller en société, j’en ai strictement rien à foutre de ça, disons-le tout de suite. Ma démarche était bien plus profonde. 

J’aime lire et écrire, comme sur mon blog, sur d’autres sites / blogs, dans mes carnets en espérant que certains de ses écrits ne restent pas éternellement dans des tiroirs. J’aide même des gens à écrire des livres (et cette année, en étant payée !). Mon rêve serait même de publier un jour un roman ou un recueil de nouvelles. Ou même de suivre un cinéaste ou un acteur sur plusieurs années (l’appel est lancé !). Pourtant, je ne me sens pas littéraire et je ne me suis jamais sentie littéraire. Je n’oublie jamais une chose : si j’ai ce parcours, c’est finalement grâce et à cause de ma passion pour le cinéma. Tout vient de là.

Les années lycée et les débuts de certaines prises de conscience

Au collège, alors que j’allais déjà au cinéma régulièrement, en alternant très régulièrement blockbusters et cinéma d’art et d’essai (c’était autant une passion qu’un refuge), lire était pour moi une épreuve insurmontable : cela surprenait toujours car j’adorais les cours de français. Mes seules lectures se limitaient aux magazines cinéma et people. Mais un roman, pour moi, c’était un calvaire au collège. Puis, ça s’est débloqué en seconde. Je suis tombée sur une jeune prof qui m’a fait comprendre que la lecture n’était pas une chose se limitant à faire des fiches de lecture pas très palpitantes. J’ai réalisé que la littérature pouvait éventuellement raisonner en moi comme le cinéma : derrière les histoires et les différentes techniques utilisées par les auteurs, il y avait derrière un sens à trouver qui en racontait encore plus sur les personnages et même sur soi. J’ai donc commencé bêtement à lire des romans adaptés de films. J’imagine que ça m’a poussée plus tard à m’intéresser à la littérature comparée. J’aime la littérature, je suis heureuse qu’elle ait pris de la place dans ma vie. Mais ma passion principale a toujours été le cinéma.

Pourtant, au lycée – un petit lycée privé hors contrat hippie très bizarroïde sur les bords avec que des paumés sortant du système scolaire pour diverses raisons – j’ai eu envie de me lancer dans l’audiovisuel. J’aimais le cinéma depuis mon entrée au collège et cela allait de soi à l’époque de m’intéresser à des études de cinéma. A l’école ou ailleurs, face à l’éternelle question « mais tu veux faire quoi plus tard ? », deux réponses : critique cinéma ou carrément réalisatrice (qui s’est transformée plus tard en scénariste). Certes, comme vous l’avez compris, ma section audiovisuelle était vraiment riquiqui, ce que j’ai fait ne correspond certainement pas à ce que font les élèves de cette section dans des lycées traditionnels. Mais je m’en foutais : c’était ma passion. Je m’en fichais aussi de rester au bahut mes mercredis après-midis même si je savais pertinemment que ce qu’on faisait dans ce lycée complètement bizarre n’était pas fou. Je savais aussi que j’y apprendrai quoiqu’il arrive des choses et je pensais réellement que le cinéma ferait partie de mon avenir professionnel une fois le bac en poche. Mais le lycée se déroule sur trois ans et en trois ans il peut s’en passer des choses dans la vie et dans la tête d’une adolescente.

En seconde, je me suis donc retrouvée dans une petite classe… de mecs. Oui, j’étais bien la seule fille. Et vous vous imaginez bien que c’était la même chose pour ma section cinéma. Je ne m’en suis pas aperçue tout de suite (il faut dire que je devais déjà gérer le sexisme ambiant que j’ai subi chaque jour pendant quatre mois – je ne me remercierai jamais au seul gentil camarade qui a su mettre fin à ça) mais avec le recul, je me souviens grosso modo de deux choses :

  • Un gars A demande à un autre gars B (B étant le fameux gars qui est intervenu face à la bande de demeurés qui me harcelait quotidiennement – oui, donc INTERVENEZ si vous voyez quelqu’un se faire harceler) s’il a vu Blade Runner. B lui répond que oui et se tourne vers moi pour savoir si je l’avais vu. Je n’ai même pas le temps de répondre que A intervient : « nan mais elle, elle peut pas avoir vu ce film ! ». Bah si mon coco. Et ça, ce n’est qu’un petit échantillon. Les autres gars étaient vraiment étonnés que je puisse aimer autre chose que Dirty Dancing ou d’autres films « de filles ». Que je puisse juste aimer le cinéma.
  • Le prof de cinéma, le cas le plus compliqué. Parce que je l’aimais bien en plus, il nous emmenait voir des films gratos (même si j’ai vécu à cause de lui deux séances qui se sont transformées en calvaire) et nos échanges étaient parfois intéressants et très enrichissants. Mais j’avais toujours l’impression qu’il ne me prenait pas totalement au sérieux même s’il pouvait dire le contraire. Que j’étais considérée différemment. Qu’il était toujours surpris par les films que je regardais. Qu’il s’attendait à ce que j’aime des films dit « féminins » et pas forcément le reste. Alors que pour les autres élèves, il ne se posait pas plus la question que ça. Alors, tu te sens obligée de devoir faire tes preuves. Et il ne m’a jamais encouragée à la réalisation même quand j’ai vaguement tenté de me lancer (ouais, bon, c’était quand même de la merde, hein). Non, pour lui (et c’est ce qu’il avait dit à ma mère), je devais plutôt me spécialiser dans l’écriture de scénario. Alors, certes, j’ai conscience qu’il était peut-être lucide pour mon non-talent derrière la caméra, qu’il avait compris que j’aimais tout simplement écrire. Mais tout de même, ça fait des années que ça me travaille.

Bref, ce sexisme, je l’ai finalement souvent ressenti que ce soit en cours, en sortant, en discutant avec des gens IRL ou sur les réseaux sociaux. Une petite parenthèse s’impose.

Ma coup de gueule contre le sexisme 

« Ah bon, tu aimes le cinéma ? » me répond-on souvent. C’est dingue, on ne pose jamais cette question avec un air ahuri à un homme.

A l’origine, comme je le disais dans mon introduction, tout est parti d’une question sur le sexisme dans la blogosphère même si finalement mon billet ne porte uniquement sur cette question. Encore une fois, je sais qu’il y a des cas de sexisme (voire même de harcèlement) bien plus flagrants et plus graves que le mien et j’espère que ces cas-là seront vivement dénoncés. Je ne cherche pas à me victimiser, ni à piquer la vedette. Mais être une femme cinéphile n’est pas une chose si facile.

Le déclic que j’ai eu par rapport au sexisme sur la blogosphère m’a parlé. Oui, j’ai peut-être des complexes, des doutes liés à d’autres problèmes personnels, je ne m’en cache pas. Mais je pense aussi qu’être une fille ne m’a pas aidée. Il y a quelque chose au fond de moi qui reste convaincu que les choses auraient été différentes si j’avais été d’un autre sexe. Que ces petites choses que j’ai minimisées, que je continue même parfois de minimiser ont aussi joué leur rôle à la femme que je suis aujourd’hui et à certains de mes choix.

Oui, que ce soit dans la blogosphère ou dans la vie de tous les jours, je me sens différente en tant que cinéphile à cause de mon sexe et même par rapport à ma façon d’être. Je suis étonnée qu’on ne parle pas tant que ça de ce problème qui selon moi est bien présent. Je ne pense pas être la seule à le minimiser. Par exemple, on sait publiquement – même s’il y a heureusement des progrès pour faire évoluer les mentalités (et tant mieux) – qu’il y a un fort sexisme dans le monde du sport ou celui des jeux vidéos. On me dira qu’il y a du sexisme partout – c’est pas faux. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut atténuer ce qui se passe en ce qui concerne le monde joyeux des cinéphiles. Je ne mets évidemment pas tout le monde dans le même sac. Peut-être que ce sexisme frappe moins les gens parce qu’il y a de plus en plus de cinéphiles filles qui s’affichent notamment sur les réseaux sociaux. Peut-être parce qu’on entend souvent des discours de cinéphiles qui défendent les femmes que ce soit au cinéma mais aussi tout simplement dans la société. Bref, le cinéma, c’est un milieu autant populaire qu’intellectuel : il est de bon ton de montrer son ouverture d’esprit, sa tolérance, son féminisme même. Mais les choses sont parfois bien différentes de ces discours très propres et louables. Maïwenn disait dans une interview pour Première que le cinéma était un truc de mecs, que ça faisait appel « à ses hormones masculines ». On lui a jeté des pierres alors que je suis intimement persuadée que beaucoup plus de gens qu’on le croit partagent cet avis.

Certains me connaissent et / ou voient à quoi je ressemble. J’aime prendre soin de moi, me maquiller, porter de jolies robes ou des petites jupes tout en restant assez « classique » dans le sens où je n’affiche pas forcément de grandes excentricités. Bref, rien de bien fou non plus, je suis comme beaucoup de filles. Mais à en croire certains, je suis une fille « superficielle ». Bah oui, parce que si tu te maquilles, t’es forcément conne, c’est bien connu. Et si on est une fille « superficielle », on ne peut éventuellement pas être cinéphile : visiblement, c’est incompatible. Si tu es fille qui a l’air « artiste », tu seras un peu plus acceptée. Comme quoi, on ne se débarrasse pas totalement de certains clichés, on continue de ranger les gens dans des cases. Et encore une fois, pour leur faire comprendre que tu aimes vraiment le cinéma, tu te sens obligée de faire tes preuves, de te justifier.

Paradoxalement, certains aiment bien ma gueule (il ne faut pas s’étonner si je ne veux toujours pas mettre ma tête en photo de profil sur le blog et les réseaux sociaux en tant que Tinalakiller). « Tu es ravissaaaaaante », « tu es resplendissaaaaaante ». Les compliments font plaisir, on ne va dire le contraire. Moi-même je complimente les gens. Mais il y a une différence entre faire un compliment et être lourd. Oui, j’ai déjà été très mal à l’aise face à certaines remarques. Est-ce que des blogueuses ou même juste des filles sur les réseaux sociaux se comportent de cette manière ? Non. En général elles se limitent à un commentaire bref et courtois. Pas à « MAIS TU ES TROP BEAAAAAAAAUUUU ».

Bonjour la fac de lettres

Je n’avais pas les moyens d’aller dans une école de cinéma même si les propos du prof ne m’avaient pas laissée indifférente. Et je n’étais pas sur Paris. Et ça me faisait flipper de tout quitter pour la capitale, je n’étais pas assez mature pour ça. Et encore une fois, il y avait aussi ce désir d’aller à la fac quoi qu’il arrive. J’aimais lire, écrire (j’écrivais à cette période aussi bien de sortes de nouvelles que des chansons ou des bribes de scénario), je tenais aussi mon ancien blog : aller en lettres était logique en terminale. C’était même mon seul voeu sur APB alors que l’année précédente, j’hésitais encore entre plusieurs sections. Je ne sais pas comment traduire ça : était-ce une envie profonde d’aller en lettres ou étais-je déjà au fond de moi un peu blasée par mon sort comme si j’avais décrété que faire des études ou un métier en rapport avec le cinéma serait pour moi impossible ? En tout cas, mes parents pensaient que j’irai en licence de théâtre, de psychologie ou en langues, ils étaient les premiers étonnés lorsqu’ils ont vraiment réalisé que j’allais en lettres.

Je suis donc entrée en lettres modernes en septembre 2011. Je n’ai pas eu totalement de chance : en 2012 (j’avais donc déjà validé ma L1 et je n’avais pas forcément envie de tout recommencer), une nouvelle licence, « lettres modernes et cinéma » était proposée dans mon université. Mais bon, même en bouffant beaucoup de littérature et d’autres matières très marrantes (la grammaire, l’ancien français, ouais c’est funky),  je me suis toujours débrouillée dès que j’en avais l’occasion pour suivre des cours en rapport avec le cinéma (et je ne regardais même pas si les heures me dérangeaient ou non, c’était vraiment ma priorité de caler ces cours quoiqu’il arrive), comme si j’avais ressenti depuis le début de mes études universitaires un manque ou une sorte de frustration.

Je décroche ma licence en 2014. Je dois prendre une décision sur mon avenir. Cette question m’a tracassée pendant les deux premières années de licence. Mais étrangement mon état d’esprit est plus léger en troisième année, que j’ai vécue comme des « vacances », avec de très bons résultats. Je me sens bien dans ma fac à cette période-là, plus que d’habitude. Cela a peut-être influencé mes choix futurs. Le cinéma était en tout cas toujours dans mes pensées mais pas au point de me lancer dans des études de cinéma (ça, j’avais laissé tomber l’idée depuis mon entrée en licence, presque par fatalisme). Je pensais alors encore et surtout au journalisme cinéma. Tenter les concours pour entrer dans une école de journalisme (que j’ai loupés) faisait encore partie de mes projets. Et à 21 ans, je ne me sentais vraiment pas prête pour l’enseignement (dans ma tête, je n’étais même pas du tout faite pour ça – et même actuellement je ne sais pas si je suis vraiment faite pour ça). Ni prête à réellement envisager que je pouvais vraiment faire tout court.

J’ai découvert la littérature comparée dès la première année de fac. Je m’y suis retrouvée tout de suite. La littérature comparée est une discipline qui fonctionne par réseaux multiples, que ce soit entre différentes cultures ou encore entre différents formes artistiques. C’était pour moi le nouveau moyen pour ne pas abandonner le cinéma tout en ne lâchant pas non plus la littérature. En première année de master, pour le mémoire secondaire, j’avais choisi l’option « littérature et cinéma » (avec un prof de la section cinéma, et non de ma section). En deuxième année, je me dis que c’est l’occasion de me faire vraiment plaisir : je fais mon mémoire sur une étude comparative entre Le Salaire de la Peur de Georges Arnaud et ses adaptations cinématographiques. Je suis contente d’avoir pu faire ce mémoire même si je ne l’ai pas aussi bien travaillé que prévu (la fac en elle-même m’exaspérait depuis des mois, j’avais deux boulots à côté, j’étais pas non plus au top de ma concentration). Je me demande au fond si je ne l’ai pas un peu délaissée pour d’autres raisons.

Pourquoi pas le cinéma ?

« Pourquoi les lettres modernes » donc ? (oui, revenons à nos moutons après cette longue digression). J’avais souvent réponse à tout quand on me posait la question. En fait, tout ce que je vous disais faisait partie de mes réponses. Or, cette fameuse fois-ci, j’ai été très mal à l’aise. Comme si je prenais conscience de certaines choses. Dans ce sens, on peut compléter cette question à une autre : pourquoi pas le cinéma ? Après tout, j’avais les pieds à la fac, j’aurais pu faire cinéma.

Déjà, il faut savoir que chez moi, les études de cinéma à l’université débutent à partir de la troisième année donc dans tous les cas, il fallait que je suive une autre licence (si je voulais évidemment rester chez moi). Mais une fois arrivée en troisième année, j’aurais pu bifurquer. Je n’ai jamais entamé les démarches, comme si je m’étais sabotée. Pourquoi ? Au-delà d’être attirée par la recherche (on ne va pas non plus se mentir), je me sentais bien dans ma filière et je crois que j’ai voulu rester dans un endroit rassurant quitte à ne pas trop prendre de risques. J’avais l’impression de vivre ce que je n’avais pas tellement vécu au collège et au lycée.

Autre critère : la question de la sécurité de l’emploi. Cette fameuse interrogation a été au centre de mes cinq ans d’études. Et l’année qui a suivi la fin de mes études aussi. J’ai toujours été partagée entre la passion et la raison. La sécurité de l’emploi est certainement ce qui m’a le plus retenu. C’est déjà suffisamment compliqué quand on est en lettres (surtout quand on a un merveilleux rendez-vous avec les amis de Pole Emploi qui te rappellent bien à quel point vos études sont inutiles pour trouver du travail – à part pour être prof). Alors, en cinéma, vous imaginez l’angoisse même que j’aurais ressenti pendant tout un cursus ?

Mais surtout intervient un troisième problème : ne jamais me sentir à ma place. C’est certainement mon plus gros complexe. J’ai totalement conscience de mon manque de confiance en moi (cela dit, contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser de moi, je ne suis pas non plus la personne la plus complexée de la Terre : j’ai des complexes et des doutes comme grosso modo tout le monde).

Mes complexes

J’ai le malheur de me comparer aux autres. Je suis la première à dire qu’il ne faut pas se comparer aux autres gnagnagna. Mais je n’applique pas ce conseil pour mon propre cas. Je ne me suis pas lancée dans des études de cinéma parce que j’avais peur de ne pas être à la hauteur. Peur d’être pas assez cinéphile, d’être trop inculte, de ne pas comprendre et apprendre suffisamment la technique pour ne citer que ces exemples. Mais cela a entraîné un autre type de complexe : mon rapport sur la blogosphère. J’ai toujours trouvé cela génial les gens qui ont eu la possibilité d’étudier leur passion, d’en faire même leur métier. Je tiens sincèrement à les féliciter. Il n’y a pas de jalousie ou quoi que ce soit dans ma remarque.

Mais parfois, sur la blogosphère, j’avais l’impression que je n’étais pas totalement légitime par rapport aux blogueurs qui étaient dans des sections cinéma par exemple. Alors évidemment, quand on a des connaissances dans un domaine, c’est normal de les réutiliser. Personne ne dira pas le contraire. Mais il y a vraiment des fois où je me sentais vraiment comme une merde par rapport à certains. Je ne sais pas si certains avaient juste chopé le melon, si c’est moi qui complexais comme une imbécile dans mon coin ou s’il y avait peut-être un peu des deux.

Et finalement, petit à petit, j’ai fini par développer ce complexe au sein de ma propre promo en lettres. Surtout en master. C’est en partie (mais pas que) pour cette raison que j’ai mal vécu mes deux dernières années de fac. J’avais sans cesse l’impression que j’étais une arnaque, que je n’étais pas légitime par rapport aux autres, que j’étais plus inculte etc… Finalement, j’étais paumée : j’avais pris certaines décisions pour me sentir encore plus mal. Ce sentiment de ne pas jamais sentir à sa place, même quand tu as dépassé le stade du collège

J’arrête de broyer du noir 

Je te félicite et je te remercie si tu es arrivé au bout de cette lecture. On va terminer ce billet sur une petite note positive.

J’ai dit ce que j’avais sur le coeur depuis des années. Cela a le mérite de me faire du bien. De retrouver la motivation. De repartir du bon pied. De ne plus me laisser faire non plus.

Je n’ai plus envie de me laisser perturber par ces pensées. Le passé doit appartenir au passé. On ne peut pas revenir en arrière. Et je ne saurais jamais comment aurait été ma vie si j’avais effectué certains choix. Aurais-je été plus heureuse ? Je ne le saurai jamais. J’essaie de prendre désormais ma vie en main, de faire ce dont j’ai envie avec les moyens que j’ai, de savoir saisir les opportunités qui en valent la peine. 

 

Ça (2017)

réalisé par Andy Muschietti

avec Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Sophia Lillis, Jeremy Ray Taylor, Wyatt Olef, Chosen Jacobs, Nicholas Hamilton, Stephen Bogaert…

titre original : It

Epouvante-horreur américain. 2h15. 2017.

sortie française : 20 septembre 2017

À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s’intégrer se sont regroupés au sein du « Club des Ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Ils ont aussi en commun d’avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu’ils appellent « Ça »…
Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu’un petit garçon poursuivant son bateau en papier s’est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou…

Ça : Photo Chosen Jacobs, Finn Wolfhard, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis

Le long roman de Stephen King Ça, publié en 1986, avait déjà connu une première adaptation pour la télévision en 1990 réalisée par Tommy Lee Wallace et avec l’excellent Tim Curry dans le rôle du clown terrifiant Grippe-Sou (Pennywise). Le téléfilm était intéressant (même si je trouve sa seconde partie bien en dessous de la première) mais il a sacrément vieilli. Cela fait depuis quelques années qu’on parle d’une nouvelle adaptation (j’insiste sur le terme – non, ce n’est pas un remake comme je l’ai parfois lu à tort et à travers) pour le grand écran. Cary Fukunaga (crédité au générique) devait réaliser cette nouvelle version avec Will Poulter dans le rôle du clown maléfique. Fukunaga quitte le projet suite à des désaccords artistiques avec les producteurs de New Line, Poulter suit le chemin du réalisateur en guise de soutien. Les frères Duffer étaient également très intéressés par le projet, même avant l’intervention de Fukunaga. Il est finalement amusant de voir un des acteurs de Stranger Things au casting (le jeune Finn Wolfhard). Bref, c’est finalement le réalisateur argentin Andrés Muschietti (qui avait signé le plutôt bon Mamá) qui passe derrière la caméra. On relèvera alors deux choses. La première est le changement d’époque. Le roman (ainsi que le téléfilm) se déroule sur deux époques : les années 50 (pour la partie sur l’enfance) et les années 80 (pour la partie « adultes »). Cette fois-ci, l’enfance des personnages se situe dans les années 1980. Au-delà d’une volonté de rendre cette version plus contemporaine (les sujets évoqués sont intemporels), Ça semble s’inscrire dans ce boum nostalgique pour les années 80 (re-coucou Stranger Things). On aurait pu craindre une nostalgie pénible et redondante, Muschietti a le mérite de ne pas abuser de ce nouveau contexte en le rendant pas cool à tout prix. Le deuxième changement notable est d’isoler justement les deux parties. En effet, le téléfilm reprenait la structure du roman, c’est-à-dire d’avancer dans le récit en alternant les différentes époques. S’il devrait y avoir ces échanges dans le chapitre 2, ce premier volet se concentre uniquement sur le récit durant l’enfance des personnages. Seule une réplique prononcée par Bev, où elle explique avoir eu une vision d’elle et de ses amis adultes, évoquerait discrètement cette fameuse alternance temporelle.

Ça : Photo Bill Skarsgård

Stephen King, décidément au centre de toutes les attentions (les adaptations de ses oeuvres sont très nombreuses et cela n’est pas prêt de changer en 2018 !), a approuvé (voire aimé) cette nouvelle adaptation de Ça. Je n’ai pas encore lu le roman d’origine (je l’attaque très bientôt les amis !), je ne peux donc juger que sur ce que j’ai vu. Ce long-métrage m’a en tout cas beaucoup séduite. Certes, il ne s’agit pas forcément du film le plus effrayant que j’ai pu voir – même si certaines scènes ont tout de même su me donner quelques petits frissons. Il reprend lui-même des codes très utilisés (et parfois faciles) dans le cinéma d’horreur actuel. Cela dit, il a deux mérites qui lui permettent de se détacher de ce cinéma d’horreur contemporain. Le premier est celui d’instaurer tout le long de l’oeuvre une atmosphère dangereuse. Le second est concerne sa manière de parler de la peur, pas uniquement de ce monstre mais aussi celles de notre enfance qui s’apparentent finalement à différents traumatismes bien plus profonds : inceste, disparition tragique des parents ou d’un frère, harcèlement scolaire, mère qui couvre dangereusement son enfant, racisme… Des sujets difficiles mais jamais traités avec lourdeur. Rien que le nom de l’oeuvre est significatif sur le fond de cette histoire (on peut même établir des rapprochements avec The Thing et It Follows), ce « ça » pour désigne le Mal. En psychologie, le « ça » répond aux pulsions de l’humain. Et ces pulsions hantent la ville de Derry, pratiquement un personnage à part. Certes, la métaphore est peut-être parfois un peu très appuyée mais elle fonctionne tout de même avec efficacité surtout pour un film de cette production (n’oublions pas que c’est une grande production – ce qui explique le départ d’origine de Cary Fukunaga). Par rapport aux thèmes évoqués et même par rapports à certains décors, on peut rapprocher cette oeuvre à une nouvelle de Stephen King, Le Corps (paru dans le recueil de nouvelles Différentes saisons), adapté au cinéma sous le titre Stand by me. Ce premier chapitre n’est alors pas à proprement parler un film d’horreur comme on aurait pu l’attendre, c’est un film sur l’horreur banale. Muschietti nous offre une chronique sur l’enfance à la fois dure, tendre et émouvante.

Ça : Photo Bill Skarsgård

Pour un film assez ouvert au public, on s’étonnera alors de la violence, certes suggérée (enfin pas tant que ça par moments, la scène d’intro avec le petit Georgie et son bras arraché n’est pas si suggérée que ça), mais tout de même présente. Si la fin s’étire peut-être un poil en longueur et qu’il y a parfois un peu trop de jump-scares et d’effets horrifiques pour plaire à un certain public actuel (même si dans le lot certains fonctionnent), la mise en scène de Muschietti reste solide. A noter aussi une belle photographie de Chung Chung-hoon, connu pour sa collaboration avec Park Chan-wook : cette influence japonaise est peut-être, avec du recul, à l’origine de cette atmosphère prenante. Une scène plutôt réussie semble même sorti de Ring de Hideo Nakata. L’interprétation de Pennywise par l’immense (et trop sous-estimé) Tim Curry était monumentale (même si on le voit finalement peu). Difficile de passer après une telle performance. Pourtant, Bill Skarsgård (fils de Stellan et frère d’Alexander) s’en sort plus que bien. Ce n’est pas évident de passer après Curry et le jeune acteur suédois ne cherche pas à l’imiter. Il montre une autre facette exploitable de ce personnage qui apparaît certainement plus que dans le téléfilm. Certes, peut-être qu’on prend le risque de supprimer la partie énigmatique du monstre qui hante les enfants jusqu’à l’âge adulte (le personnage de Curry semblait plus vicieux mais encore une fois les approches de l’un et de l’autre sont différentes). A voir également en version originale pour l’excellent travail vocal de l’acteur. Tous les jeunes acteurs sont également remarquables incarnant des personnages très attachants et charismatiques. Jaeden Lieberher (vu dans l’excellent Midnight Special) et la jeune Sophia Lillis (sorte de sosie version jeune de Jessica Chastain et / ou Amy Adams) sont particulièrement charismatiques, Finn Wolfhard est très drôle en petit clown de service (oh le clin d’oeil de merde) ou encore Jack Dylan Grazer est adorable dans le rôle du petit Eddie (c’était déjà mon personnage coup de coeur dans le téléfilm). On peut peut-être regretter qu’ils n’aient pas le même temps de présence à l’écran. Espérons que le casting adultes soit à la hauteur…

Ça : Photo Chosen Jacobs, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor

Ma Vie de Courgette

réalisé par Claude Barras

avec les voix de Gaspard Schlatter, Sixtine Murat, Michel Vuillermoz, Paulin Jaccoud…

Animation, drame suisse, français. 1h06. 2015.

sortie française : 19 octobre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film d’animation

Courgette n’a rien d’un légume, c’est un vaillant petit garçon. Il croit qu’il est seul au monde quand il perd sa mère. Mais c’est sans compter sur les rencontres qu’il va faire dans sa nouvelle vie au foyer pour enfants. Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice : ils ont tous leurs histoires et elles sont aussi dures qu’ils sont tendres. Et puis il y a cette fille, Camille. Quand on a 10 ans, avoir une bande de copains, tomber amoureux, il y en a des choses à découvrir et à apprendre. Et pourquoi pas même, être heureux.

Ma Vie De Courgette : Photo

Le roman Autobiographie d’une courgette de Gilles Paris avait connu une première adaptation pour la télévision (merci papi Wiki parce que je n’étais pas du tout au courant de son existence), C’est mieux la vie quand on est grand (réalisé par Luc Béraud). Avec la scénariste Céline Sciamma (surtout connue pour être la réalisatrice  de Naissance des pieuvres, Tomboy et Bande de filles), c’est le réalisateur suisse Claude Barras qui s’est chargé de son adaptation pour le grand écran, nommée aux Oscars dans la catégorie « meilleur film d’animation ». Il n’a pas choisi n’importe quel moyen : l’animation et plus précisément le stop-motion. Autobiographie d’une courgette est à l’origine un roman bouleversant raconté à la première personne par un enfant (comme l’indique en partie son titre) : un roman à la fois lumineux et dur avec son langage d’enfant reconstitué. Claude Barras et Céline Sciamma, dont le travail a été salué aux César par le prix de la meilleure adaptation, ont merveilleusement repris l’essence du roman sans chercher à tout prix faire du copier-coller (même si, dans les grandes lignes, on peut parler de fidélité mais il y a tout de même des changements pertinents). Certes, Courgette n’est plus le narrateur dans le film, c’est pour ça qu’on passe de « autobiographie » à « ma vie ». Les scénaristes ont également préféré aller à l’essentiel en supprimant plusieurs intrigues (et l’intrigue restante et principale est plutôt simple, il n’y a pas dix milles péripéties). Plus globalement, le film atténue les différentes violences, qu’elle soit verbale (le langage des enfants est moins grossier que dans le roman) ou physiques (la mort de la mère de Courgette a une dimension plus « tragique » dans le texte d’origine) voire même sexuelles (le passé des personnages est davantage détaillé dans l’oeuvre de Paris). Cela ne signifie pas pour autant de la légèreté dans les sujets évoqués, loin de là : les douleurs d’origine des personnages existent bel et bien. Bref, on est finalement face à deux oeuvres complémentaires, une forme de fidélité n’empêche pas de transformer le matériau d’origine pour toucher le public autrement. Ma vie de Courgette aurait pu décevoir à force de tout simplifier : il est certainement un peu plus accessible aux enfants via l’animation alors que le roman semble exclusivement destiné à un public adulte. Pour la petite anecdote, je refusais de voir le film à cause de sa petite heure (traitez-moi de radine !). Mais en allant à l’essentiel, en faisant court, Ma vie de Courgette trouve un nouvel élan qui permet de faire éclore une émotion sincère. Ce film, d’une belle sincérité, ne cherche jamais à en faire trop ou à être larmoyant.

Ma Vie De Courgette : Photo

L’animation en stop-motion est réussie, pas uniquement d’un point de vue esthétique : elle parvient à être cohérente avec les différents ressentis et significations : la photographie est claire et lumineuse, les enfants, tous très attachants, ont des cheveux très colorés (cela renforce aussi le propos « universel » sur l’enfance : n’importe quel enfant peut être concerné par l’abandon et les violences et n’importe quel enfant a juste le droit d’être heureux) et surtout les yeux ronds des gosses transmettent aux spectateurs d’incroyables émotions, ils ont l’air plus vivants que jamais. Si la « voix » faussement autobiographique a disparu dans la narration contrairement au roman, en revanche les dessins qui ont l’air d’être faits par des enfants permettent d’une certaine façon de continuer à faire entendre une et même des voix enfantines. Ma vie de Courgette fait partie de ces films d’animation capables de réunir tous les publics, aussi bien les adultes que les enfants. Il aborde des sujets difficiles voire même tabous, ce qui prouve de nouveau qu’un film d’animation n’est pas qu’un truc de gosses. Mais les enfants en tant que spectateurs ne sont justement jamais mis de côté, comme le clament les réalisateurs : ce film est fait pour eux même s’il n’édulcore pas ce que certains peuvent vivre. Ma vie de Courgette a beau évoquer des thèmes sombres, il s’agit pourtant d’un film éblouissant. Les traumatismes et les blessures sont bien perceptibles dans le scénario mais les enfants ont le droit aussi d’avancer et d’avoir la vie qu’ils méritent de vivre. Le foyer est souvent perçu, que ce soit en littérature ou au cinéma (ou autre), comme un lieu austère et dangereux. Or, l’auteur du roman ainsi que le réalisateur ont cassé les codes habituels en nous exposant le foyer comme un lieu bienveillant permettant aux enfants de se reconstruire. Justement, c’est l’extérieur qui représente éventuellement un danger. Le choix d’utiliser des marionnettes prend alors encore plus de sens : la marionnette est une figure qui peut se casser et par conséquent se réparer. C’est finalement ce qui arrive aux enfants : la vie les a cassés mais le foyer peut les réparer. Encore une fois, à l’image des couleurs vives et des yeux ronds (les yeux sont le miroir de l’âme), le foyer est un lieu optimiste ouvrant à la liberté. Le casting vocal, mêlant aussi bien côté adultes des professionnels que côté enfants des débutants, est également très réussi, sachant transmettre l’émotion mais aussi la vivacité de leurs personnages. Ma Vie de Courgette est alors une ode à la vie bouleversante, poétique, tendre et sensible sur des gamins qui apprennent à se reconstruire par des valeurs aussi nobles que l’amitié : finalement, les liens les plus précieux ne sont pas ceux du sang, mais ceux qui nous valorisent dans ce monde.

Ma Vie De Courgette : Photo

Le Redoutable

réalisé par Michel Hazanavicius

avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo, Micha Lescot, Jean-Pierre Mocky, Grégory Gadebois, Jean-Pierre Gorin, Marc Fraize…

Biopic, comédie française. 1h47. 2017.

sortie française : 13 septembre 2017

Paris 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde.
Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu’incompréhensible.

Le Redoutable : Photo Louis Garrel, Stacy Martin

Le Redoutable, présenté au festival de Cannes en compétition en mai dernier, est principalement inspiré du livre Un an après d’Anne Wiazemsky, l’ex-femme du réalisateur Jean-Luc Godard, mais aussi d’un autre de ses textes autobiographiques, Une année studieuse. Pour être très honnête avec vous, je connais assez mal Godard. Je n’ai vu un seul film, Le Mépris, et quitte à me faire taper dessus, mon visionnage s’est vite transformé en calvaire. Et globalement, mon courte expérience avec les films de La Nouvelle Vague n’a pas été très concluante. J’avais peur que Le Redoutable ne soit pas fait pour moi. Je ne peux pas parler à la place des fans et connaisseurs de Godard mais pour ma part, je l’ai trouvé accessible pour des spectateurs qui ne le connaissent pas le réalisateur (en ayant conscience que je n’ai certainement repéré toutes les références possibles). Et je crois que c’était aussi le but de Michel Hazanavicius, décidément passionné par le cinéma (pratiquement tous les films de sa carrière sont des hommages au cinéma). Décidément, les réalisateurs ont compris que le biopic traditionnel commençait à lasser le public : il faut apprendre à jouer avec ses codes, ne plus raconter une histoire de personnalité de son enfance jusqu’à sa mort, faire intervenir d’autres points de vue. Hanazavicius s’intéresse alors à une période courte de la vie de Godard : la fin des années 60 (en particulier, pendant une bonne partie du film l’année 68), après la sortie du film La Chinoise. Et finalement pas que celle de Godard. Mais c’est donc aussi l’histoire de l’actrice et écrivaine Anne Wiazemsky, la jeune épouse de Godard. Le titre, Le Redoutable, bien qu’il puisse être énigmatique avant de commencer (heureusement, dès le début, on voit où le réalisateur veut en venir), met évidemment en avant Godard. Logique, Godard était au centre de tout : de ce film, du cinéma dans les années 1960 et de son couple. Pourtant, le film ne peut pas se limiter à un morceau de vie sur le cinéaste. Deux mots – qu’on peut associer ensemble –  me viennent en tête pour qualifier ce film : destruction et révolution. La France est en révolution, le cinéma est aussi sans cesse en révolution, Godard l’a révolutionné et à force de vouloir le révolutionner, de faire sa révolution dans tous les sens du termes, il se perd, il se détruit, lui et son couple, voire même l’amour qu’il a pour le cinéma. Godard passe pour un personnage antipathique, pénible, sans cesse en contradiction avec lui-même : il veut appartenir à un groupe, aussi bien cinématographique que social alors qu’il se situe nulle part.

Le Redoutable : Photo Bérénice Bejo, Stacy Martin

Godard est un personnage détestable (cela est parfois problématique, si on devait relever les quelques défauts de ce film : on a quand même l’impression que Hazanavicius ne l’aime pas et le méprise) mais Louis Garrel le rend terriblement attachant. J’avais auparavant une mauvaise image de cet acteur mais cela fait plusieurs fois que je constate qu’il est vraiment bon et décidément à l’aise dans des rôles ayant une force comique. Stacy Martin se défend également bien avec un rôle pas si évident à interpréter malgré les apparences : comment être présente à l’écran quand son personnage est censé être effacé ? L’actrice de Nymphomaniac, avec son phrasé et son apparence très sixties, livre une jolie interprétation et ne se fait pas bouffer par Garrel. Ce film est indéniablement réussi : il ne s’agit pas que du portrait d’un cinéaste misanthrope en perdition avec sa vie et son métier ou même d’un regard sur un couple qui se brise sous nos yeux. Ce n’est pas qu’une réflexion sur un artiste face à son propre mythe. C’est aussi un film sur la création et la place de l’artiste dans la société : comment un artiste peut-il et doit-il s’intéresser aux gens tout en les faisant intéresser eux-mêmes aux maux de la société ? Godard est un personnage qui veut parler du peuple tout en le méprisant. Il parle beaucoup avec des phrases bien faites dans des conférences, débats ou autre, il ne parvient plus à communiquer avec qui que ce soit. Au-delà d’une jolie reconstitution des années 60, Michel Hazanavicius utilise différents procédés esthétiques : tableaux annonçant les chapitre, aspect visuel vintage, slogans bien exposés. Il s’amuse aussi avec la citation et des mises en abyme, que ce soit avec la critique sur la nudité gratuite au cinéma avec Garrel et Martin entièrement nus ou la réplique de Garrel : « Je suis sûr que si tu demandes à un acteur de dire que les acteurs sont cons, il le fait ». Il rend aussi hommage, tout en le pastichant, à Godard bien sûr mais plus globalement à La Nouvelle Vague. Bref, c’est un film souvent drôle extrêmement créatif, bourré de belles trouvailles qui produisent non seulement son effet qui mais qui y trouvent du sens par rapport au sujet même autour de la création et de la destruction (la narration a beau être linéaire, il y a quelque chose dans le montage et les différents procédés qui font penser à de la déconstruction). L’exercice de style, même s’il trouve aussi ses limites si je devais tout de même légèrement nuancé mon emballement, trouve pour moi son sens et c’est aussi pour cela que j’ai envie de défendre Le Redoutable. De plus, Hazanavicius répond à cette question qui est elle-même posée : oui, on peut faire des films légers, drôles et divertissants (puisque les fans de Godard lui demandent de refaire des films légers « comme avant ») sans être idiots tout en incitant à la réflexion. Si le film ne marche pas au box-office, Le Redoutable est pourtant, pour faire plus simple, un film « populaire » d’auteur.

 

Le Redoutable : Photo Louis Garrel, Stacy Martin

Bilan – septembre 2017

Cinéma

 

Les films de 2017

120 Battements par minute (Robin Campillo, 2017) 4/4

Seven Sisters (Tommy Wirkola, 2017) 3/4

Les Proies (Sofia Coppola, 2017) 3/4

Mother! (Darren Aronofsky, 2017) 0/4

Jackie (Pablo Larrain, 2017) 1/4

Problemos (Eric Judor, 2017) 3/4

Good Time (Josh et Benny Safdie, 2017) 4/4

 

Rattrapages

Ego (Lisa James Larsson, 2013) 3/4

L’important c’est d’aimer (Andrzej Żuławski, 1975) 1/4

The Dark (John Fawcett, 2004) 2/4

Victoria (Justine Triet, 2016) 2/4

Dark Skies (Scott Charles Stewart, 2013) 3/4

Les Proies (Don Siegel, 1971) 1/4

Frances Ha (Noah Baumbach, 2012) 4/4

Jenny’s Wedding (Mary Agnes Donoghue, 2014) 2/4

La Part des Ténèbres (George Romero, 1993) 3/4

2ème sous-sol (Franck Khalfoun, 2007) 2/4

  

Télévision

Black Mirror (saison 1, 2011) 4/4

La Mante (saison 1, 2017) 2/4

 


Chroniques pour CineSeriesMag

Presque adultes – saison 1

In a Heartbeat de Esteban Bravo et Beth David

Boy de Taika Waititi


Lectures

Un coup à prendre (Xavier de Moulins, 2011) 2/4

Ce parfait ciel bleu (Xavier de Moulins, 2012) 2/4

Mémoires d’un jeune homme dérangé (Frédéric Beigbeder, 1990) 2/4

Frappe-toi le coeur (Amélie Nothomb, 2017) 4/4

Les Proies (Thomas Cullinan, 1966) 3/4


Movie Challenge 2017 

Les participants actuels : Beyond the LinesBoratGossip CocoLaurence et OlivierLaurentLilyMartin. N’hésitez pas nous rejoindre !

  1. Un film tiré d’une série/qui a inspiré une série
  2. Un premier film : Clerks de Kevin Smith (1994).
  3. Un film tourné dans un lieu où je suis allé(e) : Intimité de Patrice Chéreau (2001).
  4. Un film sorti l’année de mes dix ans
  5. Un film avec acteur/une actrice que je déteste
  6. Un remake ou un film ayant été l’objet d’un remake : Les Proies de Don Siegel (1971)
  7. Un film qui se passe dans le milieu sportif
  8. Un film de procès : Le Verdict de Sidney Lumet (1982).
  9. Un film européen hors France : Alabama Monroe de Felix Van Groeningen (2012).
  10. Un film qui a reçu la Palme d’or
  11. Un documentaire : Pulp, a film about life, death and supermarkets de Florian Habicht (2014).
  12. Un film d’action/d’aventure : Deadpool de Tim Miller (2016).
  13. Un film qui a marqué mon enfance/mon adolescence
  14. Un film que j’aime bien secrètement : Marley & moi de David Frankel (2008).
  15. Un film français : Maman a tort de Marc Fitoussi (2016).
  16. Une suite de film : Bridget Jones’s Baby de Sharon Maguire (2016).
  17. Un film engagé : Hippocrate de Thomas Lilti (2014).
  18. Un film sorti cette année : Nocturnal Animals de Tom Ford (2017).
  19. Un film qui m’a fait pleurer : Premier Contact de Denis Villeneuve (2016).
  20. Un film qui m’a fait pleurer de rire
  21. Un film d’un réalisateur que j’adore
  22. Une comédie : S.O.S. Fantômes de Paul Feig (2016).
  23. Une comédie musicale : Ballroom Dancing de Baz Luhrmann (1992).
  24. Un film recommandé par quelqu’un : Watchmen de Zack Snyder (2009).
  25. Un film d’animation : Ma vie de Courgette de Claude Barras (2016).
  26. Un film que mon père adore
  27. Un film adapté d’un livre que j’ai lu : Fahrenheit 451 de François Truffaut (1966).
  28. Un film ayant obtenu un Oscar : Manchester by the Sea de Kenneth Lonergan (2016).
  29. Un film en noir et blanc : Elephant Man de David Lynch (1980).
  30. Un film réalisé par une femme : Mon Roi de Maïwenn (2015).
  31. Un film d’un réalisateur asiatique
  32. Un film d’horreur : Suspiria de Dario Argento (1977).
  33. Un film avec un mariage
  34. Un film LGBT : Mademoiselle de Park Chan-Wook.
  35. Un film avec un prénom dans le titre : Sils Maria d’Olivier Assayas (2014).
  36. Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion : The Secret Life of Words d’Isabel Coixet (2005).
  37. Un film qui se déroule avant le XXe siècle
  38. Un film policier/thriller : La Fille du train de Tate Taylor (2016).
  39. Un film feel-good : Célibataire, mode d’emploi de Christian Ditter (2016).
  40. Un film qui n’est pas sorti en salles en France : Hunt for the Wilderpeople de Taika Waititi (2016).

Good Time

réalisé par Josh et Benny Safdie

avec Robert Pattinson, Benny Safdie, Jennifer Jason Leigh, Taliah Webster, Barkhad Abdi…

Thriller, policier américain. 1h40. 2017.

sortie française : 13 septembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté.
Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.

Good Time : Photo Robert Pattinson

Cela fait un petit moment que les frères Safdie ont réussi à se faire une place dans le cinéma indépendant américain. Jusqu’à présent, même s’ils ont leur petite réputation auprès d’une petite partie confidentielle de cinéphiles, leurs films avaient du mal à se faire connaître en France. La présentation de Good Time, présenté en compétition au festival de Cannes en mai dernier, a alors permis deux choses : tout d’abord, Cannes a permis aux réalisateurs de faire connaître leurs oeuvres à un plus large public. Puis, le talent de Robert Pattinson (dont la présence au casting – enfin une star dans un film des Safdie – a certainement aidé au film d’avoir une meilleure exposition) devient définitivement indéniable (après déjà cette année, dans un rôle secondaire, son interprétation brillante dans The Lost City of Z de James Gray). Avant de découvrir Good Time, ma (récente) expérience des frères Safdie se résumait à Lenny & The Kids qui m’a fortement déplu. Good Time est formellement très différent de celui-ci pour mon plus grand bonheur. Tout a l’air très simple dans ce film, aussi bien sa narration que sa mise en scène : pourtant justement, le long-métrage impressionne par cette apparente simplicité alors qu’en réalité on relève bien un travail bien plus recherché derrière. Tout a l’air d’aller de soi, tout est d’une grande fluidité : les éléments s’enchaînent avec logique tout en sachant surprendre ou faire réagir le spectateur quand il le faut, la caméra est proche des personnages tout en sachant prendre en compte ce New York pourri, misérable, et même malade, bien plus que la maladie de Nick. Ce sentiment correspond totalement à cette idée de temps qui s’écoule en peu de temps. Good Time a souvent été comparé à l’excellent After Hours de Martin Scorsese : tous deux se déroulent en quelques heures la nuit, les personnages ne se sortant jamais de leurs diverses péripéties, comme s’ils étaient dans une sorte de boucle, voire même une spirale infernale. Cela dit, la comparaison s’arrête-là : les Safdie ont su imposer leur ton rafraîchissant.

Good Time : Photo Robert Pattinson, Taliah Webster

L’hybridité (fonctionnant pratiquement tout le temps sur une dualité, qui rappelle aussi le duo fraternel) est présente sur différents niveaux : le ton est tragi-comique, le style vacille aussi entre le réalisme (le côté film fauché est perceptible) et une esthétique parfois flamboyante, fluorescente et électrique (les scènes dans le parc d’attraction qui prend étonnamment vie la nuit en est un exemple), le flamboyant traverse la nuit sombre, Connie passe même du brun au blond ou encore tout en étant moderne par son aspect expérimental, on ne peut s’empêcher à l’influence des polars des années 70. Ce chaos aurait pu donner un film hésitant, mais au contraire, ce qui frappe, c’est qu’on sent totalement où les réalisateurs amènent leur film finalement très structuré (la première et la dernière scène se répondent) même s’il n’en donne justement pas cette impression. Dire que le film est très rythmé pourrait passer pour un euphémisme : les espaces sont confinées, le montage est frénétique et on étouffe et on s’essouffle autant que les personnage (par contre, le rythme, lui, ne faiblit pas). J’avais peur que cette cadence me saoule mais finalement, même si on vit une véritable expérience d’une grande intensité, comme si on avait couru un marathon avec les personnages, le rythme (avec tout ce qui suit derrière, c’est-à-dire l’effet « trip ») n’est pas non plus usant ou insupportable : on prend du plaisir à être dans cette course remplie d’obstacles. Histoire intime et arrière-fond social se complètent également toujours avec pertinence. Il y a d’abord cette relation entre ces deux frères qui est très touchante jusqu’au générique final (avec la magnifique chanson The Pure and The Damned d’Iggy Pop) qui m’a bouleversée juste par quelques gestes et un regard (et je n’ai pas compris les gens qui quittaient la salle à ce moment-là). Connie aime son frère handicapé mental, c’est ce qui le rend profondément attachant. Mais par amour fraternel, le jeune homme, qui paiera son impatience, est capable de faire les pires conneries. Surtout, cet amour, aussi sincère soit-il, est toxique.

Good Time : Photo Robert Pattinson

Cette odyssée nocturne permet également de dresser un portrait peu reluisant de ce New York qui ne fait pas rêver avec ces dealers, ces drogués, ces paumés. Les réalisateurs ne jugent pas les personnages et ne cherchent pas non plus qu’on s’apitoie sur leur sort : ils n’excusent pas leurs actes mais ils les filment avec une certaine tendresse qui étonne face à ce flot de violence et d’énergie en permanence. Cette expérience, une sorte de trip dans un train-fantôme qui irait à fond la caisse, parvenant à ne pas se limiter à un simple exercice de style, réussit à prendre forme également par la bande-originale de Oneohtrix Point Never, récompensé par le prix du meilleur compositeur au Cannes Soundtrack. Le casting est également impeccable, que ce soit les professionnels ou les acteurs « débutants » (terme des réalisateurs qui détestent qu’on les appelle les « non professionnels »). On notera par ailleurs, pour la petite anecdote, que certains acteurs « débutants » se sont tout simplement de leur véritable profession (par exemple, l’avocat et le psychiatre). Robert Pattinson, qui choisit de mieux en mieux ses rôles et ses films est épatant dans le rôle de ce braqueur loser. Le co-réalisateur Benny Safdie, qui interprète Nick, ne démérite pas non plus face à un tel partenaire. Certains diront qu’il est un peu caricatural (il faut dire que, rien qu’au niveau du look, il n’est pas allé de main morte) mais j’y ai cru à fond en son personnage. Je ne sais pas si c’est son regard, qui a l’air vide mais paradoxalement exprime beaucoup de choses, qui m’a touchée mais son personnage, qu’on voit pourtant peu, et son interprétation, ne m’ont pas laissée indifférente. Good Time est donc pour moi un des meilleurs films de l’année, un film percutant et puissant sur l’urgence temporelle et sociale qui peut être aussi belle que destructrice.

Good Time : Photo