Archive par auteur | tinalakiller

10 choses (populaires) que je n’aime pas

Même si j’essaie de garder constamment ma positivité (j’y travaille dur depuis un an !), je suis quelqu’un qui aime bien râler comme vous l’avez parfois constaté. Depuis début novembre, notamment avec cette actualité compliqué, on a du mal à profiter réellement de la magie de Noël. Alors, j’ai décidé de râler ouvertement sur mon blog en exposant ces dix choses, en général plutôt populaires, que je n’aime pas. J’ai préféré me concentrer sur le quotidien. Je reviendrai après les fêtes avec la version « cinéma ». Et aussi, avec une version inversée parce qu’il faut être positif, hein.

1. Les bonbons

Je peux adorer tout un tas de saloperies et gourmandises sucrées, mais je peux largement me passer de bonbons. Très honnêtement, je ne prends même pas de plaisir à en manger. En réalité, depuis que je suis gosse, je n’ai jamais compris l’intérêt de manger ces petites choses qui ne nourrissent pas véritablement (en tout cas qui ne donnent pas une impression de satiété). En général, en dehors des Schtroumpfs et des Regal’ad (et encore), je trouve les textures des bonbons inintéressantes. Et oui, quand je parle de bouffe, je suis comme Cyril Lignac, je veux du croquant, du mordant, du gourmand, du moelleux, du miam miam !

2. Le eye-liner

J’aimais bien ado me maquiller vaguement comme Amy Winehouse en mettant le paquet avec le eye-liner sur les yeux. Petit à petit, je suis devenue plus raisonnable avec ce feutre magique. Mais j’ai fini par m’en lasser, même en tentant de dessiner sur mes yeux un léger trait. Je ne dis pas que ce n’est pas joli sur certaines personnes, loin de là, mais avec le temps, c’est selon moi un outil qui a surtout tendance à surcharger le regard. Au-delà de l’aspect purement esthétique, c’est surtout l’acte en lui-même qui me rebute de plus en plus. Dessiner ces traits demande pour moi trop de temps et de précision, parfois on est même obligé de refaire son maquillage suite à un ratage de eye-liner. J’ai donc décidé d’arrêter les frais !

3. Les « conseils » et « expériences » vus sur le Web

Je ne mets évidemment pas tout le monde dans le même sac, j’ai moi-même trouvé des informations très précieuses sur certains sujets. Hélas, la toile se tissant visiblement jusqu’à l’infini, on a parfois du mal à faire le tri entre le contenu utile et celui qui me semble plus discutable : entre l’information, les témoignages et la désinformation, la frontière est parfois floue. Je suis particulièrement intolérante sur des sujets dont on ne plaisante pas ou sur lesquels on ne peut pas se permettre d’être approximatif (de tête, je pense récemment aux vidéos qui diabolisent à tout prix la pilule et les soutiens-gorges, ou ceux qui se lancent dans de pseudo-analyses politiques, mais des tas de sujets sont concernés), je remarque absolument toutes les choses qui me font tiquer sur les vidéos. Résultat : j’ai envie de tout exploser comme un panda énervé.

4. Le café

Je ne comprends absolument comment on peut boire du café. J’ai pourtant essayé de m’y mettre mais je n’y peux rien : son goût est immonde ! Je ne trouve même pas l’odeur agréable ni enivrante. Ne parlons pas non plus de l’haleine qu’elle provoque. Je sais que beaucoup en boivent pour se booster, personnellement je préfère miser sur d’autres choses que sur du café. Je ne tolère que le café dans le tiramisu.

 

J’aime pas le café. What else ?

5. Les selfies 

En général, deux scénarios sont possibles en ce qui me concerne. Le premier : je tente de me prendre en photo histoire de changer (tous les 6 mois quand tout va bien) ma photo de profil Facebook. Avant, je mettais Alvin et les Chipmunks en avatar, désormais je fous ma tronche en profil parce que c’est tout de même bien de savoir que je suis un être humain et non un écureuil. Bref, en général j’essaie (je dis bien « j’essaie ») d’être un minimum potable dessus. Mais entre les problèmes de lumière, les boutons, ma gueule du jour tout simplement, je me photographie 50 fois. Je me tape donc les 49 photos où je complexe à mort, où je me dis aussi que j’étais tout de même plus passable dans le miroir (et du coup je passe aussi par l’étape du « mais pourquoi ce que tu as vu dans le miroir n’apparaît pas sur cette photo bon sang ? »), et finalement je finis par en sélectionner une que j’estime tout juste correcte. Je n’ai absolument pas l’âme des Instagrameuses, je ne parviens pas à prendre la bonne pose ni la moue idéale. Je n’ai tout simplement pas LE truc et ça m’énerve alors qu’on s’en fout éperdument. Deuxième scénario possible : voir les gens qui postent sans arrêt des photos de leur bouille (voire même de l’étendue de leur corps). Je passe du coup par des tas d’émotions négatives, je me mets même à juger et/ou à me comparer (« il/elle est narcissique » ou « trop beau ou belle donc bon moi je suis moche » et même le terrible « putain mais c’est quoi cette tête ? »). Pourtant, je sais au fond de moi que je devrais m’en foutre. Bref, les selfies, c’est pas si bon pour sa santé mentale quoiqu’il arrive, même si on passe certainement par là pour obtenir un peu d’attention, d’amour et de confiance en soi.

6. Les bains

Je prends rarement des bains, très rarement même. Les seules fois où j’ai voulu renouveler l’expérience été très décevantes. Faire couler son eau chaude, qui refroidit très rapidement, prend une plombe. En plus, tu nages  dans ta crasse, t’as pas non plus la mousse comme dans Pretty Woman et tu attends comme un mort avec ta peau qui se met à fripper. Une fois que tu as fini ton bain, tu prends une douche pour enlever cette crasse et les restes de savon : le principe du bain est alors complètement con. Enfin, prendre des bains n’est pas non plus idéal pour lutter contre le gaspillage.

Donc… Julia Roberts se baigne dans sa propre crasse, sachez-le.

 

7. Le fromage

Attention, contradiction qui arrive en place (j’en ai parfaitement conscience, ça fait 10 ans qu’on me le répète constamment). J’adoooooore la raclette, la tartiflette, certaines pizzas avec du fromage, la fondue, bref, en général, le fromage chaud et fondu. En revanche, je ne supporte absolument pas le fromage traditionnel « froid » sur un plateau. Je ressens depuis des années un profond dégoût rien qu’à la vue et à l’odeur, il est pour moi HORS DE QUESTION que j’en mange, je le vois comme du poison. Pour tout vous dire, lorsque je suis confrontée à du fromage avant le dessert dans des repas, soit je regarde ailleurs en faisant de l’apnée soit je me débrouille pour quitter la table (du genre, je vais pisser pendant une demi-heure, j’ai soudainement une envie de fumer alors que je ne fume ou j’ai même un appel à passer à un brave inconnu).

8. La fête 

Je déteste la musique forte, l’alcool à gogo (et ne parlons pas des drogues, rien que le mot me répugne), les hurlements, le fait de se sentir absolument détronchés pour avoir la sensation d’avoir passé un bon moment. Je ne supporte pas dans le même délire les festivals de rock où les gens viennent plus pour l’ivresse (mot à prendre dans tous les sens du terme) que pour la musique en elle-même. On peut s’amuser autrement, avec ses amis, sans tomber dans des excès. Et tant pis si on me trouve chiante.

9. La mayonnaise

Retour sur ma contradiction légendaire. C’est comme dans Les Bronzés font les skis : « t’aimes les oeufs ? t’aimes l’huile ? Bah alors t’aimes la mayo ». Non. Non. Non. Cette association ne va pas du tout ma chérie. Je trouve cette sauce hyper écoeurante. Ca pourrait presque égaler mon dégoût envers le fromage, même si mes réactions sont moins excessives.

10. Patrick Bruel

Oui. J’ai mis Patrick Bruel. C’est totalement gratuit. Tout le monde autour de moi sait que j’ai un truc contre lui. Patriiiiiiiiiiiick ne m’a rien fait de mal. C’est peut-être un brave type. Et il y a des types bien plus insupportables que lui, j’en suis certaine (en même temps, je parle ici des choses / gens généralement appréciés que je n’aime pas, donc je reste un minimum cohérente). MAIS TOUT M’INSUPPORTE CHEZ LUI. TOUT. Sa voix. Sa tête. Ses chansons. Ses rôles. Même certains de ses films. Il me sort par les yeux, ça en devient limite irrationnel. Je vais quand même faire l’effort de mettre sa bouille pour vous prouver que je ne suis pas totalement cruelle.

 

Allez, je suis sûre aussi que vous détestez aussi des choses que « tout le monde » aime. Avouez-tout, on va tous se taper dessus se soutenir.

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J’ai vu au cinoche… (novembre 2018)

Au programme de ce mois où on a commencé à se peler très sérieusement les miches : un biopic honorable sur un un des plus grands groupes de rock, un film de SF décevant et un remake raté.

Bohemian Rhapsody de Bryan Singer

Le carton de Bohemian Rhapsody semble miraculeux après avoir souffert d’une mauvaise réputation dès le tournage du film entamé. Entre le départ de Sacha Baron Cohen, celui de Bryan Singer (même si son nom apparaît officiellement) ou encore un probable mauvais traitement de la vie de Mercury, on attendait sérieusement le pire. Personnellement, je n’ai jamais voulu l’interprète de Borat dans le rôle, j’étais donc bien ravie de voir un autre acteur à sa place. Rami Malek (déjà excellent dans Mr. Robot) a beau ne pas ressembler trait pour trait à Freddie Mercury (mais en même temps, la ressemblance n’est pas pour moi le critère le plus important), il a su rentrer parfaitement dans la peau du personnage. Même s’il est encore tôt pour faire de quelconques pronostics, Malek semble pour moi le grand favori aux Oscars et cela serait bien mérité. Sinon, contrairement à ce qui a été dit pendant le tournage, le film aborde bien les excès de Mercury de la drogue, sa maladie ou encore sa sexualité. Certes, le film reste doux dans l’approche de ces éléments biographiques mais personnellement, ne m’attendant pas à autre chose qu’un film de studio grand public, ce choix ne m’a pas spécialement dérangé. Et quelque part, je suis même soulagée de constater l’absence de voyeurisme qui aurait pu être possible. Si la vie de Mercury est évidemment privilégiée, chaque membre de Queen trouve joliment sa place dans cet honnête biopic rythmé, généreux et émouvant. Le groupe Queen joue alors la métaphore de la famille et de l’union : le choix n’est pas forcément subtil mais il a le mérite de fonctionner. La reconstitution impressionnante du concert au Live Aid clôt merveilleusement bien ce biopic qui n’a rien du fiasco annoncé.

Bohemian Rhapsody – Twentieth Century Fox

 

High Life de Claire Denis

Cela me désole de ne dire du bien de High Life qui n’est pourtant pas mauvais (ce n’est en tout cas pas l’adjectif qui me vient à l’esprit) mais qui m’a laissée indifférente alors qu’il aborde des sujets qui auraient pu me susciter de l’émotion. Dans une humanité probablement destinée à se détruire (même si le contour reste flou), le film de Claire Denis présente une vision pessimiste de l’existence humaine face au tabou (mot clé que répète Monte au bébé dans l’une des premières scènes). Les personnages sont souvent confrontés aux différents fluides qui le composent et le décomposent. Les interrogations humanistes philosophiques s’incorporent à celles autour de ce qui constitue l’enveloppe humaine : même si le lien entre les deux est plutôt bien exécuté, l’ensemble n’est pourtant pas parvenue à me séduire. La réflexion est intéressante mais j’ai du mal à y voir une interprétation plus profonde, certaine faute à une expérience cinématographique qui ne m’a pas embarquée autant que je l’aurais souhaitée. Surtout le montage, qui joue sur plusieurs temporalités sur un mode souvent foutraque, n’aide pas vraiment à s’impliquer davantage dans ce récit, surtout dans sa seconde partie. La distribution ne m’a également pas autant éblouie que je l’espérais.Robert Pattinson est un bon acteur, je crois profondément en son talent, mais son personnage n’est pas particulièrement intéressant. Par conséquent, son interprétation en pâtit même si elle reste tout à fait correcte. Juliette Binoche est évidemment une actrice douée dont on ne présente plus le talent mais je l’ai trouvée ridicule avec son attitude de sorcière, trop surlignée, comme si Claire Denis ne faisait pas entièrement confiance en son spectateur. Pour moi, seule Mia Goth (également très bien dans le Suspiria, je vous en parle tout de suite) se détache réellement du lot.

Suspiria de Luca Guadagnino

Quelques mois après le succès de Call me by your name (plutôt aimé ce film même si je lui trouve quelques vrais défauts – ce Suspiria me les a étonnamment rappelés), le réalisateur italien Luca Guadagnino est déjà de retour avec le remake d’un des plus grands films de Dario Argento, Suspiria (1977). Je ne suis jamais contre un remake s’il peut apporte un nouveau regard sur l’oeuvre reprise. Et cela semblait correspondre au projet de Guadagnino : en effet, dans son remake (qui s’éloigne du kitsch et du conte présents dans la version d’Argento), l’esthétique joue avec les couleurs froides, le rôle du corps via la danse semble être valorisé, le scénario gravite autour de plusieurs points historiques (on passe de la bande à Baader au nazisme). Cela dit, la relecture d’une oeuvre ne signifie pas pour autant faire du grand n’importe quoi non plus. Je ne parle pas forcément ici de la relation entre le film d’origine et son remake, j’évoque surtout du remake en tant qu’objet filmique individuel. En fait, ce Suspiria représente pour moi typiquement tout ce que je ne supporte pas au cinéma, même si je n’ai pas ressenti de colère, le film étant trop bête pour que je puisse m’énerver. Le film se croit plus intelligent que ça ne l’est, arty et profond alors que le film tombe juste dans une bouillasse indigeste et grand-guignolesque. 2h30 pour tirer un propos aussi vain, il fallait le faire. Qu’est-ce qui m’a le plus achevée ? Le grand final rouge-moche (ça serait désormais une nouvelle couleur) ? Le fait qu’on ne croit pas une seule seconde que Dakota Johnson, qui joue comme dans Cinquante Nuances de Grey (donc très mal) puisse être danseuse ? La réplique la plus bête de l’année (à savoir : « Ce n’est pas de la vanité, c’est de l’art ») ? Tilda Swinton qui enfile inutilement un énième rôle qui implique une couche de prothèses en nous faisant croire que ce n’est pas elle qui l’interprète (mauvaise comm’ les gars : le spoil avait fuité quelques mois auparavant) ? Enfin, même la bande-originale de Thom Yorke est décevante, souvent mal utilisée dans le film. Certes, en tant qu’album, le travail de Yorke est indéniablement réussi, mais je ne me suis jamais dit qu’il s’agissait d’une bande-originale pour un film.

Suspiria – Metropolitan FilmExport

[Dvdtrafic] Dirty Dancing : le 30e anniversaire d’un film culte

réalisé par Emile Ardolino

avec Jennifer Grey, Patrick Swayze, Jerry Orbach…

En Dvd et Edition limitée DVD + Blu-Ray. Nouveau master pour le 30e anniversaire, depuis le 20 novembre 2018 (ESC Editions).

Quelques liens pour aller consulter le site et la page Facebook de ESC Editions.

Selon Cinetrafic, qui organise cette nouvelle opération de « Dvdtrafic », Dirty Dancing fait partie des films à avoir vu au moins une fois. Logique vu que certains le classent parmi leurs films préférés.

Synopsis : Dans les années 60, Frances (Frédérique en VF), surnommée Baby (ou Bébé), passe des vacances familiales dans la région des montagnes Catskill dans l’Etat de New York. Elle va alors apprendre la « dirty dancing » avec Johnny, issu d’un milieu social plus modeste.

Dirty Dancing s’ouvre sur Be My Baby des Ronettes, cette même chanson entêtante déjà utilisée par Martin Scorsese pour son Mean Streets. La comédie romantique musicale d’Emile Ardolino n’a évidemment rien à voir avec l’un des maîtres du cinéma. Dirty Dancing n’a par ailleurs rien d’un chef-d’oeuvre. Par contre, il s’agit indéniablement d’un film culte qui fête aujourd’hui son 30e anniversaire. J’avais envie de revoir ce film que je n’étais pas parvenue à apprécier à sa juste valeur quelques années auparavant. Je pense toujours qu’il s’agit d’un film plutôt moyen : la proposition cinématographique en elle-même n’est pas très ambitieuse à l’image de son esthétique étonnamment déprimante. Il n’y a pas non plus des tonnes de rebondissements dans le scénario. En revanche, ce nouveau visionnage m’a permis de comprendre davantage tout le bien qu’on pouvait penser de Dirty Dancing, qui explique certainement pourquoi ce film a su traverser trois décennies, en séduisant désormais une nouvelle génération. Selon moi, le culte autour de ce film repose autour de son personnage féminin, Baby/Frances, traité avec une remarquable efficacité.

 

Splendor Films

 

Revenons alors à ce Be My Baby entêtant, titre phare des années 60, période à laquelle se déroule justement Dirty Dancing. Baby est l’héroïne du film et sera aussi plus tard la « baby » de Johnny, ce beau gosse issu d’un milieu modeste. Elle n’aurait jamais imaginé pouvoir tomber dans ses bras, ni devenir une femme désirable, ni tout simplement être une femme. Je m’attarde beaucoup sur l’héroïne car c’est certainement en partie grâce à elle que ce Dirty Dancing continue de séduire. Il ne s’agit pas que d’une simple histoire de danse, c’est aussi et surtout l’histoire d’une métamorphose (qui se produit via la danse), du passage de l’enfance vers l’âge adulte. Dirty Dancing n’est pas toujours cité dans les films sur l’adolescence alors que nombreux adolescents (et surtout adolescentes) se sont identifié(e)s au personnage de Baby. La jeune fille, probablement mal dans sa peau, ne correspond pas aux critères de beauté imposés par la société et les médias. Elle n’a surtout rien d’une adulte, comme on aime bien le lui rappeler (quitte à la jeter comme une vieille chaussette). Mais Baby a des atouts moraux : elle est idéaliste, profondément gentille, altruiste.

Au début du long-métrage, Baby danse comme tonton Michou après un trop long apéro : on se demande alors comment elle va parvenir à devenir une danseuse sensuelle, qui sait désormais être au coeur du désir. Même si tout est suggéré, le film, a priori tout mignon, tourne énormément autour du sexe. En effet, Penny, la partenaire de Johnny, tombe enceinte et veut se faire avorter. Baby prend hasardeusement sa place ce qui va la conduire à mieux danser et surtout se métamorphoser. Plus tard dans le film, une fois l’avortement réalisé, Baby s’affirme et fait littéralement le premier pas : tout en prenant l’initiative de la danse, elle avoue enfin ses sentiments à Johnny. La scène en question, portée par la chanson « Cry to me » de Solomon Burke, suggère alors habilement la première relation sexuelle entre Baby et Johnny (on y verrait même un orgasme dans la chorégraphie). Il s’agit alors d’un moment doux et charnel pour notre héroïne qui devient une adulte prenant confiance en elle. Juste après cette scène justement, c’est là où l’on apprend enfin le véritable prénom de l’héroïne, Frances, « un prénom d’adulte » comme le constate Johnny. A la fin du film, lors de la dernière danse, Johnny l’appelle sur scène Frances : ce choix n’est pas anodin étant donné qu’elle prend son envol, à l’image de sa chorégraphie cultissime.

 

 

Non, Dirty Dancing n’a certainement pas prétendu révolutionner le cinéma, il y a des films musicaux bien plus impressionnants en terme de mise en scène ou qui propose des chorégraphies bien plus impressionnantes. Cela dit, nous nous souvenons tous de Baby qui parvient enfin à réaliser parfaitement son porté sur Time of my life. Quelle scène culte, tant reprise, détournée ou parodiée. Il faut dire que ce porté représente symboliquement la fin de la métamorphose de Baby/Frances. Il existe un certain nombre de films (qu’ils apparaissent avant ou après Dirty Dancing) qui utilise un schéma narratif similaire : une fille « moche » et mal dans sa peau se transforme en une « belle » femme affirmée après être tombée dans les bras d’un homme sexy et désirable. Il faut alors préciser plusieurs choses afin d’éviter tout malentendu : s’il ne s’agit pas d’un pur film musical à proprement parler, la danse est ce qui permet à Baby de prendre conscience de son corps, de mieux se l’approprier. La danse devient alors un outil de prise de confiance en elle qui va lui permettre de prendre des initiatives, dont celle d’avouer à Johnny ses sentiments puis d’assumer cette relation avec cet homme qui ne correspond pas aux attentes de son père médecin.

Autre point intéressant dans cette scène finale : la tenue de Baby/Frances. Elle porte une simple robe blanche épurée. Pas besoin d’en faire des tonnes pour montrer sa métamorphose finale. S’il y a bien un changement physique visible, il ne s’avère pas non plus mirobolant ou extrême. L’héroïne est certes désormais loin de ses tenues et d’une attitude relativement enfantines mais il n’y a pas non plus chez elle un changement extrême, notamment physique. Elle reste toujours la Baby qu’on connait depuis le début du long-métrage. Elle ne se transforme pas non plus en bombe atomique du siècle. Par ailleurs, juste avant la scène finale, sa soeur lui propose de se maquiller avant de se rétracter.

Le traitement de Baby, certes simple mais suffisamment efficace pour le public visé, ne rend certainement pas Dirty Dancing meilleur qu’il ne l’est à mes yeux. En revanche, il a probablement permis aux spectateurs(trices) de s’identifier à ce personnage attachant qui se retrouve quasiment dans une sorte de récit d’apprentissage musical. C’est en partie grâce à ce traitement que le film a pu s’inscrire dans le temps. Jennifer Grey a trouvé le rôle de sa carrière : celui d’une jeune fille qui apprend à grandir à l’instar des pas qu’elle retient.

 

Dirty Dancing : Photo Jennifer Grey, Patrick Swayze

 

Suppléments DVD

• Génération Dirty Dancing (30′, totalement inédit)

• Joyeux 30e anniversaire Dirty Dancing (29′, exclusif au support physique)

• Entretien exclusif avec Patrick Swayze (13′, exclusif au support physique)

• Entretien avec l’actrice Jennifer Grey (11′)

• Commentaire audio de la scénariste et coproductrice Eleanor Bergstein

 

Suppléments combo 

• Génération Dirty Dancing (30′, totalement inédit)

• Joyeux 30e anniversaire Dirty Dancing (29′, exclusif au support physique)

• Pension Kellerman : redécouvrez les décors du film (12′, exclusif au support physique)

• Entretiens avec l’équipe du film (71′, reprise précédente édition, exclusif au support physique)

• Karaoké chansons cultes : Hungry EyesShe’s Like the Wind(I’ve Had) the Time of my Lif (totalement inédit)

• Cours de danse de Dirty Dancing (17′, exclusif au support physique)

• Quizz Dirty Dancing : phrases cultes (totalement inédit)

• Scènes coupées (13′)

• Scènes alternatives (3′)

• Scènes versions longues (­6′)

• Essais/répétitions filmées (6′)

• Commentaire audio de la scénariste et coproductrice Eleanor Bergstein

 

Mon expérience de correspondante locale de presse

Cela fait des années que je traîne sur le Net à lire des articles et autres types de papier très différents. Je ne suis quasiment jamais tombée par hasard sur des témoignages de jeunes correspondants locaux de presse. Je ne dis pas qu’ils n’existent pas, juste qu’ils ne sont pas aussi visibles alors qu’ils pourraient certainement intéresser certains lecteurs et lectrices.

J’étais correspondante locale de presse pour un célèbre journal quotidien du Sud de la France en 2015-2016. Ma mère, qui savait que je voulais mettre les pieds dans le journalisme (à l’époque où il me faisait de l’oeil), m’a montré une annonce : notre quotidien recherchait une plume qui habitait une petite ville en particulier (je ne la cite pas par anonymat). J’ai alors envoyé ma candidature dans la journée. J’ai décroché l’entretien deux mois après et j’ai su tout de suite que j’avais été retenue pour le job. Dès ce moment passé avec l’équipe, on m’a annoncé quelques règles  « administratives » :

  • L’activité de correspondant local de presse est exercée à titre accessoire par rapport à une autre activité professionnelle.
  • Un correspondant local de presse n’est pas un journaliste, ni un pigiste, même si le travail effectué peut être similaire. Ainsi, avant sa publication, chaque papier d’un CLP est vérifié par un journaliste professionnel.
  • Le CLP n’est pas un salarié de l’entreprise, sauf cas exceptionnels.
  • Il ne touche pas non plus une allocation aide au chômage.
  • Aucune formation spécifique n’est obligatoire pour devenir CLP.
  • Le CLP perçoit une rémunération par honoraires et remboursements de frais.
  • Le CLP doit rester dans sa zone de résidence.
  • Enfin, à partir d’un certain plafond d’honoraires, le CLP doit obligatoirement cotiser à l’Urssaf. Afin d’éviter ce phénomène, le CLP ne doit pas dépasser les 400 euros d’honoraires mensuels.

 

Spotlight – Copyright Open Road Films (et oui, j’ai mis que des photos de films en rapport avec le journalisme, j’assume totalement ce choix esthétique).

Je vous confirme effectivement ces quelques points :

  • Parallèlement à cette activité de CLP, j’étais étudiante en recherche (ce qui explique pourquoi je trouvais du temps à me rendre sur place pour les événements puis écrire mes articles) tout comme j’avais également à côté un job étudiant. La correspondante locale que j’avais remplacée était une quarantenaire mère au foyer. Donc, oui, tous les profils sont ouverts. Il faut avant tout être un « témoin » de l’actualité de votre petite ville (donc connaître un minimum là où vous allez travailler) et relayer cette information pour le plus grand nombre.
  • Pour toucher les fameux 400 euros d’honoraires mensuels, il faut en écrire des articles, encore et encore ! Et selon votre zone géographique, vous avez beau avoir beaucoup de volonté pour trouver des idées de papiers, vous n’allez pas non plus les multiplier à tout bout de champ. De plus, même si la rédaction (en tout cas la mienne l’était) reste plutôt ouverte aux différentes propositions, il faut tout de même faire face à quelques petits obstacles. Tout d’abord, le correspondant local de presse a un côté bouche-trous : ses papiers permettent au journal d’enrichir son contenu et de parler au plus grand nombre. Mais son travail n’est pas non plus la priorité de la rédaction en dehors de quelques événements exceptionnels ou partenariats. Par conséquent, si le journal est débordé par une actualité locale voire même nationale plus importante, votre article ne sera pas toujours publié tout de suite (en tout cas s’il ne traite pas d’une information demandant à être traitée de manière immédiate). Surtout, il faut aussi faire attention à certaines dérives. Réaliser des portraits est toujours intéressant mais il ne faut pas par exemple faire de la publicité déguisée pour certaines enseignes. Or, parfois la limite peut être floue et on ne s’attend pas toujours à se faire refuser un papier. Bref, tout ça pour vous dire que je touchais globalement une petite centaine d’euros par mois. Je schématise : 2 euros par brève, 4 euros par article taille moyenne, 8 euros pour un grand article. La rémunération dépendait aussi du nombre de photos retenus sur la page. Enfin, on me remboursait les frais de déplacement et téléphoniques. Bref, vous n’allez clairement pas devenir CLP pour remplir des masses votre compte bancaire.
  • Quand on vous parle de zone de résidence, vous devez couvrir uniquement les événements liés à votre ville. Vous n’allez pas vous amuser à aller ailleurs même si un citoyen de votre petite ville organise éventuellement un événement ailleurs. A ce moment-là, vous contactez votre rédaction pour présenter l’information afin qu’elle puisse contacter le bon CLP.

 

Les Hommes du Président – Copyright D.R. / Warner Bros.

Ainsi, pour être CLP, il faut…

  • Etre bon en orthographe, ou en tout cas, toujours vérifier vos papiers avec un dictionnaire avant de les envoyer au journaliste qui va les corriger. Cela signifie aussi savoir respecter les règles typographiques élémentaires.
  • Avoir un bon appareil photo. Et n’essayez pas de duper vos correcteurs avec une photo prise par un portable. La qualité sera toujours moins bonne. Et même sans leur avouer la tricherie, la rédaction saura directement si la photo est issue d’un téléphone.
  • Ouvrir son réseau. Au début, trouver des idées d’articles, en dehors des événements au coeur de la ville / du village, ne paraît pas évident. Petit à petit, au fil de vos rencontres, on va de plus en plus vous appeler ou vous contacter par mail : soit parce que les gens appellent directement votre rédaction et cette dernière leur file vos coordonnées, soit parce qu’ils arrivent à obtenir vos coordonnées par le bouche-à-oreilles. Donc soyez toujours disponible, souriant et sociable, même si vous faites un petit reportage sur la fête du pois chiche. Le but est de vous faire connaître par un grand nombre de personnes susceptibles d’élargir votre travail. Contactez également directement la mairie et l’office de tourisme de votre ville / village afin d’ouvrir ce réseau qui vous servira à élargir votre contenu.
  • Eviter d’être timide. Et c’est une timide qui vous dit ça. N’hésitez pas à échanger avec les gens afin d’obtenir les infos qu’il vous faut. Ne vous gênez pas non plus pour vous déplacer au premier rang durant un meeting ou un spectacle, à vous mettre debout, parterre ou autre position improbable ou qui vous semble « humiliante ». Je n’aime pas non plus avoir ce sentiment d’embêter les gens. Je sais que ce n’est pas toujours facile de passer le cap selon notre personnalité ou par rapport au déroulé de certains événements mais si c’est pour signer un bon papier dont vous serez fier plus tard, vous verrez que ça vaut vraiment la peine de surmonter cette petite crainte.

 

Spider-Man 2 – Sony/Columbia

Avant d’être correspondante je ne faisais pas grand chose dans la zone que je couvrais. J’allais juste à l’école maternelle et primaire, j’allais parfois chez le médecin et au cimetière, j’y faisais aussi quelques activités extra-scolaires. Ce travail m’a permis de sortir de ma zone de confort et de mieux découvrir cet endroit que je pensais connaître. Commerçants, artisans, gendarmes, bibliothécaires, historiens, instituteurs, chasseurs, politiciens, artistes, maîtres-chiens, héros de la Seconde Guerre Mondiale et j’en passe… J’ai multiplié les rencontres dans différents lieux. Alors oui, on me dira que je ne suis pas non plus allée à Miami rencontrer Monica Bellucci après avoir sauté en parachute, j’en ai bien conscience. Ce que je veux dire, c’est qu’on pense connaître des choses alors que ce n’est pas forcément le cas. Or, on peut énormément apprendre rien qu’à cette petite échelle. Toutes les choses, même celles qui ont l’air ordinaires, sont toujours utiles et instructives. Bon, par contre, je ne vous raconte pas comment j’ai failli être tuée par une armée de brebis lors d’une transhumance, je tiens trop à ma dignité.

Peu importe l’opinion que j’ai dessus sur cet endroit (ce n’est pas la question), j’ai eu le sentiment d’avoir joué pendant quelques mois un rôle social. Certes petit, mais il existait bien, j’étais identifiable par rapport à cette fonction. Et c’est pour ça que la correspondance locale peut également être une expérience très enrichissante pour des profils différents de celui du futur journaliste. Diverses personnes auront besoin de s’impliquer dans une association ou plus globalement être active dans une communauté, la correspondance peut finalement jouer un rôle similaire sur certains points. On vous demande évidemment de garder vos opinions pour vous, vous devez rester neutre dans vos articles, cela va de soi. Ce que je veux dire, c’est que vous allez sans cesse rencontrer un certain nombre de gens, vous allez même parfois nouer un réel lien parmi ces quelques individus. En sachant que vous n’allez pas non plus être correspondant local toute votre vie, ces contacts peuvent être importants, aussi bien juste pour vous que pour d’autres projets qui demandent à faire appel à une collectivité.

Je pense justement que j’ai appris énormément appris des gens en exerçant cette activité. Cela m’amusait toujours d’être vue comme « La Dame du Journal » (j’avais parfois l’impression qu’ils me voyaient comme Elise Lucet, je vous le jure qu’il y avait ce petit côté absurde dans certaines situations) non pas parce qu’ils ne savaient pas que je n’étais pas journaliste (et ne pouvaient pas forcément le savoir si on ne leur explique pas), mais parce que certains voulaient leur moment de gloire. Je ne dis pas que c’est mal, c’est une réaction tout à fait humaine, même s’il y avait  des gens plus narcissiques que d’autres. Mais bon, on n’est pas plus à ça près, surtout à l’ère des réseaux sociaux. J’ai également été en contact avec l’équipe politique de la ville et il faut admettre que c’est un monde vraiment à part ! Globalement, les gens que j’ai rencontrés étaient souvent adorables et polis, passionnés par ce qu’ils voulaient me transmettre. J’étais vraiment ravie de pouvoir relayer leurs histoires et leurs projets qui leur tenaient à coeur.

 

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes – Sony Pictures Releasing France

 

J’ai préféré arrêter pour me consacrer davantage à mon avenir professionnel et certainement aussi pour ne pas me lasser. Mais comme vous l’avez compris, j’en retiens que du positif. Même les moments les moins « sympas » m’ont toujours permis d’en retenir quelque chose d’utile, que ce soit personnellement ou professionnellement.

  • Etre correspondant local de presse est une expérience à valoriser sur un CV, notamment pour les étudiant(e)s qui souhaitent se lancer dans le journalisme. En effet, pour entrer dans une des écoles reconnues françaises, il est fortement conseillé de connaître déjà le milieu dans lequel on souhaite évoluer. La correspondance locale en fait partie. En plus, cela peut peut-être aussi vous détacher de plusieurs candidats qui auront fait des stages : c’est un autre moyen de mettre ses chances de son côté. Enfin, on a beau dire qu’un correspond local de presse n’est pas journaliste (et il faut bien le répéter, histoire qu’il n’y ait pas de confusion), vous êtes tout de même sur le terrain au coeur de l’information et surtout vous êtes en contact avec des professionnels : il n’y a rien de mieux pour apprendre encore et encore sur ce métier qui continue de faire rêver de nombreux jeunes !
  • J’ai décidé de m’éloigner de mes envies de journalisme pour me consacrer à une autre branche professionnelle (plus stable). Mais honnêtement, j’en retiens encore quelques leçons que je continue d’appliquer dans un autre domaine. Ainsi, écrire rapidement et efficacement en un temps parfois très limité selon les événements, choisir les bons angles pour photographier ou encore sélectionner alors les meilleures images qui correspondraient le mieux à l’article font partie des tâches qui s’imposent durant votre travail de CLP. A partir de là, je m’adapte plus facilement dans des situations stressantes (c’est une éternelle angoissée qui vous cause). C’est vrai que je vous ai dit plus haut que les articles qui ne demandent pas d’être publiés immédiatement ne seront jamais prioritaires pour la rédaction si cette dernière est trop préoccupée par d’autres informations bien plus importantes. En revanche, il y a des fois où il faut vraiment bouger son popotin car l’information doit circuler très vite. Et là, ça demande de bosser dans l’urgence. Je me sens donc plus réactive et astucieuse. De plus, l’écriture et la photographie sont toujours un bon moyen de continuer à développer notre créativité. Je suis persuadée qu’on peut être artiste sans s’autoproclamer écrivain, musicien, réalisateur ou autre. On peut être créatif tous les jours, peu importe son boulot.
  • On m’a aussi appris à photographier, c’est-à-dire jouer avec les effets optiques pour donner l’impression qu’il y a une grande foule, ou à faire attention à la luminosité pour ne citer que ces exemples. Je ne prétends pas être douée dans ce domaine (même si j’aimerais tellement continuer à apprendre quelques techniques dans d’autres situations) mais j’ai remarqué que j’avais effectué quelques réels progrès en photographie.

 

Zodiac – Warner Bros. France

Pour ceux et celles qui ont envie de tenter l’expérience, je ne peux que vous encourager à vous lancer si vous en avez l’occasion ! 

Movie Challenge 2018 [2/4]

Petit rappel sur les consignes du Movie Challenge 2018

+ PREMIERE PARTIE

 

Un film avec un prénom dans le titre

La Double vie de Véronique de Krzysztof Kieslowski

Le Fabuleux Destin d’Amélie Destin est inspiré de ce film de Kieslowski, m’a-t-on dit à plusieurs reprises. J’ai voulu vérifier la « comparaison » par simple curiosité (et puis en plus, en dehors de ce possible lien, j’aime tout simplement découvrir des grands films). Certes, Jeunet a bien repris certains éléments présents dans La Double vie de Véronique : une jeune fille brune aux cheveux courts carré, des jeux de pistes, les filtres jaunes et verts qui appuient sur l’étrangeté du récit et même plus globalement ce doux flirt avec l’onirisme. Cela dit, la comparaison s’arrête là. On prendra le risque de ne pas tout saisir au premier abord mais quelque part ce n’est pas dérangeant. La vie est quelque part elle-même insaisissable, avec ses étrangetés, ses coïncidences, ses non-dits. Il n’était pas évident de transcrire à l’écran cette sensation d’invisibilité et pourtant Kieslowski y parvient avec une habilité admirable. La discrète (et rare) Irène Jacob, qui mérite totalement son prix d’interprétation au festival de Cannes, illumine indéniablement ce très beau film porté par l’envoûtante musique de Zbigniew Preisner.

Un film dont le titre comporte une couleur

Dragon Rouge de Brett Ratner

Le Silence des Agneaux de Jonathan Demme est sorti en 1991 sur le grand écran tandis que Dragon Rouge (avec toujours Anthony Hopkins dans le rôle culte de Hannibal Lecter) fut adapté en 2002. Pourtant, le roman Dragon Rouge de Thomas Harris (1981) est le premier volet de la saga tandis que le suivant est Le Silence des Agneaux (1988). Je n’ai pas lu le deuxième opus, en revanche, concernant le premier tome, j’en garde le souvenir d’une lecture particulièrement intense. L’adaptation par Brett Ratner me semble plutôt fidèle au roman (je nuance car ma lecture ne date pas d’hier). La distribution est également convaincante et bien choisie par rapport aux descriptions présentes dans le texte (même si on se demande ce qu’a foutu Edward Norton avec ses cheveux). Ralph Fiennes est tout particulièrement effrayant dans le rôle du grand méchant Dolarhyde. Cela dit, Dragon Rouge est décevant en tant qu’objet filmique. Il n’atteint évidemment pas la grandeur et les ambitions du long-métrage de Demme. A côté, le film de Ratner passe juste pour un polar sympa du dimanche soir. Cette adaptation méritait un peu plus de consistance.

 

Dragon Rouge – United International Pictures

 

Un film dont le titre comporte un numéro

Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve

Blade Runner 2049 est un projet à hauts risques : comment donner suite des années après au film culte de Ridley Scott ? Comment faire une suite sans s’appuyer cette fois-ci sur un texte (le film de Scott est l’adaptation de Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick) ? On pouvait tous craindre le pire. Pourtant, Denis Villeneuve signe un film époustouflant surtout esthétiquement (les décors sont impressionnants et le travail de Roger Deakins à la photographie est bluffant). Il s’agit peut-être d’un des plus beaux films que j’ai pu voir de ce côté-là. Les studios ont pris des risques à sortir ce blockbuster contemplatif qui ne m’a jamais ennuyée. Cela prouve encore une fois que les blockbusters ne sont pas forcément synonymes de déchet ou autre ou d’impersonnalité. Cela dit, je ne crie pas non plus au chef-d’oeuvre, même si, encore une fois, Blade Runner 2049 est pour moi un très bon film. Disons que je ne pense pas que cette suite était absolument indispensable, ni qu’elle soulève de nouvelles interrogations et réflexions. Jared Leto est décidément un acteur que je trouve de plus en plus surestimé avec le temps, et là son interprétation ne fait que renforcer mon impression.

Un film réalisé par un acteur/une actrice qui joue dedans

Mytho Man (The Invention of Lying) de Ricky Gervais et Matthew Robinson

Je ne prétends pas connaître le travail de Ricky Gervais de A à Z, je peux juste dire que je suis une immense fan de sa série The Office. Je suis tombée par hasard sur Netflix sur un de ses longs-métrages en tant que co-réalisateur The Invention of Lying dont le pitch de départ était plutôt alléchant : Mark Bellison (interprété par ce même Gervais) vit dans un monde dans lequel tout le monde ne peut dire que la vérité. Il est alors le seul à comprendre l’existence du mensonge et l’hypocrisie qui lui permettent de reprendre sa vie en main, enfin le croit-il. Dans l’ensemble, on passe plutôt un bon moment devant cette gentille comédie avec un chouette casting mais qui reste très oubliable. C’est plutôt drôle de voir cette galerie de personnages balancer des horreurs sans filtre, presque avec une sorte d’innocence. Ricky Gervais dénonce alors les différentes normes absurdes qui régissent notre monde et surtout la religion. Mais le film ne parvient pas réellement à tenir jusqu’au bout son pari, la faute certainement à de nombreuses incohérences dans le scénario : certainement pour se simplifier la tâche, Ricky Gervais oublie tellement de facteurs : dans son monde, la vérité est conçue uniquement comme un concept uniquement vu avec une objectivité, on ne prend pas non plus en compte le mensonge par omission…

 

Blade Runner 2049 – Sony Pictures / Warner Bros. Pictures

 

Un film réalisé par un non-réalisateur à l’origine (hors acteur et actrice)

The Devil’s Rejects de Rob Zombie

Le métalleux Rob Zombie est désormais l’un des réalisateurs les plus intéressants de ces dernières années. The Devil’s Rejects met en scène les trois terrifiants psychopathes de La Maison aux milles morts (très bon film au passage). On peut évidemment apprécier ce film sans avoir regardé le premier volet. Cela dit, regarder le diptyque a un intérêt puisqu’il fonctionne sur un système d’inversion. Ainsi, les psychopathes du premier film étaient les personnages secondaires qui s’attaquaient aux gentils jeunes héros, ils étaient logiquement les méchants de l’histoire. Or, nos psychopathes deviennent ici les protagonistes principaux du récit (incarnés par des « gueules », c’est tellement rare de nos jours). Alors qu’on avait peur d’eux dans le premier opus, on se met avoir peur pour eux cette fois-ci dans The Devil’s Rejects. En situant son film dans les années 70 (et en tournant avec une Super 16 pour marquer le grain de l’image), Rob Zombie rend merveilleusement hommage au cinéma de Tobe Hooper et George Romero. Il s’en inspire sans jamais prétendre les égaler mais en offrant bel et bien une vision unique de l’horreur dans une Amérique paumée qui existe finalement toujours. Son film, qui reprend aussi les codes du road-movie et du western, est aussi rock que dérangeant. Hâte de voir une nouvelle suite, 3 From Hell, qui devrait sortir en 2019.

 

Un film muet

Nosferatu de F.W. Murnau

Je connais encore mal Murnau, mais je garde un souvenir émouvant de son Faust. J’étais donc très curieuse de découvrir (enfin) Nosferatu, film majeur de l’expressionnisme et un des premiers films de vampires (voire même d’horreur). Il s’agir de l’adaptation officieuse de Dracula de Bram Stocker : Murnau avait changé les noms des personnages et des lieux pour éviter des problèmes avec la veuve de Stoker. Mais cette dernière lui avait tout de même intenté un procès aboutissant à la destruction des copies. Heureusement pour nous, des petits filous avaient réussi à conserver quelques copies qui avaient pu circuler quelques années plus tard. Certains diront qu’il s’agit d’un film antisémite tandis que d’autres justement diront le contraire… pour ma part, je suis incapable de trancher. En tout cas, le contexte de l’époque (le film est sorti en 1922) est indéniablement à prendre en compte. Pour ma part, j’ai plutôt passé un bon moment même si je regrette tout de même quelques moments de flottement (pour ne pas dire d’ennui) au milieu du film. La parfaite mise en scène, les fantastiques jeux d’ombre, les différents procédés techniques – révolutionnaires à l’époque – et surtout l’époustouflante musique de Hans Edrmann contribuent aisément à ce mélange habile entre poésie et angoisse.

 

The Devil’s Rejects – Lions Gate Films Inc.

 

Un documentaire

Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion

Demain, fut un succès commercial (plus d’un million d’entrées en France, ce qui est énorme pour un documentaire) et critique. Il a même été couronné par le César du meilleur documentaire. J’aurais tellement apprécié davantage ce projet qui se veut optimiste. On va dire que je comprends mieux la très bonne parodie du Palmashow… et pour être honnête, quitte à me faire taper sur les doigts, j’ai énormément de mal avec Mélanie Laurent en tant que personnage public. On va dire que tout ce que je n’aime pas chez elle ressort pour moi dans ce documentaire, même si je suis certaine qu’elle l’a réalisé avec sincérité. Je ne dis pas que c’est le pire docu du monde mais je le trouve vraiment surestimé même si encore une fois, le projet à l’origine était intéressant. Mais j’ai trouvé ce film militant si long et bordélique ! Je ne comprends pourquoi par exemple le film s’embourbe dans toute une partie finale sur l’éducation, j’ai eu l’impression que ça sortait de nulle part. Globalement, les différents chapitres me semblent mal assemblés. A l’origine – en tout cas, je l’avais compris de cette manière notamment en écoutant les fans du film – il me semble qu’il s’agissait de montrer que tout le monde (c’est-à-dire des gens comme vous et moi) pouvait faire de son mieux pour sauver la planète. Or, on part de ce point mais entre-temps on interpelle aussi les gros industriels, bref j’ai eu l’impression que Laurent et Dion s’éparpillaient malgré leurs bonnes intentions.

 

Un court-métrage

Avant que de tout perdre de Xavier Legrand

J’espère voir figurer dans mon top 10 de l’année Jusqu’à la garde qui est selon moi l’un des meilleurs films français que j’ai pu voir ces dernières années (même si je ne le trouve pas non plus parfait à cause d’un point en particulier – on va encore dire que je chipote). Récompensé par le Lion d’argent de la mise en scène, mais hélas non retenu aux Oscars pour représenter la France (le CNC a déconné), cet impressionnant premier long-métrage de Xavier Legrand est en quelque sorte la suite de son court-métrage récompensé aux Césars, Avant que de tout perdre. Ce film de 30 mn, dans lequel les excellents Léa Drucker, Denis Ménochet et Mathilde Auneveux font déjà partie de la distribution, n’atteint pas la puissance de sa suite (il faut dire que le long place – vraiment – la barre haut), mais prouve déjà le talent de Xavier Legrand pour créer une tension qui nous coupe le souffle. Le réalisateur ne choisit pas un sujet facile (la violence conjugale) sans jamais tomber dans la surenchère ni la facilité alors que son scénario reste dans sa construction relativement simple (mais suffisamment malin pour ne pas révéler le comment du pourquoi tout de suite).

 

Incendies – Happiness

Un film sorti l’année de ton bac

Incendies de Denis Villeneuve

Denis Villeneuve a le grand privilège d’apparaître à deux reprises au coeur de ce Movie Challenge.  Ce n’est certainement pas un hasard, Villeneuve un des réalisateurs les plus talentueux et ambitieux de sa génération. Il s’est enfin fait connaître avec son quatrième long-métrage Incendies (nommé aux Oscars dans la catégorie « meilleur film étranger »), une adaptation de la pièce de Wadji Mouawad, elle-même inspirée de la vie de Souha Bechara. J’avais aimé jusqu’à présent tous les films de Villeneuve que j’ai pu voir (Enemy, Blade Runner 2049 et surtout Premier Contact et Prisoners). Or, avec Incendies, c’est la première fois que je subis un long-métrage du réalisateur. J’aurais dû être émue, je me suis juste ennuyée tout le long alors que je m’accrochais malgré tout à la qualité certaine de la mise en scène ainsi qu’à son esthétique qui fait ressortir autant la violence et la noirceur que la flamboyance d’une tragédie. Pourtant je me suis sentie en dehors de l’histoire, je déteste me sentir aussi peu concernée et impliquée quand je regarde un film. Est-ce la faute à un scénario qui m’a étouffée ? Le montage en puzzle (avec une alternance de points de vue) qui n’a pas su susciter mon adhésion ? De plus, la révélation finale ne me semble alors pas bien menée (je me demande s’il n’y a pas par moments quelques incohérences dans le scénario, mon cerveau a en tout cas bien buggé à plusieurs reprises).

 

Un film primé à Berlin ou Venise

Royal Affair de Nikolaj Arcel

Récompensé à deux reprises au festival de Berlin (Ours d’argent du meilleur acteur pour l’impeccable Mikkel Boe Følsgaard et du meilleur scénario), également présent dans la course aux Oscars dans la catégorie « meilleur film étranger », Royal Affair retrace la liaison entre Caroline-Mathilde de Hanovre (Alicia Vikander dans l’un de ses plus beaux rôles) et Johann Friedrich Struensee (l’excellent Mads Mikkelsen). Les films historiques ne sont pas forcément ceux qui m’attirent ni me plaisent le plus, cela ne m’a pas empêchée d’adorer le passionnant long-métrage de Nikolaj Arcel. La mise en scène est propre, élégante, classique et posée, il faut admettre qu’il ne surprend pas de ce côté-là par rapport à nos attentes. C’est surtout son scénario qui domine ce long-métrage, certes romancé (comme le trois-quart des films historiques), réussissant alors à allier avec aisance drame personnel voire même passionnel (que ce soit la « liaison royale » présente dans le titre de l’oeuvre ou encore les troubles mentaux du roi Christian VII) et enjeux politiques (Struensee, le médecin du roi conseiller de l’Etat, a entrepris d’importantes réformes inspirées par la philosophie des Lumières). L’histoire intime s’ajoutant alors à la grande Histoire pour ne faire plus qu’un, Royal Affair dépasse les simples frontières du film historique avec une intrigue amoureuse palpitante pour faire écho à notre propre époque qui n’a décidément pas totalement changé de regard sur la perversion du pouvoir.

 

Royal Affair – Jour 2 Fête / Chrysalis Films

[Dvdtrafic] Tamara vol. 2

Réalisé par Alexandre Castagnetti

avec Héloïse Martin, Rayane Bensetti, Sylvie Testud, Cyril Gueï, Noémie Chicheportiche, Idrissa Hanrot, Jimmy Labeeu, Oussama Kheddam, Blanche Gardin, Annie Cordy, Manon Azem, Karidja Touré, Panayatis Pascot, Jean-François Cayrey…

Sortie le 4 novembre en VOD, et le 7 novembre en DVD, Blu-Ray et Coffret Tamara 1 et 2 (TF1 Studio)

Quelques liens pour aller consulter le site et la page Facebook de TF1 Studio.
Merci à Cinétrafic pour cette nouvelle opération « DvdTrafic ». Je vous invite à aller voir sur leur site tous les films dans le top cinéma de l’année ainsi que le classement des comédies 2018.

Synopsis : Jeunes bachelières, Tamara et sa meilleure amie Sam montent à Paris pour leurs études. Face aux problèmes de logement, elles acceptent de vivre en colocation avec Wagner… et Diego, l’ex de Tamara, qui se consacre davantage à Instagram qu’à ses études…

A l’instar de Joséphine (également une héroïne avec un physique loin des diktats actuels aux problèmes sentimentaux existentiels), Tamara n’a pas été un carton au box-office. Pourtant, il bénéficie étonnamment d’une suite. Je ne garde pas un mauvais souvenir du premier volet malgré son aspect très téléfilm, c’est pour cette raison que je me suis intéressée à Tamara vol.2, sorti l’été dernier dans les salles françaises. Faisons le point sur ce film grand public (qui s’adresse tout de même davantage aux ados) sympathique mais avec de réels défauts.

Un scénario peu crédible

Tamara vol. 2 s’attaque à deux sujets : la vie étudiante et celle des « influenceuses ». Que Tamara n’aille jamais à la fac par glande est plutôt crédible. En revanche, que sa copine Sam refuse d’aller en cours alors qu’elle est en première année de médecine, j’y crois moyen mais admettons. En revanche, la colocation chez Wagner le riche a de quoi agacer dans le sens où le film n’a pas envie de se mouiller pour montrer la véritable vie des étudiants. C’est du TF1, c’est du beau, nos jeunes loulous sont logés dans un grand bel appartement parisien « style Rococco » uniquement, on ne veut pas montrer la misère et les difficultés des étudiants, nan, ça c’est pas vendeur. Puis, m’intéressant plus ou moins à l’univers des « influenceurs », l’histoire de Tamara l’Instagrammeuse en vogue ne m’a pas du tout convaincue. Je sais bien que des gens deviennent soudainement célèbres juste en faisant des photos ou en parlant de leurs chats, mais là on n’y croit pas. Les photos et vidéos postées sur le réseau ne donnent pas envie de s’intéresser davantage au personnage donc pourquoi deviendrait-elle célèbre ?

 

 

 

 

Arnaud Borrel / UGC Distribution

 

Parfois un sentiment de gêne

Je savais pertinemment que Tamara n’allait pas proposer la mise en scène de siècle, le premier volet en proposait déjà une proche des téléfilms diffusés sur TF1. Ce n’est pas un film qui prétend une quelconque ambition artistique, on sait très bien à quel type de long-métrage on a affaire, on va pas jouer les hypocrites non plus. Mais il y a vraiment deux séquences (en gros le générique d’ouverture et la danse à Deauville) qui sont vraiment gênantes avec des effets spéciaux pourris. Pas sûre que ce soit du volontairement kitsch. De plus, j’ai un petit souci avec Héloïse Martin, l’interprète du rôle-titre. Elle dégage beaucoup de sympathie (impression confirmée dans Danse avec les stars – ouais je me cultive parfois le samedi soir) mais son jeu m’a paru souvent faux, encore plus que dans le premier volet (en tout cas, à l’époque, cela m’avait moins frappée mais si ça se trouve j’ai vu le film en étant complètement déchirée). C’est dommage face à un personnage important en terme de « représentation ».

Des comédiens au service d’un film léger et bienveillant

Heureusement, en dehors de l’interprétation très discutable d’Héloïse Martin, la distribution est très convaincante et étonnamment cohérente en mêlant à la fois des acteurs confirmés et respectés, des moins connus pour le grand public, des « espoirs » ou encore des jeunes qui ne sont pas à l’origine des acteurs. Rayane Bensetti (décidément ils font tous Danse avec les stars) s’en sort pas si mal, le casting « jeunes » est par ailleurs très satisfaisant. Même le Youtubeur (pas drôle) Jimmy Labeeu s’en tire bien. Noémie Chicheportiche (qui reprend le rôle de Sam tenue par Oulaya Amamra dans le premier volet) est également la bonne surprise du casting, je suis persuadée qu’on reverra cette jeune actrice dans de bons projets. Parmi les « moins jeunes », Sylvie Testud en mère poule inquiète et Blanche Gardin en voisine bizarroïde apportent une véritable fraîcheur au film. De plus, le film a beau être bourré de défauts, ce n’est pas forcément celui sur lequel on a envie de taper. Tamara vol.2 prône avec certainement trop de gentillesse des valeurs louables pour le grand public. Je préfère encore ça à des comédies vulgaires, ennuyeuses, jamais drôles (même pas une seconde) avec des blagues douteuses.

 

Arnaud Borrel / UGC Distribution

J’ai vu au cinoche… (octobre 2018)

Une sorcière a-t-elle jeté un vilain sort sur les films ou mes visionnages ce mois-ci ? Réponse ci-dessous !

 

The Little Stranger de Lenny Abrahamson

Lenny Abrahamson est un réalisateur « étrange » par son irrégularité : il a à son actif des bijoux (Garage, Room) et un film ignoble (le pourtant acclamé What Richard Did). Surtout, j’ai réalisé avec The Little Stranger que j’avais du mal à reconnaître chez lui sa patte artistique. Cela est particulièrement embêtant alors qu’Abrahamson sait tout de même faire son travail. Effectivement, dans cette adaptation du roman de Sarah Waters (publié en 2009), la mise en scène est plutôt maîtrisée, la charge esthétique soignée et la distribution (Domnhall Gleeson, Ruth Wilson, Charlotte Rampling) impeccable. Il est certain que le réalisateur a énormément misé sur l’atmosphère et c’est peut-être là où ça coince. D’un côté, il parvient bien à reprendre les codes de la littérature et du cinéma « de fantôme » et plus globalement du roman gothique. Mais hélas son film met trop de temps à décoller, j’ai même failli m’endormir à plusieurs reprises pour être honnête. Même le twist déçoit, pas à cause du contenu en lui-même mais parce qu’on finit par se désintéresser du récit. The Little Stranger manque de puissance et même de clarté car en dehors de la reprise des codes, le sous-texte social et historique est pourtant intéressant. Dommage qu’un film sur l’oppression sociale ne puisse pas être… plus oppressant justement.

 

Upgrade de Leigh Whannell

Acteur et scénariste de Saw et les Insidious de James Wan, Leigh Whannell était déjà passé derrière la caméra avec l’oubliable Insidious : Chapitre 3. Ce second long, Upgrade, est en revanche bien plus réussi (presque un petit coup de coeur). Ils’agit d’une sorte de mix entre Robocop, Black Mirror et John Wick. Derrière ce divertissement ultra efficace sans prétention mais pas simpliste pour autant, Upgrade offre une réflexion pertinente (certes pas révolutionnaire mais elle fonctionne comme il faut) sur l’aliénation de l’homme par la technologie. La mise en scène est inspirée, les violentes scènes d’action (jouissives mais sans tomber dans le gag facile) illustrent également bien la séparation entre le corps et l’esprit via la technologie. Servi par un twist bien mené, le film séduit également par son sens esthétique soigné juste comme il le faut (et par conséquent, en évitant de tomber dans une surcharge visuelle). Dans le rôle principal, Logan Marshall-Green (je ne vais pas être originale mais… C’EST LE SOSIE DE TOM HARDY), incarne avec conviction le rôle de cet homme brisé et assoiffé par la vengeance.

 

Upgrade – photo by Ben King, Universal Pictures

 

Girl de Lukas Dhont

Lauréat de la Caméra d’or et de la Queer Palm au festival de Cannes, Girl est pour moi la grosse déception de ce mois. Ce premier long-métrage du belge Lukas Dhont ne m’a pas réellement convaincue malgré les belles interprétations du danseur Victor Polster et d’Arieh Worthalter. La polémique sur le choix de l’acteur (d’après ce que j’ai compris, l’équipe avait en réalité fait auditionner des filles et des garçons transgenres, Polster, acteur cis, semblait finalement correspondre à ce que recherchait le réalisateur) me semble moins problématique que les choix adoptés par le scénario, certains d’entre eux étant pour moi douteux. Je n’ai jamais eu l’impression que réalisateur maîtrisait réellement son sujet, ce qui peut expliquer la construction bancale de son scénario : il est plat à 95% (dans le sens où le spectateur subit des scènes très répétitives : danses, discussions-disputes avec le papa, rendez-vous chez les toubibs, danses et rebelote). Par conséquent, l’acte final de Lara (je ne vous spoile rien), aurait pu être intéressant pour comprendre ce personnage, mais là il semble sortir de nulle part. Pour ne rien arranger, à l’image de la dernière scène très (trop) énigmatique, qui m’a laissée sur ma faim, Lara est une fille si taiseuse qu’elle en devient parfois antipathique. En comparaison, son père paraît  si sympathique et bienveillant que cela n’a fait que renforcer mon impression mitigée sur le personnage principal.

 

First Man de Damien Chazelle

« Intimiste », « Immersif », « du Terrence Malick dans l’air », bref Chazelle est toujours le petit chouchou des cinéphiles. Ne pensez pas que je trolle le 3/4 de la communauté cinéphile : je dois le reconnaître, Chazelle a du talent. Mais, en dehors de Whiplash (film qui m’épate toujours autant), je n’apprécie finalement pas tant que ça son travail, il y a toujours, bout à bout, des choses qui me chiffonnent dans ses films. Au moins, son précédent long-métrage La La Land ne m’avait pas laissée autant indifférente que First Man, biopic sur Neil Armstrong, le premier homme qui a marché sur la Lune. Non, le fait de connaître la fin (youpi, il réussit sa mission) ni quelques éléments clés de la vie d’Armstrong ne gâchent effectivement pas notre séance (et j’ai même envie de dire que connaître des éléments narratifs d’un film avant de le voir n’est pas pour moi gênant quoiqu’il arrive). En revanche, le film est vraiment trop long (2h20 !) et j’ai failli piquer du nez au milieu du film après d’interminables séquences sur les différents tests que doit passer Neil (survivant parmi tous ces morts qu’on nous énumère tout le long du métrage). La mise en scène est pourtant remarquable (surtout dans sa dernière partie), les acteurs sont également convaincants (même si je ne trouve pas qu’il y ait de quoi s’extasier non plus devant leurs interprétations). Oui, le film est parfois touchant mais j’ai envie de dire que la mort d’un enfant n’est pas quelque chose qui, à l’origine, peut nous laisser indifférent. Mais dans l’ensemble, le film manque pour moi d’émotion, faute également à un Neil Armstrong bien trop taiseux.

 

First Man – Universal Pictures International France

 

The House that Jack Built de Lars Von Trier

Provocateur, sulfureux… Lars Von Trier est surtout un cinéaste talentueux, même si j’ai conscience que son univers peut fortement déplaire à certains spectateurs (et c’est pas une mauvaise chose en soi !). The House that Jack Built, quidétrône enfin mon Hostiles adoré situé à la première place de mon classement annuel depuis des mois, est selon moi l’un des meilleurs films de LVT. En y réfléchissant, je me dis que c’est plutôt fou que j’aime autant ce film car j’aurais pu le trouver hyper-prétentieux : l’exercice de parler de soi et de son cinéma (Jack/Lars… il n’y a qu’un pas entre les deux) à travers un dialogue en s’auto-citant sans complexe, le tout avec un épilogue grandiloquent qui revisite comme il se doit L’Enfer de Dante était très casse-gueule. Mais l’éventuelle dimension narcissique s’efface au profit d’une réflexion puissante sur l’artiste et son oeuvre. L’oeuvre est souvent dérangeante (peut-être aussi parce qu’elle est souvent drôle et ludique) mais même les éléments qui peuvent choquer (même s’il n’y a pas pour moi de quoi quitter la salle, contrairement à ce que j’ai pu lire concernant sa projection à Cannes) s’intègrent logiquement dans le propos final du film. Chaque détail (le 3e cercle ou le découpage en cinq incidents pour ne citer que ces exemples) ne fait que renforcer ce sentiment de pure perfection qui traverse ce long-métrage époustouflant. J’ai déjà hâte de revoir ce chef-d’oeuvre d’inventivité et de pugnacité.

 

Johnny English contre-attaque de David Kerr

Je ne me souviens pas très bien du deuxième volet de la saga Johnny English, en revanche j’ai toujours eu une véritable sympathie pour le premier volet qui a le mérite de me faire marrer : les comédies pas drôles envahissent nos écrans, on se sent presque obligé de préciser une évidence, à savoir celles qui réussissent à provoquer le rire. Ce troisième volet, Johnny English contre-attaque, a beau être oubliable, il a réussi à me faire rire à plusieurs reprises, on passe un véritable bon moment devant cette comédie qui a un petit côté « old school » et c’est déjà pas si mal. Rowan Atkinson est toujours génial dans le rôle de cet espion boulet, reconverti en prof de géographie (et bizarrement, cette situation est crédible dans l’univers du film !). Les seconds rôles sont également très convaincants, que ce soit Ben Miller (l’acolyte d’English qui tente en vain de le raisonner), Emma Thompson en Premier Ministre ou encore Olga Kurylenko en espionne russe (certainement un clin d’oeil à son rôle de James Bond Girl). Je retiens surtout deux séquences : celle avec Johnny qui danse du disco pendant des heures sans s’épuiser et celle que j’aime nommer « la Ready Player One dans le vrai monde ».

The House That Jack Built – Concorde Filmverleih GmbH/Zentropa-Christian Geisnaes

 

A Star is Born de Bradley Cooper

Pour son premier long-métrage, Bradley Cooper, qui s’est également attribué le premier rôle masculin, ne s’en sort pas si mal malgré mes quelques reproches. Je précise que je n’ai pas vu les précédentes versions (celle-ci est donc la 4e version !), je ne peux pas comparer et quelque part, je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose d’être allée le voir « vierge ». Nous sommes donc face à une histoire très bateau (et qui n’est pas forcément lié à son concept de « remake ») : un célèbre musicien, alcoolique et toxico sur les bords, découvre les talents de chanteuse d’une fille modeste (qui se déroule dans la première partie du film, la meilleure). La jeune femme se transformera en pop star (ou une soupe star) célèbre tandis que l’autre va sombrer dans la pure déchéance (cela se déroule dans la seconde partie – bien plus pénible cette fois-ci). Les longueurs se font souvent sentir, en dehors du titre phare déjà culte Shallows, la bande-originale déçoit, le film s’éternise sur beaucoup de drames (tu ressors de la salle avec une envie de te foutre en l’air). Pourtant, étonnamment, la relation torturée entre Ally et Jackson, qui ne se veut pas romantique mais complexe, séduit : les personnages ont beau être attachants, ils ne sont pas pour autant glorifiés, ils ont leurs failles qui les mènent à ce final émouvant. Surtout, Lady Gaga (pressentie pour l’Oscar – et cela n’aurait rien de honteux) et Bradley Cooper sont tous les deux formidables. L’alchimie palpable entre les deux ainsi que leur sincérité relèvent bien le niveau du long-métrage.

Petite précision de haute importance : Ally devient une pop star qui chante des titres assez nazes même si elle cartonne. Or j’ai toujours eu apprécié Lady Gaga qui est pour moi une véritable artiste, et ce film aura peut-être le mérite de prouver à ses détracteurs ses différents talents.

 

RBG de Betsy West et Julie Cohen

Avant de vous précipiter en janvier 2019 devant On the Basis on Sex (Une femme d’exception) de Mimi Leder (Lady Gaga a beau être la favorite aux Oscars, n’ignorons pas Felicity Jones pour remporter l’Oscar), par pitié, débrouillez-vous pour regarder RBG. Je croise les doigts pour qu’il remporte l’Oscar du meilleur documentaire, ce prix serait tellement mérité ! Betsy West et Julie Cohen signent un film passionnant sur Ruth Bader Ginsburg, avocate puis juge à la Cour Suprême depuis 1993, qui a changé la vie des femmes aux Etats-Unis. L’exercice est périlleux dans le sens où on aurait pu tomber dans une retranscription biographique plate, en plus la mise en scène ne se veut pas inventive. Pourtant, son mélange de sobriété, de simplicité et de légèreté rend ce documentaire captivant. Sans chichis, il sait absolument viser juste, à l’image des plaidoyers de RBG. Le long-métrage trouve également un bel équilibre entre les sphères privées et professionnelles, tout comme il réussit aussi à mêler les différents procédés de narration (documents d’archives, témoignages de RBG elle-même, de ses proches, d’étudiants en droit etc…) sans s’éparpiller. Surtout, au-delà d’un résultat prenant, rythmé, bien documenté, la personnalité de Ruth Bader Ginsburg est si exceptionnelle et attachante qu’on ne peut être que happé par ce film qui aborde intelligemment la lutte pour l’égalité entre les sexes.

 

Halloween de David Gordon Green

Je bouffe (un peu) du Halloween depuis quelque temps. J’ai découvert récemment les deux Halloween réalisés par Rob Zombie qui méritent d’être vus et estimés. Le jour J, sublimement déguisée en sorcière, j’en ai profité pour revoir sur grand écran le film culte de John Carpenter qui sait toujours me foutre les chocottes à partir pourtant d’un postulat simple (et efficace). Enfin, j’ai également regardé Halloween II réalisé par Rick Rosenthal qui est plutôt intéressant même s’il est très en-dessous du premier opus (scénarisé par Carpenter et Debra Hill). Bref, tous ces visionnages ne m’ont fait que confirmer mon avis plutôt négatif sur le Halloween 2018 par David Gordon Green (réalisateur qui touche à tous les genres depuis des années) : certes, quelques séquences sont plutôt réussies dans le sens où la tension est tout de même présente, avec parfois des idées de mise en scène, le travail est également propre, l’ensemble reste un divertissement tout à fait correct, notamment par rapport à son genre. Mais en fait, plusieurs choses me chiffonnent : je ne supporte plus ces concepts de film qui effacent des pans entiers de saga, la démarche terriblement malhonnête et même prétentieuse. Surtout pour pour proposer un film ni original ni cohérent par rapport au Halloween de Carpenter, qui sous-exploite complètement ses personnages, avec une affichage girl power familial vraiment lourdingue.

 

RBG – L’Atelier Distribution

[Dvdtrafic] Midnight Sun

Réalisé par Scott Speer

avec Bella Thorne & Patrick Schwarzenegger

En DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 16 octobre (TF1 Studio)

Quelques liens pour aller consulter le site et la page Facebook de TF1 Studio.

Merci à Cinétrafic pour cette nouvelle opération « DvdTrafic ». Je vous invite à aller voir sur leur site tous les films à l’affiche en 2018 ainsi que les films récents avec des ados pour héros.

Synopsis : Katie Price est une adolescente de 17 ans atteinte de la maladie du Xeroderma Pigmentosum. Il s’agit d’une « Enfant de la Lune », c’est-à-dire que la lumière du jour pourrait la tuer. Une nuit, sortie chanter et jouer de la guitare à la gare, elle rencontre Charlie Reed, un de ses voisins. Peut-elle vivre une histoire d’amour comme toutes les filles de son âge ?

Remake du film japonais Taiyo no Uta, Midnight Sun est un énième drame pour ados qui a rencontré un cuisant échec au box-office l’été dernier. Les producteurs ont certainement cru pouvoir surfer sur le succès de Nos Etoiles Contraires, mais les histoires d’amour entre deux jeunes brisés par la maladie ne séduisent pas toujours.

Midnight Sun est selon moi un mauvais film même s’il n’est pas pire qu’un autre dans sa catégorie. Il reprend inévitablement quelques tics bien énervants du drame pour ados :

Des ados beaux gosses

Midnight Sun (et ses films copains) s’adressant à un jeune public, les personnages principaux sont logiquement des adolescents. Et ils sont beaux. Lisses. Instagrammables. Il faut savoir vendre du rêve en toutes circonstances, même lorsque son personnage principal est atteinte d’une grave maladie. C’était déjà le cas dans Nos Etoiles Contraires ou même dans Everything Everything (je cite ce film en particulier que j’avais chroniqué pour CineSeriesMag, même s’il ne s’agit pas des mêmes maladies, leurs contraintes semblent parfois proches sur certains points) : les héros ont beau être malades, ils sont rarement affichés sous leur pire jour. Dans Midnight Sun, en dehors de la fin qui expose Bella Thorne avec une bouche peinte en blanc pour montrer son état de fatigue, l’actrice-chanteuse est plutôt pimpante. C’est même inquiétant de se dire dans un premier temps « tiens les acteurs sont mims » plutôt que « ils jouent pas mal ». Hélas, Thorne et Schwarzy jr livrent une faible interprétation (même s’ils ne sont pas pires que d’autres mauvais acteurs qui percent à Hollywood).

Copyright SquareOne/Universum

Du sous Roméo et Juliette

Les mélos sont faits pour nous faire chialer. Surtout quand il y a potentiellement un adolescent qui risque de mourir. Enfin, on essaie de vous faire pleurer quitte à vous placer un couteau sous la gorge. Presque l’impression d’entendre systématiquement quelqu’un de la prod’ me crier « PLEURE MAINTENANT ». C’est ce qui m’avait déjà insupporté durant la séance de Nos Etoiles Contraires (je ne déteste pourtant pas ce film) où je me sentais cruellement seule à ne pas verser une larme. Je parle beaucoup des films récents mais je peux même me référer à Love Story (là aussi, une histoire d’amour qui tourne en tragédie suite à la maladie de l’héroïne) qui avait produit chez moi ce même effet de rejet. Midnight Sun n’échappe pas à la règle mais sans pour autant montrer qu’il s’agit d’une tragédie : les décors donnent envie de se prendre quelques jours de vacances, la bande-originale se veut cool même si elle sort les violons dans la dernière partie du film. De plus, dans Midnight Sun, , la tragédie aurait pu être évitée. En effet, l’héroïne parvient à ne pas révéler sa maladie à son amoureux pendant le ¾ du film et fait tout pour le fréquenter la nuit. Même Robert Pattinson dans Twilight n’a pas gardé son secret autant de temps. Cela dit, au moins, Midnight Sun a un mini-mérite, celui d’aller au bout de sa promesse (le fameux Everything Everything était pour moi bien pire dans le sens où la fin sort de nulle part).

Du Nrj dans tes oreilles

Vous allez me dire, il n’y a pas que les films destinés à un jeune public qui sont victimes de ce phénomène (et ça m’agace fortement). Trop de films en général sont gâchés par cette poudre aux yeux (enfin plutôt aux oreilles). Cela dit, ce choix reste plus répandu dans les films pour ados (mélos ou non d’ailleurs). Les bandes-originales sont de plus en plus des playlists qui n’apportent pas grand-chose aux scènes, juste là pour combler les scènes, qui souffrent déjà d’une absence de mise en scène (Scott Speer était réalisateurs de clips… il aurait dû en rester là) et d’un scénario accumulant les clichés et facilités. Par ailleurs, cela n’est pas un hasard de voir Bella Thorne tenir le rôle principal. L’ancienne égérie Disney est également chanteuse, elle a alors droit à quelques scènes où elle interprète quelques titres, une sorte de soupe pop qu’on aura vite oublié une fois le morceau terminé. L’actrice parvient tout de même à rater ses scènes en playback, c’est fort.

Paramount Pictures France

 

Tellement dommage de voir encore une romance pour un jeune public plutôt ratée même s’il n’est pas non plus si désagréable que ça – j’ai pas voulu me jeter d’un pont durant mon visionnage (et si ça se trouve, les ados fleur-bleue y trouveront leur compte !).

Réalisateurs, acteurs, youtubeurs… ils sont devenus écrivains #1

On pourrait débattre longuement (et peut-être sans se taper dessus) sur ce que signifie être écrivain, il serait alors difficile de pouvoir réellement répondre à cette question, d’autant plus face à un monde du livres en crise. Ces interrogations semblent resurgir face aux sorties de romans ou recueil de nouvelles (ou autres formes de fictions) écrits par des personnalités qui ne sont pas, à l’origine, issues du monde littéraire. On ne va pas se mentir : voir le nom d’une célébrité sur la couverture donne envie de s’intéresser à ce qu’elle (ou aurait) écrit. Mais en réalité, si on enlève ce contexte, ces oeuvres méritent-elles d’être lues ? Je me suis concentrée sur cinq exemples mais j’ai encore des tas de romans de personnalités du cinéma, de la chanson ou de Youtube à lire donc je suis certaine que je reviendrai avec ce type de chroniques dans le futur ! J’attends aussi tous vos conseils (et également vos retours si vous avez lu l’un ou plusieurs romans cités ci-dessous).

BREF C’EST TIPAR POUR CETTE PETITE SELECTION VARIEE (avec une Youtubeuse, un musicien, un acteur, un réalisateur et un scénariste).

 

Carnets de route de Marie Lopez (alias EnjoyPhoenix)

La Youtubeuse beauté/lifestyle EnjoyPhoenix avait déjà sorti un premier ouvrage #EnjoyMarie, gros succès dans les librairies pseudo autobiographique, qui donnait des conseils aux ados mal dans leur peau. C’était très naze (ne me demandez pas pourquoi mais je l’ai lu) mais quelque part, je m’y attendais (je veux dire, ça reste un livre commercial pour faire plaisir aux 12-14 ans qui suivent sa chaîne). Mais EnjoyPhoenix, de son vrai nom Marie Lopez, n’en est pas restée là avec l’écriture. Elle a donc publié son premier roman Carnets de route qui concerne son intrigue autour du permis de conduire et plus précisément autour du lien noué entre cinq apprentis automobilistes (certains ressemblant fortement à Marie Lopez). Je ne sais pas du tout si c’est Lopez qui a réellement écrit ce bouquin de A à Z (après tout, on a appris que Zoella, l’équivalent d’EnjoyPhoenix en Grande-Bretagne, n’avait pas écrit ses romans). L’ensemble n’est pas si mal, surtout par rapport à cette horreur de #EnjoyMarie. Honnêtement, ce roman se lit volontiers. Il ne faut pas cracher à 100% sur ce texte parce qu’il y a écrit Marie Lopez sur la couverture. Cela dit, oui, il est bourré de défauts : l’écriture n’est pas toujours fluide, certaines phrases sont parfois lourdes, parfois simplistes, des mots pseudo cool et anglophones font tâche, surtout par rapport à la poésie que veut faire dégager ce texte en permanence, les portraits-croisés restent laborieux, des personnages clichés, des thèmes survolés. Un roman plutôt agréable à lire mais il prouve qu’on ne s’improvise pas écrivain…

Carnet de routes de Marie Lopez – Anne Carrière éditions 2016

Heather par-dessus tout (Heather, the Totally) de Matthew Weiner

Matthew Weiner (le créateur de la série Mad Men) a publié en 2017 un premier roman prometteur qui mérite d’être promu. Heather par-dessus est un court, intense et étouffant roman qui suit sur plusieurs années une famille bourgeoise new-yorkaise, de la rencontre entre Mark et Karen jusqu’aux quatorze ans de leur fille Heather. Parallèlement, on suit également le parcours du jeune Bobby qui va bouleverser la vie de la famille de Heather. Heather se situe au-dessus des personnages par sa pureté, elle est aussi malgré elle le personnage qui va permettre de les réunir autour d’un drame. Tous les autres personnages, jamais épargnés par son auteur, agissent par une sorte d’animalité enfouie en eux. Surtout, la classe sociale à laquelle ils appartiennent les pousse à la destruction. Ainsi, nos pulsions sont-elles liées à notre milieu social ? Ces pulsions peuvent-elles se transformer au contact d’un milieu différent du sien ? Il est possible de deviner la fin du roman, pourtant, en sachant installer une tension permanente, Matthew Weiner parvient à scotcher son lecteur jusqu’à la dernière page. Il s’agit donc d’un roman addictif et accessible, présentant des personnages complexes face au déterminisme. Un vrai coup de coeur (qui mériterait selon moi une adaptation ciné).

Heather par-dessus tout, de Matthew Weiner – Gallimard, 2017.

Questions de caractère (Uncommon Type) de Tom Hanks

Au-delà de son immense talent, Tom Hanks est certainement l’un des grands acteurs hollywoodiens les plus sympathiques. Je suis tombée sur son recueil Questions de caractère totalement par hasard en traînant dans le rayon « librairies » de mon Géant Casino ! Je n’ai pas hésité à l’acheter, surtout après constaté qu’il s’agissait de nouvelles (j’aime particulièrement cette forme littéraire encore trop sous-estimée). Pour son premier coup d’essai littéraire, Tom Hanks s’appuie sur un concept plutôt plaisant : la machine à écrire, sous toutes ses formes, se retrouve dans les dix-sept histoires. Elle est parfois au coeur des récits ou alors Tom Hanks joue avec les différentes typographies vintage. Le projet ressemble à l’image qu’on a de Tom Hanks dans ses films (et en plus, le cinéma revient également souvent au fil des nouvelles) : candeur, tendresse et archaïsme y trouvent leur place. Pourtant, la sauce ne prend pas vraiment. On va dire que Tom Hanks est meilleur acteur qu’écrivain. L’ensemble est plutôt inégal : certaines nouvelles sont plutôt plaisantes tandis que d’autres (pour ne pas dire « la majorité ») m’ont laissée sur ma faim. Je pensais terminer rapidement le recueil et en fait à force je l’ai laissé de côté pour lire d’autres ouvrages.

 

Questions de caractère de Tom Hanks – Seuil, 2017

Consumés de David Cronenberg

Au lieu de sortir un nouveau long-métrage, David Cronenberg a publié en 2016 son premier roman Consumés. Il expliquait aux journalistes que son histoire n’était pas adaptable pour le cinéma. Sans surprise, en reprenant ses thèmes habituels, le réalisateur canadien raconte ici une histoire tordue qui mélange cancer, cannibalisme, sexe et nouvelles technologies. Je fais toujours de mon mieux pour terminer un roman (et c’est la même chose pour les films). Même en me forçant, je n’ai tout simplement pas pu aller au bout. On m’avait pourtant prévenu (et même défié) : « Tina, tu ne réussiras pas à le terminer ». Sur le moment, cette remarque m’avait fait rire étant donné que j’abandonne rarement mes lectures. Là il ne s’agit pas d’une lecture dite « difficile », Consumés est surtout une oeuvre indigeste, un des pires romans que j’ai pu lire jusqu’à présent. En dehors de s’appuyer sur le nom de Cronenberg pour vendre, je ne comprends pas trop pourquoi les éditeurs ont laissé ce texte dans cet état-là (et encore, j’imagine qu’ils ont dû faire des corrections !). Ce pénible récit est mal construit, les personnages sont inintéressants, on ne comprend pas où l’auteur, qui caricature tous les thèmes qui traversent ses films, veut nous mener. Un désastre.

 

Consumés de David Cronenberg – Gallimard, 2016

Mort de Bunny Munro de Nick Cave

Pour les quatre premiers exemples cités ci-dessus, oui, j’ai voulu lire les textes parce que c’était untel ou untel qui avait pris la plume. Ce n’est pas le cas ici, étant donné que je ne connais pas plus que ça le travail musical de Nick Cave. Je suis tombée sur ce bouquin par hasard en fouinant dans les différents rayons de ma médiathèque. J’ai alors flashé sur le triste lapin sur la couverture est ce qui m’a donné envie de m’intéresser au roman de Nick Cave. « Triste » est effectivement ce qui traverserait a priori ce texte. Mais cela ne le rend pas pour autant bon. Il aurait pu l’être mais Nick Cave s’acharne à rendre des passages très vulgaires (et non « crus »). J’ai même eu l’impression que le type s’était engagé dans une course contre la montre pour pouvoir placer le plus de phrases tournant autour du sexe dégueulasse dans son bouquin. Pour moi, il n’a pas su trouver la juste limite entre la noirceur et le dégoût, il n’a pas non plus le talent d’un Bukowski pour se permettre autant de trash pour du trash finalement. Le Bunny Munro du titre est alors un personnage rapidement imbuvable, je ne suis jamais parvenue à le comprendre ou autre. Résultat ? J’avais juste hâte qu’il crève comme on me l’annonçait sur la couverture.

Mort de Bunny Munro de Nick Cave – Flammarion, 2010

Movie Challenge 2018 [1/4]

Petit rappel sur les consignes du Movie Challenge 2018

Continuez à partager ici ou ailleurs où vous en êtes dans le Challenge !

Bref, j’ai quasiment terminé le Movie Challenge (je suis plus rapide et organisée que l’année dernière) donc je vous prépare mes différentes impressions sur les films sur quatre billets différents étalés jusqu’à la fin de l’année. Et j’ai toujours envie de continuer l’aventure en 2019 !

 

Petite précision : j’ai supprimé les anciens billets, notamment les « critiques » des films vus dans le cadre du Movie Challenge. Etant donné que je repars à zéro, ne vous étonnez pas si vous avez l’impression d’avoir déjà lu mes avis sur certains films.

 

◊Un film dont tu voudrais changer la fin◊ 

28 jours plus tard de Danny Boyle

Un peu partagée par ce film de zombies qui mérite tout de même le coup d’œil. C’est surtout sa première partie qui m’a déçue : j’aurais aimé sentir le poids de la solitude et du silence (Cillian Murphy se réveille seul dans un hôpital situé dans un Londres désertique), or il faut qu’on nous balance à tout prix du rock à fond les ballons comme s’il fallait à tout prix séduire le jeune public. En revanche, 28 jours plus tard m’a davantage convaincue dans sa seconde partie se déroulant dans un château avec des militaires : certes, rien de nouveau à l’horizon, les méchants ne sont pas forcément les zombies mais les hommes, mais cette représentation fonctionne bien. Surtout, le changement physique de Cillian Murphy, plus proche de la créature que l’être humain, crée à lui seul une véritable tension. Bref, heureusement qu’il y a cette seconde partie hyper jouissive !

Attention spoilers (qui explique mon choix de catégorie dans le cadre du Movie Challenge):

Dans la version que j’ai pu voir, le personnage de Cillian Murphy survit. Or, je me suis amusée à regarder les différents bonus du DVD (c’est rare que je les regarde, allez savoir ce qui m’a poussé à les consulter). J’ai donc découvert qu’il existait une fin alternative qui me semble finalement bien plus logique (et entre encore plus en phase avec le titre du long-métrage).

 

28 jours plus tard – Sundance/WireImage – © 2002 Fox Searchlight – Image courtesy gettyimages.com

 

Un film qui t’a déçue

Petit Paysan de Hubert Charuel

Issu d’un milieu agricole, le réalisateur Hubert Charuel, ex-étudiant de la FEMIS (THE school en vogue), signe un premier long-métrage indéniablement intéressant mais qui hélas n’a pas su m’enthousiasmer davantage. J’ai réellement été sensible à sa dimension sociale et politique (il faut dire que le monde agricole est souvent ignoré voire moqué dans les médias et le cinéma). En revanche, son basculement vers le thriller ne me semble pas si convaincant, comme si le réalisateur avait peur de se mouiller : j’ai senti qu’il avait du mal à se détacher d’un cinéma social installé en priorité. En revanche, j’ai été séduite par le jeu impeccable de Swann Arlaud (qui mérite amplement son César du meilleur acteur) qui incarne un personnage intriguant et attachant. De plus, étant donné que je ne porte pas Grave de Julia Ducournau dans mon coeur (oui, ce tacle est totalement gratuit), je ne suis pas mécontente que l’Académie des César ait récompensé l’honnête film de Charuel dans la catégorie « meilleur premier film ».

 

Un film qui a reçu de mauvaises critiques

Le Bonhomme de Neige de Tomas Alfredson

Faisant partie de la saga « Harry Hole », Le Bonhomme de Neige est avant tout un roman passionnant et addictif de Jo Nesbø (j’ai lu ces 600 pages en une seule journée : je crois que ça veut tout dire). J’attendais impatiemment son adaptation. Je voulais avoir confiance en ce projet au-delà même de mon amour pour le roman : le réalisateur de l’excellent Morse était derrière la caméra, papi Scorsese fait partie de l’aventure (avec sa monteuse Thelma Shoonmaker) et le casting était très alléchant. Pourtant, le film est une CATASTROPHE ! Ca va au-delà du massacre improbable du roman (qui était déjà « cinématographique », il n’y avait pas besoin de changer 3000 choses ni de charcuter un million de choses). En tant que lectrice, j’ai déjà eu du mal à comprendre tout ce qui se passe à l’écran. Je n’ose pas imaginer ce qu’ont pu « ressentir » les spectateurs qui ne connaissaient absolument rien à l’histoire originelle. Le roman parvenait à brouiller les pistes sur l’identité du tueur. En mêlant l’histoire personnelle de Harry Hole et celle du tueur, Nesbø exposait en réalité certaines tares de son pays (je ne vous révèle pas lesquelles histoire de ne pas spoiler). Dans le film, Harry Hole n’a pas l’air si torturé (Fassbender n’était pas un si bon choix), l’identité du tueur est trop évidente et surtout point de constat social. Un immense gâchis.

 

Un film que personne ne s’attendiez à ce que vous aimiez

Wonder Woman de Patty Jenkins

Wonder Woman est devenu indéniablement un produit culturel important pour des raisons assez évidentes : au-delà d’un chouette record (il s’agit du film le plus prolifique réalisé par une femme), une nouvelle génération va porter un nouveau regard et donc de nouvelles attentes sur la question des représentations, ici féminines. Ainsi, face à toute une flopée de bonshommes à la tête de super-héros (qui font la joie de l’industrie du blockbuster depuis quelques années), Wonder Woman est enfin L’HEROINE qu’on attendait toutes et tous depuis des lustres et il en était temps. Cela dit, ne limitons pas le film de Patty Jenkins (réalisatrice de l’oubliable Monster) à des questions de record et de représentations pourtant bienvenues. Déjà remarquable dans Batman v Superman (tant qu’on y est, autant découvrir les derniers films DC), le personnage de Diana Prince / Wonder Woman séduit par son mélange entre force, courage et innocence. Gal Gadot s’en sort par ailleurs très bien dans le rôle-titre en parvenant à exprimer justement toutes les émotions. Le film en lui-même est plutôt un film tous publics qui tient la route en dehors de sa dernière partie qui part parfois dans tous les sens et de son méchant peu surprenant.

Wonder Woman – Copyright 2016 Warner Bros. Entertainment Inc. and Ratpac-Dune Entertainment LLC / Clay Enos/ TM & (c) DC Comics

 

Un film européen hors France

Les Merveilles d’Alice Rohrwacher

Les Merveilles était reparti avec le Grand Prix du jury au festival de Cannes présidé par Jane Campion. Si cette récompense avait agacé un grand de spectateurs, elle n’est pas non plus très surprenante. Je ne peux pas dire que ce long-métrage m’ait totalement enchantée. Par sa volonté de se rapprocher d’un cinéma très naturaliste, Les Merveilles pourra déconcerter un certain nombre de spectateurs. De plus, difficile d’être tenu en haleine par ses longueurs. Pourtant, je ne peux pas dire non plus que le film m’ait laissée totalement indifférente. Son onirisme ne s’intègre pas toujours bien dans ce récit très brut, pourtant il permet de faire naître ce petit quelque chose qui finit par toucher. Malgré la débilité prônée par les médias et plus globalement la violence de notre monde, la solidarité et la différence pourront toujours y trouver une place. En tout cas, sans dire que je compte y aller avec enthousiasme, je suis tout de même plutôt curieuse de découvrir le prochain long-métrage de la réalisatrice (également récompensé à Cannes), Heureux comme Lazzaro.

Un film ni américain ni européen

A Taxi Driver de Jang Hoon

A Taxi Driver de Jang Hoon, sorti directement en e-cinema en France, n’a rien à voir avec le long-métrage culte signé par Martin Scorsese. Il n’y a pas de prostituée à l’horizon, ni de « You’re talking to me », ni d’un De Niro au regard fou. Plus grand succès de 2017 au box-office sud-coréen, A Taxi Driver est tiré d’une histoire vraie : en 1980, un journaliste allemand se rend à Séoul et demande à un chauffeur de taxi de l’emmener à Gwangju, lieu de la révolte étudiante. Le journaliste a pu diffusé les terribles images et informations sur cet événement historique grâce à sa complicité avec ce banal chauffeur. La production du film a tenté en vain de retrouver la trace du conducteur. Le film navigue alors avec une belle aisance entre la comédie (voire même la comédie sociale), le film historique et le drame. Même si elle reste facile avec un tel sujet, l’émotion finale a su emballer mon petit coeur de sensible. La star coréenne Bong Joon-ho et le discret acteur allemand Thomas Kretschmann forment un duo joliment complice.

Les Merveilles – Ad Vitam

Un film qui se déroule dans le milieu médical

To the Bone de Marti Noxon

To the Bone est la preuve vivante que les meilleures intentions du monde ne font pas les bons films. Sorti directement sur Netflix (toujours une poubelle concernant leurs productions cinématographiques), ce long-métrage a été réalisé par une ancienne anorexique avec dans le rôle-titre une ancienne anorexique. Je suis également persuadée que la réalisatrice Marti Noxon s’est réellement documentée sur ce sujet. Pourtant, le résultat n’est pas convaincant pour plusieurs raisons. Pour ma part, je commence sérieusement à en avoir ras la casquette des personnages faussement cool juste. De plus, comment ne pas rire en voyant Keanu Reeves en psy ? J’aime bien l’ami Keanu mais là il ressemble à Patoche Sébastien dans T’aime (vous savez, il incarne ce genre de psy pseudo révolutionnaire aux méthodes ra-di-ca-les pour mieux guérir, parce que vous comprenez, les médecins = caca). Pour ne rien arranger, je ne suis pas si sûre que ce film aide vraiment les anorexiques à s’en sortir. Le film se concentre un peu trop sur la question de l’apparence physique (et donc du poids) mais ne s’interroge étrangement jamais sur ce qui entoure sur le côté mental de la maladie. Surtout, représenter le personnage de Lily Collins quasiment morte dans un ses cauchemars (parce que, vous comprenez, elle prend consciiiiiiience de son état selon Patoche Keanu Reeves) n’est pas le truc le plus intelligent que j’ai vu. Pas sûre que les personnes souffrant d’anorexie l’aient bien pris…

Un film dont le personnage a le même prénom que toi

L’Adversaire de Nicole Garcia

On ne le dit pas assez mais selon moi L’Adversaire d’Emmanuel Carrère est un grand moment de littérature. Pour pouvoir s’interroger sur l’impossible réalité, cette oeuvre puissante et honnête interroge avec pertinence sur le rapport entre le rôle de l’auteur et le processus de création. L’écrivain peut-il toujours s’inspirer du réel pour créer de la fiction ? Comment imaginer ce qu’on ne devrait même pas imaginer ? Nicole Garcia elle-même semble se retrouver dans certaines interrogations. Elle a alors tranché : le terrifiant Jean-Claude Romand, qui a éliminé plusieurs membres de sa famille après 18 ans de mensonges, est devenu à l’écran Jean-Marc Faure. La réalisatrice instaure également un autre type distance avec le triste fait divers en ne cherchant pas à tomber dans le sensationnel. Mais le film qui semble s’éterniser manque cruellement de force et tout simplement de cinéma. Ce récit ne méritait pas un ensemble aussi plat. Où est passée la tragédie même de cette histoire ? Cela dit, le casting, Daniel Auteuil en tête, est impeccable.

Un film avec un verbe à l’infinitif dans le titre

Laissez bronzer les cadavres de Hélène Cattet et Bruno Forzani

Je dois être le cadavre du titre vu mon état à la fin du film. Une torture. Depuis quelques petites années, il y a cette envie voire même ce besoin d’encourager le cinéma de genre en France. Je ne peux évidemment pas être contre cette idée. Mais, quitte à ne pas me faire d’amis (quoi que, ça ne vaut pas la peine de se tuer pour des films), je n’ai clairement pas envie d’encourager des films comme Laissez bronzer les cadavres ni ses confrères (coucou Grave). Alors oui, les gens dans l’équipe technique ont très bien bossé et le film est esthétiquement réussi, on ne va pas se mentir. Mais cette esthétique devient rapidement pompeuse, ne signifie en fait rien et camoufle un énorme vide intersidéral. Résultat : on finit par s’en foutre royalement de ce qui peut se passer à l’écran (pour ne rien arranger, l’action est parfois à peine lisible). J’ai l’impression que Cattet et Forzani ont voulu se réapproprier les codes de plusieurs genres (le western, le film noir mais aussi le giallo) sans réellement en saisir leurs enjeux (ou alors ils le montrent très très mal). De plus, j’ai trouvé ce film sexiste (et le fait qu’une femme ait co-réalisé ce film ne change strictement rien), assez étonnée de ne pas avoir davantage lu de critiques concernant ce point…

 

Un film avec une saison dans le titre

Dernier été à Staten Island de Rhys Thomas

Je suis tombée sur ce film disponible sur Netflix totalement par hasard (les soirs où je traîne un peu sur la page d’accueil avant d’aller dodo histoire de remplir ma liste de films à regarder. Au-delà de vouloir regarder un film sans prise de tête et pas profond pour un sou, il m’en fallait de toute façon correspondant à cette catégorie du Movie Challenge (car je compte bientôt le terminer pour de bon !). Dernier été à Staten Island a été crée par plusieurs membres du Saturday Night Live. Ils sont peut-être bons dans leur émission mais à chaque fois qu’ils tentent de faire un film, on va dire que c’est pas vraiment ça. Cela dit, surtout par rapport à son affiche, je m’attendais à un résultat bien plus catastrophique ! Le film ne casse pas des briques, ça m’est arrivé de rire vite fait (surtout grâce au personnage du maître-nageur con et obsédé sexuel), ça n’a aucune prétention artistique ou autre. En fait, on dirait un peu du Superbad (film que je trouve déjà surcôté) en moins bien !

 

Laissez bronzer les cadavres – Koch Films

Twist et croyances dans les contes de Shyamalan

La suite d’Incassable et Split fera partie des films événements de 2019. En tout cas, Glass est l’un des longs-métrages que j’attends le plus l’année prochaine. Cela va au-delà de mon amour pour les deux premiers volets de la trilogie. M. Night Shyamalan est l’un des réalisateurs à l’origine de ma cinéphilie (et non, je n’ai absolument pas envie de débattre sur la définition de la cinéphilie, on en parle déjà trop sur Twitter). Revoir sa filmographie a été bénéfique pour avoir une vue d’ensemble sur son travail.

Chez Shyamalan, il y a des choses très bonnes et aussi des moins bonnes, on ne va pas se mentir. Mais même dans ses petites erreurs de parcours ou du moins ses films les plus sous-estimés, Shyamalan est toujours resté très cohérent. Il a ses obsessions, sa vision propre du monde, ses références, crée également des correspondances entre ses oeuvres. Surtout, pour beaucoup de spectateurs, il est le réalisateur qui doit absolument nous surprendre par le twist. On est capable de le descendre en flèche car le twist proposé pourrait décevoir ou même tout simplement parce qu’il n’est pas apparent. Le twist n’est pourtant pas une finalité qui doit absolument secouer le spectateur, il constituerait quasiment un point de départ sur les personnages de ses contes face à leurs croyances.

Dans quelle mesure Shyamalan est-il alors un immense conteur, se servant du twist pour confronter ses personnages à une croyance ayant pour fonction de reconstruire ?

 

Incassable – Buena Vista International

 

1. L’art du « twist »

Sixième Sens n’est pas le premier film de Shyamalan (mais pas grand monde – dont moi – n’a pu voir Praying with Anger ni Wide Awake). Il s’agit pourtant du film qui l’a propulsé au monde entier. Et nous avons tous retenu ce twist final. Ainsi, à chaque nouveau film, nous avons tendance à attendre cette révélation finale (qui parfois n’a pas lieu) qui va nous secouer quitte à ce que cela finisse par se retourner contre Shyamalan. En réalité, depuis ses débuts, le réalisateur n’a jamais cessé de jouer avec cet art du twist jusqu’à le détourner étant donné qu’il a totalement conscience des attentes du public. On a parfois accusé Shyamalan de tomber dans la facilité avec ce procédé vieux comme le monde. Au fond, tout en restant ludique et sans aucune prétention, la révélation est à l’origine ce qui doit permettre autant aux spectateurs qu’aux personnages de mieux interpréter les Signes qui les entourent.

Dans Le Village, les deux twists dépendent du décalage entre les infos apprises par Ivy (le premier twist – qui semble volontairement débarquer trop tôt dans le récit) et celles acquises uniquement par le spectateur : par sa cécité, Ivy ne pourra donc pas révéler aux autres membres du village ce que les spectateurs ont pu apprendre dans le dernier acte (deuxième twist). La situation initiale ne pourra donc pas évoluer, les personnages devant fermer littéralement les yeux face à un mensonge qui se veut bienveillant. En principe, le fameux coup de théâtre a pour but d’informer les personnages principaux éventuellement pour espérer un changement de situation. Quant à Split, la toute dernière scène avec le caméo de Bruce Willis n’est pas simplement « cool » pour faire plaisir aux fans d’Incassable : cette scène, aussi courte soit-elle, représente alors le véritable « twist ». On cherchait tout le long du film un autre twist. Des pistes d’interprétation étaient jusqu’à présent possibles. Ainsi, on pouvait alors croire que Kevin se métamorphosait en bête parce que la société lui disait qu’il en était une par sa maladie mentale. Il y a évidemment toujours une réflexion sur ce rapport entre l’esprit et le corps, mais ce petit twist donne un autre souffle au récit : nous ne sommes plus dans le « croire » mais désormais dans le « voir« . Par ailleurs, Incassable présentait lui-même un twist particulier. En effet, dans le cadre d’un film de super-héros, cette révélation aurait dû conduire à une confrontation entre les protagonistes qui n’a pourtant pas lieu dans ce film. Surtout, David Dunn accepte enfin son statut de super-héros grâce à cette révélation tout comme il accepte enfin l’individu qu’il doit être au quotidien avec sa famille.

The Visit a débarqué sur les écrans après deux échecs successifs de Shyamalan. Produit par Jason Blum, il devait envoyer du pâté aux spectateurs. Traduction : ce film avait pour but de refaire venir les anciens fans du réalisateur. Cette stratégie a été payante puisque le film a rencontré le succès au box-office. Et effectivement, Shyamalan a tenu sa promesse : oui, il est ce fameux réalisateur qui envoie du pâté avec ses twists, alors il va vous en mettre du twist. Dans un premier visionnage, surtout face à une attente certainement légitime, même si on comprend immédiatement l’étrangeté des personnages, on ne fait véritablement attention à tous les indices et on a quelque part envie de se laisser surprendre par cette révélation déjà attendue. Chez Shyamalan, chaque second visionnage est évidemment essentiel pour ne rater aucun détail. Cette expérience est particulièrement troublante dans The Visit, qui n’a rien d’un film mineur dans sa filmographie. On sait alors dès le début qu’il s’agit d’une mise en abîme reconstituée : l’héroïne est une jeune réalisatrice (ou veut l’être) qui a pu monter une fois qu’elle a connu la vérité. Dans ce montage fictif, elle-même a pleinement conscience qu’elle va devoir insérer malgré elle ce twist. Surtout, ce twist n’a évidemment rien de surprenant, le réalisateur ne cache pas du tout ses indices. Ainsi, par le malaise qu’il instaure dès les premières minutes puisqu’on connaît désormais « le truc » (on a désormais un temps d’avance sur les jeunes protagonistes), The Visit devient alors une comédie noire, même un anti-film d’horreur !

Le twist ne se veut alors pas sensationnel, il est potentiellement présent pour confirmer la présence de signes dégagés tout le long de ses oeuvres.

 

Sixième Sens – Buena Vista Pictures

 

2. Les secrets enfouis du conte

Les films de Shyamalan sont tous plus ou moins des contes. Le réalisateur a souvent accordé une grande place à des enfants dans les rôles principaux et secondaires : Cole (Sixième Sens), Joseph Dunn (Incassable – ce personnage sera de retour dans Glass), Morgan et Bo (Signes), Aang (Le Dernier Maître de l’air), Kitai (After Earth), Rebecca et Tyler (The Visit) ou encore Casey (Split). Ces personnages-là sautent aux yeux par leur âge ou leur physique. Mais en réalité, même les adultes sont puérils. Par leurs croyances et leurs actes parfois impulsifs, Ivy, Lucius et Noah (The Village) sont encore des gosses. Même si les acteurs sont vraiment à côté de la plaque – quel dommage – les personnages interprétés par Mark Wahlberg et Zooey Deschanel dans Phénomènes sont également enfantins et c’est certainement pour cette raison que leur couple va si mal. Il faut qu’il se produise le « phénomène » annoncé dans le titre français pour que le couple puisse mûrir. Kevin de Split n’est pas tout à fait un adulte lorsque certaines personnalités resurgissent malgré lui. Quant à la nymphe de La Jeune fille de l’eau, elle est le synonyme même de la candeur. Cet ensemble de personnages, liés de près ou de loin, enfants ou juste candides, ne font que confirmer la présence de contes dans la filmographie de Shyamalan, même s’il s’agit d’une observation qui reste encore en surface. Mais, par le prisme du fantastique et les codes de l’horreur (Hitchcock fait partie des modèles de Shyamalan) pour ne citer que ces deux gros exemples, le réalisateur partage cette idée de vouloir faire vivre une marge et une certaine idée de la normalité ensemble (et quelque part, les enfants symbolisent aussi cette marge). Mais plus globalement, et c’est pour cette raison que ses films parviennent aussi à toucher, le conte, genre qui à l’origine éduque, approprié par le grand candide Shyamalan, permet alors la confrontation des gens ordinaires aux situations ou aux gens littéralement extraordinaires.  C’est peut-être pour cette raison que le twist semble aussi présent dans la filmographie de Shyamalan. Le rôle du conte est de faire prendre conscience aux lecteurs (et donc ici aux spectateurs, et pas que les jeunes), le twist joue finalement ce même rôle.

Le conte étant un des genres les plus codifiés, il faut, comme pour le twist, tenter de trouver les différents signes pour mieux les interpréter et donc également mieux lire l’ensemble du récit. Justement en parlant de signes… revenons à Signes. Ce film est souvent perçu au premier degré à savoir une histoire familiale avec des extraterrestres un peu moches, inspirés de Predator mais en moins bien fait (je dois bien l’admettre). Sans forcément nier à tout prix ce récit tel qu’on le voit à l’écran, je me suis toujours dit qu’il fallait véritablement traduire toutes les métaphores visuelles. On reviendra sur ce point plus tard mais il ne faut jamais oublier que Shyamalan est un conteur. Et comme dans tout conte, les éléments grossiers traduisent des angoisses plus profondes et des interprétations proches de la psychanalyse. Ainsi, première grande question dans Signes : les extraterrestres existent-ils vraiment ? Ne sont-ils pas simplement une représentation de la figure maternelle disparue ? Surtout, l’histoire peut-elle éventuellement être perçue à partir du regard d’une enfant ? Les quelques répliques de la petite Bo (Abigail Breslin) ne semblent pas anodines. « Est-elle encore en train de rêver ? » demande-t-elle sans jamais obtenir de réponses. Peut-être est-ce le film qui doit nous éclairer. Par ailleurs, beaucoup d’éléments appartenant au monde de l’enfance constituent des étapes dans notre nouvelle lecture du film : le baby-phone, l’attitude puérile de l’oncle Merrill (quel adulte se mettrait sur la tête un chapeau en aluminium ?), les dessins issus du livre, le goût des enfants pour la télévision et même la vision la plus cliché possible sur les aliens. Quant à la mère, décrite quasiment déchiquetée suite à son accident de voiture, elle apparaît dans les flashback au meilleur de sa forme. Aucun enfant n’aurait envie ni ne pourrait imaginer sa mère avec un corps coupé en deux, tel le doigt de l’extraterrestre. Enfin, au-delà de ses diverses charges symboliques, l’eau fait également potentiellement référence au Magicien d’Oz, un des livres/films les plus importants et vus par les enfants. En effet, l’Alien est éliminé de la même manière que la méchante sorcière de ce conte culte.

Le film qui assume le plus les codes du conte (quitte à se faire moquer) est certainement La Jeune fille de l’eau. La jeune narf, qui est déjà un personnage issu des légendes transmises de génération en génération, s’appelle Story. Les humains jouent alors tous un rôle fonctionnel pour aider notre héroïne dans sa quête. On retrouve également dans le récit une part importante de merveilleux. Et là encore, on l’a fait court. Au-delà d’y voir éventuellement un regard de Shyamalan sur sa filmographie, et même de détecter une réponse de sa part aux spectateurs et aux critiques qu’il pu décevoir avec ses précédents films (Le Village et Signes ont beau avoir marché au box-office, ils ne font toujours pas l’unanimité), La Jeune fille de l’eau se sert du conte pour illustrer des théories qui touchent autant au cinéma qu’à littérature (et certainement ailleurs). Ainsi, le long-métrage parle du lien étroit entre l’auteur et le spectateur/lecteur : celui qui « reçoit » l’oeuvre a en fait un rôle à jouer aussi important dans le processus créatif que l’auteur lui-même. Ce n’est certainement pas anodin qu’il y ait autant de twists dans le cinéma de Shyamalan. Même si le réalisateur expose nettement les indices qui conduisent le récit à la révélation finale, le spectateur est impliqué en quelque sorte dans ce processus créatif en reconstituant lui-même les indices, en interprétant aussi des effets de mise en scène (par exemple, les couleurs vives sont également récurrentes chez Shyamalan). Quelque part, nous revenons aussi l’exemple des twists dans Le Village avec cette discussion autour du décalage entre ce que sait le spectateur et ce que ne savent pas les protagonistes : ce décalage implique encore plus le spectateur dans le processus créatif. Par ailleurs, on revient toujours à cette obsession concernant l’interprétation des signes. Avant Robert David Mitchell et son Under the Silver Lake, Shyamalan mettait déjà en scène un personnage qui tente de trouver une résolution en lisant une boîte de céréales. Comme il s’agit de Shyamalan, il était de bon ton de se moquer de son procédé; désormais, on trouve ce schéma similaire absolument formidable chez Mitchell alors que ce dernier n’est pas non plus subtil. La Jeune fille de l’eau est alors un condensé récréatif de la quête du sens dans l’art, qui hante tant les plus grands théoriciens. Et pour se référer aux oeuvres de Shymalan, ses personnages se cherchent eux-mêmes, doivent détecter des signes pour mieux se retrouver.

C’est peut-être pour cette raison que Shyamalan divise : comme tout genre marqué, le conte grossit les traits, affiche nettement ses métaphores, se veut accessible. Paradoxalement, en partant de cette forme, Shyamalan parvient alors à évoquer avec une réelle habilité des sujets qui mêlent la question de l’intime et celle de la collectivité.

Signes – Buena Vista International

 

3. Croire pour se reconstruire

Fait plutôt évident : la foi traverse la filmographie de Shyamalan. Le personnage de Mel Gibson dans Signes est certainement le plus représentatif, le plus premier degré. Mais associer Shyamalan systématiquement à une foi serait mal connaître le réalisateur, même si ce dernier a effectivement toujours placé des symboles spirituels dans ses oeuvres (symboles aussi bien purement bibliques ou davantage inspirés des codes de la spiritualité orientale). En réalité, il s’agit d’une croyance au sens large du terme. Le pasteur retrouve aussi une « foi » en l’humanité et en ce qu’il est. Avant sa fonction d’homme d’église, il est avant tout un homme et il peut tout simplement redevenir un père et pas uniquement pour sa communauté religieuse, mais aussi littéralement pour ses deux enfants. Les personnages des films de Shyamalan doivent alors traverser des épreuves pour se reconstruire. Et cette reconstruction passe par une croyance, terme faisant appel à plusieurs sens. Il y a d’abord cette interrogation avec la vraisemblance. Peut-on croire aux fantômes, aux extraterrestres, aux super-héros, à une société utopique, à la nature qui se rebelle contre les hommes ? Chez Shyamalan, c’est accepter son sort et son identité. Accepter la mort (autant la nôtre que celle des autres), accepter de vivre dans une illusion, accepter d’être un être littéralement extra-ordinaire, accepter d’être plus faible que la Nature traverse sans cesse les personnages. Et ils peuvent aller de l’avant grâce à cette acceptation.

La croyance prend alors également une autre dimension, plus humaniste. Quitte à le traiter de Bisounours, Shyamalan reste bienveillant envers notre humanité, notamment par le biais de la famille. C’est certainement aussi pour cette raison que la figure de l’enfant est autant présente dans sa filmographie. Ainsi, le réalisateur nous présente souvent des enfants qui souffrent de l’absence d’un des parents (Sixième Sens, Signes, The Visit) et des parents qui souffrent aussi à leur tour de l’absence de leurs enfants (Le Village, La Jeune Fille de l’eau, After Earth). Retrouver son identité permet alors également à la famille de se reconstruire. La famille de David Dunn dans Incassable subit également des troubles : en cachant son identité par le passé, il est sur le point de briser son mariage. En acceptant sa véritable identité sans se cacher, il va pouvoir éventuellement continue à prolonger son mariage. De plus, il noue aussi une complicité avec son fils avec qui il partage ce secret.

Cette famille peut également être synonyme de société. Shyamalan a exposé à plusieurs reprises des micro-sociétés solidaires (sans forcément approuver leur idéologie) : celle du Village et celle de La Jeune fille de l’eau. En fait, dans un sens, sur cette interrogation autour de la reconstruire de la collectivité, les deux films pourraient se répondre. Dans le premier film cité, la solidarité repose sur le mensonge en créant un monde merveilleux de toutes pièces; dans le second, le véritable merveilleux est ce qui permet de créer du lien entre des individus différents. Enfin, dans Phénomènes, les lois naturelles bafouent la société en la plongeant dans l’horreur. On a beaucoup caricaturé ce film avec cette idée que la nature tuait les gens. On pourra trouver le procédé naïf mais il faut pourtant rectifier un point : la nature ne se contente pas de tuer, elle conduit à l’auto-destruction de l’homme (le film a de réels défauts mais chaque scène de suicide parvient toujours à me foutre les jetons). Elle n’a plus même le temps de faire son deuil, d’avoir conscience de l’état de l’homme en tant que mortel, contrairement aux précédents longs-métrages de Shyamalan. La société doit passer par le chaos pour pouvoir ne plus répéter ses erreurs et par conséquent pour espérer de pouvoir se refonder. Phénomènes confirme l’amour que Shyamalan porte en la nature. Si la nature est à l’origine de l’auto-destruction humaine, les grandes scènes de suicide démarrent dans des parcs situés dans de grandes villes. Par ailleurs, la nature n’agit plus lorsque les personnages principaux se retrouvent dans un milieu champêtre avec le vent qui souffle abondamment. Shyamalan croit profondément en ses bienfaits au point d’en emprunter son folklore pour La Jeune fille de l’eau et ses immenses champs de blé pour Signes. After Earth est un très mauvais film et Le Dernier Maître de l’air n’assure pas sur certains points (mais n’est pas du tout la catastrophe tant annoncée). Pourtant, ce sont peut-être les films qui parlent le plus de la nature ! Etablir une connexion entre la nature, la famille (dans tous ses sens) et le conte reste possible. Ces trois notions ont en commun le retour au primitif.

 

Le Village – Buena Vista International

 

Chercher le sens des choses, que ce soit dans l’art ou à soi, n’est alors pas une quête qui se veut intellectuelle – par ailleurs, les films de Shyamalan n’ont jamais cherché à être dans une démarche, bien au contraire. Chercher qui on est, ce que l’art veut dire, c’est peut-être aussi ce qu’il y a aussi de plus primitif pour n’importe quel humain. Shymalan est alors ce conteur qui offre les clés, des signes à ses spectateurs pour qu’ils puissent aller dans cette quête de l’essentiel. Le twist n’est pas qu’un moyen de surprendre le spectateur. Comme le conte, le twist marche toujours au premier degré : par conséquent, ces charges symboliques permettent à Shyamalan de raconter et mettre en scène des histoires profondément humaines, touchant à nos interrogations, nos doutes et nos peurs les plus fondamentaux.

 

Split – Universal Pictures

J’ai vu au cinoche… (septembre 2018)

Faisons le point sur les films vus au cinoche en septembre qui méritent plutôt de bonnes notes !

  • Blackkkslansman de Spike Lee

Lauréat du Grand Prix au dernier festival de Cannes présidé par Cate Blanchett, Spike Lee mérite toutes ses louanges. Avec sa mise en scène inspirée et un ton plaisant, le long-métrage a le mérite de vouloir parler au plus grand nombre sans autant tomber dans un résultat consensuel. Sa fin coup-de-poing, qui casse avec cette légèreté a priori omniprésente, est nécessaire pour pouvoir réveiller le spectateur : alors que le film riait des membres du KKK dans une époque qui peut nous sembler « lointaine », cette fin présentant des images d’archives des événements de Charlottesville rappelle que ces gens idiots dont on s’est moqué pendant une grande partie du film sont toujours dangereux. Peu importe notre couleur de peau, notre combat commun contre un racisme monstrueux doit continuer à exister. Enfin, Spike Lee a su mettre en avant des interprètes talentueux : John David Washington (le fils de Denzel pour ceux qui auraient raté l’info) est impeccable dans le rôle principal, Adam Driver (qui, décidément, sait choisir ses films) est toujours aussi charismatique, Topher Grace parfait en chef raciste ou encore Laura Harrier (vue dans Spiderman : Homecoming) est une sacrée révélation.

  • Burning de Lee Chang-Dong

Je ne prétends pas connaître de A à Z la filmographie de Lee Chang-Dong (je n’ai pas encore rattrapé Oasis), je peux juste vous dire que Poetry et Secret Sunshine font partie de ces bijoux à regarder absolument. J’attendais logiquement Burning, adapté d’une nouvelle de Murakami (Les Granges Brûlées). Beaucoup de spectateurs se sont insurgés de le voir repartir les mains vides au dernier festival de Cannes. Sans dire que je m’en réjouis (je n’aurais pas non plus été scandalisée en cas de victoire), je comprends plutôt ce choix de la part du jury. J’ai eu du mal à entrer dans le film, au point où j’ai failli m’endormir au bout d’une heure de film (cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie comateuse devant un film). La seconde partie, davantage tournée vers le thriller, a su me réveiller en quelques secondes. Enfin, l’arrivée du troisième acte est si brutale (pourtant, j’aime le fait que le scénario ne nous donne pas réellement de réponses). Lee Chang-Dong signe pourtant un film énigmatique, naviguant sans cesse entre une réalité sociale brutale et des zones volontairement floues voire même oniriques (n’oublions pas que le personnage principal veut devenir écrivain). Dommage que je n’ai pas été plus sensible à l’ensemble du long-métrage.

 

BlacKkKlansman – Universal Pictures

 

  • Thunder Road de Jim Cummings

Pour son premier long-métrage, l’acteur-réalisateur-scénariste Jim Cummings a réussi à faire sensation auprès des professionnels (notamment en remportant le Grand Prix du festival de Deauville) et du public. Thunder Road, dont le titre fait référence à une chanson de Bruce Springsteen (jamais utilisée alors qu’il s’agit de la chanson citée pendant l’enterrement de la mère du personnage principal) fonctionne effectivement par moments. Le plan-séquence d’ouverture séduit d’emblée avec ce mélange d’empathie et de malaise qu’on ressent pour Jim. La scène devant le commissariat est également très intéressante, la caméra se concentrant essentiellement sur le protagoniste, en oubliant les autres personnages autour de lui. Cela dit, l’ensemble m’a tout de même plutôt mitigée. Je ne me suis pas ennuyée mais je ne peux pas dire non plus que j’ai pris réellement mon pied. La faute à ce sentiment permanent d’égocentrisme (les personnages secondaires sont particulièrement mal employés) et de pleurnicherie trop accentuée (même si je comprends la démarche du réalisateur) ainsi que cette fin à la « deus ex-machina » qui m’a fait sortir du film.

  • Première année de Thomas Lilti

Le premier long-métrage de Thomas Lilti, Hippocrate, ne m’avait pas réellement convaincue malgré des critiques très positives à sa sortie. Je n’attendais donc pas spécialement Première année (avec le même Vincent Lacoste de Hippocrate : on pourrait connecter les films et leurs personnages dans un hypothétique « Lilti Universe »). On pourra évidemment voir dans Première année une critique contre l’absurde système des concours de médecine. Mais heureusement on n’a pas besoin d’être ex-étudiant en médecine ou autre pour apprécier pleinement ce film. Chaque spectateur a été confronté à des interrogations et des obstacles en tous genres sur l’avenir professionnel (comment savoir travailler en fonction de son milieu social ? Choisit-on des voies professionnelles sous influence familiale ?). Dans l’ensemble, le long-métrage est donc plutôt réussi avec sa maîtrise du sujet (Lilti était médecin), des personnages attachants (et parfaitement interprétés), le tout sur un montage rythmé, avec quelques bonnes petites idées de mise en scène. Le tout séduit également par son réalisme constant (notamment par sa reproduction sonore). Cela dit, la fin du long-métrage reste discutable. Elle est mignonne (pour ne pas dire touchante) et logique si on en reste à l’attachement que l’on porte aux personnages. Mais s’éloigne aussi de ce même réalisme constamment mis en place.

Première Année – Denis Manin / 31 Juin Films

  • Climax de Gaspar Noé

Tiré d’un faits divers, Climax raconte l’histoire d’une soirée qui prend des tournures tragiques, l’un des invités ayant mis de la LSD dans la sangria. Alors que j’avais détesté Love, Gaspar Noé est parvenu à me surprendre avec son dernier long-métrage présenté à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs. En l’espace de ces deux films, j’ai l’impression que le réalisateur a gagné en « maturité ». Il ne faudrait pas limiter son film à un « trip » qui nous rappelle à quel point la drogue peut rendre les gens fous. Climax est pour moi avant tout un film sur une jeunesse qu’on veut éclater. Cette collectivité, avec ses différences en tous genres (sexuelles, géographiques, physiques), a tout pour être forte, comme le montre cette chorégraphie au début du long-métrage avec ces corps sont si proches, bougeant au même tempo. Il faut qu’une personne extérieure, littéralement étrangère, bousille cette unité et surtout cet espoir de collectivité possible. Chez Noé, la tragédie prend des accents de cauchemars, le film prenant presque des allures de film d’horreur dans son troisième acte. Pour chipoter, je dirais juste que Noé explique parfois un peu trop son film, comme s’il ne faisait pas suffisamment confiance en son spectateur. Mais ce film a le mérite de me hanter et de m’avoir fait vivre une expérience à part. Une des bonnes surprises de l’année.

  • Les Frères Sisters de Jacques Audiard

Le western étant désormais un genre rare dans le paysage cinématographique, j’étais curieuse de découvrir Les Frères Sisters, adapté du roman de Patrick DeWitt. Je n’ai jamais été une grande fan d’Audiard (même s’il ne fait partie de ma liste de mes « bêtes noires » – certains d’entre vous les connaissent déjà) et je ne vais pas le devenir avec son nouveau film, son premier en langue anglaise. Pourtant, Les Frères Sisters est plutôt réussi, je dois bien l’admettre. Il n’y a pas de faux-pas : le quatuor d’acteurs est impeccable, la mise en scène est maîtrisée, les paysages sont sublimés par la photographie. On voit où Audiard veut en venir : malgré la violence des personnages, affichée dès la première scène, et plus globalement du monde dans lequel ils vivent, Les Frères Sisters est un film qui se veut tendre en exploitant notamment différentes définitions de la fraternité (le duo Jake Gyllenhaal-Riz Ahmed éclipse même parfois nos fameux frangins cités dans le titre). Même si ce choix est volontaire, cette tendresse signe aussi pour moi la limite de ce film qui manque de grandeur. Bref, quitte à faire du forcing, le western de l’année reste donc pour l’instant Hostiles.

Climax – Wild Bunch Distribution

Au revoir, ma balance

 

Je me suis bien pesée, nue, à jeun, chaque samedi matin. Je me suis infligée cette torture pendant huit ans. La balance est pourtant toujours dans mon appartement et je la ressortirai certainement à la fin de l’année, un peu avant Noël (traduction : avant la période où nos bides prennent cher). Elle n’a pas toujours été mon ennemie et j’aimerais qu’elle devienne tout simplement une copine lointaine, histoire de s’échanger quelques nouvelles.

La balance ne devait pas devenir ma meilleure amie malgré moi. J’étais même persuadée de contrôler son utilisation: « nan mais d’abord, je ne me pèse pas tous les jours, c’est rien qu’une fois par semaine, c’est pas une obsession, je gèèère ». Effectivement, au début, la balance n’était pas une source de préoccupation, en tout cas, pas plus que ça. Après tout, j’avais commencé à prendre cette habitude pour lutter contre mes problèmes de surpoids, survenus suite à des TCA (j’en reparlerais peut-être plus tard sur le blog). Je voulais être en bonne santé et me sentir plus globalement mieux dans ma peau : j’avais donc besoin d’être stimulée et de voir mes efforts récompensés.

Blue Tape Measuring on Clear Glass Square Weighing Scale

Pendant mes études, j’étais ravie (non, je n’exagère même pas) de retrouver ma balance (j’ai même hésité à lui donner un petit nom). Il faut savoir que j’ai perdu durant cette période plus de dix kilos. Pourtant, il y a un moment où les chiffres ne descendaient plus alors qu’il me restait encore quelques derniers kilos à perdre. Avec le temps, j’ai fini par comprendre réellement pourquoi je ne parvenais pas totalement à les éliminer : la balance ne permettait pas de se débarrasser de mes TCA. Certes, les crises étaient moins fréquentes mais elles n’avaient pas disparu pour autant. C’est à partir de ce moment-là où j’ai compris que la balance ne faisait qu’entretenir mon problème. Elle me foutait même une pression folle et pourrissait mes journées. « Oh je n’ai perdu que 100 grammes », « oh j’ai pris 200 grammes ». Résultat : je mangeais énormément durant cette journée juste pour oublier ma contrariété. Un cercle vicieux. Comment alors ai-je pu avoir le déclic de mettre de côté la balance ?

Mes crises sont revenues en force en 2017. En l’espace de trois mois, j’avais bousillé des années d’effort. J’avais déjà du mal à me supporter sur tous les points. Mais alors voir le chiffre croître au fil des semaines était désormais insupportable. Un jour, certainement plus insupportable que d’autres, j’ai zappé la pesée habituelle du samedi pour éviter le schéma habituel (déception puis se réfugier dans la bouffe). Je ne dirais pas que j’avais passé une excellente journée mais elle n’était pas non plus exécrable ou déprimante puisque je n’avais pas consulté un quelconque chiffre sur une balance. Alors, j’ai suivi le même modèle le samedi d’après. Et le samedi d’après. Je me suis alors regardée dans le miroir. J’avais légèrement dégonflé des joues. Ma mère me l’a toujours dit : « on sait si tu as maigri ou grossi en regardant ton visage ». J’avais alors enfin compris que je n’avais pas besoin de cette balance pour connaître mon évolution corporelle ni pour me sentir bien dans mes baskets.

Je prends alors une des meilleures décisions de mon existence : j’arrête de me peser hebdomadairement.

 

Vous n’imaginez pas le bien fou que ce choix m’a apporté en l’espace de quelques mois (bientôt un an mine de rien !). Je n’aurais jamais cru dire ça mais je suis fière de moi. J’ai alors appris à toucher, observer et même à écouter mon corps et mon visage. Cet exercice était extrêmement difficile pour moi auparavant. Je ne suis pas non plus devenue narcissique mais j’ai tout simplement appris à aimer mon corps et à lui faire confiance. Un pas énorme. On pourra suivre tous les rééquilibrages alimentaires et régimes qu’on veut, mais selon moi une grande partie du travail vient en partie de notre mental. Mes crises de TCA se sont espacées au fil du temps (précision : je suis parvenue à les contrôler depuis novembre 2017 et depuis deux mois je sens même que je n’ai même plus besoin de lutter pour manger normalement). J’ai alors perdu tout le poids pris et même certainement plus. Je n’ai pas besoin de chiffres. Je le sais, je le vois et je m’aime de plus en plus avec ce corps que j’ai choisi de construire sans pression.

 

Photo of Woman Looking at the Mirror

Je lis…

… plutôt des livres papier.

Je ne vais pas vous faire dire que j’adore les livres papier pour leur odeur. C’est faux. Je ne vais pas non plus vous dire que j’adore collectionner les belles éditions à tout prix. Oui, ça m’arrive d’en acheter pour embellir ma bibliothèque mais ça reste rare (entre nous, le livre de poche permet de faire de sacrées économies). Je dois tout simplement admettre que j’ai juste un côté très matérialiste concernant mon amour pour les oeuvres littéraires et cinématographiques. Cela peut paraître idiot mais j’ai l’impression de mieux soutenir ces oeuvres (et les artistes) en possédant l’objet chez moi. J’aime aussi le fait de pouvoir les consulter quand j’en ai envie (pour mon plaisir, pour mon travail ou autre) ou avoir le pouvoir de les prêter aux gens de confiance pour leur faire partager des objets culturels qui me semblent intéressants.

Cela dit, même si je lis moins de textes sur la Kindle, j’apprécie tout de même son côté potentiellement ludique, notamment avec le calcul de pages par pourcentage et la possibilité de consulter un dictionnaire pendant leur lecture.

Matilda – TriStar Pictures

… en réfléchissant à mes pauses.

J’aimerais avoir la possibilité de lire un roman en un laps de temps limité (c’est la grande différence avec les films), malheureusement entre le manque de temps, la fatigue et tout simplement le manque d’envie selon les jours et les heures, cela n’est pas toujours possible. Quand je me lance dans une lecture, j’ai besoin de savoir quand vais-je y faire des pauses. Avant d’ouvrir le manuscrit, je repère la page qui marquera ma pause dans ma lecture du jour. Les chapitres pas trop longs facilitent évidemment la tâche. Mais face à des bouquins sans délimitation précise ou avec des écarts trop longs entre les parties / chapitres, je suis obligée de trouver une solution afin de ne pas perturber ma lecture. En général, je compte le nombre de pages que je compte lire par rapport à mon temps disponible et je m’arrête à un nombre se terminant par zéro. Allez savoir pourquoi, ça me motive, je me sens apaisée une fois que j’ai établi ce petit objectif !

… parfois à haute voix.

Cela va de soi que je pratique ce type de lecture chez moi quand je suis seule dans une pièce (remarque, ça peut être marrant de lire à haute voix dans la rue ou dans les transports en commun). Je ne lis évidemment pas non plus un bouquin entier en parlant toute seule, sinon je n’aurais pas déjà lu 30 bouquins cette année. Mais de temps en temps, ça m’arrive de lire quelques passages juste pour le plaisir – bref, je deviens à ce moment-là une sorte de comédienne en plein délire (j’aime être ridicule sans témoin). Je vous explique mon délire : pour moi, lire n’est pas limité à une activité visuelle. Les mots sont aussi faits pour être entendus. La lecture a un aspect musical qu’on néglige trop (en dehors de la poésie et éventuellement du théâtre). Un essai, un roman, une nouvelle, une autobiographie… peuvent aussi être agréables à l’oreille (et j’ai même envie de dire « doivent »). En fait, chaque texte peut être poétique sans qu’on le soupçonne dans une simple lecture traditionnellement silencieuse.

The King’s Speech – Wild Bunch Distribution

… pour travailler mon anglais.

Depuis le collège, j’ai toujours aimé l’anglais, même si je n’ai pas vraiment l’occasion de le parler quotidiennement. Comme beaucoup d’étudiants, j’ai continué à suivre des cours dans cette matière à la fac en option, j’ai également pu continuer à lire des oeuvres en anglais dans le cadre de mes études en littérature comparée. Je prenais également déjà l’habitude de lire de temps en temps des romans en anglais (pour ne rien arranger, il existe une très chouette librairie anglaise dans ma ville natale). Cela dit, toutes les bonnes aventures s’achèvent. La lecture de romans en VO me permet de maintenir mon niveau (certes uniquement dans la compréhension de l’écrit mais c’est toujours mieux que rien !). J’essaie de lire quasiment tous les jours un roman en anglais, même si ce n’est que quelques petites pages. J’essaie de trouver un rythme entre le plaisir de lecture et l’apprentissage / les révisions (vérifier de temps en temps un mot dans le dico). Je ne lis pas en majorité des romans anglophones dans l’année (3 ou 4 par an contre trente voire même quarante ouvrages en français par an) mais je trouve que c’est toujours satisfaisant de parvenir au bout d’une lecture qui n’est pas rédigée dans notre langue maternelle. Petit regret : ne pas avoir réussi à maintenir ce cap pour d’autres langues étrangères.

… plusieurs livres à la fois

J’ai pris cette habitude à la fac (j’étais en lettres modernes) histoire de mieux organiser mon travail. Depuis, je continue à multiplier les lectures. En fait, c’est comme si je regarde plusieurs séries télé à la fois ! Par contre, cela peut peut-être expliquer un des points précédents évoqués : le fait de devoir déterminer des pauses précises. Petite précision : je n’encourage pas la quantité pour la quantité, même si je me suis fixée un objectif sur mon compte Goodreads. Je suis tout simplement curieuse ! J’ai toujours envie de découvrir encore et encore des livres de tous les genres, de toutes les époques, de toutes les nationalités ! Il faut dire que je me suis mise à aimer la littérature relativement sur le tard, ma profession tourne en plus autour de cet amour pour cet art, donc je ne peux pas m’empêcher de vouloir vider mes piles de bouquins ! Du coup, quand je me retrouve à m’attaquer à des textes qui ont une sacrée longueur voire même des monuments de plus 1000 pages, je ne me vois pas lire QUE ça pendant un temps conséquent.

– par Florencia Viadana

Et toi, quel type de lecteur es-tu ?

Bilan des films vus au cinéma cet été (3/3)

Et voici la dernière partie des films que j’ai vus cet été au cinéma !

PREMIERE PARTIE

DEUXIEME PARTIE

Under The Silver Lake de David Robert Mitchell

Même si je lui avais reconnu quelques qualités indéniables, j’ai toujours trouvé It Follows surestimé (et plus j’en parle, plus ce film m’agace). Mais je n’étais pas encore fâchée contre David Robert Mitchell. Depuis son dernier film, je le suis. Under the Silver Lake, présenté à Cannes en mai dernier (en compétition), semble pourtant avoir été très aimé par la presse et la blogosphère (je me sens seule contre tous). Oui, c’est bien réalisé, oui la photographie est soignée, oui Andrew Garfield s’en sort pas trop mal. Mais j’ai passé une exécrable séance, à deux doigts de péter un câble. Under The Silver Lake représente absolument tout ce qui m’insupporte au cinéma : prétentieux et interminable, se voulant faussement cool, complexe et subversif alors qu’il est juste vulgaire et indigeste. Il aurait pu autant durer 1h que 4h, cela n’aurait strictement rien changé vu qu’il n’a pas grand-chose à raconter en réalité. Le pire, c’est que DRM semble se complaire dans son concept qu’il croit révolutionnaire alors qu’il ne l’est pas, à savoir, dans les grandes lignes, chercher à déchiffrer une vérité – indéchiffrable ou non – dans l’art, ici populaire (pop culture, contre-culture, classique du cinéma, culture bis, bref un beau bordel pour le réalisateur). Dire qu’on se foutait de la gueule de Shyamalan avec le gamin de La jeune fille de l’eau qui trouve la solution en lisant une boîte de céréales…

Mission Impossible – Fallout de Christopher McQuarrie

Avant d’aller voir ce 6e opus, en l’espace d’un petit mois, j’ai rattrapé rapidement les précédents volets. Et même si cette saga est par moments imparfaite, je la trouve très attachante. Elle m’a parfois fait penser à James Bond mais en plus dépoussiéré (même si elle a aussi ce petit côté vintage et ce même attachement aux génériques d’ouverture). Chaque opus, réalisé par un réalisateur différent, a sa patte et ses propres problématiques. Ethan Hunt évolue également au fil des longs-métrages, son équipe aussi. Ce sixième volet passe alors pour une petite exception dans la saga puisqu’il complète l’histoire du cinquième opus (Rogue Nation – alias mon chouchou de la saga), déjà réalisé par Christopher McQuarrie (le scénariste de Usual Suspects). Certes il est parfois un chouïa trop long, le scénario est parfois prévisible et la poursuite en hélicoptère paraît irréaliste (nos personnages deviennent des surhommes). J’ai aussi regretté qu’on en sache trop peu sur les Apôtres. Cela dit, en dehors de ces quelques petits détails, quel spectacle de qualité ! Je me suis ré-ga-lée ! J’ai littéralement perdu mon souffle devant pas mal de scènes – surtout celles à Paris. Qu’on aime ou pas Tom Cruise, le bonhomme est toujours à l’aise dans les scènes d’action (surtout quand on sait comment il s’investit dans les cascades qu’il réalise). Toujours aussi un plaisir de revoir Rebecca Ferguson et très convaincue par Henry Cavill avec sa moustache déjà mythique !

Mission Impossible : Fallout – Paramount Pictures

L’espion qui m’a larguée de Susanna Fogel

Oui, on passe bien d’un ambitieux film d’espionnage à un autre plus… léger disons. Je n’avais pas du tout prévu d’aller voir cette comédie, m’attendant à une véritable daubasse (et vous allez me dire : mais pourquoi l’as-tu vu ? J’ai accompagné ma frangine, vous savez tout). Finalement, l’ensemble est étonnamment plutôt sympathique, je me suis même surprise à rire par moments. Je ne vous dis pas que c’est la comédie du siècle non plus mais le film remplit grosso modo ses objectifs : être un divertissement rythmé et drôle. Même si Mila Kunis s’en sort pas trop mal, c’est surtout Kate McKinnon qui excelle. Justin Theroux incarnant l’espion du titre est également toujours aussi charismatique. Et n’ayez pas peur de l’apparition de Kev Adams, on le voit très peu et sa scène est plutôt cool. Même s’il ne les développe pas réellement, cette comédie d’action se moque aussi gentiment des touristes américains en Europe (par conséquent, ce n’est pas gênant de filmer toutes ces belles villes européennes comme des cartes postales). Après, dans le même genre, j’avais tout de même préféré Spy !

Under the Tree de Hafsteinn Gunnar Sigurðsso

Plutôt vendue comme une comédie, Under The Tree est en réalité une tragi-comédie islandaise plaisante et plutôt réussie même si elle ne restera certainement pas dans les annales. Le scénario est plutôt bien écrit en confrontant trois couples (tous très bien interprétés) : un premier couple va avoir son premier enfant ensemble, leurs voisins doivent vivre sans un fils disparu tandis que leur second fils est mis à la porte par sa compagne suite à une sextape gênante. Au-delà d’une explosion finale inévitable qui secoue, l’étude du couple (lambda et tempéré) est plutôt intéressante. Même si cela ne m’a pas gênée, je peut admettre que cette observation pourrait certainement agacer par son schéma binaire (les femmes sont à l’origine des conflits, les hommes en tentant de les résoudre à leur façon trinquent, des gosses qui en souffriront). Petit bémol : la mise en scène, plutôt sobre, ne met pas suffisamment en avant le fameux arbre de la discorde alors qu’il peut certainement symboliser l’état mental de tous les protagonistes.

Sur la plage de Chesil de Dominic Cooke

J’ai terminé mon été cinéma avec une nouvelle adaptation d’un roman de Ian McEwan, qui signe encore une fois le scénario. Le début du récit met un peu de temps à se mettre en place. On se demande aussi où vont nous mener tous ces retours en arrière relativement récents par rapport à ce qui passe dans la chambre d’hôtel puis la plage réunissant le jeune couple. Petit à petit, comprenant où le film nous amène, je me suis laissée transporter par cette belle histoire où s’en entremêlent à la fois le destin, le temps et les différentes sociales. La fin m’a rappelé celle de La La Land (cette même fin qui m’avait énervée parce que je la trouve putassière, ce qui n’est pas le cas dans le film de Cooke). Au-delà d’une fin bouleversante et d’un scénario plutôt fin, Sur la plage de Chesil possède un véritable charme esthétique, avec des couleurs vives ressortant parmi un arrière-plan parfois grisâtre. L’amour et les souvenirs eux-mêmes sont vifs tandis que certains choix de vie seront à jamais sombres. Sans surprise, Saoirse Ronan, qu’on ne présente plus, est excellente. Mais on retient surtout la brillante interprétation de son partenaire Billy Howle (un acteur méconnu qui ne devrait plus le rester).

Sur la plage de Chesil – Mars Films