The Rider

réalisé par Chloe Zhao

avec Brady Jandreau, Lilly Jandreau, Tim Jandreau…

Drame, western américain. 1h44. 2017.

sortie française : 28 mars 2018

Le jeune cowboy Brady, étoile montante du rodéo, apprend qu’après son tragique accident de cheval, les compétitions lui sont désormais interdites. De retour chez lui, Brady doit trouver une nouvelle raison de vivre, à présent qu’il ne peut plus s’adonner à l’équitation et la compétition qui donnaient tout son sens à sa vie. Dans ses efforts pour reprendre en main son destin, Brady se lance à la recherche d’une nouvelle identité et tente de définir ce qu’implique être un homme au coeur de l’Amérique.

The Rider : Photo Brady Jandreau

Depuis son premier film Les Chansons que mes frères m’ont apprises (présenté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs ainsi qu’à Sundance), la réalisatrice sino-américaine Chloe Zhao avait déjà intégré discrètement mais sûrement le cercle des noms du cinéma indépendant à retenir. Avec The Rider, lauréat du Grand Prix au festival du cinéma américain de Deauville (et également passé par la case Cannes, toujours dans la même catégorie), Zhao ne fait que confirmer son statut. Le projet de The Rider a pour but de mêler la réalité à la fiction (on a presque envie de parler d’une cohabitation entre la fiction et le documentaire) : la réalisatrice s’est inspirée du parcours de son acteur principal Brady Jandreau pour écrire le scénario. Comme le personnage qu’il interprète (Brady Blackburn – à noter au passage que le reste du casting a également conservé leurs véritables prénoms pour leurs personnages), le cowboy a failli mourir d’un accident de rodéo et a passé trois jours dans le coma, son cerveau ayant subi une hémorragie interne : ses médecins lui ont fortement conseillé de ne plus monter sur un cheval. Or, la relation qu’il a avec les chevaux représente justement toute sa vie : sans ça, il n’est plus rien aux yeux de la société. On retrouve alors parmi tous ces acteurs non professionnels le propre entourage de Brady Jandreau dont son père (également cowboy) et sa soeur Lilly atteinte du syndrome d’Asperger. Cela dit, et c’est aussi ce qui nous permet de rappeler la part fictive jamais lointaine, quelques faits ont été modifiés pour les besoins du film. Ainsi, Lane Scott, l’ami de Brady, ne s’est pas retrouvé lourdement handicapé suite à un accident de rodéo comme le suggère le long-métrage, mais à cause d’un accident de voiture. Si vous me demandez si je vous conseille ce film, ma réponse sera alors : « oui ». Mais je ne peux pas non plus dire que j’ai réellement aimé ce film. C’est typiquement le genre de films où je suis limite embarrassée de dire que je ne partage pas le grand enthousiasme général de la critique (presse et blogosphère). Parce que ce film en question a d’indéniables qualités que je ne peux que reconnaître. J’ai beaucoup de respect pour le projet et la démarche de Chloe Zhao qui sait indéniablement jouer entre les genres pour mieux déconstruire le rêve américain tel qu’on se l’imagine. Elle filme magnifiquement les paysages sans en faire trop non plus (l’approche reste naturaliste).

The Rider : Photo Brady Jandreau

La photographie est particulièrement belle, jouant sans cesse entre la luminosité et les ombres, allant de pair avec la mélancolie de Brady qui continue de croire en ses rêves. De plus, les jeux d’ombre sont souvent intéressants pour suggérer la violence (certes peu présente) dans certaines scènes. Ils ne servent pas uniquement de beaux décors : ils aident à mieux cerner ce Brady, indissociable de cet environnement. Il n’y a qu’à le voir quand il est forcé de travailler loin des chevaux, dans un supermarché (presque un synonyme à lui seul de la ville et de tout ce qui va avec) : l’ennui le guette, le jeune homme fait alors tout pour trouver de l’action et de l’adrénaline, quitte à scanner rapidement des articles dans son magasin. L’autre bon point intéressant, bien qu’il ne soit pas suffisamment souligné (et qui complète certainement toute la réflexion autour du rêve américain brisé et de l’appropriation du mythe américain) concerne l’origine même des personnages : ces cowboys sont d’origine amérindiennes. Cela ne frappe pas particulièrement les spectateurs puisque les personnages (et, rappelons-le surtout, les véritables interprètes se fondant dans cette fiction) sont américanisés, probablement par adaptation. Or, le réel lien gardé avec cette culture amérindienne, première véritable trace de l’Amérique, est celui avec les chevaux justement. Le drame dépasse même l’intimité : il traduit cette disparition des Amérindiens, si peu nombreux et invisibles, qui se raccrochent à des rêves, presque même des clichés primaires sur l’Amérique. Comment continuer à vivre lorsqu’on nous retire ce qui nous constitue ? Nous retirer cette chose nous prive-t-il alors de liberté ? Faut-il alors baisser les bras et prendre des risques s’il n’y a que ça qui nous fait vivre ? Si le film ne le dit jamais frontalement, le suicide n’est pourtant jamais bien loin. Les thèmes abordés sont donc alors indéniablement riches, le film est certainement pertinent à plusieurs reprises mais il est regrettable que The Rider ne m’ait pas plus passionnée que ça, ni réellement émue. Seules les quelques scènes entre Brady et son ami Lane ont su tirer quelque chose en moi mais dans l’ensemble je ne peux pas dire que le film m’ait réellement touchée. Finalement, cette émotion, je la ressens davantage pendant que j’écris cette chronique, en prenant conscience de tout ce qu’implique ce projet cinématographique. Si le film est dans l’ensemble plutôt délicat et qu’il aborde certains thèmes avec intelligence, je suis en revanche moins convaincue par le parallèle entre l’homme et le cheval qui ne m’a pas non plus paru si fou que ça (sans dire que c’est mal fait ou quoi que ce soit) contrairement à ce que j’ai pu lire à droite et à gauche. Après, j’ai peut-être conscience de passer ici pour une chieuse même si j’aurais certainement souhaité vivre une expérience plus intense. A voir tout de même.

The Rider : Photo

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10 réflexions au sujet de « The Rider »

  1. Vivement que tu arrêtes de chipoter.
    Un jour viendra 🙂
    Pour du beau cinéma aussi original, on invite le monde entier à s’y précipiter!
    Et je pense qu’on lui a conseillé de ne plus monter et non pas déconseillé… sinon en plus d’être chipoteuse tu es hyper sadique…
    Comment j’ai flippé chaque fois qu’il grimpe et trottine à cheval!

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  2. @ Pascale :
    (ouiiii je me suis embrouilllléééée, j’ai corrigé, merci !! 😀 😀 )
    MAIS GGNAGNAGNA JE CHIPOOOOOTE (oui c’était le cri de la chipoteuse professionnelle).

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  3. C’est marrant parce qu’à lire ta chronique on dirait que le film est parfait et que tu t’excuses presque de ne pas avoir adhéré. Je pense que c’est vraiment une question d’humeur du moment et de sensibilités, ce type de long-métrage. Pour ma part ça reste un des meilleurs depuis début 2018, en même temps à part un ou deux films je ne suis globalement pas follement emballée par ce début d’année…
    Sur le rapport jeune homme-cheval, je serais bien curieuse de voir « Lean on Pete » aussi !

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  4. Il fait mal aux oreilles ton cri de gnangnanteuse !!!
    Entraîne toi à murmurer à mes oreilles comme si j’étais un cheval.

    Lean on pete est magnifique.
    Je l’ai vu il y a au moins une semaine mais j’arrive pas à écrire en ce moment…

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  5. Je n’ai pas vu le film, mais j’avais vu (et beaucoup aimé) « Les chansons que mes frères m’ont apprises ». La façon dont Chloe Zhao s’empare d’une histoire pour la transformer en histoire de cinéma me paraît belle, car elle ne trahit jamais la réalité de ces protagonistes devenus acteurs le temps d’un film de fiction.

    Après, je peux comprendre ton sentiment ambivalent. Peut-être bien que cette jeune réalisatrice hésite encore à pousser plus loin le curseur de la fiction ou, au contraire, à rester bien plus proche d’une réalité difficile pour être une vraie documentariste. Simple hypothèse de ma part, mais je dois admettre que j’apprécie cette humilité, surtout chez une personne aussi talentueuse en termes strictement esthétiques.

    Tout cela me fait penser au cinéma de Kelly Reichardt, un peu plus « mûr » ou plus « abouti ».

    Merci pour cette chronique, Tina, qui a réveillé mon envie de voir le film.

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  6. J’ai vu son premier film à Chloé Zhao au cinéma. Une pépite. On dit le plus grand bien de celui-ci mais j’apprécie ta sincérité dans ta critique. Il n’est plus à l’affiche ici. Je le verrais à sa sortie en dvd-blu ray. Très bon weekend à toi 🙂

    Aimé par 1 personne

  7. @ lilylit :
    Y a un peu de ça ! J’ai consciente de ne pas avoir été sensible mais j’ai pas envie de dire « je mets que la moyenne parce que ce film est moyen » alors qu’en tentant de rester objective, il ne l’est pas en fait.
    Mais oui, je veux également voir ce Lean on Pete ! Décidément, avec Hostiles, c’est l’année du cheval…

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  8. @ Martin :

    « Après, je peux comprendre ton sentiment ambivalent. Peut-être bien que cette jeune réalisatrice hésite encore à pousser plus loin le curseur de la fiction ou, au contraire, à rester bien plus proche d’une réalité difficile pour être une vraie documentariste. » => effectivement, peut-être que mon « problème » vient de là, ton analyse me semble pertinente !

    Je ne me suis jamais intéressée au cinéma de Kelly Reichardt, j’ai très peur d’être hermétique à ce qu’elle fait, même si je peux me tromper.

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  9. @ Frédéric Malonda :
    Je n’ai pas vu son 1er film mais j’ai la sensation que c’est dans la même veine que The Rider : je pense du coup que tu devrais aimer ce 2nd long-métrage! 😀

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