Annihilation

réalisé par Alex Garland

avec Natalie Portman, Jennifer Jason Leigh, Tessa Thompson, Gina Rodriguez, Tuva Novotny, Oscar Isaac, Benedict Wong…

Science-fiction, thriller américain. 1h55. 2018.

sortie française (Netflix) : 12 mars 2018

Lena, biologiste et ancienne militaire, participe à une mission destinée à comprendre ce qui est arrivé à son mari dans une zone où un mystérieux et sinistre phénomène se propage le long des côtes américaines. Une fois sur place, les membres de l’expédition découvrent que paysages et créatures ont subi des mutations, et malgré la beauté des lieux, le danger règne et menace leur vie, mais aussi leur intégrité mentale.

Annihilation : Photo Gina Rodriguez, Jennifer Jason Leigh, Natalie Portman, Tessa Thompson, Tuva Novotny

Il est toujours délicat de critiquer violemment, suite à un rejet profond de ma part, une oeuvre indéniablement ambitieuse sur tous les points. J’ai envie d’anéantir le film que je vais critiquer aujourd’hui (ahah je fais des jeux de mots tout pourris pas du tout originaux) tout en ayant conscience qu’il y a certainement d’autres merdes à réellement fouetter. Peut-être qu’un jour je vous écrirai une chronique pour vous parler de ces films acclamés qui m’ont incroyablement énervée. Comme vous l’avez compris, j’ai profondément détesté Annihilation, le second long-métrage d’Alex Garland (enfin, officiellement, car il paraît que Judge Dredd serait en réalité son premier avant Ex-Machina). Certes, il ne méritait pas de finir chez nous directement sur Netflix. Quoiqu’on en dise, il a été conçu pour être vu dans une salle de cinéma. Le parcours de ce film a été compliqué : jugé « trop compliqué » et « trop intellectuel », et Garland ne souhaitant pas de faire de compromis, n’a pas fait de modifications contrairement à ce qu’on lui a suggéré et assume son oeuvre telle qu’elle. Le long-métrage sort alors dans les salles américaines, canadiennes et chinoises tandis qu’il finit sur Netflix dans le reste du monde. Autre bon point intéressant sur le papier : le casting principal est majoritairement féminin et divers (autant sur les âges que sur leurs origines géographiques). Cela dit, les bonnes intentions n’excusent pas tout. Adapté du roman éponyme de Jeff VanderMeer (qui constitue le premier volume de la « trilogie du Rempart Sud »), Annihilation représente absolument tout ce que je peux détester au cinéma : des films faussement intelligents, s’auto-criant au chef-d’oeuvre. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec d’autres films que je déteste pour pratiquement les mêmes raisons : The Fountain et Mother! de mon ennemi juré Darren Aronofsky ou encore Under the Skin de Jonathan Glazer (avec Scarlett Johansson, qui m’insupporte autant que Natalie Portman – qui a déjà tourné sous Aronofsky : oui, les gens, j’établis le lien jusqu’au bout !). Dans un sens, je reste cohérente avec mes propres idées et surtout la vision que j’ai certainement du cinéma. Je ne reproche pas l’ambition du film mais ce trait-là n’a jamais empêché à des oeuvres réellement profondes d’avoir un minimum d’humilité  : or c’est ce qui manque pour moi à ce film très prétentieux (comme Aronofsky, Garland a l’air de se prendre pour le génie de notre siècle en s’applaudissant à la moindre pseudo trouvaille aussi subtile que le déplacement d’un hippopotame) qui accumule pourtant un certain nombre de points noirs.

Annihilation a été jugé « trop intello » et « compliqué », ce qui explique pourquoi on crie déjà au chef-d’oeuvre, alors qu’il n’est pour moi ni l’un ni l’autre. Difficile pour moi de voir là-dedans une quelconque oeuvre expérimentale, sensorielle et contemplative (je ne fais que reprendre les termes que j’ai lus à droite et à gauche). J’ai surtout eu l’impression d’assister à un très long épisode de The Walking Dead sans rythme, découpé très banalement en chapitres et entrecoupé de flashbacks qui n’aident finalement pas à cerner plus que ça les personnages. Les personnages justement sont pour moi problématiques, peut-être un des éléments qui plombe considérablement le film. Sous prétexte que le film joue sans cesse avec des symboles, métaphores, représentations ou je-ne-sais-quoi encore, les personnages sont juste creux et inintéressants comme c’est pas permis. Alors que j’aurais dû être emballée par ces personnages féminins qui semblent allier à la fois atouts physiques et intellectuels, elles m’ont toutes consternées par leurs réactions, accentuant certains clichés (comme le personnage d’Anya, qui devient très vite « la lesbienne de service ») ou leur manque de développement, étant donné qu’elles sont surtout des personnages-fonctions. Je me suis totalement fichue de leurs sorts et souffrances, tout comme je m’en foutais éperdument face à leurs disparitions. Sans surprise, j’ai toujours un mal fou avec Natalie Portman, mais les seconds rôles sont tellement insupportables et même pas bien joués (j’épargne un peu Jennifer Jason Leigh) que j’ai fini par relativiser sur son interprétation, même si elle ne m’a pas convaincue non plus. Surtout, en dehors de la biologiste Lena (également ex-militaire), qui veut comprendre ce qui est arrivé à son mari, nous ne savons pas ce qui motivent ces femmes sans aucun entraînement militaire et physique en général à aller sur cette mission-suicide : on pourra toujours me rétorquer que c’est certainement pour ça qu’elles se détruisent vu qu’elles n’ont pas de but, qu’elles souffrent etc. Encore une fois, tout justifier sous prétexte qu’il s’agit d’une métaphore finit très vite par agacer, comme si on devait justifier sans cesse l’injustifiable. La liste continue de s’allonger sur les personnages. Elles ne portent pas de gants ni masques pour faire certains prélèvements ou pour se protéger d’un air opaque. Elles n’ont pas l’air de savoir comment se servir d’armes et surtout elles n’ont pas l’air de stresser plus que ça dans cet univers certes parfois hyper joli mais tout de même hostile, inquiétant et dangereux. Il faut tout de même rappeler que la précédente mission, avec des militaires expérimentés, a été un énorme échec. Là, on a limite l’impression qu’elles sont dans Ghostbusters

Annihilation : Photo

Je veux bien admettre que le monde va très mal (et encore, les explications restent assez floues), tout comme les pseudo-métaphores mises en place, mais un peu de crédibilité autour des personnages n’aurait pas fait de mal. Il est également difficile de s’attacher à des personnages dont on connaît déjà le triste sort : Lena l’annonce dès le début dans un lieu qui ressemble à un hôpital psychiatrique (bonjour la métaphore pas fine). Rien n’est fait dans le film pour qu’on oublie cette information. J’aurais tellement voulu trembler pour les personnages mais cela n’est jamais arrivé. Enfin, pour finir sur la partie concernant les personnages, je n’ai pas non plus compris comment l’une d’entre elles est parvenue à attacher toute seule ses autres camarades, j’ai même cru que j’avais raté une scène. Parlons également de l’esthétique de ce film, qui n’a échappé à personne : certaines séquences sont indéniablement très belles et travaillées, des plans le sont aussi, la danse finale même est très réussie. Il est certain qu’il y a aussi des choix de mise en scène significatifs. Je ne remets de toute façon pas ces éléments en cause, tout comme je ne les ai jamais remis en cause dans les films que je déteste pourtant profondément cités plus haut. Cela dit, je pensais être plus emballée par l’esthétique du film (je pensais sincèrement être plus émerveillée par le résultat) et surtout… on en parle de l’horrible crocodile fait avec des effets spéciaux qui semblent dater des années 90 ? Et de l’ours (même si le cri à coup de voix humaines est bien trouvé, je l’admets) ? Enfin, depuis tout à l’heure, je ne fais qu’évoquer les fameuses métaphores décevantes : effectivement, de quoi parle Annihilation ? La dépression est évidemment un thème détectable à des millions de kilomètres, comme s’il justifiait d’ailleurs à lui seul le terme de chef-d’oeuvre. Mais plus globalement, cette oeuvre serait une sorte de récit initiatique où la réelle survie concerne surtout celle de la psyché. Elle met aussi en avant la déchéance de l’homme qui s’autodétruit sur tous les plans (physiquement, dans la vie privée…), la Terre se renouvelant par la destruction ou encore le couple qui se retrouve après avoir traversé des épreuves. Bref, sur le papier, les thèmes abordés dans Annihilation sont évidemment intéressants, mais ils ne deviennent jamais pertinents à l’écran par des parallèles surappuyés à cause d’une écriture très décevante. Le potentiel de réflexion ne passe alors pas principalement à cause d’un manque d’humilité, de subtilités et surtout cohérences dans l’écriture.

Annihilation : Photo Natalie Portman

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22 réflexions au sujet de « Annihilation »

  1. / ! / Je crois que je spoile des trucs mais en même temps, je pense n’avoir rien saisi au film).

    Je crois que je ne saurais même pas dire ce que j’en ai pensé. Deux jours après, je suis toujours en mode « Heu ouais ben… Oké ». Visuellement, on dirait un peu un voyage sous acides (niveau saturation des couleurs, un délice). Bon, il y a quand même quelques scènes et « trouvailles » visuelles marquantes (le monsieur qui devient une espèce de corail géant me reste particulièrement en mémoire, presque davantage que le loup/ours qui dévore les chairs ainsi que les derniers cris de ses victimes ou les viscères mouvantes du militaire anonyme #12), mais j’aurais aimé comprendre davantage ce qui peut lier tout ça. Parce qu’à la fin, on n’est pas plus avancé.Enfin si, en gros, la Terre va survivre, mais l’humanité est arrivée au terme de son règne absolu. « Oké » bis.
    Je te rejoins également sur la constitution de l’équipe elle~même. En témoigne le personnage de Jennifer Jason Leigh, qui incarne une… Psychologue. Mais heu, pourquoi ? Quel rapport ? Quelle autorité ? Que fait la police ? Et le coup de la physicienne à lunettes qui déclare d’un coup que « Non, Lena, je t’abandonne ici parce que je veux devenir un buisson« , je t’avoue que j’ai ri. Beaucoup trop.

    Point positif et dont je me souviendrais sûrement longtemps : la scène du phare où Nathalie Portman/Lena et son « double » se meuvent ensemble (comme des reflets dans un miroir), j’ai trouvé ça particulièrement… Poétique ? Troublant, un peu.

    P.S. : Et l’éternelle facilité du twist « C’est le seul à être revenu mais en fait surprise, non c’était pas lui ». Unbeulibibeule.

    Bref.
    Je suis très, très, très mitigée.

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  2. Très déçue également, au point où je me suis endormie sur la fin. J’ai ouvert un œil, j’ai vu des images psychédéliques et je me suis dit qu’il était temps que j’aille dans mon lit. Même pas eu envie de rattraper le coup le jour d’après, tellement je m’en fichais.

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  3. Je ne vais pas revenir sur l’aspect prétentieux on en a suffisamment parlé ah ah, mais finalement je partage ton désarroi par rapport aux personnages : ce n’est pas vraiment un film profond à ce niveau, mais pour ce genre de film je ne trouve pas cela gênant du tout en fait. Au contraire, même si bien sûr ç’aurait pu être fait de manière intelligente, j’aurais vraiment regretté un alourdissement du récit pour à tout prix rendre les personnages attachants, d’autant plus que pour moi le film est rythmé à la perfection.

    D’accord aussi sur certains VFX, pas sur l’ours mais le crocodile et les deux cerfs, c’était un peu limite. Et la fin dans la caverne n’atteint pas la folie visuelle de grosses productions qui versent aussi dans l’expérience métaphysique sensorielle comme Interstellar (pour rester dans des références récentes). Mais il y a une telle plongée dans l’inconnu dès le moment où les personnage rentrent dans la zone, et c’est tellement relié à la profondeur de tous les détails pour moi, que c’est presque malgré tout plus viscéral que quelque chose de parfait techniquement mais plus froid.

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  4. Ce qui est marrant c’est que j’ai à peu près le même avis que toi mais j’ai tout de même bien aimé ce film. Il faut dire que contrairement à toi j’ai adoré Under The Skin, Mother! et The Fountain lol. Pourtant je comprends ton point de vue et je le respecte. Je ressens aussi certains défauts évidents de Annihilation mais je n’arrive pas à ne pas l’aimer. Son esthétisme onirique ainsi que certains plans me subjuguent. J’aime aussi la mise en scène qui m’épate sur certains moments. Après, il est évident qu’il veut péter plus haut que son cul ce film.

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  5. Alors déjà je n’étais pas motivée par le sujet, mais j’ai vu la BA au ciné et ça m’a donné terriblement envie de NE PAS le voir. Avec ta chronique, je crois que ça me met au top de la non-hype ! ^^

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  6. Sévère Tina sur le coup 😦
    Nan je déconne, on a affaire là à l’une voire ‘la’ bouse de l’année, j’ai pas pu aller au bout …
    Casting & scénar, tout est à jeter là dedans …..
    Mdr le croco 🙂

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  7. ah oui, un joli uppercut adressé à ce film qui fait pourtant l’unanimité de critiques extatiques. En effet, les thématiques abordées ont l’air passionnantes. Je me laisserai bien tenter personnellement… Je me demande aussi ce que tu penserais du cinéma de Tarkovski…

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  8. Le film a ses défauts (dont des seconds rôles inconsistants), mais je préfère une proposition comme Annihilation qu’un film de SF lambda.

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  9. @ Sweet Judas :
    AAHAHAHA j’ai aussi buggé sur le twist. Mais bon tu comprends, c’est métaphorique (la réponse à tout).
    Mais oui, une psy sur le terrain, AUCUN RAPPORT ! (mais non mais c’est métaphoriqueeeeee).
    Je reconnais que la scène du phare est pas mal ! 😀 (même si ca ne m’a pas sauvée de ma décrépitude générale devant ce film 😦 ).

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  10. @ Antofisherb :

    J’avoue que ça me gêne tout de même de délaisser à ce point les personnages…

    C’est fou, concernant la fin dans la caverne, même si j’admets qu’il y a quelques aspects visuels intéressants (mais qui n’ont pas su, visiblement, à me faire apprécier le film), j’ai vraiment pas été dans cette sorte de trip ou de ressenti. Après, il est certain que sur grand écran, j’aurais peut-etre plus vu ces points esthétiques en question (je ne dis pas que j’aurais plus aimé le film hohoho :p ).

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  11. @ renardbavard :

    Ahahah effectivement c’est plutôt marrant !! 😀 (et finalement toi aussi tu es cohérent vu que tu as adoré Under the Skin etc…) !

    « Après, il est évident qu’il veut péter plus haut que son cul ce film. » AH VOILAAAAAA

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  12. Eh bien, je suis totalement d’accord avec toi. A force d’en entendre parler (comme quelque chose de super, ou du moins qui ne laisse pas indifférent), j’ai essayé et je suis totalement resté de marbre devant. Certes, certaines idées et certaines scènes sont séduisantes, surtout au niveau esthétiques, mais c’est l’unique qualité du film. Les personnages sont froids et très peu profonds, et je me fiche que ça soit volontaire. Et surtout, que c’est long et plat… Comme tu dis, c’est faussement intelligent et subversif. On ne comprend pas forcément tout du premier coup, mais ça ne signifie pas que ça ait quelque chose d’intéressant à dire…

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  13. WoW, sévère !
    Je ne vais pas détailler ici toutes les raisons qui me font aimer ce film visiblement peu apprécié par tes lecteurs mais disons que j’y retrouve le prolongement du questionnement entamé de longue date par Garland (Sunshine m’avait beaucoup plu notamment) sur le rapport cosmique entre l’homme et les éléments.

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  14. @ Princecranoir :
    Ohh crois-moi, y a aussi beaucoup de gens qui adoooorent ce film (je l’ai plus vu sur Twitter).
    J’entame un petit cycle Garland et franchement en découvrant 28 jours plus tard (bien aimé mais perfectible) et Ex-Machina (mouais) et en repensant à Sunshine (que j’aime bien mais il a pour moi de vrais défauts), disons que je trouve mon avis sur Annihilation assez logique. Même dans les oeuvres que j’aime bien, je retrouve des petits trucs dérangeants qui explosent littéralement dans Annihilation.

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