[MC2018] La double vie de Véronique

réalisé par Krzysztof Kieslowski

avec Irène Jacob, Philippe Volter, Guillaume de Tonquédec…

titre original : Podwojne zycie Weroniki

Drame polonais, français. 1h38. 1991.

sortie française : 15 mai 1991

Un film avec un prénom dans le titre

Il y a 20 ans dans deux villes différentes (en France et en Pologne) naquirent deux petites filles pareilles. Elles n’ont rien en commun, ni père, ni mère, ni grands parents, et leurs familles ne se sont jamais connues.
Pourtant elles sont identiques : toutes deux gauchères, aiment marcher les pieds nus, et le contact d’un anneau d’or sur leurs paupières. Et surtout, toutes deux ont une voix magnifique, sublime, un sens musical absolu, et la même malformation cardiaque difficilement détectable. L’une profitera des expériences et de la sagesse de l’autre sans le savoir. Comme si chaque fois que la première se blessait avec un objet la seconde évitait le contact de ce même objet.
C’est une histoire d’amour, simple et émouvante. L’histoire d’une vie qui continue, quittant un être pour se perpétuer dans le corps et l’âme d’un autre être.

Je n’aime pas spécialement Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (enfin, je ne le déteste pas non plus, juste qu’il ne m’emballe pas plus que ça). Vous allez me demander pourquoi je vous évoque notre Amélie nationale (alors que j’annonce un autre film) ? Il aurait été inspiré par le long-métrage franco-polonais La Double vie de Véronique. J’étais donc curieuse de voir comment un film ultra médiatisé et désormais culte peut s’inspirer d’une autre oeuvre certes reconnue par un petit cercle de cinéphiles mais qui n’est pas non plus très connue ni vue par un large public. Après mon visionnage, les liens entre les deux films sont a priori évidents (d’un point de vue artificiel) : la Véronique du titre (enfin plutôt les Véronique) a une ressemblance physique avec notre Amélie (avec les mêmes cheveux courts noirs et ce visage enfantin) et l’esthétique est également assez proche, avec ces mêmes filtres jaunes faisant ressortir un côté très conte et hors de la réalité. Globalement, les deux oeuvres mettent en avant des personnages féminins, qui ressentent des émotions étranges, pas toujours explicables, mais finalement terriblement humains. Mais les ressemblances s’arrêtent effectivement là, les tons abordés sont différents tout comme les sujets évoqués. On ne va pas se mentir : La Double vie de Véronique n’est pas le film le plus accessible au grand public (son côté « film d’auteur » très assumé peut certainement faire peur). Il faut accepter son postulat de départ étrange voire même mystique, à partir de ce lien entre deux femmes similaires mais qui ne vivent pas au même endroit, qui ne partagent même pas la même langue, mais qui sont connectées alors qu’elles ne se connaissent pas. Je ne peux pas dire qu’il s’agit désormais de mon film préféré ou que je peux prétendre entièrement l’analyser de A à Z (car mine de rien, il y a de la matière et j’imagine qu’il faudrait même que je le revoie pour ne passer à côté d’aucun détail ni interprétation). Sa complexité, son manque parfois de compréhension (en tout cas, il faut chercher les différentes clés d’interprétation), qui auraient pu être des barrières (et qui le sont peut-être pour certains spectateurs), ne m’a pas empêchée d’apprécier cette oeuvre même si les 1h30 passent assez lentement. Nous sommes face à une oeuvre indéniablement unique et hypnotique, qui nous plonge dans une expérience sensorielle, sensuelle et émotionnelle. Cela peut paraître idiot de dire ça, mais c’est typiquement le genre d’oeuvres qu’on a envie de défendre, de respecter même même si on n’adhère pas nécessairement à tout.

Via les thèmes abordés, un sens incroyable de la mise en scène et un résultat visuel épatant, Krzysztof Kieslowski parvient alors à retranscrire aux spectateurs des sentiments et sensations qui sont pourtant difficiles à décrire avec des mots (d’où la magie du cinéma utilisant un autre langage qui touche autrement) : le fait de se sentir observé, croire qu’il existe des choses qui ne relèvent pas de la simple coïncidence (le rôle du marionnettiste semble en être une métaphore). Même si le film ne parle pas vraiment de ça, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à d’autres types de phénomènes, peut-être moins mystiques, comme le « déjà-vu ». Bref, ce sont des choses qui me parlent. J’aurais envie de dire que le thème devrait parler à tout le monde mais je suis certaine que des spectateurs y seront hermétiques. Le thème du double est également élégamment mis en scène (la dualité est présente dans les moindres détails comme jusqu’aux reflets dans les vitres et miroirs) et bien traité. On dit que voir son double est un signe de mort. Et effectivement, le long-métrage met en scène ce tourbillon de vie et de mort qui ne peut pas échapper à l’individu : c’est peut-être aussi pour cela qu’il touche autant même s’il est mystérieux, laissant le spectateur face à tant d’interrogations. L’esthétique du film, sautant aux yeux, est une pure merveille, rendant ainsi le film autant troublant que poétique. Le long-métrage est également porté par la musique envoûtante de Zbigniew Preisner. Récompensée au festival de Cannes (prix totalement mérité), la discrète et talentueuse Irène Jacob livre une magnifique interprétation, à la fois troublante et mélancolique. Pour la petite anecdote, à l’origine étaient prévus dans les rôles principaux Andie McDowell (qui n’a pas pu obtenir le rôle pour des problèmes de contrat) et le réalisateur italien Nanni Moretti (qui s’est désisté pour des raisons de santé – qu’il explique si bien dans son magnifique Journal Intime). Justement, même si je ne suis peut-être pas non plus très objective (j’aime beaucoup le cinéaste italien), j’aurais préféré voir Moretti à la place du regretté Philippe Volter dont l’interprétation m’a laissée indifférente (enfin, on ne peut jamais refaire un film, il est désormais ce qu’il est, mais on va dire que j’aurais été curieuse de voir un autre interprète à la place). La Double vie de Véronique est un film fascinant, qui nous échappera un peu, mais ce n’est certainement pas un mal non plus.

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10 réflexions au sujet de « [MC2018] La double vie de Véronique »

  1. ah la la, un de mes films culte de ces années là 🙂
    Comme tu le dis parfaitement, il y a tant à dire et en même temps on n’a envie de ne rien expliquer.
    La musique démente de Zbigniew Preisner et l’interprétation supra sensible d’Irène Jacob (que je vénère depuis) font le reste. On s’en fiche de comprendre ou pas.
    Ah les interprétations à l’époque sur le pourquoi du comment de tant de choses !!! Pourquoi l’alliance sur le bord de la paupière ???
    On se laisse porter, envoûter. Je ‘la’ revois trébucher et sursauter de peur qu’elle se fasse mal.
    J’entends encore le « pardon – pardon » dans la brasserie !
    C’est un film qu’on n’oublie jamais.
    Lorsque Krzysztof Kieslowski est mort, j’ai pleuré. C’était la seule et première fois que ça m’arrivait pour un artiste (avec Guillaume Depardieu).

    Tu es prête pour la trilogie : Trois couleurs, Bleu, Blanc, Rouge 🙂
    Plus accessible il me semble.

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  2. Je suis d’accord avec Pascale, ce film est un vrai bijou, fragile et délicat, de ces films que l’on a envie de protéger tant ils nous ont touchés. Tout est parfait selon moi dans ce film, l’interprétation, les décors, la mise en scène (le grand Krzysztof Kieslowski et tous ses films absolument magnifiques !), la musique, le propos etc. J’ai vu et revu ce film et je pourrai le revoir encore sans me lasser.
    Je t’invite vraiment comme Pascale à voir la trilogie Bleu, Blanc et Rouge (j’ai a-do-ré Rouge et beaucoup aimé Bleu, un peu moins Blanc même s’il est un vrai complément aux autres films). on ne peut pas être déçus avec les oeuvres de ce réalisateur : le hasard, tu ne tueras point, tu n’adoreras qu’un seul Dieu.. Des instants de cinéma uniques et magiques pour un réalisateur tellement regretté…

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  3. Le Décalogue a un côté vraiment terrible tant il est juste. Rien n’est de trop dans le cinéma de Kieslowski. Chaque plan, chaque scène s’explique.. J’ai rarement retrouvé ça chez un réalisateur. As-tu vu ses documentaires ?

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  4. @ Pascale :
    On sent ton amour pour ce film et ce réalisateur !! 😀
    Mais oui du coup je suis prête pour la trilogie !! (il faut vraiment commencer dans l’ordre ??)

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  5. Non Yuko, je n’ai pas ses documentaires.

    Tina : je crois avoir vu Blanc bien après avoir vu Bleu et Rouge. Mais si tu peux, vois les 3 dans l’ordre puisque des personnages se croisent…
    Mais ils peuvent se voir séparément.
    C’est clair ? 🙂

    Rouge est mon préféré (avec Irène Jacob).

    Aimé par 1 personne

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