La Forme de l’eau

réalisé par Guillermo Del Toro

avec Sally Hawkins, Doug Jones, Michael Shannon, Richard Jenkins, Michael Stuhlbarg, Octavia Spencer, Nick Searcy, David Hewlett…

titre original : The Shape of Water

Fantastique, drame, romance américain. 2h. 2017.

sortie française : 21 février 2018

Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo

Lauréat du Lion d’or et d’une ribambelle de prix – on le voit mal repartir sans Oscars, La Forme de l’eau est déjà aux yeux de certains le chef-d’oeuvre de Guillermo Del Toro. Même si je connais finalement encore mal sa filmographie, je reste persuadée que ses meilleurs films restent L’Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan. Je vous l’annonce d’emblée : non, La Forme de l’eau n’est pas un chef-d’oeuvre. Oui, j’ai même quelques (petits) reproches à lui faire. Mais oui, il s’agit indéniablement d’un très bon film, peut-être même d’un grand film (seul le futur nous le dira) et c’est déjà une bonne chose. On ne peut évidemment pas passer à côté de son époustouflant sens esthétique rétro-fantastique-poétique qui sert toujours la narration (et vice versa). Rien qu’avec des couleurs très marquées, certainement symboliques (on se demanderait presque si le manteau rouge que porte l’héroïne, qui a un air de Blanche-Neige, ne serait pas un clin d’oeil au Petit Chaperon Rouge pour ne citer que cet exemple), le spectateur sait d’emblée qu’il s’agit d’un conte : il doit alors en accepter ses codes et ses règles. Un conte est par définition un récit souvent oral (d’où la voix off qui se fait discrète) faisant appel au merveilleux. Il allie aussi un aspect enfantin et naïf (avec cette héroïne qui rêve de comédies musicales) et un autre beaucoup plus adulte et surtout cruel (et parfois, Del Toro n’y va pas de main morte – RIP le chat). Bref, le réalisateur reprend parfaitement tous les codes que l’on connait du conte pour sublimer une histoire d’amour autant poétique, douce que profondément cruelle entre deux êtres rejetés par la société, littéralement deux monstres. On pourrait s’attarder des heures sur la beauté splendide qui s’étale sous nos yeux pendant deux heures : la photographie est totalement en accord avec le choix narratif du conte, les décors sont soignés ou encore le maquillage de la Bête est juste fou. Nous passons aussi à des couleurs autant vives (je reviens à cette fameuse couleur rouge, très forte et riche en explication et interprétations à elle seule) à des jeux d’ombre qui nous rappellent l’expressionnisme. Del Toro reprend alors les types présents dans les contes, c’est forcément un peu « grossier » dans le bon sens du terme, mais jamais caricatural. Au-delà de l’écriture qui trouve certainement un équilibre, on peut aussi remercier toute la distribution qui s’en sort merveilleusement bien : les nominations aux Oscars pour Sally Hawkins, Richard Jenkins et Octavia Spencer sont totalement justifiées et l’excellent Michael Stuhlbarg, qu’on voit décidément partout en ce moment, aurait également pu y trouver sa place. 

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo Octavia Spencer, Sally Hawkins

On pourra même s’étonner de constater une écriture assez intelligente concernant les méchants (même si la dimension « type » est pourtant toujours présente). Richard Strickland, incarné par l’excellent Michael Shannon, serait selon certaines critiques que j’ai lues un véritable méchant (ne pas y voir ici un règlement de comptes ou quelque chose comme ça – juste un petit désaccord). Justement, ce personnage – pourtant violent, raciste et misogyne (on ne minime évidemment pas l’accumulation évidente de défauts : bref, c’est un sale type) – n’est pourtant pas pour moi le véritable grand méchant du récit. Certes, il est devenu un monstre (en tout cas encore plus qu’il ne l’était avant même – son apparence cachait en tout cas sa nature), autant physiquement (comme si la perte de ses doigts marquait encore plus la perte de son humanité) que moralement. On ne peut évidemment pas le mettre dans la même classe des autres « monstres » qu’il méprise, ces monstres de la différence (une muette, une afro-Américaine, un homosexuel, un Russe – détail important durant la Guerre Froide). Il est également pris dans un système qui le pousse à être encore plus monstrueux qu’il ne l’est : le général Hoyt est pour moi le véritable méchant de l’histoire, le méchant suprême, qu’on voit pourtant très peu mais qui joue un rôle essentiel : il le dit lui-même il décide de tout, il humilie qui il veut. A l’image du cadre de l’histoire (durant la Guerre Froide), il incarne une menace invisible mais réellement dangereuse. Strickland a beau ne pas faire partie de la minorité (c’est un homme Blanc, père de famille aux airs parfaits), on n’a pas forcément envie de le plaindre, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il n’est pas victime en quelque sorte des agissements de Hoyt (mais d’une autre manière). Cela peut presque paraître étonnant de voir cette nuance chez les personnages alors que l’écriture n’est pas toujours fine (reproche que je faisais déjà à Del Toro dans son Crimson Peak). Le réalisateur mexicain a le mérite d’offrir un cinéma relativement accessible sans vendre son âme au Diable, sa personnalité apparaît sans cesse à travers son oeuvre. Certes, il a beau s’inspirer de films (coucou le rageux Jean-Pierre Jeunet qui voit du plagiat partout), comme par exemple L’Etrange Créature du lac noir de Jack Arnold (le look de la Bête puise clairement dans ce film) ou d’autres références culturelles (La Belle et la Bête) voire même mythologiques (Orphée), Del Toro ne se fait pas écraser pour autant par tout cet héritage qui nourrit considérablement et utilement son oeuvre.

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo Sally Hawkins

La Forme de l’eau est alors aussi un hommage au cinéma, celui aussi qui permet de rêver et de s’évader, tout comme le conte qui enjolive les dures réalités ou même les comédies musicales (même si, au secours, cette scène-là est juste gênante : Del Toro ne réussit pas non plus son pari à faire tenir son héroïne muette jusqu’au bout, quel dommage même si on comprend où il veut en venir). La scène où la Créature (habitée par le roi de la transformation Doug Jones) rejointe par Elisa dans le cinéma est certainement une des plus fortes du film car on comprend en peu de temps le nombre d’enjeux mis en place par le réalisateur. La Forme de l’eau est un film très riche sur de nombreux points qui fait preuve d’une rare générosité. Cela dit, comme prévu au début de cette chronique, j’ai quelques petits reproches à lui faire même si cela n’enlève en rien à la qualité générale de ce fabuleux long-métrage qui mérite son succès et toute l’attention qu’on lui porte actuellement. Bref, même si on sent que Del Toro s’est donné du mal pour émouvoir le spectateur, La Forme de l’eau ne m’a réellement émue – même s’il s’agit d’un très beau film même émotionnellement. Selon moi, je n’ai pas réussi à être autant bouleversée par ce conte car le scénario, pourtant bien écrit, reste pour moi un peu trop attendu : aucun rebondissement ne m’a réellement surprise. J’ai presque envie de dire que l’histoire coule presque un peu trop de source. De plus, quelques petits détails me font tiquer. En effet, l’attachement qu’a Elisa pour la Bête est un peu trop rapide. Certes, les parallèles entre elle et l’Amphibien sautent aux yeux : ils ne parlent pas, ils viennent de la mer (on nous dit qu’Elisa a été recueillie près d’une rivière), sont rejetés pour leur différence. Cela dit, on ne ressent chez elle aucune peur au début face à cette étrangeté. Je veux bien croire que sa naïveté et l’identification qu’elle a puisse expliquer cela mais cela parait autant peu crédible que trop rapide. Enfin, autre petit point sur lequel j’aimerais revenir : le sexe. Il est évident que le conte n’est pas aussi enfantin qu’il en a l’air, que ce genre est un moyen d’aborder des sujets plus adultes. Je ne vous apprends évidemment rien sur l’eau en tant que représentation sexuelle (entre autres). Là encore, je comprends la volonté d’exposer quelques scènes de sexe, que ce soit les masturbations matinales de Elisa ou encore la relation sexuelle entre Elisa et la Bête (qui a le mérite d’être onirique). Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver que de Del Toro en montrait et même en disait trop (même s’il n’y a de vulgaire : ce n’est pas le fond de mon propos), que son écriture manquait ici de finesse via ce thème, comme s’il empêchait à son oeuvre d’être encore plus universelle qu’elle ne l’est déjà. La Forme de l’eau a beau être perfectible selon moi, il s’agit tout de même d’une formidable grande réussite.

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo Richard Jenkins, Sally Hawkins

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Jusqu’à la garde

réalisé par Xavier Legrand

avec Denis Ménochet, Léa Drucker, Thomas Gioria, Mathilde Auneveux, Florence Janas, Mathieu Saïkaly…

Drame français. 1h33. 2017.

sortie française : 7 février 2018

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive.

Jusqu’à la Garde : Photo Denis Ménochet, Thomas Gioria

Xavier Legrand (qui est parallèlement acteur – surtout au théâtre) avait déjà dirigé Denis Ménochet, Léa Drucker et Mathilde Auneveux dans Avant que de tout perdre, César du meilleur court-métrage (et également nommé aux Oscars). Premier long-métrage de Legrand, Jusqu’à la garde marquerait un lien avec le court, pourrait même être vu comme une suite (je vous confirmerai cela quand je l’aurai vu – je compte en parler dans le cadre du Movie Challenge). Lauréat de deux Lion d’argent à la Mostra de Venise 2017 (mise en scène et premier film), Jusqu’à la garde est un film saisissant et poignant sur la violence conjugale : on ne voit pas tant que ça des films traitant ce sujet très actuel et difficile (je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à Tyrannosaur de Paddy Considine, lui-même une prolongation de son court-métrage Dog Altogether). Le scénario est a priori très simple dans le sens où il ne cherche pas à multiplier à tout prix les péripéties. En effet, la scène d’ouverture permet de poser le cadre c’est-à-dire on nous expose dans les faits la situation familiale des personnages chez le juge (Miriam et Antoine parlent très peu mais pourtant, cela ne nous empêche pas d’avoir déjà une petite idée sur qui ils sont). Puis, jusqu’à sa fameuse séquence finale très marquante et traumatisante où il y a un passage à l’acte, tout le film est construit autour d’une menace qui se retient d’éclater alors qu’on sait inévitablement qu’elle va finir par exploser dans la gueule des victimes qui ne parviennent pas à fuir. Non, on ne verra jamais Antoine frapper quelqu’un tout comme on ne verra pas un personnage ayant un oeil au beurre noir. Par ailleurs, l’autre finesse du film est nous présenter Miriam jamais victimisée malgré sa situation pourtant évidente par rapport à son ex-mari. Pourtant, le spectateur a sans cesse peur pour les personnages. J’ai lu des critiques (que je respecte évidemment) qui disaient qu’on pouvait avoir au début du film un doute sur l’identité d’Antoine (est-ce qu’il est violent avec sa famille ou non ?). Pour ma part, et c’est aussi ce qui explique selon moi la réussite de ce film, c’est qu’on a beau ne jamais voir ses actes de violence, même on n’a effectivement pas de preuves sur ce qu’il a pu faire auparavant, on sait qu’Antoine est dangereux, comme si le spectateur avait une longueur d’avance sur la justice (qui ne protège pas comme elle devrait le faire – il faut attendre le pire pour qu’elle agisse pour de bon). En fait, ce sont des petits indices qui guident le spectateur sur la brutalité d’Antoine, comme par exemple les silences, la précision des plans (quelque chose de froid et inquiétant en ressort), les différents sons issus du quotidien (les clignotants, la ceinture de sécurité etc.). Les références à La Nuit du Chasseur de Charles Laughton ou à Shining de Stanley Kubrick, clairement revendiquées, sont utilisées judicieusement : comme ces grands films, le danger vient de celui qu’on ne devrait pas soupçonner, de celui qui devrait plutôt protéger. Au-delà de nous parler de violence conjugale, le film traite bien des thèmes du harcèlement, d’intrusion même, qui font peut-être dans un sens autant mal que des coups.

Jusqu’à la Garde : Photo Denis Ménochet, Léa Drucker

Je dois aussi vous avouer que j’ai bien pleuré durant la séquence finale insoutenable qui ne cherche pourtant pas à être larmoyante. Sa fin est particulièrement réussie, parvenant à mêler différents sentiments : le soulagement, l’admiration et la méfiance (je parle pour ce dernier terme de la voisine, personnage autant responsable que « voyeuse »). Cela dit, je vais passer pour une chieuse même si cela n’enlève rien à la qualité du film ni à ma très bonne appréciation. Je n’ai pas globalement pas plus adhéré que ça aux choix narratifs concernant Joséphine, la soeur de Julien. Par exemple, je reviens sur la fameuse scène d’anniversaire où Joséphine chante sur scène pratiquement les larmes aux yeux, la boule au ventre, en tirant bien la gueule, comme si elle savait que le pire allait se produire. Cela dit, même si la scène en elle-même fonctionne, l’utilisation de ce motif (la mise en scène d’un personnage qui affiche une expression décalée par rapport à la chanson qu’il chante) reste vu et revu, fait sans réelle originalité. La scène des toilettes est également pour moi très maladroite : peut-être qu’elle signifie le poids de gérer d’autres problèmes personnels lorsque sa famille a volé en éclats tout comme on peut partir sur d’autres hypothèses autour de la construction de sa propre famille, impossible face au divorce désastreux de ses propres parents. Cela dit, ne sachant pas vraiment ce qu’a voulu dire le réalisateur, utiliser la grossesse en guise de symbole narratif m’a semblé très facile (autant, par exemple, les scènes dans les films et séries où on fait justement disparaître une grossesse au lieu de passer par la case « avortement »). Surtout, ce qui m’a globalement énervée est de ne pas utiliser la moindre information sur la soeur alors que le réalisateur n’hésite justement pas à utiliser tous les détails possibles sur les autres membres de la famille pour faire avancer l’intrigue et pour montrer que le danger est inévitable. Je reste persuadée que ce personnage a été sacrifié (en tout cas mal exploité), l’histoire déjà entre le petit Julien et ses parents étant certainement un peu trop forte pour lui laisser réellement une bonne place. En fait, je crois qu’au fond, ce que je veux dire, c’est qu’au-delà de maladresses avec l’arc narratif de ce personnage, le réalisateur tombe étonnamment dans des facilités alors que tout le reste de son film ne tombe justement jamais dans ce piège. En dehors de ces quelques chipotages, je vais finir ma chronique sur une touche positive car Jusqu’à la garde mérite toute l’attention qu’on lui porte actuellement. Impossible de passer à côté de ce casting de qualité. Certainement aidé par son physique (mi-ours mi-rustre), Denis Ménochet livre une interprétation monstrueusement intense, tandis que Léa Drucker parvient à mêler fragilité et force. Enfin, le petit Thomas Gioria, dans son premier rôle au cinéma, est tout simplement bluffant.

Jusqu’à la Garde : Photo Thomas Gioria

Phantom Thread

réalisé par Paul Thomas Anderson

avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville, Camilla Rutherford, Brian Gleeson…

Drame américain. 2h11. 2017.

sortie française : 14 février 2018

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa soeur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près.

Phantom Thread : Photo Vicky Krieps

Réalisateur de plusieurs bijoux (There will be blood, Magnolia), Paul Thomas Anderson signe son grand retour (je m’étais un peu embrouillée avec lui sur The Master) tout comme il signe celui du gigantesque Daniel Day-Lewis. L’acteur triplement oscarisé a déclaré qu’il s’agirait de son dernier film. On ne sait pas si sa retraite sera réellement définitive (il l’avait déjà prise il y a quelques années avant de reprendre le boulot et de choper d’autres Oscars) mais finir éventuellement sur cette sublime touche est certainement le rêve de nombreux acteurs. Premier film du cinéaste américain à l’étranger, Phantom Thread est a priori un film très classique, que ce soit sur le plan narratif ou sur esthétique. En effet, dans un décor luxueux et millimétré, le tout avec des costumes et décors à tomber par terre, il raconte une histoire d’amour entre un grand couturier et sa muse. Pourtant, et c’est certainement ce qui rend ce grand film aussi puissant, c’est qu’il n’est justement pas aussi classique qu’il en a l’air. On y verrait presque une mise en abyme avec ce monde d’apparences : là c’est la même chose, ne vous fiez pas à ses apparences de simple film classique (même si tout le film semble couler de source). Le long-métrage aurait pu se contenter d’exposer de banales différences entre ces deux individus (âge, classe sociale, attitudes…), c’est en tout cas ce qu’on croit voir au début avant de découvrir finalement une Alma révélant la folie qui se cache en elle. Reynolds et Alma sont des personnages bien plus complexes, autant fascinants que dérangeants par leur attitude ou leur répondant. Paul Thomas Anderson nous présente une histoire d’amour toxique : cela est autant perturbant qu’émouvant. L’amour que Reynolds porte pour son art (qui passe donc par l’amour qu’il a pour sa muse, effaçant la notion de bien-aimée) est aussi fou que celui qu’a Alma pour Reynolds, sous syndrome de Münchhausen. Se faire du mal est ce qui permet à chacun de s’attirer, de se prouver leur amour et leur attachement alors que tout les oppose. Phantom Thread joue sans cesse avec ces oppositions qui s’attirent pour ne former plus qu’un ensemble torturé, entremêlé et sublime à la fois. Le lien entre l’artifice et le naturel est certainement au coeur de ce long-métrage, guidant alors la relation entre les personnages. Le monde artificiel et ultra millimétré de Reynolds (couture, politesse, langage pointu, habitude en général – les scènes de petit-déjeuner sont à la limite du délirant) va se confronter puis se mêler à l’univers d’Alma (presque un synonyme à elle-seule de désordre, telle une gamine qui finit par bouder). Relevée par une excellente photographie (par PTA himself !), les choix esthétiques d’une grande précision et jamais hasardeux se confrontent également entre la froideur d’un monde luxueux et figé (proche du papier glacé dans un magazine) et une certaine chaleur qui prend forme durant les scènes de maladie.

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

La place de la nourriture est également importante et évidente dans ce long-métrage : cela surprend au premier abord d’en voir autant, au point de jouer un rôle narratif essentiel, dans un film qui dont le personnage principal possède une vision très particulière sur la beauté et la perfection des corps. Reynolds refuse de manger de la nourriture grasse, il ne faut d’ailleurs pas le déranger au petit-déjeuner, le bonhomme en sera alors fortement irrité tout le long de la journée. Pourtant, sa rencontre avec Alma se déroule dans le restaurant dans lequel elle travaille : il commande un nombre improbable de plats, comme s’il avait littéralement faim d’elle (la nourriture serait presque synonyme de scènes de sexe, complètement absentes). Les aliments vont aussi jouer un rôle central dans la névrose d’Alma, cette dernière servant du produit le plus naturel pour blesser et récupérer à la fois Reynolds. Par ailleurs, cette omniprésence de nourriture, le tout mêlée à certaines scènes à l’esthétique chaude, m’a rappelée des natures mortes. On peut évidemment tomber dans la surinterprétation mais ce rapprochement me semble pertinent sur plusieurs points. La nature morte est l’art par excellence du figement, or ce figement en question apparaît dans les scènes où Reynolds est dans son élément, où il maîtrise justement cet immobilisme (donc, pas dans les scènes aux tons chauds). Encore une fois, les éléments qui pourraient être contradictoires s’attirent, à l’image de ce couple toujours tiraillé entre des univers différents, entre la vie et la mort, mais justement ce tiraillement les rapproche et signe leur amour. Nous nous sommes beaucoup concentrés sur le couple Alma-Reynolds alors qu’une autre relation n’est pourtant pas à négliger : celle entre Reynolds et sa soeur Cyril. Cyril est aussi un personnage sans cesse partagée entre plusieurs caractéristiques : elle est très protectrice avec son frère (elle joue même le rôle de la mère disparue), il y a donc ce mélange de proximité, de froideur, d’agressivité qui peut ressortir. Si elle ne se laisse globalement pas faire (elle tient cette maison de haute couture d’une main de fer), elle cède pourtant aux exigences parfois pénibles de son frère, le laisse dans son confort et sa routine, accepte même de se faire dominer dans un sens (ce qui peut sembler paradoxal avec le caractère qu’elle a). Or, Alma fait ce que Cyril ne peut pas et ne veut pas faire. Bref, il y a toujours l’idée de passer d’un état à un autre, notamment de la position de dominant à dominé (et vice versa), parce que l’amour dans ses états est de toute façon paradoxe et implique aussi un rapport de force. C’est peut-être ça ce fil invisible qui relie sans cesse les personnages, qu’on peut rapprocher de l’histoire des mots cachés dans les ourlets des vêtements. Au passage, les personnages féminins principaux sont très bien écrits (enfin, le personnage principal masculin l’est aussi, hein), refusant d’être de simples potiches, alors que l’univers de la mode est plutôt contraire à cette idée (en tout cas dans nos esprits). 

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

Jonny Greenwood, guitariste de mon groupe chéri Radiohead (PTA a par ailleurs signé quelques clips pour le groupe) et depuis quelques années compositeur fétiche du réalisateur, signe certainement sa plus belle bande-originale : tellement puissante, virtuose, qui remplace pratiquement les répliques (déjà pas nombreuses) mais n’est pas non plus envahissante. Sa nomination aux Oscars est tellement méritée (enfin, il n’y a pas que ça qui mérite d’être nommé – je suis tellement contente de voir le film dans les nominations des grandes cérémonies en général). Pour la petite anecdote, l’idée de ce film serait née à partir d’une remarque que Greenwood aurait faite à PTA sur son accoutrement. Enfin, le trio principal est tout simplement impeccable. Daniel Day-Lewis est la seule réelle star de la distribution et encore une fois, sa réputation de grand acteur est totalement justifiée. J’ai toujours énormément aimé cet acteur et il parvient encore à m’épater : il s’agit de l’une de ses meilleures interprétations de sa très belle carrière. Je sais qu’il n’aura pas l’Oscar du meilleur acteur (coucou Gary Oldman) mais cela ne me dérangerait pas qu’il en remporte un nouveau. Toute la promo et même un certain nombre de critiques a complimenté (à juste titre) le travail de Day-Lewis. Pourtant, il me semble nécessaire de dire autant de bien concernant les interprétations de Vicky Krieps (comme beaucoup de spectateurs, je ne la connaissais pas alors qu’elle a déjà une filmographie assez intéressante !) et de Lesley Manville. Le naturel de la charismatique Krieps (autant physiquement – cela fait tellement de bien de voir une actrice sans artifices – que dans son interprétation) tout comme la précision de son jeu sautent aux yeux. Surtout, cela n’est pas si évident de tenir tête face à ce monstre de Day-Lewis et pourtant elle y arrive haut la main. Lesley Manville, actrice souvent vue dans les films de Mike Leigh, est également un très bon second rôle : la force de son interprétation lui permet de ne pas s’effacer face au couple monstrueux. Phantom Thread est donc un excellent et même déjà un très grand film, d’une époustouflante richesse sur tous les points sans jamais tomber dans la prétention. Aux inspirations hitcockiennes, parfois même drôle par sa noirceur et sa tension, il présente autant le portrait d’un artiste (est-il un double même du cinéaste ?) qu’une histoire d’amour aussi belle que névrosée. Sa virtuosité et son extrême précision n’empêchent pas de faire naître une émotion jamais forcée. Magnifique et fascinant.

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

[MC2018] Enfants non accompagnés

réalisé par Paul Feig

avec Dyllan Christopher, Wilder Valderrama, Tyler James Williams, Paget Brewster, Rob Corddry, Kristen Wiig…

titre original : Unaccompanied Minors

Comédie familiale américaine. 1h30. 2006.

sortie française (VOD) : 17 avril 2011

Un film se déroulant à Noël ou le soir de la Saint-Sylvestre

A la veille de Noël, une tempête de neige s’abat sur l’aéroport menaçant les départs en vacances de tous les passagers en attente.
Alors qu’ils se rendaient chez leur père, Deux « enfants non accompagnés » (UM), Spencer et sa petite soeur Katherine, se retrouvent bloqués et acheminés vers la salle des UM de l’aéroport, où sont réunis une douzaine d’enfants sans surveillance venus de tout les Etats-Unis.
Au milieu d’une ambiance survoltée, Spencer va se démener pour retrouver la liberté à l’aide de quatre enfants : Grace, la pauvre petite fille riche, Donna la petite frappe, Charlie la grosse tête et Timothy, le fan de comics. Tous ensemble, ils vont devoir surmonter leur différence et apprendre à s’entraider pour échapper aux autorités de l’aéroport, Oliver Porte, le responsable grognon des relations clientèle, son assistant larbin Zach Van Bourke, ainsi que tous les vigiles.

Dans l’ensemble, sans crier au génie, les comédies de Paul Feig (Mes Meilleures Amies, SpyLes Flingueuses, SOS Fantômes) me plaisent bien (pour certaines, on peut même dire « beaucoup »). A sa façon et plutôt modestement, il a su donner une sorte de nouvel élan à la comédie américaine, en mettant en scène des personnages féminins bien plus intéressants qu’elles en ont l’air, le tout sur un humour pas forcément très fin (qui « appartiendrait » selon certains à un univers masculin). J’étais alors curieuse de découvrir ses précédents longs-métrages dans le sens où je voulais voir s’il avait déjà cet univers avant de se faire connaître. Et heureusement qu’il y a Netflix pour me sauver : j’ai pu en rattraper un (qui est donc au coeur de ma chronique d’aujourd’hui comme vous l’aurez compris). Récolter des infos sur ce film en question relèverait presque de l’exploit ! Rien que sur le papier, Enfants non accompagnés ne correspond pas forcément à l’image qu’on se fait des films de Feig (et après l’avoir vu, je vous le confirme). On est très loin des films très féminins pour lesquels Feig est connu, peut-être même aux yeux de certains « féministes » possiblement revendiqués et surtout ayant un ton « trash ». Comme son titre l’indique, Enfants non accompagnés est un film qui a pour personnages principaux des enfants (seuls). Il s’adresse également à un jeune public notamment par ses gags et même par son histoire. Je n’ai pas pu m’empêcher d’établir un petit rapprochement (certainement facile) avec le film culte de Chris Columbus Maman j’ai raté l’avion (Home Alone). En effet, on retrouve ce même monde d’enfants livrés face à eux-mêmes le jour de Noël après ne pas avoir réussi à monter dans l’avion. On ne voit quasiment pas d’adultes à l’écran : le seul qui a un rôle un peu plus « important » est celui qui est censé gérer ce groupe d’enfants à l’aéroport. Mais cela dit, son interprète Wilmer Valderrama (Fez dans la série culte That’s 70s Show) a un visage assez enfantin, son personnage se range également rapidement du côté des enfants et apprécie la magie de Noël : lui-même est une sorte de grand gosse. Maman j’ai raté l’avion montrait alors comment le petit Kevin se débrouillait une fois rentré chez lui entre autres.

Ici, les gamins doivent apprendre à devenir à être dégourdis au sein même du lieu qui les abandonne. Le film de Paul Feig prend également une autre direction par rapport au long-métrage culte de Chris Columbus même si la critique autour de la non-préoccupation des enfants dans notre société occidentale reste finalement similaire. J’avoue avoir eu peur en découvrant les premières minutes du long-métrage, trop enfantin à mon goût (et avec les gags qui vont avec). De plus, les enfants ne sont pas forcément ni très intéressants (un peu trop stéréotypés et « gnangnan ») ni très bien interprétés (par ailleurs, on ne sait pas vraiment ce que sont devenus leurs interprètes). Et encore, on ne s’arrête pas là concernant les défauts évidents que comporte ce film. Pourtant, alors que c’était relativement mal parti, petit à petit, la sauce a fini prendre : justement, tout ce que je disais auparavant sur la dimension potentiellement « sociétale » (à mettre avec de gros guillemets évidemment) finit par prendre forme dans cette comédie sans prétention, qu’on pourrait mal juger à cause de son apparence gentillette. La seconde partie est certainement plus « intéressante » avec un discours plus « adulte » se combinant plutôt bien avec un univers et des gags enfantins. Les enfants se retrouvent effectivement à voyager seuls pour pouvoir rejoindre l’un de leurs parents souvent à l’autre bout du pays : ce sont tous des enfants de divorcés. Malgré ses airs mignons et sans accabler ni faire culpabiliser les parents divorcés (incarnés au passage par les seuls acteurs un peu « connus » : Rob Corddry, Paget Brewster et même Kristen Wiig), Enfants non accompagnés n’est pas un film si idiot contrairement à ce qu’on pourrait croire au premier abord, il évoque un sujet moins facile qu’on pourra le penser, sans faire pleurer dans les chaumières. Plutôt divertissant et rythmé, Enfants non accompagnés ne plaira certainement pas à tout le monde, certains le trouveront trop enfantin et ne parviendront pas à aller au-delà. Il s’agit d’un film plutôt moyen mais qui doit, selon moi, être pris pour ce qu’il est, à savoir une sympathique comédie familiale avant tout destiné pour un jeune public.

Last Flag Flying

réalisé par Richard Linklater

avec Steve Carell, Bryan Cranston, Laurence Fishburne…

Comédie dramatique américaine. 2h04. 2017.

sortie française : 17 janvier 2018

 

En 2003, Larry « Doc » Sheperd, un ancien médecin de la Navy, retrouve Sal Nealon, un gérant de bar et le révérend Richard Mueller. Tous les trois ont combattu ensemble au Vietnam mais ils ne s’étaient pas revus depuis trente ans. Larry est venu leur demander de l’accompagner aux funérailles de son fils, mort au combat en Irak et dont le corps vient d’être rapatrié aux Etats-Unis. Sur la route, l’émotion se mêle aux fous-rires car les trois hommes voient leurs souvenirs remonter et ils retrouvent leur camaraderie…

Last Flag Flying : Photo Bryan Cranston, Steve Carell

Last Flag Flying est l’adaptation du roman éponyme de Darryl Ponicsan (ce dernier en est également le co-scénariste). Ce texte en question est en fait la suite d’un autre roman : The Last Detail, adapté au cinéma en 1973 (La Dernière Corvée en VF – ce qui explique au passage le sous-titre « écho » présent sur l’affiche française La Dernière Tournée) par Hal Ashby avec dans les rôles principaux Jack Nicholson, Otis Young et Randy Quaid. Cela dit, Richard Linklater, réalisateur de films cultes hilarants (Rock Academy), d’une trilogie romantique tendre (les Before…), parfois « expérimentaux » (Boyhood), voire même étranges (A Scanner Darkly), n’a pas souhaité que son Last Flag Flying soit une suite du long-métrage d’Ashby. Avec son affiche française ringarde et datée (je n’arrive pas du tout à savoir si ce choix est volontaire ou non), le dernier film de Linklater est sorti discrètement chez nous malgré un casting masculin très attirant : malgré la réelle sympathie que j’ai en général pour le travail de Linklater (qui a le mérite d’avoir une filmographie personnelle et variée), je me suis intéressée à Last Flag Flying principalement pour ton trio prestigieux. Je ne dirais pas que le film est principalement sauvé par son casting et ses personnages (car je trouve toujours cet argument limité) mais il faut avouer qu’il s’agit au moins d’un point fort. Le trio formé par Steve Carell (décidément de plus en plus à l’aise dans des rôles dramatiques depuis Foxcatcher), Bryan Cranston et Laurence Fishburne fonctionne formidablement bien : il y a une belle complicité entre ces trois grands acteurs. Même s’ils tombent parfois dans un certain cabotinage (cela annonce déjà les réelles lourdeurs présentes tout le long du long-métrage), leurs interprétations sont remarquables. Leurs personnages sont tous très attachants, ayant chacun leurs histoires (la perte d’un fils, l’alcoolisme, la rédemption par la religion), leurs blessures et surtout leur propre vision du monde (ils sont, respectivement, médecin, barman et pasteur). Le propos en lui-même est plutôt « intéressant », notamment en établissant ce parallèle entre la guerre du Vietnam au cours des années 1970 et la guerre d’Irak dans les années 2000. Linklater dénonce plutôt bien l’absurdité de la guerre et surtout l’hypocrisie même de l’armée, qui parle d’héroïsme là où il n’y en a pas. Bon, il n’y a aucun génie là-dedans, ni dans sa démonstration ni dans sa mise en scène (mais j’imagine qu’on ne demande pas autant au réalisateur même si on l’a connu plus inspiré), mais je dois admettre que cela fonctionne un minimum.

Last Flag Flying : Photo Bryan Cranston, Laurence Fishburne

Le long-métrage pointe alors du doigt les échecs des gouvernements américains depuis plus de trente ans : rien n’a changé et ce sont finalement avant tout de simples individus (avant d’être des soldats) qui en prennent plein la gueule à la place. En dehors de ces quelques éléments notables, je n’ai pas non plus trouvé ce Last Flag Flying bien fou contrairement à ce que j’ai pu lire et entendre à droite et à gauche. Oui, l’ensemble se laisse volontiers regarder, oui parfois on rit avec les personnages, oui il y a même éventuellement quelques petites scènes touchantes, oui quelques répliques sont bien senties. Mais je trouve ça assez limité ! La modestie et la sincérité même du projet n’excusent pas non plus certains défauts à mes yeux. Après, à l’origine, je n’aime pas non plus les oeuvres qui forcent trop sur la nostalgie : en dehors du fait que ce sentiment a tendance à me déplaire, la manière dont Linklater en parle est assez lourde. De plus, même si je n’irais pas à dire que je me suis ennuyée, le film m’a paru bien trop long par rapport au peu qu’il raconte. Je suis persuadée qu’il aurait gagné en force et en efficacité en étant plus condensé. J’ai également été assez déçue par l’aspect road-movie. Beaucoup y ont vu une certaine originalité car une partie du film se déroule dans le train : pour ma part, cela ne m’a pas particulièrement frappée. En général, le road-movie n’est pas uniquement un moyen de se déplacer physiquement et géographiquement, c’est aussi une métaphore d’une évolution des personnages : le voyage géographique doit leur faire prendre conscience de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils veulent changer. Si cet aspect est bel et bien présent dans le film, il reste tout de même traiter de manière assez faiblarde : la mise en scène de Linklater tout comme le scénario (assez prévisible) manquent de relief pour valoriser ce point qui me semble pourtant sur le papier assez important. Oeuvre certainement honnête mais mineure et oubliable dans la riche et électrique filmographie de Richard Linkalter, Last Flag Flying n’est pas inintéressant mais est surtout porté par la justesse de son casting. Malgré la réelle sympathie dégagée tout le long du métrage, le discours sur cette Amérique ordinaire face à ses désillusions n’est pas suffisamment bien traité (en tout cas trop faiblement), ce qui explique certainement le peu d’intérêt que je peux porter à ce film.

Last Flag Flying : Photo Laurence Fishburne, Steve Carell

[MC2018] Collège attitude

réalisé par Raja Gosnell

avec Drew Barrymore, Michael Vartan, David Arquette, John C. Reilly, Molly Shannon, Leelee Sobieski, Jessica Alba, James Franco, Octavia Spencer, Garry Marshall…

titre original : Never Been Kissed

Comédie américaine. 1h47. 1999.

sortie française : 14 juillet 1999

Un film se déroulant dans un lycée / collège / université  

Si Josie Geller, rédactrice au « Chicago Sun-Times », rencontre le succès dans sa profession pour sa rigueur et ses compétences, sa vie privée est un véritable désert et elle attend encore le prince charmant qui lui donnera son premier vrai baiser. Quand son rédacteur en chef lui propose un reportage sur les lycéens des années 90, Josie, qui ambitionne de devenir grand reporter, accepte, bien que ses souvenirs de lycée soient quelque peu douloureux. Rassemblant tout son courage, Josie infiltre South Glen en tenue jeune, essayant d’adopter le style étudiant.

Collège Attitude est le premier film de la société de production de la sympathique actrice Drew Barrymore (« Flower Films » – le nom fait peur mais c’est pourtant cette même société derrière le génial Donnie Darko) qui s’est également attribué le premier rôle. Ce rôle principal en question est celui de Josie (en référence au dessin animé culte Josie et les Pussycats), une jeune journaliste de 25 ans qui doit faire le reportage de sa vie : elle se fait alors passer pour une ado dans un lycée pour enquêter (comment et qui est l’ado de son époque ?). Oui, un lycée, vous avez bien lu, il n’y a d’erreur de ma part, je suis même allée re-vérifier pour la rédaction de ce billet. Bref, ceci est tellement logique alors le film s’intitule en français Collège attitude. Il ne faut donc pas croire que les blems de traductions datent d’aujourd’hui et que tout était donc mieux avant. Revenons donc à notre Josie, la jeune adulte qui se glisse dans la peau d’une lycéenne dans le but de progresser professionnellement dans le monde du journaliste (visiblement, dans tous nos films, le métier de journaliste vend du rêve). Pas évident donc pour cette femme mal dans sa peau et encore vierge, qui a été malmenée et certainement harcelée durant ses années lycée. Bon, on se demande rapidement si cette histoire d’infiltration est réellement crédible (même si Drew Barrymore faisait très jeune – et avait également presque 25 ans comme son personnage), on sait d’entrée que l’histoire en elle-même est grosse comme un camion. Mais étonnamment, on peut éventuellement se laisser prendre au jeu, on a envie d’y croire même si l’histoire ne collerait en réalité pas nécessairement à la réalité. Je n’ai spécialement envie de descendre ce film qui n’a jamais prétendu être un chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit. Je savais très bien à quoi m’attendre en regardant ce teen-movie (en précisant que je n’ai aucun mépris pour ce genre même si je n’ai jamais prétendu en être fan). Le film est ce qu’il est : très daté dans son époque (avec tous les codes possibles des années 90), sans prétention, très Barbie. Drew Barrymore n’a jamais été une grande actrice mais pourtant on a toujours de la sympathie et de l’attachement pour elle même dans ses films et rôles les plus idiots. Je ne pense pas que David Arquette soit réellement un bon acteur mais dans les rôles d’idiots (comme dans Scream), son « interprétation » passe pas trop mal. Leelee Sobieski (je me suis aperçue que je connaissais très mal cette actrice) est finalement la réelle bonne surprise de ce long-métrage.

A noter au passage quelques petits seconds rôles (à l’époque ils n’étaient pas les stars qu’elles sont à l’heure actuelle) à droite et à gauche bien sympathiques : Jessica Alba, James Franco, Octavia Spencer… L’ensemble n’est pas désagréable à regarder (malgré des gags gros comme un éléphant), comme n’importe quel teen-movie et comédie romantique des années 90 (c’est moi ou ces deux genres ont du mal à se renouveler depuis quelques années ?). Bref, je ne vais pas vous mentir : j’ai même passé un sympathique moment devant ce film. Bon, on ne va pas s’attarder sur la mise en scène assez pauvre, en même temps, je n’ai pas voulu regarder ce film pour rechercher une possible qualité de ce côté-là. Par ailleurs, avant d’écrire cette chronique, je lui avais même accordé une petite moyenne. Mais après réflexion, quelque chose m’a réellement chiffonnée et qui m’a poussée à descendre légèrement ma note (même si la note est toujours quelque chose à prendre avec des pincettes, d’où l’intérêt de parler des films). La fin est problématique et je ne suis pas la seule à l’avoir remarquée. Attention, quelques spoilers : sans surprise (en même temps il ne fallait pas à s’attendre à en avoir), tout le monde au lycée finit par connaître le fameux secret dont le beau prof Sam (incarné par le très lisse Michael Vartan, qui semble avoir disparu de nos écrans), qui avait très envie de coucher avec son élève Josie (déjà tu sens une tension sexuelle entre un prof et possiblement une mineure – en tout cas du point de vue du prof, tu te poses des questions). Or, il devient fou furieux quand il apprend que Josie est en réalité une adulte… avec qui il pourrait alors réaliser alors son désir en toute légalité. Bref, je me suis demandée s’il s’agissait d’une apologie de la pédophilie au bout d’un moment. Sans déconner, je comprends le schéma pris par le scénario : dans ce type de films, il faut toujours que le personnage principal passe par cette étape où il se fâche avec son chéri / crush pour pouvoir mieux le reconquérir notamment en s’excusant ou en faisant tout pour réparer ses erreurs. Mais là il faut avouer que le scénario ne s’y prend nécessairement très bien, c’est assez maladroit pour rester gentille. College Attitude aurait pu être un film  plus « speggle » (seuls ceux qui ont vu le film comprendront de quoi je parle). Il a des défauts gros comme un camion mais je comprends les spectateurs « adeptes » de ce film, presque un peu nostalgiques.

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Stronger

réalisé par David Gordon Green

avec Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany, Miranda Richardson…

Drame, biopic américain. 2h. 2017.

sortie française : 7 février 2018

En ce 15 avril 2013, Jeff Bauman est venu encourager Erin qui court le marathon : il espère bien reconquérir celle qui fut sa petite amie. Il l’attend près de la ligne d’arrivée quand une bombe explose. Il va perdre ses deux jambes dans l’attentat. Il va alors devoir endurer des mois de lutte pour espérer une guérison physique, psychologique et émotionnelle.

Stronger : Photo Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany

L’histoire de Jeff Bauman a fait le tour du monde. Après avoir perdu ses deux jambes lors des attentats de Boston en 2013, Bauman a réussi à apporter des informations précieuses au FBI pour arrêter les terroristes. Les Américains l’ont alors considéré comme un héros, Bauman faisant alors des apparitions médiatiques un peu partout (le film expose évidemment cette problématique). Le personnage de Bauman apparaissait déjà dans Traque à Boston (Peter Berg, 2017), interprété par Dan Whelton. Je n’attendais pas spécialement la sortie de Stronger, au moins je ne peux pas parler de déception ou quoi que ce soit : j’ai vu à l’écran tout ce que j’imaginais du film avant même de le voir, en me basant sur le synopsis et la bande-annonce. J’étais même capable d’anticiper toutes les étapes du scénario (en précisant que je ne connaissais pas l’histoire de ce jeune homme) : les pleurs, les disputes, les reproches, les moments de désespoir et d’espoir etc… Certes, ce sont des étapes logiques face à un tel traumatisme qui bouleverse autant la vie de Bauman que celle de sa famille et de ses proches. Cela reste forcément regrettable de constater autant de prévisibilités. Le résultat est par conséquent plutôt tire-larmes : par conséquent, cela m’a empêchée d’être réellement bouleversée par cette belle leçon de vie sur le papier. Cela dit, quelques séquences restent plutôt touchantes (je pense notamment à la rencontre entre Jeff et son sauveur Carlos). Concernant la mise en scène, je suis partagée. Je ne m’attendais pas spécialement à voir un travail très ambitieux par rapport au sujet et à la manière dont le film a été vendu. Je ne peux donc pas non plus parler de déception puisque je n’attendais rien côté mise en scène : on sait très bien quand on va voir ce genre de films que l’oeuvre va surtout tenir sur la qualité même de l’histoire. Paradoxalement, même si la mise en scène est dans l’ensemble simplement correcte, il y a pourtant mine de rien bel et bien quelques petites tentatives plus ambitieuses qui fonctionnent discrètement. Je pense notamment à la séquence où Jeff et son ex se retrouvent à l’hôpital : le personnel hospitalier s’occupe alors des bandages de Jeff, ce dernier demande alors à Erin de l’épauler pendant ce moment en évitant de regarder ses jambes. Le travail autour des bandages qui apparaît en arrière-fond s’apparente alors à une sorte de décor presque artificiel implanté, presque comme s’il s’agissait d’un fond vert. Jeff se sent hors de son corps à cet instant et rien que ce petit détail de mise en scène, pas forcément visible au premier abord, être cohérente avec la phase psychologique du protagoniste.

Stronger : Photo Jake Gyllenhaal, Miranda Richardson, Tatiana Maslany

Il y en a un autre aussi (que je n’avais pas remarqué seule, heureusement qu’on me l’a signalé) au début du film, lorsque Jeff n’a pas encore été victime de l’attentat. Il s’arrête quelques secondes sur une sorte de butte me semble-t-il : il se retrouve alors derrière une sorte de grillage. Or, dans le plan  en question, la barre horizontale blanche du grillage semble « couper » une partie des jambes du personnages, là où on lui coupera littéralement ses jambes suite à l’attentat. Bref, il n’y a pas tout à jeter, ça étonne presque de voir ces quelques bonnes idées se retrouver parmi d’autres certainement beaucoup plus plates. Même si d’autres films ont certainement mieux traiter cette question autour de la notion de « héros » (récemment, Un jour dans la vie de Billy Lynn d’Ang Lee), la vraie bonne idée (et certainement réel intérêt qu’on peut trouver au long-métrage) est d’avoir évoqué ce sujet en question et non pas se focaliser uniquement sur le handicap (même si le résultat reste larmoyant). Jeff Bauman est alors un héros ordinaire malgré lui, qui doit apprendre à accepter l’amour que des inconnus lui portent et surtout à accepter qu’on puisse le voir comme un symbole. Il est un poil regrettable de voir le film prendre une direction finale patriotique, d’autant plus que son portrait général de Boston post-attentat est plutôt intéressant (la communauté est, par sa bienveillance et générosité extrême, lourde, trop pour les petites épaules de Jeff). Heureusement, les interprétations sont largement à la hauteur. Jake Gyllenhaal prouve de nouveau à quel point il choisit bien ses rôles qu’il incarne toujours avec conviction et crédibilité. Tatiana Maslany, surtout connue par un certain public pour la série Black Orphan, est également remarquable. Cela fait du bien en plus de voir, alors qu’on a l’habitude du contraire, une fille plutôt banale physiquement, sans réels artifices, ce qui facilite certainement pour les spectateurs une certaine identification. En mère un poil alcoolo et possessive, Miranda Richarson (méconnaissable) complète merveilleusement bien la distribution. A noter pour la petite anecdote la présence d’acteurs non-professionnels interprétant leur propre rôle (ex : plusieurs membres du personnel hospitalier). Stronger est un petit film plutôt correct et oubliable remplissant le cahier des charges qui ne parvient pas réellement à transcender son sujet malgré une démarche honnête et respectueuse par rapport au véritable Jeff Bauman et plus globalement aux victimes des attentats.

Stronger : Photo