[MC2018] The Escort

réalisé par Will Slocombe

avec Lyndsy Fonseca, Michael Doneger, Bruce Campbell…

Comédie, romance américaine. 1h30. 2015.

sortie française (VOD) : 12 septembre 2016

Un film qui n’est pas sorti dans les salles en France

Un journaliste accro au sexe et en manque de bonne histoire décide de s’inscrire dans une agence d’escort-girl.

The Escort : Photo Lyndsy Fonseca, Michael Doneger

The Escort est un sympathique petit film indépendant sorti directement en VOD (il est notamment disponible sur Netflix à l’heure actuelle). Je ne sais pas s’il méritait nécessairement de sortir dans une salle française (il faut dire que pas grand-monde ne l’aurait vu, déjà qu’il a du mal à se trouver une place parmi les VOD) mais il reste regrettable qu’il ne soit pas plus connu. Certes, l’ensemble ne marquera pas forcément les esprits mais il n’est pas non plus inintéressant malgré quelques défauts notables indéniables. Le scénario a été écrit par l’acteur principal, le méconnu Michael Doneger (il incarne le journaliste obsédé sexuel loser qui va s’intéresser à Veronica pour écrire l’article de sa vie). Si son interprétation reste tout juste correcte (il faut dire qu’il n’a pas non plus un charisme imposant), son travail en tant que scénariste reste intéressant. Certes, The Escort est, à l’image d’un Pretty Woman de Garry Marshall, plus une comédie romantique bien rythmée sans prétention autour d’une prostituée qu’une simple comédie présentant éventuellement la réalité souvent difficile et sombre du plus vieux métier du monde. Certes, on aurait pu s’attendre à davantage d’approfondissement (notamment autour du sexe exposé sur Internet, sujet intéressant mais vite zappé). Certaines scènes nous présentent possiblement les différents obstacles rencontrées par les prostituées (violence de certains clients, problème du consentement, la question d’un mac ou non) mais cela reste tout de même très édulcoré par rapport à la réalité que vivent ces femmes, même parmi les prostituées de luxe (petit rappel notamment avec The Girlfriend Experience de Steven Soderbergh). Son regard sur la prostitution n’est finalement pas ce qu’il y a de plus pertinent ni révolutionnaire. En revanche, le film gagne des points lorsqu’il aborde plus globalement la question de la surconsommation de sexe. Le film tente d’aborder d’autres sujets (certes autour du sexe, au moins il ne s’éparpille pas) et ne se limite pas à une simple observation sur la vie d’une prostituée : cela touchera davantage plus de gens.

C’est certainement aussi par cette interrogation que le personnage de Veronica nous paraît d’emblée sympathique. Le procédé est plutôt pertinent : on (« on » étant général) aurait tendance à émettre un mauvais jugement envers Veronika à cause de sa profession. Or, est-ce que les assoiffés de sexe consommateurs des applis de rencontre « valent-ils mieux » que des personnes qui se font payer pour avoir des relations sexuelles (tout comme on peut faire le parallèle avec les clients qui payent pour avoir des relations sexuelles même si le film ne prend pas en compte ce point de vue) ? La réflexion autour de la surconsommation de sexe via un parallèle entre les deux personnages principaux n’est pas révolutionnaire mais elle reste tout de même suffisamment pertinente. Le sujet peut faire fuir (tout comme son titre), on s’attend sur le papier à un film « osé » : il n’y a quasiment pas de scènes de sexe, juste une seule (et elle est assez drôle). Le but est de signer un film universel autour de notre rapport avec le sexe sur un ton léger, il n’y a pas la volonté de mettre mal à l’aise le public et de tomber facilement dans une ambiance glauque (même si encore une fois, on est certainement loin d’une triste réalité). La mise en scène de Will Slocombe (inconnu au bataillon) n’est en revanche pas bien folichonne. Cela dit, étant donné qu’elle reste tout de même correcte, on n’est pas non plus choqué par le résultat par rapport à ce qu’on attendait du film. Je disais auparavant que le personnage de Veronika/Natalie était sympathique notamment via le parallèle établi entre elle (et sa profession) et le journaliste (et ce qu’il fait dans sa vie privée). Cela dit, cela serait une réflexion limitée. Veronika a tout ce qu’il faut pour qu’on s’attache à elle. Et son actrice, Lyndsy Fonseca (vue, entre autres, dans Kick Ass 1 et 2 ou encore The Ward), aide aussi énormément à la trouver sympathique et charismatique. Enfin, dans les seconds rôles, face à tant de gens méconnus voire même pas du tout connus, on retrouve le toujours agréable Bruce Campbell dans un rôle littéralement cool (il incarne plus précisément le père du journaliste). Bref, The Escort n’est donc pas le film du siècle, mais il vaut tout de même le coup d’oeil pour ses thèmes abordés, surtout pour la rencontre de deux consommateurs de sexe.

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The Greatest Showman

réalisé par Michael Gracey

avec Hugh Jackman, Zac Efron, Michelle Williams, Rebecca Ferguson, Zendaya…

Comédie musicale américaine. 1h44. 2017.

sortie française : 24 janvier 2018

The Greatest Showman célèbre la naissance du show-business et l’émerveillement que l’on éprouve lorsque les rêves deviennent réalité. Inspirée par l’ambition et l’imagination de P.T Barnum, voici l’histoire d’un visionnaire parti de rien qui a créé un spectacle devenu un phénomène planétaire.

The Greatest Showman : Photo Hugh Jackman

The Greatest Showman, inspiré de la véritable histoire de P.T. Barnum, avait tout pour me plaire un minimum avec ses scènes musicales et son ode à la différence en mettant en scène de ce qu’on appelait des « freaks » (un peu comme dans Freak Show, la fabuleuse quatrième saison de America Horror Story). En seulement cinq minutes de film, j’ai compris que j’allais rencontrer un énorme souci avec cette comédie musicale pseudo biopic. Rien que la musique. Certes, en l’écoutant en dehors du film, comme j’écouterais n’importe quelle chanson de pop sur mon Spotify, oui certaines sont sympathiques. J’admets même écouter volontiers A Million Dreams et Never Enough, les deux titres se retrouvent par ailleurs dans les deux plus belles scènes du film (autant esthétiquement qu’émotionnellement). Et surtout, deux chansons qui entrent pour moi plus dans ce que j’imagine d’une comédie musicale ! Mais alors, entendre ces chansons très popisées et même pour certaines trop trafiquées (alors qu’il n’y en avait aucun besoin, surtout avec de telles voix !) est très désagréable, à la limite d’un anachronisme de mauvais goût (je crois que je me suis même entendue dire « oh non ils recommencent à chanter ! »). Ne jamais prendre en compte le genre cinématographique pour les chansons reste pour moi problématique. Mais il n’y a évidemment pas que la musique – se transformant rapidement en bouillie indigeste – qui m’a dérangée même si cela reste un problème majeur dans le cadre d’une comédie musicale. L’histoire d’origine est sur le papier passionnante mais les scénaristes sont parvenus à la rendre insipide, principalement à cause de deux raisons. La première est, comme l’indique bien son titre (un indice du carnage à venir donc), sa concentration absolue sur le personnage de Barnum. Qu’il soit effectivement le personnage principal est légitime, mais il bouffe rapidement tous les autres personnages qui ont du mal à exister, dont les fameuses « curiosités », sorte de groupe sans nom ni identité (en dehors de Lettie Lutz, incarnée par la star de Broadway Keala Settle). Un comble pour un film qui prétend être une ode à la tolérance et la différence ! Même l’histoire d’amour entre Philip Carlyle (Zac Efron) et la trapéziste Anne Wheeler (Zendaya) n’est pas intéressante par rapport à ce soi-disant message. Certes, le film évoque aussi la manière dont étaient traités les Afro-américains, pointés du doigt pour leur différence de couleurs de peau, comme les « curiosités » étaient moquées pour leurs différences physiques. Cela dit, il n’y a rien de bien fou à nous présenter l’histoire d’amour entre deux personnages qui n’ont finalement aucun « souci » physique (je veux dire, Zendaya ne souffre pas de difformités physiques).

The Greatest Showman : Photo Zendaya

En rejetant pratiquement tous les personnages secondaires, le scénario passe donc aussi à côté des différents enjeux possibles qui auraient pu rendre le film intéressant. Par exemple, il n’exploite pas suffisamment la relation ambiguë entre Barnum et la chanteuse suédoise Jenny Lind (incarnée par Rebecca Ferguson – même si c’est Loren Allred, une ancienne candidate de The Voice qui interprète sa chanson phare) ou même le portrait général de Barnum (son acte avec les « freaks » était-il généreux ou juste très intéressé ? Pas sûre que ce type méritait un portrait aussi élogieux). Les personnages n’étant pas intéressants (pour ne dire inexistants pour certains), les acteurs ont du mal à rendre leurs interprétations consistantes. Cela est d’autant plus frustrant de voir ce casting habitué aux comédies musicales noyé dans ce pur chaos. Enfin, autre véritable souci : le spectateur n’a aucune notion temporelle. Certes, le film ne prétend pas être un biopic parfait et historique. Mais là, on a l’impression que l’histoire se déroule en deux mois (et encore je suis gentille). Par exemple, les personnages ne semblent étrangement jamais vieillir (surtout les gamines du couple Barnum) ou encore on passe d’un événement à un autre très rapidement. En fait, dès qu’il y a un obstacle dans l’histoire de Barnum (qui touche aussi bien sa vie professionnelle que privée), il est évidemment résolu en deux trois mouvements. La fin est par ailleurs particulièrement bâclée et expédiée. Cette approximation temporelle est encore un moyen pour combler les sérieuses lacunes du scénario. Bref, tout est kitsch et on ne sait même plus si ce mauvais goût est volontaire ou non. Michael Gracey (réalisateur d’une célèbre pub plutôt fun pour Ice Tea avec déjà Hugh Jackman – et j’ai envie de dire que ça se voit qu’il vient de la pub) n’est pas un Baz Luhrmann malgré tous les efforts qu’il fait pour rendre son oeuvre grandiloquente. Oui, il y a des couleurs, du mouvement, une envie de grandeur, mais la mise en scène manque cruellement de virtuosité et l’ensemble est honnêtement très moche visuellement : on finit donc avec cette bouillie indigeste sur tous les points (narration, son, esthétisme), plus proche d’un épisode de Glee à la sauce MTV/Eurovision que de ce qui se fait éventuellement à Broadway. Ce ratage est d’autant plus regrettable dans le sens où on sent qu’il s’agit étrangement d’un film sans prétention (malgré les moyens employés, notamment pour fabriquer les animaux du cirque afin d’éviter de les exploiter ou de les maltraiter !). 

The Greatest Showman : Photo Hugh Jackman, Zac Efron

3 Billboards : Les panneaux de la vengeance

réalisé par Martin McDonagh

avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Caleb Landry Jones, John Hawkes, Peter Dinklage, Lucas Hedges, Abbie Cornish, Samara Weaving, Kerry Condon, Zeljko Ivanek

titre original : Three Billboards Outside Ebbing, Missouri

Comédie dramatique américaine. 1h56. 2017.

sortie française : 17 janvier 2018

Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : Photo Frances McDormand, Sam Rockwell

Je suis la carrière de l’Irlandais Martin McDonagh de très près depuis son premier (très bon) long-métrage, Bons Baisers de Bruges. J’avais également apprécié son deuxième, 7 Psychopathes (imparfait mais qui reste à mes yeux sous-estimé). J’attendais donc logiquement son suivant, There Billboards Outside Ebbing, Missouri / 3 Billboards : Les Panneaux de la vengeance (le chiffre 3 porterait-il bonheur ?), bien avant son sacre aux Golden Globes (meilleur film dans un drame, meilleur actrice dans un drame, meilleur acteur second rôle et meilleur scénario) et probablement aussi aux Oscars. Beaucoup ont souligné les « similitudes » de ce film à l’univers des Coen. Il est certain qu’on retrouve ce mélange de tragique et de comédie noire, de personnages névrosés et losers dans une Amérique profonde; en plus de ce premier constat, on retrouve Frances McDormand au casting, l’actrice fétiche des frères-réalisateurs, et Carter Burwell signe également la bande-originale ! Pourtant, cela serait réducteur de limiter l’univers de McDonagh à cette comparaison, ce dernier ayant selon moi su développer en l’espace de trois longs-métrages son propre univers. 3 Billboards est également déjà perçu par de nombreux cinéphiles sur la Toile comme un « chef-d’oeuvre » : pour être totalement honnête, je n’irais pas à dire une telle chose concernant ce film (en titillant un peu, certaines choses me « dérangent », en tout cas, suffisamment pour ne pas clamer un compliment aussi élevé). Cela ne m’empêche pas d’avoir énormément aimé ce film très puissant, qui a le mérite de vouloir proposer quelque chose de différent malgré les apparences. On aurait pu s’attendre à un film policier, où on on suivrait par exemple une enquête et où on connaîtrait notamment l’identité du tueur et du violeur d’Angela Hayes (personnage qu’on ne voit que quelques minutes le temps d’un flashback). Le long-métrage de Martin McDonagh ne veut pas nécessairement suivre cette direction attendue. Il veut dresser avant tout dresser des portraits psychologiques complexes de personnages baignant dans une Amérique profonde violente. Il jongle aussi avec les codes du manichéisme pour montrer sans cesse l’ambivalence des personnages face aux choix qu’ils doivent adopter pour surmonter des épreuves douloureuses et leur culpabilité. La vengeance aide-t-elle à nous avancer après un événement tragique dont on ne se remettra certainement jamais ? A faire évoluer la société ? Martin McDonagh propose des pistes de réflexion pertinentes, même s’il tente de donner certaines réponses trop évidentes en étirant un peu trop la fin de son oeuvre (oui, ces dernières minutes où les personnages discutent sur le dernier choix à faire m’ont paru à ce stade-là inutiles).

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : Photo Frances McDormand

Le scénario et la mise en scène vont de pair dans le sens où ils prennent en compte la place de l’individu dans la société (représentée par la ville fictive d’Ebbing). Ainsi, le scénario est écrit avec une réelle intelligence, notamment dans le fameux basculement des personnages d’un camp dans un autre. La violence dans notre société avec ses injustices entraîne les individus à devenir eux-mêmes brutaux et immoraux. Mais elle permet aussi paradoxalement de remettre en question celui qui en abuse afin de faire immerger la bonté possiblement en nous. L’écriture est plus fine qu’elle en a l’air dans le sens où McDonagh reprend des schémas assez lourds en terme de représentation pour pouvoir mieux rebondir : justement, ce qui est manichéen est par exemple un moyen pour dresser en réalité des portraits complexes, où partir dans des réactions extrêmes est le moyen pour les personnages d’exorciser leurs démons. C’est également le même principal concernant le rôle de certains personnages en tant que représentation voire même symbole. Je pense précisément à celui du flic malade, interprété par le génial Woody Harrelson et les conséquences de l’un de ses actes qui poussent les personnages à s’interroger d’une nouvelle façon. Pourtant assez classique (même si on peut retenir un formidable plan-séquence), la mise en scène est également remarquable et très soignée. Surtout, impossible de passer à côté du talent de dialoguiste de McDonagh. L’exercice est difficile dans le sens où les répliques drôles et bien senties pourraient envahir la phase davantage dramatique du film. Or, l’équilibre entre le rire et l’émotion est bel et bien trouvé. Je regrette juste que l’émotion ne soit pas davantage renforcée (je m’attendais à être plus bouleversée même si le film m’a indéniablement touchée) même si le film a le mérite de ne pas être larmoyant, ce qui est aussi une belle qualité. 3 Billboards, sublime esthétiquement (des décors relevés savoureusement par une fantastique photographie), est également accompagné par une très belle bande-originale signée par le toujours formidable Carter Burwell. Enfin, Frances McDormand et Sam Rockwell (ce dernier est un second rôle qui devient pratiquement un premier rôle masculin) sont tous les deux incroyables et livrent chacun certainement l’une (et si ce n’est « la ») des meilleures performances de leur carrière.

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : Photo Frances McDormand, Woody Harrelson

A Ghost Story

réalisé par David Lowery

avec Casey Affleck, Rooney Mara, Liz Franke…

Drame, fantastique américain. 1h32. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu’il aime, et qui toutes deux lui échappent inéluctablement, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux ineffables questionnements de l’existence et à son incommensurabilité.

A Ghost Story : Photo Casey Affleck, Rooney Mara

Après Les Amants du Texas (Ain’t Them Bodies Saint, 2013), David Lowery réunit de nouveau Casey Affleck et Rooney Mara : A Ghost Story a suscité le buzz dès sa présentation dans les festivals (il est reparti avec plusieurs prix au festival du film américain de Deauville, dont le Prix du Jury). C’est certainement grâce à ce buzz en question qu’il a pu être distribué dans les salles françaises (il était probablement destiné à la VOD, ce qui aurait été fortement regrettable). Mais je me méfie toujours de la hype autour de certains films (certainement une manière de me protéger en cas de déception). J’ai lu des critiques radicalement opposées concernant ce film. Pour ma part, je ne choisis pas réellement mon camp, je suis juste mitigée : je reconnais au long-métrage de Lowery un certain nombre de qualités indéniables, je comprends aussi qu’on puisse en ressortir bouleversé. Mais je ne suis pas non plus totalement emballée, pas convaincue par tous les points : j’admets aussi que je suis sortie du film assez indifférente d’un point de vue purement émotionnel. Pour construire l’identité de son personnage principal, David Lowery reprend une image du fantôme très commune, autant énigmatique qu’enfantine : une entité portant un drap blanc. Difficile de juger l’interprétation de Casey Affleck (en ce moment dans de sales draps – pas pu m’empêcher de faire cette vanne) qui passe plus du 3/4 du film sous ce drap. Cela dit, l’utilisation de ce long tissu qui traîne (visiblement difficile pour les costumiers à le fabriquer, on ne l’aurait pas forcément imaginé) est remarquable dans le sens où il parvient à installer à lui-seul une atmosphère si particulière, entre la poésie, l’hypnose et le malaise. Sur le papier, difficile de s’attacher à cette entité, en sachant qu’on ne connait pas spécialement la vie de cet homme avant sa mort, en dehors de quelques moments durant sa vie de couple (sa femme est incarnée par Rooney Mara – je l’aime toujours mais elle minaude de plus en plus). Pourtant, rien que par ces yeux ronds noirs étrangement expressifs, c’est tout le contraire qui se produit. Ne pas connaître la vie de cet homme avant son décès accidentel est à double-tranchant. D’un côté, on peut très bien se contrefoutre du sort de cet esprit errant. Mais cela est aussi un moyen de rendre le propos plus universel, chacun étant voué à la mort. Revenons maintenant sur le format, le film étant filmé en 4/3 et avec un cadre vignette aux bords arrondis (comme certains filtres sur Instagram : oui, il s’agit d’un raccourci purement gratuit).

A Ghost Story : Photo Rooney Mara

Selon le réalisateur, ce format renforcerait pour le spectateur une impression de confinement et de claustrophobie. Mais paradoxalement, cette sensation serait également adoucie par les bouts non rectangulaires : la mort est alors un concept « glauque » que libérateur. Même si je n’ai pas pu m’empêcher au bout d’un moment de trouver ce choix de format un peu gratuit (dans le sens où j’avais l’impression que c’était aussi une manière pour le film de se détacher et de faire « parler » de lui), dans l’ensemble, il parvient tout de même à prendre sens par rapport au propos et au ressenti possible. Globalement, au-delà de ce choix, le film est remarquable esthétiquement, appuyé par une fantastique photographie et un fabuleux travail de lumière. Il est certain qu’il participe à ce sentiment constant de poésie, de mysticisme et de noirceur. Je pourrais dire tout ce que je veux concernant ce film, mais en 2017 c’est certainement, de ce point de vue-là, le plus beau long-métrage que j’ai vu. Le long-métrage, bénéficiant d’une mise en scène consistante, est accompagné par une remarquable bande-originale signée par Daniel Hart. Bref, il ne manque pas de qualités mais selon moi, un peu comme je l’expliquais déjà juste avant, elles peuvent être vues comme des défauts (et vice versa). Revenons par exemple sur les longueurs et les plans fixes qui semblent avoir divisé le public. A l’origine, je ne suis pas contre ces choix, loin de là. Ils restent notamment cohérents par rapport à l’ambiance générale installée dès le début. On a beaucoup critiqué la scène de la tarte que j’ai pourtant adoré : tout le monde s’est acharné sur cette scène en critiquant sa longueur. Mais pour ma part, le réalisateur a cerné toute la souffrance dans cet acte de boulimie (le tout avec le fantôme qui observe comme nous en silence et sans bouger) qui se déroule paradoxalement dans un laps de temps très court (bah oui parce que s’empiffrer d’une tarte au chocolat pour 6-8 personnes en cinq minutes, c’est très – très – court). En revanche, par exemple, la scène du monologue, qui explique en quelque sorte l’ensemble du film (mais pourquoi faire ça ? Ca casse tout le mystère et surtout tout le cheminement personnel du spectateur par rapport à la réflexion initiale autour de la mort et de la vie), est juste interminable ! Enfin, si je vois où Lowery veut en venir par rapport à la boucle temporelle (en essayant de créer un suspense alors qu’on peut deviner rapidement cet élément en étant observateur), je ne suis pas non plus totalement convaincue par la manière de l’introduire. Pour ses idées de mise en scène et ses choix esthétiques, pour son beau message qui parlera personnellement à chaque spectateur, pour son ambition, A Ghost Story mérite d’être vu. Il s’agit indéniablement d’une expérience à part même si je ne suis pas nécessairement convaincue par certains points et que je n’ai pas été totalement embarquée par toutes les propositions.

A Ghost Story : Photo

Le Grand Jeu (2017)

réalisé par Aaron Sorkin

avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, Chris O’Dowd…

titre original : Molly’s Game

Drame, biopic américain. 2h20. 2017.

sortie française : 3 janvier 2018

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Aaron Sorkin est un scénariste réputé depuis plusieurs années, que ce soit à la télévision (A la Maison Blanche, The Newsroom) ou au cinéma (il a remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté pour son travail sur The Social Network de David Fincher). Il passe désormais derrière la caméra (même s’il est aussi chargé, sans surprise, du scénario). Le Grand Jeu est inspiré de l’histoire vraie de Molly Bloom (oui, elle s’appelle comme le célèbre personnage du roman Ulysse de James Joyce), cette ancienne skieuse devenue organisatrice de parties de poker pour stars. Parmi ces stars, on retrouvait notamment Tobey Maguire (visiblement, même s’il n’est pas jamais nommé – comme les autres célébrités,  « Joueur X », interprété par Michael Cera, semble être une sorte de représentation de l’acteur de Spiderman), Leonardo DiCaprio, Ben Affleck, Macauley Culkin ou encore Matt Damon. Elle se fait finalement arrêter en 2013 pour ses parties illégales. Ses liens avec la mafia russe n’ont également pas arrangé les choses. Sorkin adapte en partie son autobiographie : je dis bien « en partie » puisque le film s’intéresse aussi à ce qui se passe après la sortie de ce livre (dans le film, son avocat lit même son bouquin). Je suis ressortie de la salle très partagée. Dans l’ensemble, j’ai été surprise de ne pas avoir senti de longueurs alors que le film dure tout de même 2h20. 2h20 pour un film qui ne raconte finalement pas grand-chose sans m’ennuyer relève presque de « l’exploit ». Pour une première réalisation, Aaron Sorkin s’en tire plutôt bien. Certes, la mise en scène n’est pas non plus extraordinaire. Beaucoup diront que Sorkin n’est pas un David Fincher ou un Danny Boyle (Sorkin avait aussi écrit pour lui avec Steve Jobs). Certes, ce n’est pas faux. Mais il n’y a rien de honteux, loin de là : son travail reste plutôt bon. En tout cas, si le film a selon moi beaucoup de défauts, la mise en scène n’est pas selon moi ce qui est à pointer du doigt. Le Grand Jeu bénéficie d’excellentes interprétations.J’aime beaucoup Jessica Chastain (enfin l’actrice, parce que la personnalité publique auto-proclamée porte-parole de toutes les causes commence un peu à me taper sur le système : voilà, c’est dit, je me sens mieux) et sans surprise, elle livre une impeccable interprétation. 

Le Grand jeu : Photo Idris Elba, Jessica Chastain

Cela dit, j’ai été « perturbée » par  sa perruque parfois un peu trop visible et ses décolletés un peu trop mis en avant : certes, son personnage, vulgaire, est assume sa féminité physique dans un milieu très masculin mais j’ai trouvé cet aspect parfois trop surligné. Pour la petite anecdote, c’est la véritable Molly Bloom qui souhaitait voir Chastain interpréter son rôle. J’ai surtout été épatée par la performance d’Idris Elba, tout particulièrement charismatique dans le rôle de l’avocat de l’héroïne. A la sortie de ma séance, je me souvenais même plus de lui que de Chastain. Dans un rôle secondaire, on est toujours content de retrouver ce bon vieux Kevin Costner. Le problème de ce dernier n’est pas son interprétation, loin de là. L’utilisation de son personnage est en revanche gênante. La scène de la patinoire est juste une immense blague et fait perdre à elle-seule tout crédit au film déjà suffisamment bancal : Molly retrouve son bon vieux père un peu par hasard dans ce petit bled qu’est New York à la patinoire, il lui fait alors en trois minutes sa psychothérapie. Vous comprenez, Molly elle se venge des hommes parce que son père était trop autoritaire et en plus c’était un salaud parce qu’il trompait sa femme. Molly trempe dans des affaires douteuses parce qu’elle n’a pas été réussi à être la championne de ski qu’elle aurait dû devenir. Bref, ça m’a fatiguée, même un épisode de 7 à la maison était plus subtil. Et c’est là où je veux commencer à pointer les nombreux défauts de ce long-métrage divertissant mais oubliable et discutable pour différentes raisons. La construction du film est en elle-même bordélique en s’éparpillant sur différents niveaux temporels, sans cesse entremêlés : l’enfance et l’adolescence de Molly en tant que skieuse en partie conseillée et entraînée par son père (leurs relations sont donc assez compliquées), la réussite de Molly dans son « travail » et la possible chute de Molly avec ses problèmes judiciaires. Décidément, on ne veut plus réaliser de biopics traditionnels. La nouvelle mode est de déconstruire à tout prix les histoires linéaires.

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Cela dit, le schéma adopté par Sorkin est juste ultra casse-gueule. Pour moi, il passe par ce procédé parce qu’en réalité, la réelle histoire de Molly n’est finalement pas plus que palpitante que cela quand on y réfléchit bien. On ne peut pas s’empêcher de trouver cette structure faussement compliquée pour pas grand-chose, pour combler du vide. Le montage et la voix-off, qui pourraient éventuellement expliquer le rythme du film, sont également à remettre en cause (et je relie les deux défauts ensemble). Le montage semble parfois hasardeux : on passe parfois d’une scène à l’autre un peu en mode « ploum ploum ploum » parce qu’on a l’impression que Sorkin ne parvient pas à se sortir de son schéma narratif inutilement compliqué. Cette voix-off est également discutable : a priori, elle n’est pas déplaisante, elle est plutôt endiablée (même s’il vaut mieux ne pas avoir une dent contre les films bavards, heureusement pour moi, je ne fais pas partie de cette catégorie). Mais elle est trop littéraire dans le sens où on a l’impression d’entendre les extraits de son bouquin juste directement transposés à l’écran. Sorkin ne joue alors pas suffisamment avec cet élément. La voix-off aurait pu par exemple être en décalage avec les images ou quelque chose de ce style. Mais en fait non. Elle ne permet pas aux images de parler d’elles-mêmes. Elle surajoute de l’information inutilement, elle ne nous aide pas non plus à mieux cerner la personnalité de Molly Bloom. Justement, rebondissons sur ce dernier point : le personnage en lui-même est problématique et pas uniquement à cause d’une psychologie digne de Doctossimo concernant ses relations avec son papounet (comme si ça excusait déjà tous ses actes). Certes, cela peut être intéressant de voir une femme qui assume sa féminité évoluer dans un univers très masculin. Mais elle n’a aucun mérite dans sa réussite ou quand elle parvient à se sortir du pétrin : c’est un personnage qui est bien plus passif qu’on veut nous le faire croire. Surtout, tout est fait pour enlever toute responsabilité à ce personnage. La fin, qui nous la présente comme une battante, une winner (alors que sa réussite est discutable), va encore plus dans ce sens et cela m’a dérangée. Le Grand Jeu est un film très décevant qu’on oubliera assez vite…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Coco (2017)

réalisé par Lee Unkrich et Adrian Molina

voix originales d’Anthony Gonzalez, Benjamin Bratt, Gael Garcia Bernal…

voix françaises d’Andrea Santamaria, Ary Abittan, François-Xavier Demaison…

Animation, aventure, fantastique américain. 1h45. 2017.

sortie française : 29 novembre 2017

coco

Depuis déjà plusieurs générations, la musique est bannie dans la famille de Miguel. Un vrai déchirement pour le jeune garçon dont le rêve ultime est de devenir un musicien aussi accompli que son idole, Ernesto de la Cruz.
Bien décidé à prouver son talent, Miguel, par un étrange concours de circonstances, se retrouve propulsé dans un endroit aussi étonnant que coloré : le Pays des Morts. Là, il se lie d’amitié avec Hector, un gentil garçon mais un peu filou sur les bords. Ensemble, ils vont accomplir un voyage extraordinaire qui leur révèlera la véritable histoire qui se cache derrière celle de la famille de Miguel…

Coco : Photo

Les grands studios d’animation commencent à prendre conscience depuis quelques années des différents changements de mentalité qui s’opèrent. Disney avait déjà fait quelques grands pas avec La Princesse et la Grenouille et Vaiana avec respectivement une héroïne afro-américaine et une autre polynésienne. Pixar entre dans cette même démarche en situant l’intrigue au Mexique pendant la Fête des Morts. Sorti en pleine ère Trump, le succès d’un film américain grand public privilégiant la culture mexicaine fait forcément sourire voire même plaisir. Avant de découvrir Coco (ils sont allés chercher loin ce titre, j’avoue être un peu déçue par ce choix), les deux derniers Pixar que j’avais étaient certes plutôt bons mais tout de même j’en garde encore un goût amer. Le Monde de Dory reste en-dessous du Monde de Nemo. Et je m’étais déjà longuement exprimée sur Vice Versa que je trouve toujours autant surestimé. J’aime les films de ce studio, Coco me faisait de l’oeil mais j’avais tout de même peur d’être encore déçue. Je le dis d’entrée : de mon point de vue (sans jouer les chieuses de service), Coco n’est pas pour moi un chef-d’oeuvre même si je sais que beaucoup le classent déjà dans cette catégorie. En revanche, je m’accorde à dire qu’il s’agit d’un très bon film qui mérite l’accueil qui lui a été réservé. Ce Coco me semble plus intéressant, sur de nombreux points, que les précédents longs-métrages de Pixar que j’ai cités. Pixar a toujours fait des merveilles sur l’esthétique, on connaît tous la qualité de leur travail. Mais là, le résultat est réellement époustouflant. Peut-être même une des plus belles réussites des studios concernant ce point. Basculant sans cesse entre des tons sombres et des couleurs vives, l’univers présenté, notamment le Pays des Morts, nous en met plein la vue. Ces couleurs entrent en cohérence avec l’un des propos du film : la Mort n’est pas nécessairement synonyme de tristesse puisqu’elle fait partie de la vie. Il n’y a que les couleurs flamboyantes qui ont su m’emballer. Les reliefs, la lumière ou encore les mouvements fluides de caméra permettent aussi de valoriser des décors fabuleux débordant d’une créativité folle. Comment ne pas être gaga devant le Monde des Morts et la passerelle entre les deux mondes ? Comment ne pas être époustouflé par la transformation corporelle de Miguel en guise de compte à rebours ? Chaque détail est pensé et bien exécuté à l’écran. Au-delà d’un travail visuel étonnant, l’histoire en elle-même est plaisante même si elle n’est pas non plus très surprenante.

Coco : Photo

Comme la plupart des Pixar, Coco parvient à toucher tous les publics. Surtout, parler de la mort aux enfants n’est pas une tâche facile. Certes, la manière de distribuer ce message reste relativement « simple » mais elle est tout de même très efficace. C’est sans chichi et ça va droit au coeur. Coco est alors indéniablement un magnifique spectacle bien rythmé assez poignant. Le résultat est bouleversant mais jamais macabre. Je ne dirais pas que j’ai pleuré comme une madeleine pendant des heures (en même temps, niveau émotion, difficile de faire concurrence à Là-Haut et Toy Story 3 !). Mais j’ai tout de même versé quelques larmes à la fin du long-métrage. Le film parvient à nous toucher en plein coeur pas uniquement par son thème principal, c’est-à-dire la mort  (cette présentation de ce concept reste joyeux et dédramatisé) mais plutôt par un autre thème (lié à celui de la mort) à déceler : celui du souvenir. Ce thème était déjà présent dans Vice Versa : si je trouve ce dernier effectivement surestimé, il gagne tout de même des points concernant sa vision juste sur le rôle des souvenirs. En effet, un souvenir qui touche est souvent composé par plusieurs émotions qui se côtoient et se mélangent. Coco reprend alors un message entrant la même veine. Le souvenir est en fait ce qui nous rend vivant. Le souvenir de nos proches morts est aussi ce qui les rend encore vivants dans nos coeurs. L’oubli est justement ce qui les enterre définitivement. Le long-métrage ne se contente alors pas de dédramatiser la mort, il célèbre aussi avec autant de joie que d’émotion la mémoire familiale tout comme il encourage à chacun de vivre sa passion telle qu’on le souhaite même si nos proches nous en dissuadent pour des raisons qui sont valables à leurs yeux (l’envie de protéger la famille, d’éviter éventuellement de refaire les mêmes erreurs faites par le passé, bref la question de la transmission familiale est toujours bien traitée). En revanche, je suis un peu déçue par la bande-originale. Peut-être que la VF ne m’a pas aidée à apprécier les différentes chansons (même si, côté dialogues, j’en suis tout à fait satisfaite !), fortement marquées par une musicalité hispanique. Mais aucune ne m’a vraiment marquée (en dehors de Remember me / Ne m’oublie pas même si personnellement je ne suis pas une grande fan de cette chanson) ce qui est tout de même regrettable dans un film mettant en scène un musicien (c’est peut-être même ce détail en question qui ne me pousse pas à adorer absolument ce film même s’il m’a beaucoup emballée). Magique, créatif, émouvant, Coco prouve bien que Pixar n’a pas perdu la main en proposant une oeuvre d’une grande richesse où les prouesses techniques et esthétiques servent un propos universel.

Coco : Photo

Les Quatre filles du Dr March (1994)

réalisé par Gillian Armstrong

avec Winona Ryder, Susan Sarandon, Christian Bale, Gabriel Byrne, Trini Alvadaro, Kirsten Dunst, Claire Danes, Samantha Mathis, Eric Stoltz…

titre original : Little Women

Comédie dramatique américaine. 1h55. 1994.

sortie française : 3 mai 1995

Movie Challenge 2017 : Un film se déroulant avant le XXe siècle

Pendant la guerre de Sécession, dans le Massachusetts, Mme March et ses quatre filles, Jo, Beth, Amy et Meg tentent de se débrouiller, tandis que leur père combat au front. Jo se découvre alors une passion pour l’écriture et rédige des pièces de théâtre que jouent ses soeurs en plus de son idylle avec leur voisin Laurie. Quand elle a l’opportunité de devenir écrivain, Jo s’en va à New York où elle rencontre le professeur Baher.

Les Quatre filles du Dr March, roman culte de Louisa May Alcott, a connu plusieurs adaptations cinématographiques. George Cukor en avait réalisé une en 1933 avec Katharine Hepburn dans le rôle de Jo. Puis, ce fut au tour de Mervyn LeRoy de s’en occuper en 1949 avec, entre autres, June Allyson, Elizabeth Taylor et Janet Leigh. En 1994, c’est-à-dire bien longtemps après ces premières adaptations assez rapprochées dans le temps, le roman d’Alcott est de nouveau au coeur d’une nouvelle version cinématographique. L’Australienne Gillian Armstrong (Oscar et Lucinda, Charlotte Gray, Au-delà de l’illusion) est cette fois-ci derrière la caméra. Sans vouloir faire du féminisme à deux balles, il s’agit d’un choix assez pertinent de constater cette fois-ci une réalisatrice derrière la caméra. Comme le titre l’indique aussi bien en français qu’en version originale même s’il diffère (Little Women), les jeunes filles et femmes sont au coeur de cette oeuvre. Nous pouvons devenir la femme qu’on doit être sans homme à la maison, même rêver d’une vie (notamment avec un homme) sans ce modèle masculin. Je n’ai pas encore lu le roman (mais j’ai acheté le bouquin pour réparer cette erreur !), ni vu les précédentes adaptations. Mais cette version des années 90, mettant en scène un sacré brochette d’actrices (et encore, en dehors de Ryder, il ne s’agissait pas forcément des stars que l’on connaît désormais) m’a enchantée ! Certes, la mise en scène est assez classique (ce qui n’a rien d’une tare non plus) et ce film a globalement un côté tout mignon qui agacera certainement certains spectateurs (même s’il relate parfois des événements moins « mignons »). Mais justement, ce côté « bonbon » et innocent a quelque chose de séduisant : il l’est mais il ne tombe pas non plus dans des excès de guimauve écoeurante. Il ne faut pas oublier que le roman peut être trouvable dans le rayon jeunesse, ce qui peut probablement justifier sa dimension inoffensive. Effectivement, les enjeux peuvent sembler minimes, un peu « neuneu ». Mais pourtant, l’arrière-fond ne l’est pas. Le contexte est bien pris en compte par la réalisatrice avec ces jeunes filles livrées à elles-mêmes : le père March – qui n’est donc pas docteur mais en réalité pasteur – a dû laisser sa femme et ses filles pour partir sur le front). Chacune tente alors de garder un semblant de vie normale. Si l’oeuvre aborde quelques histoires d’amour, les différents rêves qui permettraient à ces filles, à la fois fortes, intelligentes, instruites et manuelles, de s’accomplir entièrement ne se limitent justement pas à des histoires de romance et d’homme.

Jo March, sorte d’alter-ego d’Alcott (le roman est semi-autobiographique sur de nombreux points), est évidemment le personnage le plus intéressant (même si les autres soeurs sont attachantes) et c’est là où on comprend que l’oeuvre est justement moins niaise et gentillette qu’elle en a l’air. Grâce à ce garçon manqué très intelligent (qui se positionne comme le personnage principal parmi les autres soeurs March), Les Quatre Filles du Dr March est alors une jolie oeuvre douce féministe. S’il y a bien des romances dans le film, elles ne contredisent justement pas le propos fort de l’oeuvre. Je ne peux pas juger le travail d’adaptation mais le scénario parvient donc à faire cohabiter une impression de légèreté constante autour de la vie de ces filles et un propos fort valorisant la femme en dehors du mariage et du couple. Le film a un peu vieilli dans le sens où on voit que c’est un film datant des années 90 mais la reconstitution de l’époque reste agréable même si elle n’est pas non plus dingue. On ne se souvient pas nécessairement de l’unique nomination aux Oscars de Winona Ryder pour ce rôle (battue cette année-là par Jessica Lange pour le très méconnu Blue Sky). Il est regrettable qu’on ne connaisse pas davantage son interprétation à l’heure actuelle. J’ai toujours bien aimé Winona Ryder qui, malheureusement, n’a pas eu la carrière qu’elle méritait. J’ai eu l’impression de redécouvrir cette actrice dans le rôle de Jo March (et je m’aperçois de plus en plus que Keira Knightley est une sorte de mini-Winona !). Son personnage est certainement déjà sur le papier très attachant et son interprétation renforce encore plus cette impression. Le reste de la distribution (la petite peste Kirsten Dunst, la timide Claire Danes, le charmant Christian Bale, la remarquable Susan Sarandon…) est également impeccable, chacun trouve sa place sans se faire bouffer par Ryder. Bref, cette nouvelle version du roman culte de Louisa May Alcott n’est certainement pas un chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit mais l’ensemble est réellement plaisant tout en proposant un propos toujours actuel. 

Movie Challenge 2018 : c’est parti !

On vous l’avait promis : Lilylit et moi-même déclarons ouvert l’édition 2018 du Movie Challenge !

Le but du jeu est simple : découvrir 40 films pour 40 catégories différentes. Vous avez jusqu’au 31 décembre 2018 pour y arriver.

Au programme :

  • des catégories de l’édition 2016 font leur comeback
  • certaines catégories de l’édition 2017 sont toujours présentes
  • Et surtout de nouvelles catégories font leur apparition
  1. Un film dont tu voudrais changer la fin
  2. Un film qui t’a déçu(e)
  3. Un film qui a eu de mauvaises critiques
  4. Un film que personne ne s’attendait à ce que vous aimiez
  5. Un film européen hors France
  6. Un film ni américain ni européen
  7. Un film qui se déroule dans le milieu médical
  8. Un film dont un personnage a le même nom / surnom que toi
  9. Un film avec un verbe à l’infinitif dans le titre
  10. Un film avec une saison dans le titre
  11. Un film avec un prénom dans le titre
  12. Un film dont le titre comporte une couleur
  13. Un film dont le titre contient un numéro
  14. Un film réalisé par un acteur/une actrice qui joue dedans
  15. Un film réalisé par un non-réalisateur à l’origine (hors acteur et actrice)
  16. Un film muet
  17. Un documentaire
  18. Un court-métrage
  19. Un film sorti l’année de ton bac
  20. Un film primé à Berlin ou Venise
  21. Un film primé à Cannes :
  22. Un film ayant remporté l’Oscar du meilleur film
  23. Un premier film
  24. Un film engagé
  25. Un film qui vous a mis en colère
  26. Un film avec un personnage atteint d’un handicap (physique et / ou mental)
  27. Un film qui n’est pas sorti en salles en France
  28. Un film se déroulant dans un lycée / collège / université
  29. Un film avec un acteur que j’adore
  30. Un film avec une actrice que j’adore
  31. Un film sensuel :
  32. Un film qui dure minimum 3 heures
  33. Un film se déroulant pendant les fêtes de Noël ou pendant la Saint-Sylvestre
  34. Un remake ou film ayant été objet de remake
  35. Un film tiré de série / ayant inspiré une série
  36. Un film adapté d’un livre que j’ai lu
  37. Un film d’animation
  38. Un film dont le héros n’est pas humain
  39. Un film basé sur des faits réels
  40. Un film avec une bonne BO

Nous vous invitons évidemment à y participer. Et les manières pour jouer sont plutôt simples et nombreuses. Voici quelques exemples possibles (et j’imagine qu’il doit y en avoir d’autres) :

  • Poster sur votre blog les critiques des films vus
  • Juste signaler sur votre blog que vous participez au Movie Challenge et dire parfois (ou juste une fois) où vous en êtes
  • Juste nous dire (en n’oubliant pas de nous tagguer histoire qu’on vous voit mieux) où vous en êtes via les réseaux sociaux notamment sur Twitter ou Facebook
  • Manifester votre intérêt via des listes et / ou des critiques sur Sens Critique

Bref les possibilités restent multiples. Nous comptons vous donner une véritable liberté. Le principal est de faire ce Challenge pour vous. Pour vous amuser, vous ouvrir l’esprit, trouver un nouveau moyen de se cultiver, de regarder des films que vous n’osez pas encore regarder etc…

Nous restons à votre disposition pour répondre à toutes vos questions si vous en avez.

Si vous voulez y participer, manifestez-vous !

 

Jumanji : Bienvenue dans la jungle

réalisé par Jake Kasdan

avec Dwayne Johnson, Jack Black,Kevin Hart, Karen Gillan, Nick Jonas, Bobby Cannavale, Alex Wolff, Rhys Darby, Missy Pyle…

titre original : Jumanji : Welcome to the jungle

Fantastique, action américain. 2h. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

Le destin de quatre lycéens en retenue bascule lorsqu’ils sont aspirés dans le monde de Jumanji. Après avoir découvert une vieille console contenant un jeu vidéo dont ils n’avaient jamais entendu parler, les quatre jeunes se retrouvent mystérieusement propulsés au cœur de la jungle de Jumanji, dans le corps de leurs avatars. Ils vont rapidement découvrir que l’on ne joue pas à Jumanji, c’est le jeu qui joue avec vous… Pour revenir dans le monde réel, il va leur falloir affronter les pires dangers et triompher de l’ultime aventure. Sinon, ils resteront à jamais prisonniers de Jumanji…

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Dwayne Johnson, Jack Black, Karen Gillan, Kevin Hart, Nick Jonas

Jumanji, adapté du roman de Chris Van Allsburgh, est un film tellement culte pour une génération (et certainement encore plus depuis le décès du regretté Robin Williams), qu’on le pensait intouchable. Sans surprise, le scénario suivant s’est déroulé ainsi : tout d’abord, on a gueulé suite à l’annonce du projet (« gnagnagna on touche pas à Jumanji« ), puis pratiquement toute la Twittosphère – avec parfois les mêmes qui gueulaient auparavant – s’est extasiée rien qu’après l’avant-première. Je dis bien le terme « extasier » car je ne comprends pas réellement les très bonnes critiques à l’égard de cette suite. Certes, ce Jumanji : Bienvenue dans la jungle se défend sur certains points. Si le film démarre pratiquement tout de suite après les événements du premier opus (enfin, son introduction : le reste du film se déroule de nos jours), il a le mérite de vouloir s’en détacher. Changer de matériau (passer du jeu de société au jeu vidéo) aide certainement à vouloir se différencier de l’original. Le premier Jumanji misait sur la venue du fantastique dans un monde réel tandis que cette suite met en scène des personnages réels dans un monde virtuel et fantastique. Bref, le début de cette suite fait finalement presque penser à une sorte de mélange entre Tron et The Breakfast Club que réellement à Jumanji. Et le reste du film est plutôt une comédie d’action survoltée alors que le premier opus était plutôt une comédie dite « familiale »). La mise en scène des avatars des quatre adolescents joueurs dans le jeu est également une certaine bonne idée. Et cette bonne idée est en partie bien exécutée par le choix même des acteurs, tous très bons. Ainsi, l’avatar choisi est complètement différent de ce que sont les ados qui jouaient à l’origine derrière leurs consoles. Ainsi, le grand baraqué Dwayne Johnson au regard de braise (on adore ses auto-parodies) est l’avatar d’un petit gringalet geek sans amis, Jack Black (avec le physique qu’on lui connait) est en réalité le personnage d’une ado superficielle accro à son portable et à ses selfies sur Instagram, le petit Kevin Hart avec son énorme sac à dos représente en réalité un baraqué sportif et Karen Gillian est une héroïne sexy, bad-ass, sachant se battre alors que la jeune fille qui se cache derrière ce personnage est timide, mal fagoté, détestant faire du sport. Si cette suite diffère du long-métrage de Joe Johnston, elle tente de garder le même type de moral : le jeu est littéralement un moyen ludique pour retenir des leçons de vie.

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Dwayne Johnson

Bref, le message sur l’acceptation de soi est simple mais il passe plutôt bien dans le cadre de cette comédie d’action tous publics sans prise de tête. Alors, pourquoi ne suis-je pas totalement convaincue ? J’ai tenté de ne pas faire de rapprochement avec le premier Jumanji, surtout que cette suite refuse de lui ressembler. Mais ce film de Jake Kasdan a beau remplir ses fonctions de gros divertissement, il ne possède pas le charme de celui de Johnston. Attention, je n’idéalise pas le Jumanji avec Robin Williams : c’est un film qui peut paraître un peu niais et même très enfantin et les effets spéciaux ont pris un coup de vieux. Mais j’ai beau le voir et le revoir, il possède toujours autant de charme. Or, ce Jumanji : Bienvenue dans la jungle n’a pas ce charme en question. Je ne pense pas non plus qu’il traversera le temps comme le précédent film. Surtout, le film de Johnston parvenait à présenter de nombreux obstacles du début jusqu’à la fin. Or, je n’ai pas du tout ressenti ce danger permanent dans le long-métrage de Kasdan. On a l’impression que les personnages passent toutes les épreuves les doigts dans le nez (alors qu’ils perdent des vies comme dans une partie de jeu vidéo) en seulement quelques heures. On finit presque par se demander pourquoi le personnage incarné par Nick Jonas est resté bloqué des années et des années dans ce jeu alors que la bande de The Rock te règle ça en un temps record. Le méchant est également décevant, il ne semble pas si dangereux et effrayant contrairement au Chasseur. Enfin, je reste un poil sceptique sur la soi-disant amélioration des effets spéciaux. Certes, dans cette suite, ils sont beaucoup moins kitsch que dans le premier volet et ils sont adaptés par rapport à l’univers des jeux vidéos. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de trouver l’environnement relativement laid avec cette surcharge de numérique. Finalement, même si les décors et les effets spéciaux étaient désuets, je trouve l’environnement du premier film plus satisfaisant, surtout concernant le côté exotique de l’aventure. Bref, pour conclure, Jumanji : Bienvenue dans la jungle n’est pas la catastrophe qu’on aurait pu avoir face à notre méfiance naturelle désormais face aux suites (remakes ou autres). Mais je ne suis pas non plus un certain emballement général que j’ai pu constater par la blogosphère cinéphile.

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Karen Gillan

Bilan novembre / décembre 2017

Cinéma

Les films de 2017

Loving (Jeff Nichols) 1/4

Epouse-moi mon pote (Tarek Boudali) 2/4

Le Manoir (Tony Datis) 0/4

Au revoir là-haut (Albert Dupontel) 4/4

Jalouse (Stéphane et Davis Foenkinos) 3/4

A Beautiful Day (Lynne Ramsay) 1/4

Le Musée des Merveilles (Todd Haynes) 2/4

Song to Song (Terrence Malick) 0/4

Love Hunters (Ben Young) 3/4

Cherchez la femme (Sou Abadi) 2/4

Un jour dans la vie de Billy Lynn (Ang Lee) 3/4

Star Wars, épisode VIII : Les Dernier Jedi (Rian Johnson) 4/4

Jumanji : Bienvenue dans la jungle (Jake Kasdan) 2/4

Coco (Lee Unkrich, Adrian Molina) 3/4

A Ghost Story (David Lowery) 2/4

20th Century Women (Mike Mills) 3/4

Everything, Everything (Stella Meghie) 0/4

Spider-man : Homecoming (Jon Watts) 0/4

 

Rattrapages

Personal Shopper (Olivier Assayas, 2016) 1/4

Super Cash Me (Morgan Spurlock, 2011) 2/4

Kaboom (Gregg Araki, 2010) 3/4

800 Balles (Alex de la Iglesia, 2002) 3/4

The Witch (Robert Eggers, 2015) 4/4

Comment se faire larguer en 10 leçons ? (Donald Petrie, 2003) 2/4

The Girlfriend Experience (Steven Soderbergh, 2009) 2/4

Les Chansons d’amour (Christophe Honoré, 2007) 2/4

La Plus belle victoire (Richard Loncraine, 2003) 2/4

David Brent : Life on the Road (Ricky Gervais, 2016) 3/4

Vaiana, la légende au bout du monde (Ron Clements, John Musker, 2016) 3/4

Les Enquêtes du Département V : Miséricorde (Mikkel Norgaard, 2013) 3/4

Les Enquêtes du Département V : Profanation (Mikkel Norgaard, 2014) 3/4

Le Nouveau Stagiaire (Nancy Meyers, 2015) 2/4

Les Quatre filles du Dr March (Gillian Anderson, 1994) 3/4

22 Jump Street (Phil Lord, Chris Miller, 2014) 2/4

Terminator (James Cameron, 1984) 3/4

Reine de la nuit (Kim Je-Yeong, 2013) 1/4

Que le spectacle commence (Bob Fosse, 1979) 3/4

  

Télévision

You’re the Worst (saisons 3 et 4, 2016-2017) 4/4

Broadchurch (saison 3, 2017) 4/4

Thirteen (saison 1, 2016) 3/4

Vice Principals (saison 2, 2017) 4/4

Easy (saisons 1 et 2, 2016-2017) 3/4

Stranger Things (saison 1, 2016) 3/4

 vice 

Lectures

L’adversaire (Emmanuel Carrère, 2000) 4/4

Consumés (David Cronenberg, 2016) 0/4

La Délicatesse (David Foenkinos, 2009) 4/4

Ma mère avait raison (Alexandre Jardin, 2017) 3/4

Le Dernier Jour d’un condamné (Victor Hugo, 1829) 2/4

Le Livre de la jungle (Rudyard Kipling, 1894) 4/4

H.P. Lovecraft : Contre le monde, contre la vie (Michel Houellebecq, 1991, 2005 avec la préface de Stephen King) 4/4