Bilan 2017

C’est déjà l’heure du bilan de l’année !!!

The Square : Photo Dominic West, Terry Notary

J’en profite alors pour remercier très sincèrement chaque personne qui est passée sur mon blog, que ce soit régulièrement ou très occasionnellement, qu’elle se manifeste dans les commentaires ici, sur les réseaux sociaux ou au contraire préfère rester discrète.

Merci aussi aux belles rencontres que j’ai pu faire cette année, que ce soit virtuellement ou celles qui ont pu se concrétiser dans la vraie vie. J’espère que toutes ces bonnes choses positives vont continuer en 2018. Je continuerai également à publier de temps en temps des chroniques sur CineSeriesMag qui m’a très bien accueillie en juillet dernier.

Nous continuerons à se retrouver régulièrement sur ce blog l’an prochain. Bref, vous retrouverez comme d’habitude des critiques de films sortis en 2018 ainsi que les chroniques du Movie Challenge 2018 (les nouvelles arrivent bientôt). Je m’engage aussi à écrire une fois par mois un billet qui diffère des critiques. J’avais même pensé à publier mes nouvelles ou des billets humeur une fois par mois mais j’avoue avoir encore peur de ce petit changement.

120 battements par minute : Photo Nahuel Perez Biscayart

Passons maintenant aux choses sérieuses : le top 10 de l’année !

Je ne vais pas vous mentir, certains m’ont fait la remarque (et ils ont raison) : pour moi, 2017 n’a pas été une très bonne année cinéma. Je sais que certains affirmeront le contraire. Je pensais que j’étais devenue aigrie puis en revoyant mes anciens top des années précédentes, je m’aperçois que les films sortis cette année m’ont moins marquée, m’ont moins embarquée. Faire un top 10 a même été plutôt simple à faire pour une fois. Cela dit, je suis très fière de mettre en avant ces 10 films ci-dessous qui ont tous su provoquer quelque chose durant les différentes séances, parfois une émotion indescriptible.

Evidemment, il faut toujours prendre mes tops avec des pincettes : je n’ai vu que « 70 » films sortis en 2017. Je sais que certains parviennent à en voir 100 (et encore, ce n’est pas assez pour eux !) voire même 200 films de l’année. Je n’ai pas de super abonnement Gaumont/Pathé (et je ne souhaite pas l’avoir après une mûre réflexion car le cinéma n’est pas pour moi un art qui mérite d’être surconsommé), je n’ai pas non plus l’argent ni le temps (j’adore le cinéma, j’aime mon blog, mais profiter des gens que j’aime, prendre mon avenir en main, prendre aussi le temps d’écrire aussi mon roman, prendre l’air ailleurs que dans une salle sont aussi des choses importantes à mes yeux). Je suis dans mes chiffres habituels (peut-être un poil moins cette année) depuis 2009 où j’en vois en général entre 70 et 80. Selon moi, j’ai raté peu de films qui auraient éventuellement pu modifier un de mes classements (je pense là de tête à Blade Runner 2049, Mise à mort du cerf sacré et Faute d’amour). Il me semble que j’ai pu voir le bon échantillon de films que je devais voir pour me faire mon idée du cinéma en 2017. Et c’est déjà bien (même si pour d’autres non, ça ne sera jamais assez) car malheureusement pas tout le monde n’a cette possibilité de regarder ces fameux 70 petits films. 

 

♥Top 10♥

  1. The Square de Ruben Östlund
  2. 120 battements par minute de Robin Campillo
  3. The Lost City of Z de James Gray
  4. Que Dios Nos Perdone de Rodrigo Sorogoyen
  5. Nocturnal Animals de Tom Ford
  6. Good Time des frères Safdie
  7. Au revoir là-haut d’Albert Dupontel
  8. Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona
  9. It Comes At Night de Trey Edward Shults
  10. Dunkerque de Christopher Nolan

The Lost City of Z : Photo Charlie Hunnam, Tom Holland

Les années précédentes, j’avais pour habitude d’établir un flop 10 où je présentais les daubes les plus improbables vues au cours de l’année. Cette année, j’aurais volontiers mis : Gangsterdam / Si j’étais un homme, Le Manoir, A bras ouverts, Cinquante nuances plus sombres, Raid Dingue, Spider-Man : Homecoming ou encore Everything, Everything. (allez je dépose rapido ce mini flop non classé improvisé).

Mais étant donné que je garde un goût amer de 2017 (je parle toujours de cinéma), quitte à prendre le risque de me faire taper pour la nouvelle année, je préfère exposer 10 films bien réputés, que vous retrouverez certainement dans le top de mes camarades, que je n’ai pas forcément appréciés. Dans cette sélection, on va des films que j’ai profondément haï à des films que j’ai jugés « moyen » alors que la majorité a adoré. Point de provocation là-dedans, juste un moyen d’exposer mes trop nombreux désaccords qui ont aussi marqué mon année cinéma !

10 déceptions♦

  1. L’Amant double de François Ozon
  2. Song to Song de Terrence Malick
  3. Mother! de Darren Aronofsky
  4. Jackie de Pablo Larrain
  5. Loving de Jeff Nichols
  6. A Beautiful Day de Lynne Ramsay
  7. Grave de Julia Ducournau
  8. La La Land de Damien Chazelle
  9. Moonlight de Barry Jenkins
  10. Baby Driver d’Edgar Wright

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Roberto Álamo

N’hésitez pas à exposer vos propres top / flop / déceptions et on se dit donc à l’année prochaine !

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Movie Challenge 2017 : c’est la fin !

Je ne conçois plus mon blog sans cette participation au Movie Challenge. Deuxième année que j’y participe avec un réel plaisir.

Tout d’abord, parce que je le fais avec Lily (petit rappel : j’avais décidé des choix des différentes catégories avec elle) mais aussi avec d’autres personnes : Beyond the LinesBoratGossip CocoLaurence et OlivierLaurentMartin. Le partage est pour moi quelque chose de très important. Echanger est la base même du blogging. Ce challenge permet encore plus de nous réunir autour d’une même passion, d’échanger, de discuter, de confronter des opinions.

Une catégorie peut donner des tas de possibilités de films à regarder. Le Movie Challenge nous incite alors à regarder des films qu’on n’aurait pas nécessairement cherché à regarder auparavant, qu’on repoussait éternellement. La curiosité est pour moi une qualité essentielle pour un cinéphile.

Pour ce bilan, histoire que ce soit encore plus « palpitant », j’ai décidé de classer les films par préférence (étant donné que je n’ai pas eu la possibilité de tous les chroniquer même si je compte le faire – en partie – au cours de janvier 2018, avant de démarrer sereinement la nouvelle édition, oui jamais 2 sans 3 !).

Elephant Man : Photo John Hurt

Nous vous annoncerons effectivement dès janvier 2018 avec ma copinaute Lily les nouvelles catégories de la prochaine édition du Movie Challenge. Au programme, pour vous faire impatienter:

  • des catégories de l’édition 2016 feront leur comeback
  • certaines catégories de l’édition 2017 seront toujours présentes
  • Et surtout de nouvelles catégories feront leur apparition

On en reparlera certainement très bientôt mais tout le monde peut participer à ce challenge bien entendu que ce soit via les blogs (et rien ne vous oblige à écrire systématiquement des critiques détaillées) ou les réseaux sociaux par exemple (ou même Sens Critique : je l’évoque vite fait car pour la version 2018, je vais aussi utiliser le système des listes pour continuer à faire mon Movie Challenge !).

BREF

Hunt For The Wilderpeople : Photo Julian Dennison

Voici le bilan des films vus par ordre de préférence !

  1. Un film en noir et blanc : Elephant Man de David Lynch
  2. Un film pas sorti dans les salles françaises : Hunt for the Wilderpeople de Taika Waititi
  3. Un film sorti cette année : Nocturnal Animals de Tom Ford
  4. Un film qui m’a fait pleurer : Premier contact de Denis Villeneuve
  5. Une comédie musicale : Ballroom Dancing de Baz Luhrmann
  6. Un film d’horreur : Suspiria de Dario Argento
  7. Un film d’animation : Ma vie de Courgette de Claude Barras
  8. Un film qui a reçu un Oscar : Manchester by the Sea de Kenneth Lonergan
  9. Un film avec un prénom dans le titre : Sils Maria d’Olivier Assayas
  10. Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion : The Secret Life of Words d’Isabel Coixet
  11. Un film européen hors France : Alabama Monroe de Felix Van Groeningen
  12. Un film recommandé par quelqu’un : Watchmen de Zack Snyder
  13. Un film se déroulant avant le XXe siècle : Les Quatre filles du Dr March de Gillian Armstrong
  14. Un film LGBT : Mademoiselle de Park Chan-wook
  15. Un film tourné dans un lieu où je suis allée : Intimité de Patrice Chéreau
  16. Un film avec une actrice que je déteste : Enemy de Denis Villeneuve
  17. Une Palme d’or : Que le spectacle commence ! de Bob Fosse
  18. Un film qui m’a fait pleurer de rire : David Brent : Life on the road de Ricky Gervais
  19. Un film de votre enfance : Vous avez un message de Nora Ephron
  20. Un film que mon père adore : Terminator de James Cameron
  21. Un film de procès : Le Verdict de Sidney Lumet
  22. Une comédie : Ghostbusters 3 de Paul Feig
  23. Un documentaire : Pulp, a film about life, death and supermarkets de Florian Habicht
  24. Un film d’un réalisateur que j’adore : 800 balles d’Alex de la Iglesia
  25. Un film français : Maman a tort de Marc Fitoussi
  26. Un film que j’aime bien secrètement : Marley & moi de David Frankel
  27. Un film adapté d’un livre que j’ai lu : Fahrenheit 451 de François Truffaut
  28. Film qui a inspiré une série télé (ou adapté d’une série) : The Girlfriend Experience de Steven Soderbergh
  29. Un film avec un mariage : Le Mariage de mon meilleur ami de P.J. Hogan
  30. Un feel-good movie : Célibataire, mode d’emploi de Christian Ditter
  31. Une suite : Bridget Jones’s Baby de Sharon Maguire
  32. Un film sorti l’année de mes 10 ans : Comment se faire larguer en 10 leçons de Donald Petrie
  33. Un thriller : La Fille du train de Tate Taylor
  34. Un film d’action : Deadpool de Tim Miller
  35. Un film qui se déroule dans le milieu sportif : La plus belle victoire de Richard Loncraine.
  36. Un premier film : Clerks de Kevin Smith
  37. Un remake : Les Proies de Don Siegel
  38. Un film engagé : Hippocrate de Thomas Lilti
  39. Un film par un réalisateur asiatique : Reine de la nuit de Kim Je-Yeong
  40. Un film réalisé par une femme : Mon Roi de Maïwenn

aaron

Vous avez un message

réalisé par Nora Ephron

avec Tom Hanks, Meg Ryan, Parker Posey, Steve Zahn, Greg Kinnear, Dave Chappelle, Heather Burns…

titre original : You’ve Got Mail

Comédie romantique américaine. 2h. 1998.

sortie française : 20 janvier 1999

Movie Challenge 2017 : Un film de mon enfance

Tous les deux sont libraires. Kathleen tient une échoppe au charme suranne, The Shop Around the Corner, et a initié aux joies de la lecture des ribambelles d’enfants tandis que Joe possède une chaîne de librairies de grande surface, Fox Books, qui a rapidement éliminé ses concurrentes. Kathleen hait plus que tout au monde Fox Books tandis que Joe attend nonchalamment de rayer des librairies celle de Kathlen. Ils ne se connaissent pas mais se croisent tous les jours et surtout comme dans le film de Lubitsch échangent une correspondance follement amoureuse par le biais d’Internet.

Vous avez un message : Photo

Des duos phares, notamment dans le domaine de la comédie romantique (terme évidemment très large) ont toujours existé et existeront toujours. Par exemple, depuis quelques années, on ne s’attarde que sur Ryan Gosling et Emma Stone qui forment certainement un des plus jolis couples de cinéma de ces dernières années. Pourtant, le couple Meg Ryan-Tom Hanks n’est pas si vieux (même si on se demande tous ce que devient Ryan) et a su nous faire rêver. Si on se souvient moins de leur première collaboration (Joe contre le volcan de John Patrick Shanley), en revanche leurs deux films suivants ensemble ont davantage marqué les esprits grâce à la regrettée Nora Ephron. Vous avez un message signe leur dernière collaboration à l’écran via le travail d’Ephron (je précise « à l’écran » vu que Tom Hanks a joué dans Ithaca, le premier long-métrage de l’actrice disparue des radars). Il s’agit du remake de l’excellent Rendez-vous d’Ernst Lubitsch, parfois plus connu sous son titre original The Shop around the corner. Ephron a repris le titre original de la première version pour baptiser la petite librairie de Kathleen, qui se bat contre une grosse librairie plus commerciale située juste en face de chez elle. Son concurrent est (sans surprise) Tom Hanks. Elle le déteste dans la vie. Sauf que, sans le savoir, elle discute tous les jours avec lui via un site Internet où chacun cache bien son identité. A partir du long-métrage de Lubitsch, Ephron ne s’est pas contentée de livrer une nouvelle version modernisée (on remplace les lettres par des mails). Elle rend hommage à ce vieux cinéma romantique qui n’existe définitivement plus (quel triste constat dans les années 90, alors maintenant !) mais aussi à New York. J’avais vu et aimé Vous avez un message quand j’étais encore enfant. Je me rappelais des différentes étapes de la romance entre Kathleen et Joe (on passe de la haine à l’amitié puis évidemment à l’amour : je ne pense pas faire des révélations de fou là). En revanche, je ne me rappelais pas des différents contextes abordés. Et ce sont ces contextes en question qui rendent Vous avez un message plus intéressant et pertinent qu’il en a l’air. Ephron a su capter ce monde en évolution via ce New York lui-même en mutation, via aussi Internet, ce nouveau moyen pour échanger et faire des rencontres inoubliables. Peut-être que les relations amoureuses, en tout cas la manière de les faire naître, sont elles-mêmes en évolution. Remaker un film ancien est aussi un moyen d’accompagner ce propos concernant ces évolutions qui parviennent toutes à se rejoindre.

Une bonne partie du film semble au premier abord être sévère contre les changements liés à la surconsommation. Petit à petit, lorsque Kathleen s’intéresse réellement à Joe (faisant de son côté le deuil de son héritage familial professionnel), elle va réaliser que la librairie-commerciale qu’il tient n’est pas si néfaste que cela. La réflexion d’Ephron sur les mutations n’est alors pas aussi manichéenne que prévue. Si certaines évolutions sont regrettables dans le sens où elles entraînent la chute d’un monde certainement plus authentique que celui dans lequel où on est actuellement (et dans lequel on était déjà à la fin des années 90), l’authenticité des gens existe toujours et peut resurgir justement grâce à cette évolution. Sans Internet (marque « phare  » du changement sans cesse mis en avant), Joe et Kathleen auraient-ils pu s’aimer ? Ils seraient certainement rester sur leurs préjugés. Ephron semble pratiquement proposer une sorte de complément à Nuits Blanches à Seattle avec ces mêmes Hanks et Ryan qui ne parviennent pas à se voir physiquement mais qui apprennent à communiquer et à se connaître via la radio. Bref, sans dire qu’il s’agit d’un film très intellectuel ou quoi que ce soit (je ne veux pas le rendre plus intelligent qu’il ne l’est), Vous avez un message aborde des thèmes avec une certaine habilité. J’ai tout de même conscience qu’il est imparfait, il souffre notamment de quelques déséquilibres rythmiques : par exemple, le rapprochement entre Joe et Kathleen arrive assez tard. Pour certains, il paraîtra encore un peu niais (il ne fera pas changer d’avis les gens qui détestent les comédies romantiques). Pourtant, même si les ordinateurs ont vieilli par rapport à notre époque, cette romcom dégage encore un charme intemporel, finalement comme dans Rendez-vous. La mise en scène d’Ephron n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout de même remplie de charme. Sa caméra capte aussi bien la magie de cette rencontre peu banale (surtout à la fin des années 90 où se rencontrer sur le Net était encore tabou) que celle de ce fameux New York dont on a déjà tant parlé. Et le couple Meg Ryan et Tom Hanks, entre attirance et chamailleries, est tout simplement une évidence. Vous avez un message reste selon moi une des dernières réelles bonnes comédies romantiques qui mérite d’être vue et revue avec de nouvelles perceptives rendant cette oeuvre plus riche qu’elle en a l’air.

Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi

réalisé par Rian Johnson

avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Mark Hamill, Adam Driver, Carrie Fisher, Kelly Marie Tran, Andy Serkis, Benicio Del Toro, Laura Dern, Domhnall Gleeson, Gwendoline Christie, Lupita Nyong’o, Anthony Daniels, Jimmy Vee, Billie Lourd, Justin Theroux…

titre original : Star Wars: The Last Jedi

Aventure, action, science-fiction américain. 2h32. 2017.

sortie française : 13 décembre 2017

Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo

Je vous le dis tout de suite : vous pouvez lire ma critique sans crainte, je ne vais pas m’amuser à vous spoiler. Ayant plutôt apprécié le précédent volet (Le Réveil de la Force) malgré quelques petites réserves (certaines étaient peut-être justifiées et d’autres non avec le recul : je m’en aperçois en relisant mon billet), et aimant globalement la saga Star Wars j’attendais énormément l’épisode VIII, Les Derniers Jedi. Depuis la renaissance de Star Wars à la fin des années 90/début des années 2000 (je précise vu que pour l’instant rien ne détrône la « vieille » trilogie), Les Derniers Jedi est mon épisode préféré (et je mets pas loin derrière La Revanche des Sith). Nous savons tous que cette nouvelle trilogie a été lancée pour des raisons commerciales (sinon je m’inquiète pour votre extrême naïveté). Pourtant je suis parvenue à déceler dans ce long-métrage un certain nombre de qualités, alliant à la fois l’esthétique, la technique et une certaine réflexion qui permet de faire naître de réelles émotions. Le but n’est évidement pas de chercher à tout justifier tous les points, de dire que le film est peut-être plus intelligent qu’il ne l’est : bref, je ne fais pas nécessairement partie des fans purs et durs qui le défendraient bec et ongles. Disons que les gros divertissements à gros budget ont tendance à m’agacer ou à me décevoir (quitte à passer pour une cinéphile chiante et compliquée), surtout ces derniers temps. Or, dans un premier temps, Les Derniers Jedi parvient déjà à remplir ses fonctions de gros divertissement. Le précédent volet remplissait déjà ses fonctions mais j’admets avoir parfois senti le temps passer alors qu’il ne dépassait pas les 2h10. Or, ce nouvel épisode, qui dure bien 2h30, est passé pour moi à la vitesse grand V ! Les Derniers Jedi a encore plus de mérite de ce côté-là vu ce qu’il raconte. C’est là où interviennent les fameuses mauvaises critiques justement. Et là aussi où rejoint mon deuxième bon point. Certains reprochent au scénario de ne présenter que des personnages en situation d’échec. Mais justement, c’est selon moi un sacré défi de parler d’échec tout en faisant évoluer les personnages ou du moins les faire confronter à leurs émotions, leurs qualités et leurs défauts. Je ne pense vraiment pas que les échecs des différents personnages sont vains et je suis persuadée qu’ils serviront aussi dans le prochain épisode. Autre bon point : tandis que l’épisode VII faisait trop écho à l’épisode IV, Les Nouveaux Jedi a moins ce côté faussement « copier-coller » avec le V. On sent au pire une inspiration mais cela ne va pas au-delà.

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo Daisy Ridley

Même si cela ne va pas changer mon avis global (que plus que positif), le seul vrai point où je suis éventuellement en adéquation avec les détracteurs concerne le duo Finn-Rose (cette dernière étant assez pénible et la manière dont se forme leur « couple » est un chouïa niaise). Mais il n’y a rien non plus d’alertant ou de honteux, surtout que le montage ne s’attarde pas non plus puisqu’il alterne plusieurs axes ! Star Wars sans son visuel extrêmement riche et ses effets spéciaux de folie (et aussi sans son imposante bande-originale) ne serait pas Star Wars. Certes, les incrustations de certaines créatures ne se fondent pas toujours bien dans les magnifiques décors mais ce sont des détails qui ne m’ont pas non plus gênée mon visionnage. Rian Johnson (Looper, Brick) parvient pourtant à nous surprendre par de formidables trouvailles visuelles. Comment ne pas penser à cette scène de dédoublement ? A cette prédominance de rouge sur certains scènes de combat ou de bataille ? Plus globalement, les scènes de combat (notamment la première : le film démarre directement !) sont toutes très réussies, folles mais lisibles. Face à un film aussi énorme et commercial, Johnson a le mérite de mettre sa patte, même si cela fait parfois grincer des dents. Enfin, le casting mêlant à la fois les anciennes figures de la saga et la nouvelle génération se défend plus que bien. La présence de Carrie Fisher a évidemment quelque chose de très émouvant quand on sait qu’on ne la verra pas dans l’épisode IX (et je me demande toujours comment J.J. Abrams va gérer ce problème). C’est encore plus chou de la voir jouer le temps de quelques scènes avec sa fille Billie Lourd. Mark Hamill m’a également agréablement surprise : il casse la baraque. Son interprétation est juste (certainement la plus belle composition de sa carrière) et son rôle captivant. Côté nouvelle génération, Oscar Isaac m’a également agréablement surprise. S’il était déjà remarquable dans le précédent volet, il l’est encore plus ici (son rôle prenant plus d’importance, son charisme aussi). Quant à Adam Driver, il confirme bien tout le bien que je pense de lui depuis plusieurs années. Certes, j’étais un poil sceptique sur son rôle dans Le Réveil de la Force (même si, comme je le disais dans l’intro, mon jugement était peut-être hâtif), je suis bien plus convaincue ici. Sans exagérer, il a tout d’un très grand acteur. J’ai l’impression que ces Derniers Jedi est l’épisode le plus détesté de la saga. Je suis certaine que cet épisode, interrogeant avec une certaine pertinence sur l’échec, l’héroïsme et les désillusions, sera réévalué dans un futur proche.

 

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo Adam Driver

La Promesse de l’aube

réalisé par Eric Barbier

avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Pawel Puchalski, Nemo Schiffman, Jean-Pierre Darroussin, Didier Bourdon, Finnegan Oldfield, Catherine McCormack…

Comédie dramatique française. 2h10. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

De son enfance difficile en Pologne en passant par son adolescence sous le soleil de Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur en Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale… Romain Gary a vécu une vie extraordinaire. Mais cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui un des romanciers majeurs du XXème siècle, à la vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Mais cet amour maternel sans bornes sera aussi son fardeau pour la vie…

La Promesse de l'aube : Photo Pierre Niney

Cela fait un petit moment que je m’intéresse à cette nouvelle adaptation de La Promesse de l’aube (Jules Dassin en avait signé une première en 1970 avec Melina Mercouri dans le rôle principal). J’avais signalé l’information à la fin de mon mémoire (en master 1) en 2015 en apprenant le projet. Je me situais dans une position pas toujours évidente en tant que spectatrice-lectrice. D’un côté, je devais découvrir le film comme une spectatrice lambda, sans prendre en compte de ce que je savais du texte d’origine et de l’auteur. De l’autre, je ne pouvais pas non plus ignorer mon expérience de lectrice-étudiante acharnée sur ce roman autobiographique pendant des mois. J’ai pu voir le film en avant-première en présence d’Eric Barbier ainsi que du très sympathique Pierre Niney. Les différentes réponses que le réalisateur a données, notamment à des fans et connaisseurs du roman et plus globalement de Romain Gary (qui avaient l’air sceptiques sur certains points) m’ont bien confirmé un petit souci d’interprétation du texte (ou en tout cas un refus de le mettre en scène). En effet, cette adaptation prend certainement un peu trop le roman au tout premier degré, tel qu’on le ferait étudier à des collégiens de 3e dans le cadre d’une séquence sur l’autobiographie. Par ailleurs, le long-métrage n’a pas pour simple ambition d’être uniquement une adaptation du texte de Gary : il exploite aussi le côté « biopic ». Vous allez me dire, Barbier adapte une autobiographie donc c’est logique qu’il y ait cette dimension biopic dans le long-métrage, les frontières entre les termes étant parfois floues. Mais le film aurait pu très bien exister sans ce côté-là non plus parfois très appuyé (notamment la fin). Bref, on ne va donc pas tourner autour du pot : oui, La Promesse de l’aube est une adaptation très classique, peut-être même un peu trop scolaire (et qu’on diffuse volontiers durant les cours de français, oui on a TOUS connu ça). La voix-off ne nous aide pas non plus à nous détacher de cette vision très académique. Oui, j’aurais également aimé qu’on prenne plus en compte la dimension plus profonde et, à mon avis, plus intéressante du texte de Gary. La mise en scène d’Eric Barbier n’est pas très inventive, loin de là. Elle reste tout de même adaptée par rapport à ce qu’on attend de ce type de grande production (qu’on ne voit pas tout le temps en France). Bref, Barbier remplit le cahier des charges mais ne parvient pas à aller au-delà.

La Promesse de l'aube : Photo Charlotte Gainsbourg, Pawel Puchalski

Cela dit, on ne peut pas non plus cracher sur tout. Si ce long-métrage filmé platement se veut parfois un peu larmoyant, on sera en revanche plus séduit par les scènes davantage « humoristiques ». On remarque également de beaux décors, une chouette reconstitution historique, des scènes de guerre certes pas spectaculaires mais soignées ou encore une photographie bien choisie. Dans l’ensemble, nous pouvons également dire que le film remplit son contrat de film grand public : le romanesque, l’action, « l’émotion », le sujet fort (les relations fortes et compliquées de Gary qui ne vit qu’à partir des rêves de sa mère possessives), il y a sur le papier beaucoup de choses qui peuvent plaire et qui fonctionnent un minimum  à l’écran. Les 2h10 passent également relativement vite, l’histoire restant tout de même assez prenante. Côté interprétation, je suis assez partagée. Je vais commencer par le gros point positif de la distribution : Charlotte Gainsbourg. Tout simplement phénoménale. Une de ses plus belles interprétations de sa carrière (dommage que ce soit pour un film moyen). Je ne voyais pas spécialement Gainsbourg incarner ce personnage (et pourtant, j’aime globalement bien cette actrice). Mais finalement, ce rôle à contre-emploi de sa personnalité lui va à merveille ! L’amour maternel profond et sincère, la sévérité ou encore la théâtralité dans le bon sens du terme (certainement le seul indice possible à détecter concernant la mythomanie présente dans le texte d’origine) sont ce qui définissent le personnage de Nina Kacew. Son interprétation aurait pu être très grossière, notamment avec ce travail sur l’accent (au passage, épatant). Mais Gainsbourg livre une composition bien plus pertinente et apporte à cette oeuvre assez académique une réelle émotion. Pierre Niney est également remarquable dans le rôle de Romain Gary, presque une évidence. Le jeune acteur franco-polonais Pawel Puchalski (interprétant Romain Gary enfant) est également impressionnant pour son jeune âge. En revanche, Nemo Schiffman (Gary adolescent) m’a moins convaincue mais il faut dire aussi qu’on ne le voit pas non plus des masses (et c’est finalement un peu la même chose pour Finnegan Oldfield). Surtout, on se demande ce que foutent Didier Bourdon et Jean-Pierre Darroussin, pratiquement des erreurs de casting. La Promesse de l’aube est une adaptation un peu trop sage du chef-d’oeuvre de Romain Gary : un peu trop convenu et manquant un peu de personnalité, le travail de Barbier reste tout de même propre et agréable.

La Promesse de l'aube : Photo Pierre Niney

Song to Song

réalisé par Terrence Malick

avec Rooney Mara, Michael Fassbender, Ryan Gosling, Natalie Portman, Cate Blanchett, Holly Hunter, Bérénice Marlohe, Val Kilmer, Lykke Li, Austin Amelio, Tom Sturridge, Iggy Pop, Patti Smith…

Drame, romance, musical américain. 2h08. 2017.

sortie française : 12 juillet 2017

Une histoire d’amour moderne, sur la scène musicale d’Austin au Texas, deux couples – d’un côté Faye et le chanteur BV, et de l’autre un magnat de l’industrie musicale et une serveuse – voient leurs destins et leurs amours se mêler, alors que chacun cherche le succès dans cet univers rock’n’roll fait de séduction et de trahison.

Song To Song : Photo Michael Fassbender, Rooney Mara, Ryan Gosling

Je connais encore mal la filmographie de Terrence Malick mais le peu de longs-métrages que j’ai pu voir de sa carrière m’avait clairement emballée. Cela dit, je ne m’étais pas encore attaquée à sa dernière « trilogie » (les deux premiers étant A la Merveille et Knights of Cup). Ce Song to Song (que j’ai rebaptisé de mon côté Baise to Baise – ceux qui l’ont vu comprendront) ne m’a pas du tout encouragée à regarder l’ensemble de cette trilogie. Certes, un certain talent de Malick, toujours aidé par une formidable équipe technique, est toujours détectable. La photographie (le triple oscarisé Emmanuel Lubezki est de la partie) est évidemment sensationnelle, sublimant autant les protagonistes que les décors. Mais cela va même au-delà d’une simple question esthétique. L’esthétique, qui se marie avec les choix de montage ou de narration, a pour but de faire sortir quelque chose, que ce soit pour les protagonistes ou les spectateurs, qui serait plutôt dans l’ordre de l’expérience, des sensations vertigineuses, du primitif ou encore l’exaltation des sens. Cela dit, j’ai beau comprendre la démarche du cinéaste, je n’y ai pas du tout adhéré (traduction : j’ai profondément détesté). Certains diront que nous sommes face à une oeuvre philo-existentialiste-poétique, pour ma part, j’étais tout simplement exaspérée ! Comment Malick peut-il autant se caricaturer ? Lui qui réalise des films si profonds, comment a-t-il pu réaliser une oeuvre aussi superficielle malgré toutes les bonnes intentions derrière ? Faisons un bref résumé de ce qu’on voit et entend à l’écran, qui peut déjà expliquer en partie mon exaspérations : des rockstars qui vivent dans le luxe, l’ennui, le malheur et le sexe (il n’y a pas plus cliché que ça), du sexe justement à tout bout de champ (avec des partouzes, des prostituées et tout le reste parce que vous comprenez : ce sont des rockstars) et le tout raconté sur une putain de voix-off insupportable comme dans les pubs Guerlain et co (du style « je chuchote des citations qu’on poste sur Facebook sur mon âme trop sombre »). Pire, le film s’étire sur plus de deux heures sur un montage fragmenté et sans réelle narration : ça donne encore plus l’impression de subir une interminable pub vaine, prétentieuse et superficielle. Le film en tant que sorte d’expérience a du mal à fonctionner à cause des personnages dont je me fous éperdument de leur sort de rockstars complètement pétées qui cherchent la plupart du temps leurs emmerdes. L’expérience ne fonctionne pas non plus car l’exercice de style atteint rapidement ses limites.

Song To Song : Photo Natalie Portman

Song to Song aurait pu me transporter, m’envoûter, m’embarquer dans un sentiment indescriptible. Mais, Malick est devenu prisonnier de cette esthétique qui fait désormais sa renommée. Certes, la narration se veut plus absente pour faire mieux ressortir les sensations exacerbées des personnages. Mais ce choix s’avère vite usant : les propos du réalisateur, s’enfonçant dans un délire métaphysique indigeste et lourdingue, paraissent vains. A l’image de ce montage, le film finit par tourner en rond. Je reviens aussi au rock : rarement je me suis autant foutue d’une bande-originale, elle m’est passée clairement au-dessus de la tête. Pire, Malick a le privilège d’avoir au casting de grands musiciens (Iggy Pop, Patti Smith…) mais on a l’impression qu’il ne sait pas comment caser ses nombreux potes. Du coup ils sont là mais on ne sait pas trop pourquoi. C’est pire qu’un caméo de Depardieu dans une mauvaise comédie française. Je n’ai même pas pu me réfugier du côté du casting, pourtant très beau sur le papier. Tout le monde fait des louanges sur Rooney Mara (dont la hype autour d’elle est en train de m’agacer – et pourtant j’aime paradoxalement beaucoup cette actrice). Alors oui, elle est talentueuse, oui elle est jolie : la caméra ne fait que la sublimer (et Malick est probablement amoureux d’elle – j’ai toujours du mal quand les réalisateurs filment une actrice comme s’il s’agissait de leur petite chose ou comme si elle était à tout prix au centre de toutes les attentions). Mais après, je n’ai pas du tout été gaga d’elle en la regardant jouer (ou plutôt minauder à voir basse en se roulant dans les rideaux parce que vous comprenez, son esprit est trop torturé). Il faut dire que je n’ai trouvé aucun personnage intéressant et les acteurs complètement à côté de la plaque. Ryan Gosling a l’air absent, Fassbender en fait des caisses dans le rôle du méchant gros dégueulasse de l’industrie musicale. Surtout, on a sans cesse l’impression que les femmes subissent les hommes et leurs sorts. Je n’ai jamais aimé Natalie Portman (donc déjà je dois prendre sur moi pour la supporter dans un rôle insupportable) et décidément les rôles de blondes cagoles (un peu comme l’horripilant My Blueberry Nights de Wong Kar-Wai) ne lui vont décidément pas du tout ! Et cette pauvre Cate Blanchett (dont le jeu n’est pas très bon pour une fois), on se demande presque ce qu’elle fout là dans cette galère !

Song To Song : Photo Rooney Mara

The Girlfriend Experience / Comment se faire larguer en dix leçons

The Girlfriend Experience

réalisé par Steven Soderbergh

avec Sasha Grey, Chris Santos, Philip Eytan…

Drame américain. 1h20. 2009.

sortie française : 8 juillet 2009

Movie Challenge 2017 : Un film qui a inspiré une série

Chelsea est call-girl de luxe à Manhattan. A ses clients, elle offre bien plus que de banales relations sexuelles : elle leur propose d’être pour eux la compagne d’un soir. C’est la « Girlfriend Experience »… Chelsea est convaincue de maîtriser sa vie. Son business marche bien, elle gagne 2000 dollars de l’heure et son petit ami accepte même sa manière de vivre. Mais quand on multiplie les rencontres, on ne sait jamais sur qui l’on va tomber…

Girlfriend Experience : Photo Sasha Grey

The Girlfriend Experience a bénéficié d’une sortie confidentielle. Pourtant, ce film a su attirer un petit public curieux. Surtout, une série anthologique s’est inspirée de ce long-métrage. J’ai toujours un peu d’appréhension avant de découvrir une oeuvre qui parle de sexe et de prostitution. Toujours peur qu’on tombe dans la pure vulgarité. Surtout avec la présence de Sasha Grey (ex-actrice porno) au casting. Petite précision qui pourra peut-être vous aider : j’ai regardé la version « alternative non censurée ». Ne vous fiez pas à ce titre « putaclic » : visiblement, il s’agit en fait d’un autre montage proposé par Soderbergh. Je ne sais pas à quel point ce montage est différent de la première version, mon avis se base donc sur cette deuxième version (même si je suis persuadée que mon appréciation ne serait pas si différente en regardant l’autre version). Je m’attendais à un film putassier : bonne nouvelle, il ne l’est pas. Soderbergh ne cherche pas à tomber dans le sensationnel. Son approche est pratiquement « documentaire » (notamment par les échanges entre Chelsea et le journaliste). Cela permet aux spectateurs d’entrer dans une autre partie de l’intimité de l’héroïne (intimité qui ne devient plus sexuelle mais psychologique). Le fait d’avoir choisi une actrice porno (Sasha Grey s’en sort finalement plutôt bien) est assez pertinent car nous pouvons également établir un lien entre l’industrie du porno et celui de la prostitution. Ainsi, le film est présenté à partir du point de vue de Chelsea. Aux yeux des spectateurs, elle n’est pas un objet sexuel mais bien une femme avec sa sensibilité, ses problèmes, ses peurs et ses doutes. On a envie de connaître la « vraie Chelsea ». De plus, Soderbergh ne montre jamais de scènes de sexe et ce n’est pas plus mal : le film évite de tomber dans le voyeurisme, ce qui aurait pu être contradictoire avec le propos sur lequel nous pouvons mieux nous concentrer. Ainsi, entre plusieurs entretiens avec ce journaliste, le film alterne les moments de vie privée de Chelsea avec son copain (ce dernier accepte son travail très tabou) et ses différents rendez-vous professionnels : elle ne doit pas seulement coucher avec ses clients, elle doit aussi faire comme si elle était leur petite amie (sortir avec eux au resto, les écouter se plaindre de leur boulot). La portée sociale du film est très appuyée, parfois même un peu trop : les différentes répliques tournant autour des problèmes économiques sont omniprésent même si on comprend bien le lien établi avec la probable situation économique de Chelsea. Au-delà de son propos parfois trop démonstratif, The Girlfriend Experience est surtout frustrant : ne dépassant à peine les 1h10, on ne peut pas s’empêcher de trouver le film inabouti alors qu’il a un énorme potentiel.

Girlfriend Experience : Photo Sasha Grey


Comment se faire larguer en dix leçons

réalisé par Donald Petrie

avec Kate Hudson, Matthew McConaughey, Adam Goldberg, Kathryn Hahn…

titre original : How to Lose a Guy in 10 Days

Comédie romantique américaine. 1h50. 2003.

sortie française : 11 juin 2003

Movie Challenge 2017 : Un film sorti l’année de mes 10 ans (2003)

Andie Anderson, une belle et talentueuse journaliste, est chargée par sa rédactrice en chef de livrer un compte-rendu personnel et documenté sur tout ce qui peut faire échouer une histoire d’amour. Andie dispose de dix jours pour faire la conquête d’un mâle, puis accumuler toutes les gaffes possibles qui le feront fuir dare-dare…
La journaliste jette alors son dévolu sur le fringant Benjamin Barry, un des publicitaires les plus en vue de l’agence Warren… sans se douter que celui-ci a fait le pari inverse : séduire Andie et la rendre, en dix jours, follement amoureuse de lui…

Comment se faire larguer en 10 leçons : Photo Kate Hudson, Matthew McConaughey

Avant d’obtenir un Oscar (pour Dallas Buyers Club) et de bâtir une filmographie plus intéressante, Matthew McConaughey ne jouait pas dans des chefs-d’oeuvre, loin de là. Il y a dix ans, n’oublions pas qui était notre cher Matthew : il était perçu comme un surfeur sans cerveau draguant tout ce qui bouge. Bref, pas étonnant qu’il ait fini dans la comédie romantique Comment se faire larguer en dix leçons (le titre faisant référence à l’article rédigé par le personnage féminin). A priori, le titre ne donne pas envie, la présence de Kate Hudson (actrice très moyenne à la filmographie très moyenne) n’aide pas non plus à s’intéresser à ce film qui a l’air de faire fuir. Cette comédie romantique a plutôt de mauvaises notes lorsqu’on fouille vite fait sur le Net. Pourtant, elle est plutôt plaisant et même parfois drôle. Je ne dis pas qu’elle a révolutionné son genre (et finalement peu de films parviennent réellement à renouveler le genre), loin de là. Mais elle n’est pas non plus épouvantable contrairement à ce qu’on pourrait croire. Soyons honnêtes, long-métrage déborde de clichés : les personnages sont tous beaux, gagnet visiblement bien leurs vies (elle est journaliste, il travaille dans la publicité), l’amie d’Andie est une niaise qui fait fuir les hommes etc… Mais justement, sans forcément dire que l’exécution est malicieuse (il s’agit d’une romcom très lambda), il me semble que ce film a parfaitement conscience que l’intrigue tourne autour de clichés justement. Si on ne s’extasie pas sur la mise en scène (en même temps, on n’en attendait pas tant), le scénario, pourtant prévisible, reste intéressant dans le sens où chaque personnage veut piéger l’autre. Si le film se situe dans une époque contemporaine, je n’ai pas pu m’empêcher à certaines comédies romantiques bien plus anciennes : je trouve qu’on retrouve cette vieille tradition qui donne un petit charme en plus. La première partie est à mon avis plus réussie par son aspect comédie rythmée que la seconde qui tombe plus dans la romance très attendue qui finit parfois par s’étirer. Si le final est prévisible avec un schéma ultra classique, il ne met pas non plus mal à l’aise, en s’étendant pas trop dans la mièvrerie. Le couple formé McConaughey et Kate Hudson fonctionne également bien. Il y a une réelle complicité entre ces deux acteurs qui sont sur la même longueur d’ondes (ils sont tous les deux beaux, grands, blonds et un poil superficiels). Bref, une romcom pas révolutionnaire mais qui sait remplir son rôle de chick film en connaissant visiblement ses limites.

Comment se faire larguer en 10 leçons : Photo Kate Hudson, Matthew McConaughey

Battle of the Sexes

réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris

avec Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough, Bill Pullman, Sarah Silverman, Alan Cumming, Elisabeth Shue, Austin Stowell, Natalie Morales, Eric Christian Olsen, Mickey Sumner, Jessica McNamee…

Biopic, comédie, comédie dramatique américaine, britannique. 2h. 2017.

sortie française : 22 novembre 2017

1972. La championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s’engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C’est alors que l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs, profondément misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l’affronter en match simple…

Battle of the Sexes : Photo Emma Stone, Steve Carell

Troisième long-métrage de Valerie Faris et Jonathan Dayton (réalisateurs du fantastique Little Miss Sunshine et de l’intéressant Elle s’appelle Ruby), Battle of the Sexes revient sur un fait historique qui a surtout marqué les Etats-Unis (d’après ce que j’ai compris, les Français ne s’en souviendraient pas ou même n’ont pas eu écho de cet événement). En 1973, Billie Jean King, star montante du tennis féminin affronte l’ancien numéro 1 Bobby Rings. 90 millions de téléspectateurs ont vu ce match qui ne se limitait pas à un affrontement sportif. Les réalisateurs parviennent alors à exposer les réels enjeux de ce match. Avant d’accepter de jouer ce match, Billie Jean King, à l’époque la joueuse la mieux payée, se battait déjà contre le sexisme dans le tennis. Elle réclamait notamment une égalité de salaires entre les joueurs et joueuses. Ce match représente alors le moyen de prouver que les femmes peuvent jouer aussi bien que les hommes. Il est certain que Faris et Dayton se concentrent davantage sur le personnage de Billie Jean que sur celui de Bobby Rings (le film démarre et se termine sur elle, et dans l’ensemble, elle est plus mis en avant – il faut dire que le chemin pour arriver à ce match passe certainement plus par elle), le traitement entre ces deux personnages est peut-être un poil inégalitaire (Rings paraît presque par moments un personnage secondaire vu le temps qu’on met à s’intéresser à ses motivations). On « sent » (enfin, disons que l’information en fin de générique ne surprend guère) que Billie Jean King et sa compagne de longue date ont été consultantes sur le tournage, pas uniquement par la précision des dates mais aussi par rapport à la place qu’a son personnage dans le récit. Cela dit, le sujet reste tout de même bien traité pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Battle of the Sexes n’oublie jamais qu’on parle d’une égalité entre les sexes et non d’une quelconque supériorité de la femme sur l’homme. Si on voit un peu moins Bobby Rings, il n’est pas non plus tant rabaissé que ça. Il n’est pas réellement le véritable « méchant » de l’histoire. Son machisme, à l’image de ce match, fait partie du show, du personnage qu’il incarne sur « scène ». Il ne veut pas tant que ça prouver une quelconque et soi-disant supériorité de l’homme. Il s’agit d’un homme d’une cinquantaine d’années qui se comporte surtout encore comme un gosse et surtout qui s’ennuie terriblement au boulot. Comment retrouver une vie normale quand on a vécu auparavant une existence qui ne l’était pas ? Rings veut avant tout se retrouver sa fierté sous les feux des projecteurs. Finalement, le véritable misogyne de l’histoire n’est pas toujours celui qui le clame le plus fort.

Battle of the Sexes : Photo Agnes Olech, Emma Stone, Natalie Morales, Sarah Silverman

Autre bon point (qui pourtant aurait pu en être un mauvais) : le rapport entre le match à portée féministe et la découverte de l’homosexualité de Billy Jean. La romance entre la sportive et sa coiffeuse aurait pu être hors sujet. Pourtant, elle trouve naturellement sa place. Le féminisme et le combat pour la cause LGBT sont en réalité si on se réfère de nouveau à l’histoire. Surtout, il y a une volonté de mettre en parallèle le mouvement politique et collectif et le combat intime de l’héroïne. Le parallèle en question ne paraît pas lourd. Il humanise même encore plus Billie Jean. Le sujet est donc bien traité sous un ton finalement assez léger, en y insérant beaucoup d’humour tout en n’oubliant jamais des enjeux derrière plus dramatiques. La mise en scène n’est peut-être pas hyper originale mais pourtant elle est plutôt bonne, entre son dynamisme et son approche parfois « documentaire » voire même télévisuelle (choix logique vu la médiatisation du match). Ce choix fonctionne d’autant plus face au fameux match tant attendu. On sait comment il s’est terminé (et on a envie de dire : heureusement qu’il s’est terminé de cette manière et pas que pour une question de féminisme, mais par rapport aussi aux âges des adversaires) mais pourtant les réalisateurs ont tout de même su créer ce suspense comme certainement à l’époque. De plus, la reconstitution des années 1970 est plutôt plaisante et l’ensemble est bien rythmé alors que le film dure deux bonnes heures. Le duel Emma Stone-Steve Carrel (les deux avaient déjà joué ensemble dans le remarquable Crazy, Stupid, Love de John Requa et Glenn Ficarra) fonctionne du tonnerre, entre la confrontation et une sorte d’affection et d’admiration non avouée. La presse a beaucoup parlé de Stone et Carrel (et en fait surtout de Stone) mais pourtant, le casting secondaire m’a également emballée. Je pense surtout à Bill Pullman, parfait en misogyne qui a l’air tout « propre » en apparence, à la formidable Sarah Silverman, soutien du groupe des joueuses au langage  et à la voix si identifiables, au délicat Alan Cumming ou encore à la toujours remarquable Andrea Riseborough. Battle of the Sexes ne marquera pas non plus tant que ça les esprits mais il a le mérite de remplir un grand nombre de ses objectifs, en étant un biopic au discours plus que jamais d’actualité, et s’intéressant à la fois à la portée collectif qu’aux parcours des individus.

Battle of the Sexes : Photo Eric Christian Olsen, Steve Carell

Le Musée des Merveilles

réalisé par Todd Haynes

avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore, Jaden Michael, Michelle Williams, Tom Noonan, Amy Hargreaves, Cory Michael Smith…

Drame américain. 1h57. 2017.

titre original : Wonderstruck

sortie française : 15 novembre 2017

Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Le Musée des merveilles : Photo Julianne Moore

Présenté au dernier festival de Cannes en compétition, Le Musée des Merveilles, reparti les mains vides, semblait avoir réjoui (et même ému) les festivaliers. Adapté du roman illustré Wonderstruck de Brian Selznick (auteur de l’excellent L’Invention d’Hugo Cabret, très bien adapté par Scorsese), également scénariste ici, Le Musée des Merveilles n’est pas le grand film émouvant tant vendu. Todd Haynes (Velvet GoldmineCarol, I’m not there) nous a habitués à tellement mieux auparavant. Sa collaboration avec Selznick ne produit pas autant d’étincelles que prévu. Certes, l’ensemble n’est pas mauvais, certains points sont heureusement plutôt intéressants. Le film est un poil long (surtout par rapport à ce qu’il raconte) mais il n’est pas non plus pénible à suivre (même s’il aurait pu être plus passionnant). Il aurait pu être plus désagréable à regarder par rapport à son montage, permettant d’alterner entre deux époques différentes : d’un côté, l’histoire de Rose dans les années 1920 en noir et blanc (et présentée comme dans un film muet de l’époque), de l’autre celle de Ben dans les années 1970. Le film est esthétiquement intéressant, dans le sens où plusieurs niveaux d’esthétiques sont justement proposées par l’alternance des époques mais sans qu’il n’y ait réellement un manque de cohérence entre les deux. Il faut dire que le film bénéficie de belles reconstitutions historiques ainsi qu’une jolie photographie. Une des dernières scènes (avec l’histoire de la maquette) est également rempli de trouvailles visuelles. Il y a également des parallèles établis pertinents, comme par exemple la fin du cinéma muet qui représente comme la fin du propre monde de la petite Rose ou encore le rôle de Space Oddity (même si, concernant l’utilisation de cette chanson, on en a fait un chouïa des caisses selon moi) qui semble marquer la fin du monde de Ben. De plus, une bonne partie du film fonctionne également grâce à l’excellente musique de Carter Buwell. Elle exprime bien les émotions des personnages et accompagne les différents déroulements de l’intrigue. Elle s’intègre en réalité comme partie intégrante du scénario. Et justement, alors que ceci fonctionne une bonne partie du film, le réalisateur se concentre durant la deuxième partie du film un peu plus sur l’histoire de Ben. Les dialogues reprennent le dessus… et ce n’est pas forcément une très bonne idée dans le sens où cela casse une certaine dynamique à peu près plaisante mise en place.

Le Musée des merveilles : Photo Jaden Michael, Oakes Fegley

Globalement, le scénario n’exploite pas si bien que ça tout le potentiel même de cette rencontre entre deux mondes. Paradoxalement, j’ai autant trouvé ce film assez « simpliste » que faussement laborieux : pour moi, le scénario propose un cheminement avec des obstacles et diverses révélations… sauf qu’il n’y a pas vraiment de surprises, on comprend vite le lien entre les personnages assez rapidement. Le traitement sur le rôle et la place du fameux Musée des Merveilleux est assez faiblard dans le sens où on s’en fiche relativement de cette histoire qui connecte tous les personnages. Cette accumulation de défauts nous empêche d’être totalement embarqués et convaincus par cette histoire qui se veut poétique et émouvante mais qui ne l’est jamais réellement. La petite Millicent Simmonds (réellement sourde dans la vie), qui s’en tire par ailleurs plus que bien, interprète un personnage plutôt attachant. En revanche, je ne pourrais pas dire autant de bien concernant Ben et Jamie. Je ne remets pas en question les interprétations correctes d’Oakes Fegley et de Jaden Michael mais plutôt la caractérisation et les réactions parfois d’une stupidité sans nom (au point de me prendre un sérieux fou rire). Par exemple, Ben (gamin avec un air hargneux – ça n’a pas arrangé mes affaires) décide de passer un coup de fil la nuit (???) un jour d’orage ???) et en devient sourd : tu as presque envie de lui dire « ET BAH BRAVO MON GRAND ! ». Ou alors il dit des trucs tellement évidents du genre « Je suis affamé » juste après avoir entendu gargouiller son ventre à des kilomètres ou « J’ai envie de dormir » après avoir bruyamment bâillé. Pire, son ami Jamie est juste un gros psychopathe/stalkeur (il le connaît depuis 2 heures et ça y est, « tu veux être mon ami ?? » et se met à le suivre partout avec son appareil photo !) et ça ne choque personne visiblement ! Certes, peut-être que je m’arrête sur des détails mais je vous assure qu’ils ont perturbé mon visionnage ! Je suis finalement plus convaincue par le casting côté adultes (même si on voit trop peu la charismatique Michelle Williams), surtout par Julianne Moore qui assure totalement dans ce double-rôle, surtout dans le deuxième où elle apporte un peu d’émotion à ce film qui en manque. Hélas, malgré parfois quelques bonnes idées parfois bien exécutées, Le Musée des Merveilles n’émerveille pas comme prévu. Un Todd Haynes mineur dans sa fabuleuse carrière.

Le Musée des merveilles : Photo Millicent Simmonds

Jalouse

réalisé par Stéphane et David Foenkinos

avec Karin Viard, Dara Tombroff, Anne Dorval, Thibault de Montalembert, Anaïs Demoustier, Bruno Todeschini, Marie-Julie Baup, Corentin Fila…

Comédie française. 1h46. 2017.

sortie française : 8 novembre 2017

Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage… Entre comédie grinçante et suspense psychologique, la bascule inattendue d’une femme.

Jalouse : Photo Karin Viard

Le premier long-métrage des frères Foenkinos, La Délicatesse, ne m’avait pas déplu mais ne m’a pas réellement marquée, presque m’avait laissée indifférente (tandis que le roman d’origine, écrit par David Foenkinos, est une jolie surprise). Je n’attendais évidemment pas leur nouvelle collaboration mais la bande-annonce a su attirer mon attention. Jalouse fait donc du bien dans le paysage actuel de la comédie française. Enfin, le terme « comédie » est à prendre avec des pincettes. Certes, le film est souvent drôle par les situations assez grinçantes et des répliques vachardes bien envoyées. Tout le monde se fait envoyer péter par Nathalie Pêcheux, femme « en transition » avant la ménopause : sa fille (une jolie danseuse), le petit ami de sa fille (un gentil garçon), sa meilleure amie (et sa fille), son ex-mari et sa jeune compagne ou encore son dernier crush. Pourtant, le long-métrage ne se contente pas d’aligner des gags qui fonctionnent souvent la plupart du temps. Il s’intitule Jalouse mais il aurait très bien pu être remplacé par Dépressive. Parce que finalement, il s’agit concrètement de l’histoire d’une femme dépressive qui souffre de sa situation parce que justement elle fait souffrir toutes les personnes auxquelles elle tient. Elle a conscience qu’elle fait du mal autour d’elle et pourtant c’est plus fort qu’elle : elle agit et parle mal. Nathalie Pêcheux n’aurait pu qu’être une garce de service capable de faire rire le spectateur. Les Foenkinos ne se limitent alors pas au genre comique : la partie davantage dramatique est bien plus intéressante que prévue. Ils ont compris tous les enjeux de la dépression et leur scénario a un schéma très structuré. Au départ, le film débute sur des faits assez « grossiers » dans le sens où ils donnent lieu aux situations comiques, le personnage principal a des réactions excessives. Petit à petit, en creusant sur les problèmes bien plus profonds et intérieurs de cette femme, le scénario parvient à cerner toutes les subtilités de ce personnage souffrant de dépression. En fait, il exploite au fur et à mesure des scènes ce qu’il y a derrière cette apparence de femme, on a accès de plus en plus à ses fissures. Je ne suis donc pas d’accord avec les critiques reprochant une fin convenue car pour moi ce n’est pas le cas, c’est plus un exemple même de réalisme (je vais tenter de rester « discrète » mais si on lit bien entre les lignes : oui je spoile un peu). La dépression n’est pas quelque chose qui se soigne du jour au lendemain. On peut en guérir mais ce processus prend du temps à aboutir. Et encore, peut-elle totalement disparaître ? La dépression est souvent une maladie qui peut revenir quand on en a déjà fait une. Pour moi, cette fin suggère plutôt cette piste. Oui, les choses peuvent s’arranger mais il va falloir du temps pour tout remettre en ordre (et les rapports entre les personnages sont aussi en cours de reconstruction).

Jalouse : Photo Karin Viard

La mise en scène n’est certes pas très « impressionnante » (mais rien de problématique non plus, surtout certainement par rapport à ce qu’on attend) mais cette écriture si forte, prenant en compte l’évolution (toujours crédible) du personnage principal tout comme ses relations avec son entourage sans caricaturer les personnes « jalousées », parvient à gommer cet éventuel défaut. De plus, si le film possède d’indéniables qualités concernant l’écriture, sans forcément affirmer qu’il s’agit de là d’un pur objet artistique cinématographique (on est d’accord de ce côté-là qu’il y a forcément mieux), il ne tombe pas non plus dans quelque chose de trop littéraire ni dans un résultat qui aurait pu être plat. Il s’agit bien d’un scénario original, Foenkinos ont bien su faire la différence entre scénario et littérature (c’était justement mon problème en regardant l’adaptation de La Délicatesse, la distinction entre les deux était pour moi trop floue). Karin Viard a toujours été une excellente actrice mais là je crois qu’elle livre une de ses meilleures interprétations de sa carrière. J’espère qu’on la verra parmi les nommés aux César ! Elle est à la fois terriblement attachante, énervante, hilarante et touchante, on a autant envie de la gifler que de la rassurer. Toutes les nuances de son personnage prennent également vie grâce à son interprétation. Dara Tombroff (véritable danseuse issue du Ballet de l’Opéra National de Bordeaux et désormais orientée vers le dessin d’après ce que j’ai compris : quel parcours !) s’en tire également bien, surtout pour un tout premier rôle au cinéma. Tous les seconds rôles sont également très bons, notamment Anne Dorval (impressionnant comme on n’entend pas son accent québécois !) et Marie-Julie Baup, toutes les deux des incarnations de la bonté (surtout la seconde, vraiment épatante) et surtout de l’envie de ne pas juger (le personnage de Demoustier – également remarquable – est également bienveillant même s’il est un peu plus dans une certaine « confrontation »). Et c’est peut-être pour ça que Jalouse est aussi un formidable film drôle et émouvant qui parvient à aller au-delà de la fine analyse sur une femme qui vacille : il ne juge pas son personnage principal et ne s’en moque pas non plus.

Jalouse : Photo Anne Dorval, Karin Viard