Dunkerque

réalisé par Christopher Nolan

avec Fionn Whitehead, Mark Rylance, Tom Hardy, Cillian Murphy, Kenneth Branagh, Harry Styles, Barry Keoghan, Aneurin Barnard, Jack Lowden, James d’Arcy…

titre original : Dunkirk

Guerre, historique, drame britannique, américain, français. 1h47. 2017.

sortie française : 19 juillet 2017

Au début de la Seconde Guerre Mondiale, en mai 1940, environ 400 000 soldats britanniques, canadiens, français et belges se retrouvent encerclés par les troupes allemandes dans la poche de Dunkerque. L’opération Dynamo est mise en place pour évacuer le Corps expéditionnaire britannique vers l’Angleterre.

L’histoire s’intéresse aux destins croisés des soldats, pilotes, marins et civils anglais durant l’opération Dynamo. Alors que le CEB est évacué par le port et les plages de Dunkerque, trois soldats, Tommy, Gibson et Alex, arrivent à embarquer sous les bombardements, avec un peu d’ingéniosité et de chance. Mais un autre périple les attend : la traversée du détroit du Pas de Calais. De l’autre côté de la Manche, Mr. Dawson, un propriétaire de bateau de plaisance, prépare avec son fils cadet, Peter, et un jeune garçon, George, la réquisition de son embarcation par la Royal Navy. Enfin, dans les cieux, trois pilotes britanniques, dont Collins et Farrier, sont en route pour Dunkerque, avec pour mission couvrir l’évacuation contre les chasseurs et bombardiers allemands, tout en surveillant leurs réserves de carburant. (source : Wikipedia)

Dunkerque : Photo Fionn Whitehead

Christopher Nolan (dont ses films peuvent autant m’énerver que me fasciner) est décidément un véritable touche-à-tout ne manquant pas d’ambition. Après le thriller, la science-fiction et le film de super-héros, le réalisateur britannique s’attaque au film de guerre, sur un épisode assez méconnu : celui de l’opération Dynamo. Nolan retrace à sa façon ses quelques jours (neuf même si le film ne nous le précise pas) insoutenables qui auraient pu tourner à la pure catastrophe. Bourré de références cinématographiques et littéraires (Kafka, Conrad) selon son réalisateur, et surtout principalement inspiré par Le Salaire de la Peur d’Henri-Georges Clouzot, Dunkerque n’est en tout cas pas le film de guerre le plus sanglant possible. L’image, très appuyée par une dominance de couleurs froides, a l’air plutôt propre par rapport à ce qu’on attend du genre. Si je comprends le reproche en question, cela n’empêche Dunkerque d’être violent à sa façon et d’être sans cesse sous tension via un rythme soutenu et une durée concise. Surtout, je ne pense pas que cela soit incompatible avec le projet global du film et les obsessions de Nolan présentes depuis le début de sa carrière. Certains ont certainement été déçus parce qu’ils s’attendaient à revoir certains codes du genre. Or, Nolan le dit clairement : s’il nous montre un épisode de guerre, son film n’est pas un pur film de guerre. Nolan a préféré se réapproprier ce genre pour l’amener vers autre chose et son univers. Le temps et l’espace sont deux motifs chers au réalisateur qu’il a su exploiter dans son nouveau long-métrage. Les deux seront alors étroitement liés dans la construction même d’une narration décousue. Ainsi, elle est divisée sur trois chronologies elles-mêmes nettement identifiées par des termes : « Une semaine », « Un jour » et « Une heure ». Et ces trois chronologies correspondent respectivement à des espaces identifiables (en tout cas au départ) : la terre, la mer et l’air. Et on peut même décliner ce trio avec les notions temporelles suivantes : le passé, le présent et le futur. Il ne s’agit pas à proprement parler de flashback ou de flashforward. En réalité, il s’agit plutôt d’une superposition de trois chronologies qui finissent par se rejoindre pour n’en former qu’une seule. Cette construction fonctionne comme une horloge (les « Tic tac » en fond sonore iraient dans ce sens) qui rappelle à quel point le temps est compté dans des situations d’urgence : la vie et la mort sont certainement les connecteurs essentiels du temps et de l’espace : relier Dunkerque à la science-fiction n’aurait rien d’irrationnel.

Dunkerque : Photo Fionn Whitehead

Tout ce procédé aurait pu être gratuit et superficiel, juste pour exposer du savoir-faire dans un exercice de style, il n’en est rien : au contraire, ce montage parfaitement maîtrisé prend sans cesse son sens au fur et à mesure des scènes. On pourra toujours dire que cette forme cache un scénario simple. Il est certain qu’il l’est et Nolan n’a jamais menti sur le minimalisme de son récit. Peut-être que cela n’excuse pas certains trous historiques mais ce choix reste tout de même cohérent par rapport à la proposition d’origine du réalisateur, tenté de tourner sans scénario pour mieux se concentrer sur le ressenti. Un choix risqué, qui aurait pu faire couler tout son film mais qui est finalement payant. Peut-être justement que son film ne s’effondre pas parce que ses trois unités de temps entremêlées construisent cette narration assez basique sur le papier. Au-delà de son efficacité, Nolan propose alors une oeuvre cohérente sur des hommes qui font une course contre la montre pour leur survie et celle des autres. Ces hommes en question (incarnés par une distribution charismatique de qualité, que ce soit par les plus reconnus ou les méconnus), que ce soit des soldats ou de simples civils, sont des silhouettes, des gens qui n’ont pratiquement pas de nom (ou quand ils en ont, on ne les retient pas – ils sont d’une simplicité), tous des sortes de soldats inconnus. Il est certain que ce manque de profondeur des personnages peut titiller voire même déranger. Pourtant, toujours grâce à l’intensité de l’expérience, le spectateur en immersion se sentira proche des personnages dans le sens où il aura le sentiment de l’accompagner dans sa douleur, ses doutes et ses peurs. Le vrai personnage principal de Dunkerque est la musique de Hans Zimmer. Elle est omniprésente mais n’est étonnamment pas si envahissante que ça (surtout quand on connait le travail de Zimmer par le passé), exprimant à elle-seule les sentiments et pensées des personnages, très peu bavards et dont on ne sait pas grand-chose sur eux. Dans l’ensemble, même si on pourra éventuellement discuter de certains points qui pourraient être problématiques mais qui contribuent paradoxalement à la force, Dunkerque réussit à ne pas être une simple démonstration technique et esthétique. En 1h47 (ce qui est reste relativement court non seulement pour un gros film actuel, mais aussi pour un film de guerre et surtout pour un Nolan), le réalisateur de The Dark Knight et Memento propose une oeuvre expérimentale et même physique forte en émotion qui mérite d’être vue et surtout vécue.

Dunkerque : Photo Tom Hardy

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28 réflexions au sujet de « Dunkerque »

  1. Contente que tu aies pu le voir ! Même si ce n’est pour moi pas le meilleur Nolan, il reste très très maitrisé, tu as raison, on est bien au-delà de l’exercice de style 😉
    Et puis, on a confirmation que Tom Hardy peut jouer uniquement avec ses yeux 😉 haha !

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  2. Toujours pas vu au cinéma mais j’attendrai qu’il sorte en dvd pour le visionner. Excellente chronique mais pour une raison que j’ignore, le film ne me tente pas plus que ça

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  3. Promo honnêtement nulle à chier pour un film qui aurait dû être promeut sur la mode de Cloud Atlas, film au profil similaire au lieu de faire dans le mystère inutile et contre-productif. Un blockbuster inventif, usant de trois points de vue bien mis en avant dès les premières minutes histoire de ne pas perdre le spectateur. Trois points de vue bien agencés et permettant à des « personnages de guerre » d’être un peu plus évoqués que d’habitude, que ce soit les aviateurs ou ces sauveurs de fortune. Bon casting. Zimmer tourne un peu en rond, ressortant de vieux thèmes sans nouveauté (Journey to the line utilisée pour La ligne rouge avec sa fameuse montre qui résonne). Son parfois incroyablement fort. Spectaculaire au premier abord, puis ça se tasse. Le récit en lui-même est intéressant et comme je l’ai déjà exprimé ailleurs, je ne comprends pas les avis parlant de lâcheté des soldats. Ce sont des gens qui essayent de survivre, je ne vois pas de lâcheté là dedans. De même, ces frenchies se plaisant à dire que les Français ne sont pas vraiment représentés dans le film. Ce film est une fiction, pas un documentaire.

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  4. Je suis d’accord avec tout ça ! 🙂 Ce film est magnifique, une vraie claque cinématographique, grâce a un Christopher Nolan en pleine forme ! ^^ Ça m’a définitivement réconcilié avec lui, après ma « petite » déception du film Interstellar ! J’ai déjà été le voir deux fois au ciné, tellement ce film m’a touché avec ses acteurs et personnages sublimes, sa bande-son époustouflante (en même temps, c’est du Hans Zimmer ! ^^) et son histoire forte et émotionnel qui a beaucoup touché notre pays pendant la Seconde Guerre Mondial (d’ailleurs, le seul bémol du film, serait peut-être que pour un film qui parle de Dunkerque, on voit pas tant que ça de Français !). A voir et à revoir sans aucun doute ! 🙂

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  5. Comme tu l’as très bien dit au début en réponse à ceux qui ne trouvent pas ce « film de guerre » assez sanglant, ce qui intéresse Nolan n’est pas tant de voir des hommes mourir au combat, mais de les suivre pendant le temps qu’il leur reste à vivre (tic-tac-tic-tac…)Ce qui me semble en réalité beaucoup plus intéressant (n’est pas monsieur Gibson). Par ailleurs, reprocher à ses personnages de manquer de profondeur alors qu’ils perdent pied pendant tout le film a quelque chose d’assez cocasse 😉

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  6. D’accord avec toi dans l’ensemble, Tina. Il y a bien « exercice de style », mais le film se tient bien. Sans esbroufe. Christopher Nolan ne m’a pas souvent autant convaincu.

    Je n’en ferai sûrement pas le film de l’année, mais je suis très content de l’avoir. En espérant que cela inspirera d’autres cinéastes habitués aux blockbusters.

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  7. @ borat8 :
    La promo ne m’a pas particulièrement dérangée…
    Je pense qu’il faut se remettre aussi dans le contexte par rapport à la lâcheté. Parce que nous, en tant que spectateurs du XXIe siècle, évidemment que ce n’est que de la survie. Mais en temps de guerre, ça peut se comprendre qu’ils aient vu ça comme de la lâcheté. Tout est une question de point de vue et de contexte.

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  8. @ Martin :
    Sur ça + 1. Je n’ai pas de reproches à lui faire, j’ai vraiment aimé le film, que je conseille, qui est ambitieux et audacieux. J’ai passé un moment de fou en salles. Mais – va savoir – je n’en ferai pas non plus le film de l’année et je n’arrive à m’expliquer pourquoi je ne lui accorde pas la note maximale.

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  9. Elle m’a dérangé car elle ne me donnait absolument pas envie. Quand mes amis de Metz m’ont demandé si je voulais le voir avec eux, j’ai dit oui car mes potes de Thionville ne voulaient pas le voir pour des raisons similaires des miennes. Certes la promo n’est pas représentative d’un film, mais quand elle ne te donne pas envie (et là c’est purement subjectif j’en conviens), il y a comme un problème. Surtout que comme je disais, Dunkerque a un schéma narratif similaire à Cloud Atlas qui lui a été promeut dès le départ comme un film sur différents temps qui s’entrechoquent. Ce n’est pas le cas de Dunkerque. Je pense que Warner a beaucoup misé sur le nom de Nolan, au risque de faire une promo très mystérieuse pour pas grand chose.
    Honnêtement même en me focalisant sur le point de vue de l’époque, je ne vois pas où est la lâcheté là dedans. Ce sont des gens qui veulent sauver leur peau par tous les moyens possibles, au risque de se faire liquider. Le français n’est pas plus lâche que le britannique dans le cas présent. C’est une question de survie et le vieil homme à la fin le fait clairement comprendre au personnage d’Harry Styles. Le combat était mort à ce moment précis, il n’y avait pas d’autres échappatoires que de partir ou de se faire tuer.

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  10. @ Borat :
    Ma foi, sans dire qu’elle m’a donnée envie (en nuançant : les bandes-annonces ne sont plus pour moi un argument pour me faire déplacer – et j’apprécie de plus en plus voir des films sans avoir vu de ba), elle n’avait rien de dérangeante, je trouve que tu chipotes là pour le coup. En attendant, le film cartonne sans se baser sur des stars justement, Warner a réussi son coup, tu ne peux pas dire le contraire.
    Bah écoute, je te dis des faits historiques pour le point de vue. Je crois que ca avait même un surnom du genre « la lâche victoire ».

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  11. Et c’est assez étonnant. Après si tu regarde plus attentivement, ses scores sont à l’image de pas mal de films de cet été. Aucun ne sort réellement du lot, ils font soit à peu près les mêmes chiffres, soit ils se plantent. Dunkerque fait ainsi largement moins bien qu’un Interstellar. Certes ce n’est pas le même genre et il est sorti à une autre saison. Mais comme je disais il fait des scores similaires à la plupart des films de cet été. Comme ils sortent tous coup sur coup, celui de la semaine d’avant se fait bouffer par celui d’après et ainsi de suite. Il n’y a pas vraiment de vainqueur cet été en dehors de Baby driver et Wonder woman. Ce dernier a été constant durant plus d’un mois et le premier a un budget moyen et malgré son classement plus dur que ceux de ses concurrents il marche assez pour être largement plus rentables que ses concurrents. Enfin c’est mon analyse en me basant sur les chiffres. 🙂
    C’est possible. Après ne l’oublions pas, cette guerre fut affreuse. La survie fut primordiale encore plus que sur la Grande guerre. Je comprends ce qui est arrivé à ces soldats, la peur de ne pas y survivre et de sauver sa peau coûte que coûte.

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  12. @ Borat :
    Je trouve pas ça si étonnant. Nolan a le mérite d’être un cinéaste connu et reconnu, qui a su allier cinéphiles et spectateurs plus lambda à la recherche de sensations. Donc pas étonnant que la promo se soit beaucoup basée sur ce nom. Après tu peux pas comparer avec Interstellar, les films de guerre attirent quand même moins en général y avait pratiquement pas de stars. Finalement il fait un très bon score.
    Pourquoi comparer à Wonder Woman ? Ca n’a pas de sens sans être méchante.
    Mais c’est plus que possible. Je ne suis pas une grande spécialiste d’histoire, loin de là, mais je remarque qu’on a tendance à observer et juger des faits par rapport à notre regard de 2017 et rarement sur le ressenti de l’époque.

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  13. Je compare car ce sont des blockbusters. Certes ce sont deux films incomparables mais c’est le seul qui a fait un réel carton cet été. Là où comme je le disais la plupart des films de cet été se sont cassés la gueule, car l’un sortait à la suite de l’autre, sans qu’un seul ne sorte réellement du lot. Même des potentiels cartons annoncés n’ont pas vraiment fonctionné, notamment des suites.

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  14. @ Borat :
    Oui mais je veux dire Wonder Woman part avec un avantage rien qu’avec son statut de film DC. Nolan n’a pas cet avantage-là, cet enthousiasme sur le papier. Juste un film de guerre avec des non-stars (en dehors de quelques unes et encore).

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  15. Oui et non. Le dernier film du DCVerse était Suicide squad qui a quand même était un succès fut mauvais. Sans compter les dix mille projets de DC qui ont tendance à souler les gens et les divers couacs. Donc Wonder Woman aurait pu avoir le contre-coup de Suicide squad. Ce qui n’est pas arrivé au final et c’est cool.
    Par contre Dunkerque se tient beaucoup mieux que je ne le pensais ces dernières semaines. Finalement c’est un sacré succès (plus de 500 millions de dollars, il n’en était qu’à 300 et quelques quand on en avait parlé) et tant mieux pour un film aussi particulier.

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  16. @ Borat :
    Honnêtement, malgré les critiques négatives envers SS, je n’avais aucun doute sur le succès de WW, les gens sont quand même très friands de ça (la preuve, j’ai envie de dire que c’est quand même la même chose avec Batman v Superman : s’il a bien ses défenseurs, il y a quand même un certain nombre de haters, certes pas aussi élevés que ceux de SS mais quand même !) – pour ne pas dire « moutons ».
    AH TU VOIS !!

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