The Office (UK)

Créée par Ricky Gervais et Stephen Merchant

avec Ricky Gervais, Martin Freeman, Mackenzie Crook, Lucy Davis…

Comédie. 2 saisons (+ hors saison). 2001-2003.

theoffice

La vie de bureau d’une petite entreprise de papeterie, dirigé par David Brent, « le pire patron du monde ». Un lieu propice au mauvais esprit, à la drague et à l’échec personnel….

Quand on parle de The Office, la plupart pense rapidement à la version américaine avec Steve Carell. Or, à l’origine, The Office était une série britannique créée par (et avec) l’excellent Ricky Gervais, parfois plus connu pour être le présentateur aux blagues coriaces et osées des Golden Globes. The Office, récompensé à de multiples reprises (notamment aux Golden et aux BAFTA) est composé de deux saisons, en sachant que chaque saison comporte six épisodes durant une petite vingtaine de minutes. Enfin, en guise d’épilogue sur le sort des personnages (même si un film sur David Brent est sorti récemment, David Brent : Life on the Road), deux épisodes l durant chacun 45 minutes ont été diffusés. J’ai toujours aimé les séries courtes, que ce soit en terme de durée d’épisodes ou en termes de saisons. Je pense qu’on peut dire beaucoup de choses sans s’étirer : Ricky Gervais et son compère Stephen Merchant prouvent de nouveau que ce défi reste largement possible. Au-delà de son humour très britannique et noir (on est clairement dans du politiquement incorrect et personne n’est épargnée), la série s’est fait connaître pour être un mockumentary : le spectateur est censé regarder un documentaire présentant la Wernham-Hogg Paper Company, une usine de fabrication de papier, à Slough. Et grâce à la mise en scène, au montage, aux mouvements de caméra, aux décors très réalistes, à l’image un poil pourrie et grisâtre, le spectateur pourrait vraiment se dire qu’il regarde un documentaire sur une entreprise : tout semble crédible et surtout être pensé dans les moindres détails (les petits regards échangés entre les personnages sont saisissants de vérité, les monologues condescendants et mensongers face caméra). David Brent pense être un bon patron, à la fois modèle, moderne et à l’écoute de ses employés (je dirais même « amis » avec ses employés qui se moquent bien de lui). Cela est faux : sous ses airs cool et sa bêtise consternante, Brent peut aussi être détestable voire même tyrannique (et son bras droit Gareth Keenan l’est encore plus !), raciste, misogyne et incompétent.

The Office a un humour particulier qui ne plaira pas à tout le monde : on n’entend pas derrière les rires des spectateurs, on ne cherche pas non plus à nous envoyer de la blague pour de la blague. La série est en réalité drôle par son réalisme virant souvent au sarcasme : les choses délirantes qui se déroulent ou prononcées ne sont justement pas si délirantes. Il y a donc un rapport troublant entre la fiction (parce que le spectateur sait qu’il est face à un objet crée) et la réalité (il y a retranscription d’une réalité que le spectateur côtoie quotidiennement). A partir de ce simple raisonnement, n’est-ce pas la réalité des spectateurs qui n’est pas absurde (et qui explique pourquoi Gervais et Merchant utilisent le faux-documentaire pour faire ressortir les pires traits du monde de l’entreprise) ? Ricky Gervais et Stephen Merchant portent un regard acerbe sur le monde de l’entreprise. Leur vision semble d’autant encore plus pertinente à l’heure de l’essor des start-up qui ont l’air bien sous tous rapports mais qui cachent pourtant bien leur jeu : en quelques années, The Office n’a pas vieilli, même si son grain d’image peut sembler un poil daté et pourra également rebuter les spectateurs trop habitués à des séries présentant une lumière absolument impeccable. J’ai une maigre expérience du monde de l’entreprise mais pourtant j’ai reconnu un certain nombre de situations en peu d’épisodes (et à mon avis, cette série sent le vécu) ! Les blagues en dessous de la ceinture pour embêter le voisin voire même le boss, les menaces de réformer le service (donc de virer des gens), les formations complètement inutiles qui tournent à la colonie mêlée à un mélange entre la séance de psy et celle pour les alcooliques anonymes (cet épisode en question, les activités pour soi-disant souder les équipes alors qu’elles sont plus débiles qu’autre chose, le boss (qu’on nommerait aussi de « petit chef à la con ») qui veut être aimé par tous mais qui profite aussi de son petit pouvoir pour écraser les gens, les amitiés (parfois ambiguës) au bureau pour se sortir d’une pénible routine, les frustrations de certains employés pour réaliser des rêves plus ambitieux mais qui ne parviennent pas à se lancer par sécurité de l’emploi.

David Brent est un personnage plus complexe qu’il en a l’air, son rôle n’étant jamais manichéen. Certes, sous ses airs bien sous tous rapports, il est bien raciste et misogyne : on ne trouve pas ses remarques déplacées drôles, c’est le malaise crée autour qui l’est. Mais Brent est étonnamment attachant, même si on n’excuse jamais ses mauvais comportements. Par ailleurs, on s’aperçoit qu’il n’est pas le pire parmi la hiérarchie de sa boîte : ceux qui sont au-dessus, qui lui demandent de la rentabilité à tout prix (et donc de virer aussi des gens) sont bien pires que lui qui ne prend pas de plaisir à appliquer ses règles (et s’enfonce parfois de nouveau dans des mensonges et des conneries monumentaux !). Il cherche finalement à combler sa frustration, soit en jouant les patrons faussement amis avec ses employés, soit au contraire en étant le salaud de service. Mais il est certain qu’il n’est pas heureux dans son emploi. Lorsque David révèle sa réelle passion, la musique, on est partagé entre le rire (ses chansons étant assez niaises) et la tendresse (cette passion rappelle la place de Brent en tant qu’humain et non en tant que mauvais patron). Finalement, cette série comporte une bonne part autobiographique (je le disais, ça sent le vécu) : Ricky Gervais (qui livre au passage une parfaite interprétation) a été manager dans un bureau et a également été chanteur / musicien (il a même sorti des CD !). Le reste de la distribution est formidable. Martin Freeman était déjà à l’époque un merveilleux comédien : il est toujours parfait dans le rôle du garçon intelligent (et suffisamment pour faire des crasser au terrible Gareth). Lucy Davis est convaincante dans le rôle de la douce et timide réceptionniste Dawn. La relation entre Lucy et Tim, tous les deux malheureux (elle en couple avec un gars pas fait pour elle, l’autre qui est passé à côté de sa vie professionnelle) est par ailleurs très touchante, prouvant aussi qu’un semblant d’humanité et d’espoir existe dans ce monde cruel. Enfin, Mackenzie Crook est irrésistible dans le rôle de Gareth Keenan, l’assistant de David Brent qui continue de se comporter comme à l’armée.

Publicités

3 réflexions au sujet de « The Office (UK) »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s