L’Amant Double

réalisé par François Ozon

avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Myriam Boyer, Jacqueline Bisset, Dominique Reymond…

Drame, thriller, érotique français. 1h47. 2017.

sortie française : 26 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Je vous conseille aussi de lire l’excellent billet de Suzy Bishop : je partage son point de vue de A à Z.

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Bon, il va y avoir une tonne de spoilers car à ce stade-là, je n’en ai plus rien à foutre : je suis extrêmement énervée contre Ozon que j’ai envie de surnommer « Le Bouffon ».  Je ne prétends pas avoir vu tous les films du monde, loin de là. Présenté en compétition à Cannes cette année, L’Amant Double (adaptation d’un court roman de Joyce Carol Oates) n’a rien remporté  si ce n’est la Palme du film le plus stupide de 2017. Et il fait certainement partie des films les plus stupides tout court que j’ai pu voir dans ma courte existence (enfin j’ai pratiquement un quart de siècle). Je n’avais rien contre Ozon auparavant, désormais je ne peux plus me le voir en peinture. Pourquoi suis-je allée voir L’Amant Double au cinoche ? Parce que je ne suis pas allée à Cannes pendant le festival (je n’ai jamais réalisé ce rêve – c’est sur ma Bucket List désormais) et que je voulais vivre mon moment à moi avec mes vêtements H&M dans ma petite salle de cinéma de province. François Ozon a déjà été au coeur d’une grosse polémique à la sortie du moyen Jeune et Jolie : la prostitution était selon lui un fantasme commun à de nombreuses femmes (je ne l’ai toujours pas digéré). Il ne comprend décidément rien aux femmes. Et dans l’Amour Double, il nous le confirme. Le personnage principal, Chloé, est une jeune femme très perturbée et fragile. La liste ? Elle tire toujours la gueule (tous les personnages tirent également cette même tronche pour nous montrer qu’on est dans un drame inquiétant et troublant), elle se fait couper les cheveux à la garçonne, elle a des cernes jusqu’aux pieds et se plaint de douloureux maux de ventre. Surtout, elle sort avec son psy (la déontologie, c’est pas son délire) puis couche avec le jumeau de ce dernier. Jusque-là, limite on pourrait se dire que ce n’est pas si terrible que ça, qu’il n’y a pas de quoi être scandalisé. Et je n’avais pas envie d’être scandalisée. On pourrait se dire (et c’est visiblement le but) que Chloé est à la recherche d’une sexualité (elle se libère quand elle est avec le méchant jumeau – son mec actuel ne la faisant pas jouir des masses). Sauf que les scènes avec le jumeau sont nauséabondes. Je vous fais un résumé vite fait de l’évolution de Chloé : Chloé est au début du film une femme au physique « masculin ». Elle rencontre le jumeau de son mec Paul, un certain Louis. Elle se retrouve donc dans sa belle chambre à côté de son cabinet. Il lui touche le sexe alors qu’elle ne veut pas (et lui dit), il continue, elle se débat puis… prend du plaisir. Elle revient alors les jours suivants, elle ose même porter des jupes.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Problème majeur : L’Amant Double ne condamne jamais cette agression sexuelle, que dis-je, même viol. Chloé est d’ailleurs sans cesse « violée » (oui, oui, j’ai conscience du terme que j’utilise) par le regard du réalisateur. Il n’y a qu’à voir ces deux scènes « choc » : une des premières scènes est une transition entre l’oeil de l’héroïne et son clitoris (rien que là, je me suis dit que ça n’allait pas le faire). L’autre qui « marque » est un autre type de transition : entre la bouche de Chloé et de nouveau son clitoris (via un plan au fond de sa gorge et de son corps). Même si j’ai du mal avec les scènes de viol (comme tout être humain – enfin je crois), je ne condamne pas les films pour ça du moment que le propos est clair de la part du réalisateur. Mais là la vision d’Ozon est plus que douteuse (et je reste gentille). Je ne vois pas où il remet en question les actes du personnage. J’ai l’impression que cet aspect abject est justifiable pour une soi-disant tension érotique. Tu sens limite le réalisateur te donner des leçons « nooon mais t’as pas compris, en fait, mon film est super complexe, t’as compris que dalle, tu vois le mal partout ». Justement, j’enchaîne avec ça : il n’y a d’ailleurs aucune tension sexuelle. Il y a beau y avoir un sacré nombre de scènes de cul (et de viol dans le lot), qu’elles appartiennent à la réalité ou au fantasme (voire même au cauchemar), on ne ressent rien si ce n’est du malaise, du glauque mais j’ai envie de dire dans le mauvais sens du terme. Le malaise, c’est bien d’en ressentir mais encore une fois quand les intentions sont clarifiées par le réalisateur. Au-delà du sexisme omniprésent et de la dangerosité véhiculée (je ne sais même pas si Ozon en a conscience), L’Amant Double est juste pour moi raté cinématographiquement. Certes, je serais de mauvaise foi concernant la mise en scène et l’esthétique : de ce côté-là, c’est très soigné et même réfléchi. Il y a évidemment un soin accordé aux miroirs, à la symétrie, au dédoublement (voire même à bien plus), aux décors en général, à la photographie. Mais à cause d’un scénario complètement débile, même certains de ses effets et toutes ces quelques éventuelles bonnes choses mises en place sont tout simplement cassés. Tout devient d’une grossièreté consternante. Je me suis même surprise à rire durant la séance, je me suis même carrément tapée un fou rire en sortant de la salle (juste pour évacuer tout ce que j’avais vu auparavant). Non, le film d’Ozon n’est pas le fameux thriller (pardon frileuuur) érotico-mystérico-gore–troublant-bizarroïde-de-mes-couilles vendu. Tu as juste l’impression d’assister à une parodie du cinéma français d’auteur mixée à une parodie des films de De Palma.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Tous les pires clichés qu’on a en tête concernant les jumeaux y sont. Les personnages boivent tous les soirs, quoiqu’il arrive, du vin voire même du champagne (comme si on faisait tous ça tous les jours, ça se saurait). Qu’on ne me sorte pas non plus qu’il y a de la psychologie dans ce film : il y a limite plus de psychologie dans un épisode des Anges de la téléréalité ! On ne croit en rien dans ce film : ni à l’histoire d’amour entre Chloé et Paul, ni à l’histoire toxique entre Chloé et Louis, ni aux termes psychologiques utilisés par Paul, soi-disant un excellent psy (il raconte des banalités, pas besoin d’être psy pour dire de la merde pareille). Le pire ? La fameuse fin. J’appelle ça l’effet Dallas, un nom gentil pour éviter de dire que ça s’appelle clairement du foutage de gueule en puissance. Les fins du style « c’est tout dans sa tête », ça peut être très chouette. J’aime plein de films qui reprennent ce schéma. Mais il faut que ça soit bien foutu, qu’il y ait de la cohérence et aussi un minimum d’explications. Là on nous balance le fameux « touist » sauf qu’on se demande si ça tient debout. Si c’est dans sa tête, que foutait Chloé durant ses journées (déjà qu’elle n’en fout pas une) ? Comment ça se fait que les meilleurs toubibs que Chloé a consultés soient passés à côté de son cas médical ? Dois-je également revenir sur le tout dernier plan avec le double de Chloé qui fait péter la glace : quelle métaphore de la mort, Chloé s’est donc libérée, elle peut baiser avec Paul. Le pire, c’est que des métaphores aussi grossières que celle-ci, il y en a tout le long du film ! Dois-je vraiment revenir sur le rôle lourdingue du chat ? Encore une fois, ça se croit malin et fin psychologue, on croit rêver ! Pour rendre son film soi-disant intelligent, Ozon multiplie les pistes et les thèmes : le rapport entre l’esprit et le corps, connaître l’autre en passant par la connaissance de soi, le renversement des rôles, les différents aspects de notre personnalité (et de la sexualité) et on pourrait continuer encore longtemps. Mais les exploite-t-il vraiment non ? Pour moi, non, ils sont traités superficiellement. Au passage, je me demande toujours l’utilité de la voisine dans le scénario. L’Amant Double est un film interminable (j’ai cru qu’il durait plus de deux heures, c’était l’enfer) et minable, souvent involontairement drôle et même pas sauvé par son couple (ou trouple ?) d’acteurs qui fait de son mieux en interprétant des personnages dont on n’a finalement pas envie de se préoccuper. Il confond beaucoup de notions, notamment une qui me paraît essentielle : sexe brutal avec consentement et viol/agression sexuelle. Bref, beaucoup de queues, mais la tête, c’est pas encore ça…

L'Amant Double : Photo Marine Vacth

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27 réflexions au sujet de « L’Amant Double »

  1. Quoi ? Tu ne bois pas du champagne tous les jours toi comme au cinéma ?? 😉 Je m’attendais un peu à ce que tu évoques pour ce film… A vrai dire j’ai beaucoup de mal avec le cinéma d’Ozon. Je passe donc mon tour vu ton avis et surtout les arguments que tu développes. Merci de me faire économiser une place de ciné 😉 Je vais retourner voir Fire Walk with me plutôt ^^

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  2. Waouh ! Ben ça donne pas envie ! J’aime beaucoup Ozon d’habitude, mais j’ai détesté certains films, je l’avoue ; des films que j’ai trouvés débiles, pas réalistes, incompréhensibles. J’ai par exemple détesté Jeune et jolie justement, racoleur et sans aucune justification. « C’est ça, le truc ! » qu’il dit : il veut filmer l’improbable « sans juger ». Ben oui mon gars, mais faut un minimum d’explications psychologiques sinon on n’en a rien à foutre des affres de tes personnages ! Quand j’ai lu les premiers articles sur L’amant double, ça m’a fait peur ; ça me laissait penser… exactement ce que tu racontes dans ton (excellent) billet. Par contre, ces trucs de viol, de sexe, c’est bizarre en effet… misogyne ? Il est homosexuel, généralement les homos adorent les femmes et se sentent bien avec elles, tous ceux que j’ai connus étaient adorables. Bon, ben, le Ozon, c’est peut-être un sale bonhomme, va savoir. Affaire à suivre !

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  3. Je ne suis pas allée voir Jeune et jolie et je ne verrai pas non plus cet Amant double, tout aussi douteux. Encore un type qui nous déverse ses fantasmes nauséeux sur les femmes, on est en droit d’apprécier comme de détester ça. Pour ma part, ça n’a aucun intérêt mais j’ai bien du mal à comprendre qu’on puise cautionner ce genre de truc. Au nom de l’art ? Je me marre, là. Vraiment.

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  4. Je me suis arrêtée au début de l’article où tu préviens des spoilers et du fait que c’est le plus mauvais film que tu ais vu. Je vais le voir ce soir, car si parfois j’ai moins aimé, j’ai été admirative de plusieurs de ses films. Je reviendrai donc lire après pour confronter ac mon ressenti !

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  5. Bonjour Tina, pour un film que tu as détesté, tu en dis long. Je suis moins sévère que toi mais je suis restée assez indifférente à l’histoire. Bonne après-midi.

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  6. Pas vu le film, mais, déjà, rien que la bande annonce, on dirait un téléfilm comme ceux que C8 diffuse le samedi après midi, manque plus qu’a changer le titre et mettre un truc du genre : « trompée par son compagnon » et le tour est joué. En plus, Ozon qui insiste en interview sur le fait d’avoir bien fait un film « de genre », vu ta chronique, je rigole.

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  7. Attention SPOIL
    Bon je l’ai vu et je comprends ton point de vue.Il a voulu en faire trop. En revanche j’ai bien aimé les deux premiers tiers ( sans doute m’attendais-je à pire), en revanche cette fin … mais cette POURQUOI CETTE FIN ? C’est dans sa tête, et elle un énorme fœtus de sœur jumelle que personne n’a jamais détecté ? Non, là c’était trop incohérent pour passer outre …
    Et la toute dernière scène. C’est DOUBEUL NO WAY ! En plus j’ai sursauté, elle m’a fait flippé en tapant sur la vitre.
    Non, là c’était trop incohérent pour passer outre …

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  8. Un tel emballement sur le rapport au sexe me rappelle un peu « Elle » et le postulat illustré par Verhoeven l’an passé.
    Comme tu le sais, je ne suis pas subjugué par ce film comme j’ai pu l’être par d’autres de ce cinéaste que je place malgré tout parmi les plus talentueux de notre production nationale. Néanmoins, tous ces artifices et ces citations auront le mérite de faire réagir, plutôt en mal c’est vrai, quitte à se mettre une bonne partie du public à dos alors que « Frantz » avait su séduire les plus récalcitrants à son égard (comme après « 8 femmes » il avait fait « swimming pool » plus diversement apprécié). Il va sans dire que ce cher Ozon a l’art de nous retirer le fauteuil sous les fesses au moment où on s’installe devant son film. la chute est brutale, parfois douloureuse, pas très finaude sans doute, et elle peut même déclencher un rire nerveux (j’en ai entendu dans la salle). C’est peut-être un peu puéril dans la démarche mais pour moi, ça vaut mieux qu’un produit insipide à la « 50 nuances » qui veut se donner un genre.

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  9. @ GirlyMamie :
    Jeune et Jolie m’a partagée. Disons que je trouvais qu’il se laissait au moins regarder mais effectivement c’était quand même pas mal racoleur et un peu vide…
    Je me demande justement s’il ne se cache pas derrière son homosexualité revendiquée pour clamer des trucs horribles sur les femmes…

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  10. @ auroreinparis :
    J’ai finalement lu ton billet, je vois qu’il y a effectivement quelques points qui t’ont gênée (même si tu sembles plus emballée !). La fiiiiin, on est d’accord, ça ne tient PAS DEBOUT ! (ahahah la glace, mais çaaaaa, sérieusement !!! 😮 😮 ).

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  11. @ titi70 :
    Esthétiquement, heureusement c’est plus soigné qu’un téléfilm de C8. Mais effectivement le fond… (et encore c’est pas gentil pour certains téléfilms meilleurs que ce truc prétentieux).

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  12. @ princecranoir :
    Je trouve quand même Elle plus honnête dans sa démarche – même si encore une fois je ne comprends pas les réactions du personnage principal qu’on justifie par ce pseudo prétexte de la psychologie complexe.
    Justement, comme on le disait avec Suzy, justement on compare ce film avec 50 nuances mais on va toujours défendre Ozon parce qu’il fait du cinéma d’auteur alors que ce qu’il propose est autant douteux et dangereux.

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  13. Tu as mille fois raison mais on est bien en train de parler de cinéma, donc d’un art qui peut ou doit faire montre de qualités qui s’avèrent variablement estimables d’un film à l’autre. Il va sans dire qu’il y a un metteur en scène talentueux derrière « L’amant double » quand il me semble n’y avoir qu’un tâcheron de base (peut-être corseté par le diktat d’une production qui entend bien exploiter le filon jusqu’au dernier dollar) qui vend sa came insipide du coté amerloque. J’imagine de toute façon que ces deux films ne s’adressent pas à même public.
    Que « l’amant double » paraisse douteux, je veux bien le comprendre. Par contre, pourquoi dangereux ?

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  14. @ Princecranoir :
    Encore heureux que ces deux films ne s’adressent pas au même public. Mais c’est bien ce que je dis : on sauve L’amant double uniquement parce qu’Ozon a le mérite de savoir filmer. Mais son fond reste douteux (je reviens donc ici à l’idéologie nauséabonde qu’il a des femmes, en particulier dans ce film, viol jamais condamné ou remis en question).

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  15. Je n’ai pas encore fait la connaissance de cet Amant Double mais il traîne dérrière lui une sacrée réputation – celui effectivement d’un thriller épais et risible. Ce qui ne m’invite pas à partir à sa rencontre.

    Pour revenir sur ton paragraphe consacré au « viol » inaugural, est-il possible que cette héroïne soit secrètement animée par le désir de se faire violer ? Ou tout du moins, est-il possible qu’elle feigne le refus pour mieux se laisser pénétrer par son fantasme ? Dans ce cas, est-il vraiment nécessaire pour le cinéaste de condamner moralement cet acte, Ozon affirmant ne pas vouloir juger ses personnages et leurs désirs ?

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  16. @2flicsamiami :

    Si ça se trouve, tu vas aimer, j’en sais rien. Le mieux est que tu le vois un de ces quatre, si ça se trouve ça t »intéressera ! 🙂

    Il est certain que l’héroïne est attirée par une forme de violence, mais de là à dire qu’elle rêve de se faire violer (vu que c’est le gros trip d’Ozon) c’est quand même différent. Et dans le film, par contre, il est certain qu’elle dit non quand il commence à la violer.

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