Mademoiselle (2016)

réalisé par Park Chan-Wook

avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Ha Jung-Woo, Cho Jin-Woong…

titre original : Agassi

Drame, romance, thriller coréen. 2h30. 2016.

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film LGBT

Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Mademoiselle : Photo Kim Tae-Ri

J’avais regretté d’avoir raté en salles le dernier long-métrage de Park Chan-Wook, Mademoiselle, présenté l’an dernier au festival de Cannes en compétition. Il s’agit d’un de mes réalisateurs préférés tout simplement. Il s’agit de l’adaptation du roman de Sarah Waters, Du bout des doigts (Fingersmith), publié en 2002. L’action du roman se situe dans l’Angleterre victorienne. Park Chan-Wook a transposé l’histoire dans la Corée des années 1930 pendant la colonisation japonaise. Mademoiselle est alors découpé très clairement en trois parties. Ces parties en question ont pour but de montrer à chaque fois un point de vue différent à partir de scènes qu’on a déjà vu (un procédé toujours intéressant même s’il n’a rien d’inédit). A noter qu’en terme de répartition de temps, les parties ne sont pas forcément très équilibrées (la dernière est plus courte et expéditive que les deux premières). Je ne crierais pas au chef-d’oeuvre comme j’ai pu le lire (pour moi Park Chan-Wook a fait mieux) mais il s’agit tout de même d’un très bon long-métrage qui mérite le coup d’oeil. La durée (2h30) me faisait peur et ne m’a pas aidée à devoir débloquer du temps pour aller le voir au cinéma. J’ai beau aimer Park Chan-Wook, j’avais trouvé son intéressant Thirst mais trop long (je le compare à celui-ci puisqu’il dure également 2h30). Evidemment, face à un film de 2h30, on se demande toujours si cette durée était toujours justifiée. Cela dit, contrairement à Thirst, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Tout semble couler de source et l’enchaînement des différentes parties se fait naturellement. Il faut dire que la mise en scène de Park Chan-Wook est, comme toujours, virtuose. L’histoire, qui mêle érotisme, passion et escroquerie (la recette qui tue) en elle-même est plutôt captivante. On rentre rapidement dans le coeur de l’intrigue, on nous présente d’emblée les personnages et leur rôle (a priori). Le film séduit également par son esthétisme soigné, élégant et transpirant la sensualité, thème au coeur même de l’oeuvre. Les décors, les costumes et la photographie se complètent merveilleusement bien dans cette entreprise visuelle. En y réfléchissant, Park Chan-Wook a touché des genres différents. Pourtant, sur le papier (j’ai des préjugés, c’est bien connu), avant de me lancer, j’avais du mal à l’imaginer dans un film avec un contexte et décor historique. Mais il s’en sort à merveille dans ce registre. Cela dit, comme je vous le disais, il ne s’agit pas pour moi d’un coup de coeur. Je ne sais pas si cela vient du film ou si c’est parce que je connais justement trop la filmographie de Park Chan-Wook mais j’ai rencontré un certain problème (même si encore une fois cela ne m’a pas non plus gâché mon visionnage mais je suis « obligée » de prendre en compte ce point).

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri

Le film m’a alors bien captivée sans aucun doute, en revanche il ne m’a pas non plus surprise alors qu’il est construit à partir de révélations, le but étant alors à l’origine de manipuler également les spectateurs, comme le sont les personnages. Je ne vais pas m’inventer une vie en prétendant avoir deviner tout le film mais j’avais effectivement compris le rôle de certaines scènes. Par exemple (pour ne citer que celui-ci), j’avais compris que les traces de sang sur le lit étaient issues d’une mise en scène et ne correspondaient pas à ce que le spectateur et Sookee peuvent s’imaginer. Mais au-delà de la remarque un peu simpliste de « ooohhh j’ai trouvé le comment du pourquoi, je suis trop forte, blablabla », les scènes s’enchaînent sans que je puisse avoir les réactions appropriées ou attendues. J’aurais voulu être sur le cul et avoir les yeux écarquillées à chaque révélation ou chaque nouveau point de vue. Le film est peut-être limite trop fluide et logique. Je tenais aussi à m’exprimer sur les scènes de sexe qui ont tout de même leur importance. Elles ont pour moi leur place dans le film puisque l’histoire tourne autour du désir, de la passion et de la naissance des sentiments entre deux personnages qui n’auraient rien à faire a priori ensemble (différences de sexe, pays, origine sociale et manipulations l’une envers l’autre). Cela dit, même si je comprends tout à fait la démarche du réalisateur de nous remontrer la scène d’un autre angle, comme il a pu le faire sur d’autres scène (le premier montre l’apprentissage de ce désir, le second plutôt l’explosion et la spontanéité des relations charnelles), je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une part de surenchère. Les scènes ne sont pas pourtant choquantes (nous ne sommes pas dans La Vie d’Adèle non plus), pas non plus vulgaires, on est dans quelque chose d’érotique et de sensuel. Mais comme dans Thirst (oui, on en revient toujours à lui), je me suis posée cette question concernant cette limite et généralement (en ne prenant pas systématiquement ce genre de scènes) Park Chan-Wook est un réalisateur qui tombe parfois dans certains excès. Et j’ai trouvé parfois qu’on n’en était pas si loin (mais après ça n’engage que moi) en étirant justement ces scènes en question – cela ne me semblait pas utile pour comprendre les réactions des personnages. Cela dit, ça reste pour moi un petit bémol qui ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. Au-delà de ses nombreuses qualités, aussi bien narratives que techniques (même pour ces fameuses scènes de sexe), Mademoiselle bénéficie d’un excellent casting.

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee

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26 réflexions au sujet de « Mademoiselle (2016) »

  1. Je crois que comme c’est une adaptation, du coup le réalisateur a moins de marges de manoeuvre.. Du coup, on n’est pas vraiment surpris. Le film remplit son contrat mais ne restera pas vraiment dans les mémoires. On est bien loin du film coup de poing : OLD BOY !!
    PS : Bientôt Twin Peaksssss ^^

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  2. « Je ne vais pas m’inventer une vie en prétendant avoir deviner tout le film  »
    Mais au contraire ! Il faut inventer sa vie, la prendre à bras le corps et foncer tête baissée vers ses envies… 🙂
    Comme souvent, ton texte me fait perdre les pédales, un lâcher prise ma foi nécessaire face à ce film qui est avant tout une très belle pièce de cinéma. Décors, lumières, acteurs, tout ça a incontestablement une gueule d’atmosphère. Mais n’est-ce pas tant pour ça qu’on aime (ou qu’on déteste) Park ? Après tout, ses films précédents n’étaient pas franchement des parangons de sobriété 😉

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  3. @ Yuko :
    Peut-être qu’effectivement le fait que ce soit une adaptation peut expliquer certains faits. Et on est d’accord : c’est un bon film mais pour moi ça n’a pas le niveau d’un OldBoy, Jsa ou Sympathy for mr Vengeance 🙂
    Ouiiiiiii !!! TWIN PEAKS je t’attends !!!! 😀

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  4. @ Princecranoir :
    Inventer sa vie, okkkkk mais après il ne faut pas non plus être une grosse mytho !! :p
    Et dis-toi que j’écris mes textes entièrement sobres ! :p
    Attention, je ne lui reproche pas de manquer de sobriété, c’est ça qui fait le charme des films de Park Chan-Wook, nous sommes bien d’accord !

    Aimé par 1 personne

  5. Oh la la… J’ai l’impression que tu ne sais plus trop où tu en es à propos de ce film:-) et je n’ai pas le souvenir que tu aies l’habitude de tant tergiverser.
    Bon. Moi je me souviens que j’ai eu du mal à entrer.
    Magnifique image et alors ?
    Je ne savais pas oû M. Park voulait en venir. Des lors que la machination est en place c’est fascinant.
    Et moi qui ne suis pas fan des scènes de sexe, ratées 9 fois sur 10… Je les ai trouvées TRÈS réussies.
    Et les deux filles sont des splendeurs. Et je n’oublie pas comment Sookee aide Hideko à franchir un mur…

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  6. Probablement le film le plus sensuel que j’ai vu. Et aussi le meilleur film de son réalisateur à mon sens. On retrouve des éléments issus de sa trilogie de la vengeance avec des héroïnes fortement imposantes et des hommes qui ne sont pas au bout de leurs peines. Puis la réalisation est monumentale et Park Chan Wook joue parfaitement sur les détails.

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  7. @ Ornelune :
    Visiblement, selon un dico asiatique, ça signifie « jeune fille » ! 🙂 (et non, c’est pas un petit clin d’oeil à Andre ! 😀 ).

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  8. Honnêtement c’est probablement la première fois où je vois ce type de scènes comme réellement sensuelles. Souvent ce n’est qu’érotique et coquin, voire pornographique. En comparaison celles de Love sont bien moins sensuelles que celles de Mademoiselle. Probablement parce que c’est un point émotionnel du film et que les deux héroïnes semblent ressentir un amour à la fois platonique et charnel.

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  9. J’aime bien ce réalisateur mais je ne sais pas pourquoi, ce film me fait un peu peur. J’ai l’impression que je vais m’ennuyer devant. Ceci dit, je suis curieux par nature donc je sais que je finirais par le découvrir 😉

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  10. A cause des scènes de sexe! Les scènes de sexe dans Love ont bien moins de sensualité que celles de Mademoiselle. Au final dans la scène centrale, on ressent plus de l’amour entre les deux filles, pas forcément venant du garçon. L’amour entre le garçon et sa première amante était plus fusionnel, d’où la relation de couple plus compliquée quand ça dégénère. Alors qu’avec la blonde, il reste là car il a des responsabilités, mais il ne l’aime pas.
    Dans Mademoiselle, on sent quand même chez les hommes une certaine attirance pour les femmes et c’est aussi pour cela qu’ils sont piégés petit à petit. Alors que la relation entre les femmes est non seulement charnelle mais surtout amoureuse. Elles sont toutes les deux attirées l’une vers l’autre, ce qui rend les scènes de sexe plus… romantiques.

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  11. @ Borat :
    Bon à ce moment-là on peut comparer Mademoiselle à toute une liste de films. Pour moi, désolée mais cette comparaison n’a pas de sens. Les films n’ont pas la même démarche. Dans Love, pour moi c’est pas de la passion entre les deux filles mais pas du tout, on est dans le sexe, la curiosité, l’expérience au pire. Mademoiselle, c’est clairement de la passion et au-delà.

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  12. Je ne parle que des scènes de sexe pas d’autres choses. Dans Love il peut y avoir un minimum de sensualité, mais c’est très rare. Ce n’est pas le cas de Mademoiselle. La passion est omniprésente des relations entre les deux filles.

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  13. @ Borat :
    J’avais compris. Et pour moi ca n’a rien à voir. Même dans la passion entre les deux filles. Ou alors on n’a pas la même définition de passion.

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  14. Mais c’est ce que je dis! 😀 Tiens je viens d’y repenser ça m’a fait penser à la scène de nue de Ne vous retournez pas. Il y a une passion dévorante entre le mari et sa femme qui finissent par se retrouver dans le chagrin.

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  15. Je te le conseille vivement. Un brin compliqué dans sa structure mais une fois que tu vois où le film veut en venir, il n’y a aucun problème. Vu deux fois (dont une au cinéma) et c’était superbe.

    Aimé par 1 personne

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