The Lost City of Z

réalisé par James Gray

avec Charlie Hunnam, Sienna Miller, Robert Pattinson, Tom Holland, Angus Macfadyen, Edward Ashley, Harry Melling…

Film d’aventure américain. 2h21. 2016.

sortie française : 15 mars 2017

L’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du XXe siècle.
Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d’Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de penser à cette mystérieuse civilisation, tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire…

The Lost City of Z : Photo Charlie Hunnam

The Lost City of Z, co-produit par Brad Pitt (envisagé un temps pour interpréter le rôle principal), est l’adaptation du roman éponyme de David Grann. Ce livre est lui-même inspiré des aventures de l’explorateur britannique Percy Fawcett qui a mystérieusement disparu dans la jungle brésilienne en cherchant à trouver une cité perdue datant de l’Atlantide. Cela fait des années que James Gray voulait réaliser ce film : on pourrait presque établir un parallèle entre la quête de Gray à réaliser son chef-d’oeuvre fantasmé depuis des lustres et la quête de Fawcett à trouver Z, cette cité perdue. En dehors de Little Odessa (vu il y a maintenant des années – j’en garde un bon souvenir mais je devrais le revoir), je n’ai pas vu d’autres films de James Gray. A cause de son sujet et de la longueur (le film dure 2h20), j’avais peur de m’ennuyer mais ce ne fut pas du tout le cas. Certes, ça ne bouge pas dans tous les sens, le long-métrage prenant en plus son temps à exposer ses personnages et son récit en n’oubliant jamais les différents contextes, qu’ils soient historiques, sociaux ou culturels. Mais il est tout simplement captivant pour différentes raisons. On pourrait craindre de voir ce genre d’histoire un paquet de fois (j’ai notamment pensé durant la séance au roman Au Coeur des Ténèbres de Joseph Conrad) pourtant je n’ai pas eu l’impression d’être face à une redite. J’ai adhéré à son rythme lent mais pénétrant et son atmosphère à la fois dangereuse et fascinante. Percy Fawcett est également un personnage intéressant par sa complexité. On ne peut pas le limiter à quelqu’un qui semble curieux, ouvert d’esprit et tolérant, considérant les nouveaux peuples qu’il rencontre égaux aux hommes blancs. On ne doute pas de l’amour qu’il porte à sa femme et ses enfants mais il reste un homme absent absorbé par son travail, à la recherche d’une reconnaissance qu’il n’avait pas réussi à obtenir auparavant. Il est donc pour moi également un personnage assez frustré, même égoïste et contradictoire. Il défend par exemple l’intérêt des indigènes mais pas nécessairement celui des femmes qui mériteraient aussi d’être mieux considérées dans la société. Cet équilibre entre ces différents traits rend le personnage principal plus humain et complexe : on ressent même encore plus l’intériorité de Percy, un sentiment profond qui ressort également par ce voyage qui le plonge au coeur des ténèbres malgré la connaissance qui en ressort à chacune de ses explorations. La relation avec son fils aîné Jack est également émouvante (et les dernières minutes du film m’ont donné quelques frissons d’émotion) : cette relation, qui devient solide lorsque Jack décide d’accompagner son père dans leur aventure finale, permet à Percy de trouver une paix intérieure.

The Lost City of Z : Photo Robert Pattinson

Les personnages sont bien écrits dans le sens où je les ai sentis authentiques, l’histoire en elle-même l’est aussi. On voit bien les différentes progressions entre chaque voyage, du coup on ne ressent pas de lassitude à revoir les personnages retourner en Amazonie. La mise en scène est vraiment très réussie, elle m’a époustouflée par sa grandeur. On ne peut également pas passer à côté de la photographie qui est tout simplement une pure merveille. Enfin, les acteurs sont tout simplement parfaits. Charlie Hunnam (acteur dont j’entends souvent le nom mais finalement je le connais très mal) est excellent dans le rôle de Percy Fawcett. Il s’impose tout simplement par son charisme évident (et le film doit être vu en version originale rien que pour sa manière de s’exprimer… il m’a parfois foutu quelques frissons !). Comme son ancienne partenaire Kristen Stewart, Robert Pattinson prouve encore une fois qu’il est un très bon acteur et qu’il mérite de faire partie de projets aussi ambitieux. Il m’a réellement agréablement surprise dans ce second rôle de ce collègue puis ami aventurier a priori un peu bourru mais qui est très posé. Je regrette qu’on ne voit pas davantage Sienna Miller surtout dans des rôles plus importants. Décidément, depuis quelques années, elle s’intègre dans de bons films. On pourrait toujours lui faire le reproche qu’elle joue toujours les « femmes de » mais son rôle ne se limite pas à celui d’une potiche contrairement à ce qu’on pourrait croire. Au-delà de montrer son infaillible soutien à son mari qui délaisse sa famille pour une obsession qui le hantera jusqu’à la fin de sa vie (peut-être qu’elle est la seule personne à comprendre Percy), le rôle de l’épouse et mère de famille ici a une importance par rapport à tout ce qu’on a dit autour des différents contextes et du parallèle établi entre le droit bafoué des femmes et ceux des étrangers. Enfin, même si on ne le voit pratiquement qu’à la fin du film, Tom Holland (qui incarne le fils aîné de Fawcett) s’en sort à merveille dans le rôle de ce jeune homme touchant qui veut renouer des liens avec ce père absent. The Lost City of Z est pour l’instant le plus beau film que j’ai pu voir cette année. Cette beauté concerne autant l’esthétisme que l’émotion. Puissant, mystique et envoûtant, le long-métrage de James Gray est une remarquable épopée tragique d’un homme qui voyage autant à l’extérieur qu’à l’intérieur : la cité perdue, l’inconnu tant recherché et même fantasmé, c’est ce sentiment qui se situe au plus profond de notre coeur et qui se porte envers les êtres les plus chers.

The Lost City of Z : Photo Charlie Hunnam, Tom Holland

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40 réflexions au sujet de « The Lost City of Z »

  1. Contente que ce film t’ait plu. Je pense qu’il doit aussi faire partie d’un de mes films préférés vus au cinéma depuis le début de l’année. Je constate que je ne suis pas la seule à avoir été sensible à la voix de Charlie Hunnam 🙂 Et il a gardé quelque chose d’enfantin dans son regard qui est tout simplement craquant, bref il était fait pour ce rôle et il participe aussi à la réussite du film.

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  2. Un cinéma d’aventure allant à contre courant de ce qui se fait d’habitude. L’exploration avant tout pour un résultat obsédant et fou. Après le fadasse The immigrant, James Gray revient à un film sur l’obsession quitte à ce que son personnage (finalement bien réel) en paye le prix. Puis le travail de Khondji sur la lumière est splendide jusque dans les derniers plans.

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  3. @ Mamie Girly :
    Je ne sais pas si tu vas aimer – on ne peut jamais savoir – mais au moins on a droit à une vraie proposition cinématographique. Si si, ça existe encore !

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  4. @ Sentinelle :
    J’avais lu (sans commenter) ton billet et j’avais juste hâte d’aller le voir – dans un sens, je peux te remercier ! 🙂 et je ne peux être que d’accord avec toi sur Hunnam. 🙂

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  5. A l’heure actuelle, The immigrant est le seul film que je considère comme moyen ou mauvais de sa filmo. Il faudrait que je revois The yards.

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  6. Oh je suis trop contente d’apprendre que la lecture de mon billet t’a encouragé à aller le voir au cinéma 🙂 Très contente aussi que Hunnam ne se cantonne pas qu’aux séries et aux films à gros bras et le fait de le retrouver dans un film de James Gray peut lui ouvrir d’autres portes. Car il est bien plus qu’un physique de beau gosse, et même si on ne peut pas ne pas le remarquer, c’est surtout ce qui se dégage de sa personne en général, et de son regard plus particulièrement, qui m’intéresse.

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  7. Peut-être le chef d’œuvre de Gray ? Plus temps m’éloigne de ce film, plus l’idée d’avoir assisté à un grand film fait son chemin et me donne le goût du « reviens-y » (un peu comme chez Fawcett finalement). Tu en parles très bien, ceci explique sans doute cela. 😉

    ps : et Ronnie peut bien aller se payer une pizza en Amazonie si ça lui chante. 🙂

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  8. D’accord avec tout… Sauf à propos de Sienna Miller que je trouve mauvaise comme chaque fois que je la vois. Je ne l’imagine strictement pas tenir un premier rôle. Tenir un film…
    mais le film ne souffre pas de sa présence.

    J’aimerais le revoir. Je n’ai pas réussi à recaser une possibilité de le revoir et il ne reste plus qu une séance tardive.
    Ce film est une splendeur.
    Les scènes finales m’ont noué la gorge aussi. Je les trouve infiniment apaisantes…
    Et Robert Pattinson est incroyablement bon sous les croutes.
    Quant au beau Charlie j’ai hâte de le voir en Roi Arthur.

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  9. Et évidemment Je t’encourage à découvrir toute la filmographie de Gray, tu vas te régaler.
    Même The immigrant plutôt décrié je le trouve très bon. Mais j’ai la chance d’aimer Marion…

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  10. J’aime beaucoup James Gray. The Yards (je te le conseille Tina) s’était immédiatement imposé à moi comme un chef-d’oeuvre. The Lost City of Z ne m’a peut-être pas fait une aussi forte impression sur le moment, mais ça reste une très belle réussite qui convainc le spectateur peu à peu (enfin, à l’exception de Ronnie 🙂 ), au fur et à mesure que la quête de Fawcett et ses images intérieures se substituent à la réalité qui l’entoure. La fin surtout est magnifique et m’a moi aussi beaucoup ému.

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  11. @ pascale265 :
    Tu l’as vue dans Interview de Steve Buscemi ? Je trouve justement qu’elle a les épaules pour un premier rôle, il faut juste lui donner des rôles intéressants.
    Je l’ai vu assez tard donc impossible de le revoir au cinéma mais j’achèterai certainement le dvd ! J’aime bien Charlie mais j’avoue que King Arthur, ça me fait un peu peur (en tout cas la bande-annonce ne m’a pas donné envie !).
    J’avoue avoir du mal avec Cotillard…

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  12. J’ai la plupart en vidéo en dehors de Little Odessa plus difficile à trouver mais vu à la télé. Un beau premier film qui en plus à mon âge. 😉 The yards est un film qui a été massacré par Weinstein, au point qu’il y a deux fins. Il me semble que la vidéo française n’a hérité que du montage cinéma. Pas grand chose ne change mais la signification peut être perçue différemment. Un des premiers grands rôles de Marky Mark. La nuit nous appartient est le seul que j’avais réussi à voir au cinéma et ce fut une claque. J’ai attendu éperdumment que Two lovers sorte chez moi j’ai dû me contenter du dvd et c’est certainement mon préféré de James Gray. Ou quand un dilemme amoureux devient le terreau d’une sorte de thriller.

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  13. @ Borat :
    Little Odessa, je me rappelle, j’avas trouvé la K7 à la médiathèque ahah !! !D
    Je ne connaissais pas du tout la petite histoire autour de The Yards.

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  14. Je sais qu’il existe en DVD mais jamais trouvé. Après il y a toujours Arte ou le câble pour le rediffuser. Ce gros porc de Weinstein a même dit à Gray que plus jamais il ne retournerait à Hollywood. C’est aussi pour cela qu’il y a une si grande distance entre The yards et La nuit nous appartient. Et d’ailleurs le film était tourné depuis 97-98, l’autre con l’a mis dans un placard, balancé à Cannes (et la première humiliation du réalisateur au festival par la même occasion) et le film s’est planté. En fait James Gray n’est aimé qu’en dehors de son pays. Je ne sais pas comment est accueilli The lost city of Z aux USA, mais je sais qu’ils avaient un peu plus apprécié The immigrant.

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  15. Helas, The Lost City of Z est un nouveau flop commercial pour Gray aux US, même si le film a été cette fois bien accueilli par la critique…

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  16. @ Borat :
    C’est ce que j’ai cru comprendre pour Gray (qu’il était plus aimé en Europe que chez lui). Visiblement certains cinéastes – un peu « atypiques » – sont dans ce même cas…

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  17. Oui j’ai vu le Buscemi. Elle grimaçait… tout ce que je déteste dans le jeu d’une actrice.
    je crois que je n’ai jamais entendu quiconque dire du bien de Marion. Elle me bouleverse moi (même si elle meurt bizarrement chez Nolan :-))

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  18. Bon ça ne l’empêche pas de se faire dézinguer à Cannes. Mais il y a un public pour ses films en Europe et notamment en France où il a quand même une excellente réputation. Même The yards et sa double fin. La nuit nous appartient est logiquement son film le mieux accueilli chez nous et je crois le seul avec une édition collector hors br.

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  19. @ Pascale :
    Ah merde, bon tu n’aimes vraiment pas Sienna, rien à faire ! :p
    Cotillard, c’est pas pour m’acharner sur elle, mais dans l’ensemble j’ai vraiment du mal, elle m’agace !

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  20. Il a eu d’exellentes critiques, une plus grande visibilité (c’est le seul film de Gray que j »ai vu au kinépolis pour te dire) et encore aujourd’hui il est diffusé assez régulièrement sur la tnt. Ses autres films ont beaucoup plus de mal. Et comme je disais c’est le seul avec une édition collector.

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