Fahrenheit 451

réalisé par François Truffaut

avec Oskar Werner, Julie Christie, Cyril Cusack…

Film de science-fiction britannique, français. 1h52. 1966.

sortie française : 11 septembre 1966

Movie Challenge 2017 : Un film adapté d’un livre que j’ai lu

Dans un pays indéfini, à une époque indéterminée, la lecture est rigoureusement interdite : elle empêcherait les
gens d’être heureux. La brigade des pompiers a pour seule mission de traquer les gens qui possèdent des livres et
de réduire ces objets en cendres.
Guy Montag, pompier zélé et citoyen respectueux des institutions, fait la connaissance de Clarisse, une jeune institutrice qui le fait douter de sa fonction. Peu à peu, il est à son tour gagné par l’amour des livres.

Fahrenheit 451 est l’adaptation du roman éponyme (et emblématique) de Ray Bradbury. Au premier abord, on n’imagine pas nécessairement François Truffaut, figure phare de la Nouvelle Vague, signer une oeuvre de science-fiction (enfin sur le papier car personnellement j’ai du mal à y voir totalement de la science-fiction en regardant cette oeuvre et je pense que c’était aussi une volonté de Truffaut). Après, on me dira que ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur de ce mouvement s’attaque à la science-fiction : par exemple, Godard l’a fait avec Alphaville. J’étais donc curieuse de connaître la vision du réalisateur sur cette oeuvre de Bradbury que j’adore (un de mes romans préférés). Il s’agit de la première excursion de Truffaut à l’étranger (le film ayant été tourné à Londres). Ce long-métrage marque aussi les retrouvailles entre Truffaut et Oskar Werner, les deux ayant travaillé ensemble pour Jules et Jim. Dans l’ensemble, sans dire que le résultat est mauvais (même s’il a tout de même certains défauts), ce Fahrenheit 451 m’a pas mal déçue. Je précise que je ne suis pas forcément une puriste des adaptations de romans mais j’ai senti Truffaut pas à l’aise avec un genre qu’il n’aimait pas de base (c’était même lui qui le disait dans des interviews) et certainement pas à l’aise non plus plus généralement avec la grandeur même du projet, qui a coûté cher pour l’époque, avec son lot d’effets spéciaux (alors qu’on n’est justement pas face à un film à spectacle). J’espère ce que je vais dire ne va pas trop « choquer » mais honnêtement, en regardant ce film, je me suis dit qu’une nouvelle adaptation serait une bonne chose ! Je me suis même dit que Equilibrium de Kurt Wimmer était finalement une meilleure « adaptation » que ce film de Truffaut. J’ai mis du temps à entrer dans le film qui m’a paru assez long (pas non plus interminable mais j’ai tout de même regardé de temps en temps ma montre) : heureusement, sa seconde partie m’a plus intéressée et permet de rattraper les mauvaises impressions du début. Visuellement, s’il était certainement intéressant pour l’époque, actuellement il a pas mal vieilli, certains effets sont même assez kitsch. C’est même assez étonnant de voir ce type d’effets alors que l’ensemble du film est esthétiquement assez « simple » dans le sens où il y a plutôt une envie de retranscrire un certain réalisme. Mais heureusement, d’autres scènes sont assez puissantes et rattrapent les quelques couacs. La scène de l’autodafé dans la bibliothèque vaut par exemple le coup d’oeil et même la fin avec le groupe qui apprend les textes par coeur oralement pour les conserver est également très belle.

De plus, les décors restent tout de même très réussis : ils permettent de rendre l’univers encore plus froid et monotone. La musique inquiétante de Bernard Hermann (le compositeur fétiche d’Alfred Hitchcock – Truffaut était un grand admirateur du maître du suspense) trouve également parfaitement sa place dans le film. Surtout, le propos relevé dans le roman de Bradbury (la destruction de la culture et du savoir pour contrôler l’individu) reste tout de même pertinent, nécessaire et intemporel (moins que dans le bouquin mais tout de même bien présent) : la dénonciation du fascisme fonctionne bien (il est impossible de ne pas voir un rapprochement entre les nazis qui eux-mêmes ont brûlé des livres). En parlant d’intemporalité, un autre point m’a semblé intéressant : certes, on voit bien qu’il y a une envie de placer l’histoire dans un futur. Mais en même temps, il n’est pas nécessairement très dessiné (comme on pourrait l’imaginer dans un gros blockbuster). Ce futur en question est finalement d’actualité, que ce soit « l’actualité » au moment de la sortie du film (le côté sixties en ressort par moments) ou même notre actualité de 2017 : bref, ce monde retranscrit par Truffaut n’est peut-être pas si éloigné de ce que le spectateur connait dans sa réalité. A noter aussi les choix troublants des livres brûlés : et même Chroniques Martiennes et Fahrenheit 451 de Bradbury ! On trouve également un exemplaire des Cahiers du Cinéma (on y trouve dessus une photo d’A bout de souffle de Jean-Luc Godard). Concernant le casting, sans dire qu’il est mauvais (il ne faut pas non plus exagéré), Werner n’est pas très à l’aise dans le rôle de Montag (même Truffaut n’était pas convaincu par sa prestation). Il faut dire que le personnage n’est pas ici particulièrement intéressant et manque de consistance. En revanche, Julie Christie, qui interprète deux personnages (Truffaut voulait éviter l’éternelle opposition entre une brune et une blonde et créer une sorte de trouble : l’effet est plutôt réussi), est bien plus convaincante. Pour conclure, Fahrenheit 451 est un film intéressant, qui fait son petit effet mais qui ne remplit pas totalement ses promesses même s’il reste fidèle au texte d’origine. Est-il imparfait parce qu’on s’attend justement à autre chose vu qu’on sait à quel point le roman de Bradbury est majeur dans le domaine de la science-fiction ? Cela reste tout de même une jolie ode à la littérature traversant le temps et les générations qui prouve bien qu’elle a un pouvoir énorme sur notre liberté.

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16 réflexions au sujet de « Fahrenheit 451 »

  1. Pas le meilleur Truffaut en effet, malgré certaines scènes réussies. Truffaut n’était pas très à l’aise sur le tournage (il parlait très mal anglais), et eut beaucoup de mal avec Werner qui lui mit constamment des batons dans les roues.

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  2. donc un avis plutôt mitigé et un film souvent répertorié parmi les classiques de l’anticipation. Néanmoins, je te rejoins sur le fait que Truffaut n’est définitivement pas à l’aise dans le registre de la SF. Un film terrifiant malgré tout

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  3. Bradbury serait-il inadaptable ? Il y a en effet ce « Fahrenheit 451 » façon Truffaut, tourné finalement à contrecœur (il n’a pas du tout apprécié la façon de faire anglo-saxone), mais on attend toujours une adaptation digne de ce nom des « chroniques martiennes ». Le Truffaut serait-il incompatible avec la SF ? Spielberg répondrait immédiatement par la négative. J’ai tout de même un peu d’affection pour ce film avec Julie Christie, une anticipation de son temps, sans doute (en ce qui me concerne) plus agréable à regarder que bien des déluges d’effets numériques dans certaines productions actuelles.

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  4. Étonnamment, je me souviens davantage du roman que du film… Celui-ci me semblait un peu daté. Il faudrait peut-être que je le revoie 😉

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  5. Argh, celui-là, je mise tout sur le livre. Le nom de François Truffaut associé à l’expression « nouvelle vague », ça me fout la chair de poule (et pas de manière agréable).

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  6. @ princecranoir:
    Je ne sais pas mais en tout cas, COMME PAR HASARD, je viens de voir qu’une nouvelle adaptation (avec Michael Shannon) est envisagée !! Comme quoi, j’ai le feeeeeling !
    Tiens j’ai même pas pensé à me renseigner pour les adaptations de Chroniques Martiennes ! (en même temps ça semble chaud mais rien n’est impossible !).

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  7. Film qui a effectivement très mal vieilli !
    Néanmoins, ce qu’il faut y retenir c’est son message : la disparition d’une ouverture d’esprit (« je pense donc je suis ») par le biais de la lecture et dont le nazisme s’est largement inspiré pour sa propagande…

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