Lion

réalisé par Garth Davis

avec Dev Patel, Sunny Pawar, Nicole Kidman, Rooney Mara, David Wenham, Priyanka Bose…

Drame, biopic, aventure américain, australien, britannique. 1h58. 2016.

sortie française : 22 février 2017

Une incroyable histoire vraie : à 5 ans, Saroo se retrouve seul dans un train traversant l’Inde qui l’emmène malgré lui à des milliers de kilomètres de sa famille. Perdu, le petit garçon doit apprendre à survivre seul dans l’immense ville de Calcutta. Après des mois d’errance, il est recueilli dans un orphelinat et adopté par un couple d’Australiens.
25 ans plus tard, Saroo est devenu un véritable Australien, mais il pense toujours à sa famille en Inde.
Armé de quelques rares souvenirs et d’une inébranlable détermination, il commence à parcourir des photos satellites sur Google Earth, dans l’espoir de reconnaître son village.
Mais peut-on imaginer retrouver une simple famille dans un pays d’un milliard d’habitants ?

Lion : Photo Dev Patel, Rooney Mara

Nommé six fois aux Oscars dont dans la catégorie « meilleur film », Lion fait partie des bonnes surprises de ce début d’année. Pourtant on pouvait craindre le pire : sur le papier, ce film, très vite comparé à Slumdog Millionaire (il a été nommé aux Oscars, ça se passe en Inde avec tout ce qu’on connait de là-bas, Dev Patel est au casting… bref, tout de suite les raccourcis), pouvait être très lourdingue. On ne va pas se mentir, ce premier long-métrage de Garth Davis (qui a réalisé quatre épisodes de la première saison de Top of the Lake) est assez académique et veut clairement nous tirer quelques larmes (visiblement cela a fonctionné sur certains spectateurs présents dans ma salle). Il a aussi ses quelques défauts. En effet, même si je ne me suis pas ennuyée (le film m’a même plutôt captivée), il me semble qu’il y a un déséquilibre entre les deux grandes parties, c’est-à-dire entre l’enfance de Saroo en Inde et sa vie à l’âge adulte en Australie. Je précise que je n’ai pas pu chronométrer,  je parle ici de ressenti, à me confirmer alors concernant cette organisation temporelle. J’ai eu l’impression que la première partie prenait bien son temps (ce qui est souvent justifié vu que beaucoup d’éléments seront repris pour l’enquête personnelle du personnage principal) tandis que la seconde (qui se déroule pourtant bien sur plusieurs années) m’a semblé un peu trop rapide par rapport à ce contenu. Cela dit, je ne vais pas non plus cracher sur ce film. Oui, il veut émouvoir ses spectateurs et même s’il n’est pas toujours subtil de ce côté-là (notamment avec les images d’archive avec le véritable Saroo et ses familles – même si je trouve ça choupi aussi), l’émotion est tout de même bien présente (non, je n’ai pas pleuré mais le film ne m’a pas laissée indifférente, loin de là). Lion est tiré de l’histoire vraie de Saroo Brierley, ce dernier l’ayant relatée dans son ouvrage Je voulais retrouver ma mère (A Long Way Home) publié en 2013. Cet aspect biographique ajoute aussi certainement à l’émotion voire même à ce côté tire-larmes facilement reprochable. Cela dit, on a quand même envie de dire : quelle histoire ! Je ne suis pas étonné qu’elle ait pu séduire Hollywood. Même s’il y a selon moi quelques déséquilibres, le scénario adapté par l’auteur australien Luke Davies (son nom ne vous dira peut-être rien mais un de ses romans, Candy, avec Heath Ledger et Abbie Cornish, avait été adapté au cinéma en 2006) retrace bien une histoire passionnante qui interroge sur la question des liens familiaux et qui met aussi en avant une triste réalité en Inde (même s’il ne s’agit pas non plus d’un scoop mais c’est tout de même bien d’en parler).

Lion : Photo Abhishek Bharate, Sunny Pawar

La mise en scène m’a agréablement surprise : elle est assez intéressante surtout dans le cadre d’une production assez « académique » et en plus il s’agit d’un premier long-métrage. Garth Davis parvient à saisir cette Inde trop grande pour un petit garçon, et hélas très pauvre, avec tout ce qui suit derrière (notamment la traite des enfants). J’avais peur qu’on tombe dans le misérabilisme, je dirais juste que Davis filmer ce pays sans concession. Et certaines scènes font mine de rien leur petit effet, on a parfois froid dans le dos. Ce travail de mise en scène également cohérent avec le très beau travail esthétique. Certes, on pourra toujours dire qu’il s’agit d’une sorte de grande pub pour Google Earth mais ce choix de photographie qui valorise très bien les espaces et aussi l’idée d’un voyage, qu’il soit géographique ou plus « métaphorique » : un voyage avec les souvenirs permettant de revenir aux sources. Ce plein de couleurs vives est logique pour filmer l’Inde et plus généralement le voyage. Je crois aussi que ce choix permet de créer une sorte de bulle pour le personnage principal face à ses souvenirs dans ce récit terriblement vrai. Dev Patel, récompensé par un BAFTA du meilleur acteur second rôle et nommé aux Oscars (et j’aurais préféré qu’il le remporte face au lauréat de Moonlight), est excellent dans le rôle de Saroo adulte. Il est à la fois si solaire et désespéré, il transmet beaucoup de sentiments et de questionnements d’une scène à l’autre; surtout, il parvient à exprimer son état obsessionnel. Le petit Sunny Pawar (Saroo enfant) porte bien son prénom : ce gamin est vraiment lumineux et naturel ! Malgré sa choucroute orange indescriptible et son Botox qui a massacré son visage (si joli autrefois), Nicole Kidman livre également une très bonne performance. Son personnage est déjà d’une grande humanité et son interprétation permet aussi de révéler ses faiblesses et blessures. Je regrette juste qu’on ne voit pas suffisamment le toujours aussi bon David Wenham et surtout la fascinante Rooney Mara. Pour conclure, Lion aurait pu être plombé par certains défauts, il est certain qu’il n’est pas parfait. Il remplit tout de même pour moi ses charges, en abordant avec aisance certains thèmes (les liens familiaux, la question des origines et de l’identité pour se construire, le rôle du numérique qui a son utilité ou encore les conséquences de la pauvreté, capable aussi de détruire une famille). Il aurait pu être superficiel mais il évite de tomber dans ce piège. Larmoyant, il l’est peut-être. Il reste tout de même émouvant grâce à une histoire finalement bien racontée. Bref, le film n’a rien de révolutionnaire mais pourtant je l’ai trouvé à sa manière assez bon.

Lion : Photo Nicole Kidman, Sunny Pawar

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21 réflexions au sujet de « Lion »

  1. La BA m’a franchement fait craindre le pire (côté larmoyant notamment) mais je suis plutôt agréablement surprise par ta chronique. Il faudrait que je me penche un peu sur ce film…

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  2. On se retrouve assez bien sur nos impressions, je suis contente que tu aies apprécié ce film autant que moi en tout cas, car oui, on pouvait craindre le pire, c’est donc en final une assez bonne surprise ! Et tu as vu le sourire (complètement irrésistible) de Dev Patel ? Le comparer à Slumdog Millionaire, comme inscrit sur l’affiche, est vraiment une erreur, d’autant plus que cela aurait presque l’effet inverse sur moi, n’ayant pas trop aimé ce film. Dommage pour le visage ravagé par le botox de Nicole Kidman, mais je l’ai trouvé excellente dans ce rôle, elle m’a épatée. Et du coup, je me rends compte qu’elle m’a manquée au cinéma. Mais ce botox arggggh misère.

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  3. Tiens d’ailleurs, Slumdog Millionnaire était passé à la télé il y a peu… Ça m’a fait plaisir de le revoir, je me rappelais l’avoir autant aimé la première fois. Lion me donne l’impression de tirer sur les mêmes ficelles mais avec le côté lumineux de Slumdog en moins… Ou alors, c’est la bande-annonce qui m’a convaincue sans me convaincre, je saurais pas vraiment expliquer tout ça. Me concernant, ce sera donc un « peut-être, à voir si un jour j’suis en panne de truc à regarder ».

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  4. @ 100tinelle :
    Raaah oui j’ai remarqué son immense sourire !! 😀
    Perso j’adore Slumdog Millionnaire mais en dehors de Patel et de l’Inde, je vois pas le rapport. C’est comme si on me sortait « Le nouveau Bienvenue chez les ch’tis » uniquement si le film en question se déroule dans le Nord de la France… ca n’a pas de sens !
    Pour Nicole, me demande ce qui lui est passé par la tête, elle ne s’est pas vue ?? 😮

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  5. @ Sweet Judas:
    Franchement ne t’attends vraiment pas à découvrir le nouveau Slumdog Millionnaire (que j’aime énormément au passage). Slumdog a quelque chose qui est plus de l’ordre du feel good movie. Lion expose certes aussi une histoire extraordinaire avec un joli dénouement mais pour être honnête (même si c’est pas non plus fun dans Slumdog) je l’ai trouvé plus sombre.
    Après, j’avoue, je ne me rappelle pas de la BA de Lion.

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  6. pas trop tenté d’autant plus que je ne suis guère un fan de Nicole Kidman. Comme disait un des personnage dans la série Californication : « Faut laisser son silicone à Nicole Kidman, vu qu’elle a pas de talent, c’est tout ce qui lui reste ».

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  7. J’ai trouvé ce film tellement mauvais , guimauve et insupportable dans sa partie gloire à Google que je n’en ai même pas fait d’article.
    C’est une histoire vraie et je n’y ai pas cru une seconde tellement c’est mal fait et ennuyeux.

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  8. Ce film m’a émue jusqu’aux larmes ! Et pour cause, l’histoire est à la fois magnifique et émouvante. Aussi, les acteurs sont géniaux, mention spéciale au petit garçon, il est attachant et intelligent.

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