Hippocrate

réalisé par Thomas Lilti

avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Félix Moati, Carole Franck, Philippe Rebbot…

Comédie dramatique française. 1h42. 2014.

sortie française : 3 septembre 2014

Movie Challenge 2017 : Un film engagé

Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel, est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. Son initiation commence.

Hippocrate : Photo Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Reda Kateb

Présenté au festival de Cannes 2014 dans le cadre de la Semaine Internationale de la Critique, Hippocrate est un film qui semble marquer une frontière entre le film social et « autobiographique ». En effet, avant de se lancer dans le cinéma, le réalisateur Thomas Lilti était médecin et fils de médecin comme Benjamin, le personnage principal de ce long-métrage (Benjamin étant aussi au passage le second prénom du réalisateur). Lilti a aussi tenu à tourner dans l’ancien hôpital dans lequel il travaillait. La médecine est un sujet qui obsède encore le réalisateur (son dernier film étant Médecin de campagne). Par ailleurs, certaines vraies infirmières apparaissent au casting pour accentuer encore plus la crédibilité du récit. Mais on ne peut pas limiter Hippocrate à cet aspect très réaliste, à ce vécu qu’on ressent sans cesse, même si cette dimension est effectivement à prendre en compte par rapport à ce que le réalisateur a voulu pointer du doigt. Justement, ce long-métrage se présenterait avant tout comme un cri d’alarme : nous savons tous que les hôpitaux français se portent mal (nous n’avons pas attendu Hippocrate pour savoir ça). Comme dans beaucoup de milieux, on préfère privilégier le profit à la qualité et surtout à l’humanité. J’ai toujours été très sensible aux films engagés, appartenant au cinéma social, dénonçant les travers d’un pays ou d’un système. Je suis sensible au propos même de Hippocrate. J’adhère au propos mais pas nécessairement à la proposition « artistique » : ce n’est pas parce qu’on signe un film social, très réaliste, parfois proche du documentaire, qu’on doit négliger certains points. Déjà, pour être honnête, je me suis énormément ennuyée (en dehors de la fin, là au moins elle a su susciter un minimum mon intérêt). Cela paraît vraiment regrettable de ressentir ce type de désagrément alors que le film tend justement à nous montrer le rythme infernal du personnel. Je ne suis pas entrée dans le récit alors que paradoxalement on débute directement à l’hôpital en suivant Benjamin, ce jeune interne. Le spectateur est alors dans la même situation que Benjamin : on découvre en même temps que lui le réel fonctionnement d’un hôpital et ses petits secrets (notamment dans les moments de détente). Je comprends la démarche du réalisateur lorsqu’il nous montre différents moments : dans la vie d’un hôpital, il se passe forcément des événements sans lien les uns avec les autres. Mais je trouve que le film manque tout de même de fil rouge. Il arrive assez tard dans le film, ce qui rend le tout encore plus décousu, comme si les débats lancés (notamment sur l’euthanasie) sortaient de nulle part.

Hippocrate : Photo Vincent Lacoste

Même la toute fin semble bâclée, comme si les dernières minutes  du film n’avaient servi à rien. De plus, si j’applaudis le côté « réaliste », certaines scènes (notamment à la fin) m’ont paru très exagérées. J’ai même cherché des avis de médecin et d’internes : si beaucoup s’accordent sur la retranscription réaliste de leur profession, pas mal d’entre eux (même ceux qui ont apprécié le film) ont également trouvé cette fin pas toujours très crédible. Bref, le scénario m’a paru confus, ne laissant pas réellement les personnages exister à l’écran. Seul le personnage d’Abdel est intéressant et se détache du lot. Il faut aussi souligner au passage l’excellente interprétation de Reda Kateb qui avait remporté le César du meilleur acteur dans un second rôle. Je suis un peu plus sceptique concernant Vincent Lacoste. J’aime bien ce jeune acteur qui fait du bien au cinéma français, il ne joue pas si mal dans Hippocrate (même si sa nomination aux César me parait excessive). Mais je ne l’ai pas trouvé très à l’aise. J’aime bien son air à la ramasse mais là je ne sais pas s’il correspond réellement au personnage qu’il incarne (personnellement, malgré tout le bien que je pense de lui, je n’aimerais pas me faire soigner par Lacoste !). En plus, il fait vraiment jeune : son physique ne l’aide pas à s’approprier de son personnage me semble-t-il. Je ne parle même pas des seconds rôles vraiment invisibles, notamment celui tenu par Jacques Gamblin, qui incarne le père du héros. Or, dans le scénario, il y a, me semble-t-il, une piste concernant le lien entre père et fils dans le milieu professionnel et même une esquisse sur les magouilles que cette relation peut entraîner dans le monde du travail, en l’occurrence ici dans la médecine. De plus, si le travail concernant ce point n’a rien de honteux (surtout dans le cadre d’un film qui se veut réaliste), la mise en scène ne m’a pas non plus réellement totalement convaincue (j’avais parfois l’impression de regarder un téléfilm) même si on peut de nouveau reconnaître qu’elle capte bien l’urgence permanente dans un hôpital. Bref, l’ensemble est donc certainement assez réaliste, le message certainement fort et important mais il ne se passe rien. Je ne parle pas ici que de scénario qui m’a semblé assez vide, je parle de ressenti global. J’entends la colère du réalisateur mais je ne l’ai pas nécessairement ressentie. Et plus généralement, je n’ai pas ressenti d’autres types d’émotions. Encore une fois, je ne pense pas que son statut pseudo documentaire doit tout excuser. Il y a d’autres films qui s’inscrivent grosso modo dans la même veine et qui ont su provoquer chez moi beaucoup plus d’émotions et de réactions que celui-ci.

Hippocrate : Photo Reda Kateb

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43 réflexions au sujet de « Hippocrate »

  1. Je vois que tu as été très déçue par le film. Je n’en garde pour ma part pas un mauvais souvenir (même si je ne me souviens pas très bien de l’histoire, ce qui est peut-être mauvais signe…) bon mardi !

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  2. Je m’étais royalement barbée. Et, connaissant plusieurs personnes travaillant à l’hôpital, le film est très bisounours par rapport à la réalité !!! Ce qu’ils racontent est effrayant. Vraiment. Ils sont tellement en sous-effectifs qu’ils ne maîtrisent plus grand-chose. Ils font juste ce qu’ils peuvent…

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  3. C’est dommage dis donc. ca aurait pu être un film coup de poing et en fait le soufflé retombe dès qu’il est sorti du four…

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  4. En voilà une ordonnance, et une sévère !
    Je ne suis pas très hôpital de manière générale mais je dois dire que celui que me présente Lilti m’a plutôt convaincu. Effectivement, les traits autobiographiques qui jalonnent le script peuvent paraître un peu artificiels, mais je trouve que dans l’ensemble, il s’en sort plutôt bien au niveau de l’écriture. Tu reproches au personnage de Gamblin de ne pas être plus mis en avant, mais il n’a je crois pas vocation à l’être. C’est un personnage d’arrière-plan dont on comprend, il me semble, la juste importance dans le scénario. Côté réalisation, on pourra toujours reprocher aux sujet « sociaux » de faire un peu « téléfilm ». On pourrait faire le même reproche à Ken Loach quand il ne donne pas dans la chronique historique. Je ne dis pas que Lilti vaut un Ken Loach, mais je trouve tout de même que ses personnages tiennent la route, même Lacoste qui ne semble pas bien sûr d’être à sa place (et pour cause).

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  5. Malgré une fin bâclée (à mes yeux) et une interprétation inégale (j’ai trouvé Vincent Lacoste à côté du rôle, mais Reda Kateb parfait), cet hôpital m’a touché..et inquiété, parce qu’il parle vrai (et que ce n’est pas près de s’arranger).

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  6. Le film m’a paru correct ou au moins sympathique. Toutefois je ne comprends pas une chose: pourquoi avoir fait le film en se basant sur le point de vue de Vincent Lacoste? En second rôle à la rigueur mais rôle principal… Son personnage n’a honnêtement rien d’intéressant et finalement on préfèra largement le point de vue de Reda Kateb, impeccable comme très souvent.

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  7. 😮 J’imagine qu’avec un tel parti pris t’adhères ou pas. J’ai beaucoup aimé je n’ai même pas remarqué l’enchaînement des cas, après tout la caméra suit la tournée des médecins. Bon à cette époque ma grand-mère nous quittait après un séjour interminable à l’hôpital, tétraplégique et sans aucune chance de s’améliorer. Du coup ce film m’a beaucoup touché. Et sa sécheresse peut découler de l’immense solitude et responsabilité de ce personnel débordé. Reda est parfait, il est vrai que les deux personnages principaux auraient mérité un meilleur développement, notamment le fils.

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  8. Je n’avais pas accroché non plus. Est-ce l’erreur de casting ? Vincent Lacoste en futur médecin : NON.
    Par contre d’accord avec toi à propos de Reda Kateb qui emporte chaque scène vers le haut. Et son rôle est mille fois plus intéressant. C’est incroyable ce statut de médecin étranger qui doit redevenir étudiant pour exercer.
    J’ai oublié la fin…

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  9. @ princecranoir :
    Je comprends ce que tu veux dire quand tu défends le personnage de Gamblin, je trouve quand même qu’il « manque » au déroulement de l’histoire (je dis pas que je voulais voir sa gueule pendant 1 heure 😮 ). Je veux dire, perso, en dehors du début où on t’expose vite fait la « vie » de Benjamin, tu zappes ce personnage et finalement face au problème rencontré à la fin, hoop t’as l’impression qu’il revient un peu de nulle part.
    Je comprends ce que tu veux dire pour le côté téléfilm. Mais tu vois, quand je regarde un Ken Loach, je sais certes que je ne vais pas regarder un Spielberg. Mais je trouve que, dans sa catégorie « film social à tendance docu et tout ça » qu’il y a un travail qui tient la route. Je sens qu’il y a un réalisateur. Là honnêtement pour moi n’importe qui aurait pu le réaliser !

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  10. @ borat8 :
    Je ne l’ai pas signalé dans ma chronique mais oui je suis d’accord avec toi ! Je crois que le réalisateur a trop voulu reprendre le schéma classique du nouveau qui découvre un nouveau monde et qui voit son monde s’écrouler, or ça marche pas, le personnage de Lacoste se faisant bouffer par celui de Kateb…

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  11. pas vu, par contre, j’ai visionné le second long métrage de Thomas Lilti, Médecins de campagne et j’avoue que, malgré quelques bonnes idées, je n’en suis pas franchement fan.

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  12. Parce que finalement le film pâtit de ce choix. Lacoste fait du Lacoste. J’ai plus eu l’impression qu’il faisait Hervé des Beaux gosses qui a fait médecine qu’un réel rôle. Prendre Kateb en principal aurait grandement plus aidé le film d’autant que le contexte social repose globalement sur lui.
    Sans compter les retournements de situation en fin de film qui sont bien lourds.

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  13. Autant sur Lolo tu voyais qu’il y avait un petit changement, idem sur Saint amour, mais sur celui là tu as vraiment l’impression de voir le même personnage plus âgé que chez Sattouf. Ironiquement il a le même type de répliques.

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  14. Il avait un tout autre rôle. Pareil dans Saint amour où son personnage jouait double jeu. Pas le cas ici où il joue une fois de plus la même chose.

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  15. Comme le dismait Benoit Poelvoorde ce n’est pas un film sur l’alcoolisme mais sur la tristesse (Rt si c’est beau).

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  16. En tous cas c’est ce qu’il disait durant la promo et ça se confirme dans le film. Ça boit et mange beaucoup mais c’est avant tout un père qui retrouve son fils.

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  17. D’ailleurs je pourrais reprendre ton article pour son film suivant ‘Médecin de campagne’. A force de vouloir être réaliste il ne dit plus rien et sans effet certaines scènes sont mêmes trop sombres pour être correctement appréciées.

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