Mr Robot (saisons 1 et 2)

Créée par Sam Esmail

avec Rami Malek, Christian Slater, Portia Doubleday, Carly Chaikin, Michael Cristofer, Martin Wallström, Stephanie Corneliussen, Grace Gummer, B.D. Wong, Craig Robinson, Gloria Reuben, Michel Gill, Joey Badass…

Série dramatique, thriller. saisons 1 et 2. 1992-2004.

Elliot est un jeune programmeur anti-social qui souffre d’un trouble du comportement qui le pousse à croire qu’il ne peut rencontrer des gens qu’en les hackant. Il travaille pour une firme spécialisée dans la cyber-sécurité mais un homme connu sous le nom de Mr Robot l’approche un jour pour faire tomber une compagnie surpuissante qui fait partie de celles qu’il doit justement protéger…

Photo Christian Slater, Rami Malek

Le réalisateur américano-égyptien Sam Esmail avait une toute petite carrière (si on peut appeler ça « carrière ») avant de créer, réaliser, scénariser et produire la série-événement Mr Robot. Pourtant, après avoir découvert les deux premières saisons (la troisième devrait débarquer cet été), on a une toute autre opinion sur Esmail : son travail impressionne et n’a rien d’un débutant. Mr Robot devait être un long-métrage mais le projet devenant de plus en plus long et complexe, il s’est transformé en série télé. La première saison est, selon son créateur, une introduction à son récit : cela signifie également que Sam Esmail connaît déjà la fin de Mr Robot. Cela se ressent et j’ai même envie de dire que ce point me rassure (je ne supporte pas quand une série ne sait pas où elle va). Effectivement, sans spoiler, la première saison se concentre sur Elliot (un hacker solitaire et drogué) et sa rencontre avec le fameux Mr Robot du titre. Dans la seconde saison, on connait donc le secret d’Elliot et la réelle identité de Mr Robot, et surtout on a constaté la réussite du plan des personnages pour faire couler la Evil Corp. Il y a évidemment des questions qui mériteront des réponses dans la saison 3 (c’est aussi pour cette raison que je l’attends de pied ferme !) mais c’est surtout l’occasion de faire intervenir d’autres types de personnages : le FBI. La série est brillante sur de nombreux points et cela peut paraître étrange que je pointe l’intervention du FBI en premier dans cette chronique. Je trouve juste qu’on ne la cite pas suffisamment, surtout que la deuxième me semble assez sous-estimée. Le FBI n’est ici pas un pantin, contrairement à ce qu’on peut voir dans de nombreuses séries (t’as parfois l’impression que le FBI est composé d’une bande de nouilles). Justement, elle a une longueur d’avance sur les personnages principaux qui sont alors réellement en danger constamment. Les deux saisons de Mr Robot semblent se distinguer par une vague question de twists. Je connais beaucoup de gens qui ont moins accroché à la saison 2 une fois qu’on a dépassé les révélations de la première saison. Il faut avouer que le twist en fin de première saison en jette.

Photo Carly Chaikin, Rami Malek

Personnellement, je sentais bien qu’il y avait quelque chose qui clochait durant cette première saison mais je ne parvenais pas nécessairement à tout remettre en place dans le bon ordre. On parle de twist alors qu’en réalité il y en a plusieurs liés ensemble, et c’est plutôt cet ensemble en question qui crée réellement la surprise plutôt que la révélation sur Elliot. Révélation qui n’est d’ailleurs pas impossible à deviner. Ni d’ailleurs celle présente dans la deuxième saison (un peu plus évidente vu qu’on commence à connaître les mécanismes et l’histoire en elle-même). Mais je ne pense pas que ce soit un défaut (sans vouloir défendre à tout prix la série). Je reste persuadée de toute façon qu’un bon twist est fait pour être découvert (je crois que c’est même le scénariste de Usual Suspects qui confirmait cette théorie) parce qu’il ne faut prendre le spectateur piégé pour un imbécile. Les indices sont d’ailleurs volontairement mis en avant pour les spectateurs : eux sont lucides contrairement à Elliot qui nage de plus en plus en plein délire au fil des épisodes. Ils permettent aussi d’accentuer le décalage entre les pensées troubles d’Elliot (traduites par une voix off angoissante) et les images. Ce décalage entre la réalité concrète et la vision tronquée du personnage principale se traduit aussi par l’ambiance même de la série. Ainsi, pour ne citer que ces exemples en question, les tons grisâtres et froids ou encore la musique électro de MacQuayle (à la fois discrète et sombre) contribuent à cette atmosphère pesante. On ne peut pas limiter cette série à une succession de révélations. Mr Robot, c’est avant tout une série qui décrit un monde inquiétant, littéralement fou. Peut-on changer ce monde malade par des gens malades ? Jusqu’où peut-on utiliser la technologie dans le but de sauver la population ? Beaucoup diront qu’il n’y a rien de révolutionnaire, la série s’inscrivant dans la même lignée que Fight Club (la seule chanson connue présente dans l’un des épisodes des Where is my mind ? des Pixies, ce choix-là ne me semble pas anodin). Je n’ai pas lu le roman de Chuck Palahniuk mais comme beaucoup (sans l’adorer non plus), j’aime bien le film de David Fincher. Je redoutais de fortes similitudes entre les deux oeuvres et honnêtement je trouve Mr Robot plus intéressant que le long-métrage culte. Malgré des sujets très actuels qui peuvent paraître très cool aux yeux d’un certain public (les hackers, la drogue, l’étrangeté etc.), Mr Robot n’a pas une volonté de paraître cool ou bizarre contrairement à ce que je redoutais. Elle a beau avoir son univers, des sujets qui toucheront certainement plus les jeunes, cette série a le mérite de ne pas être superficielle et va pour l’instant au bout de ses idées.

Photo Martin Wallström

Mr Robot, clairement inspiré par le printemps arabe (c’est même Sam Esmail qui le revendique), est une série ayant une problématique bien plus complexe qu’elle en a l’air. Sa densité pourrait rebuter, pourtant cette oeuvre reste accessible et captivante. Sa mise en scène est d’une grande précision (on nous prouve encore une fois à quel point la frontière entre cinéma et télévision est de plus en plus floue), son esthétique cohérente avec l’ensemble du projet et son scénario bien réfléchi nous présentant des personnages profonds. Rami Malek (qui avait remporté un Emmy Award très mérité pour sa performance) est juste bluffant et hypnotisant dans le rôle d’Elliot. Le travail qu’il a livré sur la voix off est également très important. La voix off est toujours un exercice risqué mais elle apporte réellement quelque chose, que ce soit dans l’ambiance de la série ou encore dans l’approche de la psychologie du personnage. On ressent vraiment ce sentiment de solitude et d’intériorisation en permanence grâce à cet outil. Son partenaire Christian Slater (récompensé par un Golden Globe) livre aussi une excellente interprétation. Les autres seconds rôles sont également très bons, avec un casting assez divers, représentant tous les genres (oui ça fait du bien de voir des filles qui n’ont rien de potiche) et communautés. Portia Doubleday est surprenante dans le rôle d’Angela. On aurait pu redouter un rôle trop lisse mais il s’agit finalement d’un des personnages les plus intéressants de cette série, son personnage évoluant au fil des deux saisons. L’évolution est progressive et paraît crédible : elle rend alors le personnage très ambigu. Avec Angela, on est pratiquement face à une étude concernant les mécanismes humains : un individu, face à des circonstances, peut perdre sa morale au fil des saisons alors que sa cause et sa souffrance sont à l’origine louables. Carly Chaikin est également surprenante en hackeuse un peu délurée mais qui affiche au fil des épisodes une personnalité plus profonde. A noter aussi un casting remarquable côté seconds rôles. Je pense notamment aux Wellick, un couple complètement tordu, incarné par la stupéfiante Stephanie Corneliussen et l’énigmatique Martin Wallström (petite dédicace au passage à Lilylit), ou encore la surprenante Grace Gummer. Mr Robot est pour moi une des séries les plus ambitieuses et fascinantes que j’ai pu regarder jusqu’à présent. J’espère que la prochaine saison sera aussi passionnante que les deux premières.

Photo Grace Gummer

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12 réflexions au sujet de « Mr Robot (saisons 1 et 2) »

  1. Une série tout simplement excellente, les technologies décrites, les méthodes de piratage sont plus que réalistes. Les personnages sont attachants et surtout, pour quelqu’un comme qui travaille dans le Web, ne sont pas des caricatures de geeks comme on le voit souvent et auxquels j’ai pu m’identifier aisément, que ce soit dans le quotidien proprement dit ou en tant qu’informaticien.
    Bref, excellente chronique sur laquelle je te rejoins entièrement.

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  2. Bel article ! Tout est dit 😉 C’est vrai que c’est une série ambitieuse et innovante. J’ai rarement vu un personnage aussi peu adapté dans une série. Les thèmes sont intéressants et parfois aussi peu accessibles mais l’ensemble est une vraie réussite ! espérons que les prochaines saisons apportent quelque chose et ne se contentent pas de surfer sur son succès…

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  3. Haha j’avais aperçu ta chronique ce matin, j’ai dû attendre toute la journée pour la lire ! Ce suspens ! ^^ Merci pour la dédicace, je n’en attendais pas moins ! 😛 En fait, même si je suis d’accord avec toi sur à peu près tout (si ce n’est l’ordre d’importance des personnages haha !), je n’aurais pas forcément mis en avant les mêmes éléments, c’est marrant ! Mais bon pour lire ma chronique il faudra attendre que la série soit finie !

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  4. Pas vu, mais, évidemment, j’en ai beaucoup entendu parler. Si c’est aussi interessant que ta chronique le laisse penser, faudra que je m’y colle un jour, d’autant que j’adore Christian Slater.

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  5. @ lilylit :
    Héhéhé je sais faire durer le suspense !! :p J’AI UN PUTAIN DE TALENT ! :p
    La dédicace, c’était juste norrrrrmal !!! 😀
    Roooh avec ton suédwaaaaaaa :p

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  6. Gros coup de coeur pour moi que cette série. La première saison reste à mes yeux la plus réussie (peut-être parce qu’il y avait la surprise de la découverte). Elle devrait ne s’étaler que sur 4 ou 5 saisons maximum, pas plus mal pour éviter la saison de trop. Vivement la saison 3 (qui n’arrivera qu’à l’automne cette année).

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  7. Je ne pense pas que la saison 2 soit plus ou moins bien torchée que la précédente, surtout vu qu’Esmail tire les rênes aux départements clés. Mais en effet au vu du twist et des conséquences du season finale, c’est dur de suivre une aussi puissante première saison… 🙂

    Aimé par 1 personne

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