Quelques minutes après minuit

réalisé par Juan Antonio Bayona

avec Lewis MacDougall, Felicity Jones, Sigourney Weaver, Liam Neeson, Toby Kebbell, Dominic Boyle, Geraldine Chaplin…

titre original : A Monster Calls

Drame, fantastique espagnol, britannique, américain. 1h48. 2016.

sortie française : 4 janvier 2017

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Conor a de plus en plus de difficultés à faire face à la maladie de sa mère, à l’intimidation de ses camarades et à la fermeté de sa grand-mère. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires. Mais c’est pourtant là qu’il va apprendre le courage, la valeur du chagrin et surtout affronter la vérité…

Quelques minutes après minuit : Photo Felicity Jones, Lewis MacDougall

Quelques minutes après minuit est une adaptation de l’excellent roman du même nom écrit par l’auteur anglo-américain Patrick Ness, lui-même ayant repris le projet de l’écrivaine britannique Siobhan Dowd, décédée d’un cancer durant l’écriture en 2007. Patrick Ness a aussi signé le scénario du long-métrage réalisé par Juan Antonio Bayona, dont on se souvient encore de ses deux précédents bijoux : L’Orphelinat et The Impossible. Quelques minutes après minuit a récemment triomphé aux Goyas (l’équivalent des Césars en Espagne) en remportant neuf récompenses dont celui du meilleur réalisateur. Une grande partie de la production est espagnole, mais l’intrigue se déroule en Angleterre. Le spectateur suit l’histoire du jeune Conor (âgé d’une petite dizaine d’années) qui doit supporter un grand nombre d’épreuves : le cancer de sa mère, la maniaquerie et la dureté de sa jeune grand-mère, son père parti refaire sa vie à Los Angeles et le harcèlement à l’école. Conor rencontre alors un monstre qui prend la forme d’un arbre (un if pour être exact), débarquant à chaque fois à 12h07, en général après minuit (d’où le titre français) mais aussi en journée (d’où ma précision sur la manière d’écrire l’heure en chiffre et non nécessairement en lettres avec un sous-entendu sur la période exacte). Dit comme ça, le film fait penser à l’excellent Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro si on reprend certains éléments : un film espagnol (même si tout le monde dans le film, dans le cas du film de Bayona, parle donc en anglais), une mère malade et mourante et un arbre qui a une place importante dans un récit aux allures de conte. Mais très rapidement, l’oeuvre de Bayona possède son propre univers et personnalité, on s’aperçoit vite qu’elle ne cherche pas à copier qui que ce soit. Avec un tel sujet, on aurait pu s’attendre à quelque chose de larmoyant. Certes, je peux admettre que l’émotion est peut-être parfois soulignée par quelques effets assez habituels dans certaines scènes (que ce soit des répliques ou la musique). Cela dit, ces effets en question ne gâchent pas selon moi la véritable émotion qui ne naît pas de procédés « superficiels » mais bien parce qu’il y a quelque chose qui sonne vrai. Le film n’a rien de gnangnan : il est réellement poignant. C’est peut-être pour cela qu’il n’a pas su trouver son public : il peut paraître trop dur pour un jeune public et l’aspect conte / fantastique a certainement rebuté les adultes. Pourtant, le film s’adresse à un large public en ne prenant personne pour des imbéciles. Ainsi, le conte n’est pas ici un moyen de mieux cacher la vérité. Au contraire, le film est une incitation à accepter la vérité, même la plus dure.

Quelques minutes après minuit : Photo Lewis MacDougall

Les scènes représentant les différentes histoires contées par le monstre sont époustouflantes, j’ai énormément aimé cette esthétique sous forme d’aquarelle. Ce choix prend encore plus de sens par rapport à quelques ajouts par rapport au roman d’origine : le dessin permet ici de créer une connexion encore plus forte entre la mère et son fils. D’autres petits ajouts m’ont également semblé assez pertinents, même si j’évoque aussi des détails et des points assez furtifs, comme par exemple le lien possible entre le monstre et une figure familiale. Le scénario, tout en restant assez fidèle au roman, est consistant et a surtout le mérite d’éviter le manichéisme (ce qui peut expliquer pourquoi ce film n’a pas une dimension larmoyante). La mise en scène, elle, est tout simplement remarquable. J’évoquais juste avant la qualité de l’esthétique avec des scènes sous forme de dessins jouant avec les formes et les couleurs. Le film en lui-même, dans ses scènes se déroulant dans la réalité, est également soigné visuellement. Je tiens notamment à souligner la présence d’une magnifique photographie, accentuant différents aspects qui se mélangent bien dans le long-métrage : la poésie, le merveilleux et la noirceur. Enfin, Quelques minutes après minuit est servi par une excellente distribution. Dans le rôle principal, le jeune Lewis MacDougall (vu dans Pan de Joe Wright) est bouleversant. Il faut dire que l’acteur écossais s’est inspiré pour son interprétation de sa propre histoire, sa mère étant décédée d’une maladie un an avant le tournage de ce film. Felicity Jones incarne une jeune mère malade, bienveillante, optimiste et courageuse avec beaucoup de justesse. Sigourney Weaver est également remarquable dans le rôle de cette grand-mère qui prend les choses en main en tentant de ne pas montrer sa souffrance. Je n’ai pas vu le film en VO (je suis allée voir le film dans un petit cinéma in extremis), c’est difficile de parler objectivement du travail vocal de Liam Neeson dans le rôle du monstre. Cela dit, il avait déjà procédé à ce type d’exercice (notamment dans les Narnia) et connaissant son talent et son travail en général , je pense qu’il n’y a pas trop à s’en faire (ceux qui l’ont vu en VO devraient me le confirmer). Pour conclure, je ne peux que vous conseiller Quelques minutes après minuit qui mérite d’être découvert et d’avoir une seconde vie, son échec au cinéma n’étant pas justifié. Bouleversant, même puissant, il parvient à mêler avec habilité fond et forme et pourra toucher différents types de public.

Quelques minutes après minuit : Photo Sigourney Weaver

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34 réflexions au sujet de « Quelques minutes après minuit »

  1. Tu en parles très bien Tina ! Le lien possible entre le monstre et une figure familiale est donc un ajout par rapport au livre. Et bien c’est un excellent ajout, tant j’ai trouvé cela très émouvant. Je te confirme, le travail vocal de Liam Neeson est excellent, tant et si bien que j’ai eu l’impression qu’il était présent de bout en bout, alors qu’on ne le voit à peine que sur une photo ou deux. Mais son ombre tutélaire plane sur tout le film, via les photos, sa présence en creux, les références qu’en fait sa fille, sa voix, puis le monstre aussi, les histoires partagées… c’est vraiment un des points forts du film en ce qui me concerne : cette présence des absents. Comment ne pas être émue ?

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  2. Il s’agit pour l’instant du plus beau film que j’aie vu cette année. Son échec est injustifié, même s’il est en partie explicable par sa difficulté à trouver une vraie cible (point sur lequel je suis totalement en phase avec toi).

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  3. Je ne m’y attendais pas car la bande-annonce m’avait peu convaincu. Au vue des critiques, j’ai fini par y aller même à une séance tardive. Ce film est superbe. Bayona signe son meilleur film à ce jour. L’orphelinat était sympa mais il manquait un truc. The impossible était fort émotionellement mais le final allait beaucoup trop dans le tire larme. A monster calls est mieux dosé. Le réalisateur réussit à contrebalancer un récit au déroulement un peu particulier (pas de réelle trame, juste le garçon qui découvre des histoires dans un contexte particulier) par une émotion forte. Beaucoup ont été ému aux larmes devant La la land, moi ce fut devant ce film car lui me parle.

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  4. @ 100tinelle :
    Merci beaucoup ! 🙂
    Et merci pour la précision concernant Neeson !
    Et j’adore ta formulation finale avec « la présence des absents » : c’est tellement juste !! 😀

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  5. @ Borat8 :
    Personnellement je suis archi fan de L’Orphelinat qui me plait toujours autant à chaque fois que je le revoie, je trouve justement ce film assez complet et abouti. The Impossible est franchement un très beau film même s’il est tire-larmes effectivement. Mais être réellement émouvant tout en étant tire-larmes, c’est quand même pas si mal ! 😀
    Comme toi ça me parle plus ce film que La La Land ! 🙂

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  6. Je trouve que L’orphelinat ne va pas plus loin dans ce qu’il montre, voire que c’est un brin déjà vu. On voit l’influence forte de Guillermo del Toro et le film fait souvent penser à L’échine du diable même si différent sur plusieurs plans.
    En fait je crois que je peux compter un sacré paquet de films qui m’ont plus parler et ému cette année. Cela va devenir mon petit jeu. Je ressors de Logan en larmes. 😉

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  7. @ Borat :
    Je ne sais pas si c’est vraiment lié à l’influence directe de Del Toro. Je dirais juste que les films de Del Toro et Bayona s’inscrivent dans un nouveau mouvement fantastique qui appartient au cinéma hispanique. Tu regardes d’autres films hispaniques de ce même calibre, y a aussi des « similtudes » (que ce soit visuel ou dans les thématiques). On est dans une période où on veut absolument casser les frontières. Or, je crois que pour comprendre et appréhender un cinéma, il faut prendre en compte des facteurs culturels.
    Visiblement, Logan a de bonnes critiques. On m’a proposé d’aller le voir mais vu que je suis vraiment larguée en X-Men, je passe mon tour 😮

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  8. En soi on peut aussi rapprocher L’orphelinat des Autres.
    Alors pour le coup je pense que tu peux aller le voir sans problème. C »est un véritable stand alone suffisament éloigné dans le temps par rapport à Apocalypse pour ne pas être emmerdé par la chronologie. Par contre il est vraiment violent Restricted oblige. Ne t’attends pas à une violence fun à la Deadpool.

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  9. @ Borat :
    Exactement pour le rapprochement L’Orphelinat / Les Autres ! C’est pour ça que c’est plus « complexe » que de parler de simple influence de Del Toro (parce que j’imagine que même lui a dû s’inspirer d’autres choses même s’il a son univers).
    Mais je ne m’attendais pas à une violence fun, pourquoi je m’attendrais à ça d’ailleurs ??

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  10. Disons que l’influence de Del Toro sur ses productions est très présente. Sur Mama par exemple.
    Pas forcément mais en tous cas ne t’attends pas à du Deadpool.

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  11. Alors tu peux y aller tranquillement. Si tu veux voir un vrai film de super-héros où il ne faut pas suivre toutes les deux secondes l’intrigue sur dix épisodes (cf le Marvel cinematic universe) c’est l’occasion.

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  12. De par son ton et sa brutalité, Logan est une perle rare. Je te conseille de le voir au cinéma quand même car cela vaut vraiment le coup.

    Aimé par 2 people

  13. En soi pas vraiment. Wolverine est certes dans la plupart mais là je pense que tu n’auras pas forcément besoin de connaître à mort pour comprendre. C’est avant tout Logan et Xavier seuls face à un groupuscule qui veut capturer une gamine. Voilà. 😉

    Aimé par 1 personne

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