Premier Contact

réalisé par Denis Villeneuve

avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, Michael Stuhlbarg…

titre original : Arrival

Science-fiction, drame américain. 1h56. 2016.

sortie française : 7 décembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film qui m’a fait pleurer

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Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

Premier Contact : Photo Amy Adams

Premier Contact est une adaptation du roman de Ted Chiang, L’Histoire de ta vie (Story of Your Life), publié en 1998. Le réalisateur québécois touche-à-tout Denis Villeneuve (qui, petit à petit, en gardant sa discrétion, s’impose à Hollywood tout en gardant sa personnalité artistique) se lance pour la première fois dans la science-fiction (mais ça ne sera pas sa dernière, vu qu’il va bientôt réaliser Dune et on attend aussi sa suite de Blade Runner) après être passé par différents genres. On a presque envie de lui dire : lui aussi a cédé à la tentation de la science-fiction. En effet, depuis quelques années, la SF a su se réimposer (du genre chaque année il faut aller voir LE film de science-fiction qui s’impose dans les tops de cinéphiles), certains films étant déjà dé (je pense notamment à Interstellar de Christopher Nolan, Gravity d’Alfonso Cuaron et même à Seul sur Mars de Ridley Scott). Premier Contact fait partie de ces récents films qui devraient marquer dans le temps. Ne vous attendez à un gros film bourrin ou bourré à tout prix d’effets spéciaux (même s’il y en a, je ne vous dis pas le contraire). Il s’agit d’un film de science-fiction intimiste qui a le mérite de se détacher de tout ce qu’on a pu voir jusqu’à présent. Evidemment, esthétiquement le film est une belle réussite : tout est absolument soigné et pensé. Mais il ne cherche pas à époustoufler à tout prix. L’approche de Villeneuve se veut assez réaliste et pas uniquement d’un point de vue visuel. Le scénario est cohérent avec cette approche esthétique en question : le réalisateur tenait à ce que tous les détails soient précis et documentés. Et cela se ressent, notamment durant la première partie du film, qui retrace bien le parcours du combattant au sein d’une base militaire, en respectant tous les protocoles : on est alors comme Louise Banks, c’est-à-dire qu’on est dans une longue attente, entre appréhension et curiosité. La représentation des aliens est par ailleurs assez intéressante : elle est assez différente de ce qu’on a pu voir jusqu’à présent et donc de ce qu’on pourrait imaginer.

Premier Contact : Photo Amy Adams, Jeremy Renner

L’extraterrestre est donc ici une représentation mêlant animalité (le réalisateur s’étant inspiré de baleines, de pieuvres, d’araignées et d’éléphants pour sa vision de la créature en question) et d’onirisme (concrètement, le spectateur voit la créature mais elle reste tout de même suggérée à sa façon). Villeneuve va alors au bout de ses idées, notamment en éclairant sur la notion même d’alien. L’alien, c’est étymologiquement l’étranger. La linguistique, et plus généralement le langage, voire même la communication, est un des sujets les plus importants de ce film, notamment en ce qui concerne sa dimension culturelle. Filmer ce langage à décrypter pour pouvoir mieux se l’imprégner et dépasser la simple question de traduction est pour moi un énorme défi, merveilleusement bien relevé. La place de l’aspect géopolitique dans le scénario traduit alors un manque de communication entre les humains, problème qui peut entraîner de graves conséquences. Que se passerait-il alors si les hommes pouvaient alors être en contact sans barrière linguistique, culturelle ou autre type d’obstacle ? La communication, c’est aussi ce lien éternel, malgré les tragédies de la vie, entre une mère et son enfant. La maternité est effectivement l’autre grand axe important de ce long-métrage, permettant au film de bénéficier d’une réflexion profonde sur notre existence. Le parallèle entre l’arrivée des extraterrestres (et tout ce que cela peut impliquer) et l’arrivée / la naissance d’un enfant est très fort que ce soit dans sa manière de traiter ses sujets mais également émotionnellement. Et finalement, au-delà de la communication, j’ai envie d’évoquer la connexion, notamment dans le temps. La science-fiction est habituellement le genre mettant en avant le futur. Premier Contact va plus loin dans sa réflexion sur le temps. Il ne parle pas que de futur, dans un sens, il privilégie même le présent. A travers un solide montage (qui aurait pu nous inquiéter et être en mode « grand n’importe quoi », mais cela n’est pas le cas) et une mise en scène très réussie (soignée et précise), cette narration fonctionnant par circularité (à l’image du prénom de la fille de Louise, Hannah, un palindrome ou encore le langage des aliens) prend encore plus de poids, d’enivrement même et surtout de sens.

Premier Contact : Photo Amy Adams

Cette narration en question, mêlant notamment flashbacks et flash-forwards, devient encore plus puissante, en resserrant petit à petit l’intrigue vers un aspect intime (tout en gardant une part d’universalité – à partir des thèmes évoqués juste avant). Le tout est absolument bouleversant (et ouiiii j’ai encore pleuré !), le film n’est alors pas uniquement réussi par les différentes pistes de réflexion qui s’emboîtent avec une grande cohérence, il l’est aussi par sa manière de parler tout simplement de la beauté de la vie (même à travers le deuil et plus généralement la peur de la mort), dans toutes ses significations possibles. La musique de l’islandais Johann Johansson est magnifique, parvient aussi à sublimer ou encore à suggérer la claustrophobie et l’inquiétude sans en faire des caisses non plus. Premier Contact est un film très captivant, qui provoque beaucoup d’émotions tout en proposant une réflexion profonde sans perdre ses spectateurs. L’interprétation d’Amy Adams, injustement oubliée aux Oscars cette année, apporte également beaucoup au film. Son personnage est déjà très bien écrit (on aurait pu tomber dans le cliché ou dans des lourdeurs, or on sera étonné par la sobriété du personnage) et Amy Adams l’incarne à merveille : j’ai même envie de dire qu’elle confirme bien tout le bien que je pense d’elle depuis des années, elle est une grande actrice. Les seconds rôles sont également bons. Certes, on pourra dire que Forest Whitaker fait du Forest Whitaker mais il est bien dans ce qu’on lui demande. Jeremy Renner m’a vraiment surprise dans ce rôle doux (je ne suis pas habituée à le voir dans ce registre). Il aurait pu passer pour un simple second rôle sans intérêt, ce n’est pas le cas. Pour conclure, Premier Contact est une excellente surprise, réussissant à susciter l’intérêt du spectateur sans tomber nécessairement dans le spectaculaire comme on en a tant l’habitude et profond sans paraître élitiste ou incompréhensible. Il a aussi le mérite de ne pas être trop long contrairement à beaucoup de films de science-fiction et de ne pas ennuyer même s’il n’est pourtant pas si rythmé que ça. Le long-métrage séduit justement par son côté intimiste, parfois mystique, sans non plus qu’on n’ait l’impression qu’il prenne de haut le spectateur. Finalement, il s’agit d’un fantastique film sur l’infiniment grand pour saisir l’infiniment petit.

Premier Contact : Photo Amy Adams

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35 réflexions au sujet de « Premier Contact »

  1. Pas trop long en effet … Un film de tâcheron, J’ai du activer la touche avance ( très ) rapide pour mettre fin au supplice ;(
    Amy Adams commence à me gaver sévère la sainte vierge …………….

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  2. Movie Challenge 2017 : Un film qui m’a fait pleurer .. 1000 excuses, j’avais pas vu 🙂 🙂
    Pleurer est un art auquel s’exercent les belles, disait Ovide ….

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  3. Tu as parfaitement résumé : « un fantastique film sur l’infiniment grand pour saisir l’infiniment petit » ou l’inverse. Finalement, n’est ce pas le langage que l’on juge toujours acquis qui finit par sauver une civilisation ? Ravie que tu aies apprécié le film. Bon we !

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  4.  » il s’agit d’un fantastique film sur l’infiniment grand pour saisir l’infiniment petit. »
    Rien que ça, ça me plaît ! Ce n’est pas la première fois que je lis un véritable dithyrambe sur ce film de SF. Sur ce thème finalement universel, impossible de ne pas te recommander, dans un tout autre style, L’homme qui rétrécit

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  5. Joli plaidoyer, Tina. Comme tu le sais, j’ai moi aussi aimé le film. Je lui trouve plein d’échos à notre monde actuel, les plus explicites n’étant pas forcément les plus intéressants (je pense notamment aux scènes avec le général chinois, qui sont à mes yeux les moins réussies).

    Denis Villeneuve fait vraiment des films « solides » ! J’espère qu’il ne diluera pas trop sa personnalité dans des oeuvres aussi fortes que « Blade runner » et « Dune ». J’attends impatiemment son prochain film moins marqué que ces deux-là.

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  6. un film sublime. Magnifique. Plein de justesse et de finesse. Juste beau et émouvant. Le cinéma, quelle belle invention.

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  7. Personnellement je n’ai pas ressenti le côté claustrophobique, mais j’ai apprécié l’approche laissant supposer un flashback alors qu’on est face à un flash-foward, ce qui ouvre une porte sur la perception du temps, avec, du coup, une ouverture sur le concept de l’intemporalité. DU bel ouvrage !

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  8. (Pour n’évoquer que la superbe et très douce créature du film) Kristen Stewart, d’un côté, Amy Adams de l’autre ! Quelle actrice en effet ! et de très bons choix d’actrice ces derniers temps.

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  9. @ Martin :
    Merci beaucoup Martin !!
    Pareil, j’ai peur de son Blade Runner et Dune mais en même temps je me dis que rien n’est foutu, loin de là, vu le talent du bonhomme…

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  10. @ Olivier Demangeon :
    Je l’ai surtout ressenti cet effet claustro quand Louise et son équipe rencontrent pour la première fois les aliens et qu’ils embarquent dans le vaisseau super sombre, Louise est à moitié étouffée, l’autre gerbe etc…
    Après on est d’accord : le résultat est vraiment à la hauteur ! 🙂

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  11. Moi, j’aime quand les aliens bombardent tout et la, ça n’a franchement pas l’air d’être le cas, donc, je passe. Mais, le commentaire de Ronnie est excellent.

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  12. Un magnifique film de black science où Denis Villeneuve continue dans une approche anti spectaculaire. Une contre proposition aux films du même type que l’on voit défiler depuis 3 ans. Le film réussit à montrer un message pacifique et optimiste dans un film globalement pessimiste, course contre la montre pour essayer de trouver une solution. Villeneuve n’a pas choisi le seul morceau préexistant pour rien: le morceau de Max Richter a été écrit comme un panphlet contre la Guerre en Irak. Le clin d’oeil est plus qu’évident ici. Amy Adams trouve peut être son plus beau rôle et son snobisme aux oscars est tout simplement honteux. Même Jeremy Renner sort de ses rôles de gros durs pour aller vers quelque chose de plus sensible. Je croyais déjà en Blade runner 2049 avec sa nomination, après Arrival je suis d’autant plus accroché, d’autant que le teaser est intéressant. Et surtout Scott est dégagé, ce qui aurait dû être fait également avec la saga Alien.

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  13. Oui tu as aimé ! J’ai aussi pleuré, rassures-toi, mais je reste fascinée par la beauté et la délicatesse de ce film. Et un film sur le langage, en temps qu’ex étudiante en langue, ça me parle vraiment

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  14. J’avoue être allée le voir surtout par curiosité, parce que j’aime bien les histoires avec des aliens dedans et que, pour une fois, ça n’avait pas l’air de jouer sur les grosses ficelles du « ils sont méchants, on est gentils, BUTONS-LES TOUS A COUPS DE KALASH ».
    Résultat, j’ai beaucoup aimé. La vision du temps, autrement que linéaire, est vraiment bien gérée, et les flashbacks qui sont en fait des flashforwards, moi, je dis un grand oui. L’approche de la rencontre du troisième type via le prisme d’Amy Adams, qui est confrontée à tellement plus grand qu’elle avec la responsabilité d’une éventuelle guerre mondiale sur ses fragiles épaules d’universitaire, j’ai trouvé ça vraiment, vraiment intéressant 🙂
    Et je suis absolument fan du physique des aliens (mi-colosse de pierre, mi-pieuvre, mi-baleine et mi-arachnide derrière) ainsi que de l’esthétique de leur forme d’écriture. Je suis à deux doigts de m’en faire une affiche pour l’accrocher aux murs de mon chez-moi.

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  15. @ Suzy Bishop :
    En lettres, je me suis également beaucoup intéressée à la linguistique et j’ai un peu fait des sciences du langage, forcément comme toi ça m’a parlé ! 😀

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  16. @ Sweet Judas :
    En lisant le début de ton commentaire, je me suis dit « ouuuuhlalala elle est au taquet pour le démonter » mais finalement non ! Et je suis ravie que tu aies beaucoup aimé ce film !! 😀
    (ouiiii l’affiche !! 😀 ).

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  17. @ Papillote :
    (oooh you’re back !! 😀 ).
    Je suis hyper contente que tu aies autant aimé ce film que moi !! J’espère qu’on ne sera pas déçue par Blade Runner ! 🙂

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