Mon Roi

réalisé par Maïwenn

avec Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel, Louis Garrel, Isild Le Besco, Patrick Raynal, Paul Hamy, Yann Goven, Chrystèle Saint-Louis Augustin, Norman Thavaud…

Drame, romance français. 2h. 2015.

sortie française : 21 octobre 2015

Movie Challenge 2017 : Un film réalisé par une femme

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Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel

J’avais adoré Polisse, qui avait rencontré un joli succès en salles ainsi que le prix du jury à Cannes. Certes, il avait certainement ses défauts selon moi (faut savoir être honnête) mais il fonctionnait réellement dans le sens où il provoque diverses émotions et réflexions. En revanche, les critiques n’avaient pas été tendres avec Mon Roi, qui avait pourtant permis à son actrice principale, Emmanuelle Bercot (principalement connue pour son travail de scénariste et maintenant de réalisatrice notamment avec La Tête Haute et La Fille de Brest) de remporter le prix d’interprétation féminin (ex-aequo avec Rooney Mara pour Carol de Todd Haynes). J’avais juste remarqué que les sites / blogs / magazines féminins (voire même féministes) avaient plutôt défendu ce film. J’ai tout de même voulu voir ce que donnait ce long-métrage par pure curiosité. Hélas, les critiques cannoises avaient vu juste. Ce film n’avait rien à faire à Cannes et encore moins en compétition. Je le dis direct : il faut arrêter de voir du sexisme et de la misogynie partout (même s’il y a certainement des bouffons dans le lot, comme partout), parce qu’on ose dire que ce film n’est pas terrible. On ne dit pas qu’il est hystérique parce que c’est Maïwenn (et par extension, une réalisatrice) qui est derrière la caméra. Ni parce que le personnage principal est une femme (parce que Giorgio est dans son genre également très hystérique). Non, c’est juste une impression globale qui apparaît dès les premières minutes du film. En gros, pour Maïwenn, la passion, c’est baiser et se hurler dessus. Tout est noir ou blanc avec elle. Il n’y a aucune analyse ou réflexion pertinente. Le scénario se limite alors au schéma suivant : rencontre, baise, dispute, réconciliation (au pieu ou ailleurs d’ailleurs), dispute (avec hurlement comme toujours), grossesse, séparation, accouchement, réconciliation, dispute, divorce, baise, dispute. Et le film dure deux bonnes heures, bon sang ! Je vous assure qu’il m’a paru très long et répétitif. En plus, je déteste ces films qui enchaînent les scènes se déroulant sur plusieurs années (ici dix ans) comme on zapperait de chaîne à la télé.

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel

Je comprends que Maïwenn ne pouvait pas tout montrer de la vie de ce couple en deux heures, il fallait bien sélectionner certains événements qui sembleraient importants dans la construction et déconstruction de leur amour mais la sélection faite par la réalisatrice semble extrêmement réductrice. On observe aussi quelques indices pour montrer l’évolution (notamment physique) des personnages mais les ellipses sont pour moi mal gérées : t’as vraiment l’impression qu’on te balance les différentes scènes un peu n’importe comment, une sorte de best of (enfin, best, pas toujours) de leur vie épuisante. Le montage qui se concentre alors sur certains événements de la vie de Tony et Giorgio (qui n’est pas pour moi, contrairement à ce que j’ai lu, un pervers narcissique, juste un bouffon ou un connard pour moi, n’utilisons pas des termes scientifiques pour si peu) prouve encore plus à quel point Maïwenn ne maîtrise pas bien son sujet, qu’elle se laisse déborder, un peu comme ses personnages par leurs émotions. Enfin, la réalisatrice va nous sortir que son film est sur l’addiction (ici amoureuse / affective). Cela ne justifie pas tout au bout d’un moment, même si je ne nie pas que certaines relations puissent être destructrices. Tout est absolument grossier et creux. Même les significations plus psychologiques manquent cruellement de subtilités et de réelle recherche. Certes, dans Polisse, il y en avait déjà qui n’était pas d’une grande finesse (je dois l’admettre, même en ayant aimé le film). Mais ça restait tout de même un minimum pertinent. Là, dès les premières minutes du film, lorsqu’on découvre l’héroïne dans un centre de rétablissement suite à son accident de ski, on comprend à quel point ce qu’on va voir sera lourdingue. Par exemple, pour bien expliquer la démarche aux spectateurs, visiblement des demeurés, la psy demande pourquoi Tony s’est blessée au genou et par ailleurs : parce que genou, ça fait aussi « je-nous ». Elle et son couple. Boudi, ça part mal. L’accident de ski, là aussi, grosse métaphore de malade : il faut que Tony se relève littéralement après son histoire d’amour passionnelle et compliquée. Tony traîne aussi avec une bande de jeunes kékés alors qu’elle a quarante balais. Là encore quelle subtilité !

Mon Roi : Photo Isild Le Besco, Louis Garrel, Vincent Cassel

Allez, dernier exemple, juste pour qu’on s’éclate un peu : Tony (prénom / surnom cliché, à l’image de Giorgio, t’as l’impression d’être dans Confessions intimes) s’appelle en réalité Marie-Antoinette. Vous comprenez, à cause de Giorgio, son « roi » (des connards), elle en perdrait la tête ! Niveau prénom, Maïwenn n’a épargné personne, le môme de ce couple de hurleurs se prénommant Sinbad, vous avez bien lu, Sinbad (je m’excuse si des Sinbad me lisent). Que reste-t-il alors (un minimum) de ce que j’ai vu ? La mise en scène reste malgré tout assez correcte même si elle tombe parfois dans l’hystérie, à l’image de tout ce qu’il y a de présent à l’écran. Mais je dois avouer que ce n’est pas le pire, par rapport à tout ce qu’il y a d’horribles dans ce film. De plus, même si cela ne sauve pas en rien le film, les interprétations restent assez bonnes alors que les acteurs ne sont certainement pas aidés par le scénario et le peu de consistance des personnages. Certes, Emmanuelle Bercot ne mérite pas pour moi son prix d’interprétation cannois, assez excessif (j’ai envie de dire, comme le film). Elle passe beaucoup de temps à hurler, pleurer et tout ça : c’est un fait. Cela dit, je m’attendais tout de même à pire. On sent qu’elle est concernée par son personnage, elle livre étrangement une interprétation assez sincère et convaincante. Encore une fois, vu le contexte, je ne peux pas lui jeter des pierres. Avec un scénario mieux écrit, je suis certaine qu’elle aurait encore mieux jouer même si c’est déjà le cas. Vincent Cassel s’en sort également bien même s’il cabotine et qu’il joue ce genre de rôles depuis une plombe (il y a des fois où ça m’exaspère). Bref, il n’y a pas de subtilités dans le jeu de Bercot ni dans celui de Cassel, on est forcément dans quelque chose d’excessif mais les acteurs sont au moins dans ce qu’on leur demande et on peut tout de même se dire qu’ils sont crédibles. Même le couple qu’il forme à l’écran reste malgré tout crédible. Dans les seconds rôles, on notera la très bonne performance de Louis Garrel, qui fait preuve d’un naturel et d’un humour (oui, il est drôle, quel scoop !) qui fait du bien à cet ensemble pas toujours très digeste.

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot

Allez pour le plaisir, des extraits de mon live-tweet (cliquez sur les vignettes pour agrandir).

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42 réflexions au sujet de « Mon Roi »

  1. Voilà bien un film qui ne me tentait pas du tout… Je t’avoue que je n’ai pas envie d’entendre crier et se déchirer pendant 2 heures… et en lisant ton avis, je me dis que je n’ai pas eu tort de passer à côté de ce film 😉

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  2. Désolée que tu n’aies pas aimé… 😦 Moi qui ai ADORE ce film ! En fait je n’y ai pas vu du tout une « histoire de couple » mais plutôt le portrait, très dur, d’un pervers narcissique et de son emprise sur son entourage, en particulier sur sa femme. On dirait que les critiques ont loupé l’affaire : il ne s’agit pas d’un couple banal. Peut-être que les gens qui ne savent pas ce qu’est un pervers narcissique n’ont pas pigé le truc, et là on peut dire que Maïwenn s’est plantée car elle n’a pas pu délivrer son message. Mais pour ceux qui connaissent ce genre de personnages, c’est très très émouvant et très très touchant et très très dur (ça rappelle des souvenirs).

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  3. J’ai toujours hésité mais tu m’as définitivement convaincue de ne pas le voir (baise+cris à répétition, non merci). Merci Tina 😀

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  4. Etant donné que j’ai énormément de mal avec les films « passion » où les gens hurlent quand ça va pas, se jette dessus quand ça va, font des caprices et disons-le, ne savent pas se tenir en société (parce que oui, je dis peut être tout le temps des insanités, mais comme le dit Betty dans un Air de famille: « On peut être extrêmement vulgaire sans dire un seul gros mot »); que j’ai détesté, par exemple, des films qui ont eu bien meilleure presse que « Mon roi » pour ces mêmes raisons (« Mommy » ou « Whiplash »), j’ai cru bien faire en faisant l’impasse sur ce film. Tu confirmes que j’ai économisé 2h10 de ma vie. Je te remercie infiniment et je vais sûrement profiter de ce crédit de temps pour revoir cet épisode de Tutotal une trentaine de fois: https://www.youtube.com/watch?v=s0FMlebqr3k

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  5. Haha alors déjà qu’il ne m’a jamais fait envie ! Là tu l’assassines ! Franchement j’aime ressentir des émotions au cinéma, la passion tout ça, pas de problème, mais alors le côté cru pour faire cru, j’ai beaucoup de mal. Et j’avais déjà flairé que ce film allait tomber là-dedans. Pourtant, si la réalisatrice voulait parler des pervers narcissiques, c’est un sujet intéressant, je pense qu’il y avait de quoi faire quelque chose. Mais sur un truc aussi délicat qu’un trouble psy, l’excès dans le scénario n’est jamais une bonne idée !

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  6. Film qui ne me tentait déjà pas des masses mais à la lumière de ta chronique, je crois que je vais clairement m’en dispenser (sauf si j’ai un jour, ô miracle, du temps à perdre mais j’en doute.)

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  7. Il me semble pas que « pervers narcissique » soit une notion scientifique. C’est une expression, quoi… « Connard » me semble aussi adéquat, comme tu le soulignes toi même d’ailleurs.
    A part cela, j’ai pas vu le film, j’aime pas MaÏwenn mais bon, j’aime bien commenter pour rien.

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  8. Pervers narcissique c’est très différent de « connard » ! Un connard, on gère : on ignore ou on le remet à sa place. Un pervers narcissique te manipule, te fragilise, te fait croire peu à peu que tu n’est qu’une merde, un bonne à rien.

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  9. @ Sweet Judas

    Je te confirme ce que dit GirlyMamie concernant les PN. Ce type d’individu considère les autres comme de simples objets qu’ils peuvent manipuler à leur guise pour en faire ce qu’ils veulent. Même s’il est vraiment qu’en matière psychologique, ce n’est pas évident d’attribuer des critères considérés comme scientifiques et vérifiables par des tests ou une prise de sang/scanner/IRM que sais-je (c’est pas une maladie qu’on détecte à une auscultation, si je ne m’abuse, ce n’est pas non plus une maladie mentale et le débat est encore ouvert à l’heure qu’il est), mais ça existe malheureusement.

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  10. Ahahaha quel mordant 🙂
    C’était assez cliché et très hystérique oui. J’irai lire ma critique en revanche, me souviens même plus trop bien ce que j’en avais pensé …

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  11. J’ai un souci avec le fait que les « symptômes » associés à cette expression commencent par « Un PN peut être ceci ou cela MAIS pas obligatoirement ».
    Lorsque tu parles de débat, je suppose que cela me place du côté des sceptiques.

    PS : Précision générale à part mais précision quand même, je ne parle que de la caractérisation de l’expression en elle-même, rien d’autre.

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  12. J’étais plutôt inspiré l’autre soir. 🙂 Juste déçu que tu n’as pas concervé la magnifique histoire du propriétaire de la voiture, probablement ce que j’ai écrit de mieux sur Twitter depuis longtemps! 😀 Sinon le film ne m’inspirait déjà pas, mais alors avec ce que tu as dit, ça me donne encore moins envie de le voir. Déjà que j’ai du mal à supporter les hystéries collectives dans les films, alors si c’est comme ça tout le film…

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  13. @ GirlyMamie / Cocogossip (je me permets de vous répondre en un seul poste concernant un point) :
    J’ai beau avoir lu des articles de psychologie sur les pervers narcissiques (parce que j’adore lire des articles de psychologie !), un ex d’une de mes meilleures amies était aussi un pervers narcissique (et ça a été l’enfer pour elle). Et honnêtement concrètement dans le film (même si je ne prétends pas être une spécialiste du sujet, je ne me base que sur MON avis), j’ai pas ressenti qu’il souffrait de cette maladie mentale en particulier. J’ai l’impression que c’est un peu une sorte d’excuse, un peu comme actuellement « il est dyslexique » pour ne pas dire qu’il fait juste des fautes d’orthographe. (après tout, y a des connards qui peuvent manipuler justement !) Giorgio, pour moi c’est juste un con dans son cas. Et Tony, honnêtement, elle a quand même ses torts et pas uniquement parce qu’il y a la passion et tout ça. Je l’ai même trouvée assez bête (oui c’est mal, je la juge !). Je ne pense pas en tout cas être passé à côté du truc, juste que pour moi ça a une nomination différente de ce que la réalisatrice prétend montrer (après ce n’est que mon ressenti). En tout cas, si je ne l’ai pas ressenti, c’est qu’effectivement Maïwenn s’est bien plantée quelque part !

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  14. @ alice in oliver :
    Je n’ai pas vu les autres films de Maïwenn (je veux dire ses deux premiers : Pardonnez-moi et Le Bal des actrices), est-ce un vrai premier faux pas ? Aucune idée !

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  15. @ Girlie cinéphilie :
    Ohhhh putain je ne connais pas du tout cette émission, c’est énooooooooooorme !!! 😀 Je m’abonne direct !! Qu’est-ce que j’ai ri !!!! 😀 😀 😀 😀

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  16. @ lilylit :
    Que veux-tu, je suis Tina la Killerrrrrrr, graaaaaooouuuhhh ! 😀
    Effectivement, je ne sais pas si Maïwenn s’est bien documentée sur le sujet, en tout cas le résultat reste faiblard par rapport à un sujet peut-être trop gros pour elle.

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  17. @ Sweet Judas:
    Quand je dis « scientifique », c’est large, c’est dans son sens technique et psychologique. Justement pour moi ce n’est pas une expression, ça désigne bien une maladie.
    J’aime bien quand tu commentes même quand t’as pas vu le film ! 😀

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  18. @ borat8 :
    Ah merde c’est vrai que je ne l’ai pas souligné, même dans ma chronique !! 😮 😮
    (ahaha comme Ronnie, je tique sur la fauuuute 😀 ).
    Après tu peux le regarder pour rigoler !

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  19. Je pense que je me ferai mon propre avis car c’est Maïwen et que ce film divise.
    Mais ton avis ne donne pas envie 😉
    Bonne journée et merci de ta chronique.

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  20. Les fan fictions de base peuvent toutes se rhabiller. Bon déjà cela veut dire qu’après Les lois de l’attraction Sean Bateman a construit un foyer ce qui tient du miracle! 😀

    Aimé par 1 personne

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