Nocturnal Animals

réalisé par Tom Ford

avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson, Isla Fisher, Ellie Bamber, Armie Hammer, Karl Glusman, Laura Linney, Andrea Riseborough, Michael Sheen, Jena Malone…

Drame, thriller américain. 1h57. 2016.

sortie française : 4 janvier 2017

Movie Challenge 2017 : Un film sorti cette année

nocturnalanimals

Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’oeuvre qui lui est dédicacée…

Nocturnal Animals : Photo Amy Adams

Sept ans après le formidable A Single Man (qui était déjà une adaptation de roman), le styliste Tom Ford adapte le roman d’Austin Wright, Tony and Susan, paru en 1993. Tony et Susan sont effectivement les personnages principaux de Nocturnal Animals. Enfin, oui et non. Ils sont bien les personnages du film de Ford qui a remporté le Lion d’argent – Grand prix du jury à la Mostra de Venise en 2016. Mais Tony est surtout le personnage du roman d’un des personnages du fillm (Edward) qui s’intitule donc aussi Nocturnal Animals. Le long-métrage de Tom Ford est donc une fiction dans la fiction : Edward envoie le manuscrit en question à son ex-femme, Susan, une artiste cynique qui subit les infidélités de son mari actuel. En découvrant le texte d’Edward, Susan se sent nostalgique et se rend compte à quel point elle n’a pas fait le bon choix en laissant son premier mari tomber de la pire des manières. Elle veut même le revoir suite à la lecture de ce roman. Tom Ford joue alors sur trois temporalités : le présent avec Susan qui lit le roman, le passé montrant comment Susan s’est mise en couple avec Edward puis comment elle la détruit et enfin il y a évidemment la temporalité même du roman. Sur le papier, cela peut paraître compliqué mais à l’écran on comprend a priori facilement et rapidement. Beaucoup de réalisateurs auraient pu rendre le long-métrage inaccessible, ce n’est pas le cas chez Tom Ford. J’avais beau connaître (et aimer) son travail sur A Single Man (on y pense d’ailleurs par moments en regardant ce deuxième long), je redoutais le manque de compréhension. Or, c’est étonnamment compréhensible au premier abord. Si on isole le roman, ce dernier est très simple par rapport à ce qu’on attend d’un polar traditionnel : une histoire de vengeance comme on a l’habitude de voir, au Texas (l’endroit typique pour avoir des embrouilles dans un roman policier), avec un flic et des méchants stéréotypés. Surtout, en avançant dans le film, on comprend aussi aisément les liens entre le roman et la vie vécue par l’ancien couple formé par Edward et Susan. La mise en scène et plus généralement l’esthétique du film sont très visuelles, pourtant étonnamment rien n’est jamais lourd. Et c’est par ces procédés que Tom Ford parvient à donner une sorte de subtilité à la complexité de son oeuvre.

Nocturnal Animals : Photo Jake Gyllenhaal

Son apparente facilité d’accès prouve déjà selon moi une des grandes qualités de Nocturnal Animals (on pouvait s’attendre à un film hautain, ce n’est pas le cas). On comprend a priori ce qu’on voit à l’écran dans les grandes lignes mais en même temps le spectateur est face à des interrogations ou plutôt à son sens de l’interprétation. Chaque oeuvre, que ce soit un film (l’oeuvre de Ford), un roman (celui d’Edward), une peinture ou une oeuvre étrange (le travail de Susan) dans une exposition artistique (je reviendrai sur la scène d’ouverture) mérite d’être décortiquée ou interprétée en fonction de sa propre expérience et de son propre ressenti. L’art est alors évidemment un des thèmes les plus importants de ce deuxième long-métrage de Tom Ford. L’art est quelque chose qui se vit littéralement : la scène où elle entend les battements de coeur de Tony est particulièrement frappante. Surtout, plus globalement, étant donné qu’on est face à une fiction dans la fiction, l’art peut aussi avoir pour mission de revivre certains événements ou en tout cas de la modifier, de la remodeler et d’imaginer la personne qu’on a envie d’être ou que l’Autre imagine que vous soyez. Cela vaut aussi bien pour l’auteur (Edward) que pour le lecteur concerné (Susan). Le film de Tom Ford se démarque aussi par son sens de l’esthétique, devenant ainsi lui-même une ode à l’art. Il parvient par cet esthétique à servir le scénario et les tourments des personnages. La première scène, qui a visiblement « choqué » ou perturbé certains spectateurs, présente des femmes obèses pratiquement nues et très à l’aise avec leur corps. On s’aperçoit alors juste après que ces femmes en question, également allongées sur des tables, font partie de l’exposition artistique de Susan. Possiblement une référence à des oeuvres artistiques appartenant au mouvement hyperréaliste, ce générique a le mérite de créer un malaise en mettant en avant littéralement l’opulence surtout par rapport à l’existence vide de Susan.

Nocturnal Animals : Photo Amy Adams

Un dernier thème phare de Nocturnal Animals est la vengeance. Il y a donc d’un côté la vengeance de Tony dans le roman qui est davantage plus concrète et terre-à-terre, et surtout plus compréhensible pour le spectateur qui compatira avec le personnage. De l’autre, sans révéler la fin, il y a bien la vengeance d’Edward qui fait finalement plus mal mais qui peut aussi partager le spectateur (la réaction du personnage étant plus lâche). Finalement, et c’est d’ailleurs là où le film devient encore plus complexe que prévu (même s’il l’est déjà tout court), c’est que nous ne sommes plus sûrs en avançant qu’Edward parle uniquement de lui et de son ressenti sur sa relation avec Susan à travers le personnage de Tony : on peut aussi penser que Tony est aussi en quelque sorte Susan. Les différents processus mis en place permettent de rendre ce film très troublant. Même le choix des acteurs n’est pas anodin. Jake Gyllenhaal interprète deux personnages (donc les fameux Edward et Tony) tandis qu’Isla Fisher interprète l’épouse de Tony : on comprend aisément qu’elle représente Susan (Amy Adams). Il faut aussi prendre en compte les plans où, de dos, on ne sait plus s’il s’agit de Laura, India ou Susan. Enfin, le dernier grand thème à dégager est certainement celui des apparences. Evidemment, c’est un thème qu’on peut vite percevoir à travers l’existence de Susan. Elles ont été à l’origine de la destruction du couple Susan-Edward ainsi que celle de la famille de Tony. On se pose même la question suivante : Ray était-il de base un monstre ou l’est-il devenu parce que les Hastings l’ont jugé ainsi à son apparence ? Nocturnal Animals est pour moi un véritable bijou, extrêmement envoûtant, brillant et bien pensé de A à Z. Pour couronner le tout, le film bénéficie d’une très belle distribution. Amy Adams est certes peu présente techniquement parlant et pourtant tout est fait pour qu’on pense sans cesse à elle tout le long. Jake Gyllenhaal (décidément, il choisit de mieux en mieux ses rôles) est également remarquable, surtout en tenant deux rôles. Michael Shannon, en flic certes volontairement stéréotypé mais attachant, est comme d’habitude formidable. Enfin, la bonne surprise de ce casting (même si encore une fois tout le casting est excellent) est certainement Aaron Taylor-Johnson, très justement récompensé par le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle.

aaron

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35 réflexions au sujet de « Nocturnal Animals »

  1. Je ne lis pas encore ta critique parce que j’espère le voir celui-ci… Il avait déjà placé la barre très haut avec a single man, je croise les doigts pour celui-ci ^^

    Aimé par 1 personne

  2. Totalement d’accord avec toi. Ce film est un coup de coeur pour ma part. Les acteurs, l’esthétique..tout est si sophistiqué et captivant ! 🙂

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  3. J’avais lu une première critique assez décevante. Contente que tu aies apprécié, ça me réconforte. J’avais adoré A single man et je suis très curieuse de voir ce deuxième.

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  4. Pitin l’intro avec les majorettes, fallait oser.
    Film bancal pour ce qui me concerne, bancal et chiant pour tout dire ….
    Esthétique quand même, mais chiant 😉

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  5. Je l’ai vu hier soir et je l’ai beaucoup aimé. Ton billet me révèle aussi certains points qui étaient restés un peu flou, et ça, j’aime bien ! Et puis, le film renvoie aussi au fait que certains actes ne peuvent pas être réparés, il faut payer un jour ou l’autre. La dernière scène est poignante. Et cruelle, oui. La vengeance est vraiment un thème central, parmi d’autres.

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  6. Alalalala j’ai hâte hâte de le voir! (je me suis faite blousée dimanche, film victime de son succès et moi victime par extension) J’avais beaucoup aimé A Single man, j’ai vraiment très envie de voir comment ce cher Tom va se dépatouiller avec cette histoire qui m’a l’air fort intéressante ma foi!
    et bien sur je dis AMEN à cette superbe phrase aussi drôle que véridique « une histoire de vengeance comme on a l’habitude de voir, au Texas (l’endroit typique pour avoir des embrouilles dans un roman policier) »

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  7. Je ne l’ai pas encore vu mais j’espère qu’il me plaira autant qu’à toi. J’aime beaucoup Jake Gyllenhaal et il m’avait bluffé dans « Enemy » mais « Démolition », l’année dernière, m’avait laissé comme un sentiment d’inachevé…

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  8. Bonjour Tina, j’avais aimé A single man mais j’avoue que la bande-annonce de Nocturnal animals ne m’a pas donné très envie de le voir. Je me trompe certainement surtout quand on lit ton billet. Bonne journée.

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  9. Premier gros coup de cœur de l’année. Histoire, interprétation, réalisation parfaites !
    Et cette dernière image qui fait mal…

    Les grosses femmes qui dansent et sont ensuite allongées sur les tables m’ont sans doute choquées… J’ai trouvé ça facile de choquer avec ce genre d’images et d’expo moches (pas parce qu’elles sont grosses hein !) mais sans doute n’ai-je pas assez creusé l’aspect artistique de la chose qui m’a totalement échappé 🙂

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  10. Je ne sais pas si j’aurais le temps de le voir en salles mais il me tente pas mal celui-ci notamment pour son casting et l’ambiance qui se dégage de sa bande annonce 🙂

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  11. @ Pascale :
    C’est vrai que c’est délicat de parler de cette première scène. Je veux dire, comme toi, j’ai trouvé l’expo moche mais c’est pas du tout lié aux corps des femmes, hein !!

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  12. Un excellent film sur les apparences et la vengeance, Tom Ford n’hésitant à remuer le spectateur dès la première séquence à la fois dérangeante et tout à fait lucide. D’excellents acteurs, certains disent que Ford se regarde filmer. Certes ses plans sont beaux mais ils sont aussi montrés à travers une histoire crade et une ambiance glaçante. Puis à ce niveau là on peut attaquer d’autres réalisateurs pourtant adulés que ce soit Nicolas Winding Refn ou même Kubrick dans ce cas là. Pourtant pour ce dernier cela ne gênait personne. 😉

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  13. Je viens de relire ton avis, moins en diagonal maintenant que je l’ai vu,et tu l’as analysé plus justement et plus en profondeur que moi, c’est vrai que tu donnes des éclairages !

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