La Déchirure

réalisé par Roland Joffé

avec Sam Waterston, Haing S. Ngor, John Malkovich, Julian Sands, Craig T. Nelson…

Drame, historique, guerre britannique, américain. 2h20. 1984.

titre original : The Killing Fields

sortie française : 13 février 1985

Movie Challenge 2016 : Un film de guerre

killing

Journaliste au » New York Times », Sidney Schanberg est un des rares reporters à rester au Cambodge après la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges. L’intervention de son assistant Dith Pran lui sauve la vie. Pran arrêté, Schanberg regagne les Etats-Unis alors que la répression s’abat sur le Cambodge.

killingfields

La Déchirure, premier long-métrage du réalisateur franco-britannique Roland Joffé (Palme d’or pour son autre chef-d’oeuvre Mission) fait partie de ces films dont j’en entends toujours parler mais finalement je ne savais même pas de quoi ça parlait. Surtout, on s’aperçoit très vite qu’en France on en parle parfois mais pas tant que ça. C’est presque un parcours du combattant pour obtenir certaines informations concernant ce long-métrage. Le film avait pourtant remporté un certain succès à sa sortie. Il a même remporté plusieurs grandes récompenses : trois Oscars (dont celui du meilleur acteur dans un second rôle pour Haing S. Ngor qui avait aussi gagné le Golden Globe) ou le BAFTA du meilleur film. Egalement classé dans le top 100 des meilleurs films britanniques par le British Film Institute, il avait même été nommé dans la catégorie « meilleur film étranger » aux Césars ! C’est donc étonnant de voir ce film tomber dans l’oubli alors qu’il s’agit pour moi d’un chef-d’oeuvre (non, je n’ai pas peur des mots). La Déchirure est inspiré de la véritable histoire de Sydney Schanberg (décédé en juillet dernier), lauréat du Prix Pulitzer en 1976. Le film est par ailleurs une « adaptation » de l’article de Schanberg publié dans le New York Times, « The Death and Life of Dith Pran : A Story of Cambodia ». Schanberg a couvert avec Dith Pran (décédé en 2008 d’un cancer du pancréas) le conflit cambodgien. Le film retrace alors l’amitié entre les deux journalistes durant cette guerre et surtout le périple du fameux Dith Pran après avoir pu s’échapper du camp (notamment durant la seconde partie). Le titre original, The Killing Fields, fait alors référence au camp d’exécution sommaire de Choeung Ek où furent tués des milliers de Cambodgiens par les Khmers rouges durant le régime du Kampuchéa démocratique. La Déchirure est un film bouleversant sur les désastres de la guerre mais aussi une ode à l’amitié dans la plus grande difficulté dans un contexte absolument terrifiant. Au passage, je pense qu’il s’agit aussi d’une ode au bon journalisme, à toutes ces personnalités qui prennent des risques pour nous informer. Je pense qu’il faut aussi remettre ce film dans son contexte (ce qui rend le film encore plus déchirant, pour reprendre en partie le titre français) : il a été réalisé seulement quelques années après le récit relaté par Schanberg, les blessures de cette guerre n’étant pas encore été cicatrisées. Le film, jamais tire-larmes, se laisse alors volontiers suivre malgré le lourd contexte historique et la durée (assez longue).

malkovich

Surtout, Roland Joffé a réussit à retranscrire l’horreur et la violence de la guerre tout en gardant paradoxalement un aspect assez soft dans le bon sens du terme (je veux dire : son film n’est pas par exemple aussi violent visuellement qu’un Tu ne tueras point de Mel Gibson pour ne citer que cet exemple-là mais il n’est pas lisse non plus, loin de là). La fin, sur les retrouvailles entre Schanberg et Pran sur la chanson Imagine de John Lennon, est tout simplement très émouvante (j’avoue tout : oui, j’ai – encore – pleuré). Enfin les acteurs sont tout simplement excellents. Techniquement, La Déchirure est également très réussi. Pour la petite info, il a également reçu deux autres Oscars : meilleurs photographie et montage. Deux prix qui me semblent totalement justifiés vu la manière dont ils sont employés dans ce long-métrage. Plus généralement, la mise en scène est très bonne, soignée mais sans faire trop non plus (tout me semble très équilibré dans ce film). La musique de Mike Oldfield est également très belle et en même temps par moments angoissante. Elle retranscrit très bien l’ambiance générale du film, entre beauté absolue et enfer inimaginable. Enfin, parlons des interprétations qui sont également toute à la hauteur. Cela m’a fait plaisir de revoir Sam Waterston (dans ma tête, ça sera toujours le charmant bel homme aux cheveux gris et aux sourcils épais de la série New York, Police Judiciaire, j’ai bien conscience qu’il n’a pourtant pas fait que ça dans sa carrière), très justement nommé aux Oscars pour sa très belle performance. Son partenaire Haing S. Ngor, Oscarisé pour son interprétation (il est bon de le rappeler car visiblement on l’oublie souvent alors que son prix est amplement mérité – surtout qu’il est actuellement le seul acteur asiatique à avoir remporté un Oscar) est également fabuleux (et l’est d’autant plus quand on sait qu’il n’était pas un acteur professionnel). Il faut dire que le rôle devait vraiment parler à l’acteur (pour ceux qui l’auraient oublié ou ne le savaient pas, suite à une agression, il fut tué en 1996 à l’âge de 55 ans par un membre de gang de rue à Los Angeles) : comme son personnage, il était également journaliste. On sent réellement son implication et sa sincérité dans sa prestation. A l’image du film, il n’en fait jamais trop, il est même assez sobre et pourtant il rend justice à son personnage. Au passage, dans un rôle plus secondaire, John Malkovich est également remarquable (il s’agissait seulement de son deuxième long-métrage !).

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27 réflexions au sujet de « La Déchirure »

  1. Ce film est absolument bouleversant. Je n’ai jamais eu le courage de le revoir tant il m’a hanté pendant des semaines. Ne t’excuse pas de pleurer devant la scène de retrouvailles. A moins d’être un cyborg, je ne sais pas comment on pourrait faire autrement.

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  2. Et bien pour ma part j’ai été déçue. J’ai trouvé ça très convenu (maintenant, il faut se remettre dans le contexte de l’époque…) et surtout j’ai eu l’impression de ne rien apprendre sur ce conflit. Juste des images chocs.

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  3. Oulala, ça nous rajeunit pas ma brave dame.
    Je suis surprise que tu dises qu’il est tombé dans l’oubli. Les gens de ma génération ont été marqués/traumatisés/emballés par ce film…
    Imagine…
    Le bouleversant Haing S. Ngor (qui avait été médecin) a été assassiné en pleine rue si je me souviens bien. (ah en oui tu le dis).
    C’est certainement le meilleur rôle de Sam Waterston

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  4. Un film qui fait mal au ventre et où Imagine de John Lennon n’a jamais été aussi bien utilisé. Il apparaît même comme un choix purement logique. Puis il y a les acteurs et la reconstitution violente d’une époque pas si révolue.

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  5. Un film marquant incontestablement (mais pas si oublié tout de même), à voir en préambule des témoignages de Rithy ¨Panh. Joffé n’aura pas fait mieux (à part « Mission » peut-être).

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  6. @ Pascale :
    Bah en fait en discutant avec des gens qui ont l’âge de mes parents et tout ça (et tous les âges d’ailleurs) + en faisant de banales recherches sur le Net, honnêtement on a vraiment l’impression que peu de gens le connaissent. En tout cas, que les cinéphiles mais pas forcément le grand public – en tout cas ce n’est plus le cas aujourd’hui et hélas je n’ai pas l’impression qu’il y ait un grand travail de transmission…
    Désolée pour le moment d’émotion (mais le dirait la grande philosophe Amel Bent, « ne retiens pas tes larmes, pleurer, ça fait du bien » 😮 ). (bon je viens de revoir la scène et je re-chiale, ohoh).

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  7. @ Princécranoir :
    Perso j’aime beaucoup Mission. Je ne dirais pas qu’il est mieux, pour moi au même niveau, son impact est juste différent.
    (pour le côté oublié, je t’envoie à la réponse que j’ai faite à Pascale 😉 )

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  8. Film qui a été posté en 2009 sur mon blog (ça date !) Une très belle réussite pour ma part et qui ne prend pas une seule ride.
    Donc, film culte à voir 😉
    De Joffre j’aime beaucoup aussi  » la cité de la joie » mais c’est alors un tout autre genre…

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  9. Un des grands films politiques des années 80. Quant à la violence, on fait pire visuellement aujourd’hui (ce n’est pas pour autant mieux). On pourrait d’ailleurs comparer ce sentiment à « Midnight express ».

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