Deadpool

réalisé par Tim Miller

avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein, Gina Carano, Brianna Hildebrand, T. J. Miller…

Comédie d’action, fantastique américain. 1h48. 2016.

sortie française : 10 février 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film d’action / d’aventure

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Deadpool, est l’anti-héros le plus atypique de l’univers Marvel. A l’origine, il s’appelle Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire. Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d’un humour noir survolté, Deadpool va traquer l’homme qui a bien failli anéantir sa vie.

Deadpool : Photo Brianna Hildebrand, Ryan Reynolds

Je ne comptais pas spécialement regarder Deadpool, film très attendu par de nombreux spectateurs (vous connaissez maintenant ma relation avec les films de super-héros), le hasard m’a mis sur le chemin de ce long-métrage. Ce personnage, issu de l’univers Marvel, a été crée par l’auteur et dessinateur Rob Liefeld et le scénariste Fabian Nicieza. Le personnage de Deadpool était présent dans un autre film, X-Men Origins : Wolverine de Gavin Hood. Ryan Reynolds l’incarnait déjà à l’époque. Il faut savoir que Deadpool n’aurait coûté « que » 50 millions de dollars, ce qui reste « peu » comparé à d’autres films de super-héros (par exemple, Avengers : L’Ere d’Ultron de Joss Whedon et The Dark Knight Rises de Christopher Nolan ont coûté 250 millions de dollars). Evidemment, ce point n’excuse pas tout mais nous pouvons tout de même apprécier la démarche. De plus, le film a aussi été classé R aux Etats-Unis (les mineurs de moins de 17 ans doivent être accompagnés d’un adulte) alors que d’habitude les studios tentent d’éviter ce type de situation. Il est par ailleurs devenu le plus gros succès au box-office mondial pour un long-métrage classé R (le film est effectivement violent comme promis). Enfin, Deadpool est aussi devenu le plus gros succès de la saga X-Men. Je n’attendais donc rien de ce film mais dans l’ensemble, sans crier au génie (je lui ai tout de même trouvé des défauts) ou sans me réconcilier avec les films de super-héros je l’ai trouvé assez sympathique, frais et léger. Il a le mérite d’être parfois drôle et sans prétention même s’il présente à sa façon son ambition (en gros, celui d’un film de super-héros avec de l’action tout en étant cool et même « osé » et d’éviter la convention). Je ne pense pas qu’il révolutionne quoi que ce soit mais il a le mérite de tenter de casser certains codes habituels. J’avais un peu peur que le film tombe dans la surenchère avec son lot de répliques assez grossières / trashouilles et graveleuses (vu que ce genre de films semble être à la mode depuis quelques années) mais dans l’ensemble ça passe comme une lettre à la Poste. En tant que comédie, même si c’est un peu (et volontairement) vulgaire (ce n’est pourtant pas ma came d’habitude), on peut même dire que le film est à peu près réussi. Je sais que c’est aussi la tendance de coller des références à tout et n’importe quoi (c’est parfois ce qui me gêne dans la pop culture), ça peut rapidement me gaver mais là encore elles sont plutôt pertinentes. De plus, les scènes d’action secouent, on en prend plein la vue ! Cela dit, qu’est-ce qui cloche alors dans Deadpool ? On est dans une origins story (because, you know, on ne parle plus français) dans tout ce qu’il y a de plus chiant.

Deadpool : Photo Morena Baccarin, Ryan Reynolds

J’ai l’impression d’avoir vu ce type d’histoire mille fois, presque une case obligée du film de super-héros (je crois que c’est ça qui me gonfle le plus dans ce genre en question). Selon moi, on voit les limites du scénario qui est vraiment sauvé par de bons dialogues et non par sa narration : le film commence pratiquement par la fin (quand on prend le film dans sa globalité) et reste le 3/4 du temps en suspension. Vous allez me dire : ce n’est pas le seul film au monde qui reprend cette structure pseudo déstructurée. Je suis d’accord avec ce point (parce que je sais anticiper les reproches qu’on pourrait me faire). Mais j’ai vraiment eu l’impression que le film faisait du surplace. Résultat : malgré l’humour omniprésent, le rythme s’essouffle et j’ai senti quelques longueurs. Le film n’est pourtant pas non plus très long (surtout pour un film de super-héros) et sur le papier il n’aurait pas dû avoir ce souci de rythme. Finalement, c’est plus ce choix narratif qui est superficiel que le nombre de « fuck » présent qui « m’effrayait » au départ. La mise en scène est en tout cas plutôt bonne, surtout par rapport à ce qu’on attend habituellement de ce genre de production. On peut en tout cas remercier Ryan Reynolds, décidément coltiné aux films adaptés de comics (Blade : Trinity, X-Mens Origins : Wolverine, Green Lantern et R.I.P.D. Brigade Fantôme, rien que ça!). Très investi dans le projet depuis pratiquement dix ans (il en est le co-producteur), et récemment nommé aux Golden Globes pour son interprétation (dans la catégorie « comédie »), l’acteur canadien est très bon et surprenant dans le rôle-titre (figure de l’anti-héros par excellence). Pour moi, même si le film a ses qualités, Reynolds porte pas mal le long-métrage sur ses épaules (pourtant je n’aime pas trop cette expression). On ressent vraiment son implication et depuis quelques années, l’acteur a vraiment su améliorer son jeu (avant, je trouvais qu’il jouait comme une huître). De plus, décidément, Reynolds sait bien jouer avec sa voix (détail important vu qu’il porte le 3/4 du temps son costume, donc on privilégie la VO) comme il nous l’avait déjà prouvé The Voices de Marjane Satrapi. Je suis un peu plus partagée sur certains rôles secondaires, surtout en ce qui concerne Ed Skrein. L’acteur britannique n’est pas mauvais en soi, c’est juste que son rôle est trop caricatural et paradoxalement trop effacé (Deadpool doit rester la star de son propre film) pour convaincre totalement. A surveiller donc Deadpool 2, évidemment en préparation…

Deadpool : Photo Ryan Reynolds

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Avanti !

réalisé par Billy Wilder

avec Jack Lemmon, Juliet Mills, Clive Revill…

Comédie américaine. 2h18. 1972.

sortie française : 23 septembre 1973

Movie Challenge 2016 : Un film avec un acteur que j’adore

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La partie de golf de Wendell Armbruster Jr., P.D.G. de 37 sociétés, est brutalement interrompue par la mort de son père survenue en Italie. Wendell saute dans l’avion et apprend que l’auteur de ses jours fréquentait une certaine Mrs Piggott alors qu’il était censé suivre une cure de bains de boue. De plus, il affronte Pamela, romantique et donc digne fille de Mrs Piggot qu’il se met illico à détester et qu’il surnomme « grosses fesses ». Mais très vite, d’autres rapports s’installent entre eux…

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Jusqu’à présent, de ce que j’ai pu voir, j’ai toujours aimé le cinéma de Billy Wilder, une vraie référence pour moi en tant que cinéphile. Et j’aime aussi énormément Jack Lemmon, un de mes acteurs préférés (et pour moi, malgré le succès qu’il a eu, j’ai toujours l’impression qu’on l’oublie un peu lorsqu’on veut évoquer les plus grands acteurs du cinéma). Vous imaginez bien que j’ai souvent aimé (on peut même dire adoré) les différentes collaborations entre Jack Lemmon et Billy Wilder : Certains l’aiment chaud, Irma La Douce ou encore La Garçonnière. J’étais donc enthousiaste à l’idée de découvrir Avanti, qui marque la neuvième collaboration entre Wilder et son scénariste attitré, I.A.L. Diamond. Les deux compères adaptent la pièce homonyme de Samuel A. Taylor (qui avait collaboré sur le scénario de Sueurs Froides / Vertigo d’Alfred Hitchcock). Sabrina était déjà une adaptation d’une oeuvre de cet auteur (Sabrina Fair). Pour la petite anecdote, dans une interview pour Positif, Billy Wilder avait dit les propos suivants concernant le personnage principal de Avanti : « C’est au commencement le héros de La Garçonnière s’il ne s’était pas révolté ». En tout cas, Avanti a rencontré un certain succès à sa sortie : il a permis à Jack Lemmon de remporter le Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie (dans toute sa carrière, il en a remporté six !). Le film avait également décroché d’autres nominations aux Golden Globes (dans les catégories meilleurs film dans une comédie, actrice, acteur dans un second rôle, réalisateur et scénario). J’avais vraiment envie d’aimer ce film comme j’ai aimé les autres longs-métrages de Billy Wilder. Comme je l’ai dit, je n’ai pas vu tous les films de Wilder mais de ce que j’ai pu voir, il me semble que ce Avanti est un film mineur de sa carrière. Hélas, j’ai été assez déçue par ce film même s’il n’est pas non plus déplaisant à regarder (on peut même dire qu’il est assez sympathique). Je l’ai même regardé deux fois pour voir si je n’étais pas passée à côté de quelque chose la première fois. Hélas, je crois que je n’accroche pas plus que ça à l’histoire. Pourtant, sur le papier elle n’a rien de repoussante : il s’agit d’une comédie romantique assez classique, comme j’ai pu le voir des tonnes de fois. Mais je ne parviens pas totalement à y adhérer même si elle reste charmante. En plus, le film a du fond et les personnages ont tout pour plaire. De plus, les paysages italiens sont splendides et jouent un rôle important dans le déroulement de l’histoire avec toute l’atmosphère qui va avec, les accents, les chansons, le soleil, la mer, bref cet exotisme est assez agréable, il faut bien le reconnaître.

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Après tout, le film met en avant les différences culturelles pour pouvoir livrer une critique sociale assez fine (comme souvent chez Wilder) : les Américains sont vus comme des gens coincés et tiraillés par leurs différentes obligations (familiales et professionnelles) ne s’évadant jamais d’un triste quotidien tandis qu’en Italie (et plus généralement en Europe – Pamela étant britannique) les gens prennent le temps de vivre. Par ailleurs, toujours en Italie (en tout cas dans la vision proposée par Wilder), l’adultère n’est pas nécessairement quelque chose de condamnable, il prend même une dimension romantique, une sorte d’alternative et d’évasion à une vie pesante. Mais il me semble aussi que le jeu des stéréotypes italiens est assez lourd, le vaudeville en lui-même trop appuyé, certains gags tombent parfois à plat (même si, heureusement, certaines scènes restent tout de même plutôt drôles). Surtout j’ai trouvé Avanti affreusement long. Pratiquement 2h20 ! On les sent bien ! Le film ne manque pourtant pas de rythme si on regarde bien (sur le papier, je ne trouve pas qu’il y ait de temps mort) : les différents éléments narratifs s’enchaînent, les gags et quiproquos aussi. Mais c’est juste qu’il s’attarde trop inutilement sur certains éléments (certes sur certains gags qui auraient pu être plus drôles avec un effet de rapidité mais plus généralement sur la relation entre Wendell et Pamela alors qu’on sait d’avance comment l’histoire va plus ou moins se terminer) alors qu’on aurait enlevé facilement une bonne trentaine de minutes ! Ce sentiment d’étirement est assez désagréable. J’imagine que la durée peut être justifiée : en Italie, on doit prendre littéralement le temps de vivre. Sauf que ça ne fait pas nécessairement du bien aux spectateurs et que ça finit par desservir le film. Ca casse vraiment toutes les bonnes choses qui ont été mises en place et plus généralement le ton frais et léger. Heureusement, les personnages sont également plutôt sympas et attachants. Jack Lemmon est excellent (comme toujours) dans le rôle de Wendell Armbruster jr. (le nom a quelque chose d’assez « agressif » à l’image du personnage durant la première partie du film), un riche PDG toujours pressé et coincé parfois un peu aigri, qui va finir par s’ouvrir, se relâcher et goûter au bonheur. Juliet Mills (une découverte en ce qui me concerne) est également une très bonne surprise dans le rôle de Pamela Piggott (le nom me semble assez ironique par rapport à ses « problèmes » physiques), une femme « ronde » (je dirais plus avec des formes), tantôt coincée par son corps et les différents régimes qu’elle poursuit, tantôt libérée (je pense à la scène où elle se déshabille et se baigne finalement sans complexes dans la mer).

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The Nice Guys

réalisé par Shane Black

avec Russell Crowe, Ryan Gosling, Margaret Qualley, Kim Basinger, Angourie Rice, Matt Bomer, Ty Simpkins…

Comédie policière américaine. 1h56. 2016.

sortie française : 15 mai 2016

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Los Angeles. Années 70. Deux détectives privés enquêtent sur le prétendu suicide d’une starlette. Malgré des méthodes pour le moins « originales », leurs investigations vont mettre à jour une conspiration impliquant des personnalités très haut placées…

The Nice Guys : Photo Russell Crowe, Ryan Gosling

Cela peut paraître assez étonnant mais en dehors de l’excellent Kiss Kiss Bang Bang, je n’ai jamais été confrontée au travail de réalisateur et surtout de scénariste de Shane Black  (L’Arme Fatale, Last Action Hero, Le Dernier Samaritain) : bref, on ne me jette pas des tomates, ça peut arriver d’être à côté de la plaque. Je sais que certains cinéphiles sont allés voir The Nice Guys, présenté l’an dernier à Cannes en hors compétition (et qui devait être une série télé) parce que justement Black était derrière la caméra. Pour ma part, en plus des bonnes critiques que j’ai pu entendre, j’avais surtout hâte de voir le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling dans un buddy movie. On ne va pas tourner autour du pot pendant un siècle : sans crier au chef-d’oeuvre, j’ai bien aimé The Nice Guys (« la suite spirituelle de Kiss Kiss Bang Bang » selon Shane Black mai selon moi en moins noir) qui a déjà le mérite d’être un très bon divertissement, plus que la moyenne. L’histoire m’a tout de suite embarquée et on ne s’ennuie pas une seconde, le film étant suffisamment bien rythmé (le montage étant assez efficace) mais sans fatiguer non plus et permettant de garder une action lisible face à un enchaînement assez fou entre les rebondissements, les gags et des dialogues assez bien trouvés (on peut même parler d’un effet ping-pong). Le scénario a l’air léger, pourtant l’explosif mélange entre le message politique et l’univers du porno montre qu’il est plus ambitieux qu’il en a l’air et surtout qu’il sait plutôt bien jouer sur les oppositions (qui ne sont pas uniquement présentes dans le traditionnel duo du buddy movie). Le film joue aussi merveilleusement bien avec les différents codes grâce à une mise en scène habile. J’ai également beaucoup aimé la reconstitution de ce Los Angeles des années 1970, assez solaire et burlesque, parfois même jazzy sans que l’ensemble m’ait paru vide ou superficiel (même si paradoxalement le travail esthétique – volontairement clinquant – peut donner une impression contraire). Bref, techniquement le film est très maîtrisé sur de nombreux aspects et sert complètement à la fois le propos et le ton général (on pourra parler de coolitude). Le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling fonctionne également plus que très bien (même si j’admets avoir eu une préférence pour Gosling mais le duo m’a paru tout de même équilibré). Crowe joue très bien avec son côté brute pratiquement légendaire sans non plus tomber dans une mauvaise parodie de lui-même. Gosling prouve de nouveau qu’il a un réel potentiel comique. Comment ne pas rire devant son air Droopy et toutes les conneries qu’il débite dans le plus grand sérieux (oui, Ryan Gosling cause !) ?

The Nice Guys : Photo Margaret Qualley, Russell Crowe

On parle de duo (logique dans un buddy movie) mais à ce stade-là, avec la présence de la jeune Holly (jeune mais qui prend finalement les rênes des opérations), on pourrait même parler de trio. A mon avis, ce n’est pas un hasard si ce personnage a pratiquement le même prénom que son père (Holland) : elle a un visage de poupon, pourtant, « the guy », c’est elle dans l’histoire. On ne tombe pas dans le cliché de la pauvre gamine qui sert de rebondissement narratif (du genre, le cas typique : se faire kidnapper, le papounet devant la retrouver). Non, elle n’a pas ce rôle qui aurait pu être présent ou elle n’a pas ce pseudo rôle « féminin » comme on a l’habitude de le voir si souvent dans des grosses productions hollywoodiennes. Son interprète, l’australienne Angourie Rice, est par ailleurs une révélation et je suis certaine qu’on la reverra très vite sur les écrans. Cela dit, je n’ai pas adoré le film car j’ai eu l’impression d’avoir vu ce type de film des tonnes de fois. Encore une fois, j’ai conscience que Black a volontairement parodié / pastiché / rendu hommage (à voir selon les scènes – la frontière entre ces termes, dans le cadre de ce film, m’a semblé volontairement floue) aux films des années 1970, qu’il y a donc des traits très volontairement forcés : le film se veut tout simplement old school et ça aide évidemment à rendre le tout très agréable. Je sais aussi qu’il y a des tas de films qui fonctionnent de cette même manière (tout dépend évidemment des univers, des époques évoqués etc…). Je l’ai tout de même trouvé, par ces nombreux procédés, sans réelle surprise et un peu trop classique (même si pour moi, ce.terme n’a rien d’une insulte à l’origine), comme s’il lui manquait ce petit truc pour que je puisse réellement adorer. Peut-être que le film a été un peu trop survendu, en tout cas, je suis restée sur ma faim alors que je me suis tout de même éclatée tout le long. Peut-être justement aussi que le film, à force de vouloir être cool à tout prix et de nous étaler les différents procédés (bien) utilisés, atteint parfois ses limites. Après, il s’agit vraiment d’un petit bémol. Qu’on soit bien d’accord : The Nice Guys reste tout de même une belle réussite, une bonne comédie d’action sans prétention tout en alliant une certaine maîtrise technique et narrative. Ce film prouve qu’on est encore capable de réaliser de bons divertissements hollywoodiens sans tomber dans la stupidité et en maniant bien les différents codes et en gardant un minimum d’exigence.

The Nice Guys : Photo Angourie Rice, Ryan Gosling

Clerks

réalisé par Kevin Smith

avec Brian O’Halloran, Jeff Anderson, Jason Mewes, Kevin Smith, Marilyn Ghigliotti, Lisa Spoonauer…

Comédie américaine. 1h32. 1994.

sortie française : 9 novembre 1994

Movie Challenge 2017 : Un premier film

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Dante est caissier dans une épicerie du New Jersey. Randal est employé dans le vidéo-club voisin. Les deux amis débattent regulièrement des sujets les plus divers. Et parfois, la routine laisse place à des journées pour le moins étonnantes…

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Clerks (en VF Clerks – Les Employés Modèles) est le premier long-métrage de Kevin Smith (de lui, je n’avais vu que Dogma dont je garde plutôt un bon souvenir) qui marque aussi le premier opus du View Askewniverse : il s’agit de l’univers crée par Smith lui-même, donnant ainsi une continuité entre la plupart de ses œuvres. On retrouve alors certains points communs entre la plupart des longs-métrages de Kevin Smith, notamment en ce qui concerne certains personnages clés, comme Jay et Silent Bob, qui dealent de la drogue devant le Quick Stop, une petite épicerie se situant dans le New Jersey. Clerks met en scène deux employés de cette épicerie, Dante Hicks et Randal Graves. Il s’agit d’un film fauché (ce qui explique principalement l’utilisation du noir et blanc, pas forcément là à l’origine pour des raisons esthétiques) où, pour la petite anecdote, la bande-originale a coûté plus cher que le film lui-même (fait assez rare voire même exceptionnel dans l’histoire du cinéma). Il faut aussi savoir que Kevin Smith travaillait dans le fameux Quick Stop du film pendant le tournage (il tournait les scènes de 22h30 à 5h30). Même si ça n’excuse pas tout, loin de là, ce côté très simple, fait artisanalement, entre potes, rend Clerks très sympathique. Il n’y a pas que ça qui rend ce film sympathique : il l’est, tout simplement, par son ton, ses personnages qui sont de véritables losers (et leurs interprètes, pas nécessairement très connus, surtout à la sortie du film, sont également très bons). Je ne sais pas trop pourquoi mais cela m’a fait penser par moments aux films de Tarantino, surtout à ses débuts. Cela dit, je ne parviens pas à comprendre le statut culte de Clerks (qui a même eu droit à sa suite en 2006) qui me semble un peu surestimé. Certes, l’humour reste toujours quelque chose de discutable et surtout de très personnel. J’ai conscience que je ne suis peut-être pas sensible de base à un humour assez gras, pour ne pas dire lourd et/ou vulgaire. Ca m’a parfois fait rire, parfois (et surtout sourire) mais ce n’est pas pour moi la comédie la plus drôle que j’ai pu voir de tous les temps ni plus généralement la plus réussie. Clerks, qui a quelque chose de grunge par moments (ça doit être lié à son époque), est un film multipliant les références de la culture geek (ce qui peut expliquer en partie de ce statut de film culte). Surtout, et étonnamment, la plus grande référence à retenir est celle à la Divine Comédie de Dante : un des personnages principaux se prénomme donc Dante (comme vous l’aurez constaté) et le film est construit en neuf scènes, en parallèle des neuf cercles de l’Enfer, du texte de Dante.

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Le scénario est donc faussement construit à partir de cette structure dantesque (le quotidien de ces deux employés est aussi un enfer mais d’une grande et banale médiocrité) en réalité il manque cruellement de consistance, l’écriture paraît alors bancale. Il s’agit plus d’une succession de scènes sans réels liens entre elles (en tout cas il s’agit de mon impression générale), on peut même parler par moments de films à sketchs (même si ce n’est pas tout à fait le cas techniquement parlant mais en tout cas il n’y a pas réellement d’intrigue). Du coup, par moments, j’étais « perdue » dans le sens où je ne réussissais pas réellement à m’intéresser au sort des personnages, à leurs problèmes (ou non-problèmes dans un sens). Il y a même des moments où j’oubliais que l’intrigue se déroulait sur une seule journée ! Je ne me suis ennuyée mais le rythme n’est pas non très soutenu, ce qui ne m’a pas non plus aidée à apprécier pleinement ce film qui se veut anecdotique. La mise en scène, même si elle paraît simple, est finalement plus efficace et réussie que le scénario pourtant tant vanté, surtout par ces quelques scènes clés assez marquantes. Ce qui saute aux yeux ? Les nombreux plans fixes. Kevin Smith (qui incarne donc le fameux Silent Bob) parvient bien à montrer un certain malaise chez les personnages, littéralement immobiles et qui ne comptent pas se sortir de cette situation misérable. On est finalement loin du côté geek cool comme on a tendance à le voir un peu partout depuis (que ce soit au cinéma ou à la télé) maintenant pas mal d’années : les situations ont beau être cocasse, les personnages présentés sont assez réalistes, voire même assez fatalistes. Quelque part, j’ai même envie de dire que j’ai davantage retenu cette noirceur que tous les procédés comiques, même si j’imagine, en me mettant dans la peau d’un fan, que c’est justement cette combinaison entre la culture geek et la noirceur qui sont à l’origine du succès de ce long-métrage. Le noir et blanc n’avait peut-être pas à l’origine d’intérêt esthétique, il faut pourtant constater qu’il est aussi à l’origine de ce malaise présent tout le long. Clerks a certainement ses qualités, qui fait son petit effet (j’imagine qu’il n’aurait pas rencontré ce succès), pas déplaisant en ce qui me concerne mais je ne suis pas non plus totalement emballée par le résultat final même si certains éléments de mon ressenti trouvent leur place dans ce qu’a voulu raconter Kevin Smith dans ce petit long-métrage qui a le mérite d’être sans prétention.

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Kill Your Darlings

réalisé par John Krokidas

avec Daniel Radcliffe, Dane DeHaan, Michael C. Hall, Jack Huston, Ben Foster, David Cross, Jennifer Jason Leigh, Elizabeth Olsen, Kyra Sedgwick, Erin Darke…

Drame, biopic américain. 1h43. 2013.

sortie française : 28 mai 2016 (vod)

Movie Challenge 2016 : Un biopic historique

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Allen Ginsberg, Jack Kerouac, William Burroughs… ils sont les plus grands écrivains américains du 20ème siècle. Kill your Darlings retrace l’histoire de leur rencontre et de leur révolte contre la société américaine. Au milieu d’une frénésie de fêtes, d’alcool et de passions interdites, tous ces jeunes gens enflammés perdent peu à peu leurs repères… jusqu’au meurtre.

Kill Your Darlings - Obsession meurtrière : Photo Dane DeHaan, Daniel Radcliffe

Comme vous le savez certainement, j’aime la littérature (enfin dans un sens assez large, je ne prétends pas être Bernard Pivot – mais j’ai quand même été cinq ans étudiante en lettres) mais je ne me suis jamais intéressée à toute cette bande d’auteurs et de poètes de la Beat Generation (allez savoir pourquoi). Avec l’adaptation du roman de Jack Kerouac Sur la route par Walter Salles, j’avais déjà commencé (très vaguement) à m’initier doucement à ce mouvement littéraire même si finalement j’ai de nouveau repoussé mon envie de nouvelles découvertes littéraires (le film en question ne m’ayant pas plu). Kill Your Darlings, qui est basé sur Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines (écrit par Jack Kerouac et William Burroughs, publié qu’en 2012) pouvait être pour moi ce déclic que j’attendais tant. Je ne dois également m’en cacher : je l’ai aussi regardé pour Daniel Radcliffe (non ne faites pas genre que vous êtes surprise : si tu suis ce blog, tu es forcément au courant de mon crush pour lui). Ce long-métrage se présente comme une sorte de mix entre le biopic (même si pour le Movie Challenge, j’ai un peu arrondi la chose en le classant vaguement dans biopic historique) et le drame voire même le thriller. Je n’ai jamais rien eu contre les mélanges de genre, loin de là, mais j’ai senti le jeune et inexpérimenté réalisateur John Krokidas (il signe ici son premier long-métrage) trop hésitant entre les deux genres en question. Et pas qu’entre les genres d’ailleurs. Il est hésitant sur trop de choses, dans la manière d’aborder ses différents thèmes et même les personnages. Finalement Kill Your Darlings est un film très inintéressant qui ne nous aidera à nous intéresser à la Beat Generation (et à ses auteurs fondateurs) ni certainement aux fans de ce mouvement en question. Je me suis vraiment foutue royalement de ce qui pouvait bien se passer à l’écran. J’ai trouvé le film atrocement long, interminable ! L’intrigue met une plombe à se mettre en place. C’est méchant de dire ça mais je ne suis pas étonnée que ce film ait mis une plombe à sortir en vod en France (vous savez pourtant que ces nouveaux systèmes d’exploitation me gonflent profondément). Le pire, c’est quand le film tente vaguement de montrer la tension homosexuelle entre les différents personnages : ça tombe complètement à plat. Pareil d’ailleurs dès qu’on insère un peu des histoires de drogues dans le scénario : ça paraît trop superficiel. De plus, les relations entre les personnages sont soi-disant ambiguës, j’ai juste envie de dire : mouais.

Kill Your Darlings - Obsession meurtrière : Photo

Surtout, et c’est déjà ce que j’avais ressenti dans l’adaptation de Sur la route, c’est que ça manque de littérature alors qu’on parle bien d’auteurs hyper connus. Quand je dis ça, je ne m’attendais pas forcément à voir quelque chose de sirupeux. Ce que je veux dire, c’est qu’on finit par oublier qu’on parle ici d’auteurs engagés, qui ont changé une partie de la littérature. John Krokidas passe trop vite sur l’importance même de ces gens. Surtout quand on sait que ce fait finalement très anecdotique sur l’éditeur Lucien Carr (et l’assassinat qu’il a commis) a eu une influence importante pour les auteurs présents dans le film. Au-delà d’un mauvais traitement de sujet (pourtant à l’origine certainement intéressant), la mise en scène est assez décevante. Pas honteuse non plus (j’ai certainement vu pire) mais elle manque vraiment de consistance et surtout de personnalité. Cela dit, je dois admettre qu’il y a plutôt une sympathique reconstitution des années 40. Heureusement aussi, le casting reste tout de même assez bon (surtout face à un résultat assez mauvais) et tente vaguement de remonter le niveau. Daniel Radcliffe s’en sort plutôt bien dans le rôle d’Allen Ginsberg même si je l’ai trouvé parfois mal à l’aise (après c’est aussi le rôle qui veut donner cette impression de jeune garçon paumé). Pour être honnête, j’ai été plus impressionnée par ses partenaires, en particulier Dane DeHaan (décidément en ce moment on le voit partout) qui semble davantage être habité par son personnage. Il parvient bien à rendre son personnage en même temps attachant et fourbe. Michael C. Hall (la star des séries Dexter et Six Feet Under) livre également une remarquable interprétation vu les circonstances. Même si son personnage ne sont pas particulièrement bien écrit (un peu comme tous les personnages d’ailleurs), j’ai tout de même trouvé Jack Huston également bon en Jack Kerouac, en tout cas on sent que cet acteur a un vrai potentiel depuis un bon moment et qu’il vaut bien mieux que ce film médiocre. On voit peu Ben Foster (ici en William Burroughs) mais il assure une belle et énigmatique présence, on sent bien en peu de scènes le côté torturé du personnage. Enfin, Jennifer Jason Leigh et David Cross sont également bons (comme souvent) même si leurs rôles restent assez secondaires.

Kill Your Darlings - Obsession meurtrière : Photo

Hard Day

réalisé par Kim Seong-hun

avec Lee Seon-gyoon, Cho Jin-woong, Shin Jung-Keun, Jeong Man-Sik…

titre original : Kkeut-kka-ji-gan-da

Film policier coréen. 1h50. 2014.

sortie française : 7 janvier 2015

Movie Challenge 2016 : Un film par un réalisateur asiatique

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En route pour assister aux funérailles de sa mère, et tandis qu’il est visé par une enquête pour corruption, le commissaire KO Gun-su renverse accidentellement un homme. Pour se couvrir, il décide de cacher le corps dans le cercueil de sa mère.
Lorsque l’affaire est découverte, on nomme son partenaire pour mener l’enquête. Et quand l’unique témoin de l’accident l’appelle pour le faire chanter, Gun-su comprend qu’il n’est pas au bout de ses peines…

Hard Day : Photo

Hard Day, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du festival de Cannes en 2014 (et grand succès au box-office coréen), est le premier long-métrage de Kim Seong-hun. Etant une amoureuse du cinéma coréen – en particulier du polar coréen (peut-être que vous le saviez déjà – si vous me suivez depuis un moment maintenant) – et face à des critiques plutôt positives (que ce soit dans la presse ou au sein de la blogosphère), j’avais très envie de découvrir ce film. Sans crier au chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit dans ce genre (en tout cas, de mon côté, il ne s’agit pas d’un coup de coeur contrairement à de nombreux films coréens – arrive-t-il après la bataille ?), Hard Day est une jolie réussite qui mérite le coup d’oeil si on s’intéresse un minimum aux polars coréens. Je suis certaine qu’on continuera à entendre parler de Kim Seong-hun et de ses prochains projets à venir (notamment son film Tunnel qui, j’espère, aura une sortie en France) même si pour l’instant il ne rivalise pas avec les plus grands, mais bon ce n’est que le début, soyons patients. Il est difficile de raconter l’histoire dans le sens où un événement en déclenche un autre. Mais en tout cas elle est très bien racontée, le scénario étant bien ficelé et en donnant l’impression que le tout tient la route (alors qu’en y repensant avec du recul, l’histoire est très grossière et invraisemblable !). J’y vois un bel hommage au superbe After Hours de Martin Scorsese (même si Kim Seong-hun revendique davantage des clins d’oeil aux films des frères Coen, effectivement on sent aussi leur influence). Le réalisateur réussit à décrire la spirale infernale et explosive dans laquelle est inscrite le personnage principal (on se demande vraiment comment il va faire pour se sentir de cette merde internationale). Il y a quelque chose de classique et en même temps l’inventivité est bien présente. Il parvient plutôt bien à mêler les différents genres (décidément, c’est une sorte de caractéristique du cinéma coréen actuel) sans qu’on ait l’impression d’être face à un travail trop bordélique (parce qu’il est un chouïa me semble-t-il). Ainsi, Hard Day (ça devrait plutôt être « Hard Days » si on y réfléchit bien) est un polar assez sérieux et classique (alors que dans une pure comédie, le scénario aurait été différent) n’hésitant pas à intégrer un humour, parfois noir, parfois loufoque voire même un peu absurde par moments. Ainsi, la scène où le personnage principal doit cacher le corps dans le cercueil de sa propre mère est vraiment hilarante !

Hard Day : Photo

De la part d’un jeune réalisateur, la mise en scène m’a paru très efficace et plutôt bien maîtrisée. Surtout, quel punch ! De plus, il réussit aussi à instaurer une véritable tension la plupart du temps. J’étais toujours stressée pour le personnage principal ! Surtout, au-delà du mélange des genres, passant ainsi du suspense à l’humour, il y a derrière un véritable discours social (décidément, la police coréenne est vraiment pourrie jusqu’au cou). Esthétiquement, le film est également soigné tout en parvenant bien à exposer le côté rock’n’roll du récit. L’acteur principal Lee Seon-gyoon (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est excellent et tient parfaitement bien son rôle du début jusqu’à la fin. Son personnage est très attachant même s’il n’est pas non plus irréprochable. On est très loin de l’image habituelle (et hollywoodienne) du bon flic qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui doit à tout prix sauver la planète seul avec ses gros bras musclés. Bref, on est face à un anti-héros par excellence. Par contre, pour être totalement honnête, je n’ai pas tant apprécié que ça le méchant qui manque selon moi du charisme (même s’il fait des trucs vraiment méchants) et qui frôle parfois la caricature. Pourtant, son interprète Cho Jin-woong (vu récemment dans le très bon Monster Boy de Joon-Hwan Jang et Mademoiselle de Park Chan-wook) n’est pas à blâmer, c’est plus la manière dont le personnage est qui m’a « dérangée ». De plus, alors que le film possède d’indéniables qualités et qu’il reste assez plaisant et même divertissant, il me semble qu’il y a une sorte de coup de mou durant sa seconde partie (j’ai senti de mon côté quelques longueurs) même si l’ensemble reste tout de même très bien rythmé. Peut-être que le film souffre juste de ses trop nombreux rebondissements (du genre le type est mort n’était en fait pas mort, vraiment trop gros pour y croire, ça rallonge inutilement le film), comme s’il avait du mal à trouver une vraie fin. C’est dommage car à cause de ces détails, Hard Day n’est pas le film culte qu’il aurait pu être. Ce n’est pas non plus grave, le résultat reste tout de même vraiment à la hauteur, prouvant qu’on a bien un réalisateur à surveiller de près.

Hard Day : Photo

Nocturnal Animals

réalisé par Tom Ford

avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson, Isla Fisher, Ellie Bamber, Armie Hammer, Karl Glusman, Laura Linney, Andrea Riseborough, Michael Sheen, Jena Malone…

Drame, thriller américain. 1h57. 2016.

sortie française : 4 janvier 2017

Movie Challenge 2017 : Un film sorti cette année

nocturnalanimals

Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’oeuvre qui lui est dédicacée…

Nocturnal Animals : Photo Amy Adams

Sept ans après le formidable A Single Man (qui était déjà une adaptation de roman), le styliste Tom Ford adapte le roman d’Austin Wright, Tony and Susan, paru en 1993. Tony et Susan sont effectivement les personnages principaux de Nocturnal Animals. Enfin, oui et non. Ils sont bien les personnages du film de Ford qui a remporté le Lion d’argent – Grand prix du jury à la Mostra de Venise en 2016. Mais Tony est surtout le personnage du roman d’un des personnages du fillm (Edward) qui s’intitule donc aussi Nocturnal Animals. Le long-métrage de Tom Ford est donc une fiction dans la fiction : Edward envoie le manuscrit en question à son ex-femme, Susan, une artiste cynique qui subit les infidélités de son mari actuel. En découvrant le texte d’Edward, Susan se sent nostalgique et se rend compte à quel point elle n’a pas fait le bon choix en laissant son premier mari tomber de la pire des manières. Elle veut même le revoir suite à la lecture de ce roman. Tom Ford joue alors sur trois temporalités : le présent avec Susan qui lit le roman, le passé montrant comment Susan s’est mise en couple avec Edward puis comment elle la détruit et enfin il y a évidemment la temporalité même du roman. Sur le papier, cela peut paraître compliqué mais à l’écran on comprend a priori facilement et rapidement. Beaucoup de réalisateurs auraient pu rendre le long-métrage inaccessible, ce n’est pas le cas chez Tom Ford. J’avais beau connaître (et aimer) son travail sur A Single Man (on y pense d’ailleurs par moments en regardant ce deuxième long), je redoutais le manque de compréhension. Or, c’est étonnamment compréhensible au premier abord. Si on isole le roman, ce dernier est très simple par rapport à ce qu’on attend d’un polar traditionnel : une histoire de vengeance comme on a l’habitude de voir, au Texas (l’endroit typique pour avoir des embrouilles dans un roman policier), avec un flic et des méchants stéréotypés. Surtout, en avançant dans le film, on comprend aussi aisément les liens entre le roman et la vie vécue par l’ancien couple formé par Edward et Susan. La mise en scène et plus généralement l’esthétique du film sont très visuelles, pourtant étonnamment rien n’est jamais lourd. Et c’est par ces procédés que Tom Ford parvient à donner une sorte de subtilité à la complexité de son oeuvre.

Nocturnal Animals : Photo Jake Gyllenhaal

Son apparente facilité d’accès prouve déjà selon moi une des grandes qualités de Nocturnal Animals (on pouvait s’attendre à un film hautain, ce n’est pas le cas). On comprend a priori ce qu’on voit à l’écran dans les grandes lignes mais en même temps le spectateur est face à des interrogations ou plutôt à son sens de l’interprétation. Chaque oeuvre, que ce soit un film (l’oeuvre de Ford), un roman (celui d’Edward), une peinture ou une oeuvre étrange (le travail de Susan) dans une exposition artistique (je reviendrai sur la scène d’ouverture) mérite d’être décortiquée ou interprétée en fonction de sa propre expérience et de son propre ressenti. L’art est alors évidemment un des thèmes les plus importants de ce deuxième long-métrage de Tom Ford. L’art est quelque chose qui se vit littéralement : la scène où elle entend les battements de coeur de Tony est particulièrement frappante. Surtout, plus globalement, étant donné qu’on est face à une fiction dans la fiction, l’art peut aussi avoir pour mission de revivre certains événements ou en tout cas de la modifier, de la remodeler et d’imaginer la personne qu’on a envie d’être ou que l’Autre imagine que vous soyez. Cela vaut aussi bien pour l’auteur (Edward) que pour le lecteur concerné (Susan). Le film de Tom Ford se démarque aussi par son sens de l’esthétique, devenant ainsi lui-même une ode à l’art. Il parvient par cet esthétique à servir le scénario et les tourments des personnages. La première scène, qui a visiblement « choqué » ou perturbé certains spectateurs, présente des femmes obèses pratiquement nues et très à l’aise avec leur corps. On s’aperçoit alors juste après que ces femmes en question, également allongées sur des tables, font partie de l’exposition artistique de Susan. Possiblement une référence à des oeuvres artistiques appartenant au mouvement hyperréaliste, ce générique a le mérite de créer un malaise en mettant en avant littéralement l’opulence surtout par rapport à l’existence vide de Susan.

Nocturnal Animals : Photo Amy Adams

Un dernier thème phare de Nocturnal Animals est la vengeance. Il y a donc d’un côté la vengeance de Tony dans le roman qui est davantage plus concrète et terre-à-terre, et surtout plus compréhensible pour le spectateur qui compatira avec le personnage. De l’autre, sans révéler la fin, il y a bien la vengeance d’Edward qui fait finalement plus mal mais qui peut aussi partager le spectateur (la réaction du personnage étant plus lâche). Finalement, et c’est d’ailleurs là où le film devient encore plus complexe que prévu (même s’il l’est déjà tout court), c’est que nous ne sommes plus sûrs en avançant qu’Edward parle uniquement de lui et de son ressenti sur sa relation avec Susan à travers le personnage de Tony : on peut aussi penser que Tony est aussi en quelque sorte Susan. Les différents processus mis en place permettent de rendre ce film très troublant. Même le choix des acteurs n’est pas anodin. Jake Gyllenhaal interprète deux personnages (donc les fameux Edward et Tony) tandis qu’Isla Fisher interprète l’épouse de Tony : on comprend aisément qu’elle représente Susan (Amy Adams). Il faut aussi prendre en compte les plans où, de dos, on ne sait plus s’il s’agit de Laura, India ou Susan. Enfin, le dernier grand thème à dégager est certainement celui des apparences. Evidemment, c’est un thème qu’on peut vite percevoir à travers l’existence de Susan. Elles ont été à l’origine de la destruction du couple Susan-Edward ainsi que celle de la famille de Tony. On se pose même la question suivante : Ray était-il de base un monstre ou l’est-il devenu parce que les Hastings l’ont jugé ainsi à son apparence ? Nocturnal Animals est pour moi un véritable bijou, extrêmement envoûtant, brillant et bien pensé de A à Z. Pour couronner le tout, le film bénéficie d’une très belle distribution. Amy Adams est certes peu présente techniquement parlant et pourtant tout est fait pour qu’on pense sans cesse à elle tout le long. Jake Gyllenhaal (décidément, il choisit de mieux en mieux ses rôles) est également remarquable, surtout en tenant deux rôles. Michael Shannon, en flic certes volontairement stéréotypé mais attachant, est comme d’habitude formidable. Enfin, la bonne surprise de ce casting (même si encore une fois tout le casting est excellent) est certainement Aaron Taylor-Johnson, très justement récompensé par le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle.

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Jour Polaire

Créée par Måns Mårlind et Björn Stein

Avec Leïla Bekhti, Gustaf Hammarsten, Peter Stormare, Denis Lavant, Olivier Gourmet, Jérémy Corallo…

Série policière franco-suédois. 1ere saison. 2016.

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Au cœur de l’été arctique, à Kiruna, ville suédoise du cercle polaire, est perpétré le meurtre violent et mystérieux d’un citoyen français. Très vite, Kahina Zadi, capitaine française de l’Office central pour la répression des violences aux personnes, est immédiatement dépêchée sur place afin de mener l’enquête avec la police locale et plus particulièrement avec le procureur Anders Harnesk.

midnightsuun

Les séries scandinaves me font de l’oeil depuis quelques années maintenant et j’espère que cette année sera la bonne (vive les résolutions). Pour débuter doucement, j’ai privilégié la dernière « Création originale » de Canal +, Jour Polaire (ou Midnight Sun dans son titre international / Midnattssol en suédois pour les petits curieux). Je retiens alors deux choses de cette petite expérience : étant donné que je ne connais rien aux séries scandinaves (j’ai juste tenté quelques films et une/deux lectures), je ne pouvais pas comparer avec une autre série. Surtout, Jour Polaire m’a donné envie de m’intéresser davantage aux séries scandinaves. Pourtant j’imagine bien (même s’il faudrait me le confirmer ou non) qu’elle ne doit pas totalement correspondre à l’univers scandinave par sa co-production française. Cela dit, je me dis que la partie française ne doit pas non plus trop le remporter. En effet, ce sont Måns Mårlind et Björn Stein, qui étaient déjà à l’origine de la série Bron (et qui a été objet de deux remakes : Tunnel, déjà sur Canal + avec Clémence Poésy, et The Bridge avec Diane Kruger) qui sont derrière les manettes. Est-ce finalement plus suédois que français ou vice versa ? Au fond, ce n’est pas si important (en dehors de nos interrogations pour connaître davantage des codes culturels et télévisuels) même si la série regorge évidemment d’une importante partie concernant la culture suédoise : les auteurs ont clairement voulu identifier les problèmes actuels en Europe qui tournent autour du racisme et de l’immigration. Je ne vais évidemment rien vous révéler de l’enquête qui, au passage, est passionnante du début jusqu’à la fin. Je dirais que l’intrigue autour des différentes cultures fonctionne totalement. En effet, d’un côté, on se retrouve en Suède dans laquelle on comprend que la place des Samis (en français, c’est tout simplement les Lapons), un peuple autochtone rejeté par le reste de la Suède. De l’autre, Kahina est une jeune policière française d’origine maghrébine. Son histoire personnelle est clairement reliée ses origines en question. Les deux histoires se font écho : les origines, même lorsqu’elles sont douloureuses et permettent parfois d’être au coeur de choix difficiles voire même condamnables, sont essentielles pour construire notre personnalité et notre manière d’aimer (même si cet amour – qu’il soit maternel ou fraternel). La série parvient alors dans un premier temps à confronter plusieurs types de sentiments : la haine la plus extrême (il n’y a qu’à voir la violence du meurtre du Français dès le premier épisode : au moins on reste scotché !) à l’amour (même si cela n’excuse nullement les actes barbares du tueur).

Photo Sofia Jannok

Jour Polaire démarre fort avec ce meurtre (un type, un certain français dénommé Carnot, est sur les hélices d’un hélicoptère qui se mettent à tourner de plus en plus vite) et sa mise en scène très choquante. Pourtant, durant le premier épisode, je n’étais pas totalement rassurée. La manière dont on nous présente Kahina manque un peu de subtilité par rapport à son histoire personnelle (notamment avec la relation avec son fils) et c’est principalement à cause de ce point en question que cette série n’est pas parfaite même si encore une fois elle est vraiment bonne (mais elle aurait pu meilleure – oui je suis exigeante !). L’histoire de Kahina est pourtant intéressante voire même plutôt touchante. La scène où elle raconte clairement tout ce qu’elle a vécu durant son adolescence est par ailleurs très forte en émotions. Je dirais juste que les scénaristes se sont trop précipités sur ce personnage. Ils arrivent paradoxalement à faire durer le suspense concernant l’identité du tueur (pour ma part, j’avais « deviné » seulement cinq minutes avant la révélation à l’avant-dernier épisode, bref côté suspense c’est plutôt réussi) mais pas réellement sur Kahina ce qui est fort dommage. En clair, je trouve qu’on en sait trop sur elle dès le premier épisode, le personnage n’est alors plus aussi mystérieux que prévu. Du coup, quand je la voyais se scarifier, il y a des moments où, sans dire que c’était ridicule (je n’irais pas jusque-là), ces scènes en question perdaient presque en noirceur et en douleur. Après, d’après ce que j’ai compris par des purs fans de télévision et plus généralement de polars scandinaves, Kahina correspondrait à des héroïnes de ce type de fiction du Nord. A vous de me confirmer ou non ce point. En dehors de ce petit point noir que je relève, j’ai en revanche aimé le portrait de tous les autres personnages. On arrive bien à les cerner aussi bien individuellement que collectivement. Les personnages sont donc assez complexes par ce procédé (et encore une fois même le méchant, pourtant inexcusable, a de l’épaisseur) et il n’est pas toujours évident de les classer dans une catégorie (dans le sens où je ne les vois ni comme des gentils ni méchants).

Photo Gustaf Hammarsten, Leïla Bekhti

Jour Polaire se fait aussi remarquer pour son ambiance sombre (je veux dire les gars, on parle d’un horrible serial killer !) alors que le soleil ne se couche jamais (pas de chance pour Kahina, il n’y a pas de volets là elle est logée). La photographie met merveilleusement bien en avant ce magnifique climat qui contrebalance avec les terribles événements en cours. Il n’y a plus de notion de temps alors que la course à la montre a démarré depuis la découverte du premier cadavre. Cette notion de temps s’ajoute aussi à la perte de repères culturels et linguistiques : on parle principalement anglais, mais les dialogues sont aussi en français, en suédois et même en sami. Comme Kahina (en VO Leïla Bekhti a volontairement gardé un gros accent français pour montrer encore plus le décalage linguistique), on finit par être déstabilisé par cette sorte de relecture de Tour de Babel. Les huit épisodes, chacun durant une bonne cinquantaine de minutes, sont pour moi passés à la vitesse grand V alors que le rythme est finalement assez lent (une caractéristique assez commune aux fictions scandinaves). Il faut dire que le scénario est captivant et bien ficelé jusqu’au bout même lorsqu’on connait l’identité de l’assassin. Enfin, Jour Polaire est servi par une très bonne distribution internationale. Certes, le personnage de Kahina est parfois présenté maladroitement, en revanche, Leïla Bekhti s’en sort très bien, réussissant bien à mêler différentes émotions et rend aussi Kahina attachante. Pourtant, sans dire que j’ai quelque chose contre elle, je n’accroche pas spécialement à son jeu dans certains de ses films. Son partenaire, Gustaf Hammarsten (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est également remarquable. Plus discret (il devient en quelque sorte le personnage principal masculin malgré lui), son personnage touche par sa sensibilité et sa différence (notamment sexuelle) qui le détache du reste de la communauté. Finalement, le duo fonctionne très bien à l’écran. D’après ce que j’ai compris, vu le succès rencontré sur Canal +, une deuxième saison devrait voir le jour (visiblement avec d’autres personnages sur une nouvelle histoire).

Photo Leïla Bekhti

 

La Déchirure

réalisé par Roland Joffé

avec Sam Waterston, Haing S. Ngor, John Malkovich, Julian Sands, Craig T. Nelson…

Drame, historique, guerre britannique, américain. 2h20. 1984.

titre original : The Killing Fields

sortie française : 13 février 1985

Movie Challenge 2016 : Un film de guerre

killing

Journaliste au » New York Times », Sidney Schanberg est un des rares reporters à rester au Cambodge après la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges. L’intervention de son assistant Dith Pran lui sauve la vie. Pran arrêté, Schanberg regagne les Etats-Unis alors que la répression s’abat sur le Cambodge.

killingfields

La Déchirure, premier long-métrage du réalisateur franco-britannique Roland Joffé (Palme d’or pour son autre chef-d’oeuvre Mission) fait partie de ces films dont j’en entends toujours parler mais finalement je ne savais même pas de quoi ça parlait. Surtout, on s’aperçoit très vite qu’en France on en parle parfois mais pas tant que ça. C’est presque un parcours du combattant pour obtenir certaines informations concernant ce long-métrage. Le film avait pourtant remporté un certain succès à sa sortie. Il a même remporté plusieurs grandes récompenses : trois Oscars (dont celui du meilleur acteur dans un second rôle pour Haing S. Ngor qui avait aussi gagné le Golden Globe) ou le BAFTA du meilleur film. Egalement classé dans le top 100 des meilleurs films britanniques par le British Film Institute, il avait même été nommé dans la catégorie « meilleur film étranger » aux Césars ! C’est donc étonnant de voir ce film tomber dans l’oubli alors qu’il s’agit pour moi d’un chef-d’oeuvre (non, je n’ai pas peur des mots). La Déchirure est inspiré de la véritable histoire de Sydney Schanberg (décédé en juillet dernier), lauréat du Prix Pulitzer en 1976. Le film est par ailleurs une « adaptation » de l’article de Schanberg publié dans le New York Times, « The Death and Life of Dith Pran : A Story of Cambodia ». Schanberg a couvert avec Dith Pran (décédé en 2008 d’un cancer du pancréas) le conflit cambodgien. Le film retrace alors l’amitié entre les deux journalistes durant cette guerre et surtout le périple du fameux Dith Pran après avoir pu s’échapper du camp (notamment durant la seconde partie). Le titre original, The Killing Fields, fait alors référence au camp d’exécution sommaire de Choeung Ek où furent tués des milliers de Cambodgiens par les Khmers rouges durant le régime du Kampuchéa démocratique. La Déchirure est un film bouleversant sur les désastres de la guerre mais aussi une ode à l’amitié dans la plus grande difficulté dans un contexte absolument terrifiant. Au passage, je pense qu’il s’agit aussi d’une ode au bon journalisme, à toutes ces personnalités qui prennent des risques pour nous informer. Je pense qu’il faut aussi remettre ce film dans son contexte (ce qui rend le film encore plus déchirant, pour reprendre en partie le titre français) : il a été réalisé seulement quelques années après le récit relaté par Schanberg, les blessures de cette guerre n’étant pas encore été cicatrisées. Le film, jamais tire-larmes, se laisse alors volontiers suivre malgré le lourd contexte historique et la durée (assez longue).

malkovich

Surtout, Roland Joffé a réussit à retranscrire l’horreur et la violence de la guerre tout en gardant paradoxalement un aspect assez soft dans le bon sens du terme (je veux dire : son film n’est pas par exemple aussi violent visuellement qu’un Tu ne tueras point de Mel Gibson pour ne citer que cet exemple-là mais il n’est pas lisse non plus, loin de là). La fin, sur les retrouvailles entre Schanberg et Pran sur la chanson Imagine de John Lennon, est tout simplement très émouvante (j’avoue tout : oui, j’ai – encore – pleuré). Enfin les acteurs sont tout simplement excellents. Techniquement, La Déchirure est également très réussi. Pour la petite info, il a également reçu deux autres Oscars : meilleurs photographie et montage. Deux prix qui me semblent totalement justifiés vu la manière dont ils sont employés dans ce long-métrage. Plus généralement, la mise en scène est très bonne, soignée mais sans faire trop non plus (tout me semble très équilibré dans ce film). La musique de Mike Oldfield est également très belle et en même temps par moments angoissante. Elle retranscrit très bien l’ambiance générale du film, entre beauté absolue et enfer inimaginable. Enfin, parlons des interprétations qui sont également toute à la hauteur. Cela m’a fait plaisir de revoir Sam Waterston (dans ma tête, ça sera toujours le charmant bel homme aux cheveux gris et aux sourcils épais de la série New York, Police Judiciaire, j’ai bien conscience qu’il n’a pourtant pas fait que ça dans sa carrière), très justement nommé aux Oscars pour sa très belle performance. Son partenaire Haing S. Ngor, Oscarisé pour son interprétation (il est bon de le rappeler car visiblement on l’oublie souvent alors que son prix est amplement mérité – surtout qu’il est actuellement le seul acteur asiatique à avoir remporté un Oscar) est également fabuleux (et l’est d’autant plus quand on sait qu’il n’était pas un acteur professionnel). Il faut dire que le rôle devait vraiment parler à l’acteur (pour ceux qui l’auraient oublié ou ne le savaient pas, suite à une agression, il fut tué en 1996 à l’âge de 55 ans par un membre de gang de rue à Los Angeles) : comme son personnage, il était également journaliste. On sent réellement son implication et sa sincérité dans sa prestation. A l’image du film, il n’en fait jamais trop, il est même assez sobre et pourtant il rend justice à son personnage. Au passage, dans un rôle plus secondaire, John Malkovich est également remarquable (il s’agissait seulement de son deuxième long-métrage !).

dechirure

Les Animaux Fantastiques

réalisé par David Yates

avec Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Dan Fogler, Alison Sudol, Colin Farrell, Ezra Miller, Samantha Morton, Jon Voight, Carmen Ejogo, Johnny Depp, Ron Perlman, Jenn Murray, Faith Wood-Blagrove, Zoë Kravitz…

titre original : Fantastic Beasts and Where to Find Them

Film fantastique, aventure britannique, américain. 2h13. 2016.

sortie française : 16 novembre 2016

animaux

New York, 1926. Le monde des sorciers est en grand danger. Une force mystérieuse sème le chaos dans les rues de la ville : la communauté des sorciers risque désormais d’être à la merci des Fidèles de Salem, groupuscule fanatique des Non-Maj’ (version américaine du « Moldu ») déterminé à les anéantir. Quant au redoutable sorcier Gellert Grindelwald, après avoir fait des ravages en Europe, il a disparu… et demeure introuvable.
Ignorant tout de ce conflit qui couve, Norbert Dragonneau débarque à New York au terme d’un périple à travers le monde : il a répertorié un bestiaire extraordinaire de créatures fantastiques dont certaines sont dissimulées dans les recoins magiques de sa sacoche en cuir – en apparence – banale. Mais quand Jacob Kowalski, Non-Maj’ qui ne se doute de rien, libère accidentellement quelques créatures dans les rues de la ville, la catastrophe est imminente. Il s’agit d’une violation manifeste du Code International du Secret Magique dont se saisit l’ancienne Auror Tina Goldstein pour récupérer son poste d’enquêtrice. Et la situation s’aggrave encore lorsque Percival Graves, énigmatique directeur de la Sécurité du MACUSA (Congrès Magique des États-Unis d’Amérique), se met à soupçonner Norbert… et Tina.
Norbert, Tina et sa sœur Queenie, accompagnés de leur nouvel ami Non-Maj’ Jacob, unissent leurs forces pour retrouver les créatures disséminées dans la nature avant qu’il ne leur arrive malheur. Mais nos quatre héros involontaires, dorénavant considérés comme fugitifs, doivent surmonter des obstacles bien plus importants qu’ils n’ont jamais imaginé. Car ils s’apprêtent à affronter des forces des ténèbres qui risquent bien de déclencher une guerre entre les Non-Maj’ et le monde des sorciers.

Les Animaux fantastiques : Photo Eddie Redmayne

Comme vous l’avez pu le constater sur le blog, je suis une grande fan de Harry Potter. J’attendais donc logiquement avec beaucoup d’impatience l’un des films événements de 2016, Les Animaux Fantastiques. Dans les romans et films, le personnage de Norbert Dragonneau (Newt Scamander en VO) est mentionné parmi les auteurs des ouvrages que doit acheter le jeune Harry et ses camarades doit se procurer à Poudlard dans le cadre de ses études. J. K. Rowling avait écrit le court texte Les Animaux Fantastiques en 2001 pour la bonne cause : 80% des profits sont directement reversés à des associations de protection de l’enfance à travers le monde. Evidemment, comme n’importe quelle saga de cette envergure, on pouvait se dire qu’engendrer toute une nouvelle série de films (cinq en tout) était encore un moyen de prendre les spectateurs pour des pigeons. De plus, même si j’ai tout de même aimé certains des films de la saga qu’il a réalisés, David Yates n’est pas pour moi le meilleur réalisateur de la saga (même si je dois admettre qu’il connait désormais très bien l’univers). Très vite, j’ai tout de même été rassurée : c’est J.K. Rowling qui s’est occupée elle-même du scénario. On pouvait se demander si la romancière pouvait être capable de devenir scénariste puisqu’il ne s’agit pas de son métier de base. Pour résumer, Les Animaux Fantastiques se déroulent avant l’arrivée de Harry Potter à Poudlard (c’est-à-dire 70 ans avant). J. K. Rowling formule la chose autrement : elle présente le projet comme l’équivalent d’une « extension de l’univers » de Harry Potter. L’action ne se déroule pas en Grande-Bretagne mais cette fois-ci aux Etats-Unis (même si on suit donc quelques personnages britanniques). A partir de là, et cela se vérifie à l’écran, J.K. Rowling a le mérite de ne pas vouloir créer à tout prix un copier-coller de la saga Harry Potter. Certes, on reconnait de nombreux éléments de la saga mais ils apparaissent par petites touches. Je pense donc qu’on peut tout à fait suivre Les Animaux Fantastiques sans connaître la saga Harry Potter. Et en même temps, grâce à ces clins d’oeil, les fans de la première heure pourront être nostalgiques.

Les Animaux fantastiques : Photo Alison Sudol, Dan Fogler, Katherine Waterston

J.K. Rowling ne se contente pas alors de satisfaire les fans et les nons-fans de la saga. Elle réussit aussi à satisfaire tous les types de public : les petits et les plus grands. Ainsi, la double lecture concernant les différentes réflexions proposées fonctionne totalement. Au-delà de savoir faire plaisir à tout le monde – ce qui n’est pas si évident à faire – on s’aperçoit finalement à quel point Rowling a encore beaucoup d’imagination et qu’elle a encore des choses à dire sur son propre univers (surtout quand on sait qu’elle reprend des petits détails à droite et à gauche de ses bouquins). Les Animaux Fantastiques a beau être un produit commercial (on ne va pas se mentir), le vrai point fort de ce film est de sentir une patte d’auteur. Au-delà de nous présenter une histoire qui tient debout et des personnages attachants, J.K. Rowling réussit à évoquer des sujets forts dans une oeuvre aussi populaire (et le contexte historique me semble également important). Elle a toujours voulu développer dans Harry Potter des thèmes importants et d’une grande richesse, la saga étant plus profonde qu’elle en a l’air. Au fil des années, que ce soit notamment plus récemment avec la pièce Harry Potter and The Cursed Child et maintenant avec cette adaptation des Animaux Fantastiques, Rowling, reconnue publiquement pour défendre de nombreuses causes, se cache de moins en moins pour évoquer certains sujets et défend toujours les gens différents qui veulent résister face au système. La résistance, l’écologie ou encore les effets de la maltraitance (pour ne citer que ça même s’il y en a d’autres) font partie des thèmes bien abordés dans ce long-métrage. Ainsi, l’histoire se met bien en place mais sans trop perdre de temps non plus (personnellement je suis entrée tout de suite dans le film). Le film parvient à se regarder que ce soit en tant qu’unique film ou premier volet d’une longue saga à venir. La mise en scène de David Yates suit également plutôt bien. Certes, elle n’a rien de révolutionnaire. Mais elle tient tout de même la route surtout par rapport à ce qu’on attend de ce type de grande production. Je dois même dire que Yates s’en sort même mieux que sur certains volets de Harry Potter qu’il a signés !

Les Animaux fantastiques : Photo Dan Fogler, Eddie Redmayne

Malgré quelques longueurs (du genre t’as l’impression qu’il y a trois fins) et quelques personnages pas suffisamment développés (je pense notamment à celui incarné par Colin Farrell – la performance n’est pas honteuse, loin de là mais du coup on s’attendait à mieux), Les Animaux Fantastiques est un très bon divertissement défendant de véritables causes, très rythmé, mêlant assez bien des moments drôles et d’émotion. Surtout, et c’est ce qu’on recherchait en allant voir ce film : il y a de la magie. Je ne vous parle pas nécessairement que d’effets spéciaux qui envoient du pâté (tout en gardant de la lisibilité durant des scènes d’action efficaces sans jamais nous fatiguer). Non, je vous parle d’une ambiance, d’un petit quelque chose qui fait qu’on adhère au film. J’ai également été bluffée par la reconstitution du New York des années 20 et plus généralement par certains choix esthétiques (j’ai notamment trouvé la photographie très belle). Les fameuses créatures du titre ne m’ont également pas déçue que ce soit esthétiquement ou encore dans leur utilisation dans l’intrigue. Enfin, le casting ne m’a pas déçue, bien au contraire. Eddie Redmayne (qui incarne Newt Scamander) est selon moi un bon choix : au-delà de sa classe et de son côté indéniablement britannique, il parvient à mêler la malice et l’innocence, deux qualités qui me semblent importantes dans l’univers de Harry Potter. J’ai également bien aimé ses partenaires, que ce soit Katherine Waterston (oui c’est bien la fille de Sam) attachante malgré sa froideur (certains diront qu’elle est lisse) ou encore sa « soeur » dans le film, la pétillante et charmante Alison Sudol. Comme beaucoup de spectateurs, j’ai eu un vrai coup de coeur pour Dan Fogler (que je ne connaissais pas auparavant). Et quelle bonne idée d’avoir développer un rôle de moldu, il en était temps ! Je crois qu’on s’attache facilement à ce personnage parce qu’il représente le spectateur qui se retrouve face à un monde merveilleux. Ezra Miller est également la bonne idée de ce casting, nickel dans un rôle sombre. Bref, j’attends du coup avec beaucoup d’impatience la suite des aventures de Newt et compagnie (surtout que la fin de ce premier opus semble donner des indications pour le deuxième film à venir).

Les Animaux fantastiques : Photo Colin Farrell, Ezra Miller

Movie Challenge 2017

On ne va pas trop vous faire attendre : voici la nouvelle liste (avec des anciennes et des nouvelles catégories) du Movie Challenge, co-créée avec ma copinaute Lily !

  1. Un film tiré d’une série/qui a inspiré une série
  2. Un premier film
  3. Un film tourné dans un lieu où je suis allé(e)
  4. Un film sorti l’année de mes dix ans
  5. Un film avec acteur/une actrice que je déteste
  6. Un remake ou un film ayant été l’objet d’un remake
  7. Un film qui se passe dans le milieu sportif
  8. Un film de procès
  9. Un film européen hors France
  10. Un film qui a reçu la Palme d’or
  11. Un documentaire
  12. Un film d’action/d’aventure
  13. Un film qui a marqué mon enfance/mon adolescence
  14. Un film que j’aime bien secrètement
  15. Un film français
  16. Un film qui est la suite d’un autre film
  17. Un film engagé
  18. Un film sorti cette année
  19. Un film qui m’a fait pleurer
  20. Un film qui m’a fait pleurer de rire
  21. Un film d’un réalisateur que j’adore
  22. Une comédie
  23. Une comédie musicale
  24. Un film recommandé par quelqu’un
  25. Un film d’animation
  26. Un film que mon père adore
  27. Un film adapté d’un livre que j’ai lu
  28. Un film ayant obtenu un Oscar
  29. Un film en noir et blanc
  30. Un film réalisé par une femme
  31. Un film d’un réalisateur asiatique
  32. Un film d’horreur
  33. Un film avec un mariage
  34. Un film LGBT
  35. Un film avec un prénom dans le titre
  36. Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion
  37. Un film qui se déroule avant le XXe siècle
  38. Un film policier/thriller
  39. Un film feel-good
  40. Un film qui n’est pas sorti en salles en France

Encore une fois, si vous avez envie de participer – même si vous n’avez pas spécialement envie d’écrire à chaque fois votre critique du film (un simple résumé sur vos blogs ou même sur les réseaux sociaux peut largement suffire !) – n’hésitez pas, vous êtes VRAIMENT les bienvenus !!

Bilan – décembre 2016

Cinéma

 

Sorties 2016 (ciné, dvd, vod, e-cinema…)

Absolutely Fabulous (Mandie Fletcher, 2016) 2/4

Divines (Houda Benyamina, 2016) 3/4

Equals (Drake Doremus, 2016) 3/4

Very Bad Dads (Sean Anders, 2016) 2/4

The Nice Guys (Shane Black, 2016) 3/4

Elle (Paul Verhoeven, 2016) 2/4

Les Animaux Fantastiques (David Yates, 2016) 3/4

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Rattrapages

Tom à la ferme (Xavier Dolan, 2012) 2/4

La Déchirure (Roland Joffé, 1984) 4/4

Stutterer (Benjamin Cleary, 2015) 4/4

Kill Your Darlings (John Krokidas, 2013) 1/4

Alvin et les Chipmunks : A fond la caisse (Walt Becker, 2015) 2/4

Anchorman 2 : Légendes Vivantes (Adam McKay, 2013) 3/4

Foutaises (Jean-Pierre Jeunet, 1989) 3/4

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Télévision

Mr Robot (saison 2, 2016) 4/4

Jour Polaire (saison 1, 2016) 3/4

The Office (saisons 1, 2 et épilogue, 2001-2003) 4/4

Transparent (saison 1, 2014) 1/4

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Lectures

#EnjoyMarie (Marie Lopez, 2015) 1/4

Le premier jour du reste de ma vie (Virginie Grimaldi, 2016) 2/4 

From Notting Hill with Love… Actually (Ali McNamara, 2013) 1/4

Bilan 2016

itparty

Et oui, on se remet de sa soirée…

Je l’ai fait hier assez brièvement mais se répéter ne fait parfois pas de mal : je profite vraiment de ce billet pour vous remercier de tout : de votre présence régulière sur le blog, de nos échanges drôles et/ou instruits, de votre gentillesse, de votre fidélité et de votre sens du partage. Cela me pousse toujours à continuer ce blog avec encore plus de plaisir.

Certains l’attendaient, je vous le propose enfin : mon top 10 et mon flop 10 de l’année. Quelques précisions méritent votre attention :

  • Vous vous imaginez bien que je n’ai pas pu tout voir même si j’ai tout fait pour avoir un panel assez intéressant, me semble-t-il de l’année. Il manquera forcément des films (Mademoiselle, Arrival, Manchester by the Sea, Juste la fin du monde et Sully font partie de mes plus gros manques me concernant).
  • J’ai donc vu (au cinéma, dvd, téléchargement, e-cinema) 64 films sortis en 2016 en France.
  • Mon année cinéma a été bonne. J’en suis vraiment satisfaite. En fait, je crois que j’ai tout fait pour éviter les daubes. Du coup, établir un top 10 n’a pas été si évident. D’autres films, que j’ai bien complimentés, auraient pu faire partie de ce top. Tout s’est joué à des détails, des émotions etc… Mais en allant dans la catégorie « 2016 », vous retrouverez les autres films que j’ai aimés et que j’ai défendus.
  • L’année étant bonne, j’ai donc évité les daubes (en tout cas le max). Les vraies de vraies. Le terme « flop » peut paraître provocateur, un poil de mauvaise foi. Dans ce flop 10, en réalité, il y a plus une majorité de déceptions, de films que je n’ai pas aimés tout simplement. J’ai bien conscience que certains titres peuvent choquer et qu’il y a certainement biiiiiiiiiien pires (rien qu’en lisant les flops sur le Net, je m’étouffe).

Voici mon top 10 de l’année 2016

  1. Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge) de Mel Gibson
  2. Dernier train pour Busan (Busanhaeng) de Yeon Sang-ho
  3. Les Huit Salopards (The Hateful Eight) de Quentin Tarantino
  4. Moi, Daniel Blake de Ken Loach
  5. Captain Fantastic de Matt Ross
  6. Sing Street de John Carney
  7. Room de Lenny Abrahamson
  8. The Neon Demon de Nicolas Winding Refn
  9. Spotlight de Tom McCarthy
  10. Midnight Special de Jeff Nichols

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Voici mon flop 10 de l’année 2016

  1. Sisters de Jason Moore
  2. The Door (The Other Side of the Door) de Johannes Roberts
  3. Cézanne et moi de Danièle Thompson
  4. Krampus de Michael Dougherty
  5. Whiskey Tango Foxtrot de John Requa et Glenn Ficarra
  6. Ave, César ! de Joel et Ethan Coen
  7. Steve Jobs de Danny Boyle
  8. The Danish Girl de Tom Hooper
  9. Miss Peregrine et les enfants particuliers de Tim Burton
  10. Café Society de Woody Allen