Tom à la ferme

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu, Manuel Tadros…

Thriller canadien, français. 1h42. 2012.

sortie française : 16 avril 2016

Chronique synchro avec celle de Lilylit

tom

Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

Quoiqu’il arrive, même lorsque je n’aime pas ses oeuvres, Xavier Dolan est un réalisateur qui ne me laisse pas indifférente. Alors qu’il n’avait écrit jusqu’à présent des scénarios originaux, Tom à la ferme marque la première expérience de Xavier Dolan en tant qu’adaptateur. Il s’attaque donc ici à l’adaptation de la pièce éponyme du dramaturge québécois Michel Marc Bouchard (décidément, Dolan aime bien le théâtre, je pense ici à la la sortie de son dernier film, Juste avant la fin du monde). Le long-métrage nous présente donc le fameux Tom du titre allant à la ferme (jusque là tout va bien…) se rendant à la campagne (lui qui est citadin) à l’enterrement de son amant. Le frère du décédé s’en mêle en le menaçant de ne pas dévoiler sa relation pour ne pas froisser la mère (l’homosexualité étant tabou dans ce milieu et le défunt ayant menti à sa famille sur sa sexualité). Le film présente donc une sorte de jeu de domination entre Tom et le fameux frère (qui se prénomme donc Francis), qui serait en réalité un homosexuel refoulé. J’ai lu une interview intéressante de Xavier Dolan où il développait certaines théories sur la sexualité et l’environnement. Il disait notamment que si lui, qui se sent à 100 % homosexuel, était entièrement entouré de femmes hétérosexuelles et que l’environnement favorisait de réels rapprochements et interrogations entre lui et les autres femmes en question, sans dire qu’il « deviendrait » hétérosexuel et sans parler de « pulsions », il pourrait éprouver une forme de désir envers une femme. La question du refoulement sexuel par rapport à l’environnement est donc intéressant sur le papier. En effet, pourquoi Francis, ce gars assez rustre (pour ne pas dire homophobe), est attiré par Tom ? Est-ce son environnement ? Est-il en réalité un homosexuel qui refuse de se l’avouer à cause du regard des autres (dont celui de sa mère) ? Ou encore pense-t-il retrouver une connexion avec son frère décédé en établissant lui-même une sorte de relation avec Tom ? Hélas, Tom à la ferme ne parvient pas pour moi à mettre en avant ces nombreuses interrogations qui ont pu nous traverser l’esprit. Le film aborde des thèmes intéressants, voire même profonds mais ils ne sont jamais réellement exploités. En fait, cette frustration que j’ai pu ressentir est pour moi clairement lié au scénario qui n’est pas réellement développé. Pour résumer, une fois la scène des funérailles passée, l’histoire ne décolle pas. On en reste un peu au synopsis d’origine.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

On pourra alors toujours trouver une réponse à ce « problème » : Dolan aurait alors voulu explorer les relations de domination entre les personnages ainsi que leur psychologie : cela serait alors cette partie psychologique, développant davantage les thèmes, notamment autour de la violence (« Tom à la ferme est un film sur la violence qu’entraîne l’intolérance » selon Dolan himself) qui devraient nourrir le scénario. Mais je trouve que cela ne fonctionne pas car les thèmes ne m’ont pas paru bien traités : pour moi, ils apparaissent juste en surface. La tension se traduit par la musique de Gabriel Yared, assez envahissante (mais pourtant pas mauvaise, loin de là, juste pas bien utilisée) et quelques références hitchcockiennes notamment la mère flippante à la Psychose, la possible relation « nécrophile » par la figure de Tom (qui « remplacerait » l’amant décédé) à la Vertigo ou encore (et même surtout) la course-poursuite dans les champs façon La Mort aux trousses. Mais Dolan n’est pas Hitchcock. Pour l’instant, j’ai envie de dire : le thriller, c’est pas le fort du réalisateur québécois. Il tente effectivement de faire monter la tension, de saisir l’esprit des personnages. Comme souvent, il y a des idées de mise en scène, une envie de créer (et cela est très noble de sa part) et encore une fois, vu tout ce que j’ai dit avant, il y a une envie de créer du débat, de faire réfléchir. Mais je trouve le résultat peu convaincant, comme si j’étais face à un film bourré de potentiel mais encore pas suffisamment abouti, encore au stade de réflexion. Je n’ai finalement ressenti que de l’ennui (le film n’est franchement pas rythmé), la fin arrive un peu trop brusquement en plus. Décidément je préfère quand Dolan signe des films certes longs mais passionnants et aboutis plutôt que des films plus courts mais plus pénibles à regarder et surtout inabouti. Côté casting, je suis également partagée même s’il y a du positif. Lise Roy et Evelyne Brochu, qui interprétaient déjà respectivement Agathe et Sara dans la pièce d’origine, sont remarquables. On retiendra évidemment la très bonne performance du saisissant Pierre-Yves Cardinal. En revanche, je reste plus réservée sur l’interprétation de Xavier Dolan. Selon moi, jusqu’à présent (il tenait le premier rôle dans ses précédents longs-métrages, J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires), il est bien meilleur réalisateur qu’acteur. Je ne dis pas qu’il joue comme une patate mais son interprétation ne m’a pas totalement convaincue. Pour ne rien arranger, il porte cette horrible couleur blé (ou perruque, je ne parviens pas à reconnaître l’illusion capillaire en question), probablement un clin d’oeil assez lourdingue avec le champ de blé, une des scènes les plus « marquantes » de ce film.

Tom à la ferme : Photo Lise Roy, Pierre-Yves Cardinal, Xavier Dolan

Publicités

18 réflexions au sujet de « Tom à la ferme »

  1. Coucou Tina,

    Je te rejoins complètement, tant je n’ai pas du tout été convaincue par ce film, qui abordait pourtant des thèmes intéressants mais qu’il ne développe pas vraiment. J’ai trouvé le temps très long et je me suis copieusement ennuyée. Par ailleurs, j’ai adoré ses autres films. Mais je n’ai pas vu le dernier car je pensais que je n’allais pas m’y retrouver non plus. Avec Dolan, ça passe super bien et ça casse. Ceci dit, je le verrai son ptit dernier quand il sera disponible en DVD.

    J'aime

  2. J’ai adoré ce film. Les réflexions qu’il pose, et que tu listes très bien, n’ont pas forcément besoin d’être creusées… j’aime ce mal-être qui flotte, ces non-dits, l’attitude de séduction/répulsion de Francis, comme de Tom… C’est une histoire que Dolan nous raconte, il ne veut pas forcément faire un essai philosophique sur l’homosexualité refoulée. J’ai pris le film comme il venait ; il est lourd, et dense, en émotion. C’est ça que j’adore chez Dolan. Et puis sa façon de filmer, entre classicisme et modernité.

    J'aime

  3. Tom à la ferme fait partie des moins bons Dolan pour moi. Le fait qu’il ait le premier rôle ne sert pas le film ici (ce n’est que mon avis bien sûr), et tu as raison, il est meilleur réalisateur qu’acteur. Cela donne un film très tourné autour de soi et des problématiques récurrentes du réalisateur. Si le thème aurait pu être intéressant, au final on n’est pas très convaincus par la réalisation..

    J'aime

  4. Je suis d’accord avec toi : pas abouti. Mais je suis plus « méchante », je trouve. C’est que j’ai eu l’impression qu’on passait à côté du bon film que ça aurait pu être avec un tel sujet !

    J'aime

  5. @ Chonchon :
    Je suis d’accord sur le fond. Après je me dis que si j’ai autant « listé » c’est qu’au fond je n’ai pas réussi à entrer, à être transportée justement par l’histoire, son ambiance etc… J’aurais aimé pourtant ! 🙂

    J'aime

  6. @ yuko :
    Je suis d’accord avec toi (yeaaaah), notamment sur Dolan devant la caméra : je crois aussi qu’au fond ça ne fait pas de bien à son film et finalement y a quelque chose de narcissique (même si j’ai rien contre les réalisateurs qui procèdent de cette manière).

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s