Folles de Joie

réalisé par Paolo Virzi

avec Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti, Sergio Albelli, Marisa Borini…

titre original : La Pazza Gioia

Comédie dramatique italienne, française. 1h51. 2016.

sortie française : 8 juin 2016 (sortie dvd : 2 novembre 2016).

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Le film est présent sur le site de Cinetrafic qui vous présente différentes listes dont : films 2016. Un grand merci également à Bac Films (voici son site et sa page facebook).

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folles

Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d’amitié. Une après-midi, elles décident de s’enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu’est le monde des gens « sains».

Folles de Joie : Photo Valeria Bruni Tedeschi

Je ne suis pas très fan de La Prima Cosa Bella (très primé en Italie), en revanche par le même réalisateur, j’avais eu un véritable coup de coeur pour Les Opportunistes (Il Capitale Umano). J’étais donc curieuse de découvrir Folles de joie, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au dernier festival de Cannes. Paolo Virzi réunit deux actrices qu’il avait déjà dirigées (et toutes les deux récompensées par un Donatello grâce à lui) : Valeria Bruni Tedeschi et Micaela Ramazzotti (cette dernière étant également l’épouse de Virzi). L’histoire est assez basique (apparemment, l’histoire serait assez similaire à celle de Une journée de fous de Howard Zieff avec Michael Keaton (si des gens l’ont vu, à me confirmer l’information ou non) : Paolo Virzi met en scène deux femmes enfermées dans une institution psychiatrique qui finissent par s’y échapper. Le duo formé par Bruni Tedeschi et Ramazzotti est intéressant pour plusieurs raisons. La première concerne le ton général du film, une comédie dramatique (chacune semble incarner un genre en particulier), la seconde est un moyen de voir différents points de vue sur la folie. Beatrice (Valeria Bruni Tedeschi) est une femme exubérante et qui parle beaucoup et fort (et qui s’invente aussi une vie). L’actrice dit s’être inspirée de Blanche DuBois, le personnage culte de la pièce de Tennesse Williams, Un Tramway nommé Désir. Il y a bien une part de tragique dans ce film et les personnages. Pourtant, Beatrice a quelque chose qui ressemble plus à des actrices de la comédie italienne. Malgré toutes les épreuves qu’elle endure (la psychiatrie, c’est quand même pas de la tarte !), elle a quelque chose de solaire. En clair, c’est elle qui nous fait rire, c’est presque une incarnation même de la folie en tant qu’objet comique. Donatella (Micaela Ramazzotti) est tout le contraire de Beatrice. Elle est sombre avec sa couleur de cheveux noire, (loin de la blondeur de Beatrice), ses tatouages, sa maigreur (la silhouette de sa collègue est plus généreuse), son histoire (sans spoiler) est également beaucoup plus glauque ! Donatella est alors plutôt une représentation plus tragique de la folie. On a donc déjà vu mille fois (que ce soit qu’avec des femmes, des hommes ou mix) des duos de personnages très différents et qui finissent par devenir amis. C’est clairement ce qui se passe dans ce film (là par contre, cela n’a rien d’un scoop, on pouvait s’en douter avant même de regarder le film). Pas évident de re-exploiter ce thème en question (ce n’est d’ailleurs pas un reproche – il n’y a pas non plus des millions de thèmes) mais Paolo Virzi s’en sort plus que bien.

Folles de Joie : Photo Micaela Ramazzotti, Valeria Bruni Tedeschi

Les deux femmes sont donc opposées mais parviennent aussi à être complémentaires : il s’agit d’un schéma classique qui a le mérite de fonctionner, d’avoir du charme et de mêler réellement différentes émotions. Folles de joie doit donc beaucoup à ses personnages, bien dessinés et à ses actrices, toutes les deux formidables et investies. J’avais peur qu’elles en fassent des caisses. Certes, les deux actrices (enfin surtout Valeria Tedeschi Bruni) sont très expressives mais elles n’ont rien de pantins qui s’animent dans tous les ses comme on aurait pu le craindre, elles donnent simplement vie à des personnages peu ordinaires. Mais heureusement, le long-métrage ne repose pas que sur ces deux femmes très attachantes et fragiles. En mettant en scène deux femmes atteintes de troubles mentaux, Paolo Virzi parvient à retranscrire une sorte de tourbillon intérieur qui ne veut qu’être extériorisé, en signant un film assez bien rythmé sur différents niveaux. La mise en scène a quelque chose de classique (mais elle reste bien dans son genre) mais elle permet aux spectateurs de souffler un peu face à tant d’agitations. Le scénario m’a semblé assez inspiré et crédible, permettant aux personnages d’évoluer à travers leur cavale. Le choix de la photographie est également intéressant, soulignant autant des scènes lumineuses que sombres, encore une fois toujours à l’image du mental des deux personnages féminins. A travers ce (vague) mélange assez réussi de Thelma & Louise de Ridley Scott et Vol au-dessus d’un nid de coucou de Milos Forman (même si Folles de joie n’atteint évidemment pas le niveau de ces deux films en question), Paolo Virzi filme deux femmes, certes malades, qui ont soif de liberté. Pourquoi les a-t-on privées de ce pouvoir de liberté ? La société n’est-elle pas parfois responsable des maux, en particulier celles des femmes, davantage victimes de certains faits ? Le film est aussi une ode au bonheur : le bonheur (l’amitié peut contribuer au bonheur), c’est aussi un formidable accès à la liberté. La liberté, ce n’est pas uniquement une question de ne pas pouvoir sortir d’un lieu ou de pouvoir bénéficier de droits : c’est aussi pouvoir trouver une paix intérieure et accepter certaines choses qui nous dépassent. Mêlant merveilleusement bien drame, comédie et road-movie, traitant plutôt bien son sujet et présentant des personnages attachants très bien interprétés, Folles de joie est une des bonnes surprises cannoises venue tout droit d’Italie qui décidément nous livre toujours chaque année quelques pépites.

Folles de Joie : Photo Micaela Ramazzotti, Valeria Bruni Tedeschi

 

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10 réflexions au sujet de « Folles de Joie »

  1. Je n’ai pas été complètement séduit. Moins que par le dernier Marco Bellocchio, Fais de beaux rêves, pour rester dans le cinéma transalpin, qui sort le 28 décembre et qui est pour moi le plus beau film de l’année, Paterson étant le plus poétique et Dernier train pour Busan le plus passionnant (palmarès tout personnel, cela va sans dire).

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