Les Sept Samouraïs

réalisé par Akira Kurosawa

avec Toshiro Mifune, Takashi Shimura, Keiko Tsushima…

Drame, aventure, action japonais. 3h27. 1954.

sortie française : 30 novembre 1955

Movie Challenge 2016 : Un film dont le titre comporte un numéro

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Au Moyen-Age, la tranquillité d’un petit village japonais est troublée par les attaques répétées d’une bande de pillards. Sept samouraïs sans maître acceptent de défendre les paysans impuissants.

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Je suis censée écrire la critique du film indispensable pour n’importe quel cinéphile (oui je tente de me valoriser un peu et d’oublier la tonne de films que je dois rattraper histoire d’être moins inculte) depuis un moment, grâce au Movie Challenge, mais finalement ce n’est pas une mauvaise chose de l’écrire et la publier maintenant. En effet, est actuellement en salles Les Sept Mercenaires d’Antoine Fuqua, le remake du film éponyme de John Sturges (sorti en 1960), lui-même donc le remake des Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa. Ce long-métrage japonais a remporté le Lion d’or en 1954 à la Mostra de Venise et a reçu deux Oscars (meilleurs décors et costumes). Je ne vais pas vous mentir (et c’est certainement pour cette raison que j’ai mis du temps pour rédiger ce billet), je n’ai pas adoré ce long-métrage malgré son statut de chef-d’oeuvre même si cela n’empêche pas d’avoir aimé et donc aussi lui reconnaître ses qualités (pour vous rassurer à ce début de chronique, ne tirez pas la tronche s’il-vous-plaît !). La chose qui m’a le plus rebutée (oui commençons directement par ce qui m’a dérangée, au moins c’est fait) est clairement la longueur. Oui j’ai tout de même senti les plus de trois heures ce film, notamment au cours de la seconde partie qui pourtant en théorie est plus chargée en scènes d’action. La longueur est quelque chose qui m’a toujours rebutée en général (c’est même un critère qui peut me décider d’aller voir ou non un film), je ne m’en suis jamais cachée même si cela ne m’empêche évidemment pas d’aimer voire même d’adorer des films trèèès longs (tout comme je peux m’emmerder royalement devant des films ne dépassant pas les 1h30). Pourtant, paradoxalement, je comprends cette longueur. Il faut bien du temps pour exposer le problème de base, réunir les différents samouraïs du titre, se préparer à la guerre et combattre. Il y a aussi un autre facteur qui, selon moi, est entré en jeu : la différence culturelle. J’aime pourtant le cinéma asiatique (enfin, c’est quand même large et varié, on est bien d’accord, mais je fais de mon mieux pour en regarder), je fais toujours de mon mieux pour m’intéresser à la culture (et pas qu’asiatique) ou au contexte historique lorsque je découvre des films. Je ne dis pas que j’ai été paumée en découvrant Les Sept Samouraïs, non, mais j’ai tout de même parfois senti une sorte de distance avec ce film à cause de cette lourde charge contextuelle à prendre en compte. Cela dit, en dehors de ces quelques remarques de ma part, il s’agit tout de même d’un très bon film. La mise en scène est tout d’abord remarquable même si, en ce qui concerne ce point, il ne s’agit ni d’une surprise ni d’un scoop !

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Les acteurs sont également tous excellents (au passage, il s’agissait de la 7e collaboration entre Kurosawa et Mifune), ils donnent tous de l’humanité et de la complexité aux personnages qu’ils incarnent. Il y a quelque chose qui fonctionne dans leur interprétation à la fois individuellement et collectivement. Les scènes de bataille (même si on ne peut pas résumer ce film à ça – c’est évident vu sa durée !) sont également impressionnantes, très bien foutues, surtout pour l’époque. Il faut dire aussi que Kurosawa utilisait parfois plusieurs caméras simultanées pour certaines scènes, notamment pour la bataille sous la pluie. Ca contribue beaucoup à donner un certain rythme (heureusement d’ailleurs vu la durée) mais aussi comme le disait  Kurosawa, c’était un moyen pour les acteurs d’avoir un jeu plus naturel. Il y a donc aussi un remarquable travail de montage. Ce qui m’a le plus convaincue, au-delà de qualités techniques évidentes et d’une interprétation impeccable, c’est toute sa lecture sociale même si encore une fois je ne prétends pas avoir été à l’aise du point de vue historique et que ça reste ici un avis très modeste. Ne pas être à l’aise ne signifie pas pour autant dénigrer ou ne pas être sensible avec ce qu’on me propose. Il est alors intéressant de voir la figure du « héros » dans ce long-métrage. Le « samouraï » (je mets des guillemets car si on regarde bien ce ne sont pas réellement des samouraïs mais plutôt des rônins) a beau être un personnage honorable, déterminé et courageux (il ne défend pas des seigneurs mais des paysans), c’est avant tout un homme avec des doutes, des faiblesses, confronté à la pauvreté. Mais il y a surtout des interrogations autour de la place de chacun (samouraïs, paysans, bandits) dans la société, sur leur évolution ou non au coeur de la société japonaise à l’époque (n’y a-t-il pas des résonances plus contemporaines ?). Les relations nouées entre les paysans et les samouraïs sont d’ailleurs aussi à prendre en compte pour mieux comprendre cette peinture sociale. L’histoire d’amour présente est également à prendre en compte dans la réflexion autour de la séparation des classes. C’est peut-être aussi pour cette raison que le film est très long. Finalement, on constate que Kurosawa se réapproprie d’une mythologie autour de ces figures japonaises notamment avec les codes du western. Bref, aucun choix ne semble anodin, que ce soit dans l’écriture ou encore dans la mise en scène. Bref, pour moi il s’agit d’un bon film, d’un film vraiment à voir, cela est évident et je ne le renie pas. Juste que je n’ai pas adoré comme je l’espérais. J’espère ne pas être seule dans ce cas et c’est pour ça que j’écris aussi cette chronique, histoire de décomplexer et ne pas se sentir obligés de dire un avis juste pour suivre le reste du monde !

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32 réflexions au sujet de « Les Sept Samouraïs »

  1. J’ai un peu de mal avec Kurosawa… et la longueur de celui-ci me rebute totalement. Vu ton billet, j’avoue que je ne vais pas sauter dessus, alors qu’il figure pourtant dans ma liste…

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  2. Quel dommage ne pouvoir aimer ce que réalise un si grand du cinéma, mais à ta décharge, et ce qui est quand même plaisant, c’est d’avoir à lire ta longue critique sur un film, que tu trouves un peu long.
    J’ai essayé de faire court. 😉

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  3. Je suis comme toi avec les longs films, ça me freine toujours. Ma longueur idéale c’est 1h40 environ, plus je trouve que c’est souvent trop. Et comme en plus je ne suis pas fan de ciné asiatique ni de noir et blanc… je vais laisser les Samouraïs où ils sont ! ^^

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  4. Bon, j’avoue là, je manque d’objectivité, j’adore Kurosawa, en particulier ses films de samourais, en particulier quand il y a Mifune dedans, en particulier Les 7 samourais. C’est pour moi le film parfait d’un dimanche après-midi (je dis ça, parce que je l’ai vu plusieurs fois comme ça). Mais si tu veux lui donner une autre chance, je te conseille mon Kurosawa préféré, une adaptation de Macbeth, « Le château de l’araignée »

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  5. Il faut que je le voie. Je te conseille Le garde du corps du même réalisateur si tu ne l’a pas déjà vu.
    Bisous à toi et à plus sur nos blogs respectifs!

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  6. Je parle ironiquement du remake d’Antoine Fuqua ce matin. 😉 Un film charnière au plot indémodable, à la durée certes longue mais cohérente. La société résumée en un village avec le père ayant honte que sa fille drague un samouraï et lui imposant de se couper les cheveux. En ayant trop d’autorité, il en vient à sacrifier sa fille, peut être pire que si elle tombait entre les mains des brigands. Puis il y a Toshiro Mifune, l’ahuri devenant le plus grand des guerriers.

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  7. @ fabricefm :
    Baaah après c’est pas plus long que d’habitude – je trouve même ma critique plutôt courte.
    Après heureusement j’aime d’autres classiques du cinéma ! 😉

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  8. @ lilylit :
    Perso je tolère grand max 2h (mais je suis d’accord 1h40, pour moi, si c’est bien géré, c’est parfait). Après je me pose systématiquement la question, même en empruntant un film à la médiathèque !

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  9. @ Girlie cinéphilie :
    Ah non mais je trouve ça génial que tu en parles avec autant d’amour !!! 😀 Je note en tout cas ton conseil, je ne suis pas fâchée avec Kurosawa, loin de là ! 🙂

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  10. Revu il y a peu, j’aime toujours autant et le Blu-ray rend bien honneur au film. Maintenant, j’ai toujours du mal avec son combat final qui me passionne peu et que je trouve trop long c’est sans doute pour ça que j’ai une petite préférence pour son remake « Les sept mercenaires » 😉

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  11. Après c’est le type de film que tu regarde en sachant pertinemment qu’il te prendra les trois quarts de la soirée voire la journée. Là j’avais vraiment envie de le revoir, alors je m’y suis mis tranquille.

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  12. @ Mr Vladdy :
    Tu me rassures avec le combat final, je me sens mieux ! Si ça se trouve, je vais également préférer Les 7 Mercenaires, je croise les doigts en tout cas !!

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  13. Parfois il m’arrive de les voir en deux fois, ce qui n’est pas si grave. Vaut mieux cela que s’endormir devant. 😉

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  14. La dernière fois que j’ai vu Jivago j’étais tellement crevé j’ai arrêté le film pour faire une sieste et ensuite reprendre le soir. 😉 Après celui où je m’endors tout le temps c’est New York 97. Pourtant le film est bon et court mais au milieu j’ai toujours un coup de barre! 😀

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  15. Le pauvre à chaque fois c’est ronflex au milieu. Même quand je l’ai revu au cinéma. Je dois vraiment pas le voir quand je suis fatigué ou ressort d’une longue journée! 😀

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  16. Ce n’est pas facile de s’immerger dans le cinéma japonais des années 50 dont Kurosawa est le plus grand représentant. Perso j’adore ce genre de film et je considère celui là comme un des plus grands chef d’œuvres du cinéma.
    Je ne sais pas si tu as vu Rashomon du même Kurosawa ?

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  17. Rashomon est un film qui pourrait davantage t’intéresser. Un crime, trois points de vue différents et c’est moins long aussi. 😉
    Ah non franchement j’aime bien NY 97, ce n’est vraiment pas une question de qualité même si je préfère d’autres crus du réalisateur. Alors soit je suis toujours fatigué quand je le vois, soit le milieu m’ennuie et je dors! 😀

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  18. Chef d’oeuvre, qui se distingue par (i) une mise en scène si expressive qu’on a l’impression que tout ce que l’on voit est vrai, (ii) un humanisme qui questionne la division en classes sociales car tous les personnages du film appartiennent à la même classe : celle de la misère (voilà pourquoi il ne s’agit pas d’un western oriental), (iii) une fusion entre le picaresque (le personnage de Mifune) et la fresque et (iv) l’invention d’une intrigue qui a influencé le cinéma d’aventures jusqu’à aujourd’hui, sans compter ces plans à multiples caméras dont Hollywood s’inspirera.

    Tina et Chonchon, si vous avez du mal avec Kurosawa, je vous conseille soit de délaisser ses films historiques et d’essayer ses films contemporains (policiers, drames sociaux, etc.) qui sont très beaux, soit d’essayer de découvrir (pour rester chez les classiques japonais) Mizoguchi (grand cinéaste lyrique dont les films ont souvent pour sujet la condition de la femme au Japon) et/ou Ozu (subtil cinéaste de la famille aux plans fixes, dont Kore-eda est l’héritier direct). 🙂

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  19. @ Strum :
    J’ai conscience que le côté historique ne m’a pas aidée et je note vraiment ses autres films, j’espère que je vais préférer le reste de sa filmographie !

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