Father Ted

Créée par Graham Linehan et Arthur Mathews

avec Dermot Morgan, Ardal O’Hanlon, Frank Kelly, Pauline McLynn, Jim Norton…

Série comique britannique, irlandaise. 3 saisons. 1995-1998.

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Cette série raconte les mésaventures de trois prêtres et de leur gouvernante, exilés sur Craggy Island, petite île au large des côtes irlandaises. Leur comportement, indigne de l’Église catholique, a conduit leurs supérieurs à leur infliger ce bannissement : le père Ted Crilly a détourné des dons récoltés par l’église ; le père Jack Hackett est un alcoolique obsédé par les femmes dont le vocabulaire est principalement constitué des mots « Drink! Feck! Arse! Girls! » (« Boire ! Baiser ! Cul ! Filles ! ») et le père Dougal McGuire est un simple d’esprit. (résumé : Wikipédia).

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Comme vous le savez probablement déjà, Black Books et The IT Crowd font partie de mes séries chéries. Avant ces deux chefs-d’oeuvres télévisuelles, leur créateur, l’irlandais Graham Linehan avait signé, avec Arthur Mathews, Father Ted. Et j’ai envie de dire : ça aussi c’est culte ! Il est difficile de dire pour moi ce que je préfère entre ces trois séries : elles sont en quelque sorte reliées entre elles, il y a des choses communes qui nourrissent véritablement l’univers de Linehan. Ce qui est certain, c’est que si on apprécie Black Books et The IT Crowd, il FAUT regarder Father Ted. Parlons justement des points communs entre ces trois séries (j’en avais déjà repéré lorsque j’avais établi un lien entre les deux séries les plus récentes) ou plutôt formulons la chose autrement : comment Father Ted a-t-il pu devenir le point de départ de ce qui a pu suivre plus tard ? On retrouve alors des gens marginalisés par leur statut / travail (on parle de prêtres) qui sont encore plus marginalisés puisque suite à des fautes qu’ils ont commises, ils sont obligés de s’exiler sur une île irlandaise loin de la civilisation. Parmi eux, on retrouve le fameux père Ted qui ne rêve que de célébrité et d’argent, le jeune et simplet Dougal McGuire et enfin le père Jack Hackett, un alcoolique dégueulasse qui aime un peu trop les femmes. Dans le groupe on trouve aussi Mrs Doyle la gouvernante. Comme toujours chez Linehan, la figure féminine est celle qui est la mieux intégrée et adapté dans la société. La série ne compte que peu de saisons (encore une fois c’est habituel chez Linehan et plus généralement dans les séries britanniques et irlandaises), uniquement trois avec en plus un épisode spécial pour Noël (on retrouvera notamment dedans dans un petit rôle un certain Kevin McKidd). Elle avait beau avoir du succès, elle a été arrêtée par un accord commun de la part des créateurs / scénaristes et de l’acteur principal Dermot Morgan qui ne voulaient pas lasser le public. De toute façon, la série n’aurait pas pu continuer. Triste anecdote : le lendemain du tournage du tout dernier épisode, Dermot Morgan, seulement âgé de 45 ans des suites d’un malaise cardiaque (apparemment lié au stress). Au passage, pour raconter une autre anecdote, l’acteur Frank Kelly est décédé cette année en 2016 un 28 février… pile poil 18 ans après la mort de Dermot Morgan. Pour revenir à la structure de la série, les épisodes durent une petite vingtaine de minutes, un format que j’ai toujours apprécié et qui est ici de nouveau bien utilisé.

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Father Ted est une série hilarante, pratiquement à tous les épisodes, pour différentes raisons. Les personnages en eux-mêmes sont drôles par leurs bêtises et leurs défauts : la naïveté, l’égoïsme, l’alcoolisme, l’obsession pour les femmes, la gloire… Pourtant on ne se moque pas d’eux, le regard sur eux reste tout de même tendre même s’il n’y a pas de concession dans leur traitement. Ils ont leurs défauts et ne pourront de toute façon pas changer. Mais ce manque d’évolution n’est pas problématique et ne l’a jamais été dans les séries de Graham Linehan. Lui et ses scénaristes n’ont pas, contrairement à certaines séries (et même des sitcoms, notamment américaines), inventé des changements improbables ou insupportables sur leur vie car au fond cela ne serait pas crédible sur leur nature et personnalité profonde. Paradoxalement, les situations dans lesquelles les personnages ne sont pas forcément courantes, c’est toujours un peu gros. Malgré tout, en regardant les différents épisodes, on n’est pas dans le calcul de quoi que ce soit, on ne se dit nécessairement (comme ça m’arrive quand je regarde certaines sitcoms, oui je ne suis pas tranquille !) qu’on est dans une mécanique du rire : il y a quelque chose de naturel dans le déroulement des situations. Il y a beau y avoir une dose d’absurdité, de folie et de tout ce qu’on veut, on croit pourtant à ce qui se passe à l’écran. Là encore il s’agit d’une pure marque de l’écriture de Graham Linehan (même si on est d’accord qu’il n’écrit pas tout tout seul) : il sait à chaque fois combiner l’improbable dans un monde pourtant réaliste tout en gardant et assumant certains codes de la comédie. L’équilibre est très bien trouvé et maîtrisé entre ce réalisme et l’absurdité des situations et personnages ! Le réalisme, ce n’est pas uniquement le quotidien des trois prêtres, il concerne aussi les messages sous-jacents que l’on peut relever. Il est évident qu’on pense au contexte difficile de l’Irlande, entre (il ne s’agit pas d’une surprise, vu le sujet même de la série) la forte influence de l’église catholique dans le pays et le conflit toujours présent entre le Nord et le Sud impliquant l’IRA. Father Ted, bien que très appréciée, acclamée et récompensée à son époque, a eu quelques critiques lui reprochant d’être trop sévère avec le pays de l’Emeraude. Il faut dire que la série n’épargne personne. Il n’y a pas que les prêtres et plus généralement l’église catholique qui sont touchés par le rire. Linehan et Mathews caricaturent une certaine image que nous pouvons avoir des Irlandais vivant à la campagne, notamment avec le taré (l’excellent Pat Shortt) qui tire tout le temps et qui porte le t-shirt « I shot JR » ou encore le couple qui ne fait que se taper dessus en privé mais qui se comporte toujours bien devant le père Ted.

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La parodie est également au rendez-vous au fil des épisodes. Beaucoup de gens ou de choses y passent. On pensera en premier à l’épisode se moquant de l’Eurovision avec le mythique My Lovely Horse – vraiment un moment culte à pleurer de rire (littéralement !) – composé par l’excellent groupe de Neil Hannon, The Divine Comedy, également à l’origine du générique, Songs of Love, qui entre bien en tête (ainsi que celui de The IT Crowd et de la musique de la fausse pub pour appeler les urgences). D’autres épisodes nous viennent forcément en tête notamment ceux les sosies d’Elvis Presley au fil du temps ou encore celui qui parodie magnifiquement bien la talentueuse et rebelle chanteuse Sinead O’Connor. Mais encore une fois, même s’il y a vraiment cet épisode coup de coeur avec l’Eurovision, j’ai aimé tous les épisodes, la série ayant su être régulièrement drôle en apportant un vrai plus à l’humour et à la télévision. Certains gags ont donc l’air simples et pourtant il y a une véritable envie de la part des scénaristes d’être innovants, ce qui fonctionne merveilleusement bien. Le casting est également excellent et est un atout dans le succès de Father Ted. Dermot Morgan est inoubliable dans le rôle emblématique père Ted Crilly. L’ancien enseignant (oui, toutes les reconversions sont possibles) avait déjà joué le rôle d’un prêtre (Father Trendy) dans une émission irlandaise à sketches intitulée The Live Mike. Il est très attachant dans le rôle principal et en même temps, aidé par une très pertinente écriture de la part des scénaristes, il parvient bien, grâce à son interprétation, à montrer toutes les failles de ce personnage aux pensées douteuses. Ardal O’Hanlon (connu en Irlande pour ses one-man shows et sa présence sur cinq saisons dans une autre série, My Hero) est également la très bonne surprise de cette série en incarnant un personnage culte, le père Dougal McGuire (dont on ne connait pas exactement la raison de son exil mais on imagine que c’est lié à son étroitesse d’esprit). Il est drôle et même dans un sens touchant par sa bêtise, sa naïveté et même son innocence. On ne peut pas s’empêcher de penser à un autre personnage important de l’univers de Graham Linehan : Maurice Mauss de The IT Crowd (à part que ce dernier est intelligent). Même un type comme Manny dans Black Books a ce quelque chose d’innocent. Frank Kelly est tout simplement énormissime (et le terme me semble simple) en prêtre indécent, dans tout ce qu’on peut imaginer de pire ! Enfin, Pauline McLynn est géniale en gouvernante qui force les gens à se bourrer de thé et de biscuits !

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25 réflexions au sujet de « Father Ted »

  1. Frank Kelly est énorme ! Arriver à donner autant dans un rôle physiquement restreint est du grand art.
    Pour Dermot il voulait aussi éviter d’être catalogué. Quelle tristesse avec un tel potentiel mais dans le documentaire dédié à la série Frank racontait les tranquillisants puissants qu’il avalait, il hallucinait des doses et du fait qu’il soit toujours un peu nerveux malgré tout. L’interprète de l’archevêque est toujours très ému d’en parler, ce documentaire est vraiment à voir.
    L’autre jour j’ai cru voir Arthur Mathews dans l’épisode « Speed » tu sais celui qui conduit la messe sur la route ? J’avais pas fait attention jusqu’à ce que je revois I’m AP où il y fait une apparition avec Graham et une perruque 😀
    Sinon excellente analyse ! Toute l’hypocrisie des supposés personnages intégrés à la société est toujours forte et pertinente.
    Et le troublant réalisme qui s’en dégage fait qu’on suit la plus absurde des aventures sans être choquée, voire parfois on ne réalise même pas à quel point c’est surréaliste. Le travail des personnages est tel qu’il sert à lui seul de scénario et de base comique. Regarde le dernier épisode où Ted annonce qu’il part seul, l’émotion vient de Dougal jusqu’à ce qu’elle soit balayée par un montage débile. On peut imaginer aisément ce que serait en train de faire Dougal en ce moment, quel génie !

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  2. @ Amandine :
    Je crois que j’ai vu ce fameux documentaire sur youtube (j’espère qu’on parle du même) ! Et oui j’avais aussi lu une interview de Kelly avant sa mort disant qu’il trouvait Dermot très stressé. C’est horrible quand on y pense !
    Ouiii je crois que tu as raison (et cette parodie de Speed, putain j’ai oublié d’en parler dans le billet mais c’est vrai que c’est énooorme !!! ).
    En fait c’est vraiment ça, tu as bien résumé mon ressenti et la manière dont est faite la série. C’est dur de trouver une juste description, ça passe tellement bien à l’écran !
    Tu as raison pour le dernier épisode et je trouve que Ted, sans dire qu’il s’agit d’un personnage pourri (puisque… on ne va pas spoiler), est un personnage avec une certaine noirceur au fond. Je l’avais déjà perçu dans le reste de la série mais là ça m’a confirmé cette impression.

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  3. Tellement ! Un commentaire laissait entendre que l’équipe l’avait en quelques sortes tué. Car sa dernière scène c’est une danse pour un épisode spécial comic relief qu’ils ont fait, re-fait et re-re-fait. C’est ^peut-être lié mais son vu sa condition malheureusement inévitable.
    😀 Et celle de la nuit des morts-vivants et Miss Doyle en fangirl 😀 Ou l’épisode dans l’avion ? 😀 Du grand Dougal ! C’est pas celui où apparait Graham ?
    Tu as raison pour le dernier épisode et je trouve que Ted, sans dire qu’il s’agit d’un personnage pourri (puisque… on ne va pas spoiler), est un personnage avec une certaine noirceur au fond. Je l’avais déjà perçu dans le reste de la série mais là ça m’a confirmé cette impression.
    Tu te souviens son discours de remerciements ? J’ai trouvé ça très sombre. Au fond c’est un personnage aigri et frustré qui a des rêves mais ne s’est jamais donné les moyens d’entreprendre quoi que ce soit. Au fond il est aussi sombre que triste, sans qu’il ne plombe la série. Il faudrait un jour que qu’un spécialiste écrive un livre sur Linehan et sa manière de traiter la noirceur du réalisme sans nuire et en nourrissant une comédie absurde. Quel tour de génie !

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  4. @ Amandine :
    Oui effectivement je me souviens de ce commentaire ! En fait on peut faire le lien avec Louis De Funès pratiquement mort après avoir tourné la scène de danse dans Rabbi Jacob !
    (t’en fais pas, j’ai compris pour l’emoji, ahahahah ! 😀 ).
    Putain je me sens déjà nostalgique ? Ouiiii Graham est dans l’épisode de l’avion (un peu bizarre cet épisode tout de même !). Après honnêtement, je crois que j’aurais pu écrire un pavé rien que sur les épisodes, y a tellement de choses à dire !
    Ouiii je m’en souviens effectivement, tout concorde ! Ton analyse me semble juste.
    Il n’y a jamais eu de bouquin sur Linehan ?? Oooooh !!!!

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  5. Ahah toi aussi ?! J’avais pas envie de la terminer et à peine finie j’avais envie de la revoir, y’a un attachement qui n’est pas si évident à priori !
    Pour l’épisode de l’avion la fin est un peu grosse mais les prêtres en belle bande d’idiots ça m’a bien fait rire.
    Bon j’ai pas fait de recherches non plus 😀 Mais y’a de quoi faire, un livre entretien devrait être passionnant.

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  6. @ Amandine :
    Toutes les séries de Linehan me font cet effet ! J’ai à peine fini que j’ai envie de tout revoir, juste pour revoir des détails, me marrer de nouveau etc… Je rigole toujours de la même manière mais je perçois des détails qui prouvent vraiment l’ingéniosité des scénaristes.

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