C.R.A.Z.Y.

réalisé par Jean-Marc Vallée

avec Michel Côté, Marc-André Grondin, Danielle Proulx, Pierre-Luc Brillant…

Drame canadien. 2h09. 2005.

sortie française : 3 mai 2006

Movie Challenge 2016 : un film ayant lieu dans un endroit que j’ai toujours rêvé de visiter 

crazy

Un portrait de famille qui dépeint la vie souvent extraordinaire de gens ordinaires à la poursuite de leur bonheur.
De 1960 à 1980, entouré de ses quatre frères, de Pink Floyd, des Rolling Stones et de David Bowie, entre les promenades en moto pour impressionner les filles, les pétards fumés en cachette, les petites et grandes disputes et, surtout, un père qu’il cherche désespérément à
retrouver, Zac nous raconte son histoire…
25 décembre 1960 : Zachary Beaulieu vient au monde entre une mère aimante et un père un peu bourru mais fier de ses garçons.
C’est le début de C.R.A.Z.Y., le récit de la vie d’un petit garçon puis d’un
jeune homme pas comme les autres, qui va jusqu’à renier sa nature profonde pour attirer l’attention de son père.

C.R.A.Z.Y. : Photo Marc-André Grondin

Jusqu’à présent, les films américains de Jean-Marc Vallée m’avaient fortement déçus. Je n’ai pas compris le succès de Dallas Buyers Club malgré le talent de Matthew McConaughey et Jared Leto et Wild était pour une énorme daube. Mais je tenais à donner au réalisateur canadien une dernière chance en découvrant un film plus local, probablement plus authentique, loin des attentes hollywoodiennes. Surtout, C.R.A.Z.Y. a permis au réalisateur de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis. Ce film (à regarder avec des sous-titres, l’accent étant parfois incompréhensible pour nous) a rencontré un véritable succès au Québec (et plus généralement dans le monde) en accueillant dans les salles un million d’entrées sur pratiquement 7,5 millions d’habitants ! Il a aussi reçu une flopée de récompenses dont 13 Jutras (l’équivalent québécois des César) pour 14 nominations et 10 Génies (les prix concernant l’ensemble du cinéma canadien). En tout cas j’ai toujours entendu du bien de ce film, j’en attendais beaucoup. Heureusement, je n’ai pas été déçue et j’aimerais bien que ce monsieur Vallée retourne à ce genre de film plutôt qu’à des machins insipides juste réalisés pour être dans la course aux Oscars. Je ne crie pas non plus au chef-d’oeuvre (il y a selon moi quelques clichés qui auraient pu être évités) mais c’est tout de même un film qui fait plaisir à voir, qui reste bien fait dans son genre, avec de l’honnêteté et qui parvient à toucher. C.R.A.Z.Y. fait référence à la chanson homonyme de Patsy Cline – le père de la famille Beaulieu étant un grand amateur de chansons françaises. Ce titre représente aussi les initiales des cinq enfants (que des mecs) de la famille : Christian, Raymond, Antoine, Zachary et Yvan. Le long-métrage suit surtout l’un d’entre eux, Zach, qui vit mal son homosexualité au sein d’une famille très catholique dans les années 60-70 (époque par ailleurs très reconstituée avec de nombreux détails), époque également de la libération des moeurs qui passe notamment avec l’évolution de la musique dans l’histoire. Quand je parle de famille, je parle donc du père, totalement homophobe et intolérant, toujours coincé avec ses chansons d’Aznavour tandis que ses garçons écoutent du Bowie. Zach est prêt à renier sa véritable identité pour se faire aimer de ce père qui aime certainement ses enfants mais qui préfère privilégier ses convictions (certainement liées à l’époque et son éducation) qu’au bonheur de ses gosses. Cela montrera d’ailleurs les limites de cette éducation qui n’épargnera pas l’un des enfants Beaulieu par les ravages de la drogue.

C.R.A.Z.Y. : Photo Marc-André Grondin, Pierre-Luc Brillant

Si nous avons parlé du rôle du père, celui de la mère est également très important. Figure davantage plus doux et tolérant – même si elle ne parvient pas à raisonner son époux (vu les différents contextes, cela peut être compréhensible), la mère Beaulieu a une relation particulière avec le petit Zach : pour elle, cet enfant est encore plus unique que les autres. Il aurait un don (lié à sa naissance un soir de Noël ?) et surtout serait connecté à sa mère. Il y a notamment cette jolie scène (certes, pas d’une grande subtilité mais je l’ai tout de même bien aimée) dans laquelle Zach est dans le désert israélien en train de crever de déshydratation et parallèlement sa mère, toujours au Québec, qui se sent très mal, se lève et va dans la salle de bains boire et se rafraîchir : Zach aurait alors été sauvé par sa mère par distance. Peu importe s’il s’agit d’une coïncidence, on comprend bien le message. Si elle peut paraître peu subtile sur le papier (en lisant des commentaires à droite et à gauche, j’ai l’impression qu’elle a divisé pas mal de spectateurs), cette scène reste pourtant très émouvante à l’image de l’ensemble du film. Cela dit, il n’y a rien de larmoyant principalement à cause du ton adopté. En effet, on trouve une sorte de légèreté, mêlée littéralement à quelque chose de plus fou, à travers les choix musicaux qui ne sont pas simplement là pour faire joli (hélas, c’est souvent le cas dans de nombreux films) mais bien pour illustrer l’époque paradoxale dans laquelle vit Zach, entre révolution sexuelle prônant la liberté d’être ce qu’on est au fond de soi et éducation stricte religieuse qui a pour but de formater l’individu. Les choix musicaux illustrent aussi le changement vestimentaire et plus généralement physique de Zach (ainsi que certains de ses frères). Ce point est intéressant puisqu’il va de pair avec la quête d’identité sexuelle du personnage principal. La mise en scène est donc intéressante, au moins avec de la personnalité contrairement aux films américains de Vallée, le scénario est également très inspiré et assez bien construit (ce n’est pas révolutionnaire mais ça reste bien fait), l’ensemble est bien rythmé, on suit en tout cas volontiers l’histoire racontée avec beaucoup de sincérité. Enfin, C.R.A.Z.Y. est porté par d’excellents interprètes, notamment les bouleversants Marc-André Grondin (très naturel) et Michel Côté (étonnamment attachant – il ne rend jamais son personnage salopard malgré son intolérance pourtant inexcusable) qui se détachent légèrement même si le reste de la distribution n’a pas à rougir.

C.R.A.Z.Y. : photo Jean-Marc Vallée, Michel Côté

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30 réflexions au sujet de « C.R.A.Z.Y. »

  1. Je me rappelle avoir bien aimé malgré l’absence de sous-titres qui m’ont probablement fait rater un bon tiers des dialogues à cause de ce sacré accent québécois. Marc-André Grondin était, dans mon souvenir, particulièrement touchant.

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  2. Il faut absolument que je le voie celui-là ! Tu es sévère avec Dallas Buyers club, j’ai beaucoup aimé ! Pour Wild je suis d’accord… mais qu’est-ce que je ne ferais pas pour l’amour de Reese (voir ma liste de Ross publiée ce jour 😀 )

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  3. Ce film je l’aime d’amour! Je crois que j’ai du le voir 5 ou 6 fois. Il est tellement juste dans ce qu’il montre, arrive à manier l’émotion avec subtilité (bon peut-être pas pour la scène du désert…). Magnifique!

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  4. J’en garde pas un souvenir impérissable, un film qui ne raconte pas grand chose & ce pas grand chose est plombé par un accent québécois auquel on n’entrave rien ou si peu.
    La B.O peut-être 😉

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  5. Je me rappelle avoir apprécié ce film (et sa B.O.) : ta chronique me donne envie de le revoir, histoire de confirmer (ou pas) cet avis d’il y a quelques années.

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  6. Comme j’ai aimé ce film! Alors, il est vrai que je l’ai vu au cinéma, j’avais donc 15 ans et forcément ce genre de film c’est un peu comme une pépite d’or pour les adolescents tourmentés qui aime ce style de musique. Du coup j’en garde un souvenir impérissable et j’avoue que je n’ai pas forcément envie de le revoir pour justement continuer à en garder ce souvenir impérissable. Je crains de relever toutes les petites fausses notes qui m’avait échappé à l’époque (trop occupée à écouter la musique et à admirer l’acteur principal, on tombe vite amoureuse à 15 ans n’est ce pas), ainsi nostalgique je resterai (mais merci de m’avoir rafraîchît la mémoire).

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  7. Je m’y suis prise à 2 fois pour le regarder. La première fois je n’ai pas accroché du tout et j’ai lâché le film après une vingtaine de minutes. La deuxième (quatre ou cinq ans plus tard) fut plus prometteuse et j’ai apprécié les mêmes points que toi. Après, je n’en garde pas un souvenir précis, juste la scène où Zach danse et chante sur du Bowie et se tape la honte. Sinon, Marc André Grondin est juste génial (en plus d’être beau!) et comme je suis superficielle, c’est sa présence au casting qui m’a poussée à revoir le film ^^

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  8. Crazy est ce genre de film dont j’entends parler depuis des années, je sais que je dois le voir et je n’en ai jamais envie. Je suis toujours déçue des films sur la jeunesse, qui finissent toujours dans la drogue, sérieux -_-

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  9. Moi qui ai aimé Wild, j’ignorais que c’était le même réalisateur. J’avais envie de voir C.R.A.Z.Y depuis longtemps mais je craignais que ce soit un peu débile, du coup vu que tu as trouvé ça pas mal ça m’encourage. 🙂

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  10. @ Melissa :
    Ooh étrange que tu aies mis du temps à regarder ce film ! Après ce sont des choses qui arrivent ! Ahaha je te rassure, je suis parfois superficielle ! :p

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  11. 😀 😀 😀 Le problème c’est d’associer toujours le malaise jeune avec la drogue. Comme si c’était LA combinaison inévitable. Même dans cette situation où il peut souffrir et se perdre dans un vaste sentiment d’ennui et d’abandon. Je sais que ça existe mais ça finit par être un raccourci qui me gave sérieusement.

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