La Liste de Schindler

réalisé par Steven Spielberg

avec Liam Neeson, Ralph Fiennes, Ben Kingsley, Caroline Goodall, Embeth Davidtz…

titre original : Schindler’s List

Film historique, biopic, drame, guerre américain. 3h15. 1993.

sortie française : 2 mars 1994

Movie Challenge 2016 : un film tourné / sorti l’année de ma naissance (1993)

18979736.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Evocation des années de guerre d’Oskar Schindler, fils d’industriel d’origine autrichienne rentré à Cracovie en 1939 avec les troupes allemandes. Il va, tout au long de la guerre, protéger des juifs en les faisant travailler dans sa fabrique et en 1944 sauver huit cents hommes et trois cents femmes du camp d’extermination de Auschwitz-Birkenau.

La Liste de Schindler : Photo Ben Kingsley, Liam Neeson

La Liste de Schindler est une adaptation du roman homonyme de l’auteur australien Thomas Keneally (lauréat du Booker Prize), publié en 1982, lui-même tiré de l’histoire véritable d’Oskar Schindler, un industriel allemand qui a pu sauver 1100 Juifs qui devaient périr dans le camp de concentration de Plaszow. Ce long-métrage, notamment classé 8e dans le top 100 de l’American Film Institute, a remporté sept Oscars dont meilleurs film et réalisateur. Il est souvent considéré comme l’un des chefs-d’oeuvre de Steven Spielberg qui s’est véritablement investi dans ce projet (même s’il ne devait pas le réaliser à l’origine – Roman Polanski et Martin Scorsese avaient été sollicités – Polanski a refusé le projet car ça lui rappelait trop son histoire; quant à Scorsese, il ne se sentait pas légitime, pensant que seul un juif devait être derrière la caméra), lui-même ayant des origines juives. Le réalisateur n’a d’ailleurs pas voulu toucher de salaire. Dans ce projet, il y avait évidemment la volonté de ne pas oublier de telles horreurs pour que ça ne puisse plus jamais se reproduire et de penser aux victimes et aux survivants. Mais ce qui a intéressé Spielberg (et aussi l’auteur du roman), c’est le portrait du fameux Oskar Schindler du titre. Il s’agit d’un personnage ambigu : il est d’abord présenté comme un homme cherchant à tirer un profit matériel de la situation. Mais petit à petit, on le sent de plus en plus concerné et humanisé. Ce choix est donc intéressant puisque le film veut éviter d’emblée le manichéisme (ce qui est hélas trop souvent le cas dans ce type de sujets) en proposant un regard qui évolue au fil du film. Surtout, on assiste à la naissance et la construction d’un héros dans un monde totalement déshumanisé. Liam Neeson (certainement un de ses meilleurs rôles) est impeccable dans le rôle-titre, parvenant à montrer toute la complexité de ce personnage. Les seconds rôles sont également très réussis merveilleusement bien interprétés. Ralph Fiennes est parfait dans le rôle du nazi dans toute sa « splendeur », qui n’a aucune compassion pour l’humain et en surajoute dans la violence gratuite dès qu’il le peut. Ben Kingsley est également excellent et émouvant dans le rôle du comptable juif de Schindler. Il n’y a évidemment pas que les personnages principaux qui marquent ce long-métrage. Déjà, tous les personnages secondaires, même le moindre petit rôle, parviennent à exister. Ce « détail » est très important dans le « message » délivré par le film : à la fin du film, Schindler regrette de n’avoir sauvé « que » 1100 personnes. Pourtant, 1100 personnes sauvées, c’est déjà énorme pour l’humanité et bien plus : c’est littéralement sauver l’humanité.

La Liste de Schindler : Photo Ralph Fiennes

La Liste de Schindler est également connu et remarqué pour ses choix esthétiques, principalement marqués par un sublime noir et blanc. Mais il y a aussi une légère (mais qui a son importance) touche de couleur avec la fameuse petite fille en rouge qui a aussi marqué tous les esprits pour de bonnes raisons. Le résultat est à la fois sobre et élégant (mais ce n’est jamais too much), un bon compromis semble avoir été trouvé. C’est toujours délicat de s’attaquer à l’esthétique face à un tel sujet (peut-on esthétiser une horreur qui a véritablement existé ?) mais elle trouve parfaitement sa place dans le sens où l’esthétique est cohérente avec le propos. Ce choix de la petite fille en rouge génère aussi, sans surenchère, de l’émotion et surtout s’inscrit dans une des étapes d’humanisation et de prise de conscience de Schindler. La mise en scène est aussi exemplaire, soignée mais là encore on trouve une certaine mesure. J’ai également beaucoup aimé la musique, que ce soit celle signée par le grand John Williams ou encore celle qui concerne certains morceaux utilisés durant des scènes fortes (je pense notamment à la présence de Bach ou encore à des chansons en yiddish). La fin est évidemment émouvante (tout de même un peu longue en ce qui me concerne) lorsqu’on passe enfin à la couleur à l’époque du tournage, en sortant en quelque sorte de la « fiction » (ce qui nous fait confirmer le travail de mémoire mis en place tout le long de l’oeuvre) : on voit les véritables survivants (et en dernier Liam Neeson himself) de la liste déposer des pierres sur la tombe de Schindler à Jérusalem. Après je dois l’admettre : même si j’ai trouvé le film indéniablement réussi et émouvant, je n’ai pas non plus le coup de coeur total, ce n’est pas mon Spielberg préféré. Je ne sais pas si c’est parce que j’en attendais trop ou quelque chose comme ça, mais je préfère livrer un avis totalement honnête. Le pire est que je n’ai concrètement rien de spécifique à lui reprocher : certes, le film est long mais dans l’ensemble, même s’il ne s’agit pas du film le plus rythmé du monde (ce qui n’a rien d’un reproche, c’est un choix tout à fait logique par rapport à l’intrigue), je ne me suis pas ennuyée. Parfois ça ne s’explique pas, il n’y a pas toujours besoin de démontrer quelque chose par a+b ! Cela dit, je suis la première à dire (enfin pas en théorie, heiin, c’est une expression) qu’il faut voir ce film émouvant, sincère, parfois poétique, parfois dépeint avec une justesse étonnante une page sombre de l’Histoire.

La Liste de Schindler : Photo

Publicités

27 réflexions au sujet de « La Liste de Schindler »

  1. J’ai vu j’étais jeune, je devais avoir 12 ou 13 ans, il m’a profondément marqué (un peu comme Eléphant man que j’ai vu très jeune), depuis, j’aime ce film. Je le trouve réussi dans tous les domaines, j’ai donc bien évidemment chez moi la version blu ray, que je me repasse de temps en temps (bon j’avoue qu’il faut que j’ai le moral mdr)

    J'aime

  2. Tu es née en 1993 ??? Mais c’est juste pas possible… tu le sais, ça ??? 😀
    Blague à part. Un film INDETRONABLE, un classique magnifique et deux acteurs absolument exceptionnels (le regard de Ralph… ça fait froid dans le dos…)

    J'aime

  3. Sans aucun doute le film le plus personnel de Spielby. Pour moi, au delà de l’aspect historique, le plus intéressant reste la personnalité de Schindler qui reste, malgré tout, une énigme

    J'aime

  4. 1993, l’année de ta naissance ! et pan, je me prends 20 ans dans la face.
    Ces considérations de vieux schnok mises à part, on est là pour parler du film de Spielberg que j’ai vu (à sa sortie… et re-pan !) Une « liste » qui divise, un film « clivant comme on dit aujourd’hui, avec son esthétique léchée, son traitement quasi-romanesque du sujet. ça passe mieux en littérature, à l’image ça devient tout de suite problématique après Resnais et son « Nuit et Brouillard ». Il n’empêche que « la liste de Schindler » a fait son effet, conquis un public mondial qui a sans doute enfin ouvert grand les yeux sur ce qui ne sera jamais, n’en déplaise à certains, « un point de détail » de l’Histoire.

    J'aime

  5. @ Princecranoir :
    Même plus de 20 ans, mouahahah je suis cruelle !! :p
    J’ai effectivement lu ces critiques négatives qui reprenaient ces arguments en question, je comprends ces interrogations même si je ne les partage pas.

    J'aime

  6. Même si dans l’ensemble, je trouve ce film assez formidable, il y a toujours quelque chose qui m’a gênée dans le choix du noir et blanc, puis de cette fameuse scène avec la petite fille en manteau rouge. C’est vraiment tout à fait personnel, mais pour moi, cette esthétisation m’a tenue un peu l’écart du récit, qui à mes yeux aurait mérité un traitement plus « réaliste ». J’associe souvent, consciemment ou non, le choix du noir et blanc, et particulièrement lorsqu’il est aussi léché que celui-là ,à une dimension onirique, et avec un tel sujet, j’ai été un peu décontenancée. Bien évidemment, je n’ai pas été aussi gênée que par La vie est belle, mais un peu déçue tout de même. Sur un sujet « sérieux », j’ai largement préféré ce qu’il avait fait avec Munich, qui est peut être bien mon Spielberg préféré.

    J'aime

  7. Je l’ai chez moi mais pas vu plus de deux fois. Un film qui rend triste et fait mal au ventre durant trois bonnes heures et plus. De plus, Spielby ose remettre en question le point de vue de Schindler en montrant un homme ni tout noir ni tout blanc dans les faits présents. Certainement le film le plus personnel de Spielby et celui qui lui a offert la consécration aux yeux de l’Académie des Oscars.

    J'aime

  8. Tu as bien résumé ce film est si juste par sa sobriété.Les films qui usent de l’émotion pour l’émotion sont totalement indécents, à l’image de la Rafle. La réussite tient aussi pour beaucoup dans l’interprétation de notre trio d’acteurs. Tous ont une approche assez froide, en particulier Ralph dont la brutalité réfléchie parvient à restituer toute l’essence de sa méchanceté sans en faire ‘physiquement’ un monstre.

    J'aime

  9. Un classique que j’ai découvert assez tard mais une oeuvre maitrisé oh combien importante qui mérite son visionnage.

    J'aime

  10. @ Girlie Cinéphilie :
    En fait, les choix esthétiques ne m’ont pas dérangée mais sans dire que quelque chose en particulier m’a dérangé, je n’arrive pas à savoir pourquoi je n’adore pas. Mais je comprends que ces points en question te gênent. Par contre, étrangement, j’ai pas trouvé ça onirique, j’ai trouvé que le noir et blanc, malgré une évidente esthétique, rendait certaines scènes plus réalistes, presque plus froides.

    J'aime

  11. Puis les acteurs. Si Liam Neeson est génial, Ralph Fiennes est monumental. Le type de prestation que l’on n’oublie pas et le sien est probablement un des salopards les plus mémorables du cinéma. Le genre à tirer sur des civils au petit déjeuner.

    J'aime

  12. Elle est à l’image du malaise provoqué par le personnage. On pourrait aussi bien citer la scène du train devenant un moment de suspense pour Schindler mais un moment de rigolade pour le nazi.

    Aimé par 1 personne

  13. Ce que j’ai apprécié dans le film, ce sont les 2 relations en parallèle = Schindler/Göth et Schindler/Stern.
    Tous ces petits détails de ces 2 relations nous font comprendre comment Schindler s’humanise au contact de Stern, un homme si discret et si loin de son égo. Il prend conscience peu à peu de ce qu’il peut être pour aboutir à un final qui le fait réaliser qu’il n’a sauvé « que 1100 » personnes.
    Il essayera alors à son tour d’humaniser Göth (sans qu’il s’en rende compte) car il sait que ce personnage est trop ancré à l’idéologie naziste…
    Pour info, hier sur Arte, il y avait un documentaire sur le ghetto de Varsovie avec dedans une interview de Polanski. Il racontait ce qu’il y avait vécu avec beaucoup d’émotions et on ne peut que comprendre après cela sa réaction de ne pas pu avoir réalisé ce film…

    J'aime

  14. @ Dasola :
    Je n’ai pas souligné les relations dans ma critique mais tu as parfaitement raison, ta remarque est très pertinente ! 😀
    Oooh je ne savais pas du tout pour le documentaire !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s