Man on High Heels

réalisé par Jin Jang

avec Cha Seung-won, Oh Jung-se, Esom…

titre original : Hai-hil

Film policier coréen. 2h. 2015.

sortie française : 20 juillet 2016

interdit aux moins de 12 ans

highheels

Ju-wook est un policier endurci bardé de cicatrices prêt à tout pour arrêter les criminels qu’il pourchasse, en particulier Heo-gon, un mafieux notoire et cruel. Sa jeune collègue, traque, elle, un violeur en série et tombe peu à peu amoureuse de Ju-wook. Mais elle ignore que celui-ci ne nourrit qu’un seul désir : devenir une femme…

Man on High Heels : Photo

Vous le savez, je suis une fan de cinéma coréen (décidément, toujours aussi en forme), j’étais « obligée » de découvrir ce fameux Man on High Heels, qui a su séduire le jury du Festival du Film Policier de Beaune cette année en repartant avec deux récompenses. Le réalisateur Jin Jang (dont je ne connaissais pas son travail jusqu’à présent – visiblement c’est le premier film de sa carrière à être distribué en France) s’attaque donc à un sujet tabou, encore plus en Corée : la transsexualité. En effet, le pitch est à la fois alléchant et intéressant, inhabituel pour des personnages d’action qui ont pour l’habitude d’avoir de gros bras et d’assumer leur hétérosexualité en s’affichant notamment avec de belles nanas : le personnage principal (Yoon Ju-wook) est un flic qui est baraqué, viril en apparence, il se bat comme un Dieu (ça paraît improbable mais justement c’est ça qui est génial), bref, comme le disent son entourage ou ses adversaires, il a tout d’un « vrai » mec selon les critères attendus par une certaine partie de la société. Qui aurait pu croire que son grand secret serait celui de devenir… une femme ? Le pitch n’est pas juste intéressant sur le papier, après tout, il est également « gros » et on aurait pu tomber dans quelque chose de gênant ou en tout cas de mal maîtrisé (je connais tellement de films qui présentent un synopsis alléchant mais qui ne parviennent pas à être bien mis en scène). Il a alors le mérite de fonctionner pour de bon sur grand écran car justement il assume ce côté « gros » en n’hésitant pas à se moquer du machisme souvent présent dans les polars et films d’action notamment à travers de quelques « exagérations » (je vous rassure, ça reste bien fait, rien de cartoonesque non plus) mises en avant par le scénario ou plus généralement par certains choix esthétiques (du genre le combat sous la pluie au ralenti). La séance d’ouverture est juste complètement folle, drôle (comme souvent dans le cinéma coréen, même quand les films sont noirs et sérieux) et qui bouge : notre personnage principal réussit à combattre à lui tout seul à mains nues un mafieux et sa bande. Dans un flashback, ce mafieux raconte aux autres sa rencontre avec ce flic exceptionnel, dans un sauna où ce dernier se place devant lui à poil (le sexe bien près de son visage) et le frappe violemment ! La scène d’après (pour ne citer que cet exemple) est également très drôle (encore une fois typique du cinéma coréen) avec le chef qui blâme Ju-wook parce qu’il a réussi à botter le cul des méchants ! Au passage, toutes les scènes d’action sont incroyables et scotchantes, parfaitement chorégraphiées et encore une fois avec ce grain de folie indescriptible.

Man on High Heels : Photo

Mais ce film n’est pas uniquement un formidable concentré d’action ou un thriller sombre et violent, parfois teinté d’un humour surprenant, parfois entre la parodie et le second degré (au passage, le mélange des genres fonctionne à merveille, sans qu’on n’ait loin l’impression de voir quelque chose de foutraque) – décidément, le cinéma coréen réussit souvent ces mélanges de genres. Encore une fois, malgré ces éléments qui fonctionnent dans le film, le rendant à part (surtout quand on voit le manque d’originalité des films sortis au cinéma cet été) on n’est pas du tout dans un grand bordel créatif, loin de là (même si dit comme ça, ça surprend). Man on High Heels est surtout un film tragique et émouvant sur un homme obligé de développer une double personnalité, en dépit de pouvoir faire apparaître à tous sa véritable identité. Les pourris peuvent s’afficher dans la société avec beaucoup moins de problèmes, en faisant ce qu’ils leur chantent tandis que les transsexuels, des personnes sincères dans leur démarche, sont rejetées de la société voire même par leur propre entourage. Les scènes de flashback manquent parfois un peu de subtilité (c’est pour moi son petit point faible mais cela n’empêche pas le film d’être vraiment bon) mais restent tout de même très touchantes et surtout cela permet de mieux cerner le personnage principal. Cha Seung-won (visiblement un acteur chouchou du réalisateur) est épatant dans le rôle de ce policier complexe. Il parvient vraiment à montrer les deux facettes de sa personnalité, c’est-à-dire sa part masculine, volontairement plus visible et sa part féminine, qui apparaît de manière plus subtile. Il y a presque un mélange improbable et paradoxal dans son interprétation qui contribue grandement la réussite de ce long-métrage : il y a une forme de dualité qu’on retrouve chez ce personnage mais on ne peut pas dire qu’il y ait non plus une totale opposition : disons qu’il s’agit véritablement d’un tout dans sa personnalité et son identité, même s’il y a une part qui veut se manifester plus qu’une autre. La masculinité et la féminité qui habitent ce personnages, opposées et complémentaires à la fois, montrent bien toute la complexité de ce personnage, blessé autant psychologiquement que physiquement (les nombreuses cicatrices sur son corps peuvent aussi symboliser sa détresse). Avec The Strangers, je vous conseille donc cette nouvelle pépite atypique coréenne, qui passe très rapidement malgré sa durée et qui, surtout, provoque diverses émotions.

Man on High Heels : Photo

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26 réflexions au sujet de « Man on High Heels »

  1. J’ai vu, j’ai ADORE! Nous avons visiblement les mêmes passions cinématographiques!
    Ce film était d’une fraîcheur et d’un étonnement! Réussissant à garder tous les codes du film coréen tout en s’en servant pour faire évoluer une histoire complètement nouvelle, et, on peut le dire, audacieuse pour le genre.
    Je suis assez d’accord avec toi sur les flashbacks, mais j’ai trouvé que ce clin d’œil au drama était plutôt sympathique, peut-être pas d’excellente augure, mais sympathique.
    Evidemment subjuguée par Chacha (oui je lui ai donné un petit nom), j’ambitionne de faire un autel en son honneur et j’espère le revoir rapidement dans un autre film, car l’homme m’a autant impressionée par sa beauté que par son jeu.

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  2. pas vu mais le scénario est vraiment intéressant. Excellente chronique qui donne très envie de découvrir ce film

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  3. Je n’ai toujours ps vu The stranger car sa longueur me rebute. En revanche, comme toi j’ai vu celui-ci et je te rejoins dans ta critique. Pour moi c’est vraiment un ovni ciné !

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  4. J’ai un train de retard, car je n’ai pas encore vu ce film, ni « The Strangers ». Notre « dernier » film coréen date du 06 août dernier, et c’était « No Mercy » qu’on a bien apprécié (★★★★☆), mais on a quelques DVD de retard …
    😉

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  5. Ayant très envie de le voir (mais en n’en sachant que le minimum au préalable), je reviendrai lire ton article dans le détail quand je l’aurai vu mais pour le moment, impossible de le localiser dans mes cinémas de proximité !

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  6. Très tentant, mais je ne sais pas ce qu’ils fichent en Belgique, car aucun des bons films coréens récents n’ont encore été distribués dans nos salles grrrrr

    En attendant, je me contente de lire vos billets qui donnent envie de découvrir le film, de quoi piaffer d’impatience 😉

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  7. @ Z :
    Je suis toujours contente de trouver des fans de cinéma coréen ! 😀
    Après c’est vrai que tu as raison pour le clin d’oeil au drama, c’est à l’image des autres genres présents dans le film. Peut-être que j’ai trouvé cet élément moins « maîtrisé » mais bon c’est pas si grave.
    Je vais aussi l’appeler Chacha, ça sera plus simple (et effectivement… quel charme…).

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  8. @ Amandine :
    De tête :
    – la trilogie de la vengeance de Park Chan Wook (Sympathy for Mr Vengeance, Old Boy, Lady Vengeance). Par le même réalisateur, j’adore aussi JSA.
    – Les films de Bong Joon-ho : Memories of murder, Barking dogs never bite, The Host, Mother (et même Snowpiercer)
    – Ceux de Kim Jee-woon : Deux soeurs, A Bittersweet life, I saw the devil, Le bon, la brute et le cinglé.
    – Certains films de Kim Ki-Duk : Printemps, été, automne, hiver… et printemps, Locataires, Time
    – J’ajoute aussi The Chaser, un must. Niveau comédie: My sassy girl !

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  9. Heureusement que j’ai pu le voir à beaune car il n’est pas sorti chez moi. Je l’attendais tellement pour le revoir.
    Comme toi le cinéma Coréen devient un de mes préférés. Ici c’est un exemple de maîtrise : action, interprétation, profondeur et humour comme toujours.

    Et la beauté de cet acteur !!! J’en suis encore sans voix.

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  10. @ Pascale :
    Oooh quel dommage que des spectateurs vers chez toi n’aient pas pu le voir !
    Raaah on est d’accord cette fois-ci sur la beauté de ce mec 😮 ❤

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